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 Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé]

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MessageSujet: Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé]   Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé] EmptyDim 9 Fév - 21:56

Justice extrême est extrême injustice.

Sur la route de Lestival, 2ème semaine du mois 10 de l'an 1

Une odeur étrange flottait dans l'air, l'atmosphère se rafraîchissait avec le crépuscule, mais ce n'était pas ce léger refroidissement de son environnement qui troublait Isla. Les effluves de terre semblaient mêlés à de la cendre diluée et cela n'annonçait rien de bon. La chevauchée s'était une nouvelle fois faite sur toute une journée, éprouvant ses cuisses et son dos, mais elle n'avait pas une seule fois émis une plainte. Ce régime lui était à présent familier, et si elle ne le retrouvait pas avec plaisir tout du moins ne lui était-il pas aussi pénible qu'au début de ses pérégrinations. Une femme n'avait rien à faire à la guerre, c'était certainement la pensée que se faisait les centaines de guerriers à ses côtés, osant à peine lui adresser quelques regards, si ce n'est peut-être pour étayer quelques rêveries inavouables. La présence féminine n'était pas souhaitable aux alentours d'hommes privés d'étreintes réconfortantes, soumis à leurs besoins inassouvis et surtout en proie aux doutes et aux angoisses des affrontements à venir. Tout cela n'effrayait pas la donzelle, elle se dressait digne, sur le destrier qui l'avait amené de Peyredragon jusqu'aux côtés de l'Impératrice, laissant ses beaux yeux noisettes se perdre dans les vallons orageois, le monde semblait se dérober devant elle et aucune âme n'arrivait à attirer suffisamment son attention pour la rattacher à cette réalité. La veuve Chelsted se perdait dans des questionnements bien trop complexes pour les mortels de basses extractions qui évoluaient à ses côtés, et les nobles généraux ne perdaient pas leur temps à s'attarder sur les questions qui hantaient la jeune femme. De temps en temps elle jetait un regard vers le ciel gris qui s'étendait à perte de vue au-dessus d'elle, dans l'espoir d'entendre une bourrasque, d'apercevoir une silhouette effrayante et envoûtante, mais elle savait parfaitement que sa quête resterait vaine, Rhaenys et Meraxès jouant les éclaireurs par rapport à leur position elles se trouvaient à des kilomètres de tout regard.

La halte n'avait été ordonnée que lorsque le crépuscule fut bien entamé. Le camp, monté rapidement était dénué de tout confort, tout était pensé pour être fonctionnel. Isla ne passait de toute façon que très peu de temps dans sa tente, qui n'était pas très grande et ne comportait presque aucun ameublement. Une couche et un coffre rempli de ses quelques effets essentiels, c'est tout ce dont elle avait besoin, pour elle et pour s'occuper de l'impératrice au tempérament de feu. Rhaenys n'avait pas du tout été facile à vivre ses derniers temps, et ce n'était que justice. Elle se mourait de colère et d'angoisses, Isla pouvait le sentir clairement, mais elle gardait le plus souvent ses lèvres scellées pour ne pas subir les foudres de sa souveraine. Le débat était inutile avec son amie lorsqu'elle était dans cet état, on ne pouvait alors qu'attendre que la tempête passe et avec elle les risques de blessures. Car si Rhaenys ne se montrait pas violente physiquement elle avait le don de trouver toutes les façons d'infliger les pires entailles psychologiques, appuyant sur le moindre point faible pour faire souffrir au moins autant qu'elle-même souffrait. Ce comportement ne dégoûtait pas Isla, au contraire elle sait au combien il est signe de grande détresse émotionnelle et combien il requiert sa présence. Elle ne quittait donc pas l'impératrice, lui consacrant tout son temps, effectuant autant que possible tous les actes qui prouveraient à sa souveraine sa dévotion, son amour et son soutien. Lorsque l'occasion lui en était donné Isla ne manquait pas d'essayer de redonner à Rhaenys le sourire et la confiance en elle, mais celles-ci étaient rares et peu fructueuses pour le moment.

Alors qu'Isla avait fini de se décrasser de sa longue chevauchée et qu'elle finissait de nourrir sa peau mise à mal par le timide soleil de printemps avec des huiles ramenées de Peyredragon, un garde s'annonça à voix claire à l'entrée de son antre. L'homme bourrue et mal à l'aise ne semblait pas habitué à faire les commissions, l'arme pendue à son côté démontrant sa force physique par l'épaisseur de la lame. Son accent était nordien et Isla n'eut aucun mal à reconnaître l'un des protecteurs de l'empereur en personne. Avec étonnement la demoiselle revêtit donc une toilette simple mais mettant assez en valeur ses attributs pour pouvoir se présenter en public. Les lanières de cuir donnaient une illusion de combattante qui plaisait assez à Isla. Certes elle n'avait presque aucune ressource pour livrer bataille mais elle se débrouillait sur l’échiquier à la force de son intelligence et cela lui permettait de remporter quelques victoires. Ne sachant ce que lui voulait son souverain la Lady se remémorait les souvenirs des derniers jours, cherchant quel évènement pouvait bien requérir une convocation. Les interactions qu'elle pouvait partager avec Torrhen Braenaryon étaient maigres, mais toujours riches en échanges stimulant et nourris. S'emparant de son carnet de notes qui ne la quittait jamais elle écarta les pans de la petite tente pour se livrer aux yeux de tous. En silence elle le suivit jusqu'à l'emplacement dédié à la tente de commandement et aux appartements du couple impérial qui était nettement plus spacieuse que la sienne. Elle fut annoncée par son guide qui s'éclipsa en lui soulevant le pan de toile pour qu'elle puisse pénétrer dans ce haut lieu de pouvoir. Prenant une grande inspiration Isla releva fièrement les épaules et s'avança sous la lumière des torches pour faire face à l'empereur des royaumes fédérés.

« Mon bonsoir votre altesse impériale. Vous avez requis ma présence. Que puis-je faire pour vous servir ? »

Entonnant son salut avec solennité et une révérence impeccable elle laissa son regard s'attarder sur les tentures étalées au sol pour former une surface régulière et plus agréable que la terre battue. Il s'agissait d'une grave entorse au protocole de défier du regard dès son entrée son suzerain, elle attendrait donc que son seigneur lui indique les raisons de cette convocation pour croiser son regard.


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MessageSujet: Re: Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé]   Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé] EmptyJeu 13 Fév - 14:30

Je me sentais épuisé, mais étrangement serein. Les nouvelles n’étaient pas bonnes, très clairement, mais elles n’étaient pas non plus dramatiques. La campagne évoluait à toute vitesse et avec les actions et réactions de l’ennemi à nos propres mouvements. Sa stratégie confirmait certains de nos choix et en invalidait d’autres ; la complexité des événements irait encore croissante. Les choses de la guerre n’étaient jamais simples. Ce n’était jamais qu’un simple duel de compétences arme à la main, loin de là. C’était une finalité, mais en aucun cas un objectif spécifique. Tout ce qu’il se passait avant était au moins aussi important et ce qu’il se passait après le combat était souvent plus important encore. Les informations données par Rhaenys la veille au soir sur le martyr de Lestival changeaient beaucoup de choses. L’ennemi n’était pas prêt à accepter la bataille. Il faudrait donc le pousser à le faire. C’était forcément un casse-tête avec les nouvelles données logistiques et contraintes que cette information impliquait. Je me prenais la tête des heures durant dans la dictée de nouveaux ordres de marche pour toutes les composantes de l’armée. J’en sortais avec peu de certitudes sinon que l’appareil de guerre impérial poursuivait sa route et que la cavalerie qui caracolait déjà en tête des colonnes piaffait déjà d’impatience à l’idée d’aller affronter l’ennemi. Forcément j’étais toujours un rien inquiet de la prise d’initiative de soldats que je ne connaissais encore qu’assez peu ou mal, mais des témoignages que j’avais reçus l’armée Bieffoise était une formidable machine de guerre mais qui peinait à se réorienter. La bousculer était peut être bien notre seule chance.


C’était plein de ces considérations qu’après la marche du jour je vagabondais parmi la première cohorte Braenaryon. Les hommes se débarrassaient de leur équipement et l’entretenaient pendant que d’autres faisaient mijoter le ragoût du jour. Le niveau de ration deviendrait un problème ces prochaines semaines si nous ne combattions pas ni ne pouvions prélever de ressources sur le terrain. L’odeur était bonne et je passais un peu de temps avec les hommes le temps de grignoter un bout ; je savais que RHaenys ne rentrerait pas, cette nuit. Elle menait l’armée de l’avant comme à son habitude, bien plus en avant que je ne le pourrais jamais en chevauchant la terrible Meraxès. Cela ferait du bien à son humeur et à son moral, de rendre la monnaie de leur pièce aux cruels soudards du Bief qui n’avaient laissé que des ruines à Lestival bien avant même que nous ne puissions nous battre pour sa possession. Je finissais pas revenir à ma propre tente, le temps que la Garde ait fini de la monter et de faire brûler le foyer en son centre, la fumée s’en élevant jusqu’aux étoiles par l’orifice au milieu de l’immense toile. L’endroit avait toujours été conçu pour être vaste, pour abriter mes conseils de guerre entiers dans la pluie s’il le fallait, et pour garder un rien d’intimité dans le fond, sous un rideau épais afin d’y dormir d’un sommeil profond malgré la présence jusque très tard de mestres et de commis qui recopiaient mes ordres à chaque instant. On me fit part alors que je terminais un bol de ragoût de bœuf que des problèmes étaient encore survenus entre Peyredragoniens et mercenaires. Je réfléchissais un temps à la solution au problème, mais je savais aussi que je ne pouvais pas appliquer la discipline nordienne à tous les autres peuples ; certains se rebifferaient sans doute. Pourtant je me devais d’être équitable entre tous mes hommes…


Ces considérations m’amenèrent à faire mander la seule personne qui puisse me parler des lois et des coutumes de Peyredragon en dehors de ma femme elle-même, et envoyais un Demalion en plates complètes pour aller mander Isla Dame de Chelsted. Amie proche de Rhaenys. Proche à quel point aujourd’hui ? Je ne savais pas. Je savais bien que Rhaenys s’était distancée de ses amies du fait de l’exercice d’un pouvoir empreint de grandes responsabilités. Alors, j’attendais. Regard dans les flammes, me demandant à quelles horreurs mon épouse –peut être à nouveau enceinte- était réduite pour faire payer aux bieffois leurs sales comportements. On m’annonça l’arrivée de la jeune dame et me tournais vers l’entrée de la tente, acceptant de la recevoir. La belle me salue et se met à mon service.


Je la jauge un instant. Semblable à Rhaenys en tant de points. Jeune, de petite taille, aux cheveux très clairs. Menue, mais belle. Forte indéniablement. D’une tenue qui rappelait notre équipée guerrière sans en être directement partie prenante. Je lui fais signe de la main de se relever, et m’incline à mon tour, un peu raide sur ma jambe gauche dont le genou avait été esquinté par le coutelas du Noir au moment de le mettre à mort. Puis je me redresse et lui fais signe de s’asseoir sur l’un des sièges près du feu, font la lumière mouvante met en relief mon immonde trogne.



| Dame Isla, ravi de vous voir. J’ai besoin de vous pour répondre à une épineuse question juridique sur laquelle je ne veux commettre aucun impair. |


Je m’assieds et fais signe à un aide de camp de nous servir à chacun une coupe de vin.


| Deux conscrits de Lamarck ont été pris après avoir tenté de déserter. Au Nord, ces criminels auraient été soumis à lapidation des mains de leurs camarades qu’ils ont abandonnés. Mais voilà ; je ne sais quelle punition est la leur dans vos armées. En sus, ils sont sous ma responsabilité et mon commandement, et je ne voudrais pas commettre un impair vis-à-vis des natifs des iles de la Néra ni d’injustice envers mes hommes qui me suivent depuis des années. Connaitriez-vous des précédents, ma dame ? |



Soothsayer, can you save them? Can you see the streets in blood? The remnants of your name? Soothsayer, can you save them?Soothsayer, let these words set you free. And now, give this leave and come away with me

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MessageSujet: Re: Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé]   Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé] EmptySam 22 Fév - 23:07

Justice extrême est extrême injustice.

Sur la route de Lestival, 2ème semaine du mois 10 de l'an 1

Les sons du dehors provenaient de manière étouffée au sein de cette longue étendue de toile tendue. L'espace a de quoi apparaître comme un luxe attaché au statut si particulier de son résident, car en ces temps de campagne militaire plus qu'en tout autre, l'heure était à la frugalité dans tous les aspects de l'existence. Isla s'efforçait de détailler les aspérités du sol tandis qu'elle attendait patiemment que son interlocuteur lui rende son salut. Le protocole ne lui permettait aucune marge de manœuvre, si bien qu'elle ne put succomber au désir de relever les yeux vers l'homme qui lui faisait face alors même qu'elle sentait ses yeux posés sur elle. Dame Chelsted n'avait pas connu énormément d'occasions de se trouver en son illustre compagnie, mais ces entrevues avaient toujours su déboucher sur de fructueux échanges qui avaient permis à la noble de se faire une haute opinion de Torrhen Braenaryon, l'empereur des royaumes fédérés. Le visage ravagé par les affres de la guerre, son regard a quelque chose de las, comme si cette âme portait depuis bien trop longtemps un poids incommensurable, presque inhumain sans jamais pouvoir se reposer ou déposer son fardeau sur le dos d'un autre. L'intelligence se reflétait dans ses actes ainsi qu'une tendance à la compassion et le soucis du bien du peuple qui en faisaient un souverain presque illustre. Isla avait pu assister à certains de ses exploits guerriers, elle pouvait soutenir les rumeurs quant à ses capacités de stratège et son implication grande dans les conflis. Ses valeurs lui interdisaient de commander de loin, sans prendre par à l'horreur des affrontements ou en se préservant de toute giclée sanguine.

Sa voix grave et profonde retentit dans le silence de la tente qui n'est bercée que par les bruissements étouffés de l'agitation extérieure. Avec l'arrivée du crépuscule le camp se préparait pour la veille, les hommes devaient s'équiper pour leur tour de garde et partageaient les derniers instants de convivialité avant de retourner à leur solitude et leurs devoirs. Redressant les iris sur la silhouette de l'empereur Isla plongea dans ses pupilles sombres et insondables. L'homme n'avait rien de la beauté d'albâtre des statuts glorifiant la stature masculine idéale. Ses traits accusaient l'âge et la fatigue d'une campagne trop tôt renouvelée. Avec grâce et détermination la demoiselle s'empara d'une des chaises qui venait de lui être indiquée, elle contempla quelques secondes le foyer d'où la fumée s'échappait dans les prémices du soir. Les questions tournaient dans son esprit mais il n'était pas encore l'heure de les poser, d'autant qu'elles disparaîtront très certainement une fois que l'empereur aura exposé les raisons de cette convocation. C'est donc sur les paroles de l'homme qu'Isla fixe toute son attention, sans pour autant le dévisager, elle n'en a pas besoin pour maintenir sa concentration. Déposant délicatement ses poignets sur la lourde table de chêne qui domine le centre de la toile elle se préparait ainsi à répondre à la moindre sollicitation.

Lorsque Torrhen évoque une question juridique Isla se fend d'un petit sourire, presque énigmatique, car elle se voit ravie de conforter sa position d'expertise en ce domaine. Même si son désir d'étendre ses connaissances et son étude des constitutions législatives des autres royaumes n'a pas encore pu aboutir elle pouvait tout à fait éclairer cette tête couronnée sur certaines difficultés d'ordre général ou plus spécifique à son royaume de naissance. La position isolée de Peyredragon ainsi que son héritage de l'ancienne Valyria le rendait atypique dans son articulation juridique par rapport aux autres souverainetés du continent, ce qui pouvait susciter des étonnements voir des émois pour les autres peuples. L'étude de l'enchevêtrement d'ouvrages poussiéreux comme d'anciens procès-verbaux de procès avait constitué un loisir puis une tâche ardue à laquelle Isla avait toujours aimé se soumettre. Elle estimait que par son traitement des infractions une civilisation démontrait alors les valeurs fondamentales qu'elle souhaitait défendre. Répondant à Torrhen d'une voix où le sérieux se mêlait à l'empressement elle ne put que mettre sa main sur son cœur en signe de reconnaissance.

« Cette intention est plus que louable et si mon conseil a un tel pouvoir je ne peux vous le refuser votre altesse impériale. »

Tandis que les verres se remplissent sur l'impérieux ordre de l'homme Isla écoute Torrhen lui exposer la situation qui lui vaut cet état de nécessité d'éclaircissements. L'affaire en soi est très simple, mais les questions qu'elle soulève lui donnent toute sa complexité. Gardant le silence quelques instants Isla ne peut s'empêcher de se poser quelques autres questions. En effet au sein de Peyredragon cette affaire aurait très aisément trouvé sa conclusion, la peine capitale n'étant pas appliquée pour une première désertion. En effet, les effectifs réduits de la souveraineté, tout comme sa tendance à privilégier la capacité de rédemption faisaient pencher la balance vers une solution moins radicale que la peine de mort, mais souvent pas moins douloureuse pour les condamnés. La peine appliquée à cette entorse au plus primaire ordre de conscription consistait en une déchéance de statut social et une entrée du coupable dans une vie de servitude. En effet, considéré comme un condamné aux travaux forcés, le sujet était privé de la possession de tout ses biens, il était à présent considéré comme un esclave lié à son suzerain, et affecté aux travaux les plus dégradants et les plus pénibles. Cette condamnation prenait effet pour une trentaine d'années, autant dire presque une vie entière, à l'issue, si le condamné avait fait montre d'un comportement exemplaire et d'une repentance sincère il pouvait retrouver le chemin de la vie civile ou de l'incorporation dans l'armée régulière pour redorer son honneur par de hauts faits d'arme. Cependant cela se terminait plus généralement par une mort d'épuisement avant la fin de la période de condamnation.

Il aurait été aisé pour Isla d'expliquer ce mécanisme, néanmoins cette situation soulevait des éléments d'extranéité qu'il était important de prendre en compte, c'est pourquoi elle se devait de répondre à la question de l'empereur par une autre interrogation.

« Une jurisprudence dans ce cas serait introuvable votre Altesse impériale, en effet c'est la toute première fois que Westeros voit une structure sociétale et donc juridique comme l'Empire prendre corps. Au-delà de la question de la punition il est important de clarifier le titulaire du pouvoir de sanction. En effet comme je le soulignais c'est la première fois que les armées de Peyredragon sont sous un commandement extérieur, en cette acception que ce commandement se situe à un échelon supérieur à celui de la royauté. La condamnation doit-elle donc intervenir de votre personne, ou avez vous laissé à la discrétion des royaumes fédérés ce pouvoir régalien ? Dans le cas de l'affirmative il reviendrait donc au Prince régent de Peyredragon de décider du sort des contrevenants. N'ayant pas pu avoir sous les yeux la constitution de l'Empire il me faut connaître cette modalité, car la légitimité de la sanction s'en trouverait affectée. »

Elle laissa planer un silence afin que son interlocuteur puisse prendre le temps de remanier ses paroles dans son esprit et se les approprier avant de poursuivre.

« Pour répondre au sens de votre question, la désertion n'est pas punie de la peine capitale dans notre culture. Nous croyons dans une certaine mesure à la capacité de rédemption de l'être humain, en tous cas c'est ce qui ressort de la logique de notre échelle des peines, ainsi pour une primo infraction l'option choisie est généralement celle de la condamnation aux travaux forcés, surtout en cas de campagne militaire, car la main d’œuvre est toujours utile et l'effet dissuasif de cette vie de souffrance est bien plus efficient que la rapide délivrance du trépas. »

Isla écarta une mèche de cheveux qui passait devant son regard pour soutenir le regard de son interlocuteur, elle voulait pouvoir déceler sur ses traits si elle allait trop vite, si ses explications n'étaient pas assez précises, ou si elle avait besoin de revenir sur certains points.

« L'ultime question qu'il faut avoir dans cette affaire est surtout celle de la justice et du système législatif qui doit et est mis en place au sein de l'Empire dans l'articulation du pouvoir et des rouages qui en découlent. Si ces hommes appartiennent au royaume de Peyredragon ils n'en sont pas moins citoyens de l'Empire et votre altesse impériale ne peut prendre le risque qu'une injustice soit ressentie vis-à-vis du traitement de cette situation par les autres nationalités présentes au sein des effectifs. La question une fois résolue celle de la compétence du juge en la matière, de savoir quelle est la position juridique de l'Empire face à une telle violation ? »

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MessageSujet: Re: Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé]   Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé] EmptyJeu 5 Mar - 16:57

Je pensais bien que je pouvais me confier sans heurts et sans retenue à la jeune femme. Sans plus être aussi proche d’elle que jadis, Rhaenys m’avait déjà confié tout le bien qu’elle pensait de la jeune femme et il était clair à mes yeux que vu le lien privilégié qu’elles avaient toutes deux partagé dans leurs vertes années, il y avait peu de risques à ce que la jeune femme ne considère qu’elle puisse semer aux quatre vents la rumeur de ce qui intéressait ce jour l’Empereur. Le motif même de l’entretien, mais pas seulement, était donc confidentiel. Les affaires se traitaient aussi peu au grand jour en Peyredragon que dans le Nord pour ce que j’en savais, et il n’y avait certainement pas matière à plaisanter lorsque la discipline militaire était remise en question. Certains la pensaient sujette à caution et il n’était pas absurde de penser qu’il était possible aussi de la contourner dans des temps de grand péril. Autant dire que ces gens se trompaient. Je n’avais jamais transigé de quelque manière que ce soit sur ce sujet, ni sur aucun autre. J’avais donc fait venir la jeune femme. Ancienne amie de Rhaenys. Actuelle, peut être. Qu’importe. Ce n’était pas pour son lien avec l’Impératrice que je l’avais fait venir, loin de là. C’était avant tout parce que je m’efforçais de toujours retenir les principales qualités des gens qui m’entouraient, et s’agissant de politique il était plus simple alors de savoir qui mettre à quel poste ou solliciter pour tel ou tel autre conseil.


Isla, dame de Chelsted, était férue de lois et étudiante assidue des bibliothèques de son royaume insulaire de naissance. Elle connaissait tout un ensemble de textes qui permettaient de prendre position selon les décrets royaux ou sur ce que la coutume n’avait jamais eu besoin de voir transposer. S’agissant des problèmes liés à Peyredragon et des gens qui y étaient nés, il n’y avait sans doute pas meilleure personne, plus qualifiée, vers qui se tourner.


La jeune femme semblait me jauger, elle me regardait en entrant ; nous n’avions été qu’assez peu confrontés l’un à l’autre. Je lui avais écrit la mort de son époux et Rhaenys m’avait parlé de leur jeunesse partagée sous bien des coutures. Mais c’était à peu près tout. Du reste, en dehors de son intelligence et de son savoir juridique, la jeune femme m’était presque inconnue. Petite, mais très belle. Elle avait encore la candeur de sa jeunesse inscrite sur le moindre de ses traits, alors que cette femme-là avait compulsé les archives, travaillé, épousé, aimé sans doute aussi. Ce n’était plus une enfant. Comme Rhaenys, forcée de grandir par la force des choses. Je lui fais part alors de mon tracas et de l’objet de sa visite ; ma voix rocailleuse, vieille et élimée comme une vieille épée qui n’a que trop coupé, tranche dans le bruit du brasier non loin qui réchauffe la tente, vaste espace plein de tout et de rien que je charrie à chaque fois que l’armée marche vers son destin, et moi vers le miens.


La jeune femme sourit, sans doute un peu satisfaite que je pense à elle pour traiter ce genre de sujet. Ce n’était pas un besoin formel que j’énonçais, mais une demande d’aide. Je ne lui ordonnerais pas de trancher pour moi ce cas de figure car je savais bien qu’il n’y avait personne d’autre qui pouvait prendre une décision de pareille importance. Il n’en restait pas moins que je lui donnais force détails pour l’aider à mieux cerner la situation et comprendre quel était mon dilemme, entre nécessité d’ajuster la punition à la tradition militaire de Peyredragon, mais sans pour autant léser les soldats d’une autre faction, à savoir ma patrie de naissance, qui étaient quant à eux accoutumés à une discipline autrement plus revancharde.


J’inclinais la tête en guise de remerciement quand la jeune femme me confirme qu’elle pourra m’aider, et je vois bien à sa gestuelle qu’elle n’est pas peu reconnaissante de l’honneur que je lui fais en lui permettant de m’assister. Je la laissais réfléchir à cette épineuse question le temps que je serve deux godets pour achever de nous réchauffer. Je regrette presqu’aussitôt la complexité de l’affaire, quand la belle me répond qu’il n’y a pas de précédent à la situation qui nous occupe. Son langage, châtié, n’en est pas moins précis et j’apprécie sa façon de détailler sa réponse, notamment sur le pouvoir de sanction et celui qui le possédait. Isla rappela tous les éléments de contexte ; la prise de contrôle récente des troupes d’une patrie différente de celle de leur suzerain, régies par d’autres lois que lui. Je comprenais son embarras à savoir ce que prévoyait la constitution et la laissais dérouler encore en sirotant le verre que je m’étais servi, après lui avait tendu le sien.



| Vos connaissances honorent dès à présent la confiance que vous accorde l’Impératrice, mon épouse. Je comprends déjà, même si j’avoue ne pas trop comprendre toutes les ficelles que vous me tendez, que je n’aurais pas meilleure experte du droit dans mes rangs. Je vous remercie donc à nouveau, Dame Isla. |


Dans une attitude bien peu impériale, je me frottais un moment la barbe sur le menton, réfléchissant à tout ce qu’elle venait de me dire pour y remettre un peu d’ordre. J’essayais de reprendre ses demandes dans l’ordre pour tout bien expliquer comme il le fallait.


| En théorie, chaque Royaume Fédéré a autorité sur ses propres lois et sur ses gens, tant que les grandes lois de l’Empire, contenues dans la Constitution, ne sont pas violées. Il est surtout question du respect de principes comme l’interdit de l’esclavage, ce genre de choses. En revanche, je suis général en chef des armées fédérées ; j’ai autorité sur toute troupe sous mon commandement direct comme aujourd’hui. Nous avons séparé la chose militaire du reste des affaires des royaumes. Quand l’Empire est en guerre et que je le mène à la bataille, les armées fédérées ne sont plus sous l’autorité d’un commandant local, autochtone, mais sous le mien. Et sous celui de l’Impératrice ou de l’un de nos envoyés communs, comme le Maréchal Omble. D’ordinaire, ce genre de transgression pour des soldats du Nord vaudrait la peine de mort, de la main même des camarades. Voire l’envoi au Mur. |


Je décidais de reformuler pour donner un exemple concret.


| Si je donne l’ordre de faire lapider ces hommes par leurs camarades qu’ils ont voulu abandonner, vous paraitrais-je cruel à vous, Dame Isla, toute peyredragonienne que vous êtes ? Préféreriez-vous que je les condamne à la mort lente du service au Mur ? Ou bien de dormir en geôle et de travailler tout le jour durant à relever des défenses orageoises endommagées, une année durant, au pain sec et à l’eau ? Que vous semble-t-il le plus acceptable, sous ces formes ? |



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Justice extrême est extrême injustice.

Sur la route de Lestival, 2ème semaine du mois 10 de l'an 1

Isla parcourait la longue table d'un œil surpris. Il était flatteur pour elle de constater qu'elle était ainsi gratifiée d'un tête-à-tête avec l'empereur. D'autant qu'il était plutôt inhabituel pour une tête couronnée de requérir l'avis d'une femme, fusse t-elle une pointure en sa matière. La société n'était guère plus clémente envers les femmes au sein des contrées arides du Nord, mais certaines réussissaient néanmoins à s'illustrer de brillante manière. Feue l'ancienne reine Stark avait été reconnue pour ses capacités de gestion de son royaume en l'absence d'un mari toujours parti à guerroyer. Il se murmurait même que des femmes combattantes étaient acceptées au sein des rangs de leur armée, même si Isla n'avait jamais eu la chance d'observer une de ces créatures de ses propres yeux. Assise seule face au dirigeant Isla ne pouvait s'empêcher de se questionner quant à l'avis qu'il pouvait se faire de sa carrure frêle mais de son esprit vil. Elle pouvait déjà s'enorgueillir de posséder une certaine confiance de la part de l'empereur, ce type d'affaire n'était généralement pas porté à la connaissance de n'importe qui, le contentieux étant d'autant plus sensible qu'il comportait une négociation entre deux cultures différentes. Fédérer un empire n'était pas aisé, surtout quand les nations qui le compose avaient pu être d'anciens ennemis ou de complets étrangers, n'ayant alors presque aucun mode de fonctionnement commun sur lesquels s'appuyer. Cette volonté de réunifier des peuples parfois diamétralement opposés pouvait paraître utopique voir bien naïve aux yeux de certains, mais Isla voyait dans ce projet un signe de l'extrême dévotion du dirigeant qui lui faisait face, car ce ne pouvait se réaliser sans se donner corps et âme à un tel projet.

Pour en revenir à sa présence sous cette tente impériale, Isla ne doutait pas qu'elle parviendrait à donner au Braenaryon les clés lui permettant de prendre une décision éclairée. Car là était sa tâche, rien de plus. Le pouvoir de décision ne lui appartenait pas, et cela pouvait être parfois frustrant, surtout lorsque la tête couronnée ne prenait pas mesure des conseils et tranchait d'une façon insatisfaisante. Isla avait appris à s'y faire, elle estimait toujours avoir fait de son mieux lorsqu'elle avait pu livrer l'entièreté de sa vision et que son interlocuteur avait prêté une oreille attentive à ses paroles. Elle ne pouvait en exiger plus. Néanmoins la situation était plus qu'inhabituelle pour elle. Elle n'avait jamais eu à conseiller un empereur, et c'était avec Rhaenys qu'elle avait toujours pu converser et conseiller, le rapport de confiance n'était pas le même, les liens entre eux n'étaient pas de la même nature et Isla était plus qu'étonnée que l'homme ait choisi de la distinguer plutôt qu'un autre. Des généraux de Peyredragon devaient bien accompagner Rhaenys, et s'ils n'avaient pas ses compétences juridiques ils incarnaient l'autorité masculine et le pouvoir militaire dans toute sa splendeur, aux yeux de la société l'indolente noble qu'elle représentait n'avait aucun pouvoir de persuasion face à des hommes aguerris à l'art du combat. Pourtant c'était elle qui avait été convoquée et à qui l'on demandait des conseils. Loin de s'en réjouir trop vite Isla se posait surtout la question du pourquoi, bien que l'explication ne tenait peut être que dans une reconnaissance de ses connaissances et de ses capacités, au-delà de son sexe. Ou alors Torrhen préférait peut être solliciter ses différents conseillers de manière séparée, c'était aussi une option, pour peut être conserver une certaine pureté des avis qui lui sont présentés et ainsi éviter toute influence des uns sur les autres. La demoiselle laissa tout du moins toutes ces considérations de côté lorsqu'elle entendit les compliments de son interlocuteur. Elle lui adressa un sourire sincère et reconnaissant, souhaitant au plus profond de son cœur être digne d'une telle éloge.

« Je remercie son altesse impériale pour un tel compliment. Si quelque chose vous est obscur dans mes paroles n'hésitez pas à me demander des éclaircissements, les termes juridiques peuvent parfois faire figure de langue étrangère par leur complexité, même pour les initiés. »

Isla avait à cœur de bien se faire comprendre et surtout de permettre au souverain de parfaitement appréhender cette situation pour qu'il puisse prendre la décision la plus éclairée possible. La lady fixa quelques instants le godet qui lui avait été tendu, faisant distraitement tourner le liquide qu'il contenait. Le vin n'était certainement pas de mauvaise qualité et elle en avait grand besoin après cette journée éreintante de chevauchée et d'aide au camp, cependant elle avait peur que l'alcool lui monte vite au visage et que cela perturbe quelque peu ses capacités de réflexion. Elle but une gorgée du breuvage, elle n'avait plus tellement l'habitude d'en consommer et senti après quelques minutes une chaleur bienvenue lui parcourir la poitrine et lui permettre de se détendre quelque peu. Du coin de l'oeil elle pu observer le geste de l'empereur et elle se retint de sourire face à cette expression de pure humanité, après tout chaque légende n'est avant tout qu'une représentant de l'espèce humain et on ne pouvait pas s'attendre à d'autres comportements que ceux du commun des mortels. Lorsque l'empereur reprit la parole la demoiselle l'écouta avec attention et eu un petit geste d'assentiment.

« Très bien, ma première question a donc une réponse sans ambiguïté ce qui est heureux. Votre compétence à trancher cette affaire étant indéniable ne reste plus qu'à définir la méthode. Vos coutumes locales penchent en effet vers une solution radicale, d'aucun considèrerait cruelle. Mais pour apporter une réponse appropriée à cette épineuse situation il faut en effet prendre en compte un paramètre essentiel : L'acceptabilité de la sanction par tous, et cela vous projette sur la corde raide d'une crête, entre trop forte clémence et inacceptable injustice. »

Résumer la situation avait toujours une salutaire nécessité, faire la synthèse permettait d'énoncer clairement les éléments qui étaient pris en compte, et cela permettait le cas échéant à l'interlocuteur d'énoncer clairement si une variable de l'équation essentielle à ses yeux était oubliée. Cela permettait aussi de définir concrètement les termes de cette équation. Isla fronça les sourcils un petit instant, ayant du mal à formuler correctement la réponse à la question que l'empereur venait de lui faire. Elle la trouvait un peu inappropriée, mais elle la comprenait néanmoins.

« Votre altesse impériale, je ne peux répondre à votre question sans commettre un irréparable impair. En effet, en matière de justice, l'avis personnel est le plus mauvais conseil, cette matière ne peut s'embarrasser d'impression et de sentiments, elle ne peut se blottir dans les plus nobles concepts moraux et se parer de la cape de l'héroïsme, car ce n'est pas sa fonction première. L'élément essentiel de l'acte de juger est de réparer un préjudice, afin de faire taire les velléités de vengeance, de conjurer une offense à la société constituée au-delà des sentiments des individus et de leur perception. Le plus souvent la justice la plus parfaitement exécutée sera celle qui laissera un goût amer aux parties prenantes, car elle ne leur donnera qu'à moitié satisfaction, c'est généralement à l'art des compromis que l'on reconnaît un sage jugement. »

La philosophie de la peyredragonienne ne lui plairait peut être pas. Elle avait laissé un petit instant flotter entre eux avant de lui refuser une réponse à sa question tout en lui offrant une réponse à une autre. En tant que conseiller elle ne pouvait lui livrer une analyse forgée sur ses sentiments, sur ses impressions et sur sa nature humaine pas essence imparfaite et non appropriée à la délicatesse d'une telle affaire.

« Je comprend néanmoins tout à fait les impératifs qui conduisent à me poser une telle question, et ne voyez dans ma réponse aucune marque d'irrespect, mais pour vous conseiller au mieux il me faut vous être d'une totale franchise. La perception de l'injustice par les hommes du Nord sera quoiqu'il en soit présente si vous décidez de ne pas conduire les fautifs à la mort, et la perception d'une cruauté sera également existante par d'autres peuples qui n'ont pas les mêmes valeurs sociétales que celles des nordiens si c'est l'option de la peine capitale que vous retenez. De façon pragmatique, eut égard aux éléments objectifs de cette situation, le compromis acceptable serait de leur laisser la vie sauve car c'est une première infraction, guidée non pas par la cruauté mais par tout simplement un désir de vivre et une incommensurable terreur, cependant pour que cela ne soit pas prit comme une clémence synonyme de faiblesse, il faut que cette existence soit une punition pire que la mort, afin de rester dissuasive afin de conserver les troupes dans le rang. Parfois la vie peut être bien plus atroce et effrayante que la mort votre altesse impériale. »

La voix de la jeune noble c'était faite grave et dure pendant qu'elle terminait son petit discours. Sa conclusion sonnait presque comme une vérité immuable, témoignant de souffrances profondes, enfouies au plus profond de ce visage bien trop juvénile pour que l'on puisse sérieusement penser qu'il ait tant enduré.

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MessageSujet: Re: Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé]   Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé] EmptySam 4 Avr - 17:28

Je devais paraître bien cruel à parler des sévères punitions ayant cours dans l’armée nordienne, sinon impériale, devant une jeune femme qui avait perdu son propre époux au cours des terrifiants combats qui avaient eu lieu dans le Conflans. Dans ces circonstances il était bien sûr compliqué de pouvoir donné un avis aussi tranché qu’impartial mais j’escomptais malgré tout sur la sincérité de la jeune femme, de sa propension à prendre du recul malgré les drames subis. Rhaenys avait toujours dit le plus grand bien de la jeune Isla, et je savais que son point de vue ne saurait être biaisé par le lien interpersonnel très fort qu’il y avait eu entre elles à une époque. Rhaenys savait détacher son jugement des gens des actions que ceux-ci produisaient. Cela ne voulait pas dire qu’elle n’était pas capable des plus profondes colères, ni qu’elle n’était pas non plus capable de coups de sang parfois injustes mais à terme, mon épouse ne conservait en matière de jugement qu’un amoncellement de faits qui lui permettaient de peser le pour et le contre.


La jeune femme semblait honorée de sa présence, et semblait également prendre fait et cause pour ma position dans le dilemme qui se posait à moi. Difficile d’imaginer que les choses puissent être autrement malgré tout ; je n’avais jamais affronté de position frontalement opposée à la mienne en tant qu’Empereur. Cela ne voulait pas dire que je n’avais jamais eu de difficultés à exercer le pouvoir, loin de là. Mais il y avait peu de gens qui avaient cette forme de courage ou de folie à venir se confronter à moi frontalement. Je comprenais quoiqu’il arrive qu’il y ait des gens réticents à s’opposer à leur Empereur ; risquer les colères et l’arbitraire impérial en réfrénerait plus d’un. Mais parfois la confrontation conservait malgré tout du bon.


La jeune femme me remercie alors et m’incline à lui demander toutes les précisions que je pourrais vouloir, et je la savais gré de sa complaisance rapport à mes propres lacunes de connaissances juridiques. Le droit nordien était des plus simples, de tradition orale qui plus est. Il n’était alors pas bien compliqué de trancher en faveur d’une action ou d’une autre et la brutalité était la réponse à peu près à n’importe quoi, puisqu’elle permettait de raffermir à chaque instant la discipline si caractéristique des gens de mon peuple. Nous buvons donc à petites gorgées. Je hochais la tête quand elle expliquait son point de vue sur l’équilibre précaire à trouver entre ce qui semblerait aller de soi et ce qui paraitrait inutilement cruel.



| Vous comprenez donc quel est ce dilemme qui s’élève devant moi. En supplément, je ne saurais imaginer châtiment trop doux, qui n’impliquerait pas les camarades eux-mêmes des criminels reconnus. J’ai depuis longtemps appris que les punitions collectives, et celles exercées par les pairs eux-mêmes, étaient souvent les plus efficaces et servaient à enclencher une plus grande pression du groupe sur lui-même, ce qui ne peut qu’ensuite aider à ce que tous se tiennent tranquilles. |


Les deux types de normes les plus puissants étaient sans aucun doute celles qui émanaient d’un dirigeant charismatique et reconnu, et celles qui émanaient d’un groupe tout entier. Cela permettait toujours d’exercer les contraintes nécessaires au maintien de l’activité d’un groupe militaire sans toujours avoir à se soucier de voleurs ou de profiteurs. Je comprenais également les scrupules affichés par la jeune femme, et restais agréablement surpris de la sagesse d’une si jeune personne. Je ne pouvais toutefois que maugréer lorsqu’elle flattait l’habileté au compromis susceptible de pouvoir ramener la paix dans les chaumières. J’aurais pu être d’accord dans le cadre d’une querelle entre voisins mais certainement pas de la rigueur de la vie militaire. Je l’écoute toutefois dérouler son argumentaire sans l’interrompre. Je comprenais un peu mieux au fil du temps ce qu’elle attendait par la notion de compromis et par la nécessité d’essayer de concilier les deux partis. Toutefois, je continuais de réfléchir un bon moment en me flattant la barbe de quelques grattements, faisant diversion le temps de pouvoir peser le pour et le contre de tout ce qu’elle m’avait raconté.


| Je déteste la politique de compromis, Dame. A ne satisfaire aucune parti on prend toujours le pari risqué de se laisser déconsidérer par les deux, et pas par l’une ou l’autre. De plus, je n’aime pas l’idée que la justice soit soumise à des impératifs de conciliation ; si elle n’est pas ferme et durable, inaltérable, alors elle n’est pas justice et reste un jugement soumis à des règles de calcul. C’est sans doute ma conception nordienne de l’autorité qui parle mais… Je n'ai jamais aimé les demi-solutions. J'ai toujours été un homme plein et entier dans tout ce que je faisais, pour le meilleur et pour le pire. Si je réagissais différemment demain, alors je risquerais de perdre la confiance de certains de ceux qui me suivent. |


Je me rappelais de mon père et de ses coups de bâton pour nous faire changer de position lors des premiers entraînements à l’épée, ou des punitions deux fois plus lourdes dont on écopait en cas de manquements de nos obligations, comme ces exercices sous la pluie quand tous les autres jeunes garçons de Winterfell s’abritaient le temps que le grain passe. Je continuais de méditer à une punition qui pourrait être à la hauteur du crime impardonnable qui avait été commis.


| L’envoi à la Garde de Nuit pourrait-il être une punition suffisante, Dame Isla ? |


Mon vilain visage s’était tordu de concentration, alors que la réponse allait finalement de soi. Je remplis à nouveau nos godets de vin.



Soothsayer, can you save them? Can you see the streets in blood? The remnants of your name? Soothsayer, can you save them?Soothsayer, let these words set you free. And now, give this leave and come away with me

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MessageSujet: Re: Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé]   Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé] EmptyJeu 16 Avr - 13:43

Justice extrême est extrême injustice.

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La justice pour beaucoup signifiait une vision plus qu'universelle, une sorte d'évidence qui ne souffrait pas de contradiction ou de tergiversations. Pour les non-initiés elle pouvait sembler couler d'elle-même, ne prendre source dans rien d'autre que l'évidence. Pourtant rien n'était aussi simple. Chaque situation était sujette à interprétation, la même infraction pouvait générer une réponse bien différente en fonction des personnalités en présence, des à priori, de l'expérience ou des convictions du juge. C'est ce qui donnait à cette œuvre régalienne un caractère bien trop humain, bien trop faillible et dangereux. Car plus que de réparer le tord causé par une transgression la peine permettrait également de resserrer la discipline auprès des autres membres du corps social, elle permettrait de remémorer les risques, de poser plus clairement les limites et les conséquences. Isla pouvait comprendre que l'empereur soit guidé par cette suprême intérêt, mais elle trouvait que cette considération avait une trop forte emprise sur sa manière de concevoir la situation. Cependant elle ne pouvait le blâmer, c'était une donnée importante, surtout pendant une campagne qui s'annonçait longue et couteuse en sacrifices humains. La limite était ténue entre exercer une pression adéquate sur le groupe social et la sanction qui serait de trop et entraînerait une révolte, une désertion massive ou tout simplement un abandon de la combativité. Faire preuve d'un excès d'intransigeance pouvait se révéler tout aussi dévastateur que de prôner une inacceptable clémence.  

Isla observait un peu mieux son empereur tandis que celui-ci lui exposait son point de vue concernant la punition collective. Les marques des combats qu'il avait eu à mener constellaient son corps à commencer par son visage, sa jambe, et elle n'avait aucun doute quant au grand mépris qui devait l'éteindre face à ceux trop lâches pour affronter une bataille, face à des âmes perfides qui choisissaient la fuite plutôt que de faire face pour protéger les leurs. Elle le sentait s'agacer, c'était chose compréhensible car elle n'abondait pas en son sens et il pouvait peut-être avoir l'impression qu'elle se plaçait en défenseure de ses compatriotes. Il n'y avait aucun soupçon à avoir sur son impartialité cependant, bien qu'elle soit attachée à son royaume de naissance elle n'était pas aveugle au point de nier l'existence de personnes détestables au sein de sa propre nation. Son mari était lui-même un magnifique spécimen d'ordure, un être des plus haïssables et s'il ne manquait pas de courage sur un champ de bataille il était totalement dénué de la plus petite proportion de cœur ou de compassion. Isla n'avait pas pour fonction de se faire l'avocate du diable. Cette désertion la révoltait également en un sens, car tous ici faisaient de leur mieux, chacun à son niveau pour mener l'Empire à la victoire, pour la défense d'un idéal et de valeurs littéralement balayées par leurs opposants. Cependant il n'appartenait pas à la jeune femme de questionner les choix de ces hommes, il fallait prendre en compte les faits et leurs conséquences, uniquement cela, sinon on prenait le risque de basculer dans la vengeance pure et simple, dans une colère ardente qui entraînerait une réaction en chaîne toxique. La justice permettait d'assainir la société, la vengeance n'amenait que la gangrène haineuse avec elle.

« Cette logique est certainement indéniable pour les nordiens Votre Altesse, mais je doute qu'elle s'applique avec la même efficacité sur les autres peuples dont le tissu sociétal est différent. Les perceptions de l'honneur et de la juste punition sont différentes une fois vos frontières franchies. Le groupe peut amener une cohésion ou causer des fractures. Si la punition par les pairs dilue la culpabilité elle peut aussi être le terreau fertile d'une révolte si la sanction leur semble disproportionnée.   »

La noble dame réalisait un peu plus précisément combien la société nordienne conservait des aspects primitifs dans l'application de leurs châtiments. Certes il n'était pas l'heure de disserter de philosophie du droit, d'autant que la matière était bien trop conceptuelle et abstraite pour être utile à la question qui les occupait. Pourtant Isla aurait voulu avancer dans cette réflexion que Torrhen lui apportait, car il ne réalisait peut-être pas la dangerosité de confier à un groupe d'individus non professionnels la réalisation d'une sanction décidée par lui seul. La participation de camarades à une mise à mort pouvait les marquer à vie, et nier les liens affectifs qui peuvent interconnecter les individus est chose dangereuse, car nous ne savons pas la perception qu'ont ces hommes au sein de leur propre univers. Si ces hommes de vertus honorables et grandement appréciés avant leur acte venaient à se retrouver massacrer par les leurs, les conséquences pouvaient être terribles. Un choc psychologique trop grand peut très bien saper totalement la combativité d'un soldat, ou le rendre par trop sanguinaire même avec ses propres frères d'armes, dans le pire des cas une insurrection de l'armée peut prendre son essor si trop de ces hommes voient leur perception de cette situation diverger de celle de leur dirigeant. Cette donnée n'est pas à négliger et Isla ne peut se montrer en accord avec son empereur sur cette question, ce serait nier le danger que sa solution présente.

Néanmoins Isla prend le temps de méditer sur l'éclairage que l'empereur apporte à cette situation. Elle se pose surtout la question de savoir si sa vision n'est tout simplement pas biaisée par le fait qu'elle n'avait jamais eu à exercer ses talents de conseil en temps de guerre. Peyredragon n'avait jamais été prise dans la tourmente des combats lorsqu'elle siégeait en tant que conseillère dans l'entourage de Rhaenys. Si ses lectures lui avaient appris que nombre de décisions similaires avaient pu être prises en campagne Isla avait toujours attribué cela à la faiblesse des dirigeants du moment et surtout à l'absence de vision globale dans leurs décisions. Pourtant les impératifs d'une guerre remettent tout en perspective, les décisions qui seraient tout à fait compréhensibles en temps de paix devenaient alors inacceptables et insupportables pour la population, car l'échelle de l'honorabilité se doit alors d'être renforcée pour pouvoir tout simplement survivre et ne pas voir le groupe se déliter au profit d'une logique individualiste.

Comme elle s'y attendait l'Empereur n'était pas d'accord avec elle et c'était de son avis une bonne chose. Il reste fidèle à sa perception des choses, il n'est pas une âme influençable ce qui pour un dirigeant d'envergure est une excellente qualité. Isla hocha la tête à l'exposé de sa pensée, elle n'avait rien à ajouter car elle comprenait bien qu'elle ne pouvait le pousser à adopter une autre logique que celle avec laquelle il avait toujours gouverné son peuple. Cependant elle était certaine qu'il avait entendu ses arguments et elle espérait qu'à l'avenir cela lui permettrait d'avoir en tête une autre conception des évènements pour d'autres situations similaires. Car si Torrhen restait un grand souverain il n'avait jamais eu à diriger diverses nationalités et ce qui fonctionnait si bien avec les nordiens pouvait parfaitement braquer totalement une autre nation. Pour que l'idéal d'unification de l'Empire soit une complète réussite il lui faudra parvenir à laisser une plus grande place au compromis, à la conciliation des cultures comme des logiques que ce soit en matière juridique qu'en d'autres domaines.

« La grande diversité des nations qui composent à présent vos sujets met en exergue le risque de perdre tôt ou tard la confiance de certains de ceux qui vous suivent à l'heure actuelle, votre altesse, surtout s'ils pensent que les choses resteront à jamais comme elles l'ont toujours été. Vous avez fondé un empire, alors que cela n'a jamais été ne serait-ce qu'envisagé auparavant. Cela va amener des situations qui ne s'étaient auparavant jamais produites, avec des solutions qui devront nécessairement différer du fonctionnement que vous avez toujours eu jusqu'alors Votre Altesse. Je comprends et accepte votre raisonnement, il me faut néanmoins vous avertir que son efficience ne se retrouvera peut-être pas dans toutes les nations et que le compromis deviendra nécessaire pour créer une nouvelle norme qui les unifiera tous. Car à  être trop entière et inaltérable vos sanctions finiront immanquablement par provoquer chez certains ce que vous vouliez justement éviter, le sentiment d'une complète injustice.   »

Isla exprimait son désaccord avec humilité, d'une voix ferme certes mais douce au ton d'une conversation tout à fait ordinaire qui ne laissait pas supposer toutes les conséquences que de tels propos sous-entendaient. Ce n'était ni une menace ni une prophétie, seulement un constat appuyé par les faits, par l'étude de nombreux ouvrages, historiques comme juridiques. Certaines grandes révoltes pouvaient directement découler de procès mal menés, de sanctions non adéquates et trop sévères, en cela l'exemple de l'Ouest pouvait être très parlant. Isla souhaitait simplement faire comprendre à son interlocuteur que toute cette histoire dépassait le simple raffermissement de son autorité sur l'armée, car ces hommes seraient massacrés sous les yeux de certains civils présents dans les corps de soutien, ces hommes avaient une famille qui demanderait certainement des comptes quant à l'exécution de leur proche, et si ces familles n'avaient pas grand pouvoir, le scandale d'une décision trop ferme pourrait être le début d'une gangrène de haine envers l'Empire qu'Isla ne souhaitait surtout pas voir se propager. Si les coupables n'avaient rien d'innocents agneaux, ils ne méritaient peut-être pas la mort pour avoir simplement voulu survivre coûte que coûte, c'est une chose à laquelle beaucoup d'âmes démunies en ce monde peuvent comprendre.

C'est alors qu'une ultime question vint en réponse. Et Isla étudia quelques instants cette possibilité. La Garde de Nuit n'était pas une institution aussi bien ancrée au sein de la société peyredragonienne que pour le Nord, elle pouvait même être méconnue de certaines parties de la population. La pratique d'y envoyer des prisonniers s'était quelque peu tarie avec l'allongement de la période de paix et le peu de remue-ménage avec les sauvageons, car ils étaient parfaitement contenus par les nordiens. Après un peu temps Isla redressa le visage vers son empereur et opina du chef pour lui signifier que cela semblait une solution acceptable.

« Oui Votre Altesse, je pense que c'est ce qui pourrait solutionner sans trop de dommage cette épineuse situation. Néanmoins je pense qu'il sera utile de préciser une nouvelle fois aux condamnés mais aussi aux membres des autres peuples que le Nord ce que représente cette entité et ce que signifie y être envoyé. Si cette institution est une part intégrante du Nord ce n'est pas le cas pour Peyredragon et d'autres nations. Certains membres des plus modestes des autres royaumes peuvent ne pas connaître son existence ou ne pas mesurer l'importance de cette sanction. Je pense donc que raviver la pleine infamie de cet exil peut être utile, sinon d'aucuns pourraient croire que nous leur octroyons tout simplement une retraite sécuritaire loin des conflits à venir et mal interpréter votre décision. »

Cette solution n'était pas une complète satisfaction pour Isla et elle était persuadée que c'était également ce que ressentait l'Empereur. Comme elle l'avait signifié auparavant cela était la marque d'une décision juste, tout du moins elle l'espérait grandement.

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MessageSujet: Re: Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé]   Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé] EmptyMer 22 Avr - 19:06

L’envoi à la garde de nuit. Le grand maître en serait sans nul doute reconnaissant, bien qu’il considérait sans arrêt que les royaumes de Westeros ne contribuaient pas assez à la défense commune. Dans ces conditions, la confiance avait été parfois plutôt précaire entre nous. Mais cela ne changeait rien. La Garde était l’une des institutions les plus sacrées en Westeros, sans doute plus encore pour les nordiens pour deux raisons majeures ; leur Foi était honneur et en supplément, une faible Garde de Nuit ne signifiait jamais que la faiblesse du Nord, qui devait alors faire face à des ennemis au nord en plus de plusieurs directions venues du sud. Dans ces circonstances, il n’était pas facile de se départir d’une certaine responsabilité envers cet ordre guerrier parmi les plus anciens de Westeros. Mais d’un autre côté, je tergiversais, et j’hésitais, car il était clair que ce serait une sorte de demie-punition. Ces gens seraient condamnés à une vie de misère et de servitude dans des désolations le plus souvent glacées, mais ils restaient malgré tout en position de vivre, voire de jouir de certains plaisirs.


Est-ce crime aurait donc punition suffisante ? Rien n’était moins sûr. Parce que l’outrage était profond. Ces gens ne mériteraient plus jamais la moindre confiance de leurs camarades. Il n’était pas question de les laisser échapper à leur destin, mais d’un autre côté je ne pouvais pas non plus risquer de perdre l’allégeance de leurs compatriotes. Le problème était épineux et si le nordien en moi était un adepte presque inconditionnel des solutions expéditives, il n’en restait pas moins que j’avais une conscience aiguë de mes propres forces et faiblesses, et que je ne pouvais certainement pas me targuer d’être l’individu le plus neutre et objectif qui soit, même si je pouvais faire preuve d’un pragmatisme que d’aucuns qualifieraient de monstrueux. J’avais aussi conscience que la discipline militaire ne transigeait pas avec la rigueur et le besoin d’être rigide pour éviter les éventuels débordements. Je regardais la jeune femme.



| Ce n’est pas disproportionné, en réalité. Ces hommes ont abandonné leurs camarades. C’est très grave. Leur absence aurait pu causer la perte de ceux qui comptaient pour eux. C’est un crime, cela va bien plus loin qu’une rixe entre soudards ou une querelle à propos d’une catin ou d’un éventuel butin. |


Je ne prenais pas de gants parce que je savais que la jeune femme ne devait certainement pas être brusquée par ce genre de langage ; elle devait en avoir vu d’autres. Rien que pour choquer Rhaenys il en fallait beaucoup et si elle était faite du même moule… De toute manière, je devais bien être frontal pour être sûr d’exprimer le fond de mes pensées. C’était sans doute l’apanage des dirigeants que de pouvoir se montrer aussi direct, sans prendre garde au niveau de langage. J’avais conscience quand même que ça pouvait être diablement nouveau pour elle que de se confronter au monde militaire et à ses usages. Mais cela ne changeait rien au fond, car je n’avais pas pour habitude de juger différemment les Hommes qu’ils soient civils ou soldats, nobles ou roturiers. Cela m’avait valu des inimitiés, mais les faits de trahison ne méritaient jamais la moindre pitié à mon sens.


Tout comme les révoltes. Je pouvais transigeais avec certaines personnes qui avaient mené ou participé à une fronde quelconque, pourvu qu’ils ne soient pas allés trop loin. Je ne faisais pas partie de ces seigneurs qui écrasaient toute forme de rebéllion dans le sang quand il était trop tôt ou trop tard ; en revanche chacun obtenait son dû. Qu’il s’agisse de personnes ayant répondu aux dérives d’un mouvement ou qui en avaient assumé la violence jusqu’à ce que les choses dégénèrent… C’était trop facile, de se plaindre après. Si on donnait des circonstances atténuantes aux actes des gens, c’est qu’on commençait de facto à les excuser. Des voix s’élevaient, pourtant. Contre ma façon d’exercer la justice. Ou murmuraient, le plus souvent.


Tant que je serais vainqueur, on ne me reprocherait rien. Mais du jour où j’enchainerais les défaites et je deviendrais officiellement le bourreau des sauvageons, qui n’avait pas hésité à crucifier des milliers de sauvageons, pour l’essentiel des femmes, des enfants et des vieillards, avec tous nos prisonniers de La-Mort-Aux-Loups. L’homme qui avait mis sur la croix les prisonniers croisés après Wayfarer. Qui avait officié, personne ne savait à quel point, à la mort et à la fin de Kevan Gardener. La jeune femme reste efficace, et concentrée. Elle ne se rebiffe pas quand je la contredis. J’apprécie cette forme de courage et de professionnalisme ; elle faisait preuve de plus de retenue que bien des mestres de ma connaissance. Je saisissais ce qu’elle m’expliquait, Isla, à propos de la norme commune. Mais j’étais aussi pieds et poings liés par les traités que j’avais moi-même rédigés, avant de les faire entériner par tous les souverains fédérés.


Ses conseils étaient très bons, sur l’explication de la sentence. J’en appréciais la sagesse et la maturité, même si faire un discours de ce genre devant la troupe m’enthousiasmait moins que d’appeler au meurtre de l’ennemi et à la défense de l’Empire. Je hochais la tête pour signifier mon assentiment.



| Très bien, ma décision est prise. Ce sera la Garde de Nuit pour tous ces déserteurs. Je ferais battre le rappel de toutes les unités composant ce corps d’armée afin de ne faire de différence entre les hommes qui viennent du Nord, de l’Orage, du Conflans, ou de Peyredragon, et tous auront droit au même discours, et à la même mise en garde d’une vie sur le Mur. Je connais bien l’endroit, je pourrais bien insister sur la mesure de la sanction, et sur les dispositions qui sont prises pour empêcher tout retour en arrière. Quant au compromis… Je ne puis m’y résoudre. Moralement et politiquement. La constitution Impériale assure à chaque Royaume Fédéré ses propres règles. Je vais surtout devoir mettre mon nez dans la politique de certains, au moins pour l’armée, pour les pousser par équité à un peu plus de mutualisation des règles militaires… |


Je nous ressers en vin.


| Pensez-vous que cette position soit tenable, que l’Empereur influe sur des politiques internes qu’il a juré de défendre sans s’en approcher ? Je ne compte forcer personne, ni entamer des discussions officielles… Je ne peux prendre le risque que l’Empire apparaisse fragilisé. Sans doute est-ce un chantier qui devra attendre des temps plus propices à la politique… |



Soothsayer, can you save them? Can you see the streets in blood? The remnants of your name? Soothsayer, can you save them?Soothsayer, let these words set you free. And now, give this leave and come away with me

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MessageSujet: Re: Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé]   Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé] EmptySam 2 Mai - 17:31

Justice extrême est extrême injustice.

Sur la route de Lestival, 2ème semaine du mois 10 de l'an 1

Son interlocuteur était énervé, pas besoin d'être d'une intelligence exceptionnelle pour le remarquer même si la sécheresse de sa réponse surpris quelque peu Isla. Il ne lui avait pas semblé avoir donné l'impression de prendre les événements à la légère, ni de minimiser la cause de ce qui les préoccupait aujourd'hui. Fronçant les sourcils elle soutint le regard du guerrier aguerri qui lui faisait face. Peut-être avait-il tout simplement mal compris son discours, elle lui avait simplement signifié que l'option de la peine capitale pouvait apparaît disproportionnée à certains éléments du corps d'armée, pas que c'était sa propre opinion de la situation. Certes, elle avait pu le penser un bref instant, mais jamais elle ne se serait permise d'évoquer cette réflexion à voix haute. La franchise du nordien n'était pas ce qui la vexait, avec Rhaenys elle avait été habituée à bien plus d'humeur et parfois à un langage peu policé. Non ce qui lui tordait l'estomac face à cette répartie c'était d'avoir pu laisser planer le doute quant au sérieux de sa démarche, elle tenait vraiment à faire l'impression d'une voix claire et sérieuse, mais force était de constater qu'elle avait loupé son effet. La demoiselle n'était pas la dernière pour inventer des traits d'esprit ou pour apprécier l'humour bien tourner, mais jamais elle ne serait autorisée à prendre à la légère une demande impériale, encore moins concernant un sujet aussi épineux et sensible qu'une sanction infligée à des hommes.

Lady Chelsted ne minorait absolument pas le crime commis, surtout dans un contexte de guerre, mais sa vision des choses était simplement moins rigide que celle du nordien, sa philosophie plus tournée vers la rédemption que vers un règlement implacable et définitif du problème. Certains la traiteraient certainement de naïve, d'éternelle optimiste, voir tout simplement de femme bien trop éloignée des réalité de la nature humaine, pourtant elle ne pouvait se résoudre à envoyer à échafaud des hommes dont le profil n'était pas celui de sadiques ou de pourritures de premier hommes. Il ne s'agissait là que d'âmes effrayées, dont la logique et le courage s'étaient évaporés à l'éventualité de tout perdre et la vie en premier lieu. Pourtant l'homme en face d'elle n'avait pas le même profil qu'elle, et peut-être manquait-il clairement d'indépendance et de neutralité dans ce contentieux. La nature humaine appelait à l'erreur presque par essence, la nature rigide et l'implication de son interlocuteur n'en faisait pas un bon juge, pourtant Isla se voyait impressionnée par sa prestance et son charisme alors qu'il la remettait en place, certainement avec une certaine douceur de son point de vue. La population du Nord de Westeros avait connu plus que sa part de conflits, de manière presque ininterrompue depuis des décennies, ils ne connaissaient sensiblement que le froid, les malheurs et la guerre depuis trop longtemps. Cet environnement hostile avait créé des hommes à son image, qu'une discipline de fer se devait de maintenir dans le rang sans quoi la destruction de tout ordre civilisé prévaudrait. Soutenant le regard impérial la demoiselle se fit penaude et répondit d'une voix douce, affable mais ferme tout de même.

« Veuillez me pardonner votre Altesse impériale si je vous ai donné l'impression de prendre cette affaire à la légère. Je n'ai jamais visualisé la situation sous cette angle soyez en assuré. Je suis parfaitement consciente des implications terribles qu'induisent une telle conduite, surtout dans les temps troublés qui nous amènent aussi loin de nos foyers. J'ai simplement souligné à votre Altesse que la vision des hommes armés, du peuple et des puissants n'était pas la même. Et cela se complique d'autant plus lorsque les nationalités diffèrent, car les valeurs et le curseur de la morale se déplace, et ce qui semblait acceptable pour certains, se transforme en horreur absolue pour d'autres. »

Il était nécessaire de conserver une attitude de soumission, tout en ne démordant pas de la ligne de conduite qu'elle s'était imposée. Isla se montrait plus que respectueuse, mais elle ne pourrait se trahir elle-même en se rangeant d'autorité aux arguments de son interlocuteur. Pourtant l'homme marquait un point en soulignant la particulière inexpérience de la jeune femme, cela avait d'ailleurs certainement induis en lui l'idée qu'elle ne pouvait pleinement prendre conscience des tenants et aboutissants de cette transgression à la morale militaire. Peyredragon n'était pas une civilisation conquérante en Westeros, les conflits n'avaient commencés qu'avec la trahison d'Harren le Noir et le massacre des dirigeants Targaryen, auparavant la nation insulaire avait pu connaître une période de prospérité et de paix propice au relâchement des règles morales, mais surtout l'installation d'un confort et d'une individualité plus forte. Lors de son office auprès de la princesse Rhaenys, Lady Chelsted n'avait jamais eu à porter ses conseils sur la matière militaire, car tout ce qui s'y rapportait était directement géré soit par le roi, ou par le prince héritier, la jeune princesse n'ayant en charge que des affaires commerciales ou civiles, parfois quelques infractions pénales comme des meurtres mais jamais de l'ampleur d'une désertion en plein contexte de conflit armé. Isla voyait donc ses connaissances théoriques percuter le terrain. Il était donc naturel que la remarque de l'empereur, guerrier rompu à mener des hommes au combat, ayant vécu plus d'une guerre et affronté de près ses conséquences, amène la jeune femme à se remettre en question. Dans le silence qui retomba entre eux, elle sonda son cœur et son esprit, tout en se disant qu'elle devrait probablement repenser sa logique, car le contexte particulier se prêtait peut être mal à une vision rédemptrice d'une justice de paix.

Déstabilisée Isla tourna ses iris vers le verre qu'elle avait quelque peu dédaigné et replongea ses lèvres dans le liquide à l'aspect de sang. Le breuvage n'était pas le meilleur qu'elle ait jamais goûté mais il restait agréable et il lui permettait de conserver le courage de défendre ses conceptions. Elle n'eut plus rien à ajouter après ses dernières paroles et elle laissa à Torrhen le soin de trancher, car il avait grâce à elle tous les éléments nécessaire pour le faire. Pendant un instant elle se demandait si ce choix pèserait sur sa conscience, si cet homme fatigué, marqué par la vie et ses épreuves pouvait encore faire des nuits paisibles après que sa couronne l'ait maudit avec tant de choix cornéliens dont l'issue pèserait forcément sur sa conscience. Les mains caleuses et puissantes qu'il arborait avaient certainement plus d'une fois donné la mort, Isla eut un frisson, se demandant si elle-même aurait pu supporter les conséquences de tels nécessités, car le pouvoir avait ce revers, il se payait toujours, d'une façon ou d'une autre. Une certitude éclairait tout de même son cœur, elle était persuadée que l'homme qui lui faisait face était pourvu d'une conscience, car Rhaenys n'aurait jamais lié sa vie avec un homme sanguinaire et conforme à la description que ses ennemis faisaient de lui. Pour sa part, Isla connaissait la parade pour avoir la conscience tranquille, en effet, peu importe la qualité de ses conseils, elle n'était jamais celle qui prendrait la décision finalement, elle pouvait toujours opposer en paravent à sa culpabilité l'idée qu'elle n'avait joué qu'une rôle indirect dans toute cette histoire. Cela ne suffirait peut être pas, c'est alors que l'idée du moindre mal prendrait peut être le dessus, et surtout l'idée que ces hommes étaient malgré tout responsables de leurs actes, aucune folie n'avait aboli leur perception de la situation, ils connaissaient les risques et ils avaient fait leur choix en connaissance de cause, même si la peur avait été une très mauvaise conseillère.

Isla glissa un regard en direction de l'homme, seul face au choix, elle attendait patiemment. Le silence ne fut pas long, très vite la voix de l'empereur emplit de nouveau l'espace pour annoncer qu'il se rangeait à une solution plus clémente que la peine capitale. Isla en fut rassurée, car il aurait été hasardeux pour elle de prédire avec exactitude l'effet qu'une telle peine aurait produit sur ses anciens compatriotes. Certes, Peyredragon n'était pas non plus un royaume tendre avec ses criminels, mais la philosophie et l'échelle des peines n'était pas la même, si elle avait pu être un peu alarmiste en prédisant une révolte, il était sûr qu'une grande terreur aurait parcouru les rangs, faisant peut-être flancher une loyauté toute naissante. Ce compromis convenait parfaitement à la jeune femme et elle ne put qu'opiner aux paroles de son interlocuteur. Le rappel semblait nécessaire, même si le Mur était une notion globalement connue cela dissiperait toute perception erronée de la situation, et cela aurait également le mérite de démontrer l'implication du dirigeant dans le destin de chaque homme, car il s'occupait personnellement du comportement de ses troupes, tel un parent attentif et diligent.

Le reste de la tirade et la question qui la suit directement laisse Isla un peu plus circonspecte. Faisant une petite moue caractéristique d'une profonde réflexion elle prit un petit temps pour peser les mots que l'empereur venait de lui livrer. Cette situation était plus qu'inédite, Isla avait presque l'impression que ses prochaines paroles pourraient contribuer à écrire l'histoire, car la mutualisation de règles entre différents royaumes était chose totalement absente de ce qui avait pu se faire auparavant dans les anales de Westeros. L'articulation était subtile dans la constitution, après tout ce document n'établissait que des principes directeurs, c'était là son essence même, quant à donner des consignes claires sur le terrain c'était là une autre paire de manche. De telles directives pouvaient être très périlleuses, les velléités nationalistes s’accommodaient mal d'un rapprochement des cultures, car l'angoisse d'un grand remplacement de l'identité de chaque peuple était toujours brandie par ses détracteurs pour conditionner les masses à une peur de l'inconnu, une peur de l'étranger. Pourtant cela pouvait être une excellente idée, car cela contribuerait à une meilleur compréhension entre les peuples, leur permettrait de leur donner une identité supranationale par le partage de valeurs communes, annihilant de se fait les tensions internes menaçant l'Empire futur d'une implosion. Prenant une grande inspiration, Isla replaçant une mèche folle qui lui gênait la vision et elle répondit d'une voix précautionneuse, ayant l'impression de marcher sur des œufs :

« La création même de cet empire impose selon moi la nécessité d'établir un cadre de principes communs. Si vous ne pouvez rien imposer ni forcer, vous pouvez tout de même mettre initier l'idée de changements et définir une politique commune, c'est déjà plus que ce dont ont rêvé les générations précédentes. Cette position peut être tenable si elle ne s'accompagne pas de paternalisme ni de tutorat car je pense que les nations auront du mal à se voir asséner des leçons de gestion ou même à accepter de se voir forcer la main. C'est la subtilité qui doit toujours primer, en mettant en avant la nécessité d'assurer un avenir pérenne qui doit nécessairement prendre en compte des rapprochements. L'Empire dépasse le simple cadre de l'alliance bilatérale de bonne volonté, d'autant que si vous souhaitez que la population regardent d'un œil bénéfique cette mutualisation il faut gommer les nationalismes toxiques, et pour cela il faut tout simplement que les valeurs des individus se rapprochent, et quoi de mieux qu'un cadre commun pour cela ? Je ne sais si la période est propice, les deux avis se tiendraient, mais de mon point de vue, pourquoi remettre à plus tard ce qui peut être entamé dès à présent. Le conflit contre un ennemi commun est propice à l'adoption de règles homogénéisées dans le soucis d'une efficacité redoublée, surtout sur le plan militaire, tandis que la paix exacerbe les individualités et enliserait peut-être les débats car aucune urgence n'imposerait une échéance. Il est malheureux que bien peu d'ouvrages aient subsisté quand à la création de l'ancien Empire de Valyria, mais même en cela les circonstances n'étaient pas les mêmes car il s'agissait au départ d'une suprématie autoritaire, tandis que notre Empire a posé des bases consensuelles, il faut donc manœuvrer avec plus de prudence. »

Les concepts étaient compliqués, les éléments à prendre en compte multiples, d'autant que l'on alliait dans ce sujet politique et cadre légal, et s'il n'était pas rare que l'un ne se déplace jamais sans l'autre c'était une réflexion qu'Isla n'avait pas pu approfondir et elle n'avait pas pu étudier suffisamment de cultures pour donner une vision fiable. Cependant elle avait appuyé sur le fait que cela n'était que humble avis, pour cette fois elle ne pouvait être aussi catégorique, même si son analyse se tenait parfaitement.

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MessageSujet: Re: Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé]   Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé] EmptyMar 12 Mai - 21:44

Je n’étais pas en colère, pas même un  peu. Mais j’avais l’habitude de me montrer très dur avec les gens qui m’entouraient, et face à la vie en règle générale. Je savais bien que cela venait de mon éducation et que je ne pouvais pas vraiment aller contre ce que cela induisait pour ma nature. Isla Chelsted semblait un rien impressionnée, pas forcément parce que je lui demandais de faire mais par mes réactions. Me pensait-elle cruel ? C’était possible. Je n’en savais rien. Etait-ce important ? Pas vraiment, du moins pas dans l’immédiat. Je ne pouvais pas dire que les choses étaient forcément pour me faire plaisir, mais ce n’était pas un drame, bien au contraire. Cela me maintenait sur le qui-vive. Je n’avais jamais connu de gouvernement qui soit adulé par son peuple, aucun Roi ni ministre durablement et perpétuellement pris son l’aile des gens qu’il était sensé administrer. Il n’y avait pas grand monde pour m’aimer, moi personnellement, au nord. Mais il y en avait beaucoup pour respecter mes choix, mes prises de risques. Je sentais que la jeune peyredragonienne avait pris ma réponse comme un soufflet, et si l’homme en moi voulait clarifier sa pensée, les souverains ne s’excusaient jamais sans raison.


Je restais donc coi, attendant de pouvoir un peu mieux la cerner et de lui faire comprendre d’une autre manière ce que je voulais lui dire. Ca n’avait sans doute rien de facile pour elle de se retrouver devant un empereur bourru, venu du Nord avec le lot de légendes et de mythes, d’idées entendues, que tout cela laissait présager. Je ne voyais pas toujours un intérêt à combattre les idées reçues. Celles-ci pouvaient rester utiles, surtout s’il était question de vous dévaloriser d’une façon ou d’une autre. Maîtriser ce que les gens pensaient de nous valait souvent plus lorsqu’il s’agissait de sentiments négatifs que positifs. La jeune femme prend un peu le temps d’encaisser tout ce que je dis et elle réplique à son tour d’une voix posée ; je comprends alors qu’elle ne souhaite pas voir la conversation lui échapper et peut être aussi éviter toute mauvaise compréhension de ma part de son attitude.


J’acquiesce d’un signe de tête quand la jeune femme me demande de la pardonner, et qu’elle ne voulait pas prendre l’affaire à la légère. Je comprenais bien son souci et ce n’était pas le sens de mes mots ; le fait qu’elle ai eu la correction de s’excuser la première m’inclinait forcément à me montrer civil à mon tour. Je n’étais pas le dernier des monstres, même sous mes airs bourrus.



| J’ai bien conscience de tout cela, Dame Isla, et c’est bien pour cette raison que votre point de vue m’importe tant. Je n’ai pas voulu le dévaloriser de quelque manière que ce soit, mais le fait est que je suis, et l’Empire à travers moi, la créature de ma socialisation. Je ne veux pas paraître faible, car je sais d’expérience qu’une partie de mes troupes ne me le pardonnerait pas. N’y voyez nul moyen de vous tancer ; je considère votre point de vue comme précieux de par votre naissance, votre expérience et votre position. |


Je savais qu’Isla Chelsted était particulière. Déjà de par sa naissance. Les Peyredragoniens n’étaient pas très nombreux, car le royaume insulaire n’avait été pendant longtemps que restreint en taille à quelques îles à tout casser. En sus, elle avait été assez notable dans sa jeunesse pour recueillir l’attention des Targaryen en général et de Rhaenys en particulier. Cela signifiait donc beaucoup sur ses compétences. En supplément, j’avais moi-même déjà pu profiter de son intelligence et la jauger. Je n’allais pas lui confier tous les soucis législatifs de l’Empire, mais je pensais avec force certitude que sa position particulière pouvait me faire bénéficier de son regard nécessaire neutre et neuf.


Ces gens méritaient-ils quand même de rejoindre la Garde de Nuit ? Un rien perdu dans mes pensées dans ce silence, je me reposais à nouveau la question. Pouvais-je y voir quelque chose de souverain dans cette prise de décision, quelque chose de royal ? Laisser une chance à des pleutres de se racheter. Serait-ce seulement suffisant ? Je ne savais pas si la Garde de Nuit en voudrait de toute façon, de ces types. Difficile d’imaginer qu’ils fassent la fine bouche mais il n’était pas impossible non plus qu’ils finissent par les pendre haut et court en rémission des péchés dont des êtres aussi veules ne manqueraient pas de se rendre coupables. J’étais un peu piégé entre ma nature et la raison, le tout soupoudré d’une bonne dose de traditions entre les deux. Quoiqu’il arrive, je savais que je prendrais une décision qui reposerait sur des éléments concrets, qui serait en tout cas explicable à loisir et sans aucun doute justifiée.


La jeune femme prit le temps de la réflexion à propos de la constitution. Cela ne voulait pas dire qu’elle soit circonspecte, en tout cas en proie au doute. Mais il me semblait clair qu’en toute chose la peyredragonienne pondérait ses réponses, et prenait le temps de leur donner du corps et de la forme. Comme si elle s’interdisait elle-même de me faire une réponse qui ne serait ni belle ni recherchée, la conjonction de ces deux facteurs sublimant de fait les vertus de ses conseils avisés. Je comprenais à sa réponse quand elle vint enfin qu’elle était plutôt partie prenante d’un cadre centralisateur, d’une mainmise plus grande de l’Empire sur ses états membres, sur les royaumes fédérés qui le composaient. Je ne pouvais pas dire n’y avoir pas pensé moi-même. Mais je me connaissais. Que resterait-il de ces royaumes si je prenais sur moi toutes les responsabilités ? Je connaissais les tentations qui pouvaient habiter mon cœur et mon âme. Et j’avais bien conscience de tout ce que l’on pourrait faire, dans un sens comme dans l’autre.


Un mince sourire étire mon visage balafré.



| Ainsi donc l’Empire devrait prendre plus de responsabilités dans les affaires des fédérés, Isla ? C’est culotté. Voire téméraire. Chaque royaume est attaché à son indépendance et je n’ai réussi à unir un rien ces factions qu’en contrepartie de la promesse que je ne serais le gouverneur que d’une cité, et non de tout l’Empire, et que je serais plus un arbitre qu’un souverain. La guerre m’octroie d’autres privilèges, mais ils sont éphémères. J’ai sans doute le pouvoir d’influence d’essayer de changer les choses pour eux, mais qu’est ce que cela ferait de moi ? J’ai fondé l’Empire sur la disparité en temps de paix, mais avec comme socles le recours mutuel et égalitaire dans la guerre et le négoce pour permettre sécurité et développement. |


Je me frottais la barbe, avant de me lever et de tirer des étagères bien éphémères de ma tente un rouleau très dense, que je gardais entre mes mains en revenant devant elle.


| Voici la copie de la constitution, que j’ai toujours avec moi pour m’y référer. Me feriez vous l’honneur de la relire et de me faire part de vos commentaires ? J’ai entrevu beaucoup de problèmes éventuels. Sans doute pas tous. Je ne vous demande pas d’en juger le contenu ; il ne sera sans doute pas retouché, ou qu’à la marge. Mais de me faire part de vos commentaires à propos des soucis que je pourrais rencontrer dans la mise en œuvre des politiques impériales. Est-ce une mission qui pourrait vous agréer, Isla ? |


Naturellement passé à son prénom, compte tenu de l’importance de ce que je lui confiais.



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MessageSujet: Re: Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé]   Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé] EmptyJeu 21 Mai - 2:57

Justice extrême est extrême injustice.

Sur la route de Lestival, 2ème semaine du mois 10 de l'an 1

L'Empereur, ce seul titre réussissait maintenant à provoquer dévotion ou terreur, l'image qu'il portait était génératrice d'espoir ou de désolation, que l'on soit d'un côté ou de l'autre de cette sanglante guerre qui ne semblait pas vouloir s'achever. L'homme qui se dressait au bout de cette simple table de bois vernis avait mis le continent à feu et à sang. Si les hommes ne pouvaient donner la vie ils semblaient particulièrement doués pour l'achever. Peut être était ce un de leur rôle naturel, toujours est-il qu'à présent chaque nation se trouvait emportée dans le conflit, car quoiqu'on en dise même les royaumes neutres plaçaient consciencieusement leurs pions dans le marasme des inimités s'opposant en Westeros. La paternité de telles destructions auraient pu dégoûter plus d'un être, mais pouvait-on vraiment le blâmer d'en avoir été réduit à ces extrémités. Isla ne pouvait détourner son attention du charisme dégagé par le souverain. Certes ses traits n'étaient plus d'une grande jeunesse, il pouvait paraître plus bourru et viril que séduisant, mais ses paroles comme ses gestes ne se départaient pas d'une prestance toute impériale. L'autorité lui venait naturellement et la dame se questionnait à savoir si cela lui était inné tel une seconde peau ou si c'était le fruit d'un long apprentissage et l'exercice d'une technique ardemment inculquée à son corps.

Elle écoutait calmement la réponse que lui fit son interlocuteur, qu'elle souhaitait apaisé suite à ses excuses sincères. Finalement l'homme lui semblait tellement bien contrôler son agacement qu'elle se mit à douter qu'il ait vraiment pu se sentir contrarié. Peut être s'était-elle fourvoyée, mais l'instant étant passé on ne pouvait plus rien y faire. Tandis que Lady Chelsted s'attendait à ce que l'homme passe rapidement sur l'incident, peut être même en la congédiant, elle fut surprise d'entendre de nouveaux compliments. Ses paroles étaient ce qui s'apparentait le plus à des excuses pour un dirigeant et Isla en fut aussi reconnaissante qu'étonnée, car elle n'aurait pas pensé Torrhen aussi complaisant à son égard, après tout ils avaient rarement eu l'occasion d'échanger aussi longuement et sur des sujets aussi sérieux. Son soucis de ne pas paraître faible faisait écho en son interlocutrice, elle ne pouvait que soupçonner les nécessités qu'imposent le maintien du pouvoir dans un royaume aussi exigeant que le Nord. Cette société poussée dans ses retranchements par la nature n'acceptait que les plus forts, les âmes les plus résilientes, et ne s’embarrassait pas des faiblesses acceptables dans des conditions climatiques plus clémentes. Les hommes ont toujours besoin dans les états de grandes détresses de se tourner vers un leader, une personnalité implacable, sur qui alors reposera les choix les plus intenables. Cela rappelait le dictat éternellement imposé à la gente masculine, jamais il ne lui fallait faire montre de sensiblerie, d'une empathie trop prononcée ou de trop vives émotions. L'homme se devait d'être le roc, appuis pour sa famille, ses gens et dans certains cas son royaume. S'entendre dire que son point de vue avait de la valeur aux yeux de l'Empereur avait quelque chose d’incommensurablement plaisant. Isla se demanda simplement si la déclaration était sincère ou si elle permettrait simplement de la mettre à l'aise. En plongeant ses iris dans ceux de son interlocuteur elle sut que l'homme ne se montrait pas simplement courtois mais qu'en quelque sorte elle avait su se montrer estimable pour lui. Elle manifesta donc sa joie par un sourire sincère à son intention, lui laissant respectueusement le soin des derniers mots.

La nuit s'entamait tandis que la discussion trouvait son dénouement. Rien n'avait pu permettre à Isla de suspecter la raison pour laquelle elle était convoquée par l'Empereur en personne, mais finalement elle sortait satisfaite du traitement de cette délicate affaire. Après tout elle avait su faire fléchir un homme aux principes arrêtés, que les croyances et sa culture poussaient vers un châtiment implacable. Torrhen gagna encore en prestige aux yeux de la noble, car sa capacité à écouter et à prendre en compte l'avis de ses conseillers n'était pas chose tellement répandue, surtout quand ces conseillers portaient des jupes. Elle le voyait comme un homme sage, nonobstant l'épée qu'il gardait au côté, il n'était ni dépourvu d'esprit de déduction ni d'intelligence. De plus, il faisait preuve d'une certaine tolérance envers les avis divergents, sachant leur accorder une oreille attentive même lorsqu'ils n'étaient pas appréciables. Persuadée alors que l'Empire avait à sa tête un homme de grande qualité aux épaules solides Isla avait alors articulé sa réponse selon son esprit et son cœur. Cette réponse semble appréciée par l'homme aux vues du sourire qui égaille enfin ses traits. Maintenant que les affaires plus pressantes avaient pu trouver réponse il semblait se détendre quelque peu, ce qui permis à Isla d'en faire de même. Certes, être partisan d'une montée en puissance des compétences impériales pouvait paraître choquant, inapproprié voir même belliqueux, mais pour Lady Chelsted, outre l'aspect ambitieux, c'était tout simplement le chemin naturel à prendre dans l'évolution de cette nouvelle puissance crée de toute pièce, après tout l'appellation même d'Empire laissait présager une réunification sous une seule bannière.

« Votre Altesse, je n'évoquais pas l'idée de transformer l'Empire en un royaume traditionnel, avec votre autorité suprême et implacable à sa tête, mais au contraire de voir cette entité englobée les autres notions de royaume, avec ses dirigeants aux commandes sur un pied d'égalité et le couple impérial restant dans sa position d'arbitrage. Il s'agit de concrétiser le système inédit que vous avez créé, tout en globalisant tout simplement son fonctionnement à plus de domaines. Je pense que les populations auraient beaucoup à gagner de voir leurs pratiques s'harmoniser un peu plus. Néanmoins ce n'est là qu'un avis et une opinion, sûrement pas le meilleur vu ma méconnaissance complète des rouages diplomatiques et des dynamiques politiques.   »

La jeune femme hausse légèrement les épaules, montrant ainsi qu'elle assumait parfaitement son point de vue, tout en entendant tout à fait qu'il ne soit pas le plus pertinent. Elle avait été prise au dépourvu par cette question atypique, après tout Isla n'avait pas pu étudier dans son ensemble et avec une grande clarté la constitution fondement du nouvel Empire. Elle n'avait eu que quelques informations transmises par le bouche à oreilles, et des brides qu'elle avait pu recopier chez certains hôtes de marque pendant ses pérégrinations, et elle était loin d'avoir pu comprendre toutes les subtilités mise en place. Torrhen ne pouvait alors pas s'attendre à se voir délivrer une réponse très pragmatique, Isla avait surtout fait montre de sa vision des choses, plus que d'une opinion fondée sur l'articulation de textes dont elle n'avait pas connaissance. Il aurait été en effet plus simple de lui laisser un plus ample instant de réflexion et surtout l'accès à de la documentation pour qu'elle puisse complètement appréhender les législations existantes, car sans pouvoir comprendre et analyser les règles établies elle ne pouvait tout simplement pas donner la marge de manœuvre possible. Les torchères qui éclairaient la scène crépitaient tandis que l'Empereur se levait de son siège. La noble dame se dit tout naturellement qu'il était à présent temps de clore cet entretien, elle ne s'attendait absolument pas à voir son interlocuteur se diriger vers les étagères longeant un des pans de la tente, se saisir un épais rouleau et se placer devant elle avec assurance. Isla manqua de laisser sa bouche s'ouvrir stupidement devant l'importance de ce que l'homme lui déclama. Presque solennellement il lui tendit la copie du document, pourtant parallèlement leur relation sembla prendre un nouveau chemin. La responsabilité pouvait sembler presque anodine, mais elle ne l'était pas. Isla ne pensait pas qu'une telle tâche pourrait un jour être confié à une femme et elle s'empressa de baisser la tête en signe d'humilité avant de répondre avec enthousiasme et détermination :

« C'est un honneur plus grand que ce que je n'aurais jamais rêvé Votre Altesse. Soyez assuré que je prendrais le plus grand soin de ce document. Cette mission m'honore et j'appliquerai toutes mes compétences pour vous donner satisfaction Votre Altesse. J'ai emporté avec moi certains ouvrages de références qui me seront utiles, cependant cela pourrait prendre un peu de temps j'en ai peur. »

La familiarité qui tout d'un coup s'est installée n'est pas pour lui déplaire, cela permet au moins d'être moins engoncé dans un cadre impersonnel et stressant. Tenant avec délicatesse mais avec fermeté le rouleau Isla peinait tout de même à réaliser la confiance que l'Empereur plaçait soudain en elle. L'ouvrage pesait un certain poids, cependant il restait d'une grande fragilité, notamment aux éléments et elle ne manquerait pas de libérer de la place dans un petit coffre spécialement prévu pour les ouvrages spéciaux, afin de ne surtout pas l'abîmer ou l'altérer par négligence. Détaillant l'épais rouleau Isla ne sut pas vraiment combien de secondes silencieuses s'étaient écoulées avant qu'elle réalise que le monde ne s'était pas arrêté autour d'elle. Rougissant légèrement elle replaça ses iris dans ceux du souverain qui la surplombait toujours.

« Je ne sais que dire votre Altesse, pour vous remercier et vous exprimer toute ma reconnaissance et ma dévotion. Vous avez su trouver les mots lorsqu'il a fallu m'annoncer de terribles nouvelles, vous m'avez accueillie en vos rangs alors que je ne suis qu'une faible femme, et vous me permettez de m'épanouir dans une tâche qui me passionne. Confier une telle responsabilité à une représentante du beau sexe aurait de quoi paraître excentrique aux esprits les plus étriqués, mais je ne peux que louer la reconnaissance que vous m'offrez. Je ne pourrais être plus heureuse qu'à votre service Votre Altesse. »

L'émotion imprègne les paroles de la noble dame, qui se tient dignement sur sa chaise place sa main sur son cœur avant d'adresser la paume de sa main vers Torrhen. Ce geste simple exprimait la reconnaissance mais aussi l'expression de la vassalité. Il était fort répandu en Peyredragon entre un suzerain et son vassal mais Isla ne savait pas très bien si c'était le cas en dehors de l'île, elle espérait que Rhaenys avait eu le temps d'initier son époux à cette pratique et qu'il en comprendrait le sens et la symbolique.  

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Isla Chelsted
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MessageSujet: Re: Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé]   Justice extrême est extrême injustice [Tour VIII - Terminé] EmptyMar 26 Mai - 0:23

J’avais essayé de me montrer plus clair, plus compréhensible dans mes propos. Je ne voulais pas de malentendus avec quelqu’un comme Isla Chelsted, car la jeune dame était certes intelligente, mais je lisais en elle beaucoup de choses qui l’inclinaient à se montrer extrêmement exigeante vis à vis d’elle-même, à vouloir complaire aux têtes gouvernantes désormais l’Empire. Je ne souhaitais pas vraiment que les choses dérapent de quelque façon que ce soit, car la jeune femme semblait être un atout pour démêler certaines situations comme elle l’avait fait ce soir. Je ne voulais pas forcément être dans ses bonnes grâces, car je n’étais pas le genre de monarque à souhaiter que les choses aillent forcément plus loin pour les vassaux et autres personnes que je côtoyais que ce qu’ils souhaitaient de prime abord ; l’amitié était difficile à donner, pour quelqu’un comme moi. Et je ne voulais pas, ayant un aperçu de sa personnalité, que la blondinette puisse penser qu’une forme de proximité, d’amitié entre nous, soit l’expression d’un besoin autre qu’institutionnel et juridique. Je ne parlais même pas de relation personnelle et intime, mais elle me semblait tout à fait le genre à soutenir plus encore de pression si elle était proche de quelqu’un que si elle ne faisait que servir un illustre inconnu.


Je ne souhaitais jamais écraser les individus qui travaillaient avec moi, et pour moi. C’était contre-productif. Cela ne voulait pas dire que je n’étais pas capable de les sanctionner très sévèrement s’ils faisaient quelque chose que je ne pouvais que réprouver, mais cela ne m’empêchait pas de vouloir travailler avant tout en bonne intelligence. Je savais qu’on tirait bien plus parti de l’émulation réciproque, d’une intelligence collective, que de décisions purement directives. Ca ne changerait rien qu’à la fin, c’était ma décision, même seul contre tous. Je savais toutefois qu’à ce petit jeu je ne pouvais pas me montrer trop dur ; demander l’avis des autres, c’était aussi en accepter la validité. Autrement je prendrais un risque. Celui que l’on me cache des vérités qui devaient être dites, ou que l’on m’expose des idées édulcorées. Dans tous les cas, je n’étais vraiment pas certain d’être le meilleur dirigeant qui soit mais j’essayais de tenir le cap, quoiqu’il arrive.


La jeune peyredragonienne semble un rien rassénérée par mes réponses. J’essayais de ne pas aller trop loin dans la pommade que je lui passais pour la rassurer, car je n’étais pas très à l’aise avec l’image que je renvoyais, sauf quand elle était dure, inaltérable. J’étais plus à l’aise avec l’idée d’une position ferme, autoritaire, que de m’ouvrir à du sentimentalisme de quelque façon que ce soit. Son sourire en soi est une récompense et mes yeux sombres n’arrivent pas à lire en elle si elle a senti passer l’orage ou si elle ressent plus de confiance, mais au fond qu’importe. Dans notre monde, ce qui compte le plus est plus le paraître que l’être, et ce n’est un secret pour personne. Nous sommes tous complices de ce grand mensonge où nous considérons que tous nous disons la vérité, que tous nous sommes honorables, vertueux… Comme si nous partagions tous la même plaisanterie commune, le même secret de connivence. Ces conventions sociales étaient toutefois nécessaires ; elles traduisaient une confiance de classe implicite, mais solide comme le roc.


Cela ne me sauverait pas, toutefois, quand viendra le moment de tester la solidité et la cohésion de l’union impériale. Toute cette bonne entente de façade pouvait voler en éclats au premier coup de vent et ce ne serait sans doute pas très joli à voir. J’écoutais ce qu’avait à dire Isla sur le sujet, alors qu’elle précisait sa pensée.



| En réalité, tout cela est très récent. Et la viabilité de l’Empire, je ne me leurre pas dessus, dépend de notre propension à gagner des batailles. Mon crédit politique dépend aujourd’hui uniquement de la protection que j’accorde à des royaumes envahis de toute part et pas de mon désir de réformes… J’ai pu travailler longuement sur le Nord. Mais l’Empire vit pour le moment uniquement dans l’urgence… Si j’emporte cette guerre, j’aurais alors tout le crédit de vouloir harmoniser certaines pratiques. Avant cela risque de se cantonner à mes prérogatives ; la diplomatie et la guerre. |


Cela ne signifiait pas que j’étais dénué de pouvoir, mais ma marge de manœuvre restait toutefois contrainte par la force des choses. L’insulaire fut totalement prise au dépourvu quand vint le moment de lui parler constitution et de lui en confier l’un des manuscrits existants. C’était un long travail de copie mais les mestres et leurs aides pourvoyaient à mes besoins administratifs, parfois en pleine nuit. Il y avait de ces documents qui étaient toujours près à l’avance mais celui-ci était relativement rare ; il n’y avait jamais eu besoin d’en assurer une trop grande publicité et les Royaumes Fédérés, avec Fort Darion, étaient les seules entités à bénéficier d’une copie intégrale. Il n’y avait eu que des approches avec certains royaumes, mais bien peu s’étaient montrés ouverts à l’idée, ou disposés à entendre nos arguments.


Isla Chelsted est quoiqu’il en soit touchée par la confiance que je place en elle et elle comprenait très bien, humble comme elle se présentait, l’honneur qui lui était fait. Une femme chargée de ce genre de tâches… Si je n’étais pas en train de créer un précédent historique dont les mestres jaloux ne manqueraient pas de me vilipender, j’étais tout de même en train d’amorcer quelque chose… un mouvement, en toile de fond. Quelque chose qui prendrait des années à éclore. La manifestation de ma conviction profonde que l’avenir, c’était Rhaenys, Argella, et quantité d’autres femmes de leur génération, et certainement pas les vieux bouchers comme Harren, Loren, Argilac, Jehan Arryn… Et moi-même. Les graines que je semais allaient éclore dans bien longtemps, mais je me sentais en confiance dans ce geste que j’avais envers elle. La jeune femme n’est pas dupe et me remercie chaleureusement, avec révérence.



| Je compte sur vous, ma jeune dame, pour éplucher ce document. Je ne me fais aucun souci sur votre motivation, ni sur le soin que vous allez apporter à son étude. Je vous fais entièrement confiance sur cette mission, car elle est conforme à ce que je lis de vous, de vos compétences, et c’est aussi en phase de ce dont m’a parlé l’Impératrice à votre sujet. Prenez le temps qu’il faudra, l’Empire que nous forgeons par le fer et le sang devra aussi l’être par la plume et l’encre, à un moment donné. Sinon nous ne serons que des conquérants dont l’héritage sera dilapidé sitôt notre vie consumée. |



La belle hésite, avant de poursuivre. Je détourne le regard, me tourne vers le feu et y tends mes mains avant de lui répondre sur un ton un rien amusé, mais en rien moqueur.


| J’ai déjà été traité de beaucoup de choses, Dame, mais jamais d’excentrique. Cela me sied assez. Cela me donne l’impression d’être fantasque, moi qui ai vécu toute une existence pragmatique et terre à terre… |


Je me retourne vers elle, quand la jeune femme prend un air solennel que Rhaenys a déjà eu envers moi et me salue selon ses traditions. Je hoche la tête, avant de lui donner une révérence, main droite sur le cœur et l’autre bras passé dans mon dos, raide.


| Vous avez déjà beaucoup donné pour notre cause, Isla. Votre mariage, votre mari, une partie de vos jeunes années, et maintenant votre temps en même temps que votre loyauté. Le moins que je puisse faire, c’est de vous accorder ma confiance. |


Je lui offre un sourire, qui étire encore mes cicatrices.


| Je ne vous retiens pas plus longtemps avec mes questions de vieux général, ma jeune dame. Je vous laisse à votre repos ou votre labeur ; nous nous reverrons très bientôt. |


Dernier regard, signe de tête en signe de respect et de salutations, et les Demalion introduisaient déjà un officier de cavalerie revenue des avant-postes.



Soothsayer, can you save them? Can you see the streets in blood? The remnants of your name? Soothsayer, can you save them?Soothsayer, let these words set you free. And now, give this leave and come away with me

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