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 La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé]

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MessageSujet: La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé]   La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé] EmptySam 12 Déc - 22:21

An -6

Chaque marchand et chaque noble de la Principauté de Dorne qui se renseignaient un tantinet sur leur Prince et leur Princesse savaient que le Prince Nymor avait eu une bâtarde, Arianne Sand, comme premier enfant – sans aucune prétention au trône, évidemment – avec une femme du bordel des Météores. S’il était peu surprenant qu’un homme a quelques bâtards dans le Royaume, l’affaire devenait plus intéressante et plus cocasse lorsque les bâtards sont introduits à la Cour, côtoient les enfants légitimes, bénéficient d’une éducation exceptionnelle mais sans pour autant être légitimé et avoir le droit de porter le nom Martell. Car oui, Arianne - soit moi - n’était pas la seule bâtarde, et avait à partager ce sang mêlé avec Anders, gamin dont la mère faisait partie de la bourgeoisie de Tyrosh.  

L'histoire n'était pas un secret et il était aisé de la connaitre. Les personnes de passage ou les étrangers oublient aisément les noms de ces bâtards, mais l’affaire est autre pour un commerçant avisé qui fait régulièrement affaire à Dorne ou pour un noble vassal à la maison Martell. Ces personnes savent l’histoire et connaissent de surcroît le prénom de ces deux gamins qui n'ont rien de nobles à cause de leurs mères. Tantôt ils représentaient une opportunité, tantôt ils étaient source de moqueries …

Nous pouvions être des opportunités, pour ceux qui savaient observer. Anders était le favori de Père, et aussi celui qui lui ressemblait le plus, et était en entente parfaite avec le Prince Roward Martell. Pour ma part, je ne quittais pas Père et Grand-mère lors de leurs visites diplomatiques, et j’étais la confidente de la Princesse Deria, la future Souveraine. Si nous ne pouvions pas nous clamer noble, en raison de ce sang-mêlé, ce même sang nous rendait plus accessible vis-à-vis de castes moins « importantes » comme les bourgeois, les marchands ou les gens du peuple. Et nous pouvions porter leurs voix aux Princes et aux Princesses de Dorne.

Malheureusement, certaines personnes étaient trop imbues et trop orgueilleuses, préférant continuer les moqueries dont notre défunte belle-mère gratifiait Anders et moi-même. Des hommes et des femmes qui faisaient surtout partie de maisons nobles, et qui faisaient preuve d’un manque de tact et de diplomatie flagrant. Une attitude qui leur portait plus de préjudices que de justices, à bien réfléchir. Qu’importe que notre sang soit mêlé, celui des Martell y coulaient. Une vérité que mon demi-frère, Anders, n’avait pas peur de souligner. Une vérité que je préférais prouver avec une attitude plus mesurée, plus sophistiquée et plus discrète. Je pouvais me venger, mais en temps, en heure, et avec l’aide de ma fratrie.

Quatre enfants, deux légitimes et deux illégitimes, qui avaient grandi ensemble. Si mes frères et ma sœur partageaient un même caractère et de même loisirs, l’affaire était tout autre avec moi. Je prenais plus de plaisir à dépenser pour ma toilette ou pour mes arts, ou à rencontrer différentes personnalités de différentes croyances pour essayer de m’éveiller spirituellement. J’étais une femme de parole, plutôt que d’action, une coquette plutôt qu’une guerrière. Ces dix dernières années avaient par ailleurs forgé ma propre réputation sur les marchés de Lancehélion ou des Météores : je dépensais, sans compter … mais j’étais également assez exigeante et observatrice.

A l’époque, lorsque les marchands s’étaient passés le mot que je pouvais être dépensière avec mes revenues, les offres étaient multiples, tout autant que les mensonges et les arnaques. J’avais fini par déceler les bons produits des mauvais, à rapporter les fraudeurs aux bonnes personnes de Lancehélion et à me montrer encore plus généreuse en aidant au développement de certains commerces. Aujourd’hui, j’avais un petit réseau solide dans le commerce de la Principauté. J’espérais le développer davantage dans les années à venir, avec des marchands qui avaient l’intelligence de voir en moi une opportunité plutôt qu’un sujet de moquerie.

Aujourd’hui, c’était le marché de Lancehélion qui allait gagner avec moi. La journée se passe sans souci, avec des achats ici et là. J’interromps ma petite visite des échoppes habituelles lorsque je vois au loin un navire valois au nom familier. Les étoffes de ce Royaume que je ne connais que de nom étaient sublimes et d’une qualité exceptionnelle et j’avais la chance de connaître un ou deux marchands de confiance. J’approche, flanquée de trois nobles, de quatre servantes, et de deux gardes. Les six derniers avaient l’ingrate tâche de porter les achats de mes amies et moi-même. Je sais que beaucoup de nobles font apporter les marchandises à eux, mais j’avais l’impression que par ce procédé, on ratait des perles cachées du marché. Et puis, j’aimais cette balade, avec des amies toute aussi jolies les unes des autres, attirant la convoitise et les regards de chacun. Une procession qui peut vite se remarquer en raison des atours de chacune. Avant même que j’arrive, je voyais déjà au loin le marchand pousser son jeune apprenti à étaler les meilleurs tissus et produits.

- Bonjour, quel plaisir de vous revoir à Lancehélion. Oh, regardez-moi tous ces beaux produits ! Vous me rappelez encore à quel point je ne pourrais pas vivre et sortir sans vous. Vous savez comment sublimer une femme, complimentais-je, abandonnant la contemplation des tissus et des bijoux, pour glisser mon regard vers la nouvelle figure. Vous êtes nouveaux, il semblerait. Etes-vous le nouvel apprenti ? m’enquis-je, curieuse de savoir si le garçon avait autant de talent que son maître pour vendre absolument « tout ». Car vendre, c’est tout un art.



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Arianne Martell
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MessageSujet: Re: La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé]   La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé] EmptyDim 13 Déc - 2:38

Cela faisait trois jours que Le baiser de la Jouvencelle, cogue marchande de Goëville, était arrivée à Lancehélion. Trois jours passés dans une relative indolence pour l'équipage, pour un repos bien mérité après leur long voyage dans le Détroit. Une fois certaines marchandises livrées à des particuliers avec qui nous avions des contrats, les marins avaient spontanément commencé se disperser dans la Cité, ne rentrant qu'à la nuit tombée ou pas du tout certaines fois. J'avais rapidement fait part de mes inquiétudes au capitaine mais celui-ci s'était contenté de ricaner.

- Tu ferais bien de t'amuser un peu aussi, petit. Le temps passe vite à Lancehélion, tu la regretteras une fois en mer.

Finalement, il n'avait pas complètement tort. Nestar m'avait donné des instructions assez claires avant de partir quant à la manière de tenir les comptes de l'expédition, mais pour le reste je restais sous les ordres du capitaine. Ce-dernier, un marin d'âge mûr, sec de corps et d'esprit, avait l'habitude du trajet jusqu'à Dorne et savait éviter certains écueils dans lesquels, je l'avoue, je me serai précipité.

Il avait ainsi décidé que nous ne déchargerions aucune marchandise avant la tenue du grand marché de Lancehélion qui devait avoir lieu dans trois jours. En plus de nous offrir une bien meilleure visibilité et de produire un effet de rareté autour de nos produits, c'était aussi parfois l'occasion de croiser des clients plus fortunés que la moyenne et il m'avait confié avec un clin d’œil avoir "certains habitués".

J'avais confiance en son expérience et après avoir une énième fois fais l'inventaire de nos cales et calculé les taxes portuaires, je rejoignis le reste des marins à la découverte de Dorne. Trois jours étonnants, indiscutablement, presque suspendus. Après plus d'un mois en mer, à se contenter de courtes escales dans les villes de l'Orage, Lancehélion faisait l'effet d'un pays complètement étranger, comme j'aurai aisément pu me représenter Essos, avec ses couleurs chatoyantes et son temps doux. Même de nuit on n'avait pas froid, contrairement au Val où je ne me séparais jamais au moins d'un manteau, ici je découvrais le plaisir des chemises de lin et des grasses-matinées. Nous n'avions littéralement rien à faire sinon dépenser notre solde et profiter de marcher sur un sol qui ne tanguait pas.

Aussi, le jour de marché était comme un dur retour à la réalité. Réveillé bien avant l'aube par le quartier-maître, l'équipage entreprend de vider la cale de ses coffres et de ses malles. Moi, l'esprit encore ensommeillé, une plume à la main, je compte chacun d'entre-elle, note sa référence, l'estimation de son prix. A chaque étape de notre voyage, je crains qu'on ne nous vole, c'est si facile. Seul un contrôle minutieux de ce qui entre ou quitte notre navire m'évitera de décevoir mon père, d'autant que ce sont là nos biens les plus précieux, le contenu d'une seule de ces caisses vaut parfois plus que la solde réunie de tout l'équipage. C'en est presque heureux qu'aucun d'entre-eux ne sache vraiment compter...

Le jour commence à pointer que nous avons à peine terminé de décharger. Alors que les marins continuent leurs va-et-vient entre le navire et nos étales, le capitaine a déjà commencé à accueillir nos clients les plus matinaux. Ce sont souvent des marchands professionnels, désireux d'acheter les premiers pour revendre ailleurs un peu plus tard, pour des grands Seigneurs et Dames ne souhaitant pas faire le déplacement. Nous essayons au maximum de ne pas faire affaire avec eux : ils négocient durement et chaque sous, mais au moins, eux achètent en gros.

Je l'avoue, au début je reste un peu les bras ballant. J'aide comme je peux au transport puis à l’achalandage, essayant de reproduire ce que j'ai vu si souvent sur les quais de Goëville. Comme souvent, entre la théorie et la pratique, il y a un gouffre. Au fond c'est la première fois que je me prête à un tel exercice et être fils de marchand n'y change pas grand chose : le commerce s'apprend à la dure. Autour de moi, la matinée avance, les clients se font plus nombreux. Le capitaine mène la danse, cet homme si taiseux derrière sa barre se révèle assez beau-parleur et comme lorsqu'il dirigeais le navire, je reste parfois plusieurs minutes à simplement le regarder faire, un peu admiratif. Il semble d'ailleurs finir par le remarquer et me rabroue un peu. Retour aux choses sérieuses. Je n'ai pourtant pas ma langue dans ma poche en général, mais entre participer aux guerres d'insultes sur les quais et parvenir à jouer de son charme pour écouler la marchandise, sachant que chaque vente est un enjeu, cela force le respect.

Alors que je termine de replier un drap, je perçois comme un frémissement de la foule qui soudain s'écarte quelque peu. Instinctivement, je me raidis. Le capitaine, lui, semble très à l'aise. J'ai déjà vu des nobles, bien sûr, j'ai même déjà dîné à la table de Lord Grafton et aperçu le Roi du Val lorsqu'il vint un jour visiter nos chantiers. Reste que cela fait toujours son petit effet, surtout de si près, et surtout que la noblesse d'ici ne semble pas avoir grand chose à voir avec la notre.

- Milady, rien que dans l'espoir de vous revoir, j'aurai fait voyage cales vides.

J'étouffais un sourire. Jamais mon père n'aurait accepté une fantaisie pareil. Mais je ne suis pas sot au point de ne pas y voir une rhétorique marchande, presque comme si les flatteries et les politesses étaient un incontournable de notre métier. Ne sachant pas à qui j'ai affaire, je garde le nez dans mes draps, autant laisser mener la négociation par quelqu'un de plus expérimenté. Pourtant si j'avais espéré rester spectateur cette fois, la jeune femme qui s'est adressé d'abord au capitaine ne semble pas de cette humeur et soudain m'apostrophe.

Surpris, je reste une seconde sans voix, juste suffisamment longtemps pour permettre au capitaine de faire un pas vers moi et de me coller une tape dans le dos qui achève de me faire revenir à la réalité.

- Arianne Sand, de la dynastie Martell, et l'une des femmes les mieux vêtues du pays... grâce à ton père.

Puis il se tourne vers elle, toujours avec ce ton assuré et rieur.

- Liriam. Le fils de l'armateur et mon officier de bord, je suis certain qu'il est ravi de savoir que ses produits sont appréciés...

Ayant repris contenance, je hoche la tête en souriant à mon tour. Allons donc, une Martell, c'était la famille régnante, ça, rien de moins. Je ne connaissais pas assez leur arbre généalogique pour me souvenir de tête si j'avais affaire à une héritière ou l'une des dernières de la portée mais peu importait au fond, elle était certainement la personne la plus importante et la plus fortunée que je croiserai de mon voyage.

- Enchanté. Et, oui, c'est un honneur de savoir que nos produits trouvent grâce à vos yeux.

C'était un peu maladroit et je sentis le regard soupçonneux du capitaine dans mon dos. Certainement qu'il aurait formulé ça autrement, lui. Enfin, il hoche finalement la tête.

- Bien Liriam je te laisse montrer à Lady Sand nos produits. Tu me demandes si tu ne t'en sors pas ?

Je le regarde alors s'éloigner avec une légère stupeur mêlée d'appréhension. Est-ce qu'il vient juste de me laisser seul gérer la vente avec une Martell ? Au fond, je soupçonne une mesquinerie. Si je fais échouer cette transaction, je ne pourrai m'en prendre qu'à moi-même, en tant que fils du propriétaire on n'ira pas demander de comptes au capitaine. En fait, je pense que ça ferait bien rire l'équipage si je foirais mon coup, après tout, leur paie ne dépend pas vraiment du succès de notre voyage, pas à courts termes du moins, alors s'ils peuvent ricaner un peu des mésaventures du fils du patron, pourquoi s'en priver ?

Tant pis, je ne leur ferai pas ce plaisir et je me retourne donc, de nouveau souriant vers la jeune femme.

- Apprenti dans les faits, je l'avoue. Mais si vous êtes aussi régulière cliente que l'on me dit, alors je vous promets que d'ici trois ans, à cet endroit même, c'est moi qui porterait ce chapeau !

Je dis cela d'un ton moqueur, désignant le couvre-chef du capitaine, signe de son grade à bord du navire. L'occasion également de lui renvoyer une petite pique, de sorte qu'il n'oublie pas qui le paie, malgré que je sois encore son subalterne.

La Martell doit avoir à peu près mon âge, certainement un peu plus à moins que ce ne soit ses parures qui la mûrisse. Elle a ce même charme septentrional que j'ai découvert il y a quelques jours de cela, et qui tranche furieusement avec celui des filles du Val.

- Désirez-vous quelque chose en particulier ? Je n'hésite pas longtemps, j'improvise. Je sais que certaines parures sont à la dernière mode à la Cour du Faucon, mais j'ai aussi l'instinct que les joyaux des Montagnes de la Lune iraient d'autant mieux mêlés au soleil des Martell. Assez pour éclipser tout le reste.

Je termine sur ce trait d'esprit, j'ai l'impression de ne pas m'en sortir trop mal pour le moment. Au fond, ce n'est peut-être pas plus difficile qu'un concours d'insultes...?

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MessageSujet: Re: La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé]   La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé] EmptyLun 21 Déc - 0:47

Les marchands qui avaient l’habitude de commercer avec moi savaient parler mon langage, celui de l’amour, de la coquetterie et surtout de la flatterie. Le Capitaine du navire ne tarde pas à m’offrir ses premiers éloges, arrachant quelques gloussements de mes amies et un sourire satisfait de ma part. Malheureusement, ce plaisir est de très courte durée. L’homme surprend la joyeuse compagnie, en confiant cette vente à son apprenti – ou plutôt au « fils du propriétaire ». Si l’attitude me surprit, j’en comprends vite la teneur et la nature : j’étais assurément une cliente de choix pour enfoncer, ou pour sublimer, les compétences de Liriam, quand il faudra rendre compte du voyage – et surtout des gains ou des pertes – au propriétaire en question. La position du jeune homme doit lui causer bien des peines, attirant la jalousie des uns, ou la méfiance des autres. Tout le monde ne naissait pas fortuné, et surtout tous les fortunés n’héritaient pas des talents et des qualités de leurs exceptionnels parents.  Loin d’être courroucée, ou d’être indifférente au sort du nouveau, je décide que je prendrai mon mal en patience et que je ferais preuve d’indulgence s’il venait à commettre quelques erreurs mineures.

Il ne tarde pas à débuter sa vente, tantôt plein d’humour, tantôt plein d’esprit. Si j’appréciais qu’il rebondît sans mal à la mesquinerie de son Capitaine, j’étais peu convaincue par les arguments avancés. La phrase était joliment construite, et il avait su viser mon besoin premier – soit être la plus belle, et non être simplement flattée comme d’autres –, mais il semblait manquer « quelque chose ». Négocier, acheter ou vendre n’étaient pas une mince affaire, et se soumettaient à bien des codes indéfinis, implicites et complexes. Dès lors, j’étais certaine que plus les arguments se succèderont, et plus les lacunes manquantes de l’apprenti seront mises en lumière. La finalité n’était pas la dépense totale que j’aurais faite, mais si je serais prête à renouveler cette dépense – et même plus – dans le futur.

- Les Montagnes de Lune, voilà un joli nom ! Est-ce qu’une histoire se cache derrière cette appellation ? demandais-je, assez avide des récits où le drame, l’amour et le mystère s’entremêlent. J’aime être belle avant toute chose, et non simplement copier ce que les autres portent. Montrez-moi donc ce que vous jugez digne d’intérêts.

Si j’étais curieuse des dernières modes des dames des Cours étrangères, j’avais appris à m’en méfier. Nous ne partagions pas le même climat, ni le même soleil, et certaines modes étaient grotesques ou ridicules. Au sein de la Principauté, et depuis la nuit des temps, il est question d’élégance et de voluptés. Nous ne nous embarrassions pas de considérations comme d’une excessive pudeur.

- Est-ce votre premier séjour au sein de la Principauté de Dorne ? m’enquérais-je, pendant qu’il sélectionnait ou cherchait les différentes parures à me montrer.

Perdue dans ma contemplation des différents produits, j’entends que trop tardivement une dispute qui se déroule dans mon dos, entre un commerçant de tissus et un commerçant itinérant de moules. Le premier indiquait au second qu’il était indécent de se trimballer au milieu d’étals avec de si précieux produits avec une charrette de sceaux puants le poisson. C’est ce que j’entends, avant que je ne sente subitement un jet d’eau glacée dans le dos.

Lorsque je me retourne, je vois les deux marchands confus. Il semblerait qu’en voulant verser le sceau de moule à son détracteur, ce dernier avait évité de justesse l’attaque. Je n'eus pas cette chance : les gardes et les amies qui m'accompagnaient s'étaient répartis en ligne, tantôt à mes côtés, tantôt sur des étals voisins. Sans tarder, une terrible odeur remonte à mes narines.

- Qu’est-ce que c’est que … cette odeur ?

Subitement, l'un des gardes se délaisse de sa cape, et me recouvre, glissant discrètement à mon oreille que l'eau avait "ruiné" ma toilette. Si nos voisins accusaient les Dorniennes d'un manque de pudeur, à défaut de contredire ces accusations, nous les nuancions. Au sein de la Principauté, nous faisions une distinction entre un corps dévoilé "bon gré" ou "contre gré". Une toilette travaillée pouvait dévoiler bien la chair, homme comme femme, mais celle-ci était assumée et respectait malgré tout certains codes de notre société. Or, dans mon cas, ma toilette avait été ruinée et une partie de mon corps - que j'avais gardé caché - avait été dévoilée. Heureusement, ou malheureusement, seul Liriam et toute personne qui pouvait être de son côté - et partager la même vision que lui - avait pu voir ce léger accident.



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MessageSujet: Re: La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé]   La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé] EmptyLun 21 Déc - 23:46

Pour être tout à fait franc, je navigue actuellement en plein brouillard. Bien sûr ce n’est pas ma première vente ni mon premier exercice d’improvisation mais il faut bien reconnaitre que j’ai plus exercé mes talents face à mes amis ou avec les badauds du Val qu’en compagnie d’une dame de la maison Martell, fut-elle bâtarde. Pour un peu, j’en voudrai franchement au capitaine de m’avoir mis dans une telle situation si l’honnêteté ne m’obligeait pas à reconnaitre qu’au fond, tout cela a quelque chose de plaisant. Il n’est pas donné à n’importe qui de se voir accorder une conversation avec la noblesse, surtout étrangère, sans compter que cette fois-ci il ne s’agit pas d’un vieux seigneur ventru à qui il faut solder un équipage : vendre une robe à une dame est un exercice indiscutablement plus stimulant.

J’use donc de tout l’esprit qui me vient. Peut-être trop d’ailleurs : difficile de lire dans les mœurs et le faciès de la belle dornienne si mes mots font mouche, pour cela, mon seul indice reste encore de me calquer plus ou moins sur le bagou du capitaine qui devait mieux connaitre la Martell que moi. De fait, cette-dernière ne semble pas avoir peur de s’engager dans la vente et ne se gêne pas pour recadrer rapidement la conversation, m’expliquant avec élégance que la beauté ne fait pas tout, qu’il convient également de se distinguer du commun de la cour. Une précision évidente mais qui souligne que j’aurai peut-être dû un peu mieux choisir mes  mots. J’essaye de ne rien laisser voir et hoche la tête, en me dirigeant vers une autre étoffe, peut-être plus à son goût.

Celle-ci est d’un bleu nuit proche de l’azur du Val mais en plus profond et lorsque l’on bouge, on dirait les remous d’une mer paisible. Alors que je me dépêtre un peu dans les tissus, j’en profite pour rebondir à sa question sur les montagnes de la lune qui m’offre un opportun moyen de combler le petit moment de vide qui sinon aurait suivi sa remarque.

- Des histoires il y en a tant que pour chacune susceptible de vous plaire, j’en connais également deux qui vous tirerons un frisson. Je dis cela l’air de rien. Un peu de mystère et de danger a souvent le don d’éveiller la curiosité des nobliaux. Mais celle-ci vous fera peut-être sourire : lorsque les Andales accostèrent dans le Val, nos montagnes étaient bien plus hautes que celles qu’ils connaissaient de chez eux. Impressionnés, ils voyaient la lune briller au-dessus chaque nuit et certains des premiers hommes jugèrent amusant de leur raconter qu’en montant au sommet du plus haut des pics, on pouvait la toucher du bout des doigts…

J’achève d’étendre le tissu sur mon étale, pour le baratin je ne sais pas, mais pour ce qui est de déplier les draps je commence à avoir le coup de main.

- L’histoire nous a tant marqué qu’encore aujourd’hui pour impressionner une demoiselle on lui promet d’aller toucher la lune…

Chez nous, l’expression a bien évidemment un double-sens mais je me garde bien de l’évoquer en si noble compagnie. J’ai bien entendu dire que les Martell n’ont pas à rougir question ouverture des mœurs mais enfin mieux vaut ne pas tenter le diable avec une cliente si importante, et si je peux arracher un sourire à une courtisane un peu plus vive que les autres, ce serait déjà ça de gagner.

- Lady, cette étoffe est sans nul doute l’une de mes plus belle. On la dirait découpée dans la nuit elle-même et portée au bord de la mer, elle se confond aussi bien avec le ciel qu’avec l’eau.

C’est vrai que le tissu est de première qualité et cette fois je ne referai pas l’erreur de parler des modes du Val. Certes lady Sand ne serait pas la première à nous en acheter un rouleau mais en portant cela à Dorne je suis absolument certain qu’elle s’y démarquera.
Alors que les dames se rapprochent, je suis surpris par la question un peu plus personnelle de la Martell. Peut-être ai-je sous-estimé son affinité pour nos produits.

- En effet milady, nous avons accosté voilà quatre jours à Lancehélion, mais je peux vous l’assurer, j’en suis déjà amoureux.

Une flatterie qui ne me coûte pas grand-chose, d’autant qu’il faut bien avouer que la péninsule ne cesse de m’émerveiller depuis que nous avons accosté en ville. Le climat y est si différent du Val, loin de nos longs manteaux et des vents froids qui descendent des montagnes, ici l’été semble éternel. Tout est également plus chatoyant : couleurs vives, parfums et saveurs, sans parler des mœurs plus ouvertement libérées qu’à Goëville et dont mes compagnons d’équipage n’avaient eu de cesse de me rabâcher les oreilles tout le long du trajet. La fracture entre les cultures de nos deux pays me semblent encore plus profonde que je ne l’ai ressentie dans les terres de l’Orage dont le tempérament des hommes et les paysages sont plus semblables à ceux du Val.

Par derrière la petite cour de la dornienne, des éclats de voix nous parviennent. Simple accrochage entre marchands comme cela arrive souvent sur les quais et participe à les animer. Dans les étales luxueux, il est néanmoins plus rare de s’adonner à ce genre de démonstrations tant la casse peut vite se chiffrer mais chez les poissonniers, tanneurs et vendeurs à la sauvette c’est monnaie courante. Moi-même j’ai souvent pris du plaisir à observer ces confrontations entre personnages souvent hauts en couleurs et, je le confesse, en ait parfois provoqué certaines.

La farce tourne néanmoins soudain au burlesque lorsque l’un des bonshommes s’empare de son seau et menace d’en éclabousser l’autre. Je sens immédiatement le danger pour la marchandise mais le bougre est trop vif et je n’ai que le temps d’avoir un mouvement de recul que le bruit d’une éclaboussure me parvient ainsi que quelques gouttes aux visages. Je vais pour m’assurer qu’aucun des tissus n’est gâté – ce à quoi l’imbécile aurait à répondre de sa poche, lorsque l’ampleur de l’évènement m’apparaît de façon très crue.

La vision est furtive mais plaisante et je n’ai que le réflexe de détourner la tête pour préserver la pudeur de la jeune femme que déjà un de ses gardes s’approche pour la couvrir. Les évènements s’enchainent soudain très vite, les soldats ont l’habitude de réagir et alors que l’un d’eux reste près de la Martell, l’autre s’en va intervenir dans le conflit – et certainement demander réparation. Je reste un instant muet, tiraillé entre une forte envie de rire, de rougir et de tirer moi-même mon épée comme un de ces chevaliers s’en allant défendre l’opprimée. Enfin, il n’y a pas vraiment de gloire à occire un vendeur de coquillages, sans compter qu’une autre idée me vient soudain à l’esprit. Le mal est fait certes, et le lourdaud aura beau payer de sa poche la robe n’en sera pourtant pas moins gâtée, obligeant la jeune femme à rentrer chez elles dans des vêtements trempés de jus de coque.

- Milady, je suis navré, d’ordinaire ce lieu est mieux fréquenté. Hm. Il est plus facile de faire le hardi dans sa tête qu’en parole, n’empêche que je n’hésite pas longtemps. Pardonnez-moi, mais en tant que valois et homme d’honneur, il serait inacceptable de vous laisser repartir dans cet état par les rues ! Mon navire est amarré au bout du quais, acceptez je vous en prie que nous vous y offrions une nouvelle toilette ! Vous pourrez vous y changer et laver même si vous le désirez ?

Je jette un œil rapide au capitaine qui vient d’arriver. Il observe à présent la scène avec suspicion et lorsque nos regards se croisent, j’insiste silencieusement sur le fait que ce n’est absolument pas de ma faute. De toute façon, je n’ai pas trop de temps à lui accorder là tout de suite, la situation pourrait très facilement se complexifier dans les prochains instants selon la réponse d’Arianne Martell. Plus j’y réfléchis à présent, plus ma réaction me semble être la bonne : tirer l’épée aurait été un peu puéril, mais rendre service à une dame de son rang, lui venir en aide dans la détresse et lui épargner une humiliation, voilà quelque chose de bien plus chevaleresque, sans nul doute !
Je retiens un sourire… A qui vais-je faire croire ça ? La fugace vision impudique a certainement plus motivé ma décision que toute la grandeur d’âme dont je prétends faire démonstration.

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MessageSujet: Re: La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé]   La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé] EmptyDim 17 Jan - 23:44

Loin d’être déconfit ou découragé, le jeune marchand continue sa vente en changeant un tantinet ses arguments. Il me happe avec ses histoires, il m’éblouit avec ce joli tissu qui semble être sorti tout droit du conte et il me convainque avec de belles promesses. L’équilibre entre « beauté » et « distinction » était bien difficile à maintenir. En effet, à vouloir trop se démarquer, certaines se ridiculiser avec des toilettes bien inappropriées ou excentriques. A l’inverse, être belle sans chercher à renouveler sa toilette était désuet de sens : une figure et un corps changeaient constamment, et il fallait donc s’assurer de cacher ses nouveaux défauts et d’accentuer ses plus belles qualités.

Enfin, c’était la belle pensée que j’avais jusqu’à ce que je sois éclaboussée par un sceau d’eau glacée. J’entends le rire étouffé d’une de mes amies, je vois le regard horrifié de l’autre, et surtout je sens cette maudite odeur de moules. La proposition faite par le marchand rentrait d’une oreille, pour sortir de l’autre. Je me sentais bien trop humiliée pour me décider. Deux choix se présentaient à moi : Se laver, se sécher et se changer dans la cale d’un navire ou retourner au Palais couverte de moule et puant le vieux poisson. Aucune ne me convenait et surtout aucune n’était digne de la fille de Nymor Martell, aussi bâtarde que je sois !

- Il me faudrait plus qu’un bain, marmonnais-je, commençant à évaluer les dégâts. Je vous prie d’apporter les marchandises qui vous semblent de goût au Palais. Je continuerai mes achats de là-bas. Cependant, présentez-vous après le dîner je vous prie.

J’avais besoin de mes huiles, de mes parfums et de mes savons. Cette cale n’avait rien de telle, et l’idée de baigner potentiellement dans le même lieu que tous ces hommes me dégoûtaient un tantinet. Je pris les devants, abandonnant ces dames qui me suivaient. Elles pourraient continuer leur achat, en se moquant allègrement de ma mauvaise aventure évidemment. J’ose espérer que Liriam, si je me souviens bien de son prénom, n’aura pas le mauvais goût de se joindre à ces moqueries.

Je tourne les talons, le rouge aux joues, tentant malgré tout d’avancer aussi dignement que possible jusqu’au Palais. Les gardes à l’entrée me fixent avec des yeux ronds, mon père et mes frères rient à gorge déployée lorsque je conte – contre gré – mon histoire au repas et Deria tente de me réconforter malgré que sa poitrine soit secouée de temps à autre par un rire étouffé. Des rires auxquels je finis par me joindre : lors de tels dîners, je n’avais pas l’impression que nous avions différentes mères, que notre Père était un Prince, que notre sœur Deria était l’héritière …. Nous étions une famille, et c’était le plus important. Une famille que rien ne pourrait détruire, n’est-ce pas ?

Le bain pris, le dîner terminé, j’attends dans mes appartements, allongée sur une mezzanine posée sur la terrasse, je profite de l’air frais nocturne. J’attends patiemment que le marchand valois se présente. Je ne doutais pas un instant qu’il le fera : j’étais une cliente assidue, et la qualité des étoffes valoises était excellente pour que je ne me montre pas trop exigeante. L’affaire se corsait quand il était question d’accessoires comme les bijoux : l’Ouest avait des produits bien exceptionnels, mais un brin trop cher à mon goût.

Toujours est-il que je m’étais préparée un tantinet, optant pour une autre toilette un brin plus délicate, plus jolie et plus coûteuse. Si l’étoffe était de soie, j’avais sorti un collier assez lourd et assez long pour cacher en partie une poitrine presque dévoilée. Le tout dans les tons rouges et dorés. Pendant l’attente, je ne peux pas m’empêcher de saisir une mèche de cheveux pour la sentir : un doux mélange de rose et de framboise vient titiller mes narines. Les moules étaient de l’histoire passée, n’est-ce pas ?

Une de mes servantes annonce l’arrivée du marchand. Je fais signe qu’il peut entrer. Je reconnais le jeune marchand, avec joie. Il avait une jolie mine, et c’était toujours agréable d’acheter chez de belles personnes qui ont mille et une histoires à vous conter pour vous vendre quelques marchandises. Ces dernières ne devenaient plus juste une acquisition, mais un souvenir agréable.

- Je suis bien désolée de vous faire déplacer jusqu’ici à pareille heure. J’ose espérer que je n’ai pas mis à mal quelques projets, dis-je, consciente largement que l’excuse venait un brin trop tard alors que j’avais été la première à « exiger » cette rencontre. J’étais inflexible quand il était question d’être la plus belle … et qu’importe ce que l’autre pourrait dire de ce caprice. La beauté était définitivement mon seul talent, aujourd’hui. Si notre affaire est rondement menée, je pourrais peut-être vous offrir une visite des Jardins aquatiques.

La Résidence des Martell jurait un tantinet avec le reste du pays avec ses jardins, ses décors, ses trophées et trésors accumulés avec le temps. Cependant, je ne comptais pas offrir simplement la visite à un homme dans la fleur de l’âge. Une de mes suivantes saura le trouver à son goût, assurément, et offrir quelques souvenirs mémorables dans une alcôve ou dans les jardins ou hors du Palais.

- Je vous prie, asseyez-vous et prenez le temps de boire un peu de notre vin. Vous devez être sûrement fatigués ou un peu assoiffés, proposais-je. Qu’il s’assoit ou qu’il ne s’assoit pas, je finis par poser la question qui me ronge. Est-ce qu’elles se sont beaucoup moquées de moi ?

Je n’avais guère de grands espoirs, la réponse me semblait évidente. Pourtant, j’espérais que l’une sortait du lot.



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Arianne Martell
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MessageSujet: Re: La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé]   La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé] EmptyLun 18 Jan - 3:16

La situation est assez surréaliste, je dois bien l'avouer et alors que les gardes s'agitent, que les suivantes ricanent ou se plaignent et que mon capitaine semble visiblement tenter de me faire comprendre qu'il faut que je réagisse tout de suite, la seule idée qui me vient est de proposer à Arianne Sand mon assistance. Je pensais avoir été un peu chevaleresque mais la jeune femme semble trop contrariée pour s'en émouvoir et décline mon invitation d'un ton maussade avant d'annoncer qu'elle s'en retourne au Palais et que la vente se poursuivra là-bas. Laissé soufflé par sa spontanéité à donner ses ordres je reste un instant interdit, les bras ballants et l'air idiot alors que déjà ma cliente s'éloigne d'un pas rapide. Quel imbécile... j'aurai dû lui proposer un manteau ou au moins une serviette ou...

- Si tu dois aller au Palais ce soir, c'est toi qu'est bon pour un bain.

J'ai droit à une solide tape dans le dos de la part du capitaine à qui j'adresse un regard noir. Ça n'a pour seul effet que de le faire marrer. Autour de l'étale, les gardes ont filé sur les talons d'Arianne et ses courtisanes continuent de murmurer et de s'esclaffer à voix basses, visiblement décidées à poursuivre leurs achats. Je soupire. Toute la tension de cette première vente princière redescend d'un coup et j'ai les jambes un peu molle. Une deuxième tape dans le dos, cette fois-ci moins amicale manque d'ailleurs de me foutre par terre mais a au moins le mérite de me remettre les idées en place.

- Allez, remue toi ! On a encore du boulot !

Je grommelle quelque chose d'inintelligible et pendant que le capitaine s'occupe de servir les jeunes femmes qui minaudent, je m'en vais chercher dans les coffres un assortiment de parures et de robes susceptibles de plaire à la fille Martell.


~~~~~


Le reste de ma journée ne fut pas autant un fiasco mais j'avais senti monter au creux de mon ventre une boule d'appréhension à mesure que le soir se rapprochait et les remarques ironiques voire graveleuses des autres marins à propos de mon rendez-vous au Palais n'avaient rien arrangé. Je gardais encore en travers de la gorge cet échec monumentale qui avait vu l'une de nos meilleures et plus fortunées clientes se faire asperger d'eau de moule en face de notre étal. Quand Nestar l'apprendrait - car nul doute que la moitié de l'équipage serait ravi de lui conter ma mésaventure dès notre retour à Goëville - je n'arrivais pas à savoir si j'étais bon pour un rire franc ou une claque dans la figure...

En tout cas, j'avais fait mon choix. Demandant conseil à un marin qui connaissait Dorne de longue date, j'avais également profité de la présence d'une courtisane de lady Arianne pour apprendre quels étaient les goût de sa maîtresse. Cette dernière avait semblé très amusée de ma requête et répondu avec beaucoup de précisions qui tendaient parfois vers le jargon féminin. On m'avait appris à faire des noeuds, ouvrir une voile ou tenir la barre mais différencier la multitude de coupes possibles pour un décolleté restait encore loin d'appartenir à mon domaine d'expertise. J'optais donc pour trois robes, ne pouvant de toute manière en porter plus, et un certain nombre de parures allant autour du cou, dans les cheveux ou aux oreilles qui me semblaient les plus belles de notre stock.

Je mangeais le soir avec l'équipage - à Dorne les dîners se font plus tard qu'au Val ce qui me laissa effectivement le temps de faire trempette histoire d'être à peu près présentable après une journée à déplacer des coffres et faire la causette sous le soleil Dornien. En tant qu'habitant de Goëville, je n'étais pas encore bien habitué à de telles chaleurs et j'accueillis avec une franche satisfaction la fraicheur du soir. Comme il n'était évidement pas question de me laisser aller dans les rues de nuit avec des bijoux précieux sans aide, le capitaine m'avait confié à la garde de deux marins particulièrement solides qui avaient transporté la malle contenant les robes jusqu'au Palais. Je n'avais toutefois pas prévu qu'on leur refuserait l'accès à l'intérieur sous prétexte qu'Arianne Sand n'attendait qu'une seule personne. Ils m’abandonnèrent donc devant les portes sans trop d'états-d'âmes, m'expliquant qu'ils seraient de retour d'ici quelques heures récupérer les potentiels invendus.

Après les avoir maudit silencieusement, j'entrepris donc de tirer ma malle tout seul à l'intérieur sous le regard goguenard des gardes avant qu'un domestique incrédule n'arrive enfin pour m'aider à porter. Avec ces rebondissements, j'en avais presque oublié mon angoisse mais celle-ci revint comme un coup de poing au creux de l'estomac quand l'homme qui me guidait me demanda d'attendre dans une pièce, qu'il allait m'annoncer. Seul dans l'anti-chambre, je pris enfin le temps d'observer mon environnement et les jardins fabuleux qui se dessinaient dans l'embrasure des fenêtres.

Je n'étais jamais allé aux Eryés encore mais Nestar qui y montait régulièrement à la suite de Lord Grafton m'avait dépeint un château austère aux nombreux courants d'air et souvent lugubre de nuit. Ici, rien de tout cela. L'air était parfaitement doux, on entendait un bruit d'eau quelque part et des rires lointains et étouffés de sorte que je ne savais s'il s'agissait d'amants ou d'enfants qui jouaient. Tout était paisible et appelait à la relaxation et dans cet instant d'attente, je me fis la réflexion qu'il aurait été bon de vivre à Dorne et de ne jamais quitter cette quiétude. Puis je me souvins que j'étais angoissé et jetais un regard anxieux vers la porte.

En soi, l'exercice de la vente m'était désormais familier et en toute honnêteté j'avais affronté adolescent des situations plus périlleuses que celle d'être reçu par une princesse dornienne. Les rues de Goëville étaient parfois malfamées et j'avais eut mon lot de bagarre et d'os brisés à l'époque. Mais allez savoir, à seize ans passés l'idée d'être reçu de nuit dans les appartements d'une jeune noble avait quelque chose de beaucoup plus intrigants et effrayant à la fois que tous mes duels aux couteaux. Quand bien même il ne s'agissait que de vendre des robes, j'avais l'esprit impétueux et ne pouvait m'empêcher d'oser imaginer quelques scénarios plus voluptueux pour la soirée. La faute en revenait en partie aux plaisanteries des autres marins qui, même si elles m'avaient fait lever les yeux au ciel, avaient fait leur chemin dans mon imaginaire, venant nourrir quelques fantasmes indicibles.

Finalement la porte s'ouvrit et l'on me dit d'entrer.

Soulevant toujours avec peine la malle, je laisse trainer mon regard sur un salon richement décoré avant qu'on ne m'indique la direction de la terrasse. Une porte ouverte y mène et je pénètre dans cet espace suspendu au dessus d'un jardin. Le spectacle est proprement merveilleux, de nouveau je me perds un instant dans la contemplation de la cime des arbres fruitiers et des lanternes qui y pendent, projetant des lueurs orangées sur les jets des fontaines. La voix d'Arianne Sand me ramène soudainement à la réalité.

- Heu, ce n'est rien... je dis précipitamment, au risque de perdre un peu de ma superbe.

Je dépose la malle sur les tomettes. Non je n'avais pas vraiment de projet pour ce soir, hormis le même que tous les autres depuis que nous sommes à la Principauté : aller dépenser ma solde dans une taverne, chanter et danser et peut-être trouver le courage d'aborder une de ces demoiselles dorniennes dont je n'arrive toujours pas à savoir si ce sont des putains lorsqu'elles m'adressent des clin d'oeil tant elles sont élégantes et belles. Enfin je ne vais peut-être pas dire tout cela et puis, de toute façon, une visite au Palais vaut beaucoup plus que toutes les beuveries.

- J'explore encore Lancehélion en ce moment, mais découvrir le Palais de l'intérieur c'est une aventure que je n'osais pas espérer...! ajoute-je avec enthousiasme avant de hocher la tête à sa proposition de découvrir les jardins aquatiques. Ce serait un grand honneur.

L'idée de faire mine de refuser par politesse ne me traverse même pas l'esprit tant la perspective est séduisante. Mon anxiété s'est transformée en une forme d'excitation un peu enfantine. Tout ici est superbe et trahit un luxe et un exotisme qui m'est définitivement inconnu alors que j'appartiens tout de même à l'une des famille bourgeoise les plus fortunées du Val. Mais Dorne... ça n'a définitivement rien à voir, et la présence d'Arianne Sand contribue également au charme de la soirée.

Alors qu'elle me propose de m'asseoir et de boire un verre, je prends place sur un siège confortable mais dépourvu de dossier. Sur une table basse, un pichet de vin repose à côté de coupes préalablement remplies. J'en saisis une, profitant de ces quelques secondes où mes gestes sont mécaniques pour remettre un peu mes idées en place et me demander si je dois commencer tout de suite à présenter les articles. Je ne voudrai pas faire attendre la cliente et la perspective de visiter les jardins ensuite si nous terminons assez tôt n'aide pas à ma patience.

Pourtant, la première question d'Arianne n'est pas pour les articles mais revient sur l'incident de ce matin. Alors que j'allais porter la coupe à mes lèvres, j'interromps mon geste, un peu surpris. La vision de tant de luxe et de beauté, mais également la toilette de la jeune femme d'une grande élégance et dégageant des parfums fruités m'avait complètement fait oublier les évèvements qui m'avaient conduit ici.

- Ah oui... enfin je veux dire, non !

Dans mon esprit, les pensées s'enchainent très vite. Bien qu'elle ne m'inspire rien d'un monstre force est de constater que je ne connais pas du tout le caractère de la bâtarde Martell et cet inconnu me pousse à la prudence : je ne sais si elle est le genre de femme à faire battre une suivante pour un mauvais rire mais dans le doute, je préfère ne rien dire. Pas que l'idée de savoir l'une des filles de ce matin battue ne me choque spécialement - après tout le monde est dur - mais simplement que je ne veux pas passer inutilement pour un corbeau et troubler Arianne.

- Il y a peut-être eut quelques rires, vous savez, à cause de la surprise, mais mon capitaine a tout de suite cru judicieux de raconter une histoire assez peu drôle à base de poissons et ce sont de lui qu'elles se sont moquées.

C'était à moitié vrai, la plaisanterie du capitaine n'était pas si mauvaise et même à moi elle avait tiré un sourire, mais je préférais souligner que l'incident avait finalement été vite oublié.

- Si vous voulez mon avis, le marché pue de toute façon tellement que la plupart des gens n'ont même pas dû s’apercevoir de votre état. Et pour l'eau, on aurait simplement dit que vous aviez piqué une tête dans le port... il n'y avait pas de mal, j'ai vu plein de jeunes gens faire de même ici.

Je souris.

- C'est un peu surprenant d'ailleurs, pour moi qui vient du Val là bas la mer est beaucoup trop froide pour ce genre de chose, mais ici avec le soleil l'eau est agréablement fraiche.

La chaleur de midi m'avait plus d'une fois poussé à aller m'asperger le visage d'eau aujourd'hui et je comprenais soudain l'attrait du peuple Dornien pour les fontaines.

Comme si je reprenais soudain conscience de la raison de ma présence, je pose la coupe un peu précipitamment, laissant clapoter quelques gouttes de vin sur ma manche. Décidément je suis plus nerveux que ce matin, sans doute que le tête-à-tête n'aide pas à être serein, mais à cette fébrilité se joint également un profond désir de prendre des initiatives, paraitre drôle et intéressant, arracher pourquoi pas un rire à la jeune femme pour la tirer de sa morosité.

- Peut-être souhaitez-vous voir les marchandises ?

Je me redresse, me dirige vers la malle préalablement décadenassée dans l'anti-chambre et dont j'extirpe une boîte plate en bois sombre. Je me rapproche de la nacelle et l'ouvre pour en présenter le contenue à Arianne.

- C'est un œil de griffon enchâssé sur un collier de mailles d'argent.

Sur un couffin repose une rivière d'anneaux au milieu desquelles trône un pierre sombre aux éclats bleus. Toutefois dans la nuit, elle parait presque noire.

- Extraite des Montagnes de la lune, nous y avons de nombreuses mines de fer mais ces pierres-ci sont assez uniques.

J'abandonne la boîte à la jeune femme si celle-ci souhaite manipuler le collier.

- Si vous voulez l'essayer, bien sûr... Je jette un oeil à la malle. J'ai sinon d'autres parures dans des genres différents. Et des robes d'une excellente facture, de celle que vous avez déjà pu voir ce matin.



Toute classe qui aspire à la domination doit conquérir d'abord le pouvoir politique
pour représenter à son tour son intérêt propre comme étant l'intérêt général.


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MessageSujet: Re: La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé]   La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé] EmptyDim 14 Fév - 17:43

La nervosité et l’excitation qui animaient le jeune marchand n’échappait pas à mon attention. J’étais même amusée par un tel enthousiasme, oublieuse des moqueries dont j’avais été victime par des prétendues « amies ». Si Liriam soutenait le contraire, m'assurant que le capitaine avait conté une histoire, et qu’il aurait retourné la situation à mon avantage, je n’y croyais qu’à moitié mot. J’étais une bâtarde, avant tout, et peu de personne prenait la peine de me défendre.

- Vous avez fort raison. Je dois m’inquiéter bien inutilement, répondis-je avec courtoisie aux encouragements et aux mots réconfortants dont le Valois me gratifiait sans compter. La mer est délicieuse, mais elle reste malgré tout plus fraîche qu’un bassin.

Aussi libres soient les Dorniennes, elles ne pouvaient pas se permettre de piquer une tête aussi impunément. Pour ma part, j’usais et abusais de la protection de mes frères, ou des gardes que l’on attribuait, pour briser ce rare tabou de pudeur et apprécier l’eau salée sur mon corps de temps à autre, quand le hammam ou les bassins des Jardins Aquatiques ne me convenaient plus, ou que j’aspirais à un peu de distance de ces murs.

- Vous me peignez un pays à la fois si froid et si romantique, que je ne sais si je dois désirer le visiter ou si je dois m’en défier, me moquais-je un tantinet. Cependant, je vous envie malgré tout. Vous avez la possibilité de comparer, alors que je n’ai pas le droit à un tel luxe. J’ai, peut-être, visiter Essos mais les villes qui nous ont accueilli étaient à la fois semblables et différentes de la Principauté. J’aspire à connaître davantage les Royaumes du Westeros, en vérité. L’Ouest, le Val et le Nord, notamment.

Le nom de ces trois Royaumes avait été prononcé d’un ton rêveur. L’Ouest m’attirait pour ses joyaux, le Val et la Montagne me rendait curieuse avec ses belles étoffes, et le Nord sonnait comme une promesse d’un Royaume à la fois contraire et similaire, à la Principauté avec son climat et son environnement que l’on peint comme rude et impitoyable. Au lieu d’un désert aride, les Nordiens vivraient dans un désert glacial, disait-on ! Si Essos était cet « autre » monde par-delà Westeros, le Mur était cet autre monde pour le Nord. J’attendais, patiemment, que ma Grand-Mère ou que mon Père m’offre l’opportunité d’un si agréable voyage, un jour. J’avais à être patiente d’ici-là, et continuer à les obéir et à les servir autant que je le pouvais.

- Oh, la pierre est si changeante.

Lorsque je l’avais en main, elle semblait être d’un noir profond. Par contre, si je l’approchais du feu, elle optait pour des tons bleutés. La pierre décrivait là les femmes avec une certaine habilité. Je signale à une servante d’approcher et lui remet le collier en main. Celle-ci ne tarde pas à le mettre autour du cou, tournant sur elle-même deux fois, lentement. Si on l’observait attentivement, on pouvait remarquer qu’elle avait la même taille et la même corpulence que moi. Si les miroirs étaient disposés ici et là, dans la pièce, je trouvais qu’elle manquait d’une certaine netteté. Or, être belle était importante et je ne pouvais pas compter sur ces miroirs flous.

Je me relève, le port altier, et je laisse la seconde servante saisir avec une très grande délicatesse une des robes.

- Accepteriez-vous que l’une de mes dames essaie les robes ? Evidemment, nous ferons preuve d’une grande attention et délicatesse pour ne pas gâcher ces belles pièces. Si, par étourderie, l’une d’elle venait à causer du tort, je m’engage à acheter la robe.

Le paravent était posé non loin, où la servante qui portait déjà le collier allait s’échanger. La silhouette pouvait être vue, sûrement, mais je doutais que cela gêne cette dernière. Son regard glissait bien souvent sur la situation du jeune homme, avec un intérêt que je ne connaissais que trop bien.



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MessageSujet: Re: La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé]   La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé] EmptyDim 21 Fév - 20:04

Heureusement, Arianne Sand semblait prête à croire à mon histoire pourvu que celle-ci ne la mettent pas dans l’embarras. Je préférais cela, si la jeune femme m'avait demandé de plus amples détails j'aurai bien été obligé de concéder un peu de la vérité. Évidement que l'on avait rit, les malheurs des puissants n’apitoient pas le petit peuple et le moindre éclat de ridicule est un prétexte aux gausseries de tavernes. Ce serait mentir que de lui affirmer le contraire, toutefois je sais comme les humiliations peuvent être dures à vivre pour les jeunes femmes et en tant que ma cliente j'entends la ménager.

J'étouffe donc mon soulagement lorsque la conversation se reporte finalement sur mon pays, le Val, ses eaux froides et ses montagnes étranges. Beaucoup de qualificatifs pour désigner les terres des Arryn mais j'avoue que celui de "romantique" n'est pas forcément le premier qui me serait venu en tête. Cette remarque me tire un sourire : voila bien une parole de femme, les hautes altitudes sont peut-être belles à contempler de loin mais il ne fait pas bon s'y promener, surtout seul.

- Romantique, cela dépend de la compagnie. Je réponds, me prenant un peu au jeu de la plaisanterie. Je ne souhaite à personne un dîner aux chandelles avec un membre des clans des montagnes.

Il faut bien dire que ceux-là sont terribles. Gamin, ma mère-de-lait me racontait des histoires à leur propos et que si je n'étais pas un peu plus sage, l'on viendrait m'enlever pour élever des chèvres là-bas si haut que jamais mon père ne me retrouverait.

- Vous savez, nos expéditions restent subordonnés à des impératifs économiques et aux dangers potentiels, et puis je n'ai pas encore voyagé tant que ça.

Je le dis avec une pointe d'honnêteté que je tente de dissimuler. Je ne vais pas m'inventer une vie mais à choisir je préfèrerai bien qu'Arianne Sand me considère bel et bien comme un grand aventurier. Tu parles, ma formation est encore bien pauvre comparée à certains de mes camarades.

- Enfin, au final c'est aux capitaines et à l'armateur de décider d'un cap, un jour je serai les deux à la fois.

J'ajoute avec un sourire.

- Vous êtes de la famille royale, vous serez plus libre que bien des gens qui ne quitteront jamais leur village natal. Si un jour l'envie de voir le nord vous intéresse, je se... nous serons ravis de vous proposer une place dans l'une de nos expéditions. Et puis la diplomatie fait voyager et...

Je me tais. Je commence à parler un peu trop librement de choses dont, il faut bien le dire, j'ignore beaucoup. Camouflant un rougissement dans l'obscurité du soir, je préfère autant changer de sujet. Quelle légitimité ai-je, moi, pour donner des conseilles à une Martell ? Et puis, à force de discuter, je pourrai presque en oublier la raison de ma présence ici. Nestar m’écorcherait vite si je rentrai l'air béat au bateau sans ayant absolument rien vendu à cause des beaux yeux de la princesse du désert.

Nous reprenons donc là où un saut d'eau nous avait interrompu sur le port. Cette fois, pour ne pas rappeler de mauvais souvenir, je commence par lui présenter une parure qui sembla lui faire grand effet. Je ne peux réfréner un sourire devant son enthousiasme. C'est vrai que nos produits sont de bonne qualité et je me prends soudain à remercier mon père de s'être spécialisé dans le luxe : outre la rentabilité, on y fréquente quand même des gens d'une classe indéniablement supérieure.

D'un signe, Arianne Sand fait intervenir l'une de ses dames que je n'avais pas encore remarqué alors. C'est elle qui l'essaye, ce qui me surprend d'abord puis je le comprends ensuite. J'imagine que l'on juge plus aisément de la beauté d'un collier en le voyant porté sur une autre ? Un pas en arrière je me fais discret alors que la jeune femme tourne sur elle-même pour se laisser voir sous toutes les coutures. C'est affaire de femme, j'imagine et même si je serai bien resté profiter aussi du spectacle ce n'est ni mon rôle ni ma place.

Au lieux de cela, je retourne vers ma caisse préparer le reste des produits. Des robes, entre-autre, puisque c'était cela qui semblait intéresser Arianne sur les quais. Entre-temps, une seconde servante s'est approchée et me sourit, je le lui rends, avant de lui remettre la toilette.

- Celle-ci a été confectionnée à partir d'un tissu venant de la région des Quatre Doigts, elle se rapproche plus de l'esthétique du Nord puisque vous en parliez mais la coupe est... adaptée aux températures de Dorne.

Une manière de dire que contrairement aux grossières fourrures que portent les barbares du Nord, cette étoffe-ci est beaucoup plus délicate et aérée. Je ne suis pas fou au point de proposer des vêtements d'hiver à une Dornienne.

Arianne me demande alors s'il est possible que l'une de ses suivantes essaye la robe pour elle, comme elle l'a fait avec le collier. Un doute me traverse l'espace d'un instant, ayant encore peu l'habitude de ce genre de vente pour la Haute Société j'ai d'abord le réflexe de protéger la marchandise mais je me raisonne : je m'en fais sans doute trop. Mon hôte m'assure que tout éventuel dégât sera payé et puis de toute façon je ne suis pas vraiment en position de refuser. Ce serait mettre fin à la vente, passer pour un goujat et m'aliéner une cliente.

Je hoche la tête d'un air assuré.

- Aucun problème, bien entendu.

Un moment je me demande quand même s'il faut que je me retire dans l'anti-chambre ou je ne sais quoi. C'est terrible comme j'ai l'impression d'être maladroit en tout, l'âge sans doute. En tout cas, mes hôtes n'ont pas l'air de se formaliser de ma présence et la jeune femme qui portait le collier se glisse derrière un paravent dont, je ne peux pas le cacher, les jeux de lumières font ressortir l'ombre de celle qui se change derrière. Est-ce là une simple expression innocente des mœurs de Dorne où le corps se dévoile plus aisément, ou bien suis-je au milieu d'un petit jeu dont je peine un peu à saisir tout le sens ? Ces deux idées s'opposent mais sont également séduisante, le fait est que depuis ce matin c'est la seconde fois qu'on me laisse à voir des formes dorniennes, de ce point de vue là je ne suis pas déçu du voyage.

Par prudence néanmoins, je détourne le regard. S'il semble admis de se montrer, je ne sais pas ce qu'il en est de regarder et dans une si prestigieuse cour je préfère autant ne pas prendre de risques. Mes yeux se portent sur les jardins en contre-bas que je fixe d'un œil un peu absent. Si les paysages qui s'offrent à moi sont toujours à couper le souffle, c'est une autre vision qui hante mon esprit pour l'heure.

- J'ai amené également deux autres toilettes, heu, si vous le souhaitez. L'une est en soie de Braavos, leurs commerçants passent plus facilement par le Val qu'au reste du Westeros, et la seconde vient de Goëville, heu... c'est une superbe pièce, oui...

J'en perds un peu de mon éloquence, j'espère que ça ne se voit pas trop mais également de ma débrouillardise ce qui a tendance à m'agacer et à refaire naitre en moi un peu du stress que je pensais avoir vaincu tout à l'heure.



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MessageSujet: Re: La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé]   La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé] EmptySam 27 Mar - 22:36

-  En effet, je peux espérer visiter d'autres terres par delà nos frontières en raison de la position avantageuse de ma famille. Cependant, on dit que le continent n'est pas encore certain et assuré pour quelques visites de courtoisies dans des cours étrangers, et je doute que ceux-ci puissent accepter une famille étrangère dans un but purement oisif. Si vous venez à visiter de nouveaux Royaumes, je vous serais bien reconnaissante si vous pouviez m'écrire afin de faire part de vos découvertes et de vos sentiments.

Tous bons marchands savaient qu’il était dans leur intérêt que d’avoir un commerce ou une alliance commerciale avec la Principauté de Dorne. Je ne faisais pas preuve d’un quelconque nombrilisme : nous avons une excellente relation commerciale avec le continent voisin, Essos, et nous avions des produits d’artisanat de grandes qualités. Par contre, il fallait savoir observer quelques usages. Les marchands les plus aguerris savaient comment commercer convenablement au sein de la Principauté de Dorne, alliant habilement pudeur et intérêt commercial. Les abrutis ou les incapables échouaient, soit en interrompant la négociation pour une question de pudeur ou d’honneur, soit en perdant leur temps à observer les courbes d’une femme ou d’un homme et acceptant toutes les offres ruineuses possibles.

Lui, ce Liriam, semblait être prometteur. Là où mes servantes s’amusaient à lui faire tourner la tête avec leur jeu d’ombre et de lumière, je l’observais discrètement. Ce petit éclat d’intérêt dans son regard à l’égard d’une des deux Dorniennes, ainsi que son geste gentilhomme – fixer les jardins – n’échappent pas à mes yeux. La suite ne me déplut pas, au contraire ! Il proposait de nouvelles toilettes, quoiqu’en balbutiant un tantinet.

Ce n’est pas grave. Ils agissent tous de la même manière, au début. J'éprouvais un tantinet plus de sympathie à l'égard du jeune homme.

Les toilettes étaient essayées et les accessoires étaient portés, et mon choix commençait à se dessiner et à s’affiner. Je ne désirais pas tout acheter, mais je ne pouvais pas passer à travers certaines pièces de très grande qualité ou d’une belle coupe. Là où mes servantes s’amusent à couvrir de regards langoureux le jeune marchand, ou à tourbillonner autour de lui avec des rires, du vins et de petits gâteaux, ou à l’interroger pour quelques histoires, mon attention ne se portait que sur les produits. Si les hommes portaient des épées ou des haches comme armes, nous avions simplement notre corps. Là où ils se protégeaient de leurs armures bien lourdes, nous avions nos robes et nos colliers. Si les femmes avaient autant de droit qu’un homme au sein de la Principauté, cela ne signifiait pas qu’elles pouvaient se comporter comme eux – ou s’habiller comme eux. Il fallait respecter, malgré tout, une certaine retenue propre à son sexe.

- Je veux cet œil de griffon, posé sur ce collier de mailles. Je le porterai avec ce tissu de la région des Quatre Doigts. Ils se marient à ravir. Par contre, je ne prendrai que cette toilette, de Braavos. J’ai déjà une robe similaire à la seconde , indiquais-je. Les produits d’Essos m’étaient familiers, et j’en garnissais déjà généreusement ma garde-robe – même si mes tenues achetées des marchands valois représentaient l’écrasante majorité. Oh, je vais aussi prendre ce beau bracelet.

Mon regard se perd à nouveau sur les quelques produits restants, et je déplore – encore – l’absence de tenues un tantinet plus sensuelles, si je puis dire. Toutes ces toilettes étaient faites pour le « paraître », dans le public, mais je ne voyais que peu de toilettes à la fois simples et agréables au touché et à la vue également. Je ne saurais dire exactement ce que je désire, et c’est bien la raison pour laquelle je garde mon silence. Soit, contentons-nous de nos achats d’aujourd’hui.

- Votre capitaine semble s’amuser à votre dépend. Il vous fait venir ici, seul, en sachant pertinemment que vous ne serez peut-être pas aidé pour transporter toutes ces belles marchandises. Dîtes-moi, est-il bon avec vous ?



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MessageSujet: Re: La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé]   La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé] EmptyLun 5 Avr - 18:20

L'idée d'entretenir une correspondance avec une princesse - fut-elle bâtarde - avait indiscutablement quelque chose de séduisant. Toutefois, pas complètement fou et pour m'être déjà fait une fois ou deux roulé par de belles paroles proférées par un beau minois, par prudence je suspectais là quelque politesse plutôt qu'une véritable invitation. Après tout, la noblesse se caractérisait avant tout par ses bonnes manières et il n'était ainsi pas surprenant qu'elle les dispense plus largement que les gens du commun. Néanmoins, ne voulant pas non plus qu'un excès de suspicion me fasse passer à côté d'une telle occasion, je me munissais d'un grand sourire pour répondre avec un hochement de tête enthousiaste.

- Chez les fer-nés, les femmes possèdent leurs propres navires, c'est chose connu. Et je sais que Dorne se montre plus permissive sur les droits du beau sexe alors... rien ne s'oppose vraiment à ce que vous deveniez capitaine un jour, ne pensez-vous pas ? Je dis d'un ton badin. Pour ce qui est de vous écrire, soyez assurée, je n'y manquerai pas !

J'aurai pu ajouter "pour rien au monde" mais enfin cela aurait pu sembler quelque peu excessif et je mettais un point d'honneur à ne pas trop m'emballer comme, je le savais trop bien, j'en avais parfois l'habitude. Pour le moment tout se passait plutôt bien, il s'agissait encore de ne pas tout gâcher avec un comportement inapproprié. La première chose que m'avait appris Nestar, c'était d'assurer les affaires avant le plaisir, et la première chose que m'avait appris la rue c'était de se méfier des gens de haute naissance. Leur fréquentation était aussi lucrative que dangereuse, on ne savait jamais très bien ce qui pouvait leur passer par la tête, aussi fallait-il souvent avancer à tâtons avec eux, prudemment, doucement. Même si quelque voix persifleuse ne pouvait m'empêcher de me souffler, alors que je présentais mes produits, qu'avec cette princesse là les tâtonnements pourraient se révéler particulièrement tentant.

Je chassais néanmoins ces idées comme on gronde un enfant. J'étais un homme maintenant, assez assuré pour qu'on m'envoie seul mener les affaires de mon père, et à seize ans révolus j'estimais être capable du minimum de sérieux que nécessite le commerce. Hors de question de me laisser tourner la tête - voire pire : arnaqué - à cause des charmes du Dornienne. Qu'aurait dit Nestar alors ? Et mon capitaine ? A coup sûr en plus de prendre une rouste, j'aurai été bon pour entendre parler de cette histoire pendant toute la prochaine décennie, non décidément cette idée me révulsait et c'est ainsi, peut-être par excès de pudeur, que je choisissais de détourner les yeux des ombres fascinantes du paravent où se changeaient les suivantes de la princesse.

Le jardin n'avait malheureusement pour moi rien d'aussi attrayant à cet instant et je lui trouvais presque quelque charme fade en comparaison de ce qui se jouait dans mon dos. Mais quoi, qu'y pouvais-je sinon respirer un peu plus profondément pour tenter de calmer mes ardeurs et me concentrer sur mes mots pour ne pas trop bafouiller.

J'y arrivais presque, d'ailleurs, répondant aux sollicitations de la manière la plus polie qu'il me soit possible, alors que les dames de compagnie d'Arianne me faisaient l'effet de je ne sais quel essaim de papillons parfumés et chatoyant, tourbillonnant autour de ma tête pour réclamer anecdotes et proposer vin et gâteaux. Il fallait bien avouer qu'après plus d'un mois en mer, j'avais en une seule soirée eu largement mon compte de dépaysement, et c'était là loin d'être désagréable, seulement... troublant, entre mes articles, la conversation et le vin, j'avais l'impression de jouer autant de rôles à la fois, ne sachant littéralement plus où donner de la tête.

C'est finalement presque avec une forme de soulagement frustrant que j'entendis la princesse Arianne annoncer qu'elle prendrait la robe du Val et l’œil du Griffon ; ainsi qu'un bracelet que je me dépêchais de lui présenter. Soulagement parce que son choix scellait en quelque sorte ma mission par une réussite et me dépossédait du poids qui jusque là alourdissais mes épaules et me faisais sans cesse au fond un peu craindre pour mes articles. Frustrante car elle annonçait un peu la fin du concert de sensations que m'offrait cette entrevue et duquel j'étais déjà un peu ivre.

Tout en terminant les préparatifs des produits et en donnant quelques recommandations pour leur entretien aux suivantes, j'entendis soudain à nouveau la voix d'Arianne reprendre sur un nouveau sujet, un peu plus personnel. Me retournant vers elle, je marquais un instant d'hésitation. Bien sûr que j'avais à redire de la vie en mer, elle était loin d'être facile tous les jours et même si je m'y étais habitué à présent, en tant que fils du propriétaire j'avais très vite compris que je garderai toujours un statut un peu à part du reste de l'équipage. Cela avait ses avantages parfois et dans l'ensemble je ne m'en plaignais pas, mais il arrivait aussi que cela provoque ce genre de mésaventure et autant je n'avais rien d'autre envie que de raconter ma vie à la jeune femme, autant il était hors de question qu'elle me prenne pour un geignard, j'en serai mort de honte !

Finalement, je décidais de botter en touche.

- Honnêtement, si cette mission avait pour but de me mettre dans l'embarras, c'est un échec : je passe une très bonne soirée. Répondis-je en ravalant un léger rire. Elle valait bien de porter une malle en tout cas.

Bien sûr je n'allais pas révéler à la princesse le stress dans lequel m'avait au départ mis l'annonce de notre entrevue, ni celui qui jusque là encore m'avait fait craindre de tout rater. Mais à présent que la vente était conclue, j'étais déjà un peu plus détendu et même disposé à en rire. Le palais était merveilleux, ses jardins aussi et la compagnie loin d'être déplaisante. Tout cela je n'en aurai pas vu le dixième si mon capitaine avait décidé d'envoyer quelqu'un d'autre et certainement que ce rendez-vous aurait été bien moins plaisant si j'avais dû supporter la présence d'un des marins.

- Il est dur. Je dis d'un ton plus sérieux. Mais c'est nécessaire lorsqu'on commande un navire, et cela nous endurcit nous aussi. Quant à se moquer... je dirai que tout le monde y passe un jour ou l'autre. Cela participe de la cohésion de l'équipage, je pense, c'est difficile de garder trop d'amour propre quand vous passez la journée trempé d'eau de mer et des mois entiers avec le même petit groupe de gens à vous serrer dans une cale.

J'espérais que ces explications imagées ne viendraient pas horrifier ou choquer la jeune femme, mais elle m'avait paru un minimum débrouillarde et je le croyais d'un bois plus solide que les petites demoiselles qui se pâmaient dès qu'on évoquait un peu la sueur et la merde.

- Mais c'est vrai qu'en tant que fils de l’armateur... je hausse les épaules, mon regard se perd dans les frondaisons. J'imagine que la blague est plus savoureuse quand c'est moi qui prend. Au fond, ce n'est pas bien grave, un jour ce seront mes hommes et ils le savent, tant qu'il y a du respect je suis prêts à ne pas trop me formaliser. De toute façon, à quoi cela servirait-il ?

Mon regard revint sur elle, la fixant dans les yeux.

- Je parle un peu trop, je pense.



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MessageSujet: Re: La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé]   La colombe qui se baigne parmi des poissons [Tour IX - Terminé] EmptySam 10 Avr - 1:55

J’étais rarement lassée des conversations avec des personnes étrangères. Tantôt elles me miroitaient quelques contrées lointaines, tantôt elles me décrivaient des aventures surprenantes – du moins, aux yeux d’une Dornienne qui n’avait connu que la Principauté et quelques villes d’Essos –, tantôt elles partageaient quelques tracas quotidiens qui n’étaient point étrangers à un Dornien. L’amour déçue ou répondue, la famille chaotique ou chérie, les amitiés fausses ou vraies … il était agréable et triste à la fois de savoir qu’il n’y avait guère de différence entre deux hommes de deux peuples différents, lorsque ces derniers commençaient à décrire leurs soucis et tracas. Les Rois, les Reines, les Princes, les Princesses, l’Histoire et quelques Lois étaient la raison de toutes ces frontières et de tous ces à priori entre voisins, ou lointains peuples. Evidemment, je ne partage nullement ces pensées avec quiconque, tant elles sont farfelues et étranges. Or, je ne désirais pas être traitée de folle ! Être une bâtarde était déjà, en soit, une tare.

- Vous faites preuve d’une grande noblesse d’âme vis-à-vis de votre Capitaine et de votre équipage. Je ne doute pas que vous deviendrez un excellent marchand, et Capitaine, dans l’avenir. J’ai grandement hâte pour notre prochaine rencontre, où vous aurez encore bien des choses à dire et bien des marchandises à présenter, lui répondis-je, le sourire aux lèvres.

Mon regard ne tarde pas à quitter le joli visage du jeune homme pour contempler mes achats. Si j’aimais notre conversation, je devais admettre que j’avais grande hâte de me retrouver seule afin de réfléchir sur les différentes combinaisons de toilettes possibles, et les événements où les porter. Il était bien difficile de se pencher sur un tel sujet avec un homme qui vous susurre des histoires sur des Montagnes mystérieuses et dangereuses.

- Nous devons malheureusement nous séparer pour cette soirée. J’aurais sûrement pu vous noyer de nombreuses questions, mais je dois avertir la bonne personne de ces achats, afin qu’elle puisse établir les comptes en temps et en heures et avant votre départ.

Ce n’était pas un mensonge, entièrement, mais ce n’était pas non plus la vérité. Je désirais être seule et profiter de ces coûteuses marchandises sans plus tarder !

- Vous semblez avoir un grand intérêt pour nos Jardins, et vous avez fortement raisons. Il existe bien des merveilles de jours comme de nuits. Il serait fort dommage que vous les ratiez, alors que vous êtes venus jusqu’ici.

Si mon ton était sans malice, elle semblait être le prélude d’une nouvelle proposition et aventure.

- Si vous le souhaitez et que vous n’êtes pas pressés, mes servantes pourraient vous guider pour les découvrir. Quant à votre malle, vous pouvez le confier à un garde, non loin de l’entrée, et ainsi visiter sans un quelconque poids.

Il y avait peu de chance qu’un voleur tente de fouiller dans une malle gardée par un garde, au sein même du Palais. Et ce garde, lui-même, avait peu de chances de voler : je savais exactement à qui une telle tâche pouvait être confiée sans que la personne n’abuse de son statut ou de son rôle. Quant à ladite visite par les servantes, je ne doutais pas un instant qu’elles sauront se montrer plus qu’agréable dans le secret de la nuit, et dans quelques coins reculés ou isolés de nos jardins même. Qu’importe ! Chacun, et chacune, était libre de disposer de son temps, de ses loisirs et surtout de son corps.



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