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 You're under my watch [PV Helena Hoare]

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MessageSujet: You're under my watch [PV Helena Hoare]   You're under my watch [PV Helena Hoare] EmptyMar 9 Fév - 22:33

Les célébrations de victoire avaient duré jusque tard dans la nuit, et l’alcool avait coulé à flot. Il désinfectait aussi bien les plaies du corps que du cœur, les chairs ouvertes et les amitiés emportées. Bowen avait fini par se retirer, et après d’ultimes vérifications et autres ordres, avait consenti à s’accorder le sommeil du juste. Du moins, là avait été son attention, car le repos fut de bien courte durée. Il lui semblait en effet s’être à peine endormi qu’il était tiré des bras de Morphée par un émissaire. Se relevant de son grabat, le Glover comprit que, si Walton l’avait laissé entrer, c’était que l’affaire était importante. L’homme n’avait pas de pli en main, donc point de nouvelle venue de l’extérieur. Une reconnaissance ? Les bieffois s’étaient-ils finalement décidés à bouger ? Il ne voyait que cela comme menace. A moins que ce ne soit pas le cas. Son regard s’attarda sur son tabard froissé et tâché. Il y reconnut les armes du Nord – Karstark, plus exactement. Et à son accoutrement, cavalerie. Réserve donc. Sans doute un des hommes envoyés plus avant. Ce qui signifiait donc … Avant même que l’éclaireur n’ouvre la bouche, le Sénéchal avait déjà compris ce dont il s’agissait. Ou en tout cas, il le subodorait. La surprise avait été désagréable lorsqu’il avait compris que le Bâtard avait tenté – et pour ce qu’il en savait – réussi à faire évacuer son épouse. En engageant la bataille, il s’était fixé comme objectif d’empêcher la lignée Hoare de perdurer, et cela passait par l’élimination du dernier fils du Noir comme par la capture de son épouse enceinte. Du reste, l’Empire aurait sans doute profité grandement de détenir une promesse d’héritage sur les terres Hoare. Mais il avait déchanté en faisant chou blanc, et les prisonniers qui s’étaient rendus au Roi Lyham avaient pour certains achevés de plonger les officiers impériaux dans la confusion, après avoir relaté des histoires de poison et de malédiction. Entre les superstitions et la vérité, il fallait trier, mais ils avaient fini par comprendre que ce qui avait retardé le Bâtard la veille avait été l’empoisonnement de sa Reine, qui semblait avoir perdu son enfant. Tout cela, cependant, n’était peut-être que ruse. Bref, il n’en avait pas moins ratissé les environs. Et donc, leur élan avait été récompensé. C’est ce que confirma le cavalier. Hochant la tête, le Sénéchal lui fit signe de sortir et de prendre du repos, avant de sortir et d’aboyer plusieurs ordres. Quant à Walton, il fut envoyé manu militari porter la nouvelle au Roi du Conflans, puis au Prince de Peyredragon.

La prisonnière arrivée, elle fut conduite, comme il l’avait demandé, sous une tente lourdement gardée, pour se décrasser et recevoir des soins, si elle en avait besoin. Bowen, malgré toute la rancœur qu’il pouvait éprouver à l’endroit des Hoare, et des fer-nés en général, demeurait au fond de lui cet homme juste qui n’aurait pas pris de plaisir à violenter une femme, quelle qu’elle soit. Même si, après la démonstration de son défunt mari, en toute honnêteté, il avait conscience que l’envie devait en démanger plus d’un. Et même si le code de conduite de Nord était strict, il était possible que, sans se permettre des privautés, certains soldats aient été plus rudes que nécessaires. Si cela avait été trop loin, ils seraient punis, de toute façon. La discipline n’était pas un vain mot dans leur armée, et il était hors de question que les fils du Nord se comportent comme les soudards fer-nés. Pas question de s’abaisser aux méthodes de leurs ennemis. Cela ne signifiait pas, évidemment, qu’ils étaient des enfants de cœur. Les croix qui peuplaient encore le Bois aux Loups ou la frontière avec l’Ouest en étaient la preuve évidente. La cruauté envers les adversaires, ils connaissaient. Mais ni pillage, ni viols. Quand cela arrivait, la sentence suffisait généralement à faire passer le goût aux autres. Etrangement, lapider son camarade fautif avait des vertus éducatives. Après un temps d’attente réglementaire, il se dirigea finalement vers l’endroit, fit appeler une des matrones présentes – une cantinière – pour savoir si la Lady était visible. Et il entra dans la tente.

Une forme de curiosité le saisit, Bowen l’admettait volontiers, en faisant face à Helena Hoare, née Bracken. Il se demanda, furtivement, si elle regrettait d’avoir fait ce choix : d’avoir épousé Yoren, de l’avoir suivi dans sa chevauchée téméraire, jusqu’au bout. Son expression était neutre, même si ses yeux luisait d’une forme de compassion qu’il s’en voulait presque de ressentir. Mais le Glover ne parvenait pas à se réjouir de la déchéance totale d’une femme. Qu’était-elle désormais ? La Reine d’un royaume qui avait cessé d’exister à la mort de son mari. Les Iles de Fer demeuraient, et la bataille pour la succession commencerait sans elle. Ses yeux, très brièvement, s’attardèrent sur son ventre. Il se souvint que son frère était déjà prisonnier de l’Empire. Les Bracken semblaient boire jusqu’à la lie le calice de leur loyauté farouche aux Hoare. D’une certaine façon, Bowen respectait cela. Il y avait, aussi fou que cela puisse paraître venant d’un nordien, de l’honneur dans le fait de rester jusqu’au bout à leur serment de fidélité. Si les rôles avaient été inversés, si les plans du Noir avaient abouti, si c’était le Nord qui était à présent morcelé, envahi … Ils auraient été en face l’un de l’autre, peut-être. Avec leurs places échangées. Y songer avait l’avantage de rappeler l’humilité. Et d’éviter de laisser des sentiments humains peu recommandables l’envahir. Alors in fine, il rompit le silence, et déclara :

« Ma dame. »

Il salua d’un bref signe de tête. Avant de reprendre :

« Je suis le Sénéchal du Nord, Lord Glover, et pour le moment, vous êtes sous ma garde. »

Sans s’attarder sur ce constat, l’homme poursuivit :

« Je n’aurai pas l’outrecuidance de vous demander quel est votre état et vous épargnerai donc la courtoisie d’usage.

Cependant, sachez que si vous avez besoin d’autres soins, ou de quoi que ce auquel je sois en mesure d’accéder, vous pouvez en émettre la requête. »



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MessageSujet: Re: You're under my watch [PV Helena Hoare]   You're under my watch [PV Helena Hoare] EmptyVen 12 Fév - 12:21

Tout s'était enchaîné si rapidement, d'une brutalité peu commune. Helena se souvenait des premières contractions si violentes, si inhabituelles, de son corps pris de convulsions incontrôlées, de ce sang si rouge et si abondant qui coulaient le long de ses cuisses, des regards effrayés tout autour d'elle. Elle se souvenait aussi de la peur qu'elle avait ressenti, une peur viscérale, celle de perdre son bébé. Et puis elle se souvenait de la douleur, celle que peut ressentir une mère à bout de force, presque à bout de vie, à qui l'on vient de prendre un enfant pourtant si innocent. Les hurlements qu'avaient poussé Helena cette nuit là lui résonnaient encore. Et puis le trou noir. La frontière entre la vie et la mort était si mince. Elle se souvenait vaguement de l'odeur de son époux, l'embrassant une dernière fois avant de rejoindre le champ de bataille. Tout lui paraissait alors si vide, si dénué de sens. Puis ne sachant ni comment ni pour quelle raison, elle s'était retrouvée escortée par des Chevaucheurs du Crépuscule, fuyant à tout allure à travers bois.

Son corps mutilé par le poison et par un accouchement prématuré et dramatique, s'était habitué à la douleur par un état de semi-conscience permanent. Ses paupières étaient lourdes, son esprit engourdi, son étincelle de vie presque éteinte. Le temps n'était plus qu'une notion lointaine et son esprit, rattaché encore qu'à si peu de choses de son corps, n'était pas en mesure de cerner ce qui se passa soudainement.
Les cabrements des chevaux la stimulèrent à peine et parmi les bruits d'épée qui s'en suivirent, seuls les hennissements des chevaux lui firent tristement écho. Helena ne bougea pas jusqu'à ce qu'un bras l'agrippe de force, l'obligeant ainsi à se mettre malgré elle sur ses jambes. Elle ouvrit les yeux tant bien que mal. Un deuxième homme vint lui prendre l'autre bras et ils la traînèrent ainsi sur quelques mètres, avant de la lâcher brutalement au sol. Elle n'entendit pas tout ce qu'ils se dirent, mais elle sembla déceler sur leur visage un mélange de haine et de satisfaction. Elle avait beau essayer de rassembler toutes ses idées, tout restait pourtant si embué. Après une brève discussion avec son acolyte, le plus petit des deux hommes s'approcha d'elle subitement, le sourire en coin, laissant présager des intentions peu convenables. Malheureusement, son corps toujours souffrant et tremblant, ne réagit pas, incapable de lutter, déjà trop occupé à lutter contre ses propres blessures. Aucun son ne sortit de ses lèvres pour aboyer, malgré la rage qui pouvait se lire dans son regard. L'homme lui arracha violemment sa robe avant de s'arrêter net, les yeux rivés sur le sang qui coulait toujours sur ses jambes. Il se recula effrayé, jetant un regard entendu au second homme. Helena ferma les yeux, soulagée. Elle devait être dans un sale état pour rebuter des rustres pourtant bien déterminés. Elle se laissa à nouveau déplacer par les deux hommes, qui rejoignirent un petit groupe, avant de chevaucher à nouveau dans la nuit.

Durant le trajet, elle sembla comprendre que les hommes venaient du Nord et qu'ils avaient eu pour mission de la trouver elle et son enfant afin de l'éliminer. Trop tard, pensa-t-elle cyniquement, le regard dans le vide.

Arrivée dans le camp ennemi et après quelques minutes d'attente, elle fut rapidement conduite sous une tente. Deux servantes furent appelées et se dépêchèrent autour d'elle, avec multiples linges mouillés et pansements de fortune. Les deux femmes eurent toutes deux un mouvement de recul en regardant la pâleur de ses traits, son ventre mutilé et sa robe arrachée. Helena fut étonnée de constater la douceur de leurs gestes, tranchant radicalement avec les attitudes brutales des hommes qui l'avaient amenée ici. Peut-être était-ce de la pitié, de femme à femme. A peine habillée, un homme fit irruption dans la tente. De par sa prestance et le respect dont semblaient lui vouer les vieilles femmes qui s'éclipsèrent, il devait être quelqu'un d'important. Elle l'écouta se présenter, l'observant attentivement, tentant de rassembler ses idées. Lord Glover.. pensa-t-elle. Au fur et à mesure qu'elle retrouvait ses esprits, les questions lui arrivaient par dizaine. Que comptait-il faire d'elle ? Allait-il s'en servir pour faire plier son époux ? Et de quelle manière ? Combien de temps s'était écoulé depuis son empoisonnement ayant conduit à l'issue tragique ? Où en était les combats ?

Lorsque le Sénéchal eut finit de parler, elle resta silencieuse un moment. Une seule question finit par lui venir sur les lèvres. Elle se racla un peu la gorge et finit par murmurer d'une voix plutôt claire, se voulant digne.

« Je souhaiterais savoir si mon époux est toujours en vie. »


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MessageSujet: Re: You're under my watch [PV Helena Hoare]   You're under my watch [PV Helena Hoare] EmptyDim 14 Mar - 22:07

Bowen observait sa captive, détaillant ses traits tirés, hâves, sa posture. Même dans l’adversité, on ne pouvait enlever à la née Bracken une certaine prestance, une forme de dignité ramassée dans cette chair martyrisée qui avançait encore, vaille que vaille. Le nom Hoare portait malheur à celles qui l’épousait. Il y avait Myria Hoare, née pour régner, trahie par un époux qu’elle avait fait tuer pour survivre, puis par son propre fils, si on en croyait les rumeurs. Quel feu sacré permettait encore à une telle femme de survivre, de rebondir, de se battre ? Il n’en savait rien. C’était là, peut-être, l’avantage du sexe masculin : un homme, cela mourrait, sur le champ de bataille ou dans d’autres circonstances, mais cela se tuait, et bien. Une femme subissait les conséquences des errements des seigneurs mâles, avec des châtiments particuliers, touchant trop souvent à l’intime. Un bref instant, le Sénéchal se demanda si la femme face à lui avait été molestée par les nordiens l’ayant trouvé. Bien que le viol soit réprouvé et puni dans les rangs de leur armée, il avait conscience que tous les règlements du monde pesaient bien peu de choses face aux instincts les plus bas, surtout quand la vengeance douce pouvait être assouvie, et encore plus sur une dame de haut-parage, par essence inatteignable sinon. Si tel était le cas, il agirait. Et des pierres briseraient des crânes. Telle était la discipline nordienne, brutale et efficace. Mais pas infaillible : rien ne l’était jamais. Encore plus quand on portait un nom qui, depuis pratiquement quinze ans, était synonyme de mort et de déshonneur pour tant des leurs. Au nom des Hoare, le Nord avait été pillé, leurs côtes ravagées, leurs enfants massacrés, leurs femmes enlevées et violées. Son mari y avait participé, y compris sur ses propres terres. Un an auparavant, les bannières de la Flotte de fer avaient à nouveau menacé Motte-la-forêt en ruines après le passage des sauvageons. Des paysannes qui avaient survécu aux déprédations sauvageonnes avaient subi celles des fer-nés. Et il avait fallu se débarrasser des bâtards, encore, dans la honte et la douleur. Ou pleurer définitivement la mort d’un être cher et par trop malmené. Sans parler de tous les hommes engloutis dans les guerres contre Hoare père, fils, et bâtard. Ce monceau de douleurs ne s’effaceraient que difficilement face aux autres. Déjà, pour la garder, Bowen savait qu’il devrait choisir les hommes les plus fidèles, ceux qui suivraient aveuglément les autres, qui lui étaient personnellement dévoués. Et même ainsi … Il espérait que la peur de la lapidation par les pairs serait suffisante, quitte à mettre personnellement la main à la pâte pour montrer l’exemple, si exécution il devait ordonner. L’homme qui prononçait la sentence devait l’accomplir, après tout. Ce ne serait que justice.

En attendant, la question, unique, avait résonné. Un silence répondit. Des morts, il en avait annoncé. Il venait de le faire, encore, en rédigeant les corbeaux pour l’Empereur et l’Impératrice, ainsi que pour son Roi, afin de faire part des décès de Conrad Omble et de Baal Forel. Et auparavant … par les dieux, il avait écrit à tellement de familles. Après Eysines, il avait noirci tant de parchemins que les noms finissaient par se confondre. Certains noms, évidemment, touchaient plus douloureusement que d’autres. C’était lui qui avait annoncé à Alysia le décès de son époux et père de son enfant à naître. Combien de veuves l’associaient au désespoir de la perte de l’être cher ? Une autre s’ajoutait à sa morbide collection, une pour laquelle il n’aurait pas cru éprouver de la compassion. Mais Bowen, malgré un endurcissement certain, demeurait attaché aux valeurs d’honneur et de piété familiale, anciennes et précieuses à ses yeux, qui constituaient le socle d’une bonne société et du Nord plus particulièrement. Alors, face à une femme qui avait tout perdu, y compris son époux et père de son enfant, et en dépit de son statut d’ennemie, il s’autorisait un peu d’humanité. Il avait trop perdu pour ne pas savoir ce que cela faisait, que de sentir le sol se dérober sous ses pieds. Une famille entière lui avait été arrachée, et chaque mois depuis deux ans lui dérobait un lambeau survivant, peu à peu. Le dernier en date était sa propre épouse. Il se souvenait de la souffrance indicible qu’il avait ressenti, en apprenant que Maedalyn était partie, avec leurs enfants. Pas un jour ne passait sans que sa mémoire ne soit marquée au fer rouge par ce souvenir infernale, par la peine qui le rongeait, par la culpabilité qu’il ressentait. Comment aurait-il pu demeurer insensible à la détresse qu’il allait provoquer ? Yoren Hoare était mieux mort que vivant à ses yeux. Mais comme tous, il avait eu des êtres qui l’aimaient – aussi étrange que ce soit à ses yeux que d’aimer un bourreau, un violeur, un lâche bon uniquement à piller, à rançonner, à humilier. Il n’affirmerait pas le contraire. Sauf qu’il n’était pas un fer-né, et qu’il était capable de ne pas s’enorgueillir de la douleur infligée aux collatéraux de ses ennemis. Ou de vouloir en tirer profit. Si les rôles avaient été inversés, si Yoren Hoare avait mis la main sur sa propre épouse, les choses se seraient sûrement passés différemment. Raison de plus pour ne pas céder aux sombres murmures qui, par instant, affleuraient dans son esprit. Ainsi, il se tourna vers le hanap posé sur un meuble, et versa le liquide carmin contenu dans ce dernier dans une choppe. Il y trempa ses lèvres, pour démontrer sa bonne foi, afin que la jeune femme ne soupçonne pas un empoisonnement, et le lui tendit. Avant de dire, avec une douceur qui perçait sous la rudesse de sa voix de basse, usée déjà, malgré son âge :

« Vous devriez boire, ma dame. Vous risquez d’en avoir besoin. »

Qu’elle suive son conseil ou pas, cela la regardait. Autant, puisqu’elle devait se douter, après cette entame, aller droit au but. Ce qu’il fit, avec sobriété.

« Votre époux est mort, comme il a vécu. Sur le champ de bataille, en tuant plusieurs de mes hommes avant que nous le submergions. Son armée a été détruite. »

Ou peu s’en fallait. De la grande armée Hoare, si menaçante deux ans auparavant, il ne restait plus que des ruines. Ainsi s’était achevée la chevauchée du Roi Bâtard, et sa lignée avec.

« Votre royaume n’est plus. »

Evidence, sentence, les deux à la fois. Les fleuves du Conflans avaient fini par rejeter le sang noir des Hoare, qui venait gorger ces terres par trop irriguées, déjà, de la sève humaine. D’un recoin de son vêtement, il sortit un petit objet et le tendit à la désormais veuve et acheva :

« Au cas où vous ne me croiriez pas, voici la preuve. Obtenue sur le corps de votre mari. Même si je vous engage mon honneur sur mes mots. »

Le colifichet quelconque saurait peut-être lui dire quelque chose. Il ne pouvait pas faire mieux. Libre à elle, après, de se bercer d’illusions et de croire qu’il s’abaisserait à lui mentir. L’honneur du Nord aurait dû suffire. Mais en temps de guerre, il n’était souvent que de peu de valeur, surtout face à l’affluence du malheur.

« J’ai cru comprendre que vous aviez perdu votre enfant, ma dame. Et si je ne m’abaisserai pas à vous convaincre de ma sollicitude quant à la mort d’un époux qui a fait ses premières armes en versant le sang de mes gens et en violant leurs filles et leurs femmes, je vous offre en revanche toute ma respectueuse compassion pour cette épreuve. Il est des douleurs vécues que l’on ne souhaite à personne, peu importe le nom porté et l’allégeance. »



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MessageSujet: Re: You're under my watch [PV Helena Hoare]   You're under my watch [PV Helena Hoare] EmptyJeu 18 Mar - 12:39


Les mots lui avaient brulé les lèvres, mais la question était posée. Son regard était désormais rivé sur le visage du Sénéchal, tentant d'y déceler la moindre expression. Mais c'est dans ses yeux qu'elle y trouva la réponse. Elle crut y lire d'ailleurs beaucoup de choses dans son regard à ce moment-là, un passé chargé sans doute. Helena qui avait toujours été dans l'impulsion et l'action, la tournure des derniers événements l'obligeait pour la première fois à être dans l'écoute. Son corps meurtri ne lui laissait pas d'autre choix.

Après un silence de plomb, elle l'observa se tourner lentement vers le petit meuble derrière lui. Il servi un verre, y goûta et lui tendit le breuvage. Sa voix, ses gestes, son regard.. il lui semblait être un homme honnête. Et plus que l'envie de lui faire confiance, le besoin d'anesthésier ses douleurs, autant physiques qu'intimes, lui fit accepter le verre sans aucune réserve. Elle le tourna entre ses mains en silence avant d'être incitée à le boire. Mais elle attendit qu'il dise enfin la sentence avant d'en faire qu'une gorgée. Votre époux est mort.. comme il a vécu.. son armée a été détruite.. se répéta-t-elle. Les mots qui résonnaient dans sa tête ne trouvaient pas de sens. Après tout ce qu'il lui avait été retiré jusqu'à présent, dans la plus grande des souffrances, c'était son dernier espoir qui venait de s'effondrer. Son mari n'était plus, son armée au sein de laquelle sa famille avait combattu était anéantie. Elle laissa Lord Glover poursuivre, écoutant toujours en silence. Sa voix, pourtant si prévenante, lui paraissait désormais lointaine, presque floue. Votre royaume n'est plus.. Il y avait dans cette révélation quelque chose de tellement attendu et pourtant, de si dévastateur. Étrangement, elle ne repensa pas de suite à ses derniers moments passés auprès de Yoren, mais c'est son enfance qui lui revint de plein fouet en souvenir. Son éducation faite autour de l'adoration d'Harren le Noir, ses apprentissages de l'art du combat fait auprès de son grand-père et de son oncle et son dévouement pour les riverains. Tous ses souvenirs étaient en train de se briser en mille morceaux. Mille morceaux qui étaient en train de disparaître. Il ne restait plus rien.

Le grand officier après une courte pause dans ses annonces, lui tendit un petit anneau qu'elle connaissait bien. L'alliance de son défunt mari. Elle posa le verra vide à côté d'elle et pris l'anneau entre ses doigts.

« Merci » murmura-t-elle.

Helena observa le précieux objet d'un air rêveur pendant quelques secondes, avant de le mettre à son propre doigt, bien qu'un peu petit. Yoren Hoare était un homme très controversé. Les Fer-nés l'adulaient, quand les autres le comparaient à un barbare. Lorsqu'il l'avait demandé en fiançailles, elle avait pris cela comme un honneur. En dépit de son aversion pour le mariage, elle y avait vu là l'occasion de jouer un rôle important pour les siens, pour ses terres, pour le Conflans. Bien sûr qu'elle avait eu peur au début de sa réputation, de cet homme dit violent et n'ayant aucun respect pour les femmes. Mais il ne s'était jamais montré sous un tel visage auprès d'elle. Bien qu'il n'était pas très loquace, il savait lui montrer que la famille avait de l'importance pour lui. Et si le mariage avait été clairement à visée politique, ils avaient tous deux su développer de l'attachement l'un pour l'autre. Des sentiments même, la concernant. Mais elle n'avait jamais su si depuis leur mariage, Yoren avait arrêté ses agissements d'homme rustre avec d'autres femmes. Elle espérait que oui.

Helena reposa ses yeux sur ceux de Lord Glover lorsque ce dernier lui adressa sa compassion pour la perte de son enfant. Instinctivement, elle se caressa le ventre, malheureusement vide. Elle fronça les sourcils en tentant de contenir la douleur qu'il venait de faire surgir chez elle. Elle sentit ses yeux se remplir d'eau, mais elle s'efforça de ne faire couler aucune larme. Elle ne se montrerait pas aussi vulnérable devant l'ennemi, aussi rassurant soit-il.
Cet homme lui paraissait si pondéré, à la fois détaché et impliqué, et surtout si différent de son défunt époux. Lui aussi semblait exécrer Yoren, pour ce qu'il était et pour ses actes. Et elle ne put s'empêcher de se demander ce qu'il pouvait penser d'elle. Lui vouait-il la même haine, pour l'avoir épousé et soutenu ? Ou au contraire avait-il pitié d'elle, la prenant pour une énième victime, naïve et soumise ?

« Il n'a jamais levé la main sur moi. » commença-t-elle. « Il ne m'a jamais forcé à faire quoi que ce soit, si ce n'est de m'interdire de mettre ma vie en danger. » Beaucoup devait penser que son mari la violait ou la maltraitait, mais il n'en était rien. Et elle ne se serait jamais laissé faire si cela avait été le cas. Quant à ce que lui avait dû faire lors de ses raids fer-nés.. elle osait croire que cela avait cessé depuis l'annonce de sa grossesse. Et puis elle repensa aux deux hommes quelques heures plus tôt qui lui avaient déchiré la robe, avant d'être effrayé par l'affluence de sang entre ses cuisses. La violence était partout. « La guerre a le pouvoir de faire ressortir ce qu'il y a de plus mauvais chez les hommes, et de les opposer malgré parfois leurs ressemblances. »

Elle marqua une pause et son regard se posa à nouveau sur son ventre.

« Je vous remercie pour votre compassion. » articula-t-elle plus lentement. Il y avait quelque chose d'apaisant chez cet homme pourtant si secret. Peut-être était-ce ses derniers mots, qui semblaient révéler chez lui de nombreuses souffrances, dont étrangement Helena s'y trouva sensible. Elle n'osa pourtant pas lui poser plus de questions. Il y a des douleurs qui sont des plus intimes.

« Qu'allez-vous faire de moi maintenant ? »



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MessageSujet: Re: You're under my watch [PV Helena Hoare]   You're under my watch [PV Helena Hoare] EmptyDim 21 Mar - 19:07

« Je ne peux pas comprendre comment une femme a pu aimer un Hoare, ma dame. Mais il semblerait qu’il y ait un reste d’humanité chez tout un chacun.

Cependant, nous savons tous deux que s’il s’agissait de ma veuve entre les mains de feu votre mari, la conversation ne serait pas aussi civile.

N’ayez crainte : vous étiez libre de vos allégeances comme de vos affections. Vous ne les payerez pas entre mes mains. Votre maison est restée fidèle jusqu’à la fin à ses serments de vassalité. C’est quelque chose que je peux respecter, et admirer. Vous êtes restée fidèle à votre époux jusqu’à la fin, et jusqu’au cœur du danger. C’est aussi quelque chose que je peux saluer, à défaut de le comprendre. Heureusement, je suis un soldat, et je ne suis pas un homme qui cherche à beaucoup comprendre. »


Un mince sourire étira ses lèvres face au trait d’humour légèrement macabre compte tenu de la situation, quoiqu’il résumât fort bien l’entièreté de l’être de Bowen, qui avait souvent vu davantage que ce qu’il aurait dû, et avait sciemment décidé d’écarter tout ce qui n’entrait pas en ligne de compte avec ses valeurs et sa vision de l’honneur. Il n’avait pas à appréhender les liens d’une femme avec un ennemi, fut-il le bourreau de son peuple. Il était trop bien placé pour savoir que l’on pardonnait aisément la sauvagerie des siens. Jeyne n’avait-elle pas compris ses propres accès de violence envers les sauvageons ? Eux aussi avaient des enfants, des frères, des sœurs, des parents. Et il les avait crucifiés, sans remord, femme et enfant compris, pour avoir massacré et torturé les siens, pour avoir éventré sa mère et l’avoir précipité des remparts de Motte-la-forêt, pour avoir brisé le crâne de ses petits frères contre leurs murailles, pour avoir transformé le castel de sa famille en un tombeau sordide. Parce que l’homme était ainsi fait, à rendre les horreurs qu’on lui infligeait, en un cercle sans fin qui n’apportait rien. Cela aussi il l’avait appris, douloureusement. Parce qu’un fer-né avait, un jour, certes molesté, mais point attenté à la vertu de sa sœur et point trop maltraité, et malgré sa détestation à son endroit, parce qu’il avait compris que la violence ne cesserait sans étendre une forme de commisération à l’endroit de ceux qui avaient suivi, il ne jugerait ni ne porterait atteinte à Helena Hoare. L’honneur le lui interdisait. Alors oui, il savait que leurs adversaires n’auraient pas les mêmes attentions pour ses proches. Qu’importait : il ne s’abaisserait pas à leur niveau. Qu’ils restent bêtes, il serait homme. Et à vrai dire, même sans cela, quel plaisir aurait-il eu à voir souffrir une femme à terre ? Il n’éprouvait plus cette rage farouche qui l’avait étreint, à Motte-la-forêt. Les deuils avaient éteint son âme, et atténué ses haines. Que lui restait-il, hormis son honneur et sa loyauté ? Rien, ou si peu. Le sourire s’agrandit, doucement, quand elle le remercia pour sa compassion. Sincère, comme il pouvait en exister entre un ravisseur et une captive, mais aussi entre un homme usé prématurément et une femme éprouvée. Il y avait des douleurs communes, dans ces deux êtres que tant avait séparé. Et qui maintenant, allaient un peu cheminer de concert. Qu’allait-il faire d’elle ? La réponse était simple, au moins.

« Je vais vous conduire en lieu sûr. Vous voyagerez avec nos troupes, sous la garde de mes hommes les plus loyaux, et je réponds personnellement de votre sûreté.

Si jamais je prends un soldat à vous molester, je le lapiderai personnellement, selon les coutumes du Nord.

Un des aides du mestre restera avec vous, je crois que vous avez besoin de soins attentifs ma dame. Et après, je vous laisserai à la garde des forces impériales. »


Il se tut pour lui laisser le temps de digérer ces nouvelles, et peut-être aussi pour lui faire comprendre que tant qu’elle coopérerait, il ne lui arriverait rien sous sa garde. Bowen se le jurait, il appliquerait le code militaire nordien avec la plus vive sévérité, tant il avait conscience que la présence de la jeune femme exciterait certaines rancœurs. Et il essayerait de chevaucher le plus possible auprès de l’attelage qui conduirait la jeune femme, afin de garder un œil sur elle. Enfin, il ajouta :

« Pourvu que je relise leur contenu pour éviter que vous ne divulguiez des informations précieuses à nos ennemis – je pense que vous comprendrez cette précaution – je puis vous fournir de l’encre et du parchemin pour que vous puissiez correspondre avec les vôtres.
Même si votre frère est déjà aux mains de l’Empire. »

C’est alors qu’un éclair le traversa. Est-ce qu’elle savait pour le Lord Bracken … ? Par les Anciens Dieux, faudrait-il donc qu’il achève définitivement la malheureuse ? Non, elle ne pouvait. Il se retourna donc vers le pichet, s’avança, et lui resservit du vin. Rituel morbide entre eux. Et il reprit la parole :

« Je … crains qu’une information concernant votre famille ne vous ait pas été communiquée. Lord Bracken est … décédé. Tué dans la bataille. Avec son Roi, qu’il aura suivi jusqu’à la fin, donc. »

Annoncer des morts, même à ses ennemis, était vraiment une tâche vomitive. Il se sentait atroce, d’enfoncer encore un peu plus la jeune femme. Il se revit furtivement, à l’annonce funeste du destin de Motte-la-forêt. Il ne lui restait rien. Tout partait en fumée.

« J’aurai aimé vous annoncer une nouvelle plus heureuse, mais il n’était pas homme à se rendre ou à être saisi, je le crains.

Je peux faire venir un Septon depuis le camp de Sa Majesté le Roi Lyham si vous avez besoin d’un confort religieux. La prière aide, peu importe les dieux auxquels elle s’adresse, je vous l’assure d’expérience. »



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MessageSujet: Re: You're under my watch [PV Helena Hoare]   You're under my watch [PV Helena Hoare] EmptyJeu 15 Avr - 19:49


Helena écoutait patiemment le Sénéchal, mais elle bouillonnait à l'intérieur. Elle avait envie de hurler sa peine. Qui pouvait comprendre ? Elle était désormais seule et aux yeux de Bowen Glover, comme bientôt pour toutes les personnes de ce camp, elle s'était éprise d'un homme méprisable qui avait causé sa perte ; voilà l'image qu'on lui renvoyait. Mais elle n'était pas la victime de son mari, elle ne l'avait jamais été. Elle connaissait la vérité et c'est ce dont elle se souviendrait. Helena se contenta de serrer les dents, mais ne répondit mot. Après tout, il avait raison sur un point, elle lui était restée loyale et fidèle.

Il répondit ensuite quant à la suite des évènements et ce qui était prévu pour elle. Elle tut l’incident qui avait précédé son transfert jusqu'au camp. De toute manière, ils n'avaient pas pu la toucher, bien trop effrayés pour aller jusqu'au bout. Elle n'avait pas besoin de plus de pitié. La dignité était peut-être la seule chose qui lui restait.
Un éclair d'inquiétude traversa toutefois son esprit. L'idée d'être laissée à la garde impériale n'était pas une nouvelle très réjouissante. Elle avait perdu toute valeur dès lors que son mari était tombé au combat et que son fils n'avait pas survécu à la tentative d'assassinat. Quel intérêt trouveraient-ils en elle ? A part mettre fin à sa vie en signe d'exemple, elle ne voyait pas franchement à quoi elle pourrait leur servir. Si Bowen Glover avait su être bienveillant, elle ne savait ce qu'il adviendrait d’elle dans des mains beaucoup plus malveillantes. Pour la première fois depuis les récents évènements, les propos du Nordien, la projetait vers son avenir, et il y avait quelque chose de tellement incertain dans ce dernier. Son esprit se mit en alerte, plusieurs questions lui traversèrent l'esprit. Et si elle essayait de s'enfuir ? Mais pour aller où ? Son territoire n'était plus sien. Les siens n'étaient plus ou en tout cas, elle ne savait où se trouvait ceux qui étaient encore en vie. Cette idée de vide autour d'elle était accablante. Elle était seule et à la merci de la puissance ennemie. Que pouvait-elle encore espérer ?

« Très bien. » répondit-elle simplement, en esquissant un sourire triste. « Et vous, qu'allez vous faire une fois que vous m'aurez laissé à la Garde Impériale ? »
Dans ce vide qui n’avait cessé de se dessiner autour d'elle depuis de longues heures, Lord Glover avait été un repère presque rassurant, dans cette réalité si déroutante. Malgré tout ce qui l'opposait à lui, elle ressentait le besoin de se raccrocher à quelque chose. Mais elle venait de comprendre que celui en qui elle trouvait étrangement du réconfort de par sa sincérité, ne serait que passager.. et bientôt elle serait encore plus seule.  

Il poursuivit avec l’autorisation pour elle, d'écrire aux siens, dans une certaine mesure. Son frère aux mains de l'Empire.. enfin un peu d'espoir.. Mais Helena observa tout à coup un malaise sur le visage de Lord Glover, pourtant si impassible lorsqu'il n'esquissait pas un sourire. Il lui servit un nouveau verre, et avant même qu'il ne parle, elle comprit que la nouvelle n'allait pas être bonne. Elle bu d'une traite le contenu du verre sans sourciller, l'écoutant à nouveau briser un peu plus son être. « Oh.. » lâcha-t-elle. Lord Bracken avait été de ces personnes si inspirantes pour elle, si ce n'est la personne dont elle était le plus proche au sein de sa famille. Il l'avait soutenu dans les choix qu'elle avait fait, même s'ils avaient été controversés. Elle repensa aux fiançailles avec un homme de l'Ouest qui lui avait été imposées. Et si elle avait plié ? Sa vie serait sans doute différente aujourd'hui.

« Lord Bracken était un homme de conviction et d'honneur. Je me suis toujours exercée à lui ressembler, en dépit d'être une femme. » Elle marqua une pause. « Je vous remercie mais je n'ai pas besoin de soutien religieux. » En effet, elle ne s'en était jamais remise à la foi, comptant toujours que sur elle-même. Il était même de nature publique qu'Helena Hoare n'était pas appréciée des septons, de part ses multiples affronts envers la foi et ses principes. Elle n'avait encore moins besoin de l'aide d'un Septon de Lyham Tully.

Cela faisait beaucoup de nouvelles à encaisser en ces heures si tardives. Helena se leva brusquement afin de faire quelques pas, ayant l'impression de manquer d'air. L'impression d'être dans une spirale sans fin. Le fait d'être debout fit ressurgir une vive douleur à l'abdomen qui la contraint de se plier un peu pour la soulager. Sa vision se troubla, l'obligeant ainsi à s'appuyer sur le bord d'une chaise, afin de reprendre un peu de force. Son état semblait encore bien précaire mais elle fit signe à son interlocuteur que ça allait. Elle se redressa à nouveau, un peu plus lentement cette fois.

« J'aimerais savoir une dernière chose.. J'ai cru comprendre que vous aviez perdu votre épouse et peut-être d'autres proches. A quoi vous raccrochez-vous ? Je veux dire.. à quoi vous aspirez à présent ? »

Sa vie lui paraissait si vide de sens et quelque chose lui disait que Lord Glover était déjà passé par là, en un sens. Elle avait besoin d'entendre que l'étincelle qu'il y avait en elle depuis si petite, allait briller à nouveau pour un nouveau dessein. Malgré la perte de son royaume, malgré la perte de tant d'êtres chers, malgré la douleur et malgré sa privation de liberté.



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MessageSujet: Re: You're under my watch [PV Helena Hoare]   You're under my watch [PV Helena Hoare] EmptySam 8 Mai - 19:47

« J’irai là où mon Roi me jugera le plus utile. Sur le champ de bataille, ou au Collège Impérial. »

Homme de devoir, Bowen avait fait là une réponse pétrie de l’humilité des serviteurs dévoués, qui ne sauraient imaginer leur existence en dehors des voies tracées pour eux par leurs supérieurs. Il espérait simplement que la chevauchée à venir ne creuserait pas la blessure qu’il arborait à la cuisse et que, le cas échéant, il disposerait de quelques temps pour guérir sa jambe efficacement. Il ne lui faudrait probablement que peu de temps pour y parvenir : la plaie n’était guère profonde, une longue éraflure banale, de celles qui parvenaient à se faufiler sous les mailles et les plates et prenaient en traître les cuirs protecteurs. A vrai dire, elle ressemblait à s’y méprendre à cette vilaine estocade reçue à Eysines et qui l’avait fait souffrir durant tout le trajet de retour dans le Nord, après s’être réouverte. Il en gardait une trace noduleuse qui courait du bas de son bras pour entourer son coude, et quelques raideurs. Il faudrait désormais compter avec cette nouvelle entaille qui s’ajoutait à sa collection fournie. Là étaient en tout et pour tout le privilège du soldat : voir son corps se déformer à mesure des années servies. Il comprenait ce que ressentait Torrhen : il n’avait que vingt-trois ans, et en paraissait par bien des aspects dix de plus, avec son visage grave, fatigué, sa démarche pesante et son corps qui commençait à se vieillir prématurément. Les soucis de campagne et les deuils avaient creusé ses traits durablement, et il était certain qu’il ne faudrait guère de temps avant que des poils blancs ne viennent parsemer son menton et ses cheveux. Cela n’avait aucune importance : il risquait de mourir avant d’avoir eu le temps de réellement grisonner. Il n’atteindrait jamais l’âge auquel avait été fauché Lord Bracken. Ce n’était pas grave. Il n’aurait pas de regret. Il avait vécu selon les règles de l’honneur et du devoir, les valeurs cardinales de son existence, et mourrait par elles. Comme tout homme ou femme de bonne vertu en ce continent, se plaisait-il à croire. Ce qui motiva son commentaire, après avoir laissé à la jeune femme le temps d’encaisser les nouvelles qu’il assénait.

« L’honneur et les convictions n’ont pas de sexe, ma dame. La vertu s’offre à qui choisit de la suivre, du moins, je me plais à le croire. »

Il prit note en acquiesçant de son désir de ne pas quérir un septon. Certes, cela lui avait toujours paru baroque, cette propension qu’avaient les dévôts des Sept d’avoir besoin d’une autre personne pour intercéder auprès de leurs dieux, la foi des Anciens Dieux prônant le dialogue direct entre l’homme et le divin. Cela lui paraissait sensé : chacun connaissait son cœur, ses failles et ses peines mieux que quiconque. Qui de mieux placé, alors, pour intercéder auprès des dieux que soi-même, pour s’apaiser dans leur sagesse ? Il avait conscience que le silence de l’Arbre-Cœur ou de la prière personnelle pouvait paraître troublant. Cependant, il lui semblait que ce dialogue là était encore le plus honnête, et le moins à même d’entraîner troubles et mécontentement. Contrairement à d’autres, il n’attendait rien de ses dieux, sinon qu’ils le lient à ses ancêtres. Il ne priait pas pour empêcher des événements ou s’en plaindre : il priait simplement pour trouver la force de continuer. Mais il respectait les croyances des Sept, alors, il n’aurait eu aucun mal à lui dénicher un prêcheur, si le besoin s’en était fait sentir. Quelque part, cela l’étonnait, qu’une femme qui avait tant perdu refuse le secours de la religion. Cela faisait du bien, de se retrouver dans des sermons familiers, de se raccrocher à la piété. Il avait l’impression néanmoins que les apôtres des Sept avaient parfois la foi un peu faillie, quand les difficultés venaient à eux, pour en observer plusieurs vaciller dans leur suivi des préceptes. Sans doute que c’était là une foi de l’été et de sa douceur, des tournois et des fausses batailles. Et que désormais, ils apprenaient à quel point les dieux savaient être cruels. Pendant qu’il réfléchissait, Helena s’était levée et il la laissa faire quelques pas, la suivant simplement des yeux. Lorsqu’il la vit manifestement en difficulté il s’avança rapidement, bras en avant, prêt à la soutenir, mais se rétracta lorsqu’elle lui fit signe qu’elle n’avait pas besoin de lui. Sa nature galante, pour autant, s’en trouvait troublée, et il préféra rester à plus petite distance, au cas où.

La question que la jeune femme lui posa subitement le laissa cependant coi. Il ne chercha pas à connaître d’où lui venait son savoir sur son veuvage. Peut-être que les femmes qui l’avaient aidées sur son ordre avaient tenté de la rassurer en lui donnant quelques informations sur son détenteur, notamment le fait qu’il n’était point mauvais bougre et veuf récemment, donc plus à même, sans doute, de comprendre la détresse d’avoir perdu un être cher, aussi honni qu’il ait pu être de sa propre personne. Quant au reste … il subodorait que le mot était passé, dans le Conflans, à la perte de sa mère et lorsqu’il avait écrit aux Nerbosc, que la lady perdue de Corneilla, la traîtresse partie et restée au Nord, avait péri des mains sauvageonnes. Nul doute que certains, à l’époque, avait trouvé cela juste. A moins que sa malchance n’ait à ce point traversé les frontières et qu’une légende noire et moqueuse se soit formée sur ce Sénéchal dont le nom se teintait toujours plus de sang à mesure que son arbre familial se rétrécissait. Il n’en savait rien, et en toute honnêteté, s’en moquait. Il était seulement surpris. Un instant, il hésita à répondre, car en parlant de lui, il exposerait à la jeune femme des pans entiers de son intimité. Et puis, après ? Au fond, il n’avait rien à cacher. Tout était connu, ou finalement sans importance. Il avait l’habitude, qui plus est, d’être un mentor de la douleur. Lyham Tully lui avait posé la même question. Ironique, que de voir que sa rivale déchue l’avait désormais en tête, et pour le même interlocuteur. Tant d’autres s’y étaient risqué, comme s’il était inconcevable qu’un homme survive à tant de souffrance personnelle. Ils ignoraient qu’on s’habituait. Ils ignoraient – et c’était peut-être plus terrible encore – que le premier deuil était le plus atroce, et que les suivants ne seraient plus que de pâles copies, jusqu’à ce qu’un unique pincement au cœur ne survienne. Voilà sans doute d’où venait la sagesse des vieilles gens qui en avaient trop vu, et qui rappelait que l’important n’était pas dans la gloire, la cupidité, l’ambition. Ces choses-là passaient, parfois bien vite. L’éphémère n’avait que peu d’importance, dans ces vies si vite brisées, si rapidement arrachées. In fine, l’espoir de transmettre, si humain, était tout ce qu’il restait. Le regard humain était fait pour se porter vers l’avenir, et non le passé. Cela s’appelait la résilience : ne pas oublier, mais ne pas se laisser écraser. Vivre avec ses morts, plutôt que de mourir en dépit des vivants. Certains y parvenaient. D’autres moins. Et cela ne pouvait hélas pas s’apprendre. Son regard se fit plus doux, plus profond, alors qu’il observait la née-Bracken. Il attrapa une chaise et s’assit face à elle, étendant sa jambe blessée qui le tenaillait. Un sourire, incongru au vu de la lourdeur de la discussion, lui vint. Il l’expliqua :

« Pardonnez ce sourire, c’est que … vous n’êtes pas la première à me poser cette question, et je gage que vous ne serez pas la dernière. J’en conclus que je suis devenu malgré moi un modèle de deuil, et je ne sais qu’en penser. »

Un éclat de rire sans joie suivit cette assertion.

« Ce que vous avez cru comprendre est vrai. Je suis veuf depuis quelques semaines, et mon épouse a emporté dans la tombe les enfants qu’elle portait. J’ai perdu presque toute ma famille aux mains des sauvageons qui ont envahi le Nord il y a un peu moins de deux ans de cela. Sauvageons armés par feu Harren le Noir. Le seul survivant des Glover qui se trouvait en notre château est resté sur le champ de bataille qui a vu leur défaite. Mon père a succombé à ses blessures. Mes cousins nordiens gisent dans la boue du Conflans, tués par les croisés, ou par les armées Hoare. Ma famille riveraine a été décimée par les lances de mes frères nordiens, puis par celles de votre époux, ou encore par les rigueurs de l’enfantement. Ma sœur a été tenue captive par un fer-né, mon frère est un infirme.

Il n’y a aucun malheur que je n’ai pas connu, ma dame. Il n’y a également aucun être que je devrais haïr davantage que votre personne, pour les couleurs qui ont été passée autour de vous lors de votre mariage. Votre nom représente la fin des miens.

Mais je ne vous hais pas. Et je suis debout. Parce que, comme je l’ai dit à Sa Majesté du Conflans, un jour, alors qu’il me posait la même question que vous, il faut apprendre à vivre pour les vivants, et non les morts, ne pas se laisser hanter. Parce que sinon, ils vous tueront.

Vos fantômes, ma dame, vous appartiennent. Ils vous appartiendront toujours. Le souvenir de votre époux, de votre enfant, de Lord Bracken … ils sont vôtres, et personne ne pourra jamais vous les enlever. Mais ils ne doivent pas être votre fin. Vous êtes vivante. Vous respirez cette terre qu’ils ne peuvent plus connaître. Vous avez la capacité de choisir votre destinée. Vous avez la possibilité de rêver d’un monde meilleur. Pour les enfants qu’un jour, peut-être vous aurez à nouveau. Pour ceux qui sont nés et qui naîtront autour de nous. »


Ses yeux bleus s’emplirent d’une infinie douceur et il conclut sa tirade :

« Je ne suis pas tombé parce que je crois qu’un autre monde est possible. Un monde où la boue n’avalera plus autant d’hommes pour les ambitions de certains. Un monde où on ne brûlera pas en raison de sa foi. Un monde où une femme pourra témoigner de son honneur.

Je me bats pour le voir advenir. Je me bats sans haine, car j’ai appris de haute lutte qu’elle est piètre conseillère, et qu’elle n’apporte aucun réconfort. Elle tourmente et avilit. Elle fait oublier que nous partageons une humanité commune, des douleurs qui nous lient, des destins communs. Elle fait oublier que nous devrions célébrer ceux qui nous ressemblent, et non chercher à les abattre. Elle fait oublier que le choix, en ce monde d'honneur et de serments, est une chose bien variable. »


Il s’arrêta un temps. Et ajouta :

« J’aspire à la paix. Et je me battrai pour l’obtenir. J’aspire à voir mes enfants jouer avec les vôtres, peut-être, un jour.

Ou du moins … j’aspire à ce qu’ils n’aient plus de raison de se haïr.

Et je me raccroche à mon devoir. Parce que je suis un homme de conviction, et qui se veut honorable.

Vous êtes une femme de conviction, et d’honneur. Vous trouverez la force en vous de survivre. Vous trouverez la force de faire les choix qui s’imposeront. Vous survivrez, ma dame.

La nuit est noire et pleine de terreur. Mais l’aube est blanche, et pleine de douceurs. La douleur a tendance à nous le faire oublier. Un jour, vous la verrez à nouveau. »



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MessageSujet: Re: You're under my watch [PV Helena Hoare]   You're under my watch [PV Helena Hoare] EmptyMar 18 Mai - 17:03


En voilà une réponse qu'elle ne pouvait qu'approuver. Servir son souverain avec loyauté, quoi qu'il en coûte. Aussi libre voulait-elle se sentir, cette liberté avait toujours été dictée par le besoin de servir une cause, incarnée plus jeune par Harren Le Noir. Et puis elle avait fini par elle-même incarner cette cause, pour de nombreux riverains, en épousant Yoren Hoare. Elle connaissait donc que trop bien ce sentiment de servitude dont Bowen Glover faisait preuve envers le Nord et l'Empire. Qualité qu'elle aurait d’autant plus appréciée si cela avait été envers son royaume ou un de ses alliés. Mais ils servaient tous deux une cause opposée, incompatible. Par ailleurs, leurs chemins n'avaient peut-être pas fini de se croiser et la réponse du Sénéchal apaisait un brin ses inquiétudes.

« Bien. » dit-elle simplement, se gardant d'exprimer son ressenti.


Le malaise dont elle fut soudainement prise lui confirma l'image qu'elle se faisait déjà de son bourreau, lorsque celui-ci s'avança spontanément vers elle, semblant vouloir lui apporter son aide. Un homme sans nul doute empreint d'esprit chevaleresque. Il s'arrêta tout de même lorsqu'elle lui fit signe, respectant simplement sa volonté, mais restant à proximité. Helena pouvait comprendre un peu mieux l'image méprisante qu'avait Bowen Glover de son époux. Deux hommes qui étaient si différents. Si Yoren n'avait jamais été violent envers elle, la galanterie et la bienveillance ne faisaient pas vraiment parties du personnage qu'il était. Un homme charismatique certes, mais dur, qu'il fallait savoir apprivoiser. Aussi sauvage qu'elle en un sens, mais pas de la même manière.


Lord Glover pris alors une chaise et la jeune femme l'observa étendre sa jambe qui semblait douloureuse. Elle ouvrit la bouche pour lui demander si ça allait, mais elle le vit sourire. Il avait pris sa question avec un certain amusement, qu'il expliqua rapidement par son caractère récurrent.

Puis il se passa là quelque chose de beau, dans cette discussion des plus profondes. Helena n'avait jamais eu à se poser tant de questions, au sujet de la vie ou de la mort. Elle avait vécu avec passion et insouciance, sans réaliser que d'autres n'avaient pas cette chance. Désormais, elle devait apprendre à son tour ce qu'était la souffrance et, par dessus tout, la résilience. Elle se trouvait face à un ennemi, dépourvue de couronne, d'arme et presque de toute sa vitalité..  nue en quelque sorte. Et Lord Glover, de par sa position, aurait pu prendre l'ascendant sur elle par tant de manières différentes. Il aurait pu être violent ou négligent, il aurait pu être méprisant, ou ne lui porter plus simplement aucune considération. Au lieu de ça il s'était mis à son niveau, et il commença à se mettre à nu lui aussi.

Au fur et à mesure qu'elle l'écoutait raconter son histoire, son sang se glaçait. Elle était responsable en partie. Pas la petite Helena Bracken, mais la femme qui avait fait le choix d'adhérer et de soutenir volontairement les idées d'Harren Le Noir et celle qui avait fait vœux d'épouser par la suite son fils. Et il avait raison, elle était devenue encore plus responsable de tous ces actes de barbarie lorsqu'elle avait pris le nom Hoare et la couronne. Une Reine doit toujours répondre des actes de son royaume.

Les mots de Lord Glover, pourtant prononcés avec douceur, sans rancoeur, lui revenaient de plein fouet comme une multitude de lames tranchantes. Chaque mort injuste qu'il évoquait, résonnait en elle de manière douloureuse. Comment avait-elle pu cautionner tout cela, elle qui petite se battait pour l'égalité et la justice ? Les Bracken étaient des personnes loyales et fidèles, ayant donné à de multiples reprises leur vie pour leur souverain. Ils se battaient pour conserver leurs terres au sein de leur royaume. Quoi de plus légitime ? Et Helena était née dans ce contexte, au sein de terres compromises, convoitées par plusieurs royaumes, qu'elle avait appris à traiter d'ennemis. Parce qu'elle avait grandi dans un camp, il lui avait paru naturel que le méchant dans l’histoire soit l'autre. Mais il n'y avait pas de vérité en fin de compte. Tout était une question de point de vue et de positions. Et le monde n'était fait que d'humains reproduisant d’éternelles rengaines et vengeances, cercle vicieux, n'amenant jamais à la paix. Un sombre trait de l'être humain.

Il y avait enfin quelque chose d'encore plus déstabilisant dans toute cette prise de conscience, c'était de voir ses croyances s'effondrer. Elle qui n'avait cessé de perdre, depuis ces longues dernières heures, depuis cette discussion, en apprenant sans cesse de mauvaises nouvelles, venait de perdre encore quelque chose, sa foi. Malgré tout, une lueur d'espoir subsistait dans le discours du Sénéchal. En effet, si lui semblait être passé au-dessus des vils aspects de l'être humain, c'est qu'elle pouvait aussi le faire. Et le vide autour d'elle n'était peut-être que la case inévitable d'une renaissance ? Le monde qu'il lui dépeignait semblait si beau mais irréaliste. Elle ne pouvait s'empêcher de repenser à son empoisonnement, aux atroces souffrances qu'elle avait ressenties lors de son accouchement tragique, et puis aux sombres abîmes qu'elle avait bien faillis côtoyer plus longtemps. Elle repensa à son bébé, qu'elle avait senti prendre vie en elle pendant des mois, comme elle l'avait aussi senti partir, cette nuit cruelle.. Son esprit s'en trouva tiraillé entre la vision de sa paix qu'elle partageait, à quoi elle aurait voulu aspirer, et la douleur encore trop vive, trop présente.

Malgré tous ses efforts pour rester aussi impassible que voulue, malgré la douceur de Lord Glover et la force que ses mots lui procuraient, une larme coula, seule, sur la joue d'Helena. Larme qu'elle s'empressa de balayer d'un revers de main. L'aube ne s'était malheureusement pas encore levée pour elle. Combien de temps lui faudrait-il ? Avait-il raison ? Pouvait-on réellement finir par être aussi apaisé ? Elle fronça un peu les sourcils, comme pour s'aider à maitriser le flot d'émotions qui l'envahissait.

« Je suis sincèrement navrée pour votre épouse, vos enfants et... votre famille. Navrée que mon royaume que je croyais juste de par ses convictions, n'ait été la cause  finalement pour vous d'autant de douleurs. » Elle marqua une pause. Les propos de Lord Glover avaient éveillé en elle, une certaine prise de conscience, mais elle se devait de faire face, et d'assumer pour toutes les erreurs qui avaient été commises.

« J'aime le monde auquel vous aspirez, empreint d'égalité et de paix. Et après tout ce que vous avez vécu, il faut quelque chose d'au moins aussi fort pour continuer à motiver un homme de vivre sans haine.» dit-elle alors avec douceur.

« Vous êtes sans nul doute un homme que l'on peut hautement estimer et je vous remercie d'avoir partagé avec moi et malgré ce que je représente pour vous, quelque chose d'aussi intime que vos pertes et désormais vos aspirations. 

Vous savez, je suis née d'un côté d'une frontière invisible, et vous êtes né de l'autre. J'ai appris à me battre contre vous et, j'aurais sans doute appris à mon fils à se battre aussi contre vous. Je ne peux renier tout ce qui a fait de moi celle que je suis aujourd’hui, parce qu'alors, je n'aurais vraiment plus rien. Mais, une chose est sûre, c'est que j'essaierai toujours de me battre pour ce que j'estime être juste. »

Helena avait assez reproché à Lyham Tully son revirement de camp, le prenant pour un traitre, ne méritant aucun respect. Mais alors qu'elle regardait Bowen et après l'avoir écouté, il y avait une petite voix intérieure qui commençait à grandir en elle et qu'elle se refusait d'écouter pour le moment. Etait-elle en train de vivre ce que le Roi des Rivières et des Collines avait vécu ? La proximité et l’intimité de ces échanges ainsi que la réflexion que cela faisait naitre en elle, la fit brusquement changer de sujet. La jeune femme n'avait pas envie de tout remettre en question ce soir. Elle était encore fragile, sous le coup de l'émotion et bien que préservée, captive. Ce dont elle n'avait pour sur, pas l'habitude.

Elle s'attarda sur sa jambe et lui demanda:

« Comment va votre jambe? Avez-vous été blessé durant la bataille ? » Si il était effectivement blessé, peut-être resterait-il plus longtemps au camp impérial.



Royaume des Fleuves et du Crépuscule
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Helena Hoare
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