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Invincible [Tour VII - Terminé]
MessageSujet: Invincible [Tour VII - Terminé]   Invincible [Tour VII - Terminé] EmptyJeu 25 Avr - 23:28





I remember now. The time has come to face my destiny.


Hold on tight
You don't let go
Bygone days bound to corrode
Sentimental, poignant
Shady recollections slowly fade away
Beckon to nothing


All had begun just with a dream
Watered down
Sometimes you failed to feel
Pushed around, you’re losing ground
The sands of time they taint the instant
A stifled fire


You fade to nothing
Will you feel like you don't belong
Or will you cease to feel at all


Throw yourself into the waves
Let 'em roll and carry you away into the sea
To wash off all fragility
Throw yourself into the ocean
Jaded, blunt, invisible...

Invincible!


Throw yourself into the waves
Let ’ em roll, carry you away into the sea
To wash away all fragility
Throw yourself into the ocean
Jaded, blunt, invisible...


Placid, numb and jaded


Throw yourself into the waves
Let 'em roll

Carry you away into the sea
To wash away all fragility
Throw yourself into the ocean
Jaded, blunt, invisible...

Invincible!




Lyderik & his memories

Quelques jours s'étaient écoulés depuis que j'avais été présenté au Roi Yoren par l'entremise d'Heda que je servais et qui avait l'honneur d'être sa Seconde. Bien que je fusse toujours au service de cette dernière, mon statut avait légèrement évolué en mieux au sein des Fer-Nés. Je restais une curiosité, un mystère à leurs yeux mais j'avais droit à une considération nouvelle que je trouvais appréciable. Cette entrevue avec le souverain du Royaume du Crépuscule et des Fleuves avait n'avait pas provoqué qu'un changement extérieur pour moi. En arpentant le sol de la salle de réception royale, en renouant avec le faste, relatif étant donné la situation de Pierremoutier, d'une noblesse établie, j'avais ouvert une boîte de Pandore dans ma mémoire qui m'imposait de plus en plus de visions lesquelles n'étaient autres que des résurgences de mes souvenirs. Plusieurs autres situations avaient désormais cet effet sur ma mémoire. Les entraînements avec les guerriers du camp, ceux, de plus en plus fréquents avec Siam, qui, je l'espérais, était en train de devenir une amie pour moi, mes chevauchées solitaires en dehors du camp, les manœuvres de l'armée royale ou de la garde du Roi, le rire d'une jeune femme croisée au détour d'une ruelle, le crépitement d'un bon feu dans un âtre. Tout était propice à faire resurgir des bribes de mon passé. Parfois au moment le moins opportun, et souvent en m'infligeant des images dramatiques plus que réjouissantes.

Quelques fois, pourtant, il arrivait que de bonnes sensations affleurent dans mon esprit. De la manière la plus inattendue. Un matin, alors que je me rendais au bord d'un ruisseau dans l'intention d'y prendre un bain en toute tranquillité, je bousculai malencontreusement un paysan qui portait une charge assez lourde sur son épaule. Le sac chuta à terre et s'éventra, répandant une partie de son contenu sur le sol. Désolé pour le brave homme je m'accroupis pour l'aider à ramasser le plus possible le grain qui n'était pas souillé. Le contact de celui-ci au creux de la paume de ma main me ramena dans une autre vie, celle que j'avais oubliée. Un vertige me saisit et je dus m'asseoir pour ne pas perdre l'équilibre. L'odeur qui s'exhalait de ce sac ouvert, la consistance de ce grain... Je me retrouvai au bord d'un vaste champ couvert de blé blond, face à une parcelle de terre qui s'apprêtait à livrer sa générosité: du grain pour l'hiver. Je ressentais de la joie et de la fierté en contemplant cette simple étendue ondoyante sous le vent, promesse d'un hiver passé à l'abri des privations. Je m'étais mordu la lèvre au sang sous la force de cette réminiscence. Avais-je été un homme vivant de la terre dans mon ancienne vie, paysan, métayer ? Qu'est ce qui m'avait alors conduit à revêtir les attributs d'un guerrier ? Mais le souvenir qui s'imposait à moi continua à se dérouler dans mon esprit et m'apporta une toute autre réponse.

Je me tenais au bord de ce champ mûr pour la récolte, avec au creux de ma main une poignée de ce grain doré comme de l'or et qui symbolisait bien plus que l'or, la richesse de ma terre. Mon torse était vêtu d'une simple chemise de lin mais sur mon épaule, je portais mon épée au pommeau d'ambre.

- Majesté, la récolte sera exceptionnelle cette année. Les Dieux du Labyrinthe seront comblés. Me disait une voix venant de derrière mon dos.

Je m'entendais répondre :

- Oui, il nous faut moissonner sans perdre de temps, Lÿnaar. Nous ne pouvons pas risquer de tout perdre à cause d'une tempête d'été. Les voies commerciales vers Braavos sont coupées et nous ne pouvons compter que sur nous. Rassemble tous les bras valides de la cité et réquisitionne les soldats qui sont en garnison.

- Vous voulez prendre des précautions si jamais il nous attaque à nouveau ?

- Lÿnaar, ce n'est pas s'il nous attaque. Je sais qu'il va le faire. Ce n'est qu'une question de temps.  

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Suite à cette réminiscence, j'étais resté de nombreuses heures isolé au bord du ruisseau, ressassant ces paroles que j'avais partagées avec cet homme dans mon souvenir, m’efforçant de me rappeler qui il pouvait être. J'éludais pour le moment la teneur de ses mots qui me paraissaient trop fantasques pour avoir une quelconque véracité. Mais Braavos revenait sans cesse comme un lancinant leitmotiv. Le Mestre avait mentionné à maintes reprises que je venais sans doute d'une contrée insulaire probablement liée à Essos.

Je devais le consulter encore pour essayer d'éclairer cette piste, lui parler peut-être de mon souvenir en détails. Peut-être ... J'hésitais à lui révéler la totalité de cette réminiscence. A qui pouvais-je me fier à Pierremoutier ? Réellement. Ne me prendraient-ils pas pour un fou ? Un imposteur ? Un usurpateur qui essaie de se faire passer pour ce qu'il n'est pas ? Ce n'était pas avec des souvenirs que je pourrais révéler mon identité, si tant est que je parvienne à la retrouver enfin dans ma mémoire défaillante. Il aurait été illusoire de demander au Mestre de garder mes aveux pour lui. Cet homme devait loyauté au Roi et avait le devoir de tout lui répéter. Je l'avais clairement appris lors de l'entrevue avec Yoren.

Je sentais bien que je touchais au but et que le souvenir de ma vie passée était proche, à portée de main. La pensée de mourir exécuté sans apprendre qui j'étais vraiment m'était insupportable. Il me fallait agir avec la plus grande prudence, d'autant plus que j'ignorais encore les réelles intentions du souverain de ce royaume à mon égard. La vie au camp me convenait de moins en moins, l'inactivité, seulement rythmée par mes tâches au service d'Heda, mes entraînements. Je sentais bien que je n'étais pas fait pour cela. Et si j'avais espéré un temps qu'elle m'emploie à d'autres postes, qu'elle utilise mieux mes capacités, mes atouts, mes espoirs s'étaient vite éteints. Je savais sans l'avoir vraiment voulu, par les conversations de mes compagnons d'entraînement, qu'elle s'était rapprochée d'un général récemment revenu des Iles de Fer, un certain Harald. Le peu de temps qu'elle ne passait pas au service de son Roi, était dévolu à la compagnie de cet homme qui s'était illustré dans bien des batailles. J'avais été relégué au rang d'un meuble ou d'un domestique dont on ne voit même plus la présence.

Le même flou semblait caractériser les intentions du Roi Yoren à mon égard. Tous deux étaient trop occupés par la gestion du Royaume pour voir en moi un quelconque atout. J'ignorais peut-être qui j'étais, mais je savais désormais pour quelle vie je n'étais pas fait. Le status quo qui se prolonge des semaines, sans réponse, sans perspective, alors que j'avais clairement affirmé ma volonté d'être utile, n'était pas un état que je pouvais endurer longtemps. Je n'avais peut-être pas de nom, mais j'avais des convictions, parmi lesquelles, celle qu'un homme doit prendre son destin en main et ne pas tout attendre d'un autre ou d'une autre. Etre invisible ne me gênait pas. Etre inutile m'était insupportable. Je n'oubliais pas pour autant que j'avais une dette envers ce peuple, envers son Roi qui m'avaient recueilli et sauvé. Je n'oubliais pas non plus ma dette envers Heda et je savais que je m’acquitterais de toutes en temps voulu, peut-être le jour où ils auraient plus besoin de moi qu'aujourd'hui. Ce qui était certain dans mon esprit, c'est que je ne leur nuirai jamais d'aucune façon. Mais je devais agir pour reprendre en main ma vie. Vivre au dépens de ces personnes qui avaient elles-même une situation terrible à affronter mais semblaient se soucier de mon aide comme d'une guigne n'était pas honorable à mes yeux. Je devais me débrouiller par moi-même. Partir à l'aventure.

Mais avant, je devais consulter le Mestre une dernière fois. Il m'avait promis de faire des recherches sur le pendentif que je portais autour du cou. Peut-être avait-il découvert quelque chose.

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Après une autre journée routinière dévolue aux tâches de palefrenier, homme de ménage d'Heda, et à l'entretien de ma forme physique et de mes capacités de guerrier, je rejoignis la tente du Mestre. Le vieux Jonas leva les yeux d'un vieux grimoire et m'accueillis avec chaleur. Il examina mon visage et mes bras et me demanda de me dévêtir. C'était devenu presque un rituel entre nous. Il fronça ses sourcils broussailleux en examinant mon torse et mes cuisses.

- Tu ne t'es encore guère épargné à l'entraînement Islander ! Des entailles et des contusions qui auraient pu être évitées !

- Mes compagnons d'entraînement ne m'épargnent guère, mais c'est à ma demande. J'aime explorer mes réponses et repousser mes limites face à leurs techniques de combat. Mais je leur rends la pareille quant aux miennes. Et puis quand je ressens la douleur, je me rappelle que je suis vivant et pas mort dans la vase de la Nera.

Le vieil homme leva sur moi un regard surpris.

-Aurais-tu le sentiment d'être mort, en dehors de la souffrance ? Tu ne vas pas me dire que tu penses être un de ces spectres qui hantent les forêts ?


- Hmm, il y a parfois un peu de cela, Mestre Jonas. J'ai la plupart du temps l'impression indéfinissable d'être invisible. Sauf aux yeux de ceux avec qui je m'entraîne.

- Et le plaisir, Islander ? Quelle place a-t-il dans ta vie ?


-  J'ai celui de me battre, de boire un peu, celui de converser avec vous. Il y a bien Siam Volmark aussi dont je trouve la compagnie agréable. Je la vois comme une amie. Je crois que je l'amuse, je la distrais.

- C'est bien insuffisant pour un gaillard de ton âge et de ton espèce. Tant de tempérance ...

J'eus un petit rire tandis qu'il me demandait de me rhabiller.

- De mon espèce ? Et de quelle espèce pensez vous que je sois, sage homme ?

- Bien que tu ne te ménages guère, tes anciennes blessures sont bien cicatrisées et tu as retrouvé la souplesse de ta cuisse droite en totalité. C'est une bonne nouvelle.


Il me jaugea avant de poursuivre:

- De l'espèce des survivants à n'en pas douter. Tu n'aurais pas dû survivre à l'état dans lequel on t'a trouvé. Tu es d'une résistance rare ce qui indique que tu descends d'une lignée qui a affronté les pires conditions de survie. Tu es aussi de l'espèce des guerriers, des conquérants, des explorateurs, des intrépides, des cœurs entiers et sans concession. Des ânes bâtés et des têtes brûlées aussi, je le crains. Et tu as la mer, l'océan au fond de ton âme.

Je le fixai à présent, tendu et impatient.

- Mestre Jonas, vous avez découvert quelque chose au sujet de ça ? Dis-je en prenant mon pendentif entre mes doigts.

- En effet, Islander. Mais c'est obscur et compliqué. Ton bijou représente une divinité très ancienne venue d'Îles situées très au nord de Westeros. C'est ce qu'on nomme communément un Ouroboros. On peut le trouver dans beaucoup de cultures insulaires ou côtières Mais la stylisation du tien est particulière. Les yeux rouge rubis ... C'est la marque de Skagos.

- Skagos ? C'est quoi ça ? Une divinité ?

- Non, c'est une île située au nord-est du Royaume du Nord, dans la baie des Phoques.

J'ouvris la bouche d'étonnement et secouai négativement la tête.

- Non non, ce n'est pas logique. Vous disiez que je venais d'une région tempérée ... Insulaire mais tempérée. Plus chaude que Pierremoutier, pas plus froide ! Si j'étais bien originaire de Skagos, cela ferait de moi votre ennemi, n'est-ce pas ?

- Hmm pas nécessairement ... Mais pas un ami non plus ... Les Skaggs sont regroupés en tribus primitives guère familières des Nordiens, pour tout dire ils n'entretiennent de relations avec aucuns continentaux. Aucun navire n'aborde jamais cette île volontairement, parce que ...

- Parce que ?

- De nombreuses légendes circulent à leur sujet. On dit qu'ils sont cannibales ...

Je me levai d'un bond.

- Est-ce que vous êtes sérieux ?

- Plaisanterai-je avec un sujet aussi grave ? Il y a plus ... Une famille de Skagos a pris l'Ouroboros sanglant comme emblème. C'est très ancien. Cela remonte à deux ou trois siècles. La légende prétend qu'ils ont fait sécession et ont construit des navires pour explorer les mers... Ils auraient erré sur les mers de l'Est vers le Sud, d'île en île. On a perdu leur trace en Westeros depuis longtemps. Il faut dire aussi que peu d'écrits concernant les familles nobles de Skagos existent.


- Ce n'est pas un mal qu'ils aient disparu, si ce sont réellement des cannibales... Ça en fait quelques uns de moins. Vous croyez que c'est possible ? Que je suis issu d'un peuple aussi monstrueux et barbare ?

- Très improbable ... En as-tu les manières ? Non ! Parais-tu en avoir la culture ? Non plus ! Ton éducation est sans doute issue d'une civilisation évoluée, de marins, de guerriers, pas de sauvages vivants dans des cavernes. Ce bijou lui-même est trop raffiné. Il y a un chaînon manquant à cette histoire. Dit pensivement le vieil homme en prenant entre ses doigts mon pendentif.

- Mestre Jonas, je dois vous dire ... Des souvenirs me sont revenus en pleine journée ... Pas des rêves. De vrais souvenirs... Il y était question de Braavos. D'un labyrinthe aussi et de Dieux y étant rattachés. Je me mordis la lèvre, conscient d'en avoir trop dit, pressé par ces révélations sordides.

Le Mestre écarquilla les yeux.

- Par le Dieu Noyé !

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Le vieil homme s'était précipité vers une étagère pour en extraire un vieux rouleau tâché par les moisissures et le déroula sur la table en le maintenant par de gros cailloux polis. Encore sous le choc de ces révélations terrifiantes sur mes possibles origines, je suivis fébrilement le doigt osseux du vieillard sur la peau ou étaient gravés les contours d'un continent que je reconnus comme Essos et je le vis arrêter sa course sur une île.

- C'est de là que tu viens.

Je tournai vers le sage homme un regard incrédule. Avait-il perdu la tête à cause de son âge avancé ? Quelques minutes auparavant il suggérait que je pouvais descendre de cannibales du Nord et maintenant il me pointait du doigt une autre île au large d'Essos.

- Est-ce possible ? Quel rapport avec l'île de Skagos, les Skaggs ?


Sans me répondre, il alla chercher un gros registre rangé dans une alcôve et l'ouvrit puis en tourna les pages avec excitation. J'étais un casse tête vivant à ses yeux et je compris que le vieux sage s'était piqué au jeu de piste.

- Regarde, là !

Je me penchai sur les pages anciennes et y vis une écriture qui n'était pas celle en usage à Pierremoutier. Pourtant elle me parut immédiatement familière. Je déchiffrai sans peine le texte du paragraphe qu'il me désignait. Je le lus à haute voix. Le titre du paragraphe contenait un nom et il était repris tout au long de la filiation. A le répéter, je ressentis un violent vertige.  

- Islander, tu lis le Haut Valyrien. Sais tu ce que cela signifie ?

Puis il ajouta:

- Bois un coup d'hydromel, tu es pâle comme un mort! A présent regarde cette filiation héraldique qui est dessinée sous la lignée ...

Sous le choc, je posai mes fesses sur un petit tabouret en bois à trois pieds qui se trouvait là. J'avais sous mes yeux l'exacte reproduction de mon pendentif, reproduit sur un blason dessiné à l'encre.

- Tu vois cette lettre au centre de l'Ouroboros. C'est peut-être la première lettre de ton nom. Ce blason est la résurgence de ce symbole très ancien qu'on attribue à Skagos. Nos explorateurs n'ont pas disparus corps et bien. Ils sont parvenus dans une autre mer, sur une autre île. Tout correspond parfaitement. Je ne t'ai pas tout dit au sujet de ces Skaggs qui quittèrent leur île un beau jour pour explorer les mers. Le nom de cette famille est le même ... Il doit y avoir un livre écrit par un érudit de Braavos au sujet de l'Histoire de ton île, les Labyrinthiens  ... Je vais te le trouver !

Il dénicha dans un recoin de sa tente d'érudit un petit livre, une Saga à la tranche dorée, et me le tendit.

- C'est un livre écrit à la mémoire d'une Princesse à la beauté légendaire à ce que m'a dit celui qui me l'a vendu. Je n'ai jamais pris le temps de le lire. Quel dommage!  Erylis était le nom de cette souveraine, régnant sur cette île. Mais l'auteur y détaille aussi toute l'histoire de sa famille jusqu'à il y a dix ans. Je crois que tu pourrais trouver des réponses à tes questions dans ces pages. C'est un ouvrage précieux, le plus récent qui traite de cette région du monde. Il me vient d'un marchande de Bravoos que j'ai croisé il y a deux ans. Prends en soin.


Remerciant le sage homme, je pris le livre et regagnai ma tente dans un état second. Je me plongeai dans la lecture de cet ouvrage écrit lui aussi en Valyrien. Lorsque l'aube pointa son nez, je savais qui j'étais, je connaissais mon prénom, mon nom, ceux de mes ancêtres les plus lointains et je savais l'origine de mon épée. Je me souvenais de l'incendie, de la tempête, de l 'exil, du naufrage, de ma lâcheté infâme au cœur du noir désespoir, de mon errance sur les berges de la Nera. De ceux que j'avais abandonnés, que je devais retrouver et protéger. Mais plus que tout, je savais désormais avec certitude que mon destin m'attendait ailleurs.

Une nouvelle journée débutait, peut-être la dernière que je passerai à Pierremoutier. J'avais quelques détails à régler avant mon départ, que je voulais discret. Siam et moi devions nous voir pour s'organiser une petite chevauchée en forêt. Partir sans rien lui dire, comme un voleur, m'était difficile. Je prenais conscience que je m'étais attaché à la jeune fille s'en m'en rendre compte. J'avais prévu d'envoyer un corbeaux à Heda et Yoren une fois en chemin pour leur expliquer ma situation. Je devais trouver des renseignements au sujet de ma quête et j'espérais que Siam pourrait m'y aider.





Dernière édition par Lyderik Mortensen le Sam 29 Juin - 19:37, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Invincible [Tour VII - Terminé]   Invincible [Tour VII - Terminé] EmptyVen 3 Mai - 19:46

invincible
Lyderik & Siam
I feel the pages turning, I see the candle burning down before my eyes.

Before my wild eyes.

La bonne humeur de Siam s'était envolée au fil des semaines. La jeune femme curieuse et dynamique avait laissé place à une personne de plus en plus taciturne, qui sortait à peine de sa tente et qui buvait ou participait aux entraînements pour se défouler lorsqu'elle mettait enfin un pied dehors. Sa dernière dispute avec Heda, même si elle n'avait rien cassé de son amour pour elle, lui avait miné le moral. Les réactions de Siam n'avaient rien de logiques ou de normales, ce n'était pas comme si elle avait un point de vue réellement posé sur l'ensemble de la situation, mais quelque chose en elle lui faisait sentir que tout ça était juste une perte de temps vouée à les pousser dans la gueule du loup. La dernière bataille, celle des Eysines, était entièrement responsable de son avis tranché et de son pessimiste brutal, ainsi que l'état du roi en lui-même, la mentalité des troupes et cette crainte constante de crever pour une cause qu'elle n'avait pas embrassé du tout. Autant de raisons qui, pour l'époque, n'étaient clairement pas valables, mais qui du coup empoisonnait complètement l'esprit libre et aventurier de la jeune femme. En ajoutant à cela le fait qu'elle s'était faite convoquer par Yoren, qui lui avait aussi clairement que délicatement fait comprendre qu'il ne cautionnait pas ses escapades extérieures (à coups de bons arguments, il fallait l'avouer), et que de ce fait elle n'osait plus mettre un pieds dehors parce qu'elle préférait encore rester enfermée que de devoir demander la permission pour s'évader, Siam était clairement au bout de sa vie. La seule lumière dans ce sombre tableau, c'était Edwin.

Lyderik était le seul dans le camp avec qui elle appréciait encore passer du temps. Le guerrier étant incapable de retrouver son véritable nom et Siam refusant catégoriquement de l'appeler l'Islander, elle avait puisé dans les souvenirs d'une légende ancienne qui parlait d'un combattant hors normes dont les traits lui rappelaient l'étranger. Sa nouvelle nomination s'était soldé par le prénom d'Edwin, qu'elle était la seule à utiliser, et il aurait été hors de question que ça en soit autrement. Les deux êtres étaient devenus amis, du moins c'était comme ça qu'elle le considérait et elle espérait qu'il en soi de même du côté de Lyderik, et elle lui épargnait tant que possible ses accès de mauvaise humeur. Pour autant, il n'était pas dispensé de ses oublis fréquents. L'alcool et les grasses matinées qui en résultaient lui avaient déjà fait rater quelques uns de leurs rendez-vous, et aujourd'hui n'était pas une exception. La chevauchée en foret avait séduite Siam sur le coup, puis un peu plus tard quand elle y avait un peu plus longuement réfléchi, elle avait culpabilisé. Parce que sa place n'était pas dehors, parce que sa soeur pourrait s'inquiéter, parce que quelqu'un pourrait la chercher. Autant d'arguments qui ne venaient pas d'elle mais de nombreuses personnes qui l'entouraient et trouvaient toujours plus de raisons pour qu'elle s'accroche à sa famille, à son peuple, à cette guerre qui, qu'elle le veuille ou non, était la sienne de par sa naissance. De bien sombres pensées qui empoisonnaient son esprit de jour comme de nuit et qui l'empêchaient de dormir au point où elle se sentait exténuée à chaque fois qu'elle se levait. Ça, et l'alcool en abus.

Le soleil était levé depuis quelques temps déjà quand Siam se décida à mettre le nez dehors. Elle avait mal au crâne et son ventre gargouillait, mais elle n'avait pas envie de manger. Son corps lui demandait des choses que son esprit bloquait, comme une flemme générale de tout ce qui était bon pour elle. Pour autant, la jeune femme n'en était pas au point de s'affamer et elle savait qu'une fois le nez devant une assiette de nourriture (aussi dégueulasse soit-elle) elle mangerait avec plaisir. Alors c'est tout naturellement qu'elle se dirigea vers les cuisines, histoire de réclamer quelques restes du repas qu'elle avait loupé. Les premières fois, le cuisinier avait été récalcitrant à ce qu'elle se permette d'arriver en retard, et puis il avait eu pitié de cette petite chose à la carrure frêle qui semblait perdue dans ce monde de brutes. Et puis de toute façon ça serait resservi le soir ou donné aux chiens si elle n'avait pas une assiette, alors autant lui donner à elle. Et pendant ce temps, tandis qu'elle loupait amplement l'heure de son rendez-vous avec Lyderik, ce dernier était en train de la chercher. Du coup c'est avec bien une demi-heure de retard qu'elle arriva à sa propre tente, avec encore un morceau de pain dans la main (et dans la bouche). Elle s'avança jusqu'à lui avec incompréhension, avalant son morceau de pain avant de parler. "Edwin ?" Son regard le parcourut et puis soudainement ses yeux s'arrondirent. La mémoire lui était revenue. "La chevauchée ! Oh non, je suis vraiment désolée, j'ai complètement oublié, je me suis encore levée tard et..." Et ça se voyait qu'elle était mal. Elle culpabilisait complètement de l'avoir oublié, surtout que ce n'était pas la première fois et qu'elle s'en voulait toujours autant à chaque fois. "... et je sais pas quoi te dire..." dit-elle en grimaçant légèrement. "Je te jure que je fais pas exprès, j'ai juste... D'autres choses en tête dernièrement." se justifia-t-elle. Elle lui avait raconté, pour son engueulade avec sa soeur, sa convocation par le roi pour être sortie sans avoir prévenu personne, pour son ennui constante, mais jamais ô grand jamais elle n'avait parlé de son défaitisme sur cette guerre. Ils n'étaient clairement pas encore assez bons amis pour ça, même si elle l'adorait. Prête à assumer ses conneries mais pas non plus inconsciente du charme de sa petite bouille qui marchait plutôt bien sur lui, elle le regarda de ses grands yeux verts désolés avec un petit sourire qui se voulait séducteur. "Tu m'en veux pas trop ?"
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MessageSujet: Re: Invincible [Tour VII - Terminé]   Invincible [Tour VII - Terminé] EmptySam 4 Mai - 14:14





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Invincible!




Siam & Lyderik

J'étais sorti sitôt l'heure où l'activité diurne reprenait dans le camp et j'avais cherché Siam sur le lieu de rendez-vous que nous nous étions fixés: le paddock des chevaux où se trouvait un hongre d'un âge vénérable que j'avais acquis avec les maigres émoluments qu'Heda me versait. Si le cheval n'était pas de première jeunesse, il avait encore du cœur et du caractère, suffisamment en tout cas pour l'usage que j'en avais. Ancien cheval de guerre, il en portait les stigmates sur son corps et j'avais trouvé le parallèle avec mes propres cicatrices assez touchant pour que mon choix se porte sur lui à la foire de Pierremoutier. Je l'avais rebaptisé Finstern à cause de sa robe couleur corbeau en souvenir d'un conte étrange dont je me souvenais depuis peu qu'il avait bercé mon enfance. Il m'attendait bien derrière la barrière et fût content de me voir et de savourer les morceaux de carottes que je lui présentai. Mais de Siam, point. Je soupirai en caressant la liste blanche de mon compagnon.

- Les femmes et la ponctualité ...

Mais je n'étais pas réellement contrarié par ce contretemps qui me permettait de préparer mentalement ce que j'allais dire à la jeune femme. Cependant, ce qui m'inquiétait plus n'était même pas de constater que ce n'était pas la première fois que Siam arrivait en retard quand elle n'oubliait pas purement et simplement nos rendez-vous. Non, ce qui me préoccupait était la jeune guerrière elle-même. J'avais l'impression qu'elle n'allait pas bien, de moins en moins bien, même. Bien qu'elle fit l'effort pour me donner le change, je voyais bien que quelque chose la tourmentait. Se pouvait-il que la dispute avec sa sœur aînée et la convocation du Roi en soient les seules raisons ? Siam m'avait confié ces deux contrariétés et j'avais tenté de la rassurer en dédramatisant les deux événements. Heda aimait trop sa cadette pour que la brouille reste permanente et Yoren avait besoin de tous les bras valides pour la guerre qui s'annonçait. A mon sens, Siam ne pouvait tomber en disgrâce pour une simple escapade.

Après avoir cherché en vain dans tous les endroits où elle avait l'habitude de traîner en ma compagnie, fait quelques achats et m'être offert un repas solitaire dans une taverne, je regagnai ma tente pour y commencer les préparatifs de mon départ. J'étais assis sur le coffre en bois qui contenait mes maigres effets, en train de fourbir mon épée lorsqu'elle fit son apparition. Je levai sur elle un regard indulgent mais néanmoins inquiet. Comment allait-elle réagir aux révélations que j'allais lui faire et qui entraîneraient mon départ, alors qu'elle paraissait déjà passablement perturbée ? Je décidai de masquer tout d'abord mon propre bouleversement suite aux révélations de cette nuit. Je savais désormais qui j'étais mais si cela m'avait apporté un soulagement indicible, un cortège de souffrance s'était également invité dans ma mémoire retrouvée. Mon passé m'épargnait encore moins que mon avenir. Les visions de ceux que j'avais aimés, perdus, abandonnés m'assaillaient depuis l'aube, le souvenir de ce que j'étais, de ce que j'avais accompli ou échoué à faire m'emplissait à la fois de fierté et d'effroi. Et, tel un vent annonciateur de sombres présages, la colère, la rage, la haine sans objets qui couvaient en moi depuis des mois avaient enfin un visage. Je devais retenir et canaliser cette fureur qui grondait en moi pour ne la libérer que le moment venu. Je m'efforçai donc de dissimuler mes tourments à mon amie et lui répondis sans cesser de nettoyer ma lame mais avec un froncement de sourcils et sur un ton qui se voulait taquin.

- Tu as une mine affreuse, Siam. Je sais que c'est une ruse pour repousser les avances d'un éventuel mari, mais tu aurais au moins pu prendre un bain. Tu pues l'alcool pire qu'un soudard et on ne t'a pas appris qu'on ne parle pas la bouche pleine, jeune fille?

Ces taquineries étaient devenues habituelles entre nous et elle ne m'épargnait guère non plus. Je souris néanmoins en l'entendant m'appeler par le surnom qu'elle m'avait choisi. J'ignorais encore quelle en était l'origine et je n'avais pas cherché à la connaître jusqu'alors. Je m'étais dit qu'un jour elle me l'expliquerait d'elle-même. Une ombre de tristesse passa dans mon regard tandis que je songeai que ce moment n'aurait jamais lieu. Je devais quitter Pierremoutier mais j'avais encore du mal à accepter que cela implique de quitter également Siam.

- Oui, la chevauchée ... Tu as oublié. Alors ne dis rien, assieds-toi là, écoute et observe. Répondis-je en me poussant pour lui faire une place à côté de moi sur le coffre. Ce n'est pas grave. Ce qui l'est, c'est ton laissé-aller, jeune guerrière. Tu penses que cuver est une façon d'échapper aux problèmes et je te vois sombrer de jour en jour. Poursuivis-je tout en remettant mon épée au fourreau avant de plier et rouler ma couverture et de l'attacher pour l'ajouter sur mes sacoches de selle.

Je pris mon carquois et commençai à vérifier l'empennage de mes flèches. Je venais d'acquérir cet arc et je ne doutais pas que cela puisse susciter la curiosité de mon amie. Elle ne m'avait jamais vu tirer à l'arc et j'ignorais moi-même que je savais le faire avant cette aube. Une envie puissante d'acquérir cette arme m'avait alors tenaillé toute la matinée. Arrivé devant l'armurier, j'avais opté d'instinct pour un arc long pourtant peu adapté à la chasse. Tandis que je regardai d'un œil acéré la pointe de la flèche, je m'imaginais déjà abattant les soldats de mon ennemi à distance avant de venir lui plonger Knus av ild dans le cœur. Comme il était bon et enivrant de me rappeler à présent jusqu'au nom de ma fidèle épée alors que j'avais été privé pendant des mois des plus simples souvenirs de ma vie passée.

- Les problèmes ne disparaissent pas parce qu'on essaie de les oublier. Toi, tu essaies d'oublier et moi j'essayais de me souvenir... Je comprends que tu sois préoccupée à cause d'Heda  ... et aussi de Yoren ... Je ne t'en veux pas ... Dis-je en prenant l'arc sur mon lit et en encochant une flèche avant de le bander. Hmmm, parfait ! Je dois être un peu rouillé, cela fait tellement longtemps que je ne me suis pas entraîné à l'arc. Il faut que j'aille m'exercer en haut de la falaise.

Puis je sortis d'une peau de chèvre roulée deux poignards courts très simplement travaillés mais parfaitement équilibrés. Idéaux pour le lancer et pouvant être glissés dans mes bottes. Je me levai et reculai au fond de ma tente qui n'était pas bien grande. Je pris l'un des couteaux dans ma botte droite et le lançai sur le poteau central de la tente. Il s'y planta en faisant un bruit mat. J'adressai un sourire malicieux à Siam en allant récupérer mon couteau.

- Pas trop perdu la main à courte distance, mais il faudra que je m'entraîne en chemin sur des cibles mouvantes...

Si tous ces préparatifs étaient nécessaires à mon départ, ils me permettaient aussi de différer le moment déchirant où je devrais l'annoncer à Siam. Tandis qu'elle m'observait, je voyais son visage changer sous l'effet de la surprise et du questionnement. Sans doute, toute cette agitation l'intriguait-elle et me trouvait-elle quelque chose de changé, sans pouvoir l'expliquer. Je sentais venir les questions mais je ne voulais pas encore aborder le sujet avant de savoir ce qui n'allait pas pour elle. Je revins m'asseoir à côté d'elle et lui pris la main en la regardant dans les yeux.

-Siam, que se passe-t-il ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Je sais par nos compagnons d'entraînement que tu ne sors presque plus de ta tente, qu'eux aussi ne te voient guère aux entraînements. Je ... je pensais que tu cherchais à m'éviter... Mais il semblerait que ... tu évites tout le monde ... Est-ce que quelque chose ou quelqu'un t'a blessé ? Qu'est-ce que tu essayes de fuir ?

Je devais partir, c'était inéluctable, mais je ne voulais pas laisser Siam dans cet état d'abattement sans tenter de la comprendre et de l'aider à résoudre ses préoccupations.



Dernière édition par Lyderik Mortensen le Dim 9 Juin - 16:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Invincible [Tour VII - Terminé]   Invincible [Tour VII - Terminé] EmptyDim 9 Juin - 16:05

invincible
Lyderik & Siam
I feel the pages turning, I see the candle burning down before my eyes.

Before my wild eyes.

« Tu as une mine affreuse, Siam. Je sais que [...] la bouche pleine, jeune fille? » Un pincement se fit ressentir dans le coeur de Siam. Elle avait bien décelé la taquinerie dans la voix de Lyderik mais elle n'était pas d'humeur à encaisser ses blagues. D'autant plus qu'elle avait oublié leur rendez-vous et qu'elle redoutait qu'il lui en veuille. Ce qui n'était, vraisemblablement, pas le cas. Elle s'assit lorsqu'il lui demanda de le faire, pas d'humeur à jouer la rébellion, et baissa les yeux vers ses ongles qu'elle commença à triturer un peu. Elle eut droit à l'habituel sermon qu'on lui faisait à chaque fois qu'elle ne se comportait pas comme il le fallait (ce qui était beaucoup trop fréquent) et ne l'écouta donc que d'une oreille. Si tout le monde arrêtait de vouloir la qualifier de Lady, ou de guerrière, ou de quoi que ce soit d'autre qu'elle ne voulait pas être, peut-être qu'il n'y aurait tout simplement plus rien à lui reprocher. Elle releva les yeux vers lui avec une nonchalance non masquée mais alors qu'elle ouvrait la bouche pour lui dire qu'elle avait encore le droit de s'occuper de ses problèmes comme elle le voulait, Lyderik mentionna ses préoccupations concernant Heda et Yoren. Siam referma la bouche, la rouvrit pour parler, mais la referma avant d'avoir prononcé un mot. Que savait-il de ses appréhensions ? Et si lui savait quelque chose, qu'en était-il des autres ? Elle fronça les sourcils, l'air beaucoup plus préoccupé maintenant qu'avant qu'elle le rejoigne. Elle l'observa jouer avec son arc et ses couteaux, sans rien dire. Elle avait envie de partir, de quitter la tente de Lyderik et de retourner se planquer dans la sienne. Elle n'avait pas envie de lui donner d'explications sur quoi que ce soit, pas plus qu'à Heda ou à Yoren. Elle voulait juste être seule, qu'on lui foute la paix, qu'on la laisse sombrer.

La main chaleureuse de Lyderik s'empara de la sienne et elle sentit un nouveau pincement au coeur. Loin d'être désagréable celui-ci, au contraire. Comme si une douce chaleur partait de cette main pour remonter jusqu'à son coeur et le réchauffer. Elle releva ses grands yeux verts et fut happée par le bleu ensorcelant du guerrier. « Siam, que se passe-t-il ? [...] Qu'est-ce que tu essayes de fuir ? » Elle l'observa sans rien dire, semblant en pleine hésitation sur ce qu'elle pouvait ou ne pouvait pas dire. A quel point le barème de traîtresse allait monter si elle se confiait à l'étranger ? Elle souffla un coup et retira sa main, rompant le contact avec ses yeux pour plonger son visage dans ses mains et le frotter légèrement. De quel droit pouvait-elle se plaindre à Lyderik alors qu'il se battait depuis son premier jour ici pour s'adapter et se faire accepter ? Elle se leva, croisant les bras autour de sa poitrine en faisant doucement le tour de la tente de Lyderik. Elle cherchait ses mots, ceux qui iraient le mieux pour décrire les sentiments qui la rongeaient. Elle porta même sa main à sa bouche pour en mordiller le bout de son ongle. Puis elle se tourna vers lui, retirant l'ongle de sa bouche pour ouvrir la bouche, mais la referma avant de dire quoi que ce soit. Elle réfléchit encore quelques secondes de plus, puis rouvrit la bouche, pour vraiment parler cette fois. "T'as jamais eu envie... D'autre chose ? Je veux dire, t'es là, à nettoyer les pots de chambre de ma soeur, à t'entraîner avec des soldats pour une guerre que t'as pas choisi et qui te concerne pas... T'aspires pas à autre chose ? Tu l'as dis toi-même, tu te souviens de rien de ton passé, tu peux recommencer à zéro, alors pourquoi t'es encore là à subir des choses dont tu te fous complètement ?" Alors bien sûr, elle avait retourné la question pour que ça concerne Lyderik, mais c'était d'elle-même qu'elle parlait. Qu'est-ce qu'elle foutait encore ici, à s'entraîner pour une guerre d'un gars qu'elle n'aimait pas, à risquer sa vie alors qu'elle était aussi jeune ? Et si autre chose l'attendait, ailleurs ? "T'as envie de mourir ici, toi... ? Dans ce trou à rats puant et boueux ?" Parce que elle, non. Et plus elle y pensait, plus ça l'angoissait, et plus elle avait envie de partir. Mais partir d'ici n'était pas comme quand elle avait quitté le navire d'Harald, partir d'ici pourrait être très mal pris, ça ne devait pas arriver, ça ne se faisait juste pas. A quel point Heda pouvait-elle la détester si elle désertait ? Ou avoir honte ? Et si, comme Yoren l'avait dit à Siam, le départ de la cadette Volmark provoquait chez l'aînée une inquiétude qui troublait son travail et la menait droit à la mort ? Pourquoi se sentait-elle aussi responsable des choix d'Heda ?
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MessageSujet: Re: Invincible [Tour VII - Terminé]   Invincible [Tour VII - Terminé] EmptyMer 19 Juin - 20:38





I remember now. The time has come to face my destiny.


Spoiler:
 

Carry you away into the sea
To wash away all fragility
Throw yourself into the ocean
Jaded, blunt, invisible...

Invincible!




Siam & Lyderik

Un flottement douloureux s'installa entre nous lorsque Siam planta son regard dans le mien. Que d'hésitations, de non dits entre nous, déjà, alors que nous nous connaissions seulement depuis quelques semaines. Des amis devaient-ils se mentir ici ? A Pierremoutier ? Je sentais qu'elle ne me disait pas tout, mais pouvais-je l'en blâmer ? Est-ce que j'allais, moi-même, avoir le courage de tout lui dire ? Aux yeux du commun des mortels, nous n'étions jamais que des guerriers qui avaient noué des liens de camaraderie, de complicité au fil des entraînements et des moments de beuverie partagées qui leur succèdent.

Pour moi, c'était bien davantage. Mais qui s'en souciait, quand tout un Royaume se préparait à une guerre mal engagée ? Siam ? Son attitude fuyante et prostrée des derniers temps me laissait penser qu'elle avait bien d'autres préoccupations. Qui étais-je pour venir encore ajouter à ses soucis ? Quant à Pierremoutier, aussi bienveillant, à la manière fer-née, que puisse être le traitement qu'on me réservait, je me voyais mal évoquer avec mes camarades d'entraînement, mes questionnements au sujet des sentiments qui m'envahissaient à son sujet. La résurgence de ma mémoire n'avait rien arrangé. Comme je l'avais déjà redouté, il n'était qu'un frein à toute expression de ce que je pouvais ressentir envers la jeune guerrière. Du moins était-ce ainsi que je me figurais les choses. A présent, j'étais un veuf qui portait le deuil de sa femme et de sa fille.

C'était un autre pan de mon passé, qui se présentait à moi comme une succession de draps posés sur des corps inertes, de linceuls offert aux flammes. Je ne pouvais les soulever tous d'un coup, même si je savais ce qu'il y avait dessous. Je n'avais pas le temps de pleurer mes morts, mais pour autant, je ne pouvais m'en affranchir et vivre enfin. Pas avant de les avoir vengés, tous, jusqu'au dernier. Les Mortensen avaient pour devise avant que la dernière ne fut adoptée, "une vie pour une vie, une mort pour une mort". Sans doute un dérivé du des préceptes du Dieu Multiface qui avait officié sur Lorath en des temps plus anciens. A moins qu'elle ne fût un héritage direct de mes ancêtres Skaggs, ce qui était tout aussi probable. Honorer cette ancienne devise, et la nouvelle, me prendrait de l'énergie et du temps ... peut-être toute une vie ... En attendant, j'étais peut-être encore moins libre qu'avant, quand je me croyais sous le seul joug de la Renarde Sanglante.

Siam s'échappa de la caresse de ma main et se prit la tête entre les siennes avant de se lever et d'arpenter la pièce, en proie à ses propres combats. La voir ainsi me faisait mal, car je sentais la souffrance qui la rongeait, je la voyais comme un oiseau qui se cogne aux barreaux d'une cage bien trop étroite. Mais comment pouvais-je soulager cette souffrance ? De quel droit ? Celui d'un ami qui refuse de la voir se détruire chaque jour un peu plus ?  

Soudain ses questions fusèrent en cascade et à les entendre, je me demandais si j'en étais vraiment le destinataire ou si elle menait un monologue dont j'étais le simple témoin.

- Cet homme a plein d'envies, en vérité. Difficile de les dire toutes sans que tu t'endormes. Une guerre peut mener à une autre. Cet homme a une guerre à gagner. Cet homme a retrouvé la mémoire. C'est difficile de parler comme vous à présent.  

Les mots avaient fusé sans que je puisse les retenir et c'est seulement en les prononçant que je pris conscience qu'ils pouvaient trahir mes origines. En même temps que la mémoire, ma langue, ses usages, le culte et les dogmes lorathis s'étaient réactivés en moi. J'avais parlé, avec difficulté, comme un natif de Westeros, mieux, un Fer-Né, durant des mois et à présent que je me souvenais, je suais à retenir ma langue de parler lorathi et rien que ça.

- Cette fille parle d'elle quand elle prétend parler de moi ... Je me repris. Tu rêves d'écrire ton propre destin, Siam. Cette ... tu dois l'écrire. Tue la petite Siam qui obéit, deviens celle qui choisit.

Je la voyais se triturer les doigts, les ongles, faire les cent pas dans ma tente. La tension était tellement forte et soudain elle posa la question. Angoissante question pour elle, autant que pour moi. Mais elle parlait de sa mort en parlant de la mienne. Je me levai après avoir posé mes deux couteaux que je tenais dans une main et me plantai devant elle.

-  Valar morghulis ! soufflai-je en plongeant mon regard dans le sien. Mais cette fille doit choisir pour quoi elle veut mourir. Ou vivre, ce qui est pareil. La mort n'est pas qu'ici. Elle est partout. Partout où tu iras, Siam ... Qu'est ce que tu veux à la fin ? Qu'est ce que tu veux vraiment ? C'est là. Je touchai son front. Et là. Je touchai son sein où sous son vêtement battait son cœur. C'est là qu'est ta réponse.

Je retirai ma main de peur de l'avoir trop attardée. J'avais senti battre ce cœur si jeune, si avide de liberté. Une liberté qu'elle croyait mienne. Rien n'était plus faux. Mais au moins avais-je celle de m'en aller. C'était peut-être celle qu'elle m'enviait, sans se douter qu'elle l'avait aussi.

- Cette fille ne sait peut-être pas ? On emporte avec nous dans nos voyages tous nos visages aimés et nos serments et partout on peut les honorer d'une façon ou d'une autre. Parfois pour aimer et protéger, il faut voyager loin de ce qu'on aime et protège.

Puis me tournant vers mes armes, je ceignis mon épée et replaçai mes couteaux dans mes bottes. Je rassemblai mon arc et mes flèches pour les mettre sur le paquetage destinée à ma selle et dépliai ma cape pour l'accrocher à ma cuirasse. Je fis face à Siam à nouveau.

-Cet homme avait une armure il y a plusieurs lunes de cela. Mais il l'a vendue à des pirates pour nourrir son peuple. Il ne reste que la cuirasse... Le Heaume et l’Épée ... Et l'homme ! Cet homme doit mener un combat sur la mer. Mais il ne partira pas sans savoir que cette fille a compris ce qu'elle veut et prend le juste chemin pour elle.

Mon bras se tendit, ma main effleura sa joue avec tendresse.

- Siam ... que veux-tu ? Pour toi ? Pour moi ? Pour tous ? Cet homme fera ce qu'il faut.











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