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 Le Maître fait décidément bien les choses!

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MessageSujet: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptyVen 27 Nov - 11:19


Quelle drôle de journée ! Une première, ou presque, dans la vie de Shaera. Cette nuit, le Maître l’a gratifiée d’une vision particulièrement intense, et sans queue ni tête, une vision qui avait laissé sa prêtresse dubitative, interrogative… Un peu perdue. Comprendre ses visions étant le premier de ses devoirs, avant n’importe quel autre, la femme à la chevelure argentée a passé la majorité de la matinée dans sa tente, isolée. Elle a eu beau se torturer l’esprit pendant des heures, aucune interprétation plausible ne lui est venue, rien, si ce n’est un instinct dévorant, un besoin d’espace, une nécessité de solitude. De vraie solitude. Le soleil était déjà haut dans le ciel quand elle a fini par sortir, vêtue de sa sempiternelle robe rouge, son châle plié sur le bras. D’un pas décidé, elle a rejoint la tente du roi, patiemment attendu qu’il accepte de la recevoir, et lui a poliment demandé s’il accepterait de lui prêter un cheval, quelques heures. Elle ne s’est pas étendue sur les détails, et le roi Lyham s’est montré assez compréhensif, en voyant qu’elle éludait, pour ne pas insister. De toute façon, rien en son pouvoir n’aurait pu décider la prêtresse à parler si elle n’en avait pas envie. Il le savait. De ce fait, plutôt que de s’aliéner la femme en rouge, il a préféré la laisser à cette liberté de laquelle il ne l’avait encore jamais privée. Ce dont elle lui est reconnaissante.

Après, donc, ce court entretien, elle avait pu gagner les écuries, glisser son châle dans l’une des sacoches accrochées à la selle, au cas où, et dans l’autre, quelques maigres provisions, pour enfin elle-même se mettre en selle, et quitter le camp, seule. Shaera n’a jamais été inquiète par l’idée de battre la campagne, malgré sa foi écarlate. Jamais on ne s’en est pris directement à elle, tant qu’elle avait de quoi payer. Vivre dans le camp Tully lui avait permis de conserver son maigre pécule, aussi avait-elle encore de quoi, le cas échéant, sauver sa vie. Cela étant, ce n’est pas comme si elle avait l’impression de la jouer, en parcourant la campagne du Conflans. Le Maître la guide, et elle est prête à accepter toutes les épreuves qu’il pourrait mettre sur son chemin. De chemin, d’ailleurs, il n’y avait pas dans sa vision, alors elle les a quitté, ce qui était plutôt malin, indépendamment de tout, puisque ça limitait ses chances de faire de mauvaises rencontres.

Le soleil était sur le déclin, et la prêtresse se demandait si elle devait renoncer, quand elle a fini par trouver ce qu’elle cherchait, même si elle l’ignorait jusqu’à maintenant. Après des heures d’errance dans la forêt sans croiser autre âme qui vive que celle des animaux sauvages, manifestement rarement dérangés, elle est arrivée en bordure d’une clairière au centre de laquelle trône une vieille cahute. Sans doute l’ancien domaine d’un bûcheron, parti ou mort depuis une éternité. Reconnaissant l’endroit dont les reliefs se superposaient à des images enflammant sa rétine, Shaera met pied à terre, et récupère ses provisions. Vu l’heure, relativement tardive, elle ne rentrera pas au camp du roi ce soir. Si elle ignore les raisons pour lesquelles R’hllor l’a conduite jusqu’ici, elle apprécie. Il y a longtemps qu’elle ne s’est plus recluse dans le silence, ni n’a nourri sa spiritualité d’un jeûne.

Sans traîner, elle se met au travail et prépare de quoi allumer deux feux. Le premier, dans l’âtre de la masure pour la réchauffer, tenter d’en chasser l’humidité avant que ne tombe celle de la nuit. Le second, dehors, pour tenir l’Autre à distance de son refuge. Pour une prêtresse de R’hllor, ce genre d’exercice n’est qu’une bagatelle, ce qui permet à Shaera d’en avoir vite terminé, et d’ainsi pouvoir faire chauffer de l’eau pour, plus tard, un peu de thé. Et, justement, c’est au moment où l’eau se met à bouillir que de discrets coups se font entendre, frappés à la porte de la masure. Pleine de curiosité, la prêtresse s’empresse d’aller ouvrir… Si la surprise est trop fugace pour être perceptible, son plaisir, de voir le visage de l’étrangère, rencontrée des années plus tôt en Essos, lui faire face à présent, est évident. « Bonsoir ! Vous êtes pile à l’heure pour le thé. Je vous en prie, entrez. » Ouvrant la porte de la petite masure comme si elle était chez elle, Shaera s’écarte pour laisser entrer et se mettre au chaud Arianne et sa suivante, derrière laquelle la prêtresse ferme la porte. « Faîtes comme chez vous, prenez-place… » Elle les invite, les orientant vers la petite table qui trône au milieu de la pièce avec ses quatre chaises, pendant qu’elle-même dispose trois verres en terre cuite ayant survécu à l’abandon, et lavés un peu plus tôt dans une rivière, non loin. C’est sans se laisser perturber une seule seconde, mais particulièrement satisfaite d’avoir suivi avec assez de foi les morceaux de pain laissés à son attention par le Maître, que Shaera sert ensuite ses invitées en thé, et leur présente les quelques provisions qu’elle avait emmenée. Un peu de pain, du fromage, un peu de vin et un petit peu de jambon. Rien d’extravagant, certainement pas de quoi avoir le gros ventre, mais de quoi reprendre un peu de forces. « Et bien ! » Finit-elle par lancer. « Vous semblez dans une position bien différente de celle que vous occupiez lors de notre dernière rencontre… » Elle lance, sans méchanceté, mais amusée par le revers du destin malgré tout. Que lui avait-elle dit ? Son statut pourrait changer… Elle qui avait des airs de princesse lors de leur rencontre en Essos faisait à présent figure de vagabonde. Forcément, Shaera est dévorée de curiosité. Aussi, c’est en s’asseyant sur sa chaise, une fois tout le monde servi en thé et les provisions à disposition sur la table, qu’elle darde le violine de ses yeux sur Arianne. « Me raconterez-vous vos péripéties ? Elles ont l’air passionnantes… » Elle demande, gentiment, le regard brillant de curiosité.



   
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Shaera de Volantis
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MessageSujet: Re: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptySam 28 Nov - 23:33

Aider de pauvres âmes perdues, solitaires ou malades dans un hospice ne m’avait jamais rebuté. Au contraire ! J’appréciais d’apporter un peu de joie et de chaleur à ces corps et à ces esprits endoloris par les dures conditions de vie ou par les aléas de la guerre. Les Puissants prenaient des décisions, les alliances se faisaient et se défaisaient, les armées se battaient entre elles et les bardes chantaient hauts et forts la bravoure de l’une ou de l’autre des forces. Cependant, il n’était jamais question de ces femmes, de ces enfants ou de toutes personnes en incapacité de se battre, qui pleuraient des défunts ou qui voyaient famine en raison d’une terre ravagée. Ils étaient laissés pour compte. Une réalité à laquelle ma tendre mère m’avait sensibilisé, durant mon adolescence, lorsque les fastes et la grandeur de la Cour de Lancehélion m’avaient rendu aveugle. Hommes de la Principauté de Dorne, ou Hommes du Conflans – ou d’ailleurs –, ma peine était inchangée. Ils n’avaient nul droit au chapitre et, bien souvent, n’avaient même pas versé une goutte de sang.

J’avais donc aidé l’hospice qui se trouvait à Haye-Pierre, sans aucune arrière-pensée, si ce n’est avoir un sentiment d’utilité et avoir une opportunité de quitter la compagnie de la Reine. Une noble tâche qui m’avait inspiré, il y a quelques temps, une idée tout autre : Fuir. Les rares nouvelles que je recevais de la Principauté m’avaient suffisamment inquiété pour me priver du rare repos dont je pouvais me targuer ces dernières semaines. Une seule question me hantait depuis : pourquoi est-ce que j’aidais ces inconnus, quand mes frères et ma sœur étaient, peut-être, en danger ? Je savais que l’armée avait connu, en partie, la désertion. Depuis, les nouvelles manquaient. Et c’est entre ces nuits longues et sans sommeil, et ces constants allés et retours entre la demeure des Bracken, maison natale de la Reine, et l’hospice qu’un plan s’était construit dans mon esprit.

Par vanité, j’avais raté une opportunité suite au coup d’Etat d’Heda Volmarck, ancienne bras droit du Roi. Aujourd’hui, une nouvelle opportunité se présentait à moi, et je me refusais de commettre la même erreur. Je ne pourrais pas me pardonner, si je ne la saisissais pas. Et c’est ce que j’ai fait, avec l’aide de mes deux serviteurs – les seuls qui m’avaient suivi depuis Dorne, et sur ma demande. Chacun de nous avait à accomplir une tâche spécifique, moi y compris. J’avais à coudre et à broder les différents insignes que nous porterons durant notre fuite, ma servante Perle aurait à se fournir en potions pour le périple à venir et mon loyal serviteur Emris devait sympathiser avec les hommes et la population et découvrir les différentes règles qui s’appliquaient en temps de guerre. Trois activités qui n’attireraient jamais l’attention d’hommes d’armes qui se préparent à une bataille importante contre les forces impériales. Trois tâches qui avaient porté leurs fruits. Emris était parti plus tôt, sous prétexte d’être messager à mon nom auprès de ma sœur, Deria, pour un quelconque projet d’alliances renforcées entre ce Royaume et le nôtre. Sa véritable mission était d’essayer d’anticiper la trajectoire la plus sûre : vers l’Ouest, ou vers les terres de l’Empire. Quant à Perle et moi, nous avons profité d’une visite habituelle à l’hospice pour trouver un moyen de distraire les deux gardes attribuées à ma protection – ou surveillance – et fuir avec des tenues de lépreux.

Les hommes en charge de la surveillance des environs n’avaient même pas daigné à nous approcher, s’étant contenté de vérifier que nous ne cachions rien sous nos capes, à distance considérable. Mon visage était couvert en partie de bandage, mes cheveux attachés en chignon, et ma peau couverte autant que possible par une tenue d’une matière grossière et bien sale – une vieille tenue récupérée de l’hospice. Et c’est ainsi que j’avais retrouvé la liberté. Et La Liberté n’avait jamais eu un goût aussi exquis qu’en ce jour, qu’importe cette peur qui faisait battre mon cœur furieusement, qu’importe cette dégaine désastreuse et misérable et qu’importe les dangers et le trajet solitaire qui s’annonçaient. Je n’étais plus « otage », « invitée » ou « esclave » d’un autre et je ne le serais plus. Et c’était tout ce qui comptait.

Perle me presse pour que nous avancions, et que nous nous rendons à un point de rendez-vous avec Emris – à une journée de trajet du domaine de Haye-Pierre, vers le Nord. Je m’exécute sans tarder, consciente que le temps jouait à notre faveur certes – mais pas pour longtemps. A tout instant, les gardes se rendront compte de mon absence et, après une courte ou longue recherche, constateront ma disparition. Alors, il ne sera qu’une question de temps avant que Yoren ne l’apprenne. Si je ne suis pas sa priorité, je doute que ma fuite soit à son goût. J’avais donc à m’enfoncer dans les territoires qui ne sont pas sous influence de cet homme, soit vers le Nord, et très vite. Les longs mois de campagne militaire et mes longues années d’entraînement intensif à la danse avaient forgé un corps plutôt résistant aux marches forcées, mais sur une courte durée évidemment.

Nous avons évité des troupes diverses, tantôt appartenant à Yoren, tantôt impériales … Les rares rencontres fortuites faites, au milieu de forêts et de verdures, s’étaient limitées à des hommes proposant quelques piécettes en échange de nos corps – lépreuses ou non, cela ne semblait avoir aucune importance. Nous avons décliné et ils se sont tout simplement éclipsés, à mon grand bonheur. Je n’étais pourtant pas naïve. C’était le calme avant la tempête : j’avais à quitter cette maudite zone avant que la guerre n’éclate, et que les pillages et les viols soient une normalité. Plus le soleil déclinait à l’horizon, et plus Perle se montrait méfiante. La dame semblait être une simple servante, mais elle savait se battre et à planter une dague convenablement et avec force dans le cœur d’un homme. Elle avait été entraînée pour protéger les membres de la maison Martell, dans l’Ombre, jusqu’à sa mort. Une présence silencieuse, qui me rassurait naturellement. Sans elle, je n’aurais pas osé une telle expédition.

- Je fatigue, Perle
, susurrais-je, le soir ayant bien avancé et mes pieds bien douloureux. Et puis, nous devons faire un feu, pour qu’Emris vienne à nous. Ou à l’inverse, nous devons nous diriger vers un feu. C’était ce que nous avions convenu.

Mes prières furent entendues, il semblerait, car soudainement, non loin, je voyais une clarté vacillante. Plus on approchait, et plus on voyait que c’était une cahute. Inquiète pour mon ami, et heureuse à la fois, je m’élance vers la porte et toque, avant même que Perle ne m’en empêche. Celle-ci ne tarde pas à mettre la main sur une dague cachée, prête à bondir sur le premier étranger ou danger probable. Cependant, aucune de nous deux n’aurait pu deviner la surprise qui nous attendait derrière cette porte close.

- Bonsoir ! Vous êtes pile à l’heure pour le thé. Je vous en prie, entrez.

Les années avaient passé, et mes souvenirs n’étaient plus aussi clairs qu’ils l’étaient jadis. Pourtant, je n’avais aucun doute sur l’identité de cette inconnue à la robe écarlate. Elle m’avait marqué considérablement à l’époque et avait été à l’origine de bien de mes habitudes depuis. Si mère m’avait initié aux malheurs d’autrui, ce sont les paroles de la prêtresse qui m’avait poussé à faire des visites régulières. Car je voulais être gentille, et généreuse. Et je m’y suis appliquée sérieusement et avec ferveur.

- Shaera …

Perle se détend aussitôt, comprenant que je connaissais l’inconnue. Ma servante s’installe, aisément, confiante subitement. Pour ma part, je suis tout simplement, incapable de parler, de penser ou de comprendre. J’avoue n’avoir écouté que vaguement ce qu’elle disait. A sa question, j’allais répondre avec mes propres questions.

- Comment est-ce possible ? Vous devriez être en Essos, à … respecter la volonté du Maître. A étudier ses visions. A … à … Que faites-vous ici ? Et maintenant ? Nous sommes à Westeros ... et c'est la guerre ... C'est de la folie. C'est impossible. Et … et vous vous souvenez de moi ?

Et je ris. Et je ris aux éclats. Et je tremble. Et je pleurs. La situation était drôle, ironique, cruelle et surprenante à la fois. Je ne comprenais pas ma réaction, mais je me laissais vaincre par ce surplus d’émotions incompréhensibles. J’étais lasse de combattre, de prétendre, de retenir ce flot.



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Arianne Martell
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MessageSujet: Re: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptyDim 29 Nov - 10:24


Elle ignorait ce qu'elle allait trouver face à elle au moment d'ouvrir la porte, Shaera, elle savait uniquement que cette rencontre, peu importe avec qui, était voulue par le Maître, et ça lui suffisait. Découvrir Arianne est donc une surprise, mais une surprise des plus amusantes, la preuve, au cas où elle en aurait besoin, que les desseins de R'hllor sont loin d'être hasardeux. Il n'y a pas de coïncidence, il n'y a que des interventions divines plus ou moins explicites. En tous cas, Shaera, pour sa part, est ravie d'accueillir les deux femmes. Elle a l'air de l'être bien plus qu'elles, qui ont des visages de déterrées, ou de lépreuses, plus ou moins, avec leurs bandages. Sans aucun doute, la supercherie marche-t-elle sur les simples d'esprit, mais, pour sa part, il en faut un peu plus pour l'impressionner. Elle a suffisamment fréquenté les miséreux pour savoir que, dans la nature, leur misère est encore plus grande, les chances de survie, de trouver quelque chose à manger, nulles. C'est pourquoi ils ne quittent jamais la ville, et quasiment jamais leur quartier. Shaera ne s'explique, bien évidemment, pas ce que font les dorniennes ici, mais elle est sûre, aussi sûre que peut l'être, qu'elles ne sont pas lépreuses. Après tout, les lépreux, lorsqu'ils n'ont pas d'autre choix que de voyager, le font en procession. Seuls, ils mourraient.

Quoiqu'il en soit, la prêtresse s'efforce d'être accueillante, en son for intérieure, émerveillée de la perspicacité du Maître et plus curieuse que jamais concernant ses desseins. Il n'y a rien d'étonnant, donc, à ce qu'elle montre affable, bien plus que lors de sa première rencontre avec Arianne en vérité, et s'efforce de cajoler, dans la mesure de ses maigres moyens, ses invitées. La suivante de la lady semble réceptive à cet effort, et la prêtresse se flatte de la voir s'installer avec aise, laisser tomber avec un soulagement visible la méfiance et le qui vive, et prendre entre ses mains la tasse de grès pour y réchauffer ses doigts. Bien sûr, Shaera sera curieuse d'apprendre à connaître cette nouvelle âme, pour l'instant, la faim du récit de la vie d'Arianne est plus présente, raison pour laquelle elle en fait son interlocutrice privilégiée, pour l'instant. Si la femme en rouge est détendue, et même égayée par cette rencontre, elle semble décontenancer très fortement la dornienne... Dont les nerfs finissent par rendre l'âme. Le sourire de Shaera s'efface doucement quand la belle jeune femme s'exprime de façon décousue, et incrédule, en lutte avec sa propre logique. C'est, sans doute, l'écueil de trop pour un esprit sans doute torturé depuis longtemps. Arianne revient d'un périple qui semble avoir beaucoup pesé sur sa tranquillité d'esprit.

Sans mot dire, la prêtresse se lève et vient prendre le visage de la dornienne pour le serrer contre elle, son oreille contre sa poitrine, une main lui caressant la tempe et la joue, et l'autre l'épaule. Elle ne dit rien, son visage même n'exprime rien, son cœur bat d'un rythme particulièrement tranquille... Elle espère que son calme inspirera Arianne et l'aidera à se calmer. Pour autant, Shaera garde le silence un bon moment, laissant la dornienne exorciser toute la peine qu'elle a à exorciser, dans cette cahute, où personne si ce n'est sa suivante et elle ne peuvent la voir et l'entendre. La prêtresse n'est sans doute pas une personne de confiance aux yeux de la Martell, mais au moins ne peut-elle lui faire du mal.

Après un long moment au terme duquel les sanglots de l'ancienne otage commencent à se calmer, Shaera la relâche, un peu, caresse ses cheveux, et baisse un visage ayant retrouvé son sourire dans la direction du sien. « Notre première rencontre a eu lieu en Essos, ma Dame... Si je peux me permettre, vous n'aviez rien à y faire non plus, à priori... » Elle glisse, montrant ainsi que, pour sa part, elle goûtait particulièrement l'humour du destin dans cette situation, et gentiment, elle se tourne vers la suivante. « Mademoiselle, voudriez-vous être adorable et aller chercher, dans les sacoches de mon cheval, les tissus que vous y trouverez s'il vous plaît ? » Son châle et quelques bandes de lin, au cas où. La demoiselle est assez gentille pour accepter, même si l'espace d'un instant, la prêtresse a pu voir la méfiance dans son regard. N'importe, Shaera n'a jamais eu d'envies de meurtre, ou de mal. Elle est une force de la vie complètement indépendante, trop détachée pour se laisser atteindre par les malheurs ou bonheurs des autres... Comme le prouve sa réaction vis-à-vis d'Arianne. Certes, elle l'a consolée, mais ce serait une erreur de croire que c'est par compassion. La dornienne doit la croire compatissante, en revanche, pour s'apitoyer une bonne foi sur ses malheurs, avant de réagir et de passer à autre chose. Voilà, le but. Consoler la Martell, lui permettre de sortir tout ce qu'elle peut avoir de détresse en elle, afin qu'elle y voit plus clair pour la suite.

Laissant Arianne finir de se calmer, Shaera reprend tranquillement sa place, au moment où la suivante revient. Gentille, elle dépose dans les bras de la prêtresse le manteau rouge de cette dernière, ainsi que les bandes de lin. La femme à la chevelure couleur de lune en prend alors un et le tend à la Martell. « Allez, ressaisissez-vous, ça va aller... » Elle l'invite, d'une voix douce, avant de se tourner vers la suivante. « En avez-vous besoin aussi, Mademoiselle ? » Elle demande, tendant déjà le lin, que la suivante refuse poliment. Sans se formaliser, Shaera pose le tissu sur la table, et son manteau sur le dossier de la chaise. « C'est précisément la volonté du Maître et l'étude de ses visions qui me valent d'être ici... » Elle reprend, d'une voix un peu plus forte, pour capter l'attention des deux dames et les distraire de leurs malheurs. Amusée, elle incline légèrement la tête sur le côté. « Je pense qu'il serait de bon ton de le remercier, quand vous en aurez l'occasion. » Dans sa voix, pas de menace, pas même l'orgueil de se croire providentielle. Rien, que ça soit dans son ton ou son langage corporel ne laisse à penser que Shaera se gargarise d'avoir été là par elle-même, mais que tout le mérite en revient au Maître, et à lui seul.

« Je suis à Westeros depuis quelques années déjà... » Elle glisse à Arianne, ainsi qu'à sa suivante, espérant que ses quelques mots lui donneront un peu plus de temps pour se rassembler avec elle-même, souffler, et reprendre une contenance. « Je fais partie de ceux que votre sœur a chassés de ses terres. » Elle lui sourit, moqueuse vis-à-vis de la Princesse de Dorne. « A la lecture de ce décret, j'ai compris pourquoi votre spiritualité était moribonde lors de notre première rencontre... » Pas de hargne ou de rancœur dans le ton de Shaera, seulement un constat dur, peu amène. Elle boit brièvement un peu de thé et reprend. « Le roi Lyham Tully m'accorde sa confiance, au jour d'aujourd'hui. Je tâche de m'en montrer digne de mon mieux. » Elle lui sourit gentiment. « Mais... c'est bien le Maître, et uniquement lui, qui m'a poussée à venir ici, Dame... Et, à vous voir, je pense que c'était pour vous aider. De l'aide, c'est ce dont vous semblez avoir besoin... Alors, dîtes-moi... Comment puis-je vous aider ? » Elle demande, son sempiternel et énigmatique sourire aux lèvres, prête à parier qu'il y a une éternité qu'on ne lui a pas posé cette question...



   
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MessageSujet: Re: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptyLun 30 Nov - 23:59

Perle était une curieuse créature que seule Deria comprenait véritablement. Il serait faux de dire que cette femme à l’allure altière et solide était ma tendre amie, mais il serait bien hypocrite de ne pas reconnaître un discret, indéfinissable et solide lien qui nous unissait. Si nous nous confions guère des secrets très intimes – et bien souvent je la congédiais, pour échanger en privé avec Emris –, nous avions vécu suffisamment d’aventures au cours des ces années pour reconnaître que nous dépendions de l’une et de l’autre. Pour moi, Perle était une présence réconfortante, rassurante et inspirante, une lame silencieuse mais efficace qui ne trahissait jamais. Sans elle, j’aurais manqué de courage à bien des occasions. A l’inverse, pour la servante, notre Famille était une raison de vivre : Protéger, ou mourir, voilà comment cette discrète demoiselle pensait. Une vie de servitude avec bien des peines, mais qui la comblait pleinement. Si certains s’adonnaient aux plaisirs de la chair, de la boisson, de la pitance, ou de l’argent, et d’autres se dévouaient corps et à âme à quelques mystérieuses divinités, cette demoiselle avait trouvé sa satisfaction en protégeant notre lignée – enfants légitimes, ou illégitimes. Les motivations n’avaient jamais été révélées à personne, hormis Deria qui en gardait le secret. Et la vérité est que Perle reconnaissait avant tout l’autorité de ma sœur et que c’est cette dernière qui avait exigé que ma protection soit une priorité, à défaut de la sienne. Malheureusement, il existait quatre Martell mais une seule Perle. Il était impossible qu'elle puisse être aux côtés de chacun. Le choix de ma sœur s'était portée à moi, la plus faible de la fratrie, celle qui ne savait pas se battre ou se défendre.

Je pourrais me morfondre, me faire un sang d’encre, pleurer toutes les larmes de mon corps ou me plaindre à longueur de journée, cette compagne ne sourcillerait pas. Elle était résiliée à sa destinée depuis bien longtemps, ayant acceptée l’idée de mourir dans ce voyage hors des frontières de Dorne, loin de Deria – mais malgré tout aux côtés d’une Martell -ou de vivre mais sans plus jamais revoir sa patrie natale ou assister à la naissance de nouveaux membres de la lignée. Une résilience sans émoi, et sans démonstration de sentiments, couplée à un pragmatisme et à une rigueur considérable. Dès lors, j’étais à peine surprise que Perle accorde à peine son attention à ma personne. Je me portais bien, et je ne faisais qu’exorciser un trop-plein d’émotions qui pourrait être néfaste pour la suite de notre voyage. Elle savait que pleurer était un remède et préférait me confier aux bons soins de la Prêtresse, en gardant le silence et en prenant autant de force que possible pour le voyage à venir – et, sûrement, goûter à chaque met proposé avant moi, pour s’assurer de leur comestibilité.

Malgré ce sentiment de me ridiculiser à verser autant de larmes, dans cette vieille cahute partagée avec la pragmatique Perle et cette mystérieuse inconnue, j'étais incapable de m'arrêter. J'essayais pourtant, écoutant autant que possible le récit de la Prêtresse, tentant de suivre le fil malgré mes sanglots et mes hoquets. Contre mon gré, un nouveau rire nerveux franchit mes lèvres lorsqu’elle dit que je devrais remercier le Maître. Et un autre lorsque je fais une curieuse comparaison de nos périples. Elle avait été au sein de la Principauté, comme moi. Elle avait eu à la quitter, comme moi. Et, aujourd’hui, nos chemins se croisaient. Un sentier parallèle, mais à la finalité si différente.  

- J’ai … passé ma vie … à remercier. Et … voilà où j’en suis, dis-je, la voix hachée, la poitrine secouée par des hoquets. Si je remercie encore ... où  serais-je, cette fois ?

Je ne savais pas si ce que je disais avait du sens, si je ne manquais pas de respect à cette femme et à sa croyance, si je ne me montrais pas goujat au vu de ce qu’elle offrait et surtout si je faisais preuve d’un manque de discernement affligeant vis-à-vis de ce « miracle ». La vérité était qu'elle m'avait rappelé, inconsciemment, tout ce que j'avais gardé en moi durant ces longs mois de captivité - car c'était le cas, qu'importe ce que Yoren ou Helena soutenaient ! En fuyant cette prison au grand air, je pensais que tout était perdu, qu'il n'existait plus d'Arianne Martell ou Arianne Sand, que je n'étais attendue par personne et nulle part et que cette tentative avait été futile et stupide à la fois. La Prêtresse semblait me miroiter le contraire, disant m'avoir attendu, m'accueillant avec courtoisie et politesse et se montrant curieuse de ma personne. J'étais attendue, et j'étais écoutée : je ne pouvais pas être plus heureuse qu'à cet instant.  

- Toute une vie … à essayer de mériter une place. Et … et je pensais l’avoir mérité. Et … on m’y a arraché, sans demander mon avis. J’ai serré les dents, j’ai consenti, j’ai accepté ce sort. Je pensais que mon action serait noble, honorable, digne de mon rang et qu’il y avait peut-être une utilité à l’affaire. Non, rien de tout cela ! J’ai été idiote. La plus grosse idiote de Dorne, et peut-être de tout Westeros.

Mes arguments étaient aussi décousus que le fil de mes pensées, et le rythme de mon coeur en désaccord avec celui - si calme et si paisible - de la Prêtresse. Je m'en écarte, comme si je manquais d'air et d'espace. Et je continue, à dire tout ce que j'avais sur le cœur et que personne ne s'était vraiment embêtée à demander. Peut-être Emris, mais je le connaissais, lui et ses faiblesses, lui et ses démons : il bataillait aussi de son côté. Je ne pouvais pas lui imposer ça, pas à lui.

- Martell … J’ai, un court instant, cru que j’étais vraiment une Martell. Je me suis faite avoir, par un nom et par un prestige. Mais je ne suis rien, en vérité. Et, le plus curieux, je m’en suis rendue compte quand un garde ivrogne m’a presque insulté en soulignant toutes les erreurs passées de Dorne, et qu’il s’est ensuite excusé, en disant que je devrais remercier mes geôliers, de ne pas m’avoir donné en « femme-sel » à la moitié du campement. Que c’est ce qu’ils font. Mais qu’ils l’ont pas fait avec moi, car je serais Dorne. Attention, je ne suis pas une Dornienne, je ne suis pas une Martell, ni une bâtarde, ni une invitée, ni une otage … Non, je « suis » Dorne.

Une voix forte, des mots rapides  ... je manque de souffle à quelques reprises. Et puis, à la fin de cet exposé sans queue ni tête, je ris encore.

- Si j’étais Dorne, je serais même pas là. On serait venu me réclamer, pour que je retrouve ma place, je me tais quelques instants, le regard perdu dans le vague, et continue d’une voix moins hystérique, plus calme, presque un murmure. Sauf que je ne suis pas Dorne. Je n’ai pas de place là-bas. Ni nul part.

Perle lève la tête, fronce les sourcils mais ne dit rien. Elle est avare de mots, et encore plus en présence d’un étranger. Elle va sûrement dire le contraire, dire que le sang de Nymor Martell coule dans mes veines. C’est bien vrai, mais c’est que le sang qui coule et rien de plus. Et cela est insuffisant pour prétendre à un nom, un rang, un honneur et, surtout, une place.

- Je me sens pitoyable. Pour avoir cru, à tout ça. Pour avoir accepté, tout ça. Regardez-moi, je pleurs dans une vieille cahute dans une tenue de lépreuse. Je manque à mes manières, et j'ai manqué de respect pour votre hospitalité, et pour le Maître. Car, je devrais ... Non, je voudrais vous remercier. A m'écouter, et à m'attendre, Vous m'avez fait le plus beau présent depuis très, très longtemps. Mais je ne sais pas comment. Je ne sais jamais comment. Il semblerait que rien n'a changé, et que je suis encore trop sotte pour ... comprendre, dis-je, laissant finalement couler les larmes mais plus calmement et plus discrètement, la poitrine plus libre. A bien réfléchir, la dernière fois que je m'étais autant confiée, c'était avec Père, il y a deux longues années maintenant.



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MessageSujet: Re: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptyMar 1 Déc - 11:20

Dans le plus grand des silences, Shaera écoute. Retournant calmement s’asseoir après qu’Arianne l’ait repoussée, la prêtresse rouge s’installe, laisse aller son dos contre le dossier de la chaise, et croise élégamment l’une de ses jambes sur l’autre. Le violine de ses yeux, quant à lui, s’ancre sur le visage de la dornienne et ne le quitte plus. Elle laisse le temps aux hoquets et aux sanglots de sortir, elle laisse à la jeune femme ce qu’il lui faut de temps pour pleurer sur son propre sort, sur ce qu’elle perçoit comme des échecs, des pertes de temps. Elle la laisse exprimer ses peines, son chagrin, sans l’interrompre et surtout sans la juger. Shaera ne peut que déplorer qu’Arianne n’ait pas mieux écouté ses conseils, à l’époque. Peut-être serait-elle dans une position bien différente aujourd’hui… N’importe, ce n’est pas l’important. Ruminer le passé ne sert à rien, n’a jamais servi à rien. Hier ne sert que de tremplin à demain, aujourd’hui est l’élan.

Avec patience, mais, même si elle n’en montre rien, assez peu de compassion, Shaera écoute. Comme elle l’a conseillé à Arianne il y a de cela des années, elle est dedans, et dehors de cette conversation. Une part d’elle comprend parfaitement les désillusions de la jeune femme, comprend parfaitement la peine que cela peut provoquer, mais l’autre part a envie de secouer la tête négativement et de lui dire « Je te l’avais bien dit. » Il y a tellement de choses que la prêtresse rouge aimerait à dire à cette âme perdue qu’est Arianne Martell à cet instant… Un tourbillon, tellement de réponses à lui donner, tellement de prises auxquelles elle pourrait s’accrocher… Elle lui laisse le temps. Gentiment, du bout des doigts, elle vient écarter les bandages couvrant à moitié le visage humide de la Martell, et lui sourit quand, finalement, ses deux yeux croisent les siens. « Vous semblez très malheureuse… Sachez que j’en suis profondément désolée. » Si elle n’a pas compati outre mesure plus tôt, elle est pourtant parfaitement sincère. Pour autant, elle ne compte pas tapoter l’épaule d’Arianne et la consoler à coups de « mais non, mais non » totalement ineptes. Elle ne l’a pas fait pour Lyham, elle ne le fera pas pour elle. Elle n’est pas leur mère, ni leur gardienne. Shaera est un guide spirituel, et, par cette fonction, son rôle est de montrer à ses ouailles le chemin vers la lumière… Mais certainement pas de les y pousser, s’ils s’y refusent. En l’occurrence, elle a tenté ce qu’elle a pu avec la jeune Arianne, qui, à en juger par ses sentiments présents, ne l’a pas écoutée. N’importe. Si d’aventure elle devait repenser à leur conversation d’Essos, elle verrait avec sans doute encore plus de clarté à quel point elle a pu avoir raison.

En femme énergique, volontaire et déterminée, Shaera refuse de laisser trop de temps à la dornienne pour s’apitoyer. C’est contre-productif, aussi ne prend-elle pas une minute pour feindre de s’appesantir sur le sujet. Retrouvant son sourire, elle se redresse. « Vous savez, dans votre malheur, vous avez de la chance… » Le sourire de la prêtresse s’élargit. « Il ne tient qu’à vous que votre bêtise demeure temporaire, et donc que d’ici quelques temps, vous puissiez voir toutes les nuances que vos mésaventures ont forgé dans votre caractère et votre personnalité, puissiez en voir les enseignements… Pour le moment, c’est encore frais, donc vous manquez de recul, mais laissez-vous quelques années… » Son sourire, pétillant, se fait plus doux. « Vous avez laissé les autres vous définir… C’était plus facile pour vous, qu’on vous dise ce que vous êtes, plutôt que de vous demander à vous-même ce que vous étiez… Et maintenant, vous laissez des tiers vous détruire, vous réduire à vous voir comme « rien »… » Elle secoue la tête négativement. « Vous n’avez pas été pitoyable. Vous avez été naïve. La naïveté est jolie. Elle trahit l’inexpérience, l’émerveillement de la découverte, et elle est brisée par les personnes malhonnêtes… Ce n’est pas vous qui devriez avoir honte d’avoir été crédule, mais ce sont bien ceux qui ont abusé de votre confiance. » Elle hausse les épaules.

Revenant au dossier de son fauteuil, son sourire se fait tendre. « Vous et moi sommes des femmes à la fois très différentes, et très semblables… Vous savez, moi aussi j’ai eu le besoin de comprendre… » Son sourire s’élargit, elle repense à tout ce qui a pu l’effrayer, et à tout ce qui aurait dû l’effrayer et qui ne l’a pas fait, dans son enfance… « Et puis le Maître m’a trouvée. Il comble les vides qui me manquent, donne un sens à tout, absolument tout, ce qui se passe dans ma vie… » Elle est on ne peut plus sincère. « Cela prend parfois des années avant que je ne comprenne la suite logique, quelle finalité pour certaines choses… Mais je finis toujours par comprendre, quand les fils du destin s’entremêlent. Comme notre rencontre en Essos. » Elle marque une petite pause. « C’était un prélude à aujourd’hui. Nous ne nous serions jamais rencontrées, je ne serai sans doute pas ici, et nous n’aurions pas cette conversation. » Elle se penche, et vient poser sa main sur celle d’Arianne. « Vous n’êtes pas trop sotte pour comprendre. Vous aviez besoin de temps, et d’éprouver la véracité de notre échange. » Prenant la main de la dornienne, elle y glisse la tasse en thé en grès, pour la réchauffer. « Ce soir, si vous le voulez, nous discuterons encore, et demain matin, quand le feu du soleil reviendra briller sur nous, j’espère que vous aurez des armes nouvelles pour vous permettre d’affronter la vie. » Elle sourit, confiante, relâchant Arianne pour prendre sa propre tasse de thé, et y boire une longue gorgée de thé brûlant. « A partir de maintenant, je ne veux plus rien entendre concernant la façon dont untel ou untel vous voit. Je veux que vous m’expliquiez comment vous vous voyez par rapport à ce que vous faîtes. Donnez m’en les raisons, développez autant que nécessaire, quitte à dire des âneries… Parfois, la seule façon de se rendre compte qu’une idée est une ânerie, c’est de le formuler à haute voix. » La soirée risquait d’être longue, mais aussi, à n’en pas douter, passionnante…



   
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MessageSujet: Re: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptyMar 8 Déc - 21:57

- Vous me demandez de me décrire et, indirectement, vous dire qui je suis. Nous répétons la même scène mais j’ai la sensation que la finalité sera différente, cette fois-ci, répondis-je, le ton las, entourant de mes paumes la tasse brûlante. Oui, je partage votre vision : notre première rencontre était un prélude à celle-ci. Je me souviens parfaitement de cette rencontre. J’avais cru pouvoir acheter la sagesse du Maître avec des présents, et vous m’aviez corrigé tantôt durement, tantôt gentiment. Vous m’aviez aussi partagé des paroles sages vis-à-vis de l’orgueil, et de la jalousie. Vous aviez conclu cette rencontre en m’invitant à travailler sur trois qualités, afin de trouver peut-être le chemin du Maître.

Je repensais à cette gamine de vingt ans, les yeux pleins d’étoiles sur ce nouveau et mystérieux Continent, où des Dragons avaient parcouru le ciel, où des hordes d’hommes chevauchaient de belles bêtes, où l’esclavage côtoyait le faste de grandes cités … J’avais cru avoir écouté, mais il semblerait que non. J’avais été trop naïve, et trop insouciante, m’étant contentée de trouver ces trois qualités. Qu’avais-je choisi ? A force de les appliquer consciencieusement, ces choix étaient devenus une part de moi.

- J’avais choisi la gentillesse, parce que je ne voulais pas ressembler à ma belle-mère, commençais-je, me souvenant aussitôt des traits de cette dernière. Elle était belle. A bien réfléchir, Deria et Roward ressemblaient grandement à cette femme, au fur et à mesure que les années passées. C’était Anders qui avait hérité des traits de notre Père. Quant à moi, je ne saurais dire. On raconte qu’à Dorne, les bâtards sont mieux acceptés et peuvent accéder à de hautes fonctions. Ce n’était pas mon cas. Dès le jour où le Prince Nymor m’avait accueilli à la Cour, ma belle-mère m’avait haï. Elle ne ratait aucune occasion pour se moquer de moi, pour m’humilier, pour me discréditer. J’aurais pu me venger, mais je savais que je n’étais pas de taille et, surtout, je ne désirais pas être aussi … mesquine qu’elle. Je rêvais davantage d’être … une autre femme. Mais je ne savais pas qui, jusqu’à notre rencontre.

Il avait été peut-être lâche ou naïve de ma part de ne pas avoir répondu aux mauvais traitements de ma belle-mère. Cependant, jamais je ne m’étais targuée d’être une âme courageuse, forte ou intrépide comme mes frères et ma sœur. J’avais bien des défauts, mais je n’étais pas pédante et hypocrite : j’avais appris à accepter et à vivre avec mes forces et mes faiblesses.

- Et puis je vous ai rencontré, et j’ai été époustouflée et charmée par votre assurance, par votre charisme et surtout par votre maturité. La seconde qualité coule de source : être éloquente. Par le passé, j’avais beaucoup observé et écouté les nobles et la Princesse et le Prince interagir. J’avais aussi étudié quantité de livres, pour avoir des connaissances suffisantes. Suite à notre rencontre, j’avais redoublé d’efforts pour rencontrer davantage de personnes, de tout horizon, de toutes croyances, et apprendre et comprendre davantage. En me voyant ainsi, aujourd’hui, vous ne croirez pas un instant qu’il y a … peut-être deux ans, j’ai été une très bonne diplomate. Assez douée pour que le Prince et la Princesse me chargent de quelques missions, en leurs noms. Et puis j’ai commis des bêtises considérables et, je me suis retirée ou plutôt je me suis tu. Être éloquente ne veut pas forcément dire être sage.

Pourtant, malgré mes réussites et malgré les félicitations de mon Père, ma Grand-mère affichait toujours cet air pincé, clamant constamment – dans l’intimité familiale évidemment – une phrase récurrente et qui me scandalisait à l’époque. Je souris subitement, en y repensant.

- La Princesse Meria me critiquait pourtant, que je serais plus intelligente à paraître stupide avec mon joli minois. Je pense, enfin, comprendre ce qu’elle voulait dire, dis-je, avalant enfin une longue rasade de ce que ce thé. Et quant à la dernière qualité, j’avais opté pour un choix plus artistique. J’aimais danser et chanter, et je m’y suis adonnée davantage. On m’écoutait à travers un chant et on me voyait à travers une danse mais, surtout, je pouvais m’exprimer librement. Et, le plus important, c’était ma voix et c’était mon corps, c’était mes propres pas développés, mes propres chants écrits. Quand je dansais ou que je chantais, que ce soit les critiques ou les félicitations, elles étaient miennes et je n’avais pas à remercier quiconque pour ça. Je le précise, parce que pour ma belle-mère, quoi que je fasse, c’était mauvais. Quoique j’obtienne, j’avais à remercier et à me montrer extrêmement reconnaissante à l’égard de la famille Martell, comme si je n’en faisais pas partie, comme si j’étais moins qu’une domestique. Pendant longtemps, je n’ai jamais osé appeler le Prince Nymor comme « père », ou la Princesse Deria comme « sœur » ou le Prince Roward comme « frère » publiquement. Je n’osais même pas dire que j’étais d’un même sang. Je me présentais juste comme Arianne Sand.

Je me tais à nouveau, me rendant à quel point cette figure fantôme était omniprésente dans chacun de mes choix et de mes angoisses et de mes peurs. Petit à petit, une vérité bien lugubre semblait émerger de ce long monologue.

- Elle est morte, et pourtant elle est partout dans mon existence, dans chacun de mes choix. J’ai peut-être une mère qui m’a mis au monde, mais en vérité, c’est une tout autre femme qui m’a façonné. Ce n’est pas étonnant. J’étais arrivée à Lancehélion à sept ans. On m’avait arraché à ma mère. On m’a mis au milieu d’inconnus. Et elle était là, épouse d’un beau Prince, qui était mon père. Elle était belle, et elle était très amante envers ses enfants. Et j’ai grandi à leurs côtés pendant de très, très longues années. Et je les enviais. Je voulais faire partie de cette famille. Je voulais plaire à eux, d’abord. Et puis …

Je repensais à une de ses punitions, celle qui m’avait marqué à vie.

- Et puis, j’ai été seule à plusieurs reprises. Et j’ai appris à craindre la solitude plus que la mort. Et à désirer être importante pour quelqu’un, et savoir qu’il ferait tout pour moi. Et moi de même.

Non, il n’était pas bon d’avoir été le bâtard – ou la bâtarde – de Nymor Martell. Anders n’avait pas subi toutes les colères de notre belle-mère pour deux simples raisons. La première était que j’étais la cible de ses principales colères. La seconde était que son caractère emporté rendait la tâche plus complexe. A ce souvenir, ma main tremble légèrement et ma poitrine se resserre à nouveau. Oui, j’avais tout fait pour ne pas être seule, quitte à m’oublier et à taire mes propres souhaits et désirs.

- Qui suis-je ? Une danseuse, une chanteuse, une âme charitable, une femme un brin narcissique, une coupable rongée par sa conscience ... et seule. Malgré un nom. Malgré une richesse. Malgré une beauté.



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MessageSujet: Re: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptyLun 18 Jan - 17:40

C’est En silence, la prêtresse rouge écoute les réminiscences de la jeune dornienne concernant leur précédente rencontre. Il semble, selon ce qui en ressort, que les souvenirs sont encore vivaces, d’une certaine façon. Mais, mieux encore, la jeune dame et elle semblent avoir gardé la même saveur douce-amère de cet échange. Un sourire étire les lèvres de Shaera. La finalité sera-t-elle différente ? Elle l’espère. Mais il est si difficile de changer… Ou, non, « changer », n’est pas le mot. Evoluer, plutôt. De passer de l’état de chenille à papillon… Certaines personnes, la majorité pour être honnête, demeurent des chenilles toute leur vie. Alors ? Qu’en sera-t-il d’Arianne ? Si elle devait parier, la femme à le chevelure couleur argent dirait que la dornienne a déjà fait pas mal de progrès… Déjà parce qu’il y a presque dix ans de cela déjà, son terreau était fertile, et ensuite, parce qu’elle se retrouve ici, perdue au milieu de nulle part, avec l’allure d’une lépreuse, pas de chevaux, pas de bijoux, rien de cet apparat, presque obscène, qui l’entourait à leur rencontre. Les épreuves endurcissent et font plus sûrement évoluer que n’importe quoi d’autre. Arianne a donc toutes les chances de s’être élevée spirituellement. C’est donc avec la plus grande des curiosités et dans le plus grand des silences que Shaera écoute son récit.

Attentive, la prêtresse rouge écoute et déjà, dès le début, un petit sourire énigmatique étire ses lèvres, qui viennent se cacher derrière ses doigts quand elle les croise devant eux, les coudes en appui sur la table. Pour autant, à aucun moment, elle n’interrompt la jeune femme, et se contente de l’écouter. Elle se permet simplement d’hocher la tête en signe d’assentiment quand Arianne amène, d’une façon tout à fait lucide, l’omniprésence de sa belle-mère dans chacune de ses décisions. Aussi, quand elle termine, la prêtresse rouge soupire, et se laisse aller dans le dossier de sa chaise, croise lentement les bras sous sa poitrine. « Alors… La première chose que j’aimerai vous dire, c’est que la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. Même une fleur fraîche comme la rosée peut sembler à certains la pire expression de la nature qui soit. Par ailleurs, dans l’œil du concupiscent, la beauté se fane avec l’âge, alors que dans l’œil de l’amoureux, elle grandit et évolue. » Elle secoue négativement la tête. « Très chère, beaucoup peuvent vous considérer comme une beauté bien sûr, mais vous considérer vous-même comme telle peut finir par heurter votre égo… Pour rien du tout, le jour où vous rencontrerez quelqu’un à qui vous ne plaisez pas. » La prêtresse hausse les épaules, désinvolte. « De tout ce que vous m’avez dit, il m’a semblé que la danse et le chant étaient les seules expressions de vous-même, jusqu’à ce que vous en veniez à parler des retours. Positifs ou négatifs, ce qui me fait me poser la question… Pratiquiez-vous cet art pour vous, ou pour les autres ? » Elle demande, très sérieusement. « Pour le savoir, réfléchissez à une simple question. Auriez-vous pris autant de plaisir à danser seule, dans la nuit, au milieu des bois avec la lune comme seule spectatrice ou non ? » Elle hausse un sourcil éloquent, et dissuade Arianne de répondre d’un geste de main.

A nouveau, elle soupire. « Vous devez faire la paix avec vous-même. Accepter ce qu’il s’est passé et aller de l’avant. Accepter que certains ne vous pardonneront pas, et d’autres oui. Le monde est très inégal. Très hétéroclite. Les valeurs changent d’une personne à l’autre. Certaines vont vous adorer pour avoir partagé un guignon de pain avec elles au moment où elles en avaient le plus besoin, et d’autres, comme moi… » Elle lui sourit, gentiment. « Se riront de vos présents d’or et d’argent. » A nouveau, elle hausse les épaules. « Vous n’allez pas aimer ce que je vais vous dire, mais, à mon sens, malgré toutes les épreuves que vous avez enduré, vous continuez à vous voir par le filtre des autres, à exister par et pour eux, et non pas pour vous… Vous n’êtes toujours pas… Hum… » Elle s’interrompt, cherchant visiblement ses mots. « Comment vous dîtes, déjà, à Westeros… ? » Elle lance un regard interrogateur à la dornienne. « Raide dans vos sandales ? » Elle balaie sa réflexion d’un revers de main. « Ce que je vous ai dit lors de notre dernière rencontre l’est encore aujourd’hui. Ne serait-ce que pour le choix de votre première valeur, et la façon dont vous avez fait ce choix… Vous ne l’avez pas fait pour vous, mais par souci de vous éloigner de quelqu’un que vous n’aimiez pas. » A nouveau, la main de Shaera bat l’air. « Pour que vous compreniez la dynamique mal adaptée, c’est la même chose quand, après une rupture, vous jetez votre dévolu sur un ou une autre qui soit le parfait opposé de ce que vous venez de quitter… Sauf que c’est manquer d’objectivité, c’est une réaction à chaud, sans recul, et irrationnelle. » Gentiment, la prêtresse vient prendre la main d’Arianne dans la sienne, pour la serrer avec affection. « Cessez d’être dans la fuite, ma Dame… Confrontez votre passé, et tentez de le regarder comme spectatrice, de vous détacher des émotions qu’ils portent pour les analyser avec clarté, leurs bons comme leurs mauvais côtés… Une pièce a toujours deux visages. Par exemple, le caractère détestable de votre marâtre semble vous avoir rendue rigoureuse et attentive aux désirs des autres. Ce sont deux qualités, mais vous devez faire attention à ne pas vous noyer, à ne pas vous perdre dans la seconde… Essayez de revisiter votre passé avec un œil bienveillant, et critique. Que vous ont apporté vos peines ? Elles vous ont endurcies, déjà, de toute évidence. Pensez-vous que n’importe quelle lady aurait pu survivre dans votre condition jusqu’ici ? » Elle lui sourit, rassurante. « Vous êtes sur la bonne voie, ma Dame. Vous avez tout ce qu’il faut pour vous épanouir. Apprenez seulement à vous appuyer sur vos bases, éliminez ce qui les rend branlantes et élevez-vous. » Elle lui conseille, de la malice dans le regard.



   
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MessageSujet: Re: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptySam 23 Jan - 22:37

Un ricanement s’échappe d’entre mes lèvres, lorsqu’elle mêle beauté et amour dans une même phrase. Elle dit qu’une beauté pourrait être bien fade aux yeux de certains et, qu’au contraire, une femme passable pourrait être la plus splendide aux yeux de l’amoureux. Je repense à toutes ces servantes ou ces nobles qui étaient bien moins belles que moi mais qui, pourtant, semblaient bien plus rayonnantes et plus séduisantes dès qu’elles trouvaient leur âme-sœur. Je ne peux pas m’empêcher de repenser à tous ces récits dont je m’étais bercée durant mon enfance, où la sublime Princesse se mariait toujours au plus beau des Princes après moult événements. Un grand nombre de ces épreuves touchaient bien souvent la beauté même des protagonistes. Il était toujours question d’une terrible malédiction d’une sorcière, qui ne pouvait être brisé que grâce au vrai Amour. Aujourd’hui, et à cet instant même, je saisissais enfin la morale de ces stupides histoires. Malheureusement, il était bien trop tard. Je ne me berçais plus d’espoir quant à mon avenir. Pour que je puisse avoir droit à un mariage pas trop mauvais, avec un homme pourvu d'un cœur pas trop dur, il aurait fallu que je sois irréprochable. Or, j’étais une Dornienne sans nom, une bâtarde humiliée et sans honneur, une rêveuse naïve et détachée de la cruelle réalité de ce monde. La société n’avait pas fait de place à des gens comme moi. Aucun mariage, ni aucun amour ne pourraient m’octroyer cette dite place – synonyme de reconnaissance et de respect – dont je rêvais tant en vérité. A cette dernière pensée, une profonde lassitude s’empare de moi. Mon corps et mon esprit donnaient pleinement raison à la Prêtresse Rouge : j’étais fatiguée de chercher une place.

Si Deria, Roward et Anders m’avaient aidé et épaulé tant d’années, l’amère vérité était que je n’avais rien dès que j’étais seule. J’étais encore, et toujours, à la merci des caprices des uns et des autres qui avaient leur siège, leurs droits et leurs voix. Je n’étais qu’une ombre qu’on écoutait ou non, à sa guise. Ma plus grande erreur a été de croire que cette place m'avait été donné avec le nom "Martell". Pour des gens comme moi, il n’était pas question de trouver une place, mais de s’en faire une. J’avais à avoir mes propres armes et défenses, et être apte à créer et à saisir les opportunités. Une tâche qui nécessitait de se connaître. Etrangement, si celle-ci m'effrayait, elle me revigorait d'une autre force et d'un nouveau espoir que l'avenir ne pouvait pas être que ténèbres et misères.

Cependant, est-ce que je serais capable, avec ce que je savais faire ? Je vis pour danser. Je vis pour chanter. Etait-ce suffisant pour survivre dans ce monde bien barbare ? Du coin de l'œil, je vois la silhouette familière d'une petite fille qui tournoie jusqu'au tomber au sol, avec un rire. C'était moi, condamnée à la solitude le temps de quelques heures, lorsque j'avais été puni encore pour quelques sottises ou fausses accusations de ma belle-mère. Le chant brisait le silence angoissant de la pièce, et danser permettait de s'évader d'entre les murs. Toute ma vie, à bien y penser, danser ou chanter n’étaient pas seulement pour m’exprimer, mais pour vivre.

- Je ne peux pas imaginer ma vie sans le chant, et la danse, soufflais-je. Au départ, c’était par vanité. Après, par besoin. Aujourd’hui, c’est ma seule passion qui m’apporte tout. La paix, la joie, la colère, la tristesse, la liberté …

Confronter mon passé, et l’accepter ? Mon estomac se tord et se noue à cette simple pensée. Le passé, voilà une curieuse chose. Je l’avais toujours enfoui au plus profond de mon être, tentant d’oublier toutes ces mauvaises choses que j’avais entendu, que j’avais subi, que j’avais fait subir, que j’avais dit, que je n’avais pas dit. Dès que j’osais jeter un coup d’œil à cette boîte maudite, j’avais subitement peur de toutes ces erreurs, crimes, pleurs, doutes, joies, désespoirs, espoirs que j’avais enfoui en moi.

- Pourquoi dois-je repenser à des événements qui ne changeront pas ?

Ces derniers mois m’avaient conforté dans l’idée que je ne devais pas m’appesantir sur un passé qui me torturait plus qu’il ne m’apaisait. Condamnée à une solitude propre aux étrangères dans des contrées lointaines, jamais le temps ne m’avait paru aussi long, aussi morne et aussi angoissant. Si ma situation d’otage m’avait déçue à bien des égards, je ne pouvais pas accuser Yoren ou Helena de m’avoir maltraitée, physiquement du moins. Si je n’avais pas été enfermée dans une pièce, ma situation n’était guère différente tant mes mouvements et mes loisirs étaient limités. Inconsciemment, le couple avait rappelé des méandres de mon passé cette petite fille qui dansait et qui chantait toute seule dans une pièce nue. Je comparais, malgré moi, mes espoirs et rêves enfantins à la réalité. Je me surpris à chercher à deviner l’avenir, comme si la Mort ne rôdait pas dans les couloirs de ce domaine. Et, je fus frappée par une cruelle vérité : Pour la première fois, le passé, le présent et l’avenir m’inspiraient une terreur insondable.

Le passé avait été empoisonné tantôt par ma belle-mère, tantôt avec mes actions stupides et puériles. Le présent était hanté, et mon souffle se mêlait à celui, plus glacial, de la Mort. Et mon futur, s’il en existait une, ne se résumait qu’à une longue existence recluse – au mieux – et ou à une insulte à ma condition de femme – scénario bien plus probable avec les Fer-nés. Et c’est là que la voix de cette petite fille m’a susurré une question bien étonnante : « Pourquoi ne pas partir ? ». Et une discussion étonnante s’était enclenchée avec cette figure du passé. Cet autre « moi », qui avait encore quelques espoirs et rêves.

« Si je pars, je viole le traité de Boycitre », répondis-je.
« Est-il si important, ce traité ? » demanda-t-elle.
« Il offre la paix à la Principauté ! » indiquais-je.
« Je ne comprends pas ».

Et, j’avais fini par ne plus comprendre moi-même. Je n’étais plus capable d’énumérer les divers arguments qui avaient tant légitimé ce maudit traité, qui m’avait permis de prendre mon mal en patience et qui m’avait donné le sentiment d’accomplir une tâche importante pour les miens. Subitement, l’idée que priver de libertés les uns, et envoyer à la mort les autres, ne me semblaient plus gage de paix pour Dorne. Et, sur cette impulsion littéralement « enfantine », j’étais partie. Non, le passé n’était pas une bonne chose à creuser car, petit à petit, tous ces arguments perdus revenaient à la surface et une profonde culpabilité s’emparait de moi. J’aurais pu faire demi-tour, mais cette même voix enfantine continuait à dicter sa loi, exubérant une joie profonde de ressentir enfin les premiers relents de la liberté !

- Je ne sais pas … quoi penser. Et j’ai peur d’y penser, avouais-je. Comment être critique, ou bienveillante, avec son passé quand on ne sait pas ce qui est vrai, et ce qui est faux. Ai-je vraiment commis une faute à un moment ? Ou alors, m’attribue-t-on une faute que je n’ai pas commise ? Comment savoir, quand le temps est passé, quand ma propre mémoire me trahit, que le monde m’assure que je suis innocente mais que ce sentiment de culpabilité ne me quitte pas ? S’il existe deux faces à une même pièce, que faire si la seconde face m’effraie et que … peut-être … le monstre n’est pas une marâtre, mais moi ?



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MessageSujet: Re: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptyVen 12 Fév - 20:46

Finalement Profondément bienveillant, mais aussi profondément curieux, Shaera laisse le temps à la princesse en exil de dénouer tous les fils, dans sa tête. Où elle rencontrerait des nœuds, elle lui en ferait part, et la dame en rouge serait là pour guider sa main, l’aider à dénouer tout ce qui l’entrave. C’est pour ça qu’elle est là, apporter aide et soutien à une âme tourmentée, ballotée à travers le monde, écrasée par l’impuissance. Shaera est là pour lui montrer qu’elle n’est pas impuissante, que le monde est vaste, et qu’il peut receler des trésors, pour peu qu’on soit prêt à les saisir. Elle ignore si Arianne y est prête, cependant. Elle a l’air d’encore s’accrocher désespérément à ce qu’elle a été jusqu’ici, comme effrayée par ce qu’elle pourrait devenir. C’est le sentiment qu’en a la prêtresse en tous cas, en voyant les traits de son visage passer par plusieurs émotions, avant d’exprimer amertume et regrets. Elle n’a pas encore compris. N’importe, la femme des flammes l’aidera à comprendre, encore et encore. « Vous savez… Le monde n’est pas composé que des puissants… Les petites gens sont même majoritaires. » Elle relève, avec un ton détaché, qui pourrait être celui d’un lutin, lui faisant une mauvaise farce. Avant que la dornienne ne se fâche, Shaera vient prendre gentiment sa main pour la serrer. « Les événements du passé ne changent pas, vous avez raison, mais vous, vous changez… Et par conséquent, le regard que vous posez sur votre passé aussi… Sauf si vous décidez de le laisser vous dicter votre futur. » Espérant l’avoir, au moins un peu, apaisée, la dame en rouge se retire dans le confort du dossier de son siège, et se permet de boire un peu de thé, tranquillement, imperturbable. « J’ai entendu une fable autrefois. Un homme est allé voir une prêtresse rouge. Elle lui a prédit qu’il serait tué par son fils, et que ce dernier épouserait son épouse, sa mère. A sa naissance, son père l’a exilé. Le bambin a grandi, et s’en est retourné à sa ville d’origine, sans rien en savoir. La prophétie que le père avait cherché si fort à éviter a fini par se produire. C’est même qu’il ait cherché à l’éviter qui l’a précipitée… » Sibylline, Shaera reprend un peu de thé. Elle laisse un petit silence s’installer, pour sa part, elle réfléchit au destin, à ses propres prédictions, aux desseins du Maître, toujours flous, toujours esclaves de l’interprétation plus ou moins fiable de ses serviteurs…

Revenant prendre pied dans la réalité, la dame en rouge ressert Arianne, et pousse doucement les vivres qu’elle avait emportés dans sa direction. « Il n’existe pas une seule vérité, dame, mais autant de vérités qu’il y a d’individus. Si vous ne parvenez pas à regarder votre passé dans le blanc des yeux, vous êtes destinée à le fuir, et vous le fuirez toute votre vie. Il prendra alors l’apparence d’un monstre dont vous sentirez le souffle dans votre cou à chacune de vos décisions. Commencez par admettre ce qui est arrivé. Soyez factuelle. Oubliez les intentions, focalisez-vous sur les actes. Vous n’aurez jamais tous les tenants et les aboutissants, puisque beaucoup des protagonistes de votre chemin sont morts. Comme je vous l’ai dit lors de notre première rencontre, acceptez ce que vous ne pouvez changer, et concentrez-vous sur ce sur quoi vous avez du contrôle… » Elle insiste sur ce dernier point, prend un peu de thé, et reprend. « Presque tous les hommes ont une part d’ombre, vous savez… C’est important de le savoir. Le meilleur conseil que je puisse vous donner est d’apprendre à connaître, et à apprivoiser la vôtre. Chercher à la museler ne fera que lui faire pousser des hurlements de rage, et ruer pour se libérer de ses entraves… Enfin, n’oubliez pas que les choses ne sont pas faites pour rester figées. Qu’importe ce que vous avez fait dans le passé. Qui vous oblige à recommencer maintenant ? L’avantage de vieillir, c’est de gagner en expérience. En refusant de regarder en arrière, vous refusez l’expérience que vous pourriez en tirer, alors que ça pourrait vous être salutaire… » Une gorgée de thé chaud, encore. « En ce qui me concerne, si j’étais à votre place, je n’en ferai qu’à ma tête. Je rejoindrai une troupe de comédiens et d’artistes itinérants et je vivrai pour mon art… » Cette remarque est faite sur un ton très léger, très désinvolte, Shaera semblant comme… Absolument détachée, avant qu’un sourire amusé ne vienne étirer ses lèvres. « Oh mais… C’est exactement ce que je fais ! » Le sourire de la dame aux cheveux cendrés s’étire encore un peu plus. « Où que vous irez, qui que vous rencontrerez, il y aura toujours des gens pour vous accepter, dans votre entièreté, et d’autres pour vous enterrer. C’est vrai autant chez les puissants que chez les plus humbles. La différence majeure étant qu’une personne humble ne vous suivra pas au-delà de son village, alors qu’un puissant peut vous persécuter à travers le royaume si le caprice lui chante… » Elle hausse les épaules. « Tout le monde fait des erreurs, dame, et ceux qui vous conspueront le plus seront de bien plus grands pêcheurs que vous. Ceux qui vous condamneront le plus fort seront ceux qui auront commis les plus grands crimes. Ils espéreront se racheter une conduite en vous condamnant, sauver une réputation… Mais croyez-moi, les premiers à condamner sont les premiers parmi les pêcheurs… » Sentant la lourdeur de la conversation la peser, la prêtresse décide d’enchaîner avec une boutade, un petit tacle bien senti, comme elle en a le secret. Elle espère qu’Arianne sera à même de l’apprécier. « Par exemple, vous n’imaginez pas le nombre de septons qui se drapent dans leur dignité en accusant tout leur saoule les libertins de fornicateurs… Alors qu’ils les envient, ou les imitent, voire même, parfois, s’adonnent à bien pire… » Satisfaite de sa pique, la dame en rouge hausse les épaules avec désinvolture et attend, curieuse de recueillir les prochaines pensées de la princesse dornienne.



   
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MessageSujet: Re: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptyDim 14 Fév - 21:40

- Perle, pourrais-tu aller vérifier les environs ? Peut-être qu’Emris est perdu, indiquais-je. Si ma voix était rouée, mon ton était sans équivoque : je voulais davantage d’intimité avec cette femme, pour pouvoir parler plus librement de sujets graves ou légers.

La Prêtresse avait, consciemment ou inconsciemment, déverrouiller des serrures bien fermées jusqu’à ce jour. Quelques images fugaces du passé s’imposèrent avec une vivacité déconcertante. Cette pauvre cabane avait laissé aux riches décors de Lancehélion. Je repensais à tous les traitements offerts par ma belle-mère, aux cruautés dont j’ai moi-même était l’auteur, à toutes ces missions bonnes ou mauvaises que j’avais rempli tantôt pour grand-mère, tantôt pour père. Toutes ces personnes qui avaient été témoin de mon malheur mais qui avaient détourné leurs regards, que j’avais rencontré pour apporter la bonne fortune ou la mauvaise fortune pour quelques affaires politiques ou que j’avais trompé avec bassesse pour les faire plier. Lancehélion laisse place subitement place à un bateau où je me joue et où je suis jouée par un blondinet. Dans ce décor, je vois le bleu de ses yeux, et le bleu de la mer. Et je veux m’y noyer, dans les deux. Et je m’y noie, pour m’émerger à nouveau à Lancehélion, à boire ce maudit thé, à tomber des jours malades, à me demander si j’avais tué une vie à venir ou si je devenais juste folle avec des soupçons infondés. Mes doutes et mes cris sourds sont couverts sous d’autres cris, ceux de Dorniens et de Bieffois massacrés sous mes yeux. Et je vois à nouveau cette figure aux yeux bleus dans ce méli-mélo, et je pense savoir … ou deviner. Et soudainement, je suis couverte de sang, le monde se calme, les corps se relèvent et ils me fixent le regard hébété, me questionnant silencieusement autant que je me questionne depuis bien des mois et des semaines.

- Quel intérêt de connaître l’avenir, si nous sommes tous condamnés à mourir ? demandais-je, sourire mi-figue, mi-raisin.

Malgré ma position, et les difficultés rencontrées, je n’avais jamais été curieuse de ces fables ou d’un tel savoir. Mes craintes étaient déjà bien nombreuses : à quoi bon m’ajouter du poids avec un avenir funeste pour tout homme ? Je préférais me concentrer sur le présent.

- Vous avez bien raison. Je pourrais tout abandonner, et devenir cette artiste qui vit uniquement avec son art. Je pourrais, le jour où Arianne Martell née Sand n’est plus un nom négocié sur un bout de papier. Et je pourrais, le jour où j’aurais oublié ces quatre dernières années , répondis-je.

J’avais déjà envisagé cette existence, et j’étais prête à m’y adonner, en me retirant de la sphère politique et économique de la Principauté. J’y avais cru, lorsque la Princesse Meria et le Prince Nymor vivaient. La première vieillissait, et son règne allait toucher à sa fin. Le second était dans la force de l’âge et avait accumulé suffisamment d’expérience pour être un bon Souverain. Malheureusement, mes plans avaient été compromis et aujourd’hui, plus que jamais, je ne pouvais pas espérer m’exiler paisiblement sans constamment craindre pour ma vie, ou pour ma liberté.

- Oh, ce Grand Septon, je me fiche bien de lui. Il prêche une Foi, en humiliant des Royaumes et en tuant d’innocentes personnes. Il n’était guère plus Saint qu’un autre Dirigeant, et guère plus honorable qu’un autre. Il n’est pas meilleur que moi, et je ne pourrais pas me plier à sa parole pour cette simple raison, soutenais-je, riant aux dernières paroles de la Prêtresse Rouge.

Pourtant, je perds bien vite mon sourire. Une pensée me hantait.

- Est-ce qu’il y a vraiment possibilité d’être bienveillante et critique, quand on a le sentiment que, peut-être, on a causé la mort d’une personne, innocente. Que peut bien penser le Maître d’une meurtrière, ou d’une complice ? demandais-je.



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MessageSujet: Re: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptyMar 23 Fév - 0:12


Quelle différence, quel abîme, sépare les deux jeunes femmes. Là où Arianne est amère face au nihilisme de son existence, Shaera, pour sa part, n’en prend que le côté drôlement inconséquent. Là où la dornienne est douce-amère, la prêtresse, elle, est inconséquente et sourit de toutes ses belles dents blanches. « Ma chère, s’il n’y a bien que deux certitudes dans la vie, c’est le point de départ et le point d’arrivée de la vie. Le chemin que vous empruntez, quant à lui, n’appartient qu’à vous, et vous seule. » Elle lui sourit gentiment, avec un peu moins de malice. « Sans vouloir dénigrer votre importance sur la scène politique de Westeros, je pense que vous devriez vous demander si le jeu en vaut la chandelle… Je veux dire, vous avez exprimé assez d’acidité envers vos chaînes pour les avoir rongées un long moment… Je pense qu’il ne faudrait qu’une légère poussée pour les rompre tout à fait… Essayez de vous projeter, à 80 ans, et de vous demander… Aurez-vous préféré une vie de sacrifice, vouée à satisfaire tout autre que vous-même, ou bien une vie dans la liberté que vous semblez désirer si ardemment ? » Shaera hausse un sourcil, se voulant éloquente. Selon elle, Arianne faisait fausse route quant à ses aspirations, mais ce n’est qu’un ressenti. N’étant pas dans les secrets du Maître, elle est incapable de savoir à quel point les quatre dernières années mentionnées ont été si déterminantes… Dans tous les cas, c’est à la jeune femme, et à elle seule, de répondre à cette question. La prêtresse, pour sa part, y a répondu il y a longtemps et le résultat se trouve devant les yeux de la dornienne : une femme à la fois intéressée et désintéressée de tout, profondément empathique et pourtant sans pitié, tellement consciente de sa propre vacuité qu’elle peut s’en oublier pour se concentrer sur les autres. Preuve en est, en deux rencontres avec sa vis-à-vis, leur discussion ne s’est jamais tournée que vers Arianne, et pas vers elle.

De nouveau, les lèvres charnues de la femme en rouge se parent d’un sourire aux paroles de la dornienne concernant le grand septon. Loin d’elle l’idée de la contredire. L’homme est détestable, sous plus d’un jour. Il est un levier, autant qu’il essaie de soumettre les autres à en être. Il veut être une fin, que les autres soient ses moyens, tout en en étant un lui-même. Ce serait à mourir de rire si ça n’était pas si grave pour des milliers de personnes, si la tyrannie qu’on lui permet d’exercer ne tuait pas autant. Pour autant, Shaera refuse de s’enfoncer dans cette brèche, et d’appuyer plus encore le discours d’Arianne. Son idée semble, après tout, déjà faite à propos du Septon, et la prêtresse, si elle le méprise, n’a pas spécialement d’envies de fiel à son encontre. Oh, elle le sacrifierait volontiers sur l’autel des fois. Mais pas ici, pas comme ça. Alors elle se contente de hocher discrètement la tête en signe d’assentiment, sans relever.

La question que pose ensuite Arianne, de toute façon, est bien plus intéressante que ce vieux frustré de septon. Une expression de surprise, purement ingénue, s’empare des traits de la prêtresse. « Evidemment ! » Elle répond, spontanément, comme si c’était une évidence. Se laissant un court instant pour rassembler ses pensées avant de s’expliquer, elle finit par reprendre. « Première règle de toutes, personne n’est innocent. Certains enfants le sont, mais pas tous. La nécessité fait loi, et quand un riche marchand demande à un enfant de dix ans d’assassiner son rival pour dix pièces d’or, l’enfant mort de faim le fait. Il n’y a pas d’âge pour la mort de l’innocence, ma dame. » Elle hausse les épaules. « Ce qui est advenu dans le passé est figé. Regarder ses souvenirs en boucle, plutôt que devant soi, c’est se torturer soi-même dans l’auto-apitoiement. Si vous portez la culpabilité des événements passés, c’est qu’ils n’allaient pas dans le sens de votre volonté. Acceptez que vous ne pouvez tout maîtriser. Vous n’avez, en fait, de maîtrise que sur vous. Ce que font les autres est bien au-delà de vous. Peut-être êtes vous à l’origine d’un désastre, le premier domino à avoir entraîné une réaction en chaîne, ou peut-être pas. Vous ne le saurez jamais. Pardonnez-vous. La mort est inévitable, comme nous le disions tout à l’heure. Elle peut être précoce ou tardive, mais elle attend chacun d’entre nous. C’est ainsi. » Gentiment, elle vient lui tapoter la main. « Quant au Maître, sachez qu’Il est la Lumière en toutes choses. L’Autre et Lui se disputent nos âmes, en permanence, nous les portons tous les deux dans notre cœur, cédant tour à tour à l’un ou l’autre. Ceux qui cèdent plus fréquemment à l’Autre sont bien souvent malheureux, amers, pleins de regrets et de remords… Ceux qui s’adonnent plus volontiers au Maître sont généralement plus légers. La culpabilité, notamment, ouvre la voie de l’Autre. La peur, la colère, la haine… Quand on comprend que tout cela est vain et qu’il est bien plus aisé de pardonner et d’avancer, de regarder devant soi, on laisse les ténèbres derrières soi et on peut se baigner dans la lumière du Maître. » Elle sourit, de toutes ses dents. « Un exemple tout bête… La gourmandise. La gourmandise est bien meilleure quand on s’absout de la culpabilité qu’elle engendre, non ? »



   
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MessageSujet: Re: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptySam 27 Mar - 23:59

Je craignais que, par cette confession faite à demi-mots, la Prêtresse me prêche une conduite morale à adopter ou à condamner, comme tant d’autres, les prétendues mœurs scandaleuses dorniennes. Certes, nous avions quelques us et coutumes particulières comme l’égalité des sexes dans la transmission de l’héritage ou encore l’acceptation des bâtards dans quelques hautes fonctions, mais nous ne nous adonnions pas à la luxure comme des sauvages à toute heure de la journée et nous n’étions pas dépourvues d’un sens moral ou de valeurs ou d’honneurs.

A ma grande surprise, elle ne me juge pas et elle ne me condamne pas. En vérité, ses paroles font naître l’espoir de devenir une meilleure personne. Elles m’insufflent la force nécessaire pour quitter ce cachot où je me condamnais et affronter toutes ces peurs pour appréhender un avenir qui ne pouvait qu’être plus doux et bien plus agréable que ce passé, ou ce présent. Pourtant, est-ce que ce courage naissant pourrait être suffisant pour entreprendre un travail si titanesque ? S’il était faible, et que j’étais écrasée sous le poids des remords et des regrets ?

Je souffle. Un souffle où une partie de mes remords semblent se dégager de mon être et disparaître dans l’air. Je sens mon cœur plus léger, mes épaules moins affaissées et l’esprit plus libre. Qu’il était bon qu’une personne accepte une confession, sans un jugement et sans une condamnation. Une confession que je n’avais faite à personne, ni à ma sœur, ni à mon Père, ni à mes plus proches amis. J’aurais pu détailler mais je n’avais pas cœur, pas maintenant. Qui sait, peut-être à notre seconde rencontre, j’aurais plus de courage et de force pour lui révéler tout ce qui me rongeait.

- J’aime succomber aux belles choses et le plaisir que j’en tire est bien plus agréable que le remord que je ressens au vu des sommes dépensées, me moquais-je, la voix tremblante, l’œil un tantinet larmoyant à la fois de joie de ne pas être accusée, et de tristesse de m’être remémoré tant de choses.

Cependant, je pensais saisir ce qu’elle disait : il n’existait nul bonheur et nulle action sans une pointe d’ombre. Tout amour était condamné à une part de déception, tout plaisir s’obtenait à travers de sacrifices – d’un temps, d’une souffrance ou au détriment d’un autre – ou dans le secret en raison des mœurs de la société, et tout crime pouvait naître de bons sentiments. Père ne m’avait pas donné ce thé de lune dans un but mesquin, mais pour me protéger d’autrui ou de conséquences désastreuses. Sauf qu’il était Prince, avant d’être Père, et il n’était pas une Mère : que connaissait-il de la Vie, concrètement ?

Ou avais-je, encore, tort ?

- Je souhaiterai tant vous avoir à mes côtés, pour me guider et pour m’aider, avouais-je, m’accrochant à ses mains avec toute la force que je pouvais encore avoir. Mais c’est bien impossible, je le sais. Je dois aller là où vous ne serez pas, et je dois trouver un chemin par mes propres moyens. Vous avez bien raison, je ne pourrais plus emprunter cette voie où je me suis tant perdue ; mais je ne pourrais pas épouser cette liberté que vous me suggérez. Qu’importe la déception, j’aime toujours les miens et je ne peux pas être sourd et aveugle à leurs besoins, si un jour ils font appel à moi.

Allais-je, à nouveau, tout sacrifier pour ma sœur ? La réponse me venait naturellement : non.
Allais-je, par conséquent, être bien indifférente à son sort ? La même réponse s’imposait à moi : non.
J’avais à trouver un compromis entre ces deux inspirations contraires. Je ne doutais pas un instant que le long trajet qui m’attendait et les épreuves qui allaient le jalonner, allaient m’offrir tout le temps nécessaire pour considérer cette question épineuse.  

- Je me suis déjà égarée, en pensant suivre vos bons conseils. Je ne souhaite pas m’égarer une seconde fois. Pensez-vous qu’il y a moyen que nos routes se croisent à nouveau ? Ou, peut-être, pourrions-nous échanger ? demandais-je, le regard suppliant, la voix implorante. Si certaines personnes considéraient cette rencontre comme une heureuse coïncidence, je la verrais comme un signe et petit à petit, je commençais à ressentir la ferveur des uns et des autres à vouloir suivre une doctrine.



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MessageSujet: Re: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptyVen 9 Avr - 14:50


Shaera sourit. Voir Arianne commencer à se détendre, signe qu’elle commençait à comprendre qu’elle pouvait se pardonner, est une véritable victoire pour la prêtresse. Le monde a besoin de forces positives. Les gens qui restent dans les ombres, esclaves de l’Autre, en attirent d’autres avec eux, et la lumière, comme l’ombre, est contagieuse. Une Arianne lumineuse pourrait illuminer bien d’autres personnes ! C’est le vœu que fait Shaera ce soir, cette nuit, sous le toit de cette cahute où le Maître les a réunies. Ainsi j’espère accomplir votre volonté, Maître… Elle prie, intérieurement, pleine d’une ferveur renouvelée, consciente de la chaleur qui naît dans son cœur et se propage dans tout son corps… Le sentiment d’avoir aidé quelqu’un, quelqu’un de bien, ou quelqu’un qui essaie de l’être. Il y a peu de sensations qui soient si agréables. « Vous êtes humaine, ma chère… » Elle lui glisse donc, sa main particulièrement chaude venant gentiment tapoter celle de la dornienne. « Nous avons tous nos travers. » Tous, sans exception., exprime le sourire de connivence de Shaera, montrant qu’elle-même ne s’excluait absolument pas de ce constat.

La ferveur qui semble soudainement s’emparer d’Arianne, lorsque celle-ci lui prend les mains, surprend quelque peu la prêtresse, mais elle ne lutte absolument pas contre elle, et s’y plonge même avec un certain plaisir. Cette réaction, qui semble spontanée aux yeux violine de la dame aux cheveux d’argent, prolonge chez elle son profond sentiment de satisfaction, et la flatte, même. Même si elle est habituée à laisser ce genre d’impressions, c’est toujours une délicieuse surprise pour elle que de les constater, aussi ses mains se resserrent-elles, bienveillantes, sur celles de la dornienne, et s’émeut presque de la confession d’Arianne. « Je ne suis pas là pour juger vos décisions, ma douce… Seulement pour élargir vos horizons et perspectives. Les choix sont toujours vôtres, pour le meilleur comme pour le pire… » Elle lui glisse, douce, cherchant par là à faire comprendre à la jeune femme que, tôt ou tard, tous doivent faire face aux conséquences de leurs actes, et que des actes généreux entraînent plus de réponses généreuses que d’actes égoïstes, in fine. Shaera, elle, n’est ni juge, ni bourreau. Le bourreau est la vie, le juge est le Maître.

Se voulant complice, la prêtresse, à la demande d’Arianne, hisse l’une de ses mains sur sa joue délicate, sourire aux lèvres. « Je ne sais pas si nous nous reverrons, tout dépendra des desseins du Maître… Mais, si la possibilité m’est donnée de revenir à Dorne, je vous y rejoindrai volontiers, quand je le pourrai. D’ici là, si cela vous convient, nous pouvons correspondre ? Je doute que nos missives personnelles mettent en danger les stratégies des vôtres, ou des miens. » Le sourire de Shaera se fait plus large. Leur courrier sera probablement lu par d’autres, peut-être copié par suspicion de trahison… Mais il ne lui appartient pas de décider de qui perd son temps, ni pourquoi !



   
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MessageSujet: Re: Le Maître fait décidément bien les choses!   Le Maître fait décidément bien les choses! EmptyLun 3 Mai - 0:15

Durant mon enfance, tant en raison de mon sang bâtard que de la haine irrationnelle de ma belle-mère, j’avais été rabrouée et humiliée. On m’avait reconnu bien plus de défauts que de talents, à de nombreuses reprises. Je n’avais de répits qu’à l’ombre de mon père, ou de ma sœur. Puis, d’enfant, j’étais devenue une gracieuse jeune fille, et ma grand-mère avait vu une utilité à ce joli minois, me confiant de petites tâches ou m’offrant quelques instants précieux – et enseignements pleins de sagesses. Enfin, la jeune fille était devenue une jeune femme, la tête pleine d’espoirs et de rêves, se rendant compte subitement que les années s’écoulaient impitoyablement et que le temps allait manquer pour tout accomplir. Ma beauté avait été, à bien réfléchir, la seule qualité qu’on avait toujours reconnue, mais me réduisant à un statut de poupée dornienne.

Une bâtarde était toujours pleine de défauts, disait-on.
Une jolie fille était belle à voir, mais déplaisante à entendre, racontait-on.

Les seules personnes qui avaient contredits toutes ces choses avaient été ma Famille, mais Elle n’hésitait pas pour autant à juger certaines décisions ou inclinaisons – à tort, ou à raison. Un jugement qui m’obligeait à me taire, à toujours faire de mon mieux pour complaire à eux – et non à moi – et surtout à dépendre de ces personnes et de leur approbation. Je ne les critiquais, au contraire ! La critique était davantage pour moi. J’avais toujours été persuadé d’avoir été un soutien mais je m’étais considérablement fourvoyée.

Au lieu de prendre le recul nécessaire, et me dresser contre eux – et pour leur bien – vis-à-vis de certaines décisions, je m’étais inclinée et j’avais tout fait pour leurs plaire – quitte à les voir commettre des bêtises. Telle une mère bien irresponsable, en voulant être aimée, j’avais permis trop de choses. En voulant paraître extrêmement parfaite, j’avais commis davantage d’impairs en voulant cacher mes fautes initiales, alors que tout aurait pu être réglé avec davantage d’assurance et de responsabilité.

En somme, j’avais été une lâche qui avait fait plus de mal que de bien et surtout qui avait été un poids et non un soutien.

- Je vous remercie, encore , dis-je, avec ce ton plein de ferveurs. Lorsqu’elle me proposait de correspondre, mon regard s’illumina d’un intérêt sincère. Je serais très heureuse, évidemment ! Par contre, mon avenir est bien incertain, et je ne sais pas où je serais demain, dans les semaines ou mois à venir.  

Je réfléchissais aussitôt à un moyen sûr, et certain, pour échanger autant que possible. Une idée me vint aussitôt à l’esprit, partageant quelques petites manœuvres secondaires que peu de personnes savaient ou connaissaient. La dame m’avait convaincu, ce soir, que je pouvais la compter parmi mes amis, et qu’elle m’apporterait bien plus de Bien, que de Mal.

- Ecrivez toujours pour moi, mais instruisez vos messagers, ou les Mestres itinérants que la lettre doit être remise à Megara, propriétaire du Bordel aux Joyaux, aux Météores qui est une ville portuaire. C’est ma mère, en qui ma confiance est totale. Elle saura être une excellente intermédiaire, en me transmettant vos lettres ou, à défaut, de vous renseigner sur mon état si je suis dans l’incapacité d’écrire.

L’idée de retourner à cette condition d’otage où je ne pourrais ni écrire à mes proches, ni recevoir quelques nouvelles des miens m’offrait un frisson d’horreur. Il était hors de question que je retourne à un tel état, du moins sans quelques moyens solides pour plaider ma cause et l’intérêt que je peux représenter à mes bourreaux.

Quant à la mention du Bordel, je ne doutais pas un instant qu'elle n'allait pas faire une moue offensée. Si après tous ces échanges, elle se montrait toujours aussi affable à mon égard, je n'avais plus grande raison de cacher mes origines davantage.

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Soumise, Vaincue, Blessée
ANAPHORE



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Arianne Martell
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