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L’Ombre de la Vie et de la Mort (Helena)
MessageSujet: L’Ombre de la Vie et de la Mort (Helena)    L’Ombre de la Vie et de la Mort (Helena)  EmptyDim 19 Jan - 14:14

Plus les jours passés, et plus j’avais l’impression que je devenais petit à petit la dame de compagnie de la Reine Helena Hoare. Malgré moi, je l’accompagnais bien souvent dans ses divers déplacements dans le camp, partageais bien des repas avec elle et avait une conversation avec, bon gré, mal gré. Si certains avaient parié que deux Reines règneraient sur le camp, ils s’étaient considérablement fourvoyés. Ceux qui m’avaient connu comme la « femme-sel » de leur Roi assistaient, avec un étonnement certains, à la docilité dont je faisais preuve. Je n’aguichais pas, je ne battais pas des cils, je ne charmais pas avec mes sourires, je ne dévoilais que peu ma chair et je prenais grand soin que mes interactions avec Yoren soient publiques et à peine privées.

La vérité était que je prenais uniquement mes précautions. Je restais auprès de celle dont le ventre s’arrondissait dans ce fol espoir qu’elle devra s’éloigner dès que l’Ombre de la Guerre se présentera au loin, et que dès que cette occasion dorée se présenterait, j’avais à prendre la fuite avec elle. On pouvait me qualifier de lâches, mais je préférais me considérer comme réaliste : je ne connaissais rien à la guerre et à part finir avec une tête coupée, un entrejambe déchiqueté ou encore otage entre de nouvelles mains étrangères, j’avais peu d’espoir de sortir la tête haute.

Et précisément, entourée d’hommes de différentes patries, réunis uniquement par le mariage entre Helena et Yoren, je ne pourrais véritablement dire que je me sentais en sécurité. Ainsi donc, je préférais me réfugier à l’ombre du couple royal, écrasant ma fierté au passage, et cacher mes attributs féminins. L’envie de mettre un pantalon comme ces hommes me démangeaient mais je me retenais autant que possible, ayant opté pour une autre ruse. Le pantalon était là, mais caché par cette robe que je pourrais détachée et arrachée aisément, si l’occasion avait à se présenter. Oui, je prévoyais de courir ou de chevaucher en hâte, si la nécessité s’en faisait sentir.

Malheureusement, une autre journée s’achevait sans cette issue tant espérée à l’horizon, et cette humiliante promesse d’une autre soirée à partager la table de la Reine. Pensées que je ruminais dans mes « appartements », qui se résumaient évidemment à une tente au confort le plus minimaliste, qui accueillait donc ma personne ainsi que mes trois compagnons. Dans ce décor-ci, plus que jamais, le mal du pays se faisait sentir. Adieu les couleurs chatoyantes de mes draps, adieu mes jolis bijoux, adieu mes vins du meilleur crus de Dorne … J’avais bien amené une bouteille mais je l’avais vidée dès la première nuit. Elle n’a pas été d’un grand confort, fort malheureusement. Dorénavant, à part enfouir mon visage dans le paillasson qui servait de lit, je n’avais plus vraiment d’autres loisirs.

Mon seul et étrange plaisir était de voir le ventre d’Helena s’arrondir de jour en jour. Et mon plus grand déplaisir était de constater qu’une femme avait à attendre neuf mois avant de mettre au monde un enfant. La Nature pouvait vraiment être capricieuse, le moment venu ! Et, toujours avec cette pensée, j’entre dans la tente de la Reine pour l’heure du dîner. Mon regard se pose d’abord sur le visage de la brunette, avant de s’échouer un court instant sur le ventre. Il grossissait, mais pas assez vite.

- Vous êtes chaque jour plus rayonnantes, ma Reine. La grossesse vous sied à merveille, compliment que je répétais dès que je jugeais de bon goût. Etes-vous à votre aise ?

Il y a bien longtemps que j’avais abandonné de dorer davantage mes phrases. La dame était suffisamment franche pour me dire ce qu’elle pensait ou ce dont elle avait besoin. En vérité, plus je parlais, et moins elle était satisfaite. Alors, je m’adaptais tout naturellement. J’en profite pour me poser à mon tour, et détailler la table.
Arianne Martell

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MessageSujet: Re: L’Ombre de la Vie et de la Mort (Helena)    L’Ombre de la Vie et de la Mort (Helena)  EmptyJeu 23 Jan - 1:15

Je regardais mon plat sans grand appétit, bien qu’ayant été gracié par ma grossesse de tous ces désagréments qu’avaient pu m’évoquer les dames de la cour, je n’arrivais à me nourrir uniquement de mes pensées ce soir-là. Je pensais aux aurevoirs froids  que j’avais échangés avec ma mère qui jamais ne m’avait caché sa réticence quant à mon départ pour la campagne. Je la suspectais même d’avoir prié la mère de  m’affliger d’une grossesse difficile, me forçant à rester clouée au lit, tout près d’elle à Pirremoutier. Elle était une Bracken, à sa façon. Pieusement déterminée à imposer sa volonté, à se battre sauvagement parfois contre les ambitions de ses propres enfants, pour leur imposer cette sagesse qu’elle avait durement acquise aux côtés du très difficile Adriel Bracken.

Mon cœur rata un battement, entendant encore les relents de la conversation que nous avions eu la veille de mon départ. Son jugement à mon égard, tant en tant que souveraine qu’en tant que fille, avait été sans appel. Inconsciente et égoïste, m’avait-elle lancé sans faillir d’un millimètre comme elle en avait l’art. Je l’avais détesté pendant quelques heures, puis prenant le départ pour la campagne, j’avais senti le poids du monde s’écraser sur mes épaules et je m’étais mise à le détester à son tour. Pendant nos longs jours de trajets, j’avais ruminé tout ce qui m’exécrait dans cette guerre. A commencé par le fait qu’elle n’aurait jamais dû avoir lieu, que jamais les barons du Conflans n’auraient dû laisser l’Empire profiter de nos faiblesses pour nous diviser. Sans parlé de l’écœurement ressenti face  à la bêtise du Tully qui s’était agenouillé devant une étrangère possédant une arme de guerre redoutable, pour ensuite s’égosiller comme un goret à force d’hurler d’avoir libéré le Conflans. Libérer ? Ne voyaient-ils tous pas l’absurdité de ce mot lorsque l’on était contraint par une impératrice improvisée volant à dos de dragons ? Et par un loup du Nord ayant fait saigné des centaines de riverains ; Etaient-ils tous stupides !  

J’avais beau avoir ruminé ces pensées pendant des jours, elles ne s’étaient pas évaporées pour autant. Bien présentes, plus que jamais là à me couper mon appétit et à m’irriter au possible. Je soufflai de lassitude, vociférant de l’intérieur à défaut de ne pouvoir exprimer la profondeur de ma contrariété,  lorsqu’une voix qui  bien malgré moi m’était devenue familière me sorti de mes ruminations. Je ne pus que laisser planer un silence expressif devant les premières banalités qu’elle me fit de nouveau endurer. Pourquoi Yoren l’avait-il emmené déjà ? Surement par espoir de me faire quitter la campagne plus tôt, à défaut de ne pas avoir pu m’engrosser à temps afin que je devienne si énorme que même un étalon  ne puisse supporter mon poids. A sa question je lui adressai un sourire bref

 « En effet, merci. »

J’étais assez à mon aise pour importuner toute la lignée Bracken de ma présence ici, graciée par la mère pour la facilité qu’elle m’accordait à porter mon enfant.

 « Cette grossesse pour l’instant s’avère bien facile à supporter, seulement je ne trouve nullement l’appétit  »

Fis-je l’effort de lui confier, lui montrant d’un geste vague et las la nourriture intacte qui composait la table, que ce soit la soupe, le pain ou la volaille. Je relevai la tête vers elle, Dornienne en plein milieu des débâcles du Conflans, dont la présence ici sur ce camp était encore plus atypique que la mienne.

 « Et vous ? Comment vous portez vous ? Il aurait été préférable que vous
découvriez les terres boueuses du Conflans dans un autre contexte. »


Enchainai-je sans malice aucune, me forçant à découper un morceau de pain, le portant à mes lèvres pour finir par le déglutir difficilement après l'avoir longuement mâché.

 « J’ose espérer que vous êtes aussi à l’aise que puisse l’être une Dame de votre rang, dans les conditions que nous connaissons  »
Helena Hoare

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MessageSujet: Re: L’Ombre de la Vie et de la Mort (Helena)    L’Ombre de la Vie et de la Mort (Helena)  EmptyDim 2 Fév - 19:43

- Je ne connais malheureusement aucun remède qui pourrait ramener un peu d’appétit. La sensation que selon les femmes, cette étape de la vie est appréhendée très différemment. Peu de femmes se plaignent d’un malaise similaire. Certaines ont un grand appétit, d’autres moins. Certaines peuvent courir et se battre, alors que d’autres sont alitées des mois durant.

Malgré tous mes efforts pour me concentrer uniquement sur les traits fatigués de la Reine, mon regard ne peut s’empêcher de glisser vers son ventre rond. Inconsciemment, je pense à mon propre ventre qui a toujours été vide et plat ou encore à ce sang impur qui coule inlassablement et avec répétition entre mes jambes à chaque début de pleine lune depuis que j’avais quitté ma condition d’enfant à femme. Comme à chaque fois que je voyais une femme enceinte, heureuse ou non, j’étais assaillie par cette même question : est-ce que les Dieux m’avaient privé du don de la Vie ? Les guérisseurs, de toute horizon, que j’avais consulté à ce jour m’avaient assuré que j’avais un corps fringuant et solide, en excellente santé, et que je devais être patiente. Et pourtant, le doute était là, persistant, et grandissant de plus en plus en moi. En vérité, le désir d’être mère ne m’animait pas, mais c’était cette idée de ne pas avoir le choix qui me perturbait.  

- Je ne suis pas à mon aise. Il est bien dommage que vous soyez enceinte, car j’aurais bien voulu une compagne pour terminer quelques cruches de vins ce soir, répondis-je en toute franchise, me détachant enfin de ce spectacle gênant, et préférant vider mon verre de vin d’une traite. Je devrais peut-être chercher la compagnie d’un valeureux soldat ou d’un innocent écuyer. Et puis, qui sait, apportera-t-il un peu de chaleur à ma couche ce soir.

A cette dernière phrase, je lance un regard en coin à la dame pour déchiffrer son expression. Allait-elle être courroucée de la frivolité dont je faisais preuve ou, au contraire, rire et s’amuser ? Car je n’étais nullement sincère dans mes propos. Je n’étais pas encore assez folle pour aller enflammer le cœur d’un soldat, de crainte que ce dernier ne passe un quelconque mot et que je devienne la putain de la cour.  

- Je vais cesser mes bêtises et être un tantinet plus sérieuse, ma Reine, soufflais-je. A mon arrivée, vous étiez plongés dans quelques pensées. Est-ce qu’à tout hasard vous reconsidérez votre décision et vous envisagez l’idée de quitter cette campagne militaire de sitôt afin de mettre votre enfant et donc vous-même à l’abri ?

En toute honnêteté, mes espoirs étaient minces. Non, cette question n’était qu’un préambule d’une future demande que j’allais formuler. Une question qui était davantage rhétorique car j’en connaissais déjà la réponse.

- Je vous prie de ne pas vous fatiguer à y répondre. Je devine que la réponse sera « non ». J’admire sincèrement ce désir d’être l’égal d’un homme, même lorsque la situation est des plus critiques et dangereuses. Vous vous affranchissez considérablement de bien de vos traditions associées à votre sexe et je ne doute pas un court instant que votre époux doit vous soutenir dans vos choix.


Je me tais enfin, pour à nouveau plonger mon regard dans le sien.

- Je vais vous épargner tous ces longs discours sur l’importance de la vie que vous portez. Je vous demande qu’une chose, et aussi pénible soit-elle : mangez. Vous imposez un rythme éreintant à une vie qui peine à se former, pour être auprès de votre époux et de vos gens. Si vous désirez insuffler du courage, je vous prie de retrouver un peu de couleurs à ces joues et en arrondissant un peu plus ce ventre.

Je me tais encore pour finalement asséner le dernier coup.

- Je suppose que vous me détestez, à avoir trop parlé. Je m’excuserai, si vous me dites que je me suis fourvoyée dans ma logique et que j’ai oublié un point important.
Arianne Martell

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MessageSujet: Re: L’Ombre de la Vie et de la Mort (Helena)    L’Ombre de la Vie et de la Mort (Helena)  EmptyJeu 20 Fév - 23:43



«La guerre, les armes, le vin, l’effervescence … autant de choses qui pourraient affecter ma si fragile condition selon les dires de toutes les voix qui pensent bien faire en m’avisant de leur conseil »

Soupirai-je avant de lever les yeux vers elle, quittant du regard par la même occasion la cruche de vin qui trônait sur la table, tentatrice à souhait pour me concentrer sur le visage de mon interlocutrice

« A croire qu’il s’agit là plus d’une affliction que d’une bénédiction, que la suite logique de tout cela serait de me voir y succomber.  Si jamais je n’étais menacé par cet immense danger de ne réussir à enfanter d’un héritier bien portant et d’y survivre ; danger qui apparemment est plus menaçant encore que la guerre, l’empire et le dragon ; je vous assure que je me joindrais à vous Dame Arianne. »

Ma voix ne reflétait aucune agressivité, seulement une impertinence enrobée de sarcasme alors que mes lèvres se laissaient parer d’un léger sourire en coin pour l’illustrer,  comme une réaction presque instinctive aux limitations que m’imposait la vulnérabilité de la vie que je portais. Et par extension ma propre vulnérabilité.

La suite m’arracha un rictus amusé  par la confidence de la Martell, j’avais du mal à imaginer qu’elle arriverait à trouver satisfaction dans les bras d’un des soldats du royaume. Aussi loyaux et courageux que pouvaient être nos hommes, ils restaient des hommes, n’ayant côtoyés de femmes depuis des semaines, des hommes égocentriques, égocentrés sur leur plaisir et tout ce qu’ils pourraient en tirer avant que cette guerre ne les arrache possiblement à la vie.

 « Vous risqueriez d’être déçue, aucun homme aussi soldat et viril soit il n’arrivera à vous faire oublier dans quoi nous sommes embarqué … » je marquai une pause avant d’ajouter, amusée « ni à vous faire oublier à quel point leurs esprits peuvent être trop simples pour consoler les tourments qui nous concernent. Optez plutôt pour le vin … le vin ne déçoit jamais, le vin est bon confident, le vin ne parle pas »

Je ponctuai sourire aux lèvres, tout en poussant vers elle la cruche qui trônait sur la table. Lady Arianne repris son sérieux et avec arriva une question qui m’avait été posé maintes fois, j’inspirai de contrariété, me préparant à attaquer de façon bien acide la bienveillance de la Martell lorsqu’elle me devança. Elle m’avait visiblement assez observé, entendu parler et avait peut-être assez assisté à mon entêtement pour ne pas emprunter la même route que ceux qui s’étaient risqué à me raisonner précédemment. Je déglutis, reposant mon dos sur le dossier de mon siège avant de soupirer, les yeux baissés sur mes mains jointes posées sur la table

 « Être l’égale d’un homme …  »

Répétai-je pensive, pour finir par lever la tête vers la conseillère après avoir laissé échapper un ricanement bref

 « Cette légitimité qu’ils acquièrent au moment même où le mestre pose les yeux sur leur entrejambe. Légitimité qu’ils n’arrêtent pas de rabâcher et de maintenir à chaque fois qu’ils en ont l’occasion …  »  

Je souris légèrement à la Martell avant d’ajouter « Aucune créature saine d’esprit ne prendrait plaisir à sortir sa queue à chaque fois que besoin est de s’assurer de son pouvoir » Je la regardai une seconde puis souris plus franchement pour lui glisser moqueuse « Mais les hommes … eux n’y voit aucun problème »


 « Je veux juste être la reine dont ce royaume a besoin, je suis d’ici. Je connais ces terres, je connais ces gens et je sais pourquoi nous nous battons encore. Ma place est ici. Pas enfermée dans une forteresse à serrer les jambes jusqu’à la délivrance » Je soufflai un coup faisant redescendre mes nerfs, le temps de considérer les paroles aimables qu’elle m’avait adressé et la considération dont elle faisait preuve concernant la vie que je portais.

 « Vous avez raison, je n’irai nul part et ne mènerait personne si je me retrouve fébrile. Sans parler du fait que je donnerai du grain à moudre aux mauvaises langues qui veulent me limiter à un rôle bien précis »

Je la fixai un moment, me rendant décidément compte que je n’avais pas été d’une compagnie appréciable ces derniers temps. Que les temps que nous vivions m’avaient peut être rendue beaucoup moins encline à la conciliation, tant j’étais toujours appliqué à faire en sorte que personne ne barre là route qu’était la mienne.

 « Je ne vous déteste pas. Vous m’agacez parfois, vous, vos bons usages et votre bonne morale mais je ne vous déteste pas. Et vous n’avez nulle excuse à me présenter Dame Arianne »

Je lui montrai son plat et les mets certes limités compte tenu du contexte, mais néanmoins royaux, qui ornaient la table l’invitant donc à se joindre à moi, espérant secrètement que la voir manger me rendrait l’appétit.

 « Je pensais à l’absurdité de cette guerre quand tout le Conflans devrait s’unifier contre l’empire. Au fait que ma mère, la foi et certains riverains ont en horreur le fait de voir une femme qui plus est dans ma condition prendre part à la campagne. Au  fait que mon père et grand-père soient aux mains de l’empire, que mon oncle et mon frère avec nous ici et que ma maison de naissance pourrait disparaitre … pour répondre à votre question»
Helena Hoare

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MessageSujet: Re: L’Ombre de la Vie et de la Mort (Helena)    L’Ombre de la Vie et de la Mort (Helena)  EmptyMar 3 Mar - 20:37

- Malheureusement, si votre arme est une lame bien affûtée et une armée, la mienne est le beau langage et des manières agréables. Si je vous agace, c'est que ma propre lame n'est point émoussée et je suis bien aise de le savoir, répliquais-je doucement, sourire factice aux lèvres mais qui trompaient toujours quelques simples d’esprit, et le timbre chantant comme si rien ne m’atteignait, ni cette boue, ni ces restrictions, ni l’inconfort. Beau masque dont je me débarrassais dès que je rejoignais l’abri de ma tente, ou tout autre logement où nul regard ne se posait sur moi si ce n’est celui de mes fidèles serviteurs qui me connaissaient mieux que quiconque. La guerre est peut-être absurde, mais elle est nécessaire pour que les hommes ressentent du plaisir. Comme dirait ma mère, tous les seigneurs n’ont pas le plaisir d’avoir une panse remplie et une virilité vidée chaque soir. Ils n’ont pas d’autres choix que guerroyer.

J’étais la fille d’une courtisane des Météores et j’avais grandi les sept premières années de ma vie dans un bordel. Même si mes souvenirs de cette époque étaient flous, des bribes de paroles persistaient dans ma mémoire et certaines habitudes s’étaient profondément ancrées en moi. Si certains parlaient politique sous des termes bien complexes, en présentant des enjeux comme une terre, une richesse, une influence ou un honneur, je voyais l’affaire d’un autre angle et notamment celui où toute cette mascarade était dirigée par une poignée d’hommes cachés dans leur tente, et considérant les soldats comme des pions et des chiffres. Et dès lors, pour comprendre une guerre, il fallait comprendre cette poignée d’hommes.

- Ma Reine, si je puis me permettre, la défaite m’a bien apprise une chose : tant que l’on vit, il faut savoir profiter un tantinet de la vie.

J’étais un tantinet hypocrite, je le savais. Car, à cause de cette défaite, j’étais plus que prête à faire les sacrifices nécessaires pour Dorne. Une vérité que je préférais dissimuler à une femme enceinte car, même si elle était mariée à un ancien amant, j’avais toujours une certaine faiblesse pour les femmes de cette condition. Elle me rappelait ma propre vulnérabilité et mes peurs, gagnant inconsciemment une forme d’ascendance sur moi. Quel que soit la conclusion de cette affaire, un enfant vivant et beuglant ou un enfant mort et rigide, je ne désirais nullement être de près ou de loin une cause. J’accomplissais le devoir que tout autre personne remplirait à ma place, soit tenter de raisonner un tantinet une femme qu’une partie de l’armée regardait les yeux plein d’un espoir que je ne comprenais pas. Ils couraient tous à leur mort, et avec une femme enceinte à leur tête : uniquement la ruse et un coup de pouce du destin pourraient apporter le miracle nécessaire à une campagne réussie.

Finalement, je m’attaque avec un appétit outrageux à mon plat. Je savais que j’allais regretter cet excès, lorsque je serais mise à nue et que je verrais les premiers signes des abus et du manque d’exercice.

- Comme nous semblons être en désaccord sur bien des sujets, et que vous semblez encline à tergiverser sur de sombres pensées si je me tais ou si je vous abandonne, je vous propose un autre sujet de conversation, qui requiert l’oreille d’une femme et surtout l’expertise d’une guerrière. Je voudrais bien apprendre à me défendre, que me conseillerez-vous comme arme pour débuter un apprentissage et apprendre assez vite ? A savoir, j’ai toujours été plus douée à la danse et aux maniements d’instruments qu’aux arts de la guerre, contrairement à mes frères et sœurs.
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MessageSujet: Re: L’Ombre de la Vie et de la Mort (Helena)    L’Ombre de la Vie et de la Mort (Helena)  EmptyJeu 2 Avr - 1:45

Lentement, mon regard se détacha de son visage pour descendre vers son cou, puis son torse que je regardai avec insistance. Je déglutis, contrainte de ravaler mes humeurs devant une  Martell qui en aucun cas n’allait se laissé abuser. Nos points de vue étaient différents et si souvent l’on pouvait me reprocher mon manque de tempérance, j’étais bien contrainte de reconnaitre qu’elle maniait ses armes avec expertise. Et pourtant, la voilà qui se montrait curieuse à d’autres enseignements que ceux qu’elle avait côtoyé jusque-là, pour se défendre disait-elle ; et une partie de moi ne pouvait s’empêcher de bougonner a l’idée que la dame doutait certainement de notre capacité à lui fournir protection assez efficace pour la prévenir de prendre les armes.
Je finis donc de la toiser, remarquant que sa poitrine si elle était difficilement dissimulable, ne représentait aucunement une difficulté pour le tir à l’arc.

« Vous pourriez tirer à l’arc  »

Lui glissai je brièvement, me remémorant  mes bravades face aux interdictions de mon père lorsqu’avec la complicité de mon oncle je faisais mes premières preuves un arc entre les mains. Seulement je me rendais aussi compte que je n’étais probablement pas face à mon double et que si j’avais la réputation d’être intrépide, la Dame elle, se targuait d’avoir d’autres qualités, qui pouvaient sembler insignifiantes sur un champs de batailles mais bien utiles face à un agresseur unique, ou lors d’une situation pouvant aisément dégénérer vers une fin des plus tragiques.

«J’ai bien conscience, cependant, que vous ne souhaitez pas vraiment vous former aux arts de la guerre mais plutôt trouver un moyen de ne pas finir éventrée ou encore déshonorée par les temps que nous connaissons » J’articulai d’une franchise placide, m’étant moi-même longuement amusée a imaginer le pire des dénouements.  

Dans ce cas-ci, l’arc serait une arme bien inutile pour la dame, puisque utilisable en temps de guerre ou face à un ennemi lointain et préférablement lent. Il serait, en effet,  complètement superflu face à un agresseur tout proche dont le souffle morbide se ferait entendre à nos oreilles.

«Vous êtes une danseuse selon vos dires et je vous suppose assez adroite et maligne pour dissimuler une arme qui pourrait être à la fois charmante et dangereuse. Comme toutes ses jolies paroles et ses beaux sourires que vous aborder avec tant de constance »

Je lui souris légèrement, prenant quelque gorgée à ma coupe pour finalement grimacer devant la déception de ne rien y trouver d’assez euphorisant.

«La dague vous irait à merveille, puisque vous me demander mon avis. »
L’arme sournoise et inattendue par excellence, larme des assassins et des espions. De ceux qui se glisse au plus près, ceux qui se laissent approcher pour avoir la satisfaction d’en finir en un coup, sec, discret et précis.

Non pas que je me la représentais particulièrement sournoise, seulement, j’avais appris des lèvres de Myria Hoare que les jolies sourires et les belles paroles cachaient toujours un intérêt et tant que je n’étais pas certaine de celui de mon interlocutrice, la prudence, à défaut de la méfiance, était de mise.

« Mais qu’importe, je vous montrerai la lame, la dague ou l’arc si vous le désirez. Cependant, je tiens à vous rassurez sur votre importance en notre royaume et sur le fait que votre sécurité y est évidemment l’une de nos priorités»

Bien que si je me devais d’être tout à fait honnête, j’aurais refusée d’être un quelconque fardeau ou à défendre, si jamais le sort avait voulu que je sois en sa position.
Helena Hoare

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