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Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth
MessageSujet: Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth    Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth   EmptyVen 31 Jan - 2:22

Tout se bousculait dans sa tête au point de s'entrechoquer. D'ordinaire, Megara n'était pas de ces personnes qui cherchent toujours à tout complexifier jusqu'à l'outrance, sans doute parce que ce n'était pas dans son caractère et qu'elle devait déjà composer avec un certain nombre de contraintes complexes par nature. Inutile de se rajouter de la charge sur les épaules, donc, ou tout du moins pas par elle-même. Mais là, la situation était particulière, alors, évidemment, l'habituel s'en trouvait bouleversé et l'ordinaire était entièrement chamboulé. Elle avait du mal à réaliser que son père était mort. C'était ... C'était pourtant quelque chose auquel, instinctivement, et sans même s'en rendre compte, son esprit avait commencé à se préparer à l'instant même où on avait porté atteinte à Loren. Mais elle avait comme fermé les yeux, en refusant de voir la réalité et en repoussant cette réalité des choses loin, très loin dans son subconscient. Mais la vie l'avait rattrapée, et la mort avait enserré Loren tout contre elle, l'emportant auprès de l'Étranger. Et la vérité était finalement là, lancinante, douloureuse, cruelle et pernicieuse. Chaque bouffée d'air inspiré laissait à Megara l'impression de se brûler les poumons, ou tout du moins était-ce la sensation que cela lui donnait. Et elle culpabilisait, tant et tant, de ne pas avoir été là pour son père dans ses derniers instants. Elle culpabilisait et s'en voulait infiniment, depuis que la terrible nouvelle était tombée. Elle ne savait pas comment gérer la situation. Pourtant, douloureusement, elle ne pouvait pas dire que le deuil était une nouveauté pour elle, car elle avait tout de même perdu son unique sœur quelques mois auparavant. Mais elle se refusait à établir la moindre comparaison, car elle ne voulait en rien banaliser les choses ou les mêler au point qu'elles se confondent et qu'elles perdent de leur force et de leur individualité. Là où elle réalisait cependant que, d'une certaine façon, pleurer et faire le deuil de Nymeria était plus facile. Car elle avait perdu sa sœur plus qu'elle n'avait personnellement perdu la Princesse de l'Ouest. Avec son père ... Toute la Cour et tout le royaume étaient en deuil du Roi, tout comme elle. Mais la concernant, il y avait également la dimension paternelle qui s'additionnait à l'équation, et ... Et elle avait la sensation de ne pas savoir quel deuil se devait d'être prioritaire chez elle, une question qui ne s'était pas vraiment posée pour elle lors de la disparition de Nymeria. Tous pleuraient le Roi, et elle, elle voulait également pleurer le père.

Et c'était douloureux, très douloureux, parce que la tragédie était des plus colossales, car cela chamboulait l'ordre de la succession à la Couronne, là où, désormais, le nouveau roi se prénommait Lyman. Une différence supplémentaire qui venait créer un gouffre immense entre les disparitions successives de Nymeria et de Loren Lannister. De quoi laisser Megara dans une position fragile, incertaine et balbutiante, comme si, de nouveau, elle était débutante et inexpérimentée en la matière. Et le fait de devoir faire face, de devoir garder la tête haute et de ne point pouvoir prétexter être bien trop fatiguée pour paraître en public, là où, la dernière fois, elle était enceinte, et bien cela changeait beaucoup à la donne. D'autant plus qu'elle avait fait plusieurs promesses à Gareth depuis la dernière fois, et qu'elle comptait bien les tenir, du mieux possible, à bout de bras et de forces s'il le fallait. Et elle devait également soutenir et seconder son frère, qui avait certes été préparé à un jour devenir monarque, mais sans doute pas à un âge aussi jeune que le sien actuellement. Cependant, Megara ne pouvait tout de même se défaire de certaines habitudes, et le fait de percevoir ses appartements comme un cocon protecteur était parmi celles-ci. Elle pouvait y veiller sur les jumeaux tout en échappant aux regards scrutateurs des courtisans. Et c'était là qu'elle se trouvait actuellement, alors qu'on avait amené dans ses appartements plusieurs sacoches de cuir, récent héritage de son père dont elle étalait le contenu sur le bureau derrière lequel elle était assise. Il avait appartenu à son père, ce bureau, d'ailleurs, quand il n'était qu'un jeune homme. Un cadeau qu'il lui avait transmis il y avait plusieurs années de cela, pour qu'elle puisse y peintre, y dessiner et y travailler. Mais là, présentement, il lui était surtout utile pour y faire des petits tas de papiers et de parchemins. Dans tout ce fatras, il y avait des poèmes, des débuts de discours, des croquis, aussi. Comme les bribes des réflexion et des divertissements que Loren avait pu connaître, et dont Megara ne savait trop que faire. Mais elle avait assuré à Lyman qu'elle s'occuperait d'y faire le tri pour lui transmettre ce qu'elle penserait pouvoir lui être utile, alors, elle essayait de s'y tenir, malgré tout, même si elle avait le cœur lourd, si lourd, et qu'elle ne savait même plus où elle en était, ses pensées étaient bien trop complexes, passionnelles et attristées. Finalement, elle avait fini par se lever, tenant dans ses mains quelques feuillets éparses, avant de se planter devant la cheminée, le regard dans le vide et l'esprit perdu elle-même ne savait trop où. Peut-être devrait-elle tout brûler de ces feuillets. Peut-être tout devrait-il partir en flammes, comme sa crédulité et sa naïveté puériles et enfantines ... Tout semblait lui parvenir comme à travers une longue distance : le craquement des bûches qui brûlaient, les gazouillis de ses fils, dans la pièce d'à côté ... A peine crut-elle entendre l'une des portes des appartements qui s'ouvrait, sans qu'elle n'en soit trop sure et sans que cela ne la tire entièrement de cette étrange torpeur dans laquelle elle s'était elle-même plongée.


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MessageSujet: Re: Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth    Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth   EmptyMer 5 Fév - 10:40

J’inspire longuement, regardant sans vraiment la voir la relève de la garde. Il pleut et je suis trempé mais je m’en moque à dire vrai, tant je suis plongé dans nombre de pensées toutes aussi contradictoires et complexes les unes que les autres. Je devrais rentrer, me sécher et m’installer pour lire tous les décrets rédigés par Lyman qui attendent mon avis, ma validation ou que sais-je encore. Mais, dans l’immédiat, j’ai du mal à bouger. Et j’ignore soigneusement les regards un rien perplexes qui se posent sur moi. Je dois avoir un drôle d’air alors que je sens les mèches de cheveux qui se collent sur mon front et l’eau dégouliner dans mon dos.

J’aimerais dire que je me remets en marche parce que j’ai mon devoir à accomplir mais, en réalité, je ne réalise qu’au dernier moment ou peu s’en faut que mes pas m’ont porté en direction des appartements que je partage avec ma femme. Parce que j’ai envie de la voir. D’entendre les garçons gazouiller. J’ai envie de la serrer dans mes bras et de la voir sourire en les regardant. J’ai envie de passer le reste de la journée, la soirée à essayer de trouver en quoi ils diffèrent. Ce qui est une évidence pour Meg quand elle les regarde. Et qui me rend un peu plus amoureux d’elle quand je l’observe froncer les sourcils, presque outrée parce que je n’ai pas remarqué ce petit grain de beauté sur l’orteil droit de Cadwyn. Que n’a pas Tybalt donc.

Alors, je me dis qu’un peu de repos, qu’une bouffée d’air au milieu de tout ce qui se passe, ne saurait être une mauvaise chose. Je serais plus apte à reprendre tout ce que je dois faire après. Je pousse la porte, un sourire se formant sur mes lèvres alors que j’entends les garçons dans leur chambre, cherchant ma femme des yeux, non sans me dire qu’elle n’est peut-être pas là. Qu’elle est peut-être, surement même, occupée ailleurs. Et je fais taire cette pointe de déception qui ne manquera pas d’arriver si c’est le cas. Parce qu’au final, je la vois, plantée devant la cheminée, le regard perdu dans le vide. Mon cœur se serre à cette image, même si je suis soulagé de la voir ici.

Je n’hésite qu’une fraction de secondes avant de m’approcher, me glissant derrière elle alors que mes mains passent autour de sa taille et mon menton se pose sur son épaule. Et je souffle, dans un murmure. « Quand mon père est mort, je me suis senti désemparé, seul au monde. Et coupable. Parce que je savais. Que je l’allais moins le pleurer que Loren. Qu’il était certes mon père, mais que la figure paternelle dont je me sentais le plus proche était à Castral Roc. Que je savais que j’étais plus attaché à vous qu’à ma famille de sang. » Nous n’avons jamais évoqué la mort de mes parents. Pas de cette façon en tout cas. Elle m’a présenté ses condoléances mais nous étions loin d’être aussi proches qu’aujourd’hui. Et, même si j’ai pu en parler avec Jeyne, j’avoue que je n’ai pas vraiment su comment réagir. J’ai tout enfoui au plus profond mais, avec la mort de Loren, c’est comme si ces souvenirs remontaient à la surface, comme des bulles qui éclatent et rajoutent à ma douleur. Et cette culpabilité, toujours aussi présente. Celle d’être plus attristé par la mort de son père que la mort du mien.

Je laisse filer un temps, sans rien ajouter de plus. Avant de reprendre, toujours sur le même ton, réalisant vaguement que je suis en train de la bercer contre moi. « Désolé, je suis trempé. » Je sens encore les gouttes glisser sur mon front mais je ne bouge pas, le regard rivé sur les flammes, la serrant même un peu plus fort dans mes bras.


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Gareth Kenning

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MessageSujet: Re: Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth    Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth   EmptyLun 10 Fév - 0:45

De quand datait la dernière fois où Megara s'était faite couper les cheveux ? Cela n'était forcément pas récent, de par leur longueur actuelle, bien qu'elle se souvenait qu'on les lui avait épointer pour le jour de ses noces. Ce qui signifiait d'encore avant, faisant remonter le tout à plus d'un an désormais. Il n'existait pas réellement de code concernant la longueur des cheveux des femmes fort heureusement, et chacune devait bien faire un peu comme elle voulait. En ce qui la concernait, elle avait la chance de pouvoir bien entretenir sa chevelure pour que celle-ci ne vire pas au terne et au fatigué à mesure des mois. De la même façon, elle pouvait bénéficier de l'aide de ses chambrières pour l'aider à les démêler en y passant longuement peigne et brosse le matin. Parfois, le soir venu, elle demandait à Gareth de l'aider. D'autrefois, elle s'en chargeait elle-même, même si, dans ce cas là, elle se livrait à un réel numéro de contorsionniste, car la chevelure était tout de même longue, là où elle ne pouvait pas étendre encore et encore ses bras. Ce matin ... Ce matin, à vrai dire, elle n'avait pas eu le courage de réellement les coiffer, préférant dès lors les garder entièrement détachés, ce qui lui arrivait très rarement. Il y avait ces sortes d'ondulations, et elle s'était dit qu'elle n'avait pas le coeur à les arranger plus esthétiquement que ça. De toute façon, elle allait passer l'essentiel de sa journée seule dans ses appartements, alors, qui viendrait y trouver à redire ? Et ce même si elle ne serait tout de même pas seule, puisqu'il y aurait les jumeaux, mais ces deux derniers étaient encore bien trop jeunes pour y comprendre quoi que ce soit ou pour y trouver à redire. Bien au contraire : ils semblaient toujours si fascinés lorsqu'elle se penchait vers eux et que ses cheveux cascadaient vers eux en de longues mèches blondes et soyeuses. Dans leurs regards, elle croyait lire une admiration sans borne et un émerveillement continuel. Si seulement cette innocence de l'enfance pouvait subsister à l'âge adulte, ne serait-ce que par reliquats ...

Elle sent l'arrivée de Gareth avant de l'entendre, encore trop perdue dans ses pensées sans but et sans essence. Désormais plus qu'habituée à sa façon de la serrer contre lui, elle ne doute pas un seul instant qu'il s'agit de lui et de personne d'autre, la poussant à se laisser quelque peu aller au lieu de se tendre ou, pire encore, de se retourner pour lui administrer une bonne paire de claques. Alors elle se laisse aller, oui, mais pas encore au point de se lover contre lui, comme si ... Comme si le navire à la dérive qu'elle se trouvait quelque peu être n'avait pas encore entièrement retrouvé son point d'amarrage. Cependant, ses mains retombent mollement à ses côtés, alors que ses doigts cessent de maintenir leur prise sur les feuillets qu'ils maintenaient jusqu'alors ensembles. Comme des feuilles qui auraient chu au vent, les feuillets s'égrainent un à un en direction du sol, sans que Megara ne réagisse réellement, bien trop ... Bien trop plongée dans ce que les paroles de son époux éveille et réveille en elle. Dans ce flot d'émotions et de sentiments contradictoires. Dans cette farandole de réactions instinctives et de promesses de maturités, qui entrent en collision les unes avec les autres. Finalement, sans doute fait-elle le lien entre Gareth et elle, quand l'une de ses mains remonte d'elle-même en direction de sa taille, s'aposant sur l'une de celles de son époux, jusqu'à entrelacer leurs doigts du mieux qu'elle pouvait, alors que son dos s'adosse un peu plus contre le torse du jeune homme. Et face à ses excuses, elle desserre enfin les dents. ❧ Ce n'est rien ... Je suis à peine coiffée et habillée, rien que tu ne viennes ruiner ... ❧ Elle la sent, maintenant, cette humidité qui, effectivement, s'infiltre quelque peu sur le tissu de sa robe à manches amples, et qui se colle sur sa longue chevelure blonde. Déglutissant finalement un peu mieux, la jeune femme ne peut s'empêcher de fermer les yeux et de se mordre les lèvres. Fort, si fort. Pour ne pas hurler. Pour ne pas pleurer. ❧ Tout le royaume pleure son Roi, et moi ... Moi je pleure mon père. Je crois que j'ai toujours su qu'un jour, j'aurais un autre roi que lui. Que ce soit parce que j'aurais épousé un prince d'une contrée étrangère, ou parce que Lyman aurait pris le relai, après que Père se soit éteint de sa belle mort, dans son lit, les cheveux grisonnants et entourés de ses petits-enfants, déjà adulte. Alors, le perdre en tant que roi, pour moi, c'est ... Ce n'est rien, comparé à le perdre en tant que père. Et ce qui rend tout encore plus douloureux, c'est que sa mort n'a rien de naturel. On l'a assassiné. ❧ Elle frissonne, Megara, rien qu'à ses simples morts. Elle frissonne car elle sait qu'elle ne dramatise pas la situation. Doucement, alors, elle se retourne en direction de son époux, même si ce geste semble tant lui coûter physiquement, épuisée qu'elle est, moralement. ❧ Je n'étais pas là ... Je ... J'étais loin du Roc, loin de lui, et ... Par les Sept, a-t-il seulement compris que si j'avais pu ... Si j'avais su ... ❧ Elle ne lui reproche rien, à Gareth. Elle expose juste ce qui la ronge et la consume. Tout comme elle se sent honteuse, terriblement honteuse, en se souvenant que la nuit où la terrible nouvelle leur était parvenue, elle s'était offerte à Gareth, encore et encore, comme si ... Comme si le sexe était un refuge sain et viable, acceptable et tout à fait approprié compte tenu de la situation. Le pire étant qu'elle ne savait trop si tout ceci émanait entièrement d'elle, ou si c'était à mettre au compte de son mal. Ou s'il s'agissait d'un mélange des deux.


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Megara Lannister

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MessageSujet: Re: Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth    Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth   EmptyDim 23 Fév - 13:42

J’aurais préféré qu’elle soit trop occupée, qu’elle papillonne à droite et à gauche avec les enfants. Qu’elle soit… pleine de vie, comme elle a pu l’être à de nombreuses reprises depuis que je la connais. Mais la voir ainsi, perdue dans ses pensées, me fait bien plus de peine que je l’aurais cru possible. C’est la première fois qu’elle se montre aussi démunie depuis l’annonce de la mort de Loren. Je ne compte pas la nuit qui a suivi, où elle s’est perdue dans mes bras autant que je me suis perdu dans les siens, comme pour essayer d’oublier tout ce qui n’était pas nous, nous raccrochant l’un à l’autre plus que jamais. Et je sais qu’elle essaie d’être aussi forte que possible depuis que c’est arrivé, depuis que nous sommes rentrés. Mais que la perte de son père la touche tellement qu’il n’y aurait pas de mots assez forts pour le décrire.

J’essaie pourtant, de lui dire ce qu’il en est pour moi. Même si je ne pourrais jamais ressentir ce qu’elle peut éprouver en cet instant. Tout comme pour Nyméria, je suis, d’une certaine façon, moins légitime qu’eux à pleurer Loren. Mais c’est tout autant pour lui rappeler ma présence que pour ne pas laisser le silence s’installer trop longtemps dans cette pièce. A sa remarque, quand je m’excuse, je me contente de serrer ses doigts un peu plus fort avant d’embrasser sa longue chevelure blonde. Celle avec laquelle il m’est arrivé de jouer à plus d’une reprise, mes mains se perdant entre ses mèches lorsque nous sommes tous les deux. « J’aime bien quand tu as les cheveux lâchés comme ça, surtout que je suis le seul à te voir comme ça. » J’ai parlé dans un murmure, plus par automatisme qu’autre chose.

J’ai un temps alors qu’elle recommence à parler, retenant un soupir quand je réalise que, pour la première fois depuis que nous avons appris ce qui s’est passé, elle arrive à parler. « Tu sais que tu as le droit de pleurer ton père Meg, n’est-ce pas ? Que ce soit ici ou ailleurs, c’est normal d’être touchée, d’être triste. J’aurais aimé aussi… que ça n’arrive pas avant de longues années. Que nos enfants aient un grand-père. » Et ils n’en auront aucun maintenant. A cette pensée, mon coeur se serre un peu plus alors que je me sens plus orphelin que jamais. Peu m’importe que le royaume ait perdu son Roi en cet instant. C’est Loren qui me manque. Et c’est difficile de le dire à haute voix.

Cette fois, je ne retiens pas mon soupir quand elle rappelle qu’il a été assassiné. A la sentir frissonner, je la serre un peu plus contre moi avant de froncer les sourcils, réalisant qu’en était trempé de la sorte, je risque plus d’aggraver les choses que de les arranger. Sans un mot, je retire mon pourpoint et ma chemise mouillée avant d’attraper la couverture repliée sur le fauteuil pour nous entourer tous les deux et nous entraîner au sol, devant la cheminée. « Il savait Meg. Evidemment qu’il savait. Tout comme tu savais à quel point il t’aimait. » Je l’embrasse doucement sur l’épaule avant de reprendre, toujours d’une voix douce. « Tu peux pleurer ton père ici mon amour. Tu auras suffisamment à garder la tête haute pour le Roi que nous avons perdu une fois dehors. » Je laisse glisser une main dans ses cheveux et je continue. « Je me souviens de la façon dont il parlait de toi. Son joyau sur lequel il veillait farouchement. Si autant ta mère est intimidante, lorsque cela te concernait, c’était plutôt à lui que j’aurais dû rendre des comptes si je te blessais. » Tout ce que je veux, c’est qu’elle oublie, l’espace d’un instant, qu’elle est la fille du Roi, que c’est le monarque qui est mort. Qu’elle se rappelle qu’ici, elle peut être Meg, tout simplement, la jeune femme qui a perdu ce père qu’elle aimait plus que tout.


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Gareth Kenning

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MessageSujet: Re: Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth    Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth   EmptyMer 26 Fév - 0:25

Était-elle réellement surprise d'entendre Gareth lui confirmer son appréciation concernant sa coiffure actuelle ? D'un point de vue purement masculin, sans doute devait-il trouver que les femmes passaient par bien des phases compliquées, le matin, au moment de se coiffer, car cela durait longtemps, que c'était élaboré, travaillé, recommencé jusqu'à ce que ce soit parfait, là où, le concernant, un coup de peigne et c'était fait. Pour Megara, cela n'avait pourtant jamais relevé du fardeau, parce qu'elle aimait ça, qu'on la coiffe, qu'on prenne soin d'elle, et puis, cela constituait des instants de détente, d'échanges, là où, nombre de fois, elle avait pu s'entendre compter les histoires du personnel de la domesticité du Roc, de la bouche de ses chambrières. Il y avait aussi parfois l'évocation des petits secrets d’alcôve de la Cour, ainsi que des dernières rumeurs, dès lors que les doigts qui s'agitaient dans ses cheveux étaient ceux de l'une de ses demoiselles de compagnie. ❧ C'est que je ne suis pas censée être aussi peu apprêtée. Je suppose que la complexité de la coiffure d'une dame se doit de souligner son prestige, de part le temps que cela prend de la réaliser. ❧ Elle ne fait qu'évoquer un constat des plus détachés, là où sa voix a quelques difficultés à s'imprégner d'un réel ton affecté. Avant qu'elle ne ferme les yeux et inspire une grande bouffée d'air, lui faisait respirer tout autant les effluves du bois qui se consume dans la cheminée que l'odeur toute masculine de son époux. Un époux qui tient peut-être un peu du chien mouillé, quand même, à cet instant précis. ❧ Ils auront tout de même besoin d'être démêler ce soir, je suppose ... ❧ Était-ce une invitation ? A moins qu'il ne s'agisse une fois de plus d'une constatation. Elle voulait bien faire, toujours, Megara. Surtout depuis que ce mal infâme s'était abattu sur ses épaules. C'était comme si elle voulait absolument compenser face à cette tare pourtant méconnue de tous ou presque. Publiquement, cela renvoyait peut-être d'elle une image encore plus appréciée, mais en dedans, elle savait que tout ceci ne faisait partie que d'une vaste mascarade. Mais tout n'était-il pas, dans le fond, un jeu de dupes où chacun avançait masqué et costumé ? Si le cynisme n'était pas de ses qualités, elle savait qu'il pouvait la consumer, dans ces phases où elle se sentait dérivée, prise à partie et enserrée dans des évènements qui la dépassaient mais qui s'abattaient malgré tout sur elle. ❧ Je ... Je n'en sais rien Gareth. C'est la première fois que cela m'arrive, je ... ❧ L'émotion lui étreint la voix, face à cette réalisation qui s'est imposée d'elle-même dans sa bouche. Oui, elle n'a jamais connu pareille situation, n'étant pas encore née quand son grand-père paternel s'en était allé. Et comme elle n'avait qu'un seul père, et bien ...

Et bien, ça y était, c'était fini. Loren s'était éteint. Il n'y avait aucun retour en arrière possible. Et elle savait que cette perte ne pouvait être comparée à celle représentée par le trépas de Nymeria. Là, en tant que sœur, elle savait qu'elle pouvait s'exprimer, mais en tant que fille ... ❧ Pour tous, ils étaient le Roi ... ❧ Elle a la sensation de ne plus rien peser, tout autant qu'elle se sent lourde, si lourde. Le résultat, c'est qu'elle n'a qu'une appréciation viciée du sol sous ses pieds, incertaine de savoir s'il pouvait la porter ou s'il n'allait pas se dérober sous ses pieds. Car une autre réalisation s'impose à ses yeux, cette fois-ci énoncée par Gareth lui-même : les jumeaux n'avaient plus de grand-pères. C'était fini, ils s'en étaient tous deux allés, et personne ne pourrait les remplacer. Un instant, en sentant son époux s'éloigner, elle craint de l'avoir offensé, ou plutôt de l'avoir trop peiné. Ou de le placer dans une position incertaine, là où elle le poussait à bout sans lui permettre de savoir quoi dire et quoi faire. Alors elle se retourne, les yeux quelque peu écarquillés d'une lueur incertaine, avant qu'elle ne relâche un soupir qu'elle réalise brusquement avoir retenu. Elle l'observe, son mari, débarrassé de son pourpoint et de sa chemise, torse nu. Et elle le laisse les entraîner vers le sol et les envelopper dans cette couverture duveteuse et rassurante. Comme un cocon sûr et protecteur, pour les deux papillons amochés qu'ils doivent sûrement être. Arrangeant au mieux sa chevelure pour leur sied l'un l'autre, elle se laisse aller contre ce torse réconfortant et cette chaleur corporelle enveloppante, non sans fermer les yeux en les sentant la piquer. Oh que oui, son père l'aimait, elle n'en avait jamais douté. Cela lui avait d'ailleurs parfois été reproché, à Loren, que d'aimer ses enfants. Ou plutôt avait-on pu lui reprocher de ne pas en faire mystère, d'être trop ouvert et avenant sur la question, quitte à manquer des réunions du conseil, à en décaler certaines pour être avec ses enfants, ou à en mener d'autres avec l'un des lionceaux du Roc assis sur ses genoux ou endormi dans un berceau à ses côtés. Alors, évidemment, cela rendait le deuil encore plus douloureux. Car Megara savait qu'elle perdait infiniment. Un hoquet de douleur se fraie alors un chemin jusqu'à ses lèvres entrouvertes, sans qu'elle ne puisse rien y faire. Gareth la fait pleurer, sûrement, mais elle sait que c'est uniquement parce que ses mots touchent juste, qu'il est dans le vrai, qu'il sait de quoi il parle. Il n'y a rien de mielleux ou de superficiel dans ses paroles, rien qui n'est destiné à uniquement la flatter et lui convenir pour lui faire plaisir. Il parle les mots de la vérité, prononce les paroles de la sincérité. Mais malgré tout, elle en souffre, énormément. Tournant quelque peu la tête vers son époux, alors que plusieurs mèches de ses longs cheveux glissent le long de sa poitrine, elle retient son souffle, comme elle peut, pour ne pas exploser. ❧ Il m'avait fait promettre, le jour de nos noces, de l'informer de suite si tu m'offensais, pour te rappeler que tu avais tout autant épouser la fille du Roi que celle du Lion. Ce sont ses mots, pas les miens ... ❧ D'une main délicate, elle essaie de chasser les quelques larmes qui font sans doute briller son regard avant de cascader gracieusement sur la courbe de son visage, non sans renifler quelque peu, de façon bien moins séduisante et convenable, sans doute. ❧ Je suppose que ce rôle revient désormais à Lyman, comme ... Comme tout le reste ... Il est encore si jeune ... ❧ Et pourtant, étant sa cadette, elle est encore plus jeune que lui ... Que son frère. Que le jeune nouveau Roi des Terres de l'Ouest. ❧ C'est si dur, Gareth ... Je suis désolée de devoir une fois de plus t'obliger à composer avec une épouse fragile et endeuillée, tu ne mérites pas ça. Surtout que toi aussi, tu l'as perdu. Comme tu as perdu Nymeria, et ... Et je m'en veux, terriblement. Parce qu'une partie de moi se dit qu'il a été préférable que ... Préférable que je ne sois pas là pour mon Père, afin de ne pas garder de lui l'ultime souvenir d'un homme ... D'un homme ... ❧ Elle n'ose finir sa phrase, mais la réalité est là : égoïstement, une partie d'elle préfère ne point avoir vu son père à l'instant de son trépas, ombre fané et décharné de l'homme qu'il fut.


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MessageSujet: Re: Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth    Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth   EmptyJeu 27 Fév - 17:08

Echanger avec Meg, la voir comme ça, est aussi simple que complexe. C’est surtout la situation qui veut ça. Et pourtant, nous avons déjà eu à subir un deuil, il n’y a pas si longtemps que ça. Et probablement que c’est trop pour elle. Perdre deux membres de sa famille, à des périodes si rapprochées, aussi brutalement, c’est difficile. J’en sais quelque chose. Je sais pourtant que ma lionne essaie d’être forte, de tenir bon. Parce que c’est comme ça qu’elle a été élevée et qu’elle veut braver les intempéries, une fois de plus. Alors parler de tout et de n’importe peut peut-être aider à ce qu’elle relâche la pression, pour qu’elle puisse oublier qu’elle est la Princesse, même quelques instants. Et à ses propos, je souffle, d’un ton similaire au sien. « Je ne dis pas que tu n’es pas magnifique quand tu as ces coiffures des plus complexes. D’autant que c’est amusant de retirer les épingles. Mais je te préfère comme ça. » Au naturel. Rien qu’à moi. C’est l’idée. Que je lui ai déjà répété à de nombreuses reprises quand nous sommes au lit tous les deux. « Je m’occuperais de les démêler. Je fais toujours ça avec beaucoup d’application. » Et, paradoxalement, c’est quelque chose qui me détend.

Mais dans l’immédiat, c’est elle qui m’importe. Et le fait qu’elle continue de tout faire pour ne pas tomber. Sauf qu’à la longue, cela va lui faire plus de mal que de bien. Elle le sait, nous en avons déjà parlé à la mort de Nyméria. Entendre sa voix se briser me serre le cœur mais, au moins, je sais que c’est le premier pas avant qu’elle n’accepte tout le reste. Et je souffle, d’une voix aussi douce que possible. « Moi je sais ce que ça fait. Alors je te le dis, tu as le droit d’être tout ce que tu veux. Triste, en colère, coupable et j’en passe. C’est… ton père. » Et je réalise qu’un jour, nos propres enfants seront à notre place. J’espère que cela arrivera le plus tardivement possible mais je ressens comme le besoin de leur redire à quel point je les aime, même s’ils n’en sont pas conscients dans l’immédiat et qu’ils se contenteront de babiller, comme ils le font si bien.

Je continue alors, dans un murmure. « Pour toi aussi, il était le Roi. Mais pas seulement. » Et j’ai un léger froncement de sourcils à la voir me regarder d’une façon aussi hésitant, incertaine. Difficile à déterminer ce que c’est. Peut-être parce qu’elle ne comprend pas ce que je suis en train de faire. Mais rapidement, je nous entraine tous les deux devant le feu et, à voir la façon dont elle se blottit contre moi, je gage que c’est de cela aussi dont elle avait besoin. Je respire doucement, jouant distraitement avec une de ses longues mèches de cheveux. « J’ose espérer que tu n’as pas eu besoin d’aller le voir et que je ne t’ai jamais offensée ma dame. » Je l’embrasse sur la tempe, plutôt soulagé de voir que les larmes acceptent enfin de couler. « Il est jeune oui. Et il va avoir besoin de tout notre soutien, quelles que soient les décisions qu’il prendra. Beaucoup vont attendre de le voir trébucher, voire tomber. Il nous faudra faire en sorte de tout faire pour que cela n’arrive pas. » Il faudra que nous soyons forts. Mais pas tout de suite. Nous avons quelques heures de répit avant que tout ne recommence. Et je veux qu’elle puisse souffler un peu. « Tu n’as pas à t’excuser Meg. Tu n’es pas fragile. Tu as… perdu ton père. Ce n’est pas rien. » Au reste, j’ai un léger soupir et je hoche la tête. « J’ai… pensé la même chose. Que j’étais heureux de me rappeler de l’homme fort qu’il était. De son rire qui résonnait quand il nous surprenait Lyman et moi à essayer d’écouter des conversations qui n’étaient pas de notre âge. De cette façon dont il avait de vous regarder et de vous couver des yeux. Je veux que tu gardes cette image de lui. Pas le reste. » Pas cet homme diminué dont nous avons pu entendre parler. « Parce que tu ne pourrais rien y changer. Même si tu avais été là, ça n’aurait pas infléchi l’inévitable. » Et je la serre doucement contre moi avant d’ajouter. « Et moi je pense que je mérite tout ça. Une femme qui me fait suffisamment confiance pour pleurer dans mes bras quand elle ne va pas bien. » J’ai un temps et je reprends, avec un léger rire. « Tu sais qu’il s’est presque moqué de moi quand il a compris que j’avais des… sentiments à ton égard ? Il était surpris mais ravi de me voir bafouiller et sourire comme un idiot à l’idée de te retrouver. » C’était il y a quelques mois, alors qu’elle n’avait pas encore mis nos enfants au monde. Et cette soirée reste un des meilleurs souvenirs que j’ai du Roi. Non, de Loren Lannister. Quelque chose que je n’ai à partager avec personne d’autre.


"Wherever there is a grain of loyalty there is a glimpse of freedom"
Gareth Kenning

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Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth   Kennin11
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MessageSujet: Re: Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth    Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth   EmptyMar 3 Mar - 21:43

Megara en convenait bien, mais elle avait beau être curieuse, attentive et intéressée par tout un tas de choses, dans une sorte de pluralité éclectique qu'on ne lui avait jamais réellement enjointe d'abandonner, il n'en demeurait pas moins que certaines interrogations ne s'éveillaient pas en elle, du moins, pas sur certains sujets. Soit parce qu'elle n'y songeait point, bien loin de la réalité qu'ils véhiculaient, ou bien parce qu'elle n'y voyait aucun intérêt de par leur superficialité ou leur artifice. Dans le cas de sa coiffure, elle était certes coquette et appréciait être à son avantage, encore une fois parce qu'en tant que Princesse, il valait grandement mieux faire envie que pitié, mais elle ne s'interrogeait pas chaque matin, devant sa coiffeuse, quant à savoir si elle se serait plus jolie les cheveux attachés, coiffés, ou détachés. Et il y avait sans doute bon nombre de sujets bien plus importants et cruciaux que celui là ! Il n'en demeurait pas moins qu'il était évidemment toujours agréable d'être complimentée, surtout quand la flatterie émanait de son époux, un être qu'elle ne catégorisait absolument pas parmi les profiteurs ou les vils flatteurs dont la langue ne se faisait mielleuse que pour chercher à entrer dans ses grâces ou pour obtenir quelque chose. Même si elle savait tout de même qu'il savait plus que bien user de ses mots, de son regard et de son sourire pour la convaincre à franchir certaines des réticences qui étaient les siennes, comme le fait de lui faire confiance sans retenue, et d'accepter de prendre le risque de sortir de ses appartements pour ne pas éternellement s'y réfugier comme si le monde s'entredévorait de l'autre côté de leurs portes. ❧ Il est surtout divertissant de te voir froncer les sourcils parce que certaines t'échappent encore, au moment de les retirer, et que le compte n'y est pas ... ❧ Retrouvait-elle un brin de sourire ? Sans doute un peu, même si, dans les faits, ce sourire fut bien mince sur ses lippes, et qu'une faible lueur éclaira légèrement son regard, loin de ce dont elle pouvait habituellement être capable. Mais la situation présente n'ayant rien d'habituel, pouvait-on réellement lui en faire reproche ? Cependant, intérieurement, une petite flamme s'éveillait tout de même au milieu de cet abysse plutôt noir, rien qu'en songeant au fait de se savoir quelque peu apaisée, aimée et choyée, quand ce soir, Gareth se saisirait de la brosse et du peigne pour se faire appliqué et perfectionniste. Une flammèche qui fut presque entièrement balayée par l'ouragan que représentait de nouveau la terrible vérité énoncée par Gareth : lui aussi avait perdu son père. Il ne s'agissait donc pas pour lui de la rassurer en lui disant ce qu'il pensait qu'elle voulait entendre. Il exposait simplement la cruelle réalité telle qu'elle était. Et elle s'en voulut alors terriblement, Megara, que de l'avoir un peu oublié, un instant. ❧ Je suis désolée Gareth ... ❧ La jeune femme avait déjà présenté ses condoléances à Gareth, bien évidemment, n'ayant certainement pas attendu tant de mois pour le faire, surtout parce qu'elle était bien trop dans l'empathie, surtout avec ses proches, pour se faire sans cœur et égoïste. Du moins l'espérait-elle ... Et si elle s'en doutait plus qu'elle ne le savait, pour être encore novice dans cette position d'orpheline, elle espérait ne pas se tromper en pensant que ce deuil si particulier s'était sans doute plus que ravivé pour Gareth, avec la mort de Loren. Comme un rappel à l'ordre, sans doute, dont il se passerait probablement ?

Si un autre que Gareth l'avait rejointe maintenant, sans doute lui aurait-elle demandé de partir, ayant besoin de temps pour digérer la perte de son père, et préférant sans doute cette position de facilité, pour l'instant, en se terrant presque dans ses appartements. Mais sans doute Lyman, Jordane ou même peut-être Jeyne auraient-ils pu, eux aussi, faire figure d'exception, tout comme Gareth. De toute façon, la question ne se posait pas, puisqu'il s'agissait de lui et de nul autre. Même si cela ne changeait rien au fait qu'elle ressentait tout de même le besoin de prendre le temps de faire son deuil. Un deuil si colossal qu'elle avait bien peur qu'il ne la dévore en l'aspirant dans un précipice sans fin. Du moins était-ce là sa crainte, car elle savait qu'elle ne voulait pas réellement se laisser faire. Les jumeaux avaient besoin d'elle. Lyman avait besoin d'elle. Et Gareth aussi, très probablement. Car là où Cadwyn et Tybalt étaient trop jeunes pour réaliser ce qui se passait, Lyman et Gareth, eux, venaient de perdre Loren tout autant qu'elle ... Et sans vouloir se donner plus de valeur qu'elle n'en avait, elle supposait que sa perte à elle aussi, en un laps de temps si court après la disparition de Nymeria puis celle de Loren, représenterait un coup de massue supplémentaire qui ne pourrait que laisser de terribles traces. ❧ Pas seulement, oui ... Enfant, j'étais bien consciente qu'il était le Roi, et j'en étais si fière ... Mais quand je posais les yeux sur lui, je voyais mon père, avant tout. Un père avec une couronne sur la tête, mais un père avant tout. ❧ Elle ne pouvait nullement dissocier, aujourd'hui, ces deux facettes, celle du père et celle du roi, et n'avait sans doute jamais pu et su le faire. Elle était née Princesse alors qu'il était déjà Roi, et ne l'avait donc jamais connu avant son ascension au trône. Alors, évidemment, les deux facettes étaient liés, même si, aujourd'hui, sans doute devait-elle accepter le fait que ça ne soit plus le cas. Désormais, le Roi, c'était Lyman ... Une réalité qui s'ancrait en elle à chaque fois qu'elle lui revenait en pleine figure. De quoi la pousser à ne pas vouloir sortir de cette étreinte présente, là, tout contre son mari. ❧ En fait si, je suis allée le voir ... Pour lui demander que plus jamais il ne t'envoie si loin de moi aussi longtemps. J'étais enceinte et ... Et tu me manquais. Et j'avais peur. A raison, d'ailleurs, puisque tu es tout de même rentré blessé. ❧ A cet instant là, sans doute la fille qu'elle était avait pris des accents princiers, bien que Loren n'avait pu lui promettre qu'il n'aurait plus jamais besoin de Gareth de façon aussi primordiale et prioritaire. Ce qu'elle n'avait pas forcément entièrement voulu accepter ... Devrait-elle, aujourd'hui, tenter le risque d'en faire de nouveau la demande, même si, cette fois-ci, ce serait une sœur face à son frère, mais toujours une princesse face à son roi ? Et son cœur s'emballe quelque peu quand Gareth évoque la très grande probabilité que certains ne veuillent pas que du bien au nouveau roi qu'était Lyman. Si elle devait le perdre, lui aussi ... Sans doute son visage pâlit-il soudainement. De quoi la pousser à s'agripper à son époux, à cette jambe sur laquelle est posée sa main libre. Elle se savait munie d'une force habituelle pour une femme, mais n'était pas sans savoir qu'elle avait surtout des ongles ... Des ongles savamment entretenus, et qui n'avaient pas à être coupés courts pour la commodité du maniement de l'épée ou de la bride équine ... Mais un sanglot la parcourt, la faisant hoqueter, alors que Gareth ne fait pourtant qu'énoncer de nouveau les mêmes faits : elle venait de perdre son père. Et son époux a beau ramener à la surface des souvenirs agréables et chaleureux, les mots ne peuvent s'empêcher de s'étouffer et de se bousculer dans la bouche de Megara. ❧ Mais je me dis que ... Je me dis que ça aurait quand même pu ... Que ça aurait quand même pu faire qu'il sache ... Qu'il sache que je l'aimais, et qu'il n'était pas seul, et que je ne l'avais pas abandonné ... ❧ Quant à savoir si, lui, Gareth Kenning, il méritait tout ça ... ❧ Je ... Je n'ai que toi pour pouvoir pleurer sans être sermonnée ou ... Ou sans enfreindre le protocole de l'étiquette, et sans inquiéter Lyman alors qu'il n'a pas besoin de ça, surtout pas ... Je ... Je dois être forte et stable, quand je suis en sa présence, et ... Et je suis si bien dans tes bras, aussi ... ❧ Une nouvelle fois, avec un certain empressement un peu agacé par ces larmes qui continuent de couler, la jeune femme cherche à faire place nette sur ses joues, tout en reniflant de plus bel, la poussant à froncer le bout du nez, mécontente de la laideur du bruit émis. Mais finalement, sa gracieuse main retombe quelque peu, échouant le long du torse de son époux, toute surprise qu'elle est de la confession qu'il lui offre. Toute surprise et un peu déstabilisée, aussi. ❧ C'est vrai ? Je ... Il aimait taquiner les gens, comme lorsque je lui ai dis, dépitée, que je n'arrivais plus à boire de jus de grenade à cause de ma grossesse. Il a prétendu que c'était là la fin de l'arboriculture des grenadiers et que cela allait constitué une grande perte économique pour le Royaume ... ❧ Un hoquet de rire la secoue alors que l'image de son père, goguenard et moqueur, lui saute au visage. ❧ J'aime bien te voir sourire comme un idiot, moi aussi. Je dois sans doute tenir ça de lui. ❧ Un instant, son regard frise d'une lueur malicieuse, avant qu'elle ne ferme les yeux en nichant son nez dans le cou de son époux.


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Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth   Meg_toto
Megara Lannister

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MessageSujet: Re: Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth    Bénis soient les coeurs qui peuvent fléchir, ils ne seront jamais brisés ❧ Gareth   Empty

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