Tumblr  Discord  AccueilAccueil  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
-40%
Le deal à ne pas rater :
Maillot de football Third Paris Saint-Germain – 2019/2020
54 € 90 €
Voir le deal

Show must go on (Tour VII - Terminé)
MessageSujet: Show must go on (Tour VII - Terminé)   Show must go on (Tour VII - Terminé) EmptyVen 27 Sep - 21:27

previously

Show must go onAïshaa & Beron



"The roots of a human being must
not prevent him from taking flight."


Beron était en train de vomir ses tripes derrière un buisson après avoir égorgé le cheval et taillé la bête en quartiers avec la hache d'Evan. Il avait tenu à le faire lui-même, tandis que le mercenaire dardait sur lui un regard indéfinissable. Le jeune Prince avait juste demandé à ce rude guerrier de tenir la bride du cheval tandis qu'il tranchait sa jugulaire d'un coup de poignard net et précis. L'animal le fixait de ses yeux, éperdu, tandis que la vie s'échappait par jets carmin de son encolure. Le Hoare avait alors tendu une gourde, puis deux, puis trois sous l'incision. Aucun fer-né n'ignorait la vigueur qu'on pouvait tirer d'une telle boisson, consommée rapidement après tirage. Ils pratiquaient ce sacrifice sur d'autres animaux, depuis des lustres, les chevaux étant rares sur les Îles de fer. Joren le lui avait enseigné lors de chasses partagées, et Banot lui avait confié que cela était pratiqué par bien des armées réduites à la famine ou la débâcle. L'Essossien disait que les Dothrakis eux-même s'y adonnaient sans même que la nourriture vint à manquer. Ils pensaient y puiser la force de l’Étalon qu'ils vénéraient comme un Dieu de la guerre et de la fécondité. Mais Beron n'avait rien d'un Dothraki et aimait les chevaux comme de fidèles amis, pétris de noblesse et de dévouement envers l'Homme. Comment pouvaient-ils endurer autant sans flanquer leurs cavaliers par terre et s'enfuir au grand galop ? Cela arrivait parfois, mais tellement rarement. Comment pouvaient-ils suivre la folie des hommes dans la guerre, le travail des champs, les tournois, les combats, si ce n'était par amour ? On chantait les louanges des chiens, leur fidélité au maître qui les nourrissait, mais Beron plaçait le dévouement du cheval à son cavalier bien au dessus de ce lien.


Sans doute, certains hommes, certaines femmes le haïssaient aujourd'hui et le haïraient dans l'avenir pour ses choix qu'ils considéreraient comme traîtrise. Même s'il parvenait à accomplir le rêve qui était le sien, d'un monde pacifié et sans autre impératif pour les hommes que de s'allier pour perdurer, il y en aurait toujours pour vouloir dominer, subordonner, inféoder leurs semblables. Le combat serait éternel. Parce que c'était dans la nature de certains hommes de vouloir dominer les leurs. Il y en aurait toujours pour haïr cette dictature de la paix, de la survie contre la guerre et la soif de pouvoir. Il serait toujours le traître de quelqu'un. Chacun est le traître aux yeux d'une cause qu'il rejette en élevant plus haut dans son cœur la sienne propre. Ainsi allait le monde, ainsi allait Westeros, même s'il parvenait à infléchir les mentalités. Il y aurait toujours une poignée d'irréductibles pour laisser parler le plus sombre en eux : la soif de puissance, l'illusion qu'une vie, la leur, vaut plus qu'une autre. Il serait toujours le traître à abattre aux yeux de ces hommes. Pourtant, jamais il ne trahirait autre chose que la folle malédiction qui animait les hommes. Mais cette nuit là, en égorgeant ce cheval de bât trop fatigué, il avait trahi une force bien plus noble, bien plus atavique que les ambitions d'une certaine frange de l'Humanité. Il avait trahi l'amour brut, ce joyau de dévotion à l'état pur. Proche de celui qu'un enfant peut éprouver pour ses parents. La confiance qu'un être vulnérable place dans celui qui est censé le guider, le nourrir et le protéger.

La conscience que bien des souverains, à commencer par le sien, aient commis cette trahison en sacrifiant leurs féaux à leurs ambitions orgueilleuses ne dédouanait en rien Beron à ses propres yeux. Il venait de sacrifier le premier être totalement innocent, pour donner un espoir à sa cause et à une poignée d'hommes qui étaient censés la servir. Beron avait regardé ses mains couvertes de sang après avoir dépecé le cheval et il avait pris conscience de ce qu'un homme est prêt à faire pour imposer ce qu'il pense être juste. Il savait qu'il venait de sacrifier un cheval et qu'il en sacrifierait probablement d'autres. Il savait qu'un jour viendrait, où ce serait des hommes qu'il sacrifierait. Alors une bouffée d'empathie l'envahit pour Harren, Joren, Yoren, Torrhen et tous ces autres hommes, guerriers, généraux, rois, qu'il voyait comme des bourreaux, et qui finalement, n'étaient rien d'autres que des hommes convaincus de défendre une bonne cause, leur cause. Il réalisa alors qu'il rejoindrait ce cercle très fermé des hommes qui donnent la mort en prétendant préserver la vie. D'ailleurs, ne l'avait-il pas fait déjà en assurant Heda de son soutien pour cette sédition à Pierremoutier ? Lui qui était convaincu depuis toujours que seuls les actes comptaient, au delà des mots, n'en était plus aussi sûr désormais. Se pouvait-il qu'une idée, plus que les autres, légitime un sacrifice ? Ne devrait-on pas accepter de mourir plutôt que de survivre au prix d'une autre vie ?

Qu'est-ce qui, finalement, le rendait meilleur que les tyrans qu'il prétendait défaire par ses grandes théories sur l'égalité et la justice ? Éructant, vomissant, pleurant, la rage au ventre contre son geste qu'il persistait pourtant à considérer comme nécessaire, Beron essuya ses larmes de ses mains ensanglantées, sans avoir conscience qu'il couvrait son visage de sillons vermeille. Il avait vu tant d'hommes succomber à Eyssines, tant de valeureux guerriers baignant dans leur sang. Mais ce sang ne l'avait pas écœuré au point de le faire vomir. Parce que ce n'était pas lui qui avait provoqué ce flot. Le cheval ... Ce cheval, incarnait le carnage qu'il avait peut-être provoqué à Pierremoutier, par ses seules décisions...

Pourtant ... Sacrifier une vie, pour tenter d'en sauver tellement plus ... Il se redressa et s'essuya le nez du revers de sa manche. La mâchoire serrée, il se dirigea vers le campement, à peine conscient de la silhouette d'Evan qui le suivait. Il le savait, à présent, sa vie ne serait qu'une succession de choix rééditant cette nuit. Il ne pouvait qu'espérer qu'il les poserait judicieusement, toujours dans cette logique d'épargner le plus grand nombre. Et ce nombre prenait forme dans sa vision, sous l'aspect d'une armée monumentale, une mer infinie. Elle n'était pas bardée d'armures ou de cuirasses, elle n'était pas hérissée de lances et hallebardes, elle ne rugissait pas de cris guerriers. Elle était là, grise et silencieuse, couverte de la poussière du labeur quotidien. Elle se nommait LE PEUPLE.

¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤

Les quartiers avaient été salés, emballés dans des linges, répartis dans des sacoches après avoir été fumés. Le plus beau avait été rôti dans une grotte qu'ils avaient trouvée. Munie d'une cheminée dont ils avaient recouvert partiellement l'orifice extérieur de mousse pour que la fumée soit piégée et se transforme en un panache de vapeur donnant l'illusion d'une brume de sous bois, elle offrait un abri parfait pour une nuit de repos. Ce soir-là les mercenaires firent bombance. Banot aussi se nourrit tout en ne cessant de lancer vers son Prince un regard plus craintif que jamais. Sous le questionnement le jeune Hoare lut une peine que tous deux partageaient mais dont le fuyard ne pouvait plus se permettre le luxe. Les chevaux étaient le seul espoir de reprendre des forces, après avoir été celui de rallier Denfer. Un espoir que Beron n'avait pas abandonné. En avoir sacrifié un lui paraissait désormais un choix raisonnable. L'homme avait enfoui, refoulé les scrupules de l'enfant. Deux jours étaient passés depuis qu'il avait imploré en prières au Dieu Noyé le pardon de l'âme du cheval qu'il avait saigné, débité et partiellement mangé avec ses comparses. Il en goûtait encore avec parcimonie la chair lorsque l'acolyte d'Evan vint leur signaler des mouvements dans les buissons aux alentours de la grotte. Selon lui, plusieurs silhouettes approchaient du campement. Les quatre renégats tirèrent tous leur lame du fourreau et se placèrent à l'entrée de leur abri, prêts à le défendre chèrement. Beron, le premier, plus que jamais.


:copyright: YOU_COMPLETE_MESS
Anonymous
Invité
Invité
Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: Show must go on (Tour VII - Terminé)   Show must go on (Tour VII - Terminé) EmptySam 28 Sep - 21:59



Aïshaa Sand

Aïshaa est une jeune dornienne en exile. Fille bâtarde de Lord Santagar, elle a grandi avec une troupe d’artiste plutôt qu’avec son géniteur. Considérée comme la fille de Perlan le Magnifique, c’est tout naturellement qu’elle a repris la tête de la troupe à sa mort. Du haut de ses 17 ans, Aïshaa a le dévouement des siens et c’est pour cette raison qu’elle fera tout pour qu’ils mangent à leur faim. La petite troupe croise le chemin du groupe composé par le prince du Conflans Hoare en exil.


Je n’aime pas le nom que je porte. Un nom qui me rappelle que je ne suis que le fruit d’une union illégitime. La bâtarde du Seigneur Santagar, qui a cru bon se souvenir de mon existence. Etrangement, mon bien cher père s’en souvient quand il s’agit de servir ses avantages. Il offre de me reconnaitre comme sa fille légitime si j’accepte d’être mariée. Ma liberté contre un nom. Ma liberté contre des terres. Je ne suis pas une monnaie d’échange, sang noble ou pas, je réfute l’idée de ne pas être maitre de mon destin.

Cela fait presque quatre ans que j’ai fui ce cloître où mon honteuse existence était cachée aux yeux du monde, forte de mes convictions, naïvement idiote que je saurais m’en sortir seule. Je serais éternellement reconnaissante envers Perhan, qui fût bien plus un père en trois ans que ne l’aura jamais été mon Lord de géniteur dans toute sa vie. Est-il encore en vie ? Je ne saurais dire, je crois bien que oui même si je fais la sourde oreille quand il s’agit des nouvelles qui le concernent.

Perhan Le Magnifique. Le Roi Perhan. Il n’en portait pas la couronne mais Perhan était à la tête d’une troupe d’artistes. De joyeux drilles venant de toutes horizons, sachant mener l’art du divertissement autant que l’épée. Je n’ai jamais voulu chercher à en savoir davantage. Déserteurs ? Condamnés au Mur ? Quelle importance, nous étions tous les membres d’une même famille : celle du spectacle.

Les années passèrent, j’ai appris l’art de la danse et celui de la comédie. Le bonheur n’est jamais éternel, c’est à croire que la vie aime à nous rappeler combien elle est courte et qu’il faut savoir la prendre à bras le corps. Perhan nous quitta, trainant depuis bien trop longtemps les conséquences de alimentations bien trop pauvres. J’hérite de sa couronne à l’âge de mes seize ans. Moi la bâtarde, me voila Reine des saltimbanques.

La neige rendait notre progression compliquée, les trois roulottes s’enfonçaient plus qu’elles ne roulaient. La décision fût prise de passer la nuit dans cette forêt pour économiser nos chevaux. Sans eux notre petite troupe n’irait pas bien loin. Ils sont à eux trois la plus grande de notre richesse et comptent comme membres à part entière de notre troupe.

Mes pas m’avaient éloignée du campement pour aller chercher du petit bois afin d’alimenter le feu qui nous chaufferait. Ma progression n’était pas évidente et je prenais soin de laisser des repères pour retrouver mon chemin. Ne vous fiez pas à mon apparence de frêle jeune fille, nombreux sont ceux à s’y être cassés les dents, voir même, parfois leurs bourses qu’ils auraient souhaité soulager. Je sais lancer des lames et tirer à l’arc.

Se sont les cris qui m’ont attirée. Effroyables. Me glaçant le sang bien plus que le froid piquant. J’ai d’abord songé à un animal blessé mais j’étais tellement éloignée de la réalité que lorsque j’ai vu la scène d’horreur qui se dessinait devant moi, les mots restèrent bloqués dans ma gorge. Mes lèvres s’ouvraient à peine laissant passer des nuages de vapeur à chacune de mes expirations. Les cris cessèrent. La neige s’est tachée de rouge le temps que les hommes ne récupèrent le sang fumant dans leurs gourdes. Le plus jeune alla vider ses tripes à l’écart des autres. Seuls quelques mètres nous séparaient, j’aurais pu rendre justice mais à quel risque… Ces hommes sont assoiffés de sang au point d’en boire celui de l’animal.

Doute ou/et crainte s’installent en moi. Monstres ou hommes ? Le froid affecte mes réflexions et ma compréhension pour interpréter leur geste. Je préfère reculer, sans parvenir à me défaire des traits du plus jeune.

Je ne me doutais pas que nos routes allaient se croiser à nouveau. Il n’aura fallu que deux jours pour cela. C’est Cynric qui les avait repérés. Leurs chevaux d’abord.

- Un jeu d’enfant Aïshaa, il suffit d’attendre pour s’en emparer, nous pourrions ainsi progresser plus rapide en alternant les chevaux…
– Combien as-tu dit qu’ils étaient ?
- Les hommes ou les chevaux ?
– Les hommes…
- Je n’en ai vu que trois…peut-être plus, je n’ai pas pu voir dans la grotte.
– C’est certain que leurs chevaux ont bien plus de valeur mais Perhan n’aurait sûrement pas souhaité que nous condamnions leurs propriétaires à une mort certaine sans leurs montures. Je réfléchis rapidement. Conduis-nous. Ganis, Tristan, Esca, Mira, avec nous, les autres vous restez garder notre convoi.

Près de la grotte, les chevaux ne sont surveillés que par un seul homme. D’invisibles, nous nous manifestons sans discrétions. Notre présence est bien repérée comme en témoignent leurs épées en main. Pour notre part, nous n’en sommes pas moins dépourvus pour la plupart mais même si les mains sont posées sur leur pommeau, elles sont encore dans leur fourreau à ma demande silencieuse. Il m’aura suffi de lever une main pour me faire entendre, me trahissant en tant que chef, même si je n’aime pas ce terme.

– VOUS ?! M’écriais-je en reconnaissant le blondinet des yeux et quelques-uns des hommes avec lui. ….le buveur de sang… Je fais un pas en arrière, marquant ainsi ma méfiance et indiquant que les épées pouvaient quitter leurs fourreaux. Le sang de vos chevaux ne suffit pas ? Tenez-vous vraiment à en arriver là… ? Ma main droite alla  chercher une flèche.


Dernière édition par Rowenna Durrandon le Mer 2 Oct - 21:16, édité 2 fois
Anonymous
Invité
Invité
Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: Show must go on (Tour VII - Terminé)   Show must go on (Tour VII - Terminé) EmptyDim 29 Sep - 23:52

previously

Show must go onAïshaa & Beron



"The roots of a human being must
not prevent him from taking flight."

D'abord invisibles derrière les troncs noirs des arbres chargés de neige, les silhouettes se dévoilèrent, avançant dans la petite clairière qui s'étalait devant la grotte. Ils étaient six, couverts pour certains de manteaux à capuches qui dissimulaient plus ou moins leurs traits. Certaines plus frêles que d'autres. Je me détendis un peu. Sauf si mon sens de l'observation me trahissait, ces intrus n'étaient pas des soldats du Bief, pas des soldats du tout. S'il s'était agi de mercenaires à la solde du Bief ou d'une toute autre puissance, ils auraient déjà lancé l'assaut pour tenter de nous capturer en nous voyant si peu nombreux. Quatre précisément ... Les quatre cavaliers survivants, désignés pour générer le chaos. Un quatuor des plus hétéroclite. Composé d'un écuyer penthosii, d'un mercenaire bieffois renfermé, d'un autre, chef de bande, probablement bâtard d'un petit seigneur du Bief, nommé Evan Flower, et d'un prince renégat en fuite. Leurs têtes étaient mises à prix, et hormis Banot, j'ignorais encore pourquoi les deux autres me suivaient encore et n'avaient pas cherché à me trancher la gorge pendant mon sommeil. Le monde des rêves est mystérieux. On dit que des êtres séparés par des lieues de distance, ou ne s'étant jamais rencontrés s'y croisent le temps d'une fraction de nuit, poussière d'étoile, souffle d'espoir, rayon de lune ... on dit ... on dit que le loup peut y croiser le corbeau et étreindre d'un regard une sagesse supérieure qui a traversé les siècles, les générations ... on dit, on dit beaucoup de choses au sujet du monde des rêves.

Je n'étais pas en train de rêver. Je pouvais sentir les picotements des flocons sur mon visage, entendre le hennissement des chevaux inquiétés par ces intrus. Et cette voix , une voix féminine, sonnait bien trop vraie, réelle, à mes oreilles. Le cheveu en bataille, porté long depuis que j'avais renoncé à la tonte après l'irrémédiable rupture du fils et de la mère. Un signe de deuil chez certains fer-nés. Je m'avançai le visage encore marqué de mes doigts rougis de sang, tandis que mes trois compagnons demeuraient en retrait, évaluant sans doute nos chances de victoire si le combat s'engageait. Ma bouche s'entrouvrit, cernée par une pilosité que je ne rechignais pas à arborer, moi qu'on avait maintes fois tancé à cause de mon allure trop juvénile.

- MOI ?  Qui êtes-vous ? Avancez-vous dans la lumière de la lune ! Faites vous connaître ! Buveur de sang ? C'est moi que vous nommez ainsi ?

Je m'immobilisai sous la lumière blafârde de l'astre nocturne.

- Le sang d'un cheval a sauvé des hommes moribonds. Le cheval allait mourir demain, de toute façon, trop affaibli. J'ai fait ce qu'un homme doit faire pour sauver les siens. Qu'auriez-vous fait à ma place ? Vous les auriez regardés mourir ?

Je rengainai mon épée et m'avançai vers cette ombre qui m'invectivait, chacun de me pas s'enfonçant dans la neige molle. J'étendis mes bras, comme des ailes, tandis que la distance entre elle et moi s'amenuisait.

- Qui êtes-vous ? Une sorcière des bois, attirée par la mort et le sang ? Et vos compagnons ? Des voleurs, des coupe-jarrets ? Si tel est le cas, passez votre chemin. N'éveillez pas notre Seigneur qui dort dans la grotte. Il pourrait vous en cuire. Voyez chacune de ces montures. Elle a un cavalier. Ils dorment dans la grotte. Nous ne sommes que la garde de quart pour cette portion de nuit.

- Beron ! Cria Banot. N'avance pas davantage ...

Et j'entendis le pas feutré de mon écuyer se rapprocher dans le tapis neigeux.

- Il a un arc ! murmura-t-il dans mon dos.

- Je sais bien, mais si je dois mourir ce soir, qu'il en soit ainsi. Un combat entre nous ne laisserait qu'un ou deux survivants dans chaque groupe. Si c'est ce que veut cette ombre, alors qu'elle ose tirer sa flèche. Nous serions morts demain sans le cheval et si nous nous battons, ceux qui survivrons mourrons demain en se combattant encore.

Je m'immobilisai, marquant ma position en donnant un coup de pied dans le manteau neigeux, jetant ainsi une gerbe blanche en direction de mon interlocuteur belliqueux.

- J'ai saigné ce cheval pour nourrir mes hommes. Si cela offusque votre vision du monde, alors qu'on en finisse. Tentez de prendre ma vie, mais je la vendrai chèrement. Et n'espérez pas qu'une seule flèche m'empêche de venir vous trancher la gorge avec l'épée de mon père !

- Beron, je t'en conjure ! Pourquoi t'exposer ainsi ?

Je fermai les yeux et éclatai de rire avant de répondre à mon fidèle ami.

- Ne crois-tu pas que j'ai suffisamment été caché à la face du monde et des Dieux ? Si je dois mourir ce soir, alors ce sera en combattant, dans une bataille peu prestigieuse, certes, pas de celles que recherchent habituellement les Princes, mais oui, je mourrai les armes à la main, comme chaque guerrier de mon peuple doit mourir.

Puis je m'adressai une dernière fois à nos assaillants.

- Mais si vous voulez partager notre repas et notre abri, alors rengainez vos lames dérisoires, ravalez vos accusations aveugles, oubliez vos jugements hâtifs, et joignez-vous à nous.

J'entendis des bruits de pas derrière mon dos et compris qu'Evan et son acolyte s'étaient eux aussi avancés, mais, comme je l'avais supposé, pas à découvert comme Banot et moi. Sans doute avaient -ils roulé vers les buissons pour se mettre à couvert, ou nous trahir. Ce dont je doutais, Banot ayant toujours sur lui la sacoche qui contenait leur émolument promis une fois que nous serions à destination.

J'avais à présent moi-même la main posée sur la garde d'un couteau de jet dont l'étui était placé derrière mon dos. Comme j'avais posé ma cape dans la grotte, je pouvais le dégainer en une fraction de seconde. Mercenaires, voleurs ? Qui étaient ceux qui nous faisaient face, et que voulaient-ils de nous ? La flèche allait-elle partir et me toucher en plein cœur avant que j'ai seulement le temps de riposter ? Aucune mort au combat n'était intelligente. Elle résultait d'une volonté d'exposer sa vie, d'en prendre d'autres. Cela me répugnait. Mais j'étais un fer-né avant tout et rien ne pourrait changer cela. Je mourrais en combattant les ennemis qui me provoquaient et une arme à la main.


:copyright: YOU_COMPLETE_MESS
Anonymous
Invité
Invité
Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: Show must go on (Tour VII - Terminé)   Show must go on (Tour VII - Terminé) EmptyMer 2 Oct - 21:16



Aïshaa Sand

Aïshaa est une jeune dornienne en exile. Fille bâtarde de Lord Santagar, elle a grandi avec une troupe d’artiste plutôt qu’avec son géniteur. Considérée comme la fille de Perlan le Magnifique, c’est tout naturellement qu’elle a repris la tête de la troupe à sa mort. Du haut de ses 17 ans, Aïshaa a le dévouement des siens et c’est pour cette raison qu’elle fera tout pour qu’ils mangent à leur faim. La petite troupe croise le chemin du groupe composé par le prince du Conflans Hoare en exil.


C’est un instant où tout peut basculer en moins de temps qu’il ne faille pour le dire. Il suffisait d’un geste mal interprété, peut-être même d’une parole, pour que ça finisse en bain de sang si nous nous sautions tous à la gorge. Ils étaient bien lourdement armés pour de simples voyageurs égarés. Egarés, ça, ils pouvaient l’être mais voyageurs… Un voyage ça se prévoit avec des vivres, non ? Alors pourquoi prendre la vie d’un cheval quand on peut s’arrêter dans une auberge pour se restaurer quand on est bien entendu de simples voyageurs. Tout cela me semble bien curieux mais je veux bien croire que c’est leur égarement dans cette contrée qui les aura poussés à sacrifier l’animal.

Malgré mon capuchon et les flocons épais qui me tombaient devant les yeux, j’avais reconnu le buveur de sang et n’avait pas pu étouffer ma surprise ainsi que ma méfiance, en reculant. Les doigts accrochés sur l’extrémité d’une flèche dans mon carquois, je ne pointai pas encore mon arc sur lui.  

– Evidemment que c’est à vous que je m’adresse. Qui d’autres a le visage peinturé de sang à part vous ?

La lune éclairait parfaitement son visage strié comme s’il portait des peintures de guerre. Je reconnais ne pas être très à l’aise et mon hésitation semble ressortir sur mes compagnons, qui n’attendent qu’un mot/signe de ma part. J’écoutai ses arguments pour justifier son geste. Un mal nécessaire pour sauver des vies. Qu’aurais-je fait dos au mur ? Je ne me résous pas à l’idée que le sacrifice d’une vie pour le bien de plusieurs autres, était la seule option à adopter. Il rengaine son épée avant de se permettre d’avancer les bras bien en croix. Si mes doigts ont renoncé à la flèche, mon corps me trahit, se tenant toujours en position de riposte. Peut-être jouait-il les leurres avant que les hommes, qui l’accompagnent, attaquent.

Ma petite troupe se mit à ricaner brièvement quand il me targua d’être une sorcière des bois. Celle-là, on ne me l’avait pas encore faite. En revanche voleurs et toute la panoplie de qui en découle, celle-ci nous collait souvent à la peau.

– Vous êtes bien téméraire d’avancer vers une sorcière…Attention que je ne vous maudisse pas vous et vos compagnons de route. Je ne saurais dire si cela allait semer le doute mais les éléments s’amusèrent à donner corps à mon propos en giflant fortement le visage de ce Beron comme l’avait ainsi nommé l’un des siens. Cependant il sema à son tour un soupçon de doute quand il mentionna d’autres hommes endormis dans la grotte. Je dis bien un doute car : Mais dites moi si chaque cheval correspond à un cavalier, vous avez donc sacrifié également le cavalier du cheval assassiné ? Compose-t-il déjà votre menu avec ce cheval…

Qui a dit que je ne pouvais pas m’amuser un peu avec lui ?

– Vos Hommes ?! N’avez-vous pas dit être sous la coupe d’un Seigneur … ? Sachez qu’il en faut bien plus pour offusquer ma vision du monde, je trouve seulement étrange que des voyageurs même égarés ne prennent pas le temps de partir avec des victuailles… voir même fassent halte dans des auberges pour s’y reposer et se nourrir… c’est que vous devez voyager depuis bien longtemps mon Seigneur.

J’insistai légèrement sur Seigneur tandis qu’il fit voler de la neige dans ma direction du bout de sa botte. En réponse à sa provocation, je ne m’en laisse pas compter davantage et attrape aussitôt la flèche fraichement abandonnée pour la tirer juste à ses pieds.

– En souhaitez-vous davantage mon Seigneur. Vous fanfaronnez comme si vous teniez le devant d’une scène… la comédie vous va comme un gant… peut-être devriez-vous nous rejoindre.  

Je ne pouvais avoir les yeux tout autour de nous, ma petite bande s’en chargeait. Pour faire redescendre la tension, mon arc retrouva sa place initiale en travers de mon corps. Cette fois c’est le jeune Seigneur qui semblait calculer son temps de réaction, j’en profite pour m’avancer et lui faire face le visage encapuchonné.

– Un repas et un abri ? Qu’est-ce qui me garantit que vous ne tendez pas un piège à l’intérieur ? Si vous, vous êtes prêt à sacrifier un animal pour les vôtres, moi, je souhaite vérifier cette grotte. Je retire mon capuchon. Je suis Aïshaa. Lançais-je en récupérant la flèche à ses pieds, plantée dans la neige. Dois-je attendre une invitation avant que vous ne vous décidiez…mon Seigneur.

Ou Prince…


Dernière édition par Rowenna Durrandon le Dim 6 Oct - 18:51, édité 2 fois
Anonymous
Invité
Invité
Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: Show must go on (Tour VII - Terminé)   Show must go on (Tour VII - Terminé) EmptyJeu 3 Oct - 21:06

previously

Show must go onAïshaa & Beron



"The roots of a human being must
not prevent him from taking flight."

Cette scène et le dialogue qui y prenait place étaient des plus incongrus. Si j'étais plus que tendu et sur la défensive au début, la curiosité prit peu à peu le dessus. Devais-je être étonné de cette situation insolite dans laquelle je me retrouvais, perdu au milieu des bois d'un royaume étranger et inconnu, assumant le prix de mes propres choix, face à ceux de mes aînés ? Non pas vraiment. Ce n'était que dans la continuité de cette mascarade à laquelle se livrait la famille Hoare depuis des décennies.

Depuis bien longtemps, déjà, ma vie avait glissé dans une improbable farce. Elle n'avait jamais été tissée de certitudes, oh non ! D'ailleurs qui pouvait se vanter d'en avoir en ces temps chaotiques qui marquaient Westeros. Premier fils de Joren, Prince Héritier d'Harren Hoare, neveu de la Commandante de la Flotte de Fer et d'un de ses lieutenants né bâtard du Noir, je n'étais encore qu'un garçonnet marchant à peine que déjà, les fêlures familiales condamnaient le peuple du Sel et du Roc à la division. Une division savamment entretenue par le Roi lui-même entre ses enfants, qui, unis, lui auraient sans doute porté ombrage. Sous couvert de les aguerrir, d'en faire des Hoare dignes de lui succéder, il avait habilement manœuvré, croyait-il, pour invalider le danger qu'ils pouvaient représenter pour son propre intérêt. Mais, comme sur le plan politique continental, sa tactique avait montré ses limites avec ses propres enfants. Il avait poussé son aîné à la sédition, sa cadette dans les bras d'un bieffois arriviste, et son benjamin sur un trône pour lequel il ne l'avait nullement préparé.

Finalement chaque choix fait par Harren le Noir avait poussé ses propres enfants à leur perte. Celle de mon père était consommée depuis longtemps, et avait abouti lorsqu'il fut exécuté par ses hommes, sur l'ordre de son épouse, ma mère, qui pensait rentrer dans les bonnes grâces de grand-père, ce faisant. La suite de l'Histoire avait prouvé qu'elle avait fait les mauvais choix, quand bien même je pouvais les comprendre, sinon les pardonner. Ma peine avait été infinie, à la mesure des sacrifices que cela avait coûté à mon père, à ma mère et à ma fratrie. Eren, ma tante avait prêté sa Flotte à son ambitieux époux, qui en avait joué pour faire la guerre à tous, sauf aux véritables ennemies du Sel et du Roc. La loyauté que les capitaines de cette Flotte vouaient encore à ma tante, malgré les accrochages fréquents entre eux et les marins bieffois avec lesquels ils étaient contraints de collaborer, ne s'expliquait que par ses faits de guerre, magnifiques et passés. Un point pour lequel je l'estimerai toujours. Elle régnerait sans doute sur les Iles de Fer, finalement, une fois les manœuvres ourdies dans l'ombre par son ténébreux époux menées à terme. Mais à quel prix ? Celui de son âme fer-née, celui de n'être qu'une souveraine fantoche à la botte du Hightower ? Ma peine avait été sincère de la voir ainsi corrompue par des valeurs bien loin de celles qu'elle défendait jadis, et, pire, inconsciente qu'elle condamnerait à jamais le mode de vie des Iles de Fer en l'inféodant au Bief. Triste aussi de savoir qu'elle signerait là sa perte, car quand ils en prendraient conscience, quand leur esprit aveuglé par les promesses s'éveillerait enfin, au lendemain d'une défaite sans précédent face à l'Empire, ils retourneraient leur rage contre elle. Enfin, Yoren, magnifique guerrier, capitaine et pillard de la Flotte de Fer, survivant aux assauts du terrible Meraxès, combien j'avais aimé celui qui m'avait privé de ma couronne ! Combien j'avais ardemment souhaiter le servir et apprendre à ses côtés, être associé à une renaissance du Sel et du Roc que nous rebâtirions ensemble.

Mais je devais très vite déchanter. Rien ...il n'y eut rien, absolument rien, au delà d'une seule conversation où je lui confiai mes espoirs et mes idées pour le bien de notre peuple. Je ne fus finalement rien à ses yeux. Porteur du titre creux d'héritier présomptif, j'étais tenu à l'écart de toute décision, quand bien même elle s'inspirait de mes idées. Je me suis longtemps demandé pourquoi il m'avait épargné si c'était pour me condamner au mépris et au dédain, à une spirale de déconsidération. Jalousie d'un illégitime bâtard envers un héritier de naissance ? Puis deux raisons bien plus évidentes s'étaient imposées à moi : en me tuant il faisait de moi un martyre, et aurait pu perdre quelques appuis bien que la trahison de mon père eût terni injustement l'estime que le peuple pouvait m'accorder.  Dans une situation déjà précaire, il ne pouvait risquer de s'aliéner une partie des fer-nés, même infime, en faisant exécuter son rival à la succession. Enfin la seconde, et là je me disais qu'il connaissait au moment où il m'accorda sa grâce, bien mal ma mère, tout comme je la connaissais moi-même bien mal: il m'aura épargné pour ne point rendre inconsolable sa nouvelle maîtresse. Quelle erreur ! Ce qu'il s'était refusé à faire, ma propre mère tenta de le faire elle-même en serrant ses mains autour de mon cou, alors que je l'implorais de m'avouer ses trahisons de couche envers mon père, de son vivant. Trahisons qui avaient certainement pesé sur sa décision de se dresser contre son propre père. Finalement, Yoren se condamnerait lui-même en voulant trop: tenter de contenter et de composer avec trois femmes dans son lit, les Ïles de Fer et le Conflans, faire front contre l'Empire en ayant le Bief dans le dos et l'Ouest près à ramasser les miettes.

Et que valaient, face à ce constat, les belles théories, les fougueux enseignements de ma mère, au sujet des valeurs attachées à la FAMILLE ! Quelle famille ? Celle qui était tissée de haines, de complots, de trahisons, de coucheries ? Était-ce là ce qu'on prétendait me faire aduler ? Cautionner ? Peut-être avait-elle cru, au moment où elle tentait de les enfoncer dans mon crâne têtu, à ces beaux discours ? Peut-être était-elle sincère, ou aveuglée par cette soif de pouvoir et de rayonnement qui la caractérise ? Aujourd'hui, je me posais encore cette question: une mère aimante n'aurait-elle pas tenté de préserver ses enfants de ces vices, au lieu de les poser en nécessités ? N'aurait-elle pas demandé pardon pour ses erreurs et encouragé ses fils à ne pas agir comme elle, comme leurs aînés. A rompre avec ce cercle délétère que le pouvoir imposait sur leur héritage ?

Hé bien je l'avais faite, cette rupture, quand bien même elle m'encourageait à suivre les pas de ses amants successifs. Je ne serai pas un tyran comme Harren, je ne serai pas un déserteur comme Joren, je ne serai pas un vendu comme Eren, je ne serai pas un arriviste comme Yoren, je ne serai pas un manipulateur comme Myria. Oui, j'avais désavoué tous ceux que j'aimais, j'avais trahi leur idéal. Leurs espoirs, eux qui me voyaient comme une effigie légitimant leur soif de pouvoir: regardez, le Prince Beron lui-même approuve notre vision du monde !

Ohh que non, je ne l'approuvais pas ! Je me foutais bien de leurs concours de longueur et ils pourraient se disputer une couronne qui ne m'avait finalement jamais été destinée. Qu'Eren poignarde dans le dos Yoren, que Myria prenne de vitesse Eren ? Peu m'importait. Hormis le sang fer-né que cela coûterait quand l'Empire profiterait de leur évidente désunion. Ahh une union sacrée tardive ! Est-ce que cela pouvait sauver les Iles de Fer, ? Le Conflans non fédéré ? Peut-être bien. Et si elle avait lieu, alors, c'est que j'aurais réussi mon coup ! Peu importait ce que cela me coûterait ! Il fallait bien quelque chose, un point de cristallisation de la haine, pour ressouder ce qui était désuni. Mais pour l'heure, je n'étais certain de rien quant à ma réussite. Si les rivalités entre frère et sœur menaient le Sel et le Roc à la soumission au Bief ou à l'Empire, si les traités fallacieux s’avéraient comme une séance de dépeçage de notre Royaume, alors je savais ce qu'il me restait à faire. Et mourir en affrontant une bande de mercenaires ou de bandits n'était pas dans mes projets.

Oui, l'incongru, l'illogisme, la folie des complots et manigances avaient bercé mon enfance, me privant d'une famille saine et unie, alors j'aurais pu sombrer dans cette folie, me laisser glisser, les écouter, suivre leurs préceptes délétères. J'avais consenti, non à me corrompre dans leur errante malédiction, mais à l'opprobre de mon propre sang, à leur haine salvatrice qui me coûtait ma famille et ma terre natale. J'y avais consenti parce que conscient de l'effondrement d'un mode de pensée, j'avais le devoir d'en bâtir un autre, pour le salut de mon peuple, de ce qu'il en resterait et peut-être, pour le salut de Westeros, tout simplement.

Aussi, ayant tout cela en tête, je ne pouvais que sourire devant les quolibets et invectives de mon interlocutrice. Je la laissai venir à moi, elle qui avait tiré une flèche contre moi. Le trait ne se voulait pas meurtrier et si je n'avais pas frémis lors de l'impact à mes pieds, je fus bien plus atteint lorsque ses yeux, enfin visibles, me dévisagèrent. Son visage révélé au clair de lune, alors qu'elle rabattait sa capuche en arrière, me toucha bien davantage que tous les mots qu'elle venait de prononcer. J'y répondis pourtant avec la concision qu'exigeait la situation tout en dardant mon regard sur celui de l'étrangère.

- Je suis Beron. Si vous acceptez mon invitation, vous pouvez aller explorer la grotte en compagnie de mon écuyer, tandis que je reste avec vos compagnons. Ces hommes, je les dis miens car je me sens responsable de leur survie. Ils se sont engagés à me suivre. Je leur serais aussi loyal qu'ils me sont loyaux à leur façon. Comprenez-vous cela ? Vous dites vrai en rappelant que j'ai dit être inféodé à un Seigneur. Je le suis. Comme vous l'êtes d'ailleurs. Il a pour nom Espoir. Et le réveiller n'est pas sans danger.

D'un geste, je l'invitai en m'écartant, à passer derrière moi et à aller visiter la grotte dans laquelle elle ne trouverait qu'un bivouac de fortune, quatre couches sommaires faites de fourrures et nos provisions entassées au fond. Banot s'apprêtait déjà à l'escorter.

- Quant à la malédiction, je pense que vous arrivez un peu tard me concernant. J'y suis imperméable depuis que j'ai tourné le dos à celle qui afflige ce qui était ma famille. Si je vous estime digne de confiance, vous saurez pourquoi je maîtrise si bien l'art de la comédie. Quant à vous rejoindre, je crains que la proposition soit un peu prématurée. J'ignore trop de choses à votre sujet et la réciproque est aussi vraie. J'ai besoin de temps pour apprécier des inconnus ... et répondre à une avalanche de questions de leur part.

Ramenant ma main qui caressait le manche du couteau vers l'avant, la présentant vide, je m'avançai vers les hommes qui accompagnaient la jeune femme. Elle avait posé bien des questions mais je différai leur réponse. Bien des choses pouvaient justifier le nombre de chevaux que nous possédions, lorsqu'elle découvrirait que la grotte était vide et que nous n'étions que quatre à monter la garde. Après tout, peut-être que l'autre moitié de notre groupe était simplement partie chasser.

:copyright: YOU_COMPLETE_MESS
Anonymous
Invité
Invité
Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: Show must go on (Tour VII - Terminé)   Show must go on (Tour VII - Terminé) EmptyDim 6 Oct - 22:22



Aïshaa Sand

Aïshaa est une jeune dornienne en exile. Fille bâtarde de Lord Santagar, elle a grandi avec une troupe d’artiste plutôt qu’avec son géniteur. Considérée comme la fille de Perlan le Magnifique, c’est tout naturellement qu’elle a repris la tête de la troupe à sa mort. Du haut de ses 17 ans, Aïshaa a le dévouement des siens et c’est pour cette raison qu’elle fera tout pour qu’ils mangent à leur faim. La petite troupe croise le chemin du groupe composé par le prince du Conflans Hoare en exil.


Je ne saurais dire s’il parut un instant perdu ou troublé de son côté mais il parvient à faire ciller mon regard le temps de croiser le sien. Bien moins monstrueux maintenant que je lui faisais face. Toutefois je ne perds pas de vue mon objectif. Un piège se cachait peut-être derrière ces belle promesses d’un gîte et d’un repas. Accepter ? Oui, mais pas à n’importe quelle condition.

Ma flèche retrouva ses sœurs, une fois les présentations faites et après avoir tendu mon visage pour observer le fameux écuyer par-dessus son épaule. A sa proposition, une main inquiète empoigna mon bras. Il s’agissait de Mira. Le sourire que je lui adresse, lui fait me lâcher.

– Beron l’éloquent, Seigneur de l’Espoir… cela vous va bien, je trouve. J’ai failli hausser les épaules à sa question. Me croit-il sans éducation parce que je porte des hardes pour voyager… Je comprends que vous achetez la loyauté de vos hommes… je n’ai pas besoin d’or pour cela car nous sommes une famille qui veille les uns sur les autres… Une famille qui m’a accueillie. Une famille de cœur et non celle imposée par les liens du sang. Je l’ai laissé finir, curieuse de la chute… Je ne sais ce qui vous rend plus dangereux. Vos mercenaires ou ces belles paroles que vous soufflez comme une promesse… Est-ce pour cela que vous achetez leur loyauté ? N’ont-ils pas le même Seigneur que vous… ?

L’espoir de quoi ? D’une égalité ? D’une fraternité ? … d’une liberté. Compte-t-il soulever les peuples de Westeros. En quelques phrases, il vient de semer le désordre dans mes pensées. Il a fallu que je le dépasse pour parvenir à détacher mes yeux de l’intensité des siens. Je n’avais pas donné suite à la discussion. Tsss une avalanche de questions. Moi ? Et bien j’espère qu’il possède une aussi bonne mémoire qu’il sait s’exprimer parce qu’il lui faudra me les donner ces réponses. Même plus tard.  

La lueur d’un foyer chaleureux illuminait l’entrée de la grotte, confirmant les promesses annoncées. Je remarque que l’écuyer n’a jamais lâcher de sa main la sacoche qu’il portait.

– Auriez-vous peur que je vous en dépossède pour la tenir aussi fermement ?... je parle de la sacoche. Lançais-je en grimpant ce qui pouvait s’apparenter à un escalier. Après vous…je préfère ne pas vous sentir dans mon dos même si la réciprocité est valable, vous d’abord.

Ma fine silhouette trouve un bouclier parfait derrière l’écuyer juste le temps de constater qu’à part un bivouac, il n’y avait rien d’autre. Je me décale sur le côté pour pénétrer un peu plus profondément afin de vérifier qu’aucun recoin ne permettait une embuscade.  

– Il parle toujours autant comme ça …

Rien à déclarer en défaveur de la grotte et des attentions douteuses que j’avais prêtées à ce Beron. Je me présente à l’entrée pour rassurer mes compagnons.

– Il fait bien meilleur dedans. Vous comptez rester tous dehors ?

Il était bien imprudent de retourner à notre campement avec cette neige qui avait décidé de s’intensifier. En attendant que la lumière soit notre guide demain, voleurs et volés allaient cohabiter. Cynric me glissa à l’oreille qu’il avait un mauvais présentiment concernant les deux mercenaires. Quant à Esca, toujours très au fait de ce qui se dit, était persuadé d’avoir entendu parlé d’un Beron, le seul problème chez Esca c’est qu’il tient ses rumeurs des quelques maisons de joies ou taverne que nous pouvons croiser… les dernières remontent à bien longtemps alors un Beron, je doute qu’il en existe qu’un seul dans tout le royaume.

Assise près du foyer, les mains au-dessus pour me les réchauffer, j’offre un sourire à notre hôte.

– Votre demeure est rustique mais chaleureuse, Beron… Allez me confier votre destination ou dois-je passer un test pour être digne de votre assentiment… Je n’ai rien à cacher contrairement à ….vous peut-être … tant de mystère.
Anonymous
Invité
Invité
Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: Show must go on (Tour VII - Terminé)   Show must go on (Tour VII - Terminé) EmptyLun 7 Oct - 20:09

previously

Show must go onAïshaa & Beron



"The roots of a human being must
not prevent him from taking flight."

Quelle ligne de vie se cachait derrière ce regard attachant ? Quand nos yeux s'abandonnèrent enfin, rompant l'instant suspendu où nous nous découvrions, elle passa près de moi, frôlant presque mon épaule et j'entendis derrière moi ses pas feutrés dans la neige, accompagnés de ceux de Banot. A ses questions, je n'avais répondu que par le silence. Non par peur de me révéler davantage, mais parce que cette rencontre inattendue me faisait reprendre pied dans un semblant de réalité. Non, je n'étais pas un fantôme moribond errant dans un brouillard sans fin. Hors de notre fuite éperdue, des hommes, des femmes continuaient à vivre, à aller et venir. La vie était là à portée de main, presque palpable du bout des doigts. C'était les premiers êtres vivants que nous croisions depuis notre cavalcade sans fin dans la tempête bieffoise. Qu'ils fussent amicaux ou hostiles, cela me ramenait à la réalité, à d'autres enjeux que le simple fait de survivre en échappant aux patrouilles du Hightower, ou à la mort par manque de nourriture. J'avais pallié au premier aléa au prix d'un sacrifice, mais de l'autre nous n'étions pas tirés d'affaire, nous ne le serions qu'une fois rendus à Haut Hermitage. Et encore, il nous faudrait rester toujours sur nos gardes. Les frontières étaient perméables, et le Bief avait clairement affirmé ses velléités sur Dorne. Après le froid de l'hiver résurgent, il nous faudrait affronter la fournaise d'un désert. Mais rien ne pouvait entamer ma rage de vivre et de faire vivre les idées qui me brûlaient les tripes.

Je fis face au reste de nos invités, sans animosité bien que j'aie perçus les réticences de certains d'entre eux à mon encontre. Il n'y avait rien la que de plus normal. Je détaillai, mes mains nues en évidence, leur tenue et leur armement. Ils n'avaient rien de mercenaires. Des voleurs, détrousseurs ou coupe jarrets, peut-être ? Mais qu'espéraient-ils voler au cœur de la forêt, par ce temps de chien ? Qu'est-ce qui les poussait à errer ainsi, dans une nature hostile, au lieu de se placer sur des axes plus fréquentés par les commerçants qui feraient des cibles juteuses ?

La visite de notre asile ne devait guère prendre de temps et la demoiselle aurait tôt fait de comprendre que nous n'étions en rien une menace pour qui ne nous menaçait pas. Pourtant le temps parut s'étirer à mon sens. Que pouvait-il bien se passer dans la grotte ?

¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤

Précédant la jeune fille, le Pentoshi ne soufflait mot. S'il savait être prolixe en conversant avec son maître, il pouvait aussi être muet comme une tombe quand cela était rendu nécessaire par la prudence. Pourtant il était un sujet sur lequel il avait du mal à garder le silence.

- Il sait parler n'est-ce pas ? Mais ne vous méprenez pas. Il sait aussi se battre pour ce qu'il dit.

Banot repassait bien trop en boucle les différentes escarmouches qui avaient émaillé leur fuite de Haut Jardin. Dix-sept mercenaires calibrés y avaient trouvé la mort. Mais ils avaient aussi semé le sang sur leur passage et Beron n'avait pas été en reste lorsqu'il avait fallu se tailler un passage à la poterne de la cité. Banot n'avait encore jamais vu son jeune Prince sous cet angle. Juché sur son cheval et bataillant contre hallebardiers et officiers de garde, il avait rendu coup pour coup. La lame d'un bieffois avait fendu la cuirasse légère du Prince, sous les yeux de Banot. Beron souffrait depuis, en silence, l'écuyer l'avait compris. Toutes ses tentatives pour sonder l'état physique du petit seigneur s'étaient heurtées à une fin de non recevoir. La jeune insolente parut satisfaite de ce qu'elle découvrit dans la grotte et eut tôt fait de resurgir devant la grotte, haranguant ceux des siens qui étaient dehors.

¤_¤_¤_¤_¤_¤_¤

Un vague brouhaha suivit les paroles de la jeune femme et je les laissai régler leurs dissensions entre eux. Un signe de ralliement de ma part fit sortir Evan et son acolyte des fourrés. Ils vinrent aux nouvelles, avides de savoir à quelle sauce manger ces nouveaux venus.

- Gardez l’œil sur les chevaux. C'est notre salut. Banot viendra t'épauler pour le premier tour de garde, je prendrai le second avec Seveer. Si vous percevez une quelconque approche tirez une flèche dans le foyer à l'entrée de la grotte. S'ils cherchent les sept enfers, ils les trouveront.

Je tournai le dos à la forêt et croisai Banot qui partait prendre son tour de garde avec Evan. La nuit serait longue mais pas aussi monotone que les autres avec cette bande d'aventuriers indéfinissables que j'avais invité autour de notre foyer.

La conversation s'anima tandis qu'Aishaa se réchauffait au feu de l'âtre et que ses compagnons, plus en retrait, restaient dans l'ombre. Sur un signe de tête de ma part, Seveer sortit des portions de viande de cheval d'un sac de toile raidie par le sel et les disposa sur une grille qu'il plaça sur l'âtre. Puis il parsema la viande de quelques herbes odorantes tandis qu'elle commençait à saisir.

Répondant aux paroles de la jeune femme que je m'efforçais de ne pas dévisager, je murmurai:

- La chaleur d'un refuge tient plus à ceux qui l'occupent qu'à son feu. J'ai peu à partager, mais je le fais de tout cœur avec ceux qui croisent ma route. Ma destination ... Elle porte le même nom que le Seigneur que je sers : Espoir. J'irai de ville en ville, jusqu'à trouver un écho dans l'idée que je porte.

Puis, prenant la gourde que Seever me tendait,  je bus une grande gorgée avant de la passer à ma voisine.

- C'est une décoction d'herbes sauvages dont mon écuyer a le secret. Elle ralentit les infections et adoucit la digestion. Nous n'avons plus de quoi distiller de l'alcool depuis longtemps ayant épuisé nos provisions de tubercules. Nous voilà rendus bien loin des beuveries de mon enfance. Conclus-je en songeant aux orgies fer-nées où mon père ne déméritait point. Pas plus que mes oncles, tantes et mère. Je murmurai pour moi-même "Ce qui est mort ne saurait mourir mais se lève à nouveau, plus dur à la peine et plus vigoureux."


:copyright: YOU_COMPLETE_MESS
Anonymous
Invité
Invité
Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: Show must go on (Tour VII - Terminé)   Show must go on (Tour VII - Terminé) EmptyDim 20 Oct - 23:24



Show must go on Les enfants maudits
Je ne sais pas comment il fallait interpréter ces quelques mots, ou menaces camouflées, de Banot. Oui il sait se battre aussi… et ?

– Cela doit alors en faire un adversaire redoutable dans ce cas s’il se défend aussi bien qu’il parle. Je crois davantage en la force des mots que celle d’une épée mais hélas cette dernière s’avère indispensable par les temps qui court.

Peut-être à cause de ses belles paroles qu’ils étaient contraints de se planquer dans une grotte…mhm ou tout simplement qu’ils ont senti que la neige allait s’épaissir. La première option semblerait la plus probable. Cette sacoche à laquelle Banot s’accrochait comme si sa vie en dépendait. Des hommes vêtus comme des gens du peuple mais armés comme des soldats… Pourtant aucun détail du bivouac ne trahit, ne serait-ce leur identité ?  Même le cuir de la sacoche pourrait venir de n’importe où.

L’inspection de la grotte faite, j’invitais les miens à venir se réchauffer. Cynric reste méfiant même quand l’un des hommes de Beron déroule une partie leur garde-manger pour le mettre à cuire. Je ne peux m’ôter de l’esprit cette vision du cheval qui a été sacrifié pour offrir cette viande. Malgré l’odeur succulente qui élève, mon estomac se noue. Je suis loin d’être affamée contrairement aux miens qui semblent déjà se réjouir de ce festin opportun. Cette perspective délie les langues, ça ne veut pas dire que la confiance soit installée. Mais c’est un joyeux brouhaha qui vient se marier à la chaleur de ce feu, qui réchauffe mes doigts.

– Ne trouvez-vous  pas que les flammes sont des enchanteresses ? Il est toujours difficile d’en détacher les yeux quand elles vous tiennent…

Mes doigts fins pianotent une mélodie connue d’eux-seuls. J’ai du mal à les quitter tout comme il m’a fallu du temps pour me décrocher de son regard tout à l’heure. La fatigue sans doute… Ses cheveux prennent une couleur bien plus dorée que sous la lune maintenant que son visage est éclairé par son feu. Est-ce ses yeux sont aussi clairs aussi… ? Je me sens bête quand il me surprend à le dévisager. Par chance Tristan vient ajouter à l’ambiance plus festive des airs de flutes que Mira et Ganis accompagnent de chansons peu vertueuses mais qui nous font souvent bien rires, surtout quand la gestuelle se mêle aux paroles.

La viande circule pour être dévorée. Je passe mon tour, un air nauséeux dans les yeux. Esca connaissant mon dégoût pour la viande rouge, me sort le contenu de sa fortune. Du pain et une pomme. Mon sourire en dit long sur cette attention bienveillante.

- … je mange peu de viandes et encore moins quand elle est rouge… ce n’est pas contre vous.   M’excusais-je presque avant de couper en deux ma pomme.  … tenez, cela vous changera… vous semblez bien blême malgré cet espoir que vous vantez souvent.   Je lui souris. Seriez-vous au service de la Foi pour vouloir propager l’espoir ? Je ne vois pas de croix pourtant…

Il me tend sa gourde en m’expliquant ce qu’elle contient.

– Banot, c’est ça ? Je suis certaine qu’elle doit faire le plus grand bien… mais … Cynric, s’il te plait ? Tendais-je le bras dans sa direction. Cynric… allons tu ne voudrais pas qu’on dise que nous ne savons pas remercier l’hospitalité de notre hôte… J’obtiens, non sans réticence, la gourde que je lui réclamais. Goûtez ce breuvage, peut-être le reconnaitrez-vous… on le dit divin mais peut-être parce qu’il enivre tout en douceur l’esprit. J’en prends une rasade pour ne pas semer le doute chez lui. juste un peu de miel, de l’eau et beaucoup d’amour… Riais-je de bon cœur avant de revenir à plus sérieux. … vous êtes sur les routes depuis longtemps alors ? Ma pomme est presque terminée, elle est sucrée et acidulée comme je les aime. Est-ce de la nostalgie que je décèle dans votre voix … ? Ne pouvez-vous pas retrouver les vôtres … ? Ha non je sais vous les avez déjà convaincus avec cet Espoir que vous voulez répandre.

S’il n’était si près de moi, je n’aurais jamais entendu ses pensées à voix haute.
Je suis certaine d’avoir déjà entendu ou lu cette phrase quelque part. Ce qui est mort… ce qui est mort… mais c’est..

- …le Dieu Noyé… je ne connais que les fer-nés qui le vénèrent… Ses cheveux blonds. Ses yeux clairs comme le ciel… pensiez-vous trouver la mer dans cette forêt…biefoise ?

Les gourdes d’hydromel encourageaient les chants et les claquements de main pour taper au rythme de la flute. Notre conversation n’intéressait que nous deux. Je ne jugeais le Faiseur d’Espoir, je cherchais juste à comprendre ce qui l’avait poussé à partir loin de chez lui. Qui était-il exactement ?



:copyright:️ Justayne


Dernière édition par Aïshaa Sand le Lun 28 Oct - 10:54, édité 1 fois
Anonymous
Invité
Invité
Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: Show must go on (Tour VII - Terminé)   Show must go on (Tour VII - Terminé) EmptyLun 21 Oct - 13:46

previously

Show must go onAïshaa & Beron



"The roots of a human being must
not prevent him from taking flight."

Nous étions assis côte à côte devant ce feu de camp qui réchauffait nos corps autant que nos âmes. J'étais perdu dans mes pensées, sentant soudain toute la lassitude accumulée depuis des mois peser sur mes épaules comme un manteau de plomb. Que faisais-je sur cette terre ? Pourquoi vivais-je ? Le Dieu Noyé avait un projet pour chacun de ses fidèles, disait-on dans les Îles. Qu'avait-il en tête pour m'avoir fait si différent des fer-nés, et pourtant en rien riverain ? Quel instrument étais-je entre ses mains, lui qui savait jusqu'à quel point j'étais résolu à servir mon peuple et ne semblait pourtant pas vouloir m'en donner les capacités ? Je toussai brièvement avant de répondre à la question de mon invitée, retenant une grimace en portant une main à mon flanc, puis je souris.

- La danse de la vie et de la mort... C'est ce que nous enseigne le feu ... Il peut préserver des vies en éloignant les bêtes sauvages ou en nous réchauffant mais sait aussi ravager un royaume quand il prend la forme d'un dragon...

Mon regard s'assombrit en songeant au sort des habitants d'Harrenhall qui avaient payé le prix fort pour avoir été dirigés par un fou mégalomane. Je songeais aussi à Pierremoutier, qui subirait probablement le même sort, pour les mêmes raisons. Les Hoare n'apprendraient décidément jamais rien de leurs erreurs ... Il me tardait de ne plus en être un, dans mon cœur, il y avait longtemps que je n'en étais plus un. Et d'ailleurs, l'avais-je jamais été à leurs yeux ? Tout bien considéré, quand je songeais à la façon dont ils m'avaient tous traité, ce que j'avais dû endurer pendant douze ans, pour finir par être la cible d'un assassinat concerté ... Cette Maison s'éteindrait noyée dans le sang. Une autre lui succéderait à la tête des Iles de Fer s'il en restait quelque chose après le passage de Meraxès. Cela durerait un temps, peut-être, avant que de nouvelles guerres se lèvent, car celui qui succéderait à Yoren ne serait pas différent, toujours avide de pillages, de violence, de sang. Cela se perpétuerait tant que les fer-nés seraient bercés de la certitude d'être incapables de rien faire d'autre que tuer et prendre, que violer et détruire.

La brûlure d'un regard sur moi me tira de mes pensées lugubres et je levai les yeux vers elle, tandis qu'un joyeux air de flûte, joué par une des compagnes d'Aishaa s’élevait dans l'air du soir, accompagnée à la voix par les autres convives. Je ris doucement aux paroles grivoises de ces chants populaires et me troublai plus que je ne le voulais du mime les accompagnant. Une légère chaleur envahit mon visage et je fronçai les sourcils, contrarié par la certitude que j'étais en train de rougir. Je jetai quelques aiguilles de pin dans l'âtre pour détourner l'attention de la demoiselle de ma personne, mais, peine perdue, elle me fixait encore.

- Qu'est- ce qui vous amène dans ces bois si peu hospitaliers en cette fin d'hiver ? Si votre activité est de détrousser, vous auriez pu choisir meilleur endroit. D'où venez-vous, et où allez-vous ? Ces chants, ce sont des grivoiseries étrangères qui ne viennent ni du Bief, ni du Conflans. Mon peuple a ses propres chansons paillardes mais je ne connais pas celles-ci.

Acceptant maladroitement la moitié de pomme qu'elle me tendait, j'inclinai la tête et acquiesçai à son refus de consommer notre viande, au demeurant fort appréciée de ses compagnons.

- Soyez remerciée, voilà plusieurs jours que je n'ai plus mangé de fruit. Je n'ai guère le goût de la viande non plus. Je préfère le poisson. Mais nécessité fait loi.

Je partis d'un éclat de rire douloureux quand elle me demanda si j'étais membre de la Foi.

- Je ne partage pas le culte de l'étoile à sept branches ... Bien que j'aime comprendre ce qui donne de la ferveur aux hommes. J'ai essayé oui ...  de discuter avec l'un d'entre eux.

Me revinrent en mémoire les deux missives que j'avais envoyées au Grand Septon, dont seule la première avait reçu réponse. Il se disait intéressé de converser avec un jeune Prince et de l'éclairer sur la Foi Véritable. Mais cela n'avait pas abouti. Aucune date d'audience ne m'était parvenue et j'avais dû fuir Haut Jardin dans la précipitation afin d'échapper au sort que les miens me réservaient. Je fus distrait de ces regrets lorsqu'Aïshaa refusa ma gourde et m'en proposa une autre. J'acceptai après qu'elle eût bu elle-même une gorgée, et le liquide chaleureux et doux coula dans mon gosier provoquant une sensation délicieuse de chaleur dans mon corps. Je lui rendis la gourde pour qu'elle circule entre ses compagnons en murmurant, un sourire aux lèvres. Nos doigts se frôlèrent et je détournai le regard, pour masquer ma confusion.

- De l'amour ... S'il suffisait à chacun de boire un peu de ce breuvage incroyable pour abandonner toute haine, alors mon combat n'aurait pas lieu d'être ... Sur les routes ... j'ai l'impression d'avoir toujours été sur les routes, depuis ma prime jeunesse, trimbalé d'un endroit à l'autre selon les nécessités ... familiales. Mais mon dernier voyage a commencé il y a quelques semaines, et seul désormais...

Elle se méprit sur les raisons de ma mélancolie et je hochai doucement la tête, résigné, en fixant les flammes.

- Non, je ne retrouverai probablement jamais les miens ... sauf à vouloir mourir de leurs mains. Ils ne partagent en rien cet Espoir qui me porte. Et vous même, allez-vous rendre visite à votre famille, entre deux rapines ? J'imagine que ce n'est guère aisé ...

A ses dernières paroles, je compris qu'elle avait entendu mon monologue et finalement, je ne le regrettai pas. J'étais fier d'être fer-né, c'était mon nom et non mon peuple qui me faisait honte. Je passai une main sur mon visage et murmurai

- Un fer-né retrouvera toujours la mer, même s'il doit pour cela traverser des forêts, gravir des montagnes et affronter un désert... Et vous, où vos pas vont-ils vous mener demain ? Je ne connais de vous que ce prénom si doux, mais quel nom dois-je remercier pour ce fruit et cet hydromel ? Ajoutai-je tandis que ses compagnons de route entamaient une danse populaire au son de la flûte sous mon regard envieux. Je n'avais guère eu l'occasion de ces divertissements en douze ans d'une vie austère, plutôt dédiée à faire de moi un guerrier et un roi accompli que je ne serais jamais.  


:copyright: YOU_COMPLETE_MESS


Dernière édition par Beron Hoare le Lun 28 Oct - 22:03, édité 1 fois
Anonymous
Invité
Invité
Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: Show must go on (Tour VII - Terminé)   Show must go on (Tour VII - Terminé) EmptyLun 28 Oct - 20:06



Show must go on Les enfants maudits
Je ne pouvais que lui donner raison au sujet du feu. Sans lui, nous ne pourrions tenir les hivers toujours trop longs. C’est un compagnon de toutes les heures, de moments de vie heureux ou malheureux. Sauveur. Tueur. Même le symbole d’un autre Dieu fait de lumière. Peut-être que les seuls véritables dieux que vous nous devrions prier, ne sont pas ceux que nous croyons.

Je ne me lassais jamais d’en regarder les ondulations et les changements de couleurs. Aucune flamme ne se ressemble, offrant ainsi un spectacle permanent jusqu’à ce que le bois soit dévoré. Sa chaleur est réconfortante mais quand il évoque le feu d’un dragon, un frisson d’effroi me glace le sang. Tout le monde a entendu parlé de fléau qui s’est abattu sur Harrenhall. Je n’ai pas vu de mes propres yeux ses conséquences mais tout ce que j’ai pu entendre à ce sujet ne se traduit que par désolation, horreur, impuissance. Mérité ou pas, je ne souhaite à personne une telle mort mais je suis sans doute encore bien trop naïve pour ne pas voir la part d’ombre qui se cache en chacun de nous et pas uniquement que chez les puissants de ce monde. Convoitise, pouvoir, cupidité… serais-je moi-même un jour souillée de leur noirceur ? Mes voyages, si humbles sont-ils, ont sans doute tué ce qui restait de mon innocence. Qu’en était-il de Beron ? Il me semblait si jeune et pourtant paraissait si abattu quand nos regards se croisent.

La grimace qui a traversé son visage et cette main sur son flanc, ne m’avaient pas échappé mais la soudaineté de la joyeuse ambiance attire mon attention sur la tournure des chants. Si je ne connaissais mes amis et leur amour immodéré pour les grivoiseries, j’en rougirai. Mais des saltimbanques sans chansons et scénettes paillardes pour égayer les visages qu’ils rencontrent, ne sont pas de véritables saltimbanques, n’est-ce pas ? Je ne peux m’empêcher de rire de bon cœur face à cette légèreté qui nous fait oublier que quelques minutes auparavant nous étions tous près à en découdre. J’avoue que l’enthousiasme des mimes rendrait même le sourire à un mort. J’allais partager cette pensée avec Beron quand je vis qu’il rougissait… Bien entendu je me garde de mettre le doigt sur sa gêne. Je trouve même qu’elle est rafraichissante à force de trainer avec mes compagnons, j’en oublie que tout le monde n’est pas fait du même bois.

Les aiguilles de pin font crépiter le feu de piquantes étincelles mais je n’arrive pas à détourner mon regard de son visage rosi par la pudeur.  

– Voila qu’en quelques mots vous venez de gâcher la joie que je me faisais de votre compagnie… Vous attaquez fort en ne voyant que des détrousseurs parmi mon équipage ou est-ce votre façon de dévier votre attention des chansons… la fornication, vous fait-elle tout le temps rougir ? J’avais dit que je ne voulais pas l’indisposer mais il se montre vexant …même s’il n’a pas entièrement faux dans ce qu’il vient d’avancer. D’ailleurs je regrette aussitôt mes paroles …pardon je ne voulais pas vous indisposer. Disons que nous préférons les routes moins fréquentées mais pas pour les raisons que vous venez de soulever. Vous avez devant vous une partie de la Troupe du Soleil. Saltimbanques avant tout. Voleurs….mhm… Je le regarde, espiègle puis finis par dire : … rarement mon bon seigneur.   Je lui souris les joues rondes après avoir croqué dans ma pomme. Vous questionnez beaucoup également… elles sont dorniennes et si vous voulez savoir où nous allons il faudra payer de votre personne, jeune Seigneur de l’Espoir.  

J’éclate de rire avant de lui offrir la moitié de ma pomme. Son gîte est fort agréable mais je suis au regret de refuser la boisson et la viande qu’il partage avec nous. Je n’aime pas la viande rouge. Des petites banalités que nous partageons mais qui font que nous apprenons à nous connaître.

– Si le cœur vous en dit et pour vous remercier pour ce gîte et ce couvert, je serais ravie de vous combler autrement. Là c’est moi qui deviens pivoine, les mots ont franchi bien trop vite mes lèvres et délivrent un message qui n’est pas celui que je prévoyais.  …je parle de votre ventre et de nourriture. J’ai la chance d’avoir des cheveux longs mais attachés ils ne sont d’aucun secours alors moi aussi je prends une poignée d’épines de pin que je lance dans le feu. La similitude de notre geste me fait éclater de rire, une fois de plus.

Quelque part je suis contente qu’il ne soit un de ces prêtres fanatiques. Sa curiosité d’apprendre me rappelle la mienne, bien qu’elle soit différente pour certain point, car je n’irais pas pousser aussi loin que lui mon intérêt en le dialogue. Sans doute à tord mais j’ai peur de m’emporter devant leur abnégation de tout plaisir. La vie est tellement courte que je ne comprends pas pourquoi il faudrait la rendre austère. En parlant de chasser l’austérité, l’hydromel est une alliée de taille et bien meilleure que la décoction qu’il voulait me proposer. Vous voyez, il ne faut pas grand-chose pour rendre le sourire et offrir du réconfort au cœur, au corps et à l’âme car je ne connais pas plus doux breuvage que ce miel amélioré.

J’accueille d’un tendre sourire cette légère caresse de nos doigts quand il me remet la gourde. Si déterminé dans ses convictions et là si timide juste pour un simple contacte. Je ne saurais dire si cela vient de son éducation ou de sa personne.

– Alors rêvons un peu, ce soir s’est permis. Rêvons que l’hydromel coule à flot et délivre son message d’amour. Posez votre fardeau… Ma main vient se poser sur la sienne pour l’encourager à prendre le chemin de la sérénité. La suite de son histoire n’était pas celle que j’attendais. Mes doigts se serrent dans les siens avant que je les lui retire quand vient le moment de lui parler de ma famille.  Ma famille… elle vous entoure. Ma famille elle ne nomme liberté… Je remue les braises à l’aide d’un morceau de bois. … parce que je n’ai pas voulu qu’on m’en prive… c’est une histoire qui se mérite. Souriais-je tristement. Un sourire bien vite gommé quand je parviens à faire le lien avec ses murmures.

Des fer-nés ! On les dit sans pitié et assoiffé de sang. Concernant Beron je pourrais donner raison à cette dernière description. D’ailleurs, il persiste des traces de sang sur sa joue. Je ne sais pas si je dois le croire au sujet de sa famille commanditant son assassinat mais rien de ce qu’on dit des Fer-nés ne semblent correspondre à Beron. Après avoir humecté mon pouce, j’approche ma main de son visage pour effacer ce sang séché.

– Il y a des rumeurs qui courent sur un Fer-né …en fuite… peut-être même qu’il y aurait une récompense à la clé. Mon pouce lave sans rudesse sa peau, je suis appliquée à ce que je fais et dis en pesant mes mots pour lui faire comprendre que je ne suis pas dupe. Mon visage sont assez proches et lorsque je lève les yeux, les miens cillent d’être aussi près de lui. … il est évident que si ce fer-né devait éviter d’être repéré, je lui conseillerais de voyager autrement qu’avec son équipage de simples cavaliers… Je me détache lentement en reculant pour reprendre ma place. Une autre gourde revient vers nous. Je ne sais pas si Haut Hermitage pourrait convenir à cet homme mais c’est là que nous allons. Je n’aime pas que l’on chasse l’Espoir et le rêve… réfléchissez, la nuit porte conseille à ce qu’il parait.

Je finis par me lever, lui tend la main qui ne tient pas la gourde pour qu’il se lève.

– Notre heure n’est pas encore venue Beron… buvons et dansons… nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Peut-être que je vous aurais volé vos chevaux… J’éclate de rire et me laisse porter par le rythme de l’ambiance. Je suis loin des danses exotiques que j’offre, c’est un moment de défoulement et de joie.  


:copyright:️ Justayne
Anonymous
Invité
Invité
Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: Show must go on (Tour VII - Terminé)   Show must go on (Tour VII - Terminé) EmptyLun 28 Oct - 23:56

previously

Show must go onAïshaa & Beron



"The roots of a human being must
not prevent him from taking flight."

Je pris conscience que je l'avais offensée sans même y penser et j'en fus le premier surpris. Aurais-je mal interprété les intentions premières de cette joyeuse bande qui, avant d'accepter notre invitation, avait tout l'air de vouloir nous occire, et, du moins l'avais-je pensé, nous voler nos chevaux et nos maigres possessions ? Mais je fus encore plus surpris de ressentir un regret de l'avoir blessée. Je m'en sentais totalement contrit, craignant d'avoir brisé une connivence naissante. Je bredouillai en forme d'excuses

- Je ne juge pas. Les temps sont durs et font parfois de bonnes gens des bandits de grands chemins. Je l'avoue, j'ai pu penser que vous en étiez, mais à la réflexion, j'ai rarement vu des bandits maîtriser avec autant d'art le chant et le mime, même grivois, et puis, pour avoir vu des brigands égorgeurs pendus pour avoir volé leur voisin dans mon royaume, je ne retrouve guère de trait commun avec votre bande de joyeuse compagnie. Si vous aviez été uniquement cela, l'affrontement aurait eu lieu à l'entrée de la grotte, et nous compterions nos morts de chaque côté, n'est-ce pas ?

Je plongeai mon regard dans le sien, forçant ma timidité naturelle face à la gente féminine.

- Je vous dois des excuses ... Je pris spontanément sa main entre les miennes et déposai un baiser sur ses doigts. Je souris, penchant la tête en demandant indulgence.

- On m'a déjà reproché de trop parler ou de trop questionner, à en donner des maux de tête. C'est travers que j'ai lorsque le sujet me passionne .


Je m'enferrais dans des bredouillements qui n'avaient rien de princiers mais tout d'humain, car, il fallait bien l'avouer, la proximité d'Aïshaaa éveillait en moi des sensations nouvelles. Une main juste frôlée deux fois et d'un baiser, sa voix, ses yeux.

- La ... fornication ... est un sujet grandement maîtrisé par mon peuple. Ils passent d'une compagne de débauche à l'autre comme vous jetez votre trognon de pomme. Je l'ai tellement vu s'étaler ou se porter en étendard. Etre utilisée comme une arme pour accéder au pouvoir. On attendait sans doute de moi que j'en fasse autant pour montrer l'exemple, le jour venu. Mais je crois que ce ne sera pas simple pour moi. Ce n'est pas que vous m'indisposez ... mais ... pour moi, cela doit rester privé. Je suis encore maladroit à en rire ... sans rougir ...

"Parce que je ne l'ai encore jamais fait" ... Comment pouvais-je avouer cela à une jeune fille qui semblait en savoir beaucoup et être à l'aise sur le sujet sans me ridiculiser davantage. Je me tus et préférai passer à une autre sujet qui me passionnait tout autant en me troublant moins. Lorsqu'elle m'expliqua enfin ce qu'était sa troupe, un sourire rayonnant illumina mon visage. Fasciné, j'avais envie qu'elle me raconte en détails ce qu'ils étaient ses compagnons et elle. J'étais soulagé qu'ils soient autre qu'une compagnie de coupe-jarrets encore que les deux mercenaires qui m'accompagnaient n'étaient guère plus recommandables sans doute. Troupe du Soleil. Le nom même me charmait et sentait bon Dorne, comme elle me le confirma plus tard. Dorne, la libre fille du Soleil, toujours debout, jamais vaincue. Il me semblait que l'Histoire récente venait de mettre à mal cette devise, mais je me gardais d'en faire état. Après tout, il n'était pas question de politique mais de voyage et de survie entre nous .

- Payer de ma personne ...  Me combler autrement ...  euh ... Je sentis une étrange chaleur, un doute douloureux se propager dans mon bas ventre. Je me raclai la gorge en haussant les sourcils pour masquer ma perplexité croissante.

Je la vis rougir à son tour et sombrer dans les mêmes tourments que moi, faisant le même geste pour masquer son trouble. Cela me ravit et me rassura tandis que je jetai une regard en coin sur son magnifique visage empourpré. Je me contentai de sourire sans rien en dire, préférant savourer un bonheur simple rarement, peut-être jamais égalé. Je souris, de ce sourire que Banot disait solaire, lui qui s'y connaissait en la matière. Ne lui avais-je pas dit "Mais c'est toi qui a un sourire chaleureux et toujours présent" avec toutes ses dents qui tranchaient avec sa peau cuivrée, il répandait autour de lui une sympathie à laquelle peu restaient insensibles. Ce à quoi il m'avait répondu "Oui, peut-être, mais le tien, même s'il est rare, quand il parait, dégage comme une lumière de bonté et d'amour"[/i] Cela m'avait touché aux larmes. J'écoutai avec un intérêt non dissimulé les paroles d'Aïshaa. Pourrions-nous échanger un peu de notre viande contre des vivres d'autre nature ?

- Nos chevaux ont grand besoin de vrai fourrage, nous en sommes à court et ils s'épuisent à ne manger que des écorces d'arbres et de la neige. Quelques céréales seraient aussi les bienvenues pour complémenter nos menus. Nous avons de la viande et des racines à partager. Nous goûtons à la viande juste ce soir depuis des jours, notre exil a du se contenter de petites chasses et des soupes de racines et de champignons dont Banot a le secret. C'est pour ça que j'ai du me résoudre à ... tuer le cheval. Mes compagnons avaient faim ... achevai-je dans un souffle un masque de tristesse reprenant mon visage.

Nos mains se trouvèrent à nouveau tandis qu'elle m'invitait à déposer mon fardeau. Combien j'étais tenté de céder à cette invitation. Mais je perdis les siennes lorsque j'évoquai sa famille. Encore une fois j'avais touché un point sensible. Elle revendiqua fièrement la liberté pour toute famille. Je repris alors sa main dans la mienne, avant de lui souffler en me penchant sur son visage, si près du mien.

- Alors nous avons la même.... Peut-être un jour, mériterai-je de connaître cette histoire, si nous avons le temps de la partager ... Je l'espère.

Mais la douce et trompeuse sensation de quiétude s'envola lorsqu'elle évoqua un fer-né recherché. Je me raidis tout d'abord. Elle avait compris. Tous les propos qui suivirent me le confirmèrent. Nous étions repérés, potentiellement morts, ce n'était que l'affaire de quelques jours. A moins que ... Me proposait-elle une échappatoire ? Devais-je m'y fier ? Peut-être que oui ? S'ils avaient été des éclaireurs de Manfred Hightower, ils seraient repartis donner notre signalement sans perdre le temps de festoyer avec nous. Aurait-elle perdu son temps à effacer les traces de mon acte sanglant sur ma joue ? Cette douceur de ses doigts caressant ma joue, pouvait-ce être la caresse de la faucheuse ? Pouvait-elle prendre l'apparence de cette beauté qui m'effleurait et me troublait à la lueur des flammes ?  Peut-être que demain nous serions tous morts, abattus par les soldats du Bief à notre poursuite ? Elle se leva et le tendit la main pour m'inviter à danser.

J'étais incrédule face à cet enchaînement de rebondissements après cette succession de jours de fuite ponctués par la solitude et le froid. Elle paraissait, et venait bouleverser cet interminable calvaire. Je la dévorai des yeux, abasourdi tandis qu'elle m'entraînait dans la danse. Je ne lâchai pas sa main. Pour quelques minutes encore, je voulais profiter de cet espoir et partager cette danse. Le quart de relève de surveillance arriverait bientôt, après une heure ou deux de sommeil. Quelques heures de sommeil que je voulais différer pour rester avec elle, quelques heures roulé en boule, à chercher la chaleur, avant une veille jusqu'à l'aurore. Seever et moi-même relayerions Banot et Evan dans notre tour de garde. Pour l'heure, je dansais avec une princesse du Soleil et je touchais du bout des doigts cet espoir qui se dérobait depuis trop longtemps à ma vue. La danse, tantôt nous éloignait, tantôt nous rapprochait, mais mon regard ne pouvait quitter le sien.

:copyright: YOU_COMPLETE_MESS
Anonymous
Invité
Invité
Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: Show must go on (Tour VII - Terminé)   Show must go on (Tour VII - Terminé) Empty

Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
 
Show must go on (Tour VII - Terminé)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Un bain de soleil [Libre] {Hentaï} [Terminé ]
» Une petite détour aux sources [ PV - Hentaï ]
» Un nouveau logis...[hentaï /terminé]
» Doux moment en forêt (PV Yuko) [Hentaï] [Terminé]
» Une après-midi tranquille ? [PV Yuko] [Hentaï] [terminé]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Bloody Crown :: Partie Sud de Westeros :: Le Bief-
Sauter vers: