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[Flash-back] Nul ami tel qu'un frère; nul ennemi comme un frère... [Tour II - Terminé]
MessageSujet: [Flash-back] Nul ami tel qu'un frère; nul ennemi comme un frère... [Tour II - Terminé]   Ven 15 Avr - 22:36

La journée est bien avancée quand je pousse la lourde porte de bois qui bloque l'entrée des geôles de Winterfell. Je secoue ma cape et ma chevelure, laissant tomber au sol un peu de cette neige fondue qui a commencé à tomber alors que j'ai cheminé d'un pas pressé depuis le bordel jusqu'au château. Je n'aime guère venir entre ces murs ces derniers temps, encore moins qu'avant, mais il semblerait que je n'ai guère le choix.

Je tiens serrée entre mes doigts la missive que m'a donnée Conrad ce matin, après la nuit passée dans ses appartements et rien ne me fera la lâcher avant que ce ne soit le moment. Pas après ce que j'ai du faire pour l'obtenir. Je réprime un frisson même si, au final, je m'en suis bien mieux sortie que ce que j'aurais cru. Je ne saurais dire si je m'habitue ou s'il se fait plus doux, probablement un mélange des deux mais au moins, cette fois, je suis sortie sans la moindre marque.

Je pousse un profond soupir alors que je m'avance dans la semi-obscurité, plissant du nez à l'odeur peu agréable qui agresse mes narines et réprimant un petit cri quand mon pied marche dans une flaque à la couleur douteuse qui éclabousse le bas de ma jupe. J'ai vu des endroits bien peu agréables mais là, je crois que j'ai atteint mes limites. Mais je ne peux pas faire demi-tour et, quand je vois la silhouette des gardes, je me redresse et leur décoche mon plus beau sourire.

Il ne le faut que quelques instants pour me reconnaitre. Ils ont passé bien des soirées au bordel, à n'en pas douter et à leur mine perplexe, ils doivent vraiment se demander ce que je fais là. Alors je toussote, leur tendant la missive et patientant quelques instants avant de souffler, d'un ton plus assuré que je ne le suis réellement.

"Je viens voir un prisonnier. Messire Omble a tout indiqué dans ce papier, il est autorisé à quitter les lieux avec moi."

L'un deux fixe le papier, me fixe et hausse les épaules.

"Mathie… je…"

J'ai un sourire désabusé et je reprends, non sans un sourire.

"Vous ne savez pas lire ?"

Ils se regardent, visiblement gênés et je laisse échapper un rire en secouant la tête.

"Erwann Rivers. Vous me dites où il est, vous me laissez lui parler quelques instants et quand je vous fais signe, vous venez lui ouvrir. Ca vous va ?"

Un silence. A croire qu'ils ont peur de ce qu'ils doivent faire.

"Croyez-moi, le Sénéchal sait encore ce qu'il fait. Et il m'a donné cette missive personnellement, ce matin."

Pas besoin d'en dire plus qu'ils ont compris ce à quoi je fais allusion. Comme quoi, avoir perdu les faveurs du Roi pour gagner celle du Sénéchal, même de façon temporaire, n'est pas si problématique. Au moins, je ne vais pas devoir attendre et faire le pied de grue jusqu'à ce qu'ils se décident. Ils me désignent un des couloirs d'un mouvement du menton avant que l'un d'eux ne souffle.

"C'est celle du fond. Y a personne d'autre par là-bas Mathie. Fais gaffe où tu marches."

Je hoche la tête et relève ma jupe, ignorant leurs regards qui louchent sur le peu de peau que je montre. J'avance péniblement, mes yeux s'habitant à la luminosité avant d'apercevoir une torche qui brille quelques mètres plus loin, au fond du couloir.

Je m'arrête alors devant la grille de la seule cellule occupée, bras croisés et je toise le jeune homme installé à l'intérieur, laissant filer un long silence. Si la couloir est plutôt bien éclairé, ce n'est pas le cas de la cellule et je ne le distingue pas vraiment. Mais j'en vois suffisamment pour me rendre compte qu'il a bien changé. Et pourtant, je le reconnaitrais n'importe où. Quand j'ai appris qu'il était là, je n'ai pas réfléchi, j'ai avant tout cherché à le sortir de prison. Mais je n'ai pas songé à tout ce que cela pouvait impliqué, pour lui comme pour moi. Retrouver mon frère alors que je pensais avoir enterré le dernier membre de ma famille dans le Bois-au-loup  quelque chose de surréaliste et je ne me sens pas le courage d'y penser, de songer à tout ce que cela implique. Je me suis concentrée sur du concret, le sortir de là avant tout, le reste viendra plus tard.

Je lâche alors, d'une voix aussi neutre que possible.

"Bonjour Erwann. J'avoue que je ne suis pas étonnée de te retrouver derrière les barreaux même si je n'aurais jamais songé te voir à Winterfell. Je te pensais mort."

J'ai prononcé les derniers mots d'une voix tremblante et je ne m'en rends compte que trop tard. Je ferme les yeux quelques instants avant de retrouver ma mine impassible. Par tous les dieux, qu'est ce qu'il fiche ici ?


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MessageSujet: Re: [Flash-back] Nul ami tel qu'un frère; nul ennemi comme un frère... [Tour II - Terminé]   Mar 3 Mai - 12:44


Le silence complet. Total.
Je n’entendais bien que ma respiration difficile, sifflante. Je devais avoir plusieurs côtes brisées, car chaque inspiration me faisait souffrir le martyr. Impossible de me reposer correctement, et la seule position qui ne m’arrachait pas une intense douleur était sur le dos, à fixer ce plafond de pierre. D’aussi loin que je me souvienne, après tout ce que j’avais enduré, jamais je ne m’étais retrouvé dans une situation aussi catastrophique. Je commençais à sérieusement douter que je parvienne à m’en tirer. Je touchais pourtant mon objectif, à Winterfell, tout comme elle. Mathie… Etait-ce la fin ?

Je fermais les yeux, me laissant aller à l’abattement durant une poignée de minutes avant que mes méninges ne se remettent en route. Je n’avais pas besoin de la clef, simplement un ustensile assez fin pour le glisser dans la serrure et la crocheter. Je devrais pouvoir trouver de quoi faire sur un de mes tortionnaires pendant qu’on me rouait de coups, pour me faire admettre des vérités qui n’étaient pas en ma possession. Et après… Je n’allais pas pouvoir aller bien loin dans mon état, il me fallait trouver une solution à l’épineux problème des gardes en faction. Enfin, ils ne devaient pas être si nombreux, non ? J’avais l’impression d’être seul au monde, dans le renfoncement de cette cellule. J’aurais presque pu croire à un traitement de faveur d’avoir une cage toute entière pour moi, et de me prendre que des séries de coups, même s’ils ne lésinaient pas sur les moyens. Je devais être un bon défouloir pour eux. Je leur avais tout dit, mais j’en savais terriblement peu, ce qui ne parvenait pas à les contenter. Si tel était le cas, peut-être serais-je déjà mort.

Je soufflai quelques injures entre mes dents, maudissant ce Bowen Glover et sa clique, maudissant ce Sénéchal et mes tortionnaires, et me maudissant moi-même pour ma stupidité. Je me passais la main sur le visage et grattais pensivement quelques croutes de sang séché quand j’entends un bruit inhabituel dans mon nouvel environnement. Ce n’était pas le tintement régulier de l’eau sur la roche, ni le raclement de pattes de rats en pleine course. Non… C’était quelqu’un. Je poussai un gémissement à peine audible en cherchant à me redresser. J’avais un mal de chien, mais il me restait encore un peu de dignité pour faire face à mes nouveaux tortionnaires. Pour ce que ça me servait d’en avoir…

Je retins mon souffle, en relevant le regard. Elle se tenait là, nimbée de lumière. Mathie… Il m’aurait suffi d’avancer une main à travers les barreaux pour la toucher, mais je craignais de briser le charme. La douleur commençait-elle à me faire halluciner ? C’était ce que je craignais, avant d’entendre sa voix s’élever et briser ce silence qui m’étreignait. Je me figeai sur place, subitement incapable de réfléchir. Elle était bien là, devant moi. Elle était réelle. Les circonstances auraient eu de quoi me faire rire, mais la souffrance ne m’arracha qu’un souffle tenu. Finalement, c’était elle qui avait réussi à me trouver. Peut-être avait-elle appris ma présence en ces lieux et lui avait-on accordé de me voir une dernière fois, avant la sentence finale. Si tel était le cas, les Dieux étaient miséricordieux.

Je m’aidais du mur pour me relever, le bras en travers de mes côtes. L’envie me prenait de me rapprocher, de la rassurer par n’importe quel geste bienveillant en entendant cette brisure. Six années. Six années s’étaient écoulées, et la sœur que j’avais appris à chérir avait bien changée. Pour autant, rien n’avait changé à mes yeux entre nous. Seulement… Quand j’avisais mon état, à rien de m’effondrer, couvert de sang séché, les os brisés et mon visage méconnaissable… Elle, plus belle que jamais, mise en valeur par des frusques d’excellente facture. J’avais l’étrange impression que nous ne vivions plus dans le même monde. J’allais tâcher sa belle robe.

Je restais dans l’ombre, à ma place, sans m’avancer dans la lumière. Je lâchais d’une voix rocailleuse les premiers mots qui me vinrent à l’esprit :  

- Ce qui est mort ne saurait plus mourir.

Eren et ses hommes le répétaient souvent, mais ce n’était pas coutumier dans l’intérieur des terres. J’avais changé moi aussi, certainement autant qu’elle. J’attrapai un barreau d’une main, l’enserrant, alors que je ne pouvais pas détacher mon regard d’elle. Le dernier instant était trop précieux pour être gâché.

- Tu m’as manqué, Mathie.

Un mince sourire étira mes lèvres, presque rêveur, à son unique interrogation.

- Je suis venu pour toi, grande sœur. De la Baie de la Néra jusqu’à Winterfell… Le chemin a été long et semé d’embuches, comme tu peux le constater. J’ai été à tour de rôle paria, traitre, déserteur… Mais je n’ai jamais cessé d’être ton frère. Et le sang versé m’a rappelé à celui qui coulait dans mes veines.

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MessageSujet: Re: [Flash-back] Nul ami tel qu'un frère; nul ennemi comme un frère... [Tour II - Terminé]   Mar 10 Mai - 20:44

Dire qu'Erwann a changé est un doux euphémisme. Tant d'années se sont écoulées depuis la dernière fois que nous nous sommes vus ? Six ans. Toute une vie, pour lui comme pour moi et je me demande, l'espace d'un instant, l'image qu'il peut avoir de moi en cet instant. Il s'est passé tellement de choses, surtout ces derniers mois et parfois, j'ai même du mal à me reconnaitre lorsque je me regarde dans un miroir.

Mais lui… c'est un homme qui se tient face à moi, non plus ce gamin dégingandé qui m'aidait à survivre en volant et en tuant quand il le devait. Il avait toujours veillé sur moi alors qu'il était si jeune. Et maintenant ? Dans mon esprit, son cadavre pourrissait dans un coin depuis longtemps déjà, comme celui de notre mère. Je n'arrive pas à savoir si c'est un cadeau qu'on me fait ou si c'est un piège, pour me forcer à changer encore de voie, à trahir pour veiller sur ce qui importe réellement. Sa présence me dérange et me trouble tellement que je suis incapable de me réjouir. Incapable de penser à quoi que ce soit de réellement positif le concernant. Peut-être parce que je viens de passer la nuit dans le lit du Sénéchal pour obtenir ce passe-droit, parce que mon univers vient de s'écrouler et que je commence à peine à recoller les morceaux pour qu'ils me paraissent acceptables à défaut de songer stupidement à être heureuse. Quelle utopie ridicule. Pour un peu, j'en aurais ri mais ce n'est ni le lieu ni le moment.

Et sa réplique m'arrache une grimace. Il a vraiment bien choisi ses mots. Enfin, il ne se doute pas à quel point je suppose. Et s'il savait, je n'ose même pas imaginer la mine qu'il pourrait prendre. Je souffle alors, après avoir levé les yeux au ciel.

"Par tous les dieux, ne me dis pas que tu es devenu un adepte de cette maudite philosophie fer-née. Si c'est le cas, dis-le moi tout de suite, que je te laisse croupir ici sans regrets."

Je le fixe dans les yeux, incapable de bouger, de dire quoi que ce soit de plus. J'ai bien trop de pensées qui se bousculent dans mon esprit pour arriver à être aussi sensée que je le devrais et, pire encore, je sens le mur que je commence à peine à rebâtir menacer de s'effondrer. Et quand il me sourit, c'est pire encore. Je secoue la tête avant de souffler, gardant la tête droite alors que j'ai l'impression de voir les yeux de notre mère quand je le regarde.

"J'aimerais dire la même chose mais j'ai pour habitude de ne pas pleurer les morts. C'est plutôt mauvais pour la survie."

Je pousse un profond soupir alors qu'il se décide à me répondre. Il est là pour moi. Bon sang, mais pourquoi ? Et surtout, pourquoi maintenant ? Je vais vraiment finir par croire que les Dieux ont un humour qui me dépasse totalement, ou pire, qu'ils m'en veulent. Et pourtant, je ne suis qu'un pion dans ce jeu bien trop complexe pour moi, en tout cas, j'aime à m'en persuader. Je garde longtemps le silence, digérant chacune de ses paroles alors que je finis par tendre la main vers lui. Et j'effleure ses doigts agrippés au barreau, sentant les larmes me gagner.

"Si tu savais tout ce qui s'est passé, je ne suis pas persuadée que tu te dirais toujours mon frère."

Putain royale, espionne, traitresse et j'en passe. Bien trop de qualificatifs pour une seule personne. Et pourtant, voilà tout ce que je suis aujourd'hui. Et que je ne suis plus surtout. Je quitte ses doigts pour serrer le barreau à mon tour, juste en dessous de sa main et je reprends, d'un ton aussi neutre que possible.

"Conrad m'a dit que tu avais été capturé et que tu avais fait des tiennes. Tu me racontes ?"

Est-ce qu'il mérite d'être là ? Peu m'importe à dire vrai. Je veux juste qu'il sorte d'ici, qu'il arrête de croupir dans cet endroit qui n'est fait pour personne et encore moins pour le seul membre de ma famille qu'il me reste. Et j'ai de toute façon fait ce qu'il fallait pour le libérer. Mais je ne tiens pas à ce qu'il le sache tout de suite. Même s'il sait bien que je joue de mes atouts depuis toujours pour arriver à mes fins, voilà bien quelque chose qui n'a pas changé. Et qui ne changera pas. Après tout, je suis douée pour ça non ?


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MessageSujet: Re: [Flash-back] Nul ami tel qu'un frère; nul ennemi comme un frère... [Tour II - Terminé]   Jeu 2 Juin - 23:21


Elle n'avait pas l'air heureuse de me voir, ou pas vraiment. C'était compréhensible. J'allais bientôt mourir et elle ne voulait pas se laisser aller à l'apitoiement. Mathie avait déjà dû faire son deuil depuis longtemps, et je me rendais compte de quelle torture je devais lui infliger en cet instant précis, à venir à Winterfell dans les pires circonstances imaginables. Il aurait peut-être mieux valu que je meurs en route, finalement, plutôt que de me laisser capturer. J'aurais pu lui épargner davantage de tourments... Sauf que, quand on me menaçait d'une épée, ma réflexion allait rarement aussi loin. J'avais toujours tout fait pour sauver ma peau au détriment des autres, hormis avec elle. La famille surpassait toujours mes propres intérêts. Seulement... Je n'étais pas aussi calme et modéré qu'elle l'aurait voulu. Hélas, j'attirais bien plus souvent d'ennuis à ma sœur que je ne parvenais à en résoudre. Et encore une fois, c'était elle qui devait se pencher pour ramasser ma merde. Comment a-t-elle pu parvenir jusqu'à ma cellule ? Non... Quel a été le prix à payer, plutôt ?

Je serrai les dents, l'expression mauvaise. Ce simple geste suscita une douleur vive qui me transperça le crâne, me forçant à respirer calmement pour ne pas voir mille chandelles. Je n'étais qu'un cadavre en sursis. Fort heureusement pour moi, ils n'avaient pas fait preuve de beaucoup d'imaginations dans leurs interrogatoires. Ils se contentaient bien souvent d'une bonne rouste jusqu'à entendre les os craquer et que les ténèbres s'emparent de moi pour revenir plus tard. Rien de subtil... Sans doute parce que je n'en valais pas tellement la peine. Je soupçonnais d'avoir joué les défouloirs plutôt qu'une mine d'informations intéressante. J'avais aussi eu l'impression que celui qui les commandait avait moins à cœur de s'attarder depuis qu'ils m'avaient identifiés.

Elle m'extirpa de mes pensées, me forçant à me concentrer sur sa voix alors que mon crâne menaçait d'imploser dans le sens premier du terme. Je lâchai un bref rire qui résonna autant dans ma tête que dans cette cellule pittoresque et sombre. Un adepte de la philosophie fer-née... Je ne me souvenais pas qu'elle les portait aussi peu dans son cœur, mais peut-être mes paroles empreintes de cynisme ne lui plaisaient tout simplement pas.

- Mathie... Qu'a-t-on exigé de toi pour que tu puisses venir jusqu'ici ?

Je connaissais déjà la réponse. Je savais qu'elle allait fortement me déplaire, mais cela ne m'empêcha pas de demander. Ma main enserra lentement les barreaux. J'avais été absent bien trop longtemps pour elle, à cause de cette sombre histoire de meurtre... Je n'étais pas bien discret à l'époque, c'était un fait. Les choses avaient bien changées depuis... Ou peut-être pas étant donné nos deux positions respectives. J'avais presque réussi à détourner l'attention de ce Glover, pourtant. C'était rageant, si proche de mon objectif. Je pouvais littéralement le toucher des doigts, sans ne jamais l'atteindre. J'étais fini. Mais elle allait bien. J'espérais que quelqu'un d'autres veillerait sur elle pour moi, et que les Dieux se montreraient indulgents. Mes dernières prières seraient pour elles.

Elle me fixait, de ses yeux noisettes. J'avais l'impression qu'elle fouillait les miens à la recherche de... Quoi ? Cela m'échappait. Peut-être bien quelque chose qui était mort depuis longtemps, parce qu'elle ne sembla pas le trouver. J'avais plus de mal à maintenir son regard, quand bien même il n'était pas sévère, je n'appréciais pas vraiment quand ma sœur me prenait en faute, même si je me fichais pas mal des conséquences. J'avais la douce sensation de redevenir le gamin que j'étais avec elle, par sa seule présence. Peut-être parce que j'aurais aimé retourner à cette époque bénie. Il me prenait l'envie de déplier les doigts pour venir chercher la sienne face à ces eaux troubles qui la menaçaient. Ses mots me retinrent. Je fermai les yeux, l'espace de quelques secondes, à prendre une longue inspiration avant de revenir à elle.

- Je comprends, même si je n'ai pas douté de ta survie, pour ma part. J'ai l'impression qu'une vie entière s'est écoulée depuis qu'il m'a fallu fuir la maison familiale... Je suppose que pour toi aussi, surtout à te retrouver perdue dans le lointain Nord.

Je ne voulais pas l'accabler davantage, à parler de ma propre mort, de celle qu'elle supposait ou celle qui se profilait. Je ne pouvais pas gâcher ces derniers instants. Je gardai le silence, face à ce soupir qu'elle me renvoyait quand je lui confiai venir pour elle. Je ne voulais pas mal l'interpréter, alors qu'il ne devait traduire qu'une profonde lassitude. J'attendis sagement qu'elle reprenne la parole sans interrompre ce moment. Elle qui s'était présentée sur la défensive chancelait enfin, de par ce simple contact établi qui me rappelait à la réalité. Notre réalité.

Je lui souris doucement, avalant un peu de sang qui devait souiller ma dentition. Son doute était touchant, tout comme ces larmes qu'elle se retenait de verser. Elle était bien plus forte qu'elle ne le pensait.

- Crois-tu que je vaille mieux que toi ? Et si tu commençais par me raconter tout ce qu'il s'est passé pour toi, que je me fasse mon propre jugement...

Je marquai un silence alors qu'elle me demandait ce qu'il en était pour moi, avec ce ton si limpide qu'il en était désarmant. Elle avait gagné de l'aplomb, indéniablement. Et... Conrad ? Elle l'appelait par son petit nom, le tortionnaire en chef ? J'eus à nouveau une grimace mauvaise.

- Tu veux vraiment que nous passions mes derniers moments à parler de mes frasques ? Ca n'a plus tellement d'importance. Ce qui est fait est fait. Je me suis montré imprudent, à privilégier la vitesse à la discrétion pour te retrouver. J'aurais dû tenter de mieux camoufler mes origines quand la faim m'a rabattu sur les routes. Je suis tombé sur quelqu'un de plus perspicace que la moyenne, et mes mensonges n'ont pas suffi à lui faire abandonner toute méfiance. J'ai préféré tenter la fuite, ce qui n'a fait qu'aggraver mon cas.

J'haussai les épaules, dépité, et retins mon mouvement juste avant qu'une pointe de douleur ne me déchire les côtes. Je grognai, peu amène.

- Ces nobliaux ne cherchaient rien d'autres que des sauvageons à se mettre sous la dent. Je leur ai fourni la bonne adresse. Ils auraient pu me remercier en me laissant filer, plutôt que de s'acharner. Je crois avoir mis à mal l'égo de ce cher Glover qui s'est senti dupé.

Je lâchai un bref rire, avant de soupirer profondément.

- Et voilà où nous en sommes, avec des barreaux pour nous séparer. Mais je suis sûr que tes épingles à cheveux feraient des merveilles dans cette serrure ...
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MessageSujet: Re: [Flash-back] Nul ami tel qu'un frère; nul ennemi comme un frère... [Tour II - Terminé]   Sam 4 Juin - 10:39

J'aimerais tellement ouvrir ces barreaux et le serrer dans mes bras, comme pour me prouver qu'il est vraiment là, qu'il est réel. Le reste n'importerait que plus tard. Les conséquences sur mon existence, l'impact que je pourrais avoir sur la sienne, ce genre de questions qui ne font que tourner en boucle dans mon esprit alors que je le regarde, essayant de garder une neutralité qui n'est que de façade.

Mais les choses ne fonctionnent pas comme ça, elles ne l'ont jamais fait. Je n'ai eu droit à un semblant de bonheur que pour me rappeler non sans amertume à quel point je ne peux y prétendre. Alors oui, tout est ma faute, je le sais bien. Mais je n'ai plus envie d'y penser. Je ne veux plus m'attacher à qui que ce soit, me sentir prise au piège de l'affection que je pourrais avoir pour quiconque. Et Erwann pourrait tout faire basculer. Et ils pourraient lui faire du mal pour s'atteindre eux. Je ne suis qu'un pion dans cette histoire dont tout le monde se moque, mais un pion qui peut visiblement faire suffisamment de dommages pour que l'on cherche à le contrôler autant que possible. La vengeance ne sera après tout pas un moteur suffisant, surtout quand je réalise à mesure que les jours passent ma part de responsabilité dans tout cela.

Une part de moi me souffle que je peux encore faire marche arrière, me fermer pour de bon à ce genre de choses et m'endurcir suffisamment pour que ma survie ne soit plus remise en question. Mais il semble si mal en point, si fragile dans cette cellule. J'ai envie de le protéger de tout, y compris de moi. Je ferme les yeux un instant, toujours incapable de me décider à partir ou à rester mais ses propos me font tiquer, bien évidemment. Et je ne m'en cache pas.

A sa question et son air si sérieux, je lâche un rire sans joie alors que je secoue la tête, restant toujours  à une distance salutaire de lui. Pour lui ou pour moi ? Impossible d'avoir une réponse satisfaisante à cette question que je chasse alors que je me rends compte qu'il a soigneusement évité de me répondre concernant les fer-nés.

"Erwann… mon cher petit frère… es-tu sûr que tu veux vraiment une réponse à cette question ? Tu sais ce que je fais depuis toujours pour arriver à mes fins. Ca n'a pas changé, bien au contraire. Il n'y a que cela qui fonctionne avec les hommes."

Je secoue doucement la tête alors que je n'arrive maintenant plus à détacher mon regard de lui. Ma chair, mon sang. Il est tout ce qu'il me reste en fait alors que je ne l'attendais plus. Et le voilà derrière des barreaux. A Winterfell. Pour un peu, cette idée pourrait me faire rire si elle n'impliquait pas tant de choses. Et, sans bien savoir pourquoi, j'ai un sourire à sa réplique alors que je hausse brièvement les épaules.

"Amusant de voir à quel point aucun de vous ne semble douter de mes capacités de survie. Voilà bien une chose sur laquelle tous les hommes que j'ai pu croiser sont d'accord ces derniers temps. Mais oui, c'est tout une vie qui s'est passée depuis ces dernières années. Et je ne suis pas perdue. Je suis exactement là où je me devais d'être."

Et j'effleure ses doigts, comme pour m'assurer qu'il est bien réel, que mon cœur a un raté pour une bonne raison. Je ne dois pas me laisser attendrir de la sorte. Je ne peux pas. Mais je ne peux ignorer ce regard qui me fixe. Cet enfant qui se cache derrière cet homme fait et qui a toujours fait le pire pour veiller sur moi. Je tremble un peu alors je me raccroche au barreau avant de secouer brièvement la tête.

"Ce n'est pas le lieu pour ce genre de confidences. Les murs ont encore et toujours des oreilles, à n'en pas douter, quelle que soit l'influence que je peux avoir sur ces gardes, elle reste limitée par le bon vouloir du Roi. Et puis je ne suis pas sûre que tu me croirais. Plus tard."

Je fronce alors les sourcils au reste de ses propos avant de lâcher un rire tandis que je me décide et que je passe ma main à travers les barreaux, effleurant sa joue du revers de la main.

"Petit frère… Tu crois vraiment que j'aurais couché avec Conrad uniquement pour avoir le droit de te dire adieu ? Passer du temps en sa compagnie rapporte plus, beaucoup plus. Ou alors ce sont mes talents, va savoir."

Je n'ajoute rien, me demandant s'il va comprendre ou non. Il a l'air si perdu et commence à me parler de son voyage. Il a bravé bien des dangers pour venir jusqu'à moi et je suis étonnée qu'il s'en soit sorti aussi bien. Je laisse échapper un nouveau soupir et une grimace, sans bien savoir comment lui répondre, même si je tique au nom qu'il utilise.

"Sans l'égo ce Glover comme tu dis, je ne serais probablement même pas ici. C'est lui qui m'a dit où te trouver. Et qu'il ne pouvait rien faire pour moi. Je me suis débrouillée autrement. Quant au reste… j'étais là lors de la bataille avec les sauvageons. Je peux comprendre cette rage qui les anime et pour un peu, je suis à deux doigts de la partager. Etonnant n'est ce pas ?"

Je tapote sur les barreaux du bout des doigts et j'ai un sourire avant de croiser à nouveau les bras, me reculant d'un pas.

"Je ne suis pas persuadée être aussi agile avec une épingle que tu le crois mais je peux l'être autrement. Je l'ai été d'ailleurs. Alors petit frère, tu préfères mourir ici ou …"

Je n'ai pas le temps de finir ma phrase que l'un des gardes s'avance et me tend une clé, baissant la tête, comme s'il avait honte. Ou peur. Je ne saurais trop le dire. Je le toise un instant avant de la prendre et j'attends avant qu'il n'ose prendre la parole.

"Tu lui diras hein Mathie, qu'on a … euh… coopéré hein. J'veux pas qu'il s'fâche. Et tu nous ramènes la clé. Après. Hein."

Je lui tapote alors l'épaule avant de secouer la tête.

"Je n'aime pas le voir fâché non plus, ne sois donc pas inquiet comme ça. Quand tu auras fini ton tour de garde, passe donc au bordel, je suis sûre que tu trouveras quelqu'un de très bonne compagnie pour te remercier de ne pas avoir fait trop d'histoire."

J'ai bien évidemment droit à un large sourire à la dentition hasardeuse avant qu'il ne file et que je ne reporte mon attention pleine et entière sur mon frère. Et je lui tends la clé à mon tour, sans rien ajouter de plus. De toute façon, je lui ai dit, il ne me croira pas.


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MessageSujet: Re: [Flash-back] Nul ami tel qu'un frère; nul ennemi comme un frère... [Tour II - Terminé]   Dim 12 Juin - 16:51


Cette cage m'était bien plus insupportable que les jours précédents, même s'il n'était plus question de torture... Ou peut-être que si, finalement. Ils avaient pu lui permettre de venir me voir pour donner le coup de grâce. Ce serait se donner beaucoup de peines pour un simple bâtard tout de même, d'autant que j'étais à peu près sûr de tout leur avoir révélé. J'en savais si peu, après tout, mais il était difficile de croire que je puisse en cacher davantage. Et puis... Pour une fois, mes intentions étaient parfaitement pacifiques en me rendant à Winterfell. J'avais tout abandonné pour me mettre sur ses traces, quitte à me mettre ces grandes familles à dos, Bracken, Tully ou Hoare. Mon seul avantage était que l'on me croyait mort plutôt que traître et déserteur, tout comme Mathie avait pu l'imaginer de son côté. Je n'avais aucun mal à voir le trouble que ma présence lui suscitait, d'autant plus dans ces circonstances... J'eus un sourire triste en songeant que nos retrouvailles auraient pu mieux se passer. Nous aurions pu être heureux de nous revoir, mais aucune de nous deux ne parvenait à l'être.

J'esquivai les questions gênantes un temps pour me concentrer sur elle, même si cette tactique n'allait pas fonctionner bien longtemps. J'entendis son rire qui tranchait avec le silence nous environnant, charriant une certaine amertume. Je connaissais la réponse à cette question avant même qu'elle ne franchisse mes lèvres, mais je n'avais pu m'empêcher de la poser. C'était immuable, depuis ma naissance et même bien avant. Et quand notre mère ne fut plus en mesure d'exercer, ce fut Mathie qui reprit le flambeau tout naturellement. Elles avaient toujours eu un succès foudroyant auprès des bien-nés, d'ailleurs. Pourquoi ça aurait changé ? C'était ainsi qu'elle gagnait sa vie, et sa présence à Winterfell devait bien être aux côtés d'un quelconque haut dignitaire qui ne pouvait pas se passer de ses services. Je m'en fichais pas mal, au fond. C'était une façon comme une autre de gagner sa vie, ou même de l'influence. Et Mathie était bien plus qu'une catin, elle était beaucoup trop intelligente en plus de savoir jouer de ses atouts. La preuve en était que l'on ne pouvait rien lui refuser, vu qu'elle se trouvait devant moi. Non... Ce qui me dérangeait au fond, c'était toujours quand elles avaient à le faire pour moi, comme en ce jour, et comme tant d'autres auparavant quand elles devaient trouver de quoi nourrir notre petite famille.

- Je sais. J'espère que les gens du Nord te traitent bien... Parce qu'ils frappent fort, c'est certain.

Ils me paraissaient trop rustres et limités pour intéresser ma sœur, à vrai dire. Je leur trouvais de nombreux points communs avec les fer-nés, et ce qui faisaient sans doute qu'ils ne pouvaient pas se piffrer. Les riverains valaient quand même mieux, non ? Enfin, il semblerait qu'elle était exactement là où elle désirait l'être. Tant mieux, si ça lui convenait. Je n'allais pas discuter de ses choix, de derrière les barreaux. Par contre, ses propos m'interpellèrent. Je fronçai les sourcils, devant son attitude presque nonchalante.

- C'est qui, ce "vous" ? Tes amants ? On sait tous les deux que tu fais toujours ce qui est nécessaire pour t'en sortir. Moi aussi, mais je suis moins subtil dans mon approche. Alors, tu comptes rester à Winterfell ? Je me demande bien ce qui peut t'intéresser ici. Le Conflans, c'était pas mieux ?

Je ne disais plus rien et retins ma respiration, alors que ses doigts venaient effleurer les miens pour établir un contact rapide. Ses mains étaient si douces en comparaison, et les miennes tâchées de sang. Le mien, pour cette fois. Je ne cessais de la fixer, guettant la moindre de ses réactions dans la lumière chancelante de cette torche. Elle avait beaucoup changé, oui, et je ne retrouvais même plus cette lueur rêveuse et enjouée dans son regard. Je présumais que ces années qui nous avaient séparés avaient été nombre d'épreuves pour nous deux. Elles ne désiraient pas m'en parler davantage, pas pour le moment en tout cas. Je lui rendis un regard profondément perplexe alors qu'elle me signifiait que je ne la croirais peut-être pas. Bon sang... Qu'avait-elle fait, en mon absence ? Elle venait de trembler, à l'instant, non ? Mes mains se crispèrent sur les barreaux, alors que je prenais conscience de tous les secrets qu'elle devait garder pour elle. Si Mathie ne pouvait pas en parler devant moi à cause de la présence des gardes, elle devait avoir commis des actes qui pouvaient contrarier des personnes bien placées... Je desserrais lentement ma prise et me forçai à respirer posément. Je toussai finalement un rire, en secouant lentement la tête.

- Oui mais, vois-tu grande sœur, j'aurais du mal à aller ailleurs. Que je te crois ou non... Tu peux tout me dire. Je l'entraînerais dans la tombe, après tout. A moins qu'ils décident de repasser pour me l'arracher sous la torture, ça...

Elle pouvait bien soulager sa conscience. Ca ne changeait rien avec moi, mais cela pouvait prêter à conséquence avec ma situation actuelle. Je grimaçai. J'aurais mieux fait de ne pas en parler, même si mon état était équivoque. Je réprimais un sursaut alors que sa main passait le rempart des barreaux pour venir effleurer ma joue. Je restais les yeux grands ouverts à la fixer, incapable de bouger, et ses paroles me firent un nouveau choc.

- ... Quoi ?

J'aurais difficilement pu être plus éloquent. Elle venait de balayer d'un revers de main toutes mes certitudes, dont celle de ma mort prochaine. Je sentais la douleur refluer, alors que je peinais à maîtriser ma respiration, mais qui me rappelait subitement que j'étais en vie, et non pas déjà un pied dans la tombe. Je posai une main tremblante sur la sienne pour la retenir à ma joue. J'avais traversé la moitié du continent pour elle, et c'était finalement elle qui me sauvait d'une mort certaine. Je lâchai un bref rire, teinté d'une joie que je m'étais retenu d'avoir jusqu'à maintenant. Je fermai les yeux, le temps de retrouver un semblant de calme, pour ne pas laisser les émotions me submerger. C'était bon, de se sentir vivant. Je les rouvris sur elle en lâchant cette main, dépourvu de cette résignation qui m'avait accablé à sa vue. Je soufflai quelques mots, avec sincérité et résolution :

- Je te dois la vie, encore une fois. Je ferais n'importe quoi pour toi, tu le sais.

Et si je m'attendais à la devoir en partie à ce Glover qui m'avait jeté là... Son comportement me laissait pour le moins perplexe. Je me serais attendu à ce qu'il me laisse croupir dans ces geôles sans en informer ma sœur en représailles. N'avait-il pas promis ma mort, dans ces bois envahis de sauvageons ? Je grimaçai un sourire, autant à en entendre parler en de si bons termes que de m'informer de son aversion pour les sauvageons. Je ne m'étais pas senti si différents d'eux... Et elle, on dirait qu'elle tenait plus du Nord, maintenant.

- Etonnant, en effet. Tu as dû passer un temps considérable dans le Nord ces dernières années... Mais que ce soit le Sénéchal ou l'autre Glover, moins je les vois, mieux je me porterais.

J'eus un sourire de travers alors qu'elle me posait une question dont la réponse était évidente. Elle n'eut pas le temps de la finir qu'un des gardes s'approchait, et que je me reculais aussitôt comme si les barreaux venaient de me brûler. Je le fixai de mon regard glacial, dans l'ombre de ma cage, méfiant quant à l'échange qui se déroulait sous mes yeux. Oui, décidément... Un temps considérable dans le Nord pour bénéficier d'une telle influence. Il ne s'était pas uniquement passé une vie entière depuis la dernière fois que je l'avais vu, mais nous ne partagions plus non plus le même univers.

- De qui, se fâcher ?

Je m'approchai à nouveau, tandis qu'elle me tendait la clef à travers les barreaux. Je m'en emparai d'un geste rapide pour déverrouiller ma cage et me précipiter à l'extérieur pour prendre ma sœur dans mes bras. J'eus le souffle coupé à cette étreinte, qui me fit voir mille chandelles alors que mes côtes protestaient contre ce traitement, mais c'était si bon de pouvoir la tenir à nouveau dans mes bras. Je lâchai un bref rire, transporté par cette joie pure et sincère. Enfin, nous étions réunis.
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MessageSujet: Re: [Flash-back] Nul ami tel qu'un frère; nul ennemi comme un frère... [Tour II - Terminé]   Mer 22 Juin - 14:55

Je me demande ce qui a vraiment pu lui arriver pour qu’il finisse là, derrière ces barreaux, bien loin de l’endroit où nous nous étions séparés. Qu’il soit là pour moi a quelque chose de difficile à concevoir, d’impossible même. Personne ne devrait songer à faire quoi que ce soit pour moi. Non pas que je ne le mérite pas mais parce que cela implique bien trop de choses. Je ne veux plus être redevable à qui que ce soit, m’attacher, quand même il s’agit de ma chair, de mon sang. Si je tourne les talons, personne ne le saura jamais. Conrad ne me posera pas de questions et nul ne se souciera d’un obscur bâtard qui aura fini ses jours dans une geôle au milieu du grand Nord.

Mais je ne peux pas faire cela. Parce qu’il est mon frère et qu’une part de moi me souffle que nous pouvons encore faire du chemin ensemble. Qu’il peut me redonner goût à autre chose qu’à la vengeance, que nous pourrons avancer vers des cieux plus cléments, qui sait. Ou alors j’essaie de m’en convaincre alors que nous continuons de converser, comme nous nous étions vus la veille, comme si ces barreaux de fer ne nous séparaient pas.

Si je préfère ne pas trop m’appesantir sur ce qu’il me dit, j’ai tout de même un sourire plus sincère et je souffle, non sans hausser les épaules.

"Que ce soit dans le Nord ou ailleurs, les hommes qui ne ressentent pas le besoin d’assouvir leur virilité en frappant des catins se font rares. Mais j’ai connu pire. Et j’ai une place qui me permet de n’avoir à subir que le minimum. Mais oui, il frappe fort, je sais."

J’espère qu’il n’aura pas la sottise d’aller confronter le Sénéchal. Ce serait aussi stupide que suicidaire. Et je préfère autant le laisser en vie derrière ces barreaux s’il semble y songer. A cette pensée, j’ai un profond soupir. Erwann a toujours été trop excessif, trop prompt à réagir à mon goût. A ne jamais songer aux conséquences de ses actes. Je sais, je ne suis pas la mieux placer pour dire cela mais, s’il tient à nous maintenir en vie il va falloir qu’il apprenne à se contenir un peu. Mais nous verrons plus tard, une fois sortis de cette crasse.

"Mes amants ? Pour un peu, on pourrait croire que les collectionne. Mais tu serais étonné de savoir à qui ce vous fait référence… des personnes de haute lignée… très haute. Et qui justifient ma présence ici. Je t’expliquerais mais je ne compte pas rester à Winterfell. Nous allons aller dans le sud et voyager avec plus d’argent que tu n’en as jamais vu petit frère."

Je me suis tout de même crispée quand il me demande si le Conflans n’était pas mieux. Bien sûr que oui. Que non. Je ne sais pas. Et je n’ai pas envie d’y réfléchir. Encore une fois, il me faut assumer mes choix, les directions que j’ai prises et arrêter de croire que je peux revenir en arrière. Il me faut graver dans la pierre certaines vérités pour les accepter pour de bon quand bien même je n’en ai pas envie. Je grimace à ses propos et je plisse des yeux avant de souffler, non sans un sourire teinté d’ironie.

"Tu ne sais pas de quoi certains seraient capables s’ils savaient que tu étais mon frère. Et que tu savais tout de moi. Ils pourraient bien avoir envie de t’arracher quelques ongles avant de te donner en pâture aux chiens. Ou quelque chose de tout aussi festif. Les nordiens ont un don particulier pour trouver les pires horreurs pour leurs ennemis. Enfin, c’est peut-être parce que je n’avais pas eu l’occasion de voir la guerre d’aussi près avant que je pense cela, je ne sais pas trop… Peu importe."

Je fronce les sourcils avant que mon sourire ne se fasse plus franc.

"Et bien, je pourrais me vanter d’avoir réussi à te moucher. Voilà qui n’était pas chose fréquente dans mes souvenirs petit frère."

Mes doigts s’attardent sur sa joue un instant alors que je sens mon cœur se regonfler d’une énergie nouvelle en écoutant ce rire si vivant, si plein de promesses pour lui comme pour moi. Je sens même les larmes me monter aux yeux à ses propos, alors que je m’étais promis de ne plus pleurer tant que je serais à Winterfell.

"Tâche de t’en souvenir plus tard, quand je te raconterais tout. "

Je prends une profonde inspiration alors que nous évoquons ceux qui m’ont aidée à le trouver ici. Visiblement il ne les apprécie guère et pourtant, il ne peut devoir sa vie à ma seule intervention. Tout n’est malheureusement pas aussi simple. Mais je me contente de souffler, d’une voix douce.

"Bientôt trois ans. Dont plus de deux dans le lit du Roi. Cela devrait te donner une idée des connaissances que je peux avoir ici. Quant à messire Glover ou le Sénéchal. Effectivement, mieux vaut éviter d’avoir à les croiser avant notre départ, ce serait préférable. Je m’en voudrais que tu t’énerves pour rien. "

Le garde arrive et me tend la clé. Je darde alors une œillade en direction d’Erwann et je me fais malicieuse l’espace d’un instant.

"Le Sénéchal n’aime pas qu’on traite mal ses jouets. C’est visiblement son privilège même si j’ose espérer qu’il commence à comprendre qu’il ne faut pas les casser."

Et je n’ai pas le temps d’ajouter quoi que ce soit qu’il ouvre la porte pour me serrer dans ses bras. Si je me crispe au départ à cette étreinte, je finis par la lui rendre avec une force peu habituelle pour moi. Je ne réalise que maintenant à quel point il a grandi. Mais c’est toujours Erwann, à n’en pas douter.


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MessageSujet: Re: [Flash-back] Nul ami tel qu'un frère; nul ennemi comme un frère... [Tour II - Terminé]   Dim 31 Juil - 0:52


Elle m'assénait de cruelle vérité dans la plus grande simplicité. Le pire était sans doute de l'entendre en dire autant avec un tel détachement... Ce qui ne laissait rien présager de bon sur les traitements qu'elle avait enduré en mon absence. Je me fichais pas mal de comment on traitait les catins dans le monde, tant qu'il n'était pas question de ma propre sœur. Mes mains se crispèrent quand elle confirma mes propres paroles. Elle savait, qu'il frappait fort. Bon sang.

- J'aurais dû revenir beaucoup plus tôt.


Mais c'était ainsi. J'avais été forcé de l'abandonner en arrière, pour sauver ma peau après avoir commis un meurtre en son nom. Cet épisode de ma vie me paraissait si lointain désormais... Et tellement ironique. J'aurais été pendu sans l'ombre d'un procès à l'époque, comme le fils de catin que j'étais. Mais après mon départ, je n'avais pas cessé pour autant de verser le sang. Ma route avait continué d'être un sillage meurtrier, et on m'encourageait secrètement à agir ainsi, puis ouvertement quand la guerre battit son plein. Finalement, je ne savais répondre qu'ainsi à toute acte de violence. Je tuais, sans l'ombre d'un remord, pour garantir ma survie... Mais j'avais toujours été celui qui frappait le premier. En combat singulier, mes chances étaient plus minces de l'emporter. Mathie devait le savoir, si on me laissait la moindre opportunité d'en découdre avec le Sénéchal, je la saisirais, peu importe les conséquences. Dans le fond, je n'avais pas tellement changé.

La suite de ses propos m'intrigua. Je lui rendis un regard profondément perplexe alors qu'elle me parlait d'avoir des amants très hauts placés. Après avoir mentionné le Sénéchal à demi-mots, je pouvais difficilement imaginer qu'elle puisse viser encore plus haut dans ces contrées glacées. Néanmoins, cela expliquait sans mal qu'elle éprouve la nécessité de demeurer à Winterfell, si elle avait su se faire une place des plus influentes... Suffisante pour qu'on la laisse partir à sa guise avec un joli pactole apparemment. La perspective d'un voyage dans le Sud en roulant sur l'or avait de quoi me faire sourire, comme un doux rêve que l'on vous vend de derrière les barreaux. Elle n'était pas seulement venue me libérer de ma cage, mais elle m'offrait bien plus que je n'aurais jamais pu l'espérer, et que je n'avais réussi à accumuler en de longues années de rapine.

- Tu m'expliqueras tout en route alors. J'ai hâte de quitter ces murs...

Je n'insistais pas, car elle ne semblait pas disposée à en parler en détails maintenant, et que je n'étais pas certain non plus de pouvoir souffrir une longue discussion dans mon état actuel. Cela n'avait guère d'importance. Je la suivrais, devrais-je me rendre auprès de ceux à qui j'avais tourné le dos, riverains ou rebelles confondus. J'espérais néanmoins qu'elle trouverait meilleure destination, mais rien ne pouvait être pire que le Nord à l'heure actuelle, et ses dires ne faisaient que me le confirmer. Il ne me serait pas venu à l'esprit que l'on pourrait se servir de moi pour atteindre Mathie. Quelle ironie...

- Je ne sais rien du tout, Mathie. Si tu préfères, nous pourrons le garder secret, pour ta sécurité... Jusqu'à ce que nous quittions ces terres maudites.

Je ne savais pas vraiment si elle s'inquiétait plus pour moi ou pour elle. Peut-être un peu des deux... Je commençais à prendre conscience de ce que ma présence pouvait impliquer pour elle, et à comprendre les réticences qu'elle avait eu à l'arrivée. Pensait-elle devoir me protéger ? C'était une pensée des plus dérangeantes, alors que j'étais venu précisément pour m'assurer qu'elle allait bien, et prendre soin d'elle. Je soufflai à voix basse :

- Je connais les horreurs de la guerre, grande sœur. Nord ou Sud, pas de différences sur un champ de bataille. Fais-moi confiance. Je suis parfaitement capable d'assurer notre survie à tous les deux si l'on vient à s'en prendre à nous. Il a bien fallu une troupe de six Nordiens pour m'arrêter après tout.

Ou cinq, je n'étais plus certain... Dont un gamin. Et au passage, Bowen s'était chargé de mon cas tout seul. Bref, inutile de revenir là-dessus. Je n'étais pas sûr que mes paroles la rassurent réellement, étant donné le dernier souvenir qu'elle conservait de moi. Et toutes mes compétences roublardes étaient bien inutiles dans les jeux de politique où elle semblait être jetée... A chaque parole, elle m'apparaissait toujours plus meurtrie, même si elle feignait l'indifférence. Finalement, peut-être que je la connaissais bien mieux que je le prétendais, malgré ces dernières années qui nous avaient séparées.

Et pourtant, elle arrivait encore à me surprendre. Je lui laissais bien volontiers cette maigre victoire, à réussir à me prendre de court. C'était rare que la verve me manque, en effet. Mais les premières paroles qui franchirent finalement mes lèvres manquèrent de lui arracher quelques larmes, ce dont je me félicitais presque. Il m'avait fallu un temps certain pour percer cette armure qu'elle s'était forgée de toutes pièces, certainement longuement préparée en prévision de cette entrevue. J'hochai lentement la tête, empreint de gravité. Je m'en souviendrais, oui, même si je craignais désormais qu'elle n'ait d'autres cruelles vérités à m'annoncer... Des événements à relater qui ne m'enchanteraient guère. Apprendre qu'elle avait passé deux années consécutives dans le lit du Roi du Nord avait déjà de quoi me donner une petite idée. Je fronçai les sourcils, perplexe, mais ne fit pas le moindre commentaire. Comment aurais-je pu ? Je n'allais pas la féliciter, et encore moins lui demander des comptes alors que j'étais absent. En outre, je ne connaissais pas ce Roi du Nord, en dehors de quelques racontars sur l'Invaincu. Des récits de guerre qui étaient plus révélateurs sur des faits que sur une personne... Il était plutôt étrange, à réaliser que ma sœur fréquentait intimement ce type de personnes.

- Je vois que tu as fait du chemin...

Je grimaçai plus franchement quand elle prononça les noms de mon geôlier et de son rabatteur. Non, en effet... Mieux valait que je ne croise pas leurs routes dans les jours à venir. Je pourrais ne pas m'écouter et le regretter amèrement vu mon état de faiblesse. Et l'entendre parler d'elle comme d'un jouet du Sénéchal me mettait sans mal hors de moi... Mais l'instant fut passé, quand elle me tendit les clefs de ma liberté.

Je la pris dans mes bras, et constatai avec amusement qu'elle faisait une bonne tête de moins que moi maintenant. Dans mon souvenir, elle n'était pas si petite et frêle... Faisant fi de la douleur, je la gardais de longues minutes dans mes bras en la sentant me rendre mon étreinte avec force. Nous nous passions de mots pour savourer nos retrouvailles. Seulement, la réalité me rappela vite à quelques nécessités, dont celle de respirer malgré mes côtes brisées. Je la pris par les épaules, pour la forcer à me regarder :

- Partons, Mathie. Je te suivrais, jusqu'au bout du monde s'il le faut...

J'affichai un sourire en coin, espiègle, concluant avec humour :

- Mais dans l'immédiat, j'aurais surtout besoin de retirer toute cette crasse et d'un bon repas.
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