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Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé]
MessageSujet: Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé]   Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé] EmptyDim 13 Jan - 17:52

Les  liens du sang et du cœurEren & Beron



Jour 1

Devenir un homme n'est jamais simple. Pour certains, la prise de conscience se fait lors d'un événement particulier qui les fait quitter le statut de l'enfance. Cela procède d'une sorte de rituel orchestré par la communauté à laquelle ils appartiennent ou bien cela survient au détour d'un hasard lors d'une situation aléatoire durant laquelle ils ont l'occasion de se conduire en homme et non plus en enfant. Dans les deux cas, eux-mêmes et leur communauté prennent conscience qu'un pas a été franchi et qu'ils appartiennent désormais au cercle des adultes. Mais parfois, l'Histoire oublie les enfants dans leur coin, comme des fardeaux encombrants et inutiles dans le jeu des adultes, ou de trop fragiles petites choses qu'on tient à l'écart des grandes décisions, comme s'ils étaient trop naïfs ou pas assez intelligents pour comprendre. Quand cela arrive, il ne reste qu'un choix à l'enfant pour devenir adulte. Trancher entre être un simple spectateur d'un destin tout tracé, se laisser dicter sa vie par les choix des adultes et subir leurs décisions même si elles ne sont pas en harmonie avec ses propre aspirations ou bien prendre son destin en main, en devenir l'acteur, et y faire face avec ses propres moyens.

L'hiver s'éternisait à Pierremoutier et il était acquis pour tous, malgré une percée d'un groupe de nos guerriers aux abords de Noblecoeur, qu'aucun mouvement de troupe, qu'aucune offensive d'envergure de notre part n'était envisageable. Nous vivions dans l'espoir fébrile qu'il en était de même pour les troupes impériales qui devaient ronger leur frein à la perspective d'éradiquer de la surface du monde jusqu'au dernier Hoare. Attendre en espérant ne pas être attaqué était une situation difficile à tenir psychologiquement et moralement. Mon oncle Yoren y arrivait sans doute parce que sa charge lui donnait de nombreux objectifs à accomplir sur place, ne serait-ce qu'organiser l'armée, superviser l'entraînement des troupes, veiller à l'unité politique de ses bannerets, fer-nés et riverains, honorer de ses devoirs sa Reine et attendre dans l'angoisse le retour d'une de ses deux conseillères. A attendre  ma mère, dont je ne doutais plus à présent, qu'elle fût sa maîtresse. J'avais déjà plus que des soupçons après la violente dispute que j'avais eu avec elle, et à l'issue de laquelle sa fatigue l'avait fait perdre connaissance.

Mais les derniers doutes s'étaient évanouis après avoir assisté à son départ pour l'Ouest. Je savais ce départ motivé par des raisons stratégiques et tout à fait nécessaire pour tenter de rallier des alliés encore indécis. Je l'approuvais donc pleinement, même si tout le monde se foutait diablement de mon avis et même si je ne pouvais m'empêcher de craindre pour la vie de ma Mère que je continuais à aimer malgré toutes mes déceptions. Pour elle je donnerai ma vie, tout comme pour Yoren. Mais tous deux n'en avaient cure, trop absorbés par leur complicité qui n'échappaient qu'à peu de gens pour se soucier de ce que je pensais de la situation actuelle. Durant ce départ très scénarisé, mon admiration alla avec sincérité à notre Reine, Helena, qui resta digne, patiente et bienveillante durant les adieux de la née-Frey à son souverain. Adieux qui furent bien trop longs pour n'être mus que par la seule reconnaissance politique et amicale. Étaient-ils inconscients, tous deux, que cela crevait les yeux de toute l'assemblée, malgré leurs efforts pour ne laisser rien paraître de la difficulté qu'ils avaient à se séparer ? Où plus probablement, du moins en étais-je certain concernant ma mère, s'en foutaient-ils royalement. Le mal que cela pouvait faire à Helena, Heda ou à moi-même ? Et alors ? Chacun voit midi à son cul.

De ma réprobation, de mon chagrin, je n'avais rien montré. J'étais resté stoïque et j'avais sobrement mais brièvement dit au revoir à ma mère après lui avoir souhaité bonne chance. Certes son départ et sa mission en disaient long sur son courage. La Princesse n'avait peur de rien. Cette audace forçait le respect, même de ses plus violents détracteurs. J'admirais ma mère pour cela, tout autant que je la détestais d'avoir si rapidement remplacé mon père, non pour combler le manque d'une présence masculine, mais toujours attirer des hommes de pouvoir dans ses filets. Quand Joren avait tourné le dos au pouvoir par son inconséquence stratégique, elle l'avait condamné et si Harren, mon grand père, n'était pas mort à Eysine, je savais qu'elle aurait essayé de venir dans son lit, ou de revenir, me soufflait le doute, toujours là comme un poison dans mon cœur. Le Noir avait péri face aux armées impériales et Myria Hoare s'était rabattue sur son bâtard fraîchement légitimé et ce malgré le risque qu'il l'exécute dès son retour à Pierremoutier. Mais elle avait su user d'arguments que ni le Salfalaise, ni mon père, ni aucun autre traître n'aurait eu face à un jeune Roi fougueux et sensible aux charmes d'une sirène. Ainsi était ma mère. Ce qu'elle voulait, elle l'obtenait et si le destin ou le choix mal avisé d'un homme l'en privait, ou  si quelqu'un se dressait en travers de son chemin pour y accéder, elle ignorait sa souffrance dans le meilleur des cas, et dans le pire, s'en débarrassait.

Cet amour insatiable qui semblait l'animer n'était pas destiné à mon père ou à Harren, ni même à Yoren, mais à un amant bien plus implacable qui causerait sa perte, et je redoutais au plus profond de mon cœur de fils la survenue de ce moment. Le pouvoir était un envoûteur qui corrompait l'âme de tous ceux qu'il étreignait. Toute ma famille était sous sa coupe depuis des générations et ma mère, fille Frey, avait été contaminée dès lors qu'elle avait épousé mon père. Seul Yoren me semblait garder une distance avec ce qu'était réellement le pouvoir. Il le savait éphémère, versatile, inconstant, passant de l'un à l'autre comme une fille de joie dans un bordel. Il connaissait, peut-être pour avoir vu son père s'en consumer, les brûlures qu'il occasionne. Ma mère, elle, s'était jetée dans le brasier depuis bien longtemps. Je redoutais de ne plus rien en retrouver quand il l'abandonnerait pour aller en enlacer d'autres. J'espérai pour elle qu'au moins elle aurait connu des instants de bonheur dans les bras des hommes qui l'avaient embrasée de leur pouvoir et de leur charme. Cela me consolait. D'autres en auraient été choqués mais pas moi. Ce n'était pas que ma mère ait des amants qui me bouleversait, mais la raison pour laquelle elle les avaient pris. Toujours des hommes de pouvoir. Je méprisais sa motivation et non sa conduite et je l'aurais méprisé chez n'importe quelle personne, homme ou femme. Je savais que Westeros était peuplé de nombreuses personnes qui agissaient comme elle, mues par cette soif de pouvoir. Mais je n'avais qu'une mère et j'avais eu la faiblesse d'espérer qu'elle se plaçait au dessus de tous. Je m'étais leurré.

Et peut-être était-ce là le premier pas vers l'état adulte: prendre conscience que les adultes que nous adorons et plaçons au dessus de tout sont faillibles et corruptibles. La femme vers laquelle mon chemin s'avançait n'était peut-être pas différente. Ma tante Eren Hoare avait été mariée une première fois à Stanford Whent et on lui attribuait sa mort, puis après la défection d'un autre prétendant, elle avait épousé le Hightower et était devenue sa reine. Au jeu de la manipulation et de l'intrigue, elle n'avait rien à envier à ma mère et j'en étais bien conscient tandis que je chevauchais en compagnie de Banot vers Hautjardin. Je songeais d'ailleurs que c'était sans doute cette similitude dans le fait d'utiliser les hommes pour se hisser au plus près du pouvoir qui en faisait des rivales depuis de nombreuses années. Alors pourquoi me tourner vers Eren alors que je m'étais persuadé ne plus rien avoir à espérer de Myria ? Pour une raison très simple: Eren n'avait jamais rien attendu ni exigé de moi, mais avait toujours eu une attitude bienveillante et affectueuse envers moi. J'étais son neveu préféré, alors que la préférence de ma mère était toujours allée à Aenarion que je devais retrouver à Hautjardin et à Euron qui servait sur un boutre sous les ordres du Hightower. Quant à mes deux plus jeunes frères et sœurs, le destin qu'elle leur avait réservé était une autre source de désaccord que je résoudrais le moment venu. Enfin, et cela achevait de faire la différence, Eren avait certes, comme ma mère, joué au jeu des lits pour accéder à celui des trônes, mais elle avait aussi gagné sa crédibilité au combat et en bon fer-né, j'estimais plus la valeur des actes que celui des palabres et des discours. Le fait qu'Eren ait combattu au côté de Yoren et ce, durant de longues années, ne faisait que me conforter dans l'espoir que la mission que je m'étais fixé avait quelque chance d'aboutir.

Tandis que je me remémorais le visage de ma tante en tenue de combat, mais le sourire aux lèvres, je me fis la réflexion que sa grossesse devait l'avoir quelque peu changée physiquement. Peut-être ne retrouverai-je pas la walkyrie des mers que j'avais en mémoire ? J'espérais cependant que son mariage avec Manfred Hightower n'avait pas amoindri son amour pour la liberté et les Îles de Fer. Je me repassais aussi en boucle la courte missive que j'avais envoyé à Hautjardin pour la prévenir de mon arrivée dans quelques temps. Je m'étais efforcé de la rendre la plus anonyme possible pour ne pas voir notre entreprise vouée à l'échec, et seule Eren devait reconnaître l'auteur de cette lettre. Le messager, quant à lui, devait la remettre à un fidèle fer-né proche de ma tante, qu'il savait être "l'âme de la Garce".

A l'âme de la Garce:
 

Banot, qui chevauchait à mes côtés, me tira de mes pensées en m’interpellant.

- Nous devrions nous arrêter pour chercher une grotte où bivouaquer pour la nuit, mon Prince. Le soleil se couchera dans une heure et les bois ne sont pas sûrs, sans parler du froid.

Je hochai négativement la tête.

- Avançons encore un peu Banot ... Je peux camper au milieu des bois, tu sais, je ne suis plus un enfant. Plus nous avancerons chaque jour, plus nous serons rapidement à Hautjardin.

Je savais que mon oncle Yoren serait furieux en apprenant la nouvelle de mon départ et même si cela n'était pas certain, étant donné notre faible effectif à Pierremoutier, il était possible qu'il envoie une escouade de guerriers pour tenter de me ramener par la peau du cou. Peut-être même me proclamerait-il traître et déserteur, ce qui était tout le contraire. Je désertais effectivement mon service d'écuyer mais j'avais la ferme intention de revenir avant le dégel pour prendre part à ses côtés au combat que nous aurions à mener contre les armées du Nord. J'avais pris soin de laisser une missive en vue sur mon lit avant de partir avant l'aurore, tandis que la relève du dernier quart de nuit n'était pas encore faite.
A Yoren Hoare, Roi du Royaume des Fleuves et du Crépuscule:
 

Les gardes étaient moins vigilants et la garde de jour serait encore trop ensuquée de sommeil pour voir immédiatement les traces de nos trois chevaux. Banot en bon écuyer avait prévu un cheval de bât pour transporter tout le nécessaire. Je l'avais assisté dans les préparatifs discrets, apprenant par là-même pour ma charge d'écuyer royal. Nous chevauchions depuis  neuf heures avec une interruption d'une heure pour faire souffler les chevaux et j'avais pu apprécier à leur juste valeur tous les conseils de mon fidèle serviteur mais aussi ceux de ma mère, prodigués lors de nos longues randonnées. J'avais douloureusement souri en ôtant mes étriers pour détendre mes jambes afin de me permettre de reposer mes articulations un peu douloureuses au bout de six heures de chevauchée. J'avais appris à monter à cru ou en selle sans étriers bien avant l'arrivée de Banot, et cela, je le devais à Myria. Ma pensée s'envola vers elle qui devait se trouver dans l'Ouest à présent, en pleine tractation avec de potentiels alliés ou dispensant ses conseils de mère avisée. J'espérais de tout cœur qu'elle se porte bien et soit bien traitée. Bientôt, j'embrasserai Aenarion pour elle.



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MessageSujet: Re: Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé]   Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé] EmptyDim 3 Fév - 19:58

Depuis combien de temps suis-je en train de regarder par la fenêtre, mon regard se perdant dans la contemplation de ce paysage sans réussir à m’arrêter où que ce soit. Difficile à estimer. Il faut dire que j’ai toujours du mal à me faire à toute cette verdure et à ces terres si riches, si florissantes. Les îles de fer me manquent, ce combat quotidien pour la survie, pour arriver à mettre quelque chose dans son assiette. Voilà bien quelque chose que les bieffois ne connaissent pas et ne connaîtront probablement jamais. C’est ce qui fait leur force et leur faiblesse. Pourtant, si je les ai méprisés lors de mon arrivée ici, j’ai fini par comprendre en quoi leurs combats pouvaient être différents. Ils ne valent toujours pas les fer-nés, ne nous leurrons pas. Mais Manfred a réussi a me faire réviser mon jugement. Un peu.

Mais la missive de Beron m’a renvoyée à tout ce que n’est pas le Bief. Tout ce qui m’a forgé et qui, désormais, est hors d’atteinte pour moi. En tout cas pour quelques mois encore. J’effleure l’arrondi de mon ventre, de plus en plus marqué, alors qu’une ombre de sourire se dessine sur mon visage. « L’âme de la Garce. » Voilà bien longtemps que personne ne m’a appelée comme ça ou que je n’ai pas mis les pieds sur un boutre. Trop longtemps.

Je soupire alors que mon poing se crispe sur la missive de mon neveu. Je n’ai aucune idée de la date de son arrivée, sans bien savoir si je dois m’en agacer ou être soulagée d’avoir encore un peu de temps pour réfléchir à ce que sa venue peut signifier. Est-ce qu’il a été chassé par Yoren qui pourrait voir en lui un rival potentiel lorsqu’il serait plus âgé ? Voilà qui serait surprenant mais le pouvoir peut monter à la tête de bien des gens, même les meilleurs. Je fais claquer ma langue sur mon palais, signe habituel d’agacement chez moi, quand bien même personne n’est là pour y assister. Et je me rends compte que je suis en train de commencer à déchirer petit à petit la missive. Je finis par la reposer sur le bureau, essayant de prendre mon mal en patience. Il faudrait que j’écrive, que j’envoie nombre de corbeaux. Il faudrait que je mange, même si cette idée me soulève le coeur. A défaut, je pourrais terroriser une ou deux servantes, histoire de me mettre en appétit.

Je finis par fermer les yeux, reposant mon front contre le cadre de la fenêtre. En réalité, j’aimerais aller tailler quelques chairs, hurler contre des ennemis ou au moins m’entraîner un peu. Je n’ai jamais eu de problèmes à être une femme. Ou, en tout cas, j’ai toujours réussi à le surmonter. Jusqu’à cette satanée grossesse. Non que je ne sois pas satisfaite de remplir ma part du marché, après tout c’est pour cela que je me suis mariée. Pour autant, cette situation ne m’enchante pas le moins du monde. Encore moins l’idée de devoir remettre cela pour assurer la pérennité de notre nouvelle lignée. Au moins, Manfred n’aura pas à se soucier de la vérification de la paternité des enfants à venir. C’est tellement une plaie de porter un enfant que jamais je n’irais prendre le risque de porter celui d’un autre.

Je me demande vaguement si je ne vais pas m’allonger un peu, me moquant totalement de l’heure qu’il est. Quand l’on finit par frapper à la porte. Et la servante intimidée qui entre quand je l’autorise à le faire m’arrache un sourire carnassier. Je sentirais presque son coeur battre d’ici, tant elle n’a pas envie d’être là. « Votre… votre Altesse… il y a un nouvel arrivé. » Elle regarde le sol et se tort les mains. Je ne peux m’empêcher de souffler, d’une voix sèche. « Et donc ? Cela t’empêche de me regarder peut-être ? Ou ce que tu vois est si horrible qu’il te faut baisser les yeux ? » Je sais, c’est un peu facile de jouer de sa frayeur. Mais c’est tout ce que j’ai en cet instant précis. Qu’elle soit heureuse de ne pas avoir à subir pire que cela. Elle marmonne je ne sais quoi et je lève les yeux au ciel avant de reprendre, toujours sur le même ton. « Bon, en quoi cela me concerne donc ? » Elle hésite, se demandant clairement si la fuite est une option viable. J’ai déjà vu ce genre de regard. Dans les yeux des victimes, des proies que je chasse. Et j’ai un sourire amusé à cette pensée. Qu’elle interprète mal, évidemment, relevant la tête comme rassurée. « Il paraît que c’est vot’ neveu votre Altesse ! Que vous l’attendiez. »

Quelle petite sotte. Prendre autant de temps pour me l’annoncer. Ni une, ni deux, je sors de la chambre, la bousculant au passage, alors que je me dirige aussi rapidement que possible dans la cour qui accueille les nouveaux venus à cheval. Je plisse des yeux pour essayer de le reconnaître, me figeant un instant lorsque la silhouette du jeune garçon, du jeune homme plutôt, se dessine devant moi. Par tous les dieux, qu’il a grandi. Et cette affection que je n’ai jamais réservée qu’à mes neveux, et à Yoren, lorsque nous étions enfants et que nous avions le droit d’être nous-mêmes, revient de plein fouet.

Et, alors qu’il descend de son cheval, accompagné de plusieurs hommes, je m’arrête, croisant les bras sur mon ventre et me contentant d’arquer un sourcil. Est-ce qu’il ressemble à Joren ? Pas vraiment. J’aurais plutôt tendance à dire à Yoren. Ou à moi. Dans ce regard frondeur et ces lèvres pincées. « Bonjour Beron. Une arrivée par la mer aurait été plus à mon goût mais je suis heureuse de te voir. » Si je le prends dans mes bras, l’image que je travaille soigneusement depuis des mois risque de s’effondrer. Sans compter le fait qu’il n’apprécierait peut-être pas. Après tout, c’est un homme que j’ai face à moi et non plus ce petit garçon qui était un des rares à m’arracher des sourires.


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MessageSujet: Re: Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé]   Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé] EmptyLun 18 Fév - 17:51

Les  liens du sang et du cœurEren & Beron



L'arrivée

Trois longues semaines de chevauchée avaient mis à mal ma patience mais guère mon endurance qui me surprenait d'ailleurs. Dans quelle partie de mon esprit avais-je puisé cette résistance au froid, aux heures passées en selle, aux trop courtes nuits de repos entrecoupées de tours de garde que nous enchaînions Banot et moi ? Si au début de notre périple, il avait plusieurs fois tenté de me ménager en prétendant prendre plus que son tour de garde, il avait bien vite renoncé face à ma détermination. Cher Banot, tiraillé entre le soin qu'il voulait encore prendre de ma personne et mon caractère fier, résolu qui repoussait toutes ses bonnes volontés de préserver ma santé.

Mon impatience et mon derrière endolori, bien qu'endurci par le voyage, furent donc amplement soulagés de voir se profiler les tours élégantes de Hautjardin. Lorsque nous pénétrâmes dans la cour de garde de la place, c'est un jeune homme couvert de poussière et de sueur qui mit pied à terre devant une Eren aussi ... ronde qu'un tonneau de bière. C'est ce qu'auraient dit bien des Fer-nés, et la pensée me tira un sourire fugace au coin des lèvres. Cependant, je repris bien vite un air grave et sérieux, considérant avec un œil nouveau le visage harmonieux de ma tante. L’œil d'un homme presque fait. L'évidence que le Hightower nous avait volé notre plus belle femme s'imposa tout d'abord à mon côté fer-né, ravivant un certain déplaisir. C'est un Fer-né qu'elle aurait dû épouser et dompter et non un bieffois repu d'opulence et alangui dans les vices sournois.

Y trouvait-elle son compte ? Je voulais le croire, car je savais ma tante tout aussi avisée stratège que guerrière redoutable. Eus-je porté quelques années de plus, et un palmarès de victoires pouvant l'impressionner, que je ne me serais pas privé de comparer, avec humour, son ventre arrondi à la proue conquérante de la Garce. Mais je me présentais en simple neveu, bien peu illustre au champ de bataille, et de surcroît, fils d'un frère honni. Je gardai donc pour moi mes métaphores et m'avançai d'un pas un peu raide vers la farouche Reine du Bief. Je m'inclinai légèrement tout en répondant à son accueil dont la teneur ne me déçut pas plus qu'elle ne me surprit.

- Ma chère tante ! J'ai bien songé invoquer le Noyé pour qu'il détourne les flots jusqu'aux pieds de vos remparts, afin de m'assurer une arrivée plus à votre goût, mais j'ai estimé qu'il valait mieux garder nos demandes au Dieu pour des sujets plus cruciaux, comme la victoire du Crépuscule et des Fleuves.


Je fis un pas dans sa direction, tandis que Banot descendait promptement de cheval à son tour pour s'emparer de la bride de Shine. Sur un signe bref de ma part, il sortit de la sacoche de notre cheval de bât un petit coffre en bois précieux qu'il me remit.

- Je suis également comblé de vous voir ma tante, après si longtemps. Et de constater que vous êtes toujours aussi rayonnante de force et de vigueur. Veuillez accepter mes hommages ainsi que ce petit coffret contenant sels et cordial pour palier aux désagréments de votre état. Ils viennent de nos chères Îles de Fer. J'en ai un plus grand dans mes bagages, contenant hareng séché et potée d'algues marinées avec quelques outres de bière de nos terres, mais je gage que vous les apprécierez mieux une fois l'enfant paru.

Comme il eut pu paraître inconvenant de l'embrasser ou de la serrer contre moi alors que ni le protocole de Hautjardin, ni son nouveau statut de souveraine du Bief ne s'y prêtaient, je pris le parti de mettre genou à terre et de baiser sa main en signe d'affection.

- Ma Dame, la lame du Prince des Fleuves et du Crépuscule vous est toute acquise ! Si j'osai, sans abuser de votre bienveillance, pourrais-je requérir un entretien privé lorsque vous en aurez le temps et l'envie ?  





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MessageSujet: Re: Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé]   Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé] EmptyDim 3 Mar - 17:26

Je me demande ce qu’il peut ressentir en cet instant. Alors que le monde qu’il a toujours connu s’est effondré violemment ces derniers mois. S’il a été élevé pour régner, pour être un véritable fer-né, il reste tout de même trop jeune pour avoir vécu tout ça. Et pourtant, pour avoir été élevée de la plus rude des façons, je ne peux que ressentir une certaine fierté à voir la façon dont il semble s’en tirer. J’ai un bref regard en direction de Banot, l’homme qui l’accompagne, fronçant légèrement les sourcils alors qu’il ne semble clairement pas originaire des îles de fer. Mais il semble avoir la confiance de Yoren. Et de Beron. C’est suffisant pour moi, pour le moment en tout cas. Cela ne m’empêchera pourtant pas de demander à mes hommes de le surveiller le temps de leur séjour mais, pour le moment, ce n’est pas le plus important.

Passant une main sur mon ventre arrondi sans même m’en rendre compte alors que je sens le regard de mon neveu sur moi, je suis le jeune homme des yeux, l’accueillant de la seule façon qui me semble possible. Et visiblement, il ne s’attendait pas à autre chose. J’ai une ombre de sourire quand il s’incline légèrement devant moi et je souffle, d’un ton amusé. « Il serait tout de même bien plus pratique que les flots nous permettent de nous retrouver plus rapidement. Il y a bien trop longtemps que je ne t’avais vu Beron. Et je ferais en sorte que cela ne se reproduise plus. Notre lien est important pour moi, je ne veux pas que tu l’oublies, quoi qu’il arrive. » Même si sa mère m’a toujours insupportée et que je n’avais que du mépris pour les dernières actions de Joren, l’affection que j’ai pour mon neveu est un des rares sentiments qui ne soit entaché par rien de mauvais.

J’ai un froncement de sourcils alors que Banot lui donne un petit coffre que mon neveu me tend. Et, alors qu’il parle, je l’ouvre avec une délicatesse inhabituelle, effleurant les sels, le regard perdu un instant dans le vague. Dire que les îles de fer me manquent est un doux euphémisme. J’ai parfois l’impression d’avoir du mal à respirer tant je suis nostalgique de ces terres arides où d’autre ne pousse que des hommes prêts à gagner leur vie au fer-prix. Je n’ai encore croisé encore aucun homme qui a autant de valeur à mon goût, même si Manfred a su me faire revoir mon point de vue sur les bieffois. Et je ne peux m’empêcher de soupirer longuement alors que mes yeux s’attardent un peu trop longtemps sur ce coffret. Je relève pourtant la tête, fixant mon neveu alors qu’il évoque hareng et autres présents qui me soulèvent l’estomac rien que d’y penser. Pourtant, j’ai un sourire en coin alors que je souffle, d’un ton amusé. « Je ne suis pas sûre que les hommes d’ici auront les tripes de supporter tout cela cher neveu. Mais je les garderais pour moi, quand la délivrance aura eu lieu d’ici quelques mois à peine. » Le temps passe vite. Trop vite. Déjà 6 mois que je porte cet enfant et presque tout autant que je suis cantonnée à rester sur terre, loin de mon boutre.

« Mais rassure-moi, cette bière et ces mets ne te feront pas le même effet, n’est-ce pas ? » Une oeillade presque malicieuse qui disparaît au moment-même où le jeune homme met un genou à terre devant moi. Je reste figée un instant, croisant les bras sur mon ventre arrondi alors que je sens l’enfant mettre des coups, visiblement peu disposé à me voir autant en mouvement. Je laisse le silence s’installer entre nous, fixant Beron avec un sérieux que je n’ai que rarement. « Relevez-vous Prince des Fleuves et du Crépuscule. Mon affection et ma protection vous sont acquises tout autant que votre lame. Et rien n’y personne ne changera cet état de fait, quoi qu’il arrive. » Je tends la main pour le relever et, au passage, j’effleure sa joue, fronçant légèrement les sourcils. « Tu es presque aussi grand que moi Beron. Si tu n’y prends pas garde, tu vas devenir un géant bien trop rapidement. Si tu n’es pas trop fatigué, nous pouvons aller nous installer dans mes appartements. Il y a une terrasse et de quoi te restaurer. Je pense que tu as bien des choses à me raconter. » Et moi aussi. Il est plus que temps d’intégrer Beron à nos équations désormais, il n’est définitivement plus un enfant.


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MessageSujet: Re: Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé]   Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé] EmptyLun 4 Mar - 0:10

Les  liens du sang et du cœurEren & Beron



Le tête à tête tant attendu

Une émotion viscérale m'envahit tandis que j'écoutais Eren m'assurer de son affection toujours intacte, ses propos s'accompagnant d'une caresse bienveillante qui me toucha malgré la position d'homme fait que je tentais de tenir. Cette sensation nostalgique des jours passés où je la faisais rire avec mes tours de petit garçon malicieux. A cette époque révolue à présent, mon père était encore de ce monde. Lui et ma chère mère s'aimaient d'un amour sincère désormais tombé dans les ombres de la folie. A cette époque, Eren était l'incarnation de l'esprit Fer-Né que je savais ancré en moi, la fière vestale de la Mer adulée par le Sel et le Roc. Ces Îles farouches et sauvages où je n'avais que trop peu séjourné, trop tôt envoyé  à Harrenhall, sans doute pour me protéger et m'éduquer, sous la férule du féroce Harren le Noir, feu mon grand-père. Mon destin eût sans doute été changé si, au lieu de cela, on avait confié mon éducation à ma tante.

Sans doute aurais-je échappé partiellement à la déchéance de mon père et à l'écho des périls encourus par ma mère lorsqu'elle tentait de rallier le Tully à notre cause. Sans doute aurais-je eu l'opportunité de faire mes preuves sur un navire mieux que je l'avais fait à Eysines en simple fantassin. Sans doute aurais-je pu être plus qu'un Prince sans valeur et encombrant dans les jambes de mon royal oncle et souverain, Yoren Hoare. Et un souci de moins pour ma chère aimée Mère. Mais il n'en avait pas été ainsi. Je n'avais pas été fait marin, pillard de la Flotte Fer-Née. Pas mieux accepté des Riverains qui ne voyaient en moi que le fils d'un lâche et d'un traître, mort dans un trépas infâme par la main de sa troupe. Je me relevai, sans trop me redresser, pour répondre à ma tante.

- Il parait que j'ai hérité ma stature de La Poigne, selon les hommes de la Garde de Pierremoutier. Plaise au Noyé que je n'aie pas pris de lui que sa corpulence. Mais si le corps ne cesse de croître, l'âme a autant soif que lui de grandir pour honorer notre Maison, ma tante. Etre à vos côtés ne peut que m'y aider.


Son regard s'attardant sur Banot ne m'avait pas échappé et je m'excusai promptement de mon oubli.

- Je vous présente Banot, qui fut l'Ecuyer Royal des Princes d'Harrenhall. Sa loyauté est sans faille et je réponds de lui comme de moi-même. C'était le seul homme de confiance que je pouvais choisir pour m'accompagner dans ma mission. Je lui ai confié ma vie en bien des occasions. Il vous est aussi loyal que ma personne.

Banot s'inclina dans une courbette essossienne dont il avait le secret et déposa aux pieds de ma tante le volumineux coffre dont j'avais fait état. Des hommes arborant les couleurs des Hightower s'avancèrent pour porter le coffre dont le contenu serait goûté plusieurs fois, comme l'usage et la précaution l'imposaient.

Mon sourire était timide, mais mon cœur hardi tandis qu'elle contemplait mon premier présent.

- Je sais combien les embruns de vos Îles peuvent vous manquer. Je n'y ai séjourné que peu de temps moi-même lorsque je vous visitai, dans mon enfance, et pourtant j'en garde un souvenir si marquant.

Ma tante m'invitait à prendre quelque repos et collation dans ses appartements et j'acceptai avec un plaisir sincère sa proposition. Tandis que nous cheminions dans le promenoir qui encadrait la cour de garde, mon regard n'avait de cesse de contempler les talents évidents des bâtisseurs du peuple bieffois. Je me souvenais des plats vite avalés sur le pont d'un boutre, ou sous une tente dressée sur les rochers arides d'un île. Mais à Hautjardin, rien de tel. Les murs de pierre d'un blanc granit s'élevaient tels des remparts éternels face aux assauts du temps. Je levai les yeux vers les tours élancées et les rapportai à ma tante. A dire vrai, je devais reconnaître que sa beauté n'avait rien perdu de son éclat en ces murs qui l'abritaient. Envoyée en ce lieu pour sceller une union qui devait renforcer les alliances entre Harren et le Bief, elle avait su s'y faire une place et conquérir la couronne en convolant avec celui qui devait la porter. "L'adaptation est le fruit de la survie" m'avait souvent martelé mon grand -père. "Saisir toutes les opportunités pour t'élever". Je mesurai à présent que je n'avais pas été le seul à être façonné par cette devise. Eren en était le pur produit, même si sur le pont de la Garce, elle avait forgé son propre destin, y entraînant Yoren et Heda à sa suite.

Je souris aux taquineries de ma tante et me défendis du goût trop prononcé pour la bière, qu'ont les Fer-nés.

- J'ai bien goûté à tous ces délices pour m'assurer qu'ils sauraient vous plaire, mais je dois faire l'aveu d'une modération qui n'est pas le seul fruit de ma jeunesse. J'ai bien assez de visions au naturel pour ne pas y ajouter l'ivresse de l'alcool. Je dois rester éclairé pour servir mon peuple et mon Roi. Toutefois, mon ventre et ma bouche savent apprécier dans la dégustation, les délices de nos Îles. Peut-être lancerons-nous une mode culinaire dans le Bief, à la gloire de sa nouvelle Reine ! Il faut du temps , de la patience et de l'amour pour que deux cultures se mêlent et s'acceptent. Nous en faisons le constat tous les jours à Pierremoutier. Mais, je pense, ma Tante, que s'il est quelque chose qui peut faire vibrer deux peuples à l'unisson, c'est bien la féroce envie de vivre et de perdurer.

Mais tandis que nous cheminions lentement  jusqu'à ses appartements, ma tante caressant de temps à autre son ventre rebondi, je me laissais encore bercer de ses paroles qui m’assuraient son affection. J'avais foi dans cette certitude que nos cœurs sauraient trouver le chemin du salut pour les Fleuves et le Crépuscule. Le mien saignait d'être éloigné de ma mère, de ma fratrie, de mon peuple, mais il servait ici, justement leur avenir. Du moins le voulais-je de toutes mes forces, de toute mon âme, dans une douloureuse tension, teintée de désespoir. Car je savais que si je m'en retournais seul à Pierremoutier, ce serait la mort dans l'âme, pour y mourir aux côtés des miens, l'épée à la main, dans un combat inique contre l'Empire.

- Rien ne saurait changer mon allégeance en effet, ma tante et elle ira toujours vers ce qui a forgé notre Royaume, l'esprit du Sel et du Roc, l'Antique Voie. Et vous en êtes, à mes yeux, la plus pure incarnation. Ensemble, nous devons œuvrer à sa souveraineté.
Murmurai-je arrivé devant la porte qu'elle s’apprêtait à ouvrir.




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MessageSujet: Re: Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé]   Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé] EmptyLun 25 Mar - 14:28

L’espace d’un instant, je me demande si ma vie dans le Bief ne m’a pas quelque peu ramollie. A moins que ce soit la grossesse et l’impossibilité de me mouvoir à ma guise. J’ai même parfois le sentiment de n’être que l’ombre de moi-même alors que, tout autour de nous, se dresse un royaume auquel je ne pensais jamais appartenir. Mais il m’est difficile de faire marche arrière ou de changer d’attitude. Dans l’immédiat en tout cas. Je gage que Manfred est parfaitement conscient qu’une fois l’enfant mis au monde, j’aurais besoin de retourner auprès de ceux qui m’ont façonnée, de retrouver la mer et de sentir le goût du sel et du sang sur les lèvres.

Et voir mon neveu auprès de moi, le voir si grandi, me fait me demander ce qui a pu m’échapper alors que j’étais si loin d’eux. Je sais que notre famille a souffert et, si je garde une rancune tenace à l’encontre de Joren pour tout ce qu’il a fait et qui a précipité sa mort, l’affection que j’ai pour le reste de ma famille reste tout de même vivace. Non point que je sois en mesure de le montrer autant que d’autres pourraient le faire, je n’en ai de tout façon pas l’envie. Mais ils sont importants. Et c’est tout autant pour eux que pour moi que j’agis. Tout comme pour cette vie que je porte en moi.

Je relève la tête, comme pour mieux observer Beron alors qu’il reprend la parole. Et je souffle, d’une voix assurée. « Tu seras un homme grand et fort, nul besoin de la bénédiction du Dieu Noyé pour cela, c’est déjà une évidence. Et je ne vois guère quel train de vie pourrait te mener à avoir la corpulence de la Poigne. » J’ai un bref sourire, ne m’attardant pas sur le reste. Il est certes fer-né jusque dans les tréfonds de son âme mais il a tout de même un polissage riverain qu’on ne peut ignorer. C’est une bonne chose je suppose, au vu des velléités fraternelles. Pour autant, j’aurais aimé que l’un de mes neveux soit un pur produit du sel et du roc. Même si avec une mère comme Myria c’eût été demander l’impossible.

Et je fixe le dit-Banot, suivant des yeux sa révérence qui en dévoile bien plus sur ses origines que tout le reste. « Je vous remercie de veiller sur ma chair et mon sang Banot. Et je suis sûre que vous êtes parfaitement conscient de l’honneur d’avoir la confiance entière de votre Prince. » Quant à la mienne, j’attends évidemment de voir et je plisse légèrement des yeux quand il s’approche de moi pour déposer le coffret, l’observant sans même m’en cacher. Pour un peu, je croirais que mon comportement lui arrache un sourire. Je n’ai qu’un regard distrait envers les hommes de ma nouvelle maison lorsqu’ils s’approchent et ils se figent, attendant mon assentiment avant de faire quoi que ce soit. Ils ont compris la leçon je suppose, depuis le temps que je suis là. Et ils continuent de me craindre malgré mon état, ce dont je ne peux que m’amuser.

Je ne peux pourtant m’empêcher de laisser filer un soupir nostalgique lorsque Beron reprend. Et je souffle, d’une voix bien plus douce que d’ordinaire. « Il n’y a rien qui arrivera jamais à la hauteur de nos îles Beron. Ce que certains considèrent comme un tas de pierres et de roches où rien d’autre ne pousse qu’une bande de sauvages prêts à tuer tout ce qui se trouvera sur leur chemin est pour moi le symbole même de la force, de la survie malgré tous les obstacles. Tout ce qui sort de là est fort, capable de résister à tout. Même aux pires des batailles à l’issue la plus dramatique. Ne l’oublie jamais. »

Le voir sourire à mes taquineries est un plaisir, même si sa présence n’a de cesse de me renvoyer à des pensées plus ou moins agréables et que j’avais quelque peu occultées jusque-là. Et je tousse un rire à ses propos, non sans jeter un bref regard aux hommes qui se sont sagement tenus à distance. « Lancer une mode culinaire ? Il faudrait pour cela qu’ils aient l’estomac plus accroché qu’ils n’en donnent l’impression. Quant à faire vibrer nos peuples à l’unisson. » J’arque un sourcil avant de reprendre, amusée. « L’amour n’aura rien à voir là-dedans, mais tu en es parfaitement conscience. La survie, la conquête. Les trésors. Voilà ce qui motivera les uns et les autres. Reste à savoir comment faire tenir tout cela dans la durée. » Même si la question ne se pose pas dans l’immédiat, cela ne manquera pas d’arriver. Si nous sommes toujours en vie pour en parler, cela va sans dire. Sinon, je laisserais avec grand plaisir le soin à nos héritiers de mettre les mains dans la fange pour tenter de s’en sortir.

J’ouvre la porte, non sans adresser un sourire affectueux à mon neveu et je souffle à la jeune servante occupée à ranger les lieux. « Apportez-nous de quoi nous restaurer. Et qu’ensuite personne ne nous dérange. Avertis le Roi que mon neveu est arrivé. Nous aurons un hôte de marque à dîner ce soir. » Mon ton sec la fait sursauter et elle file sans demander son reste, avant que je ne me retourne vers le jeune prince. «Tu te comportes comme un adulte Beron. Je vais donc m’adresser à toi comme un adulte, c’est le moins que je puisse faire. L’allégeance est quelque chose de changeant ces derniers temps. Nos deux royaumes ont connu bien des revers et leurs fondations ont été ébranlées. Yoren a tout mon soutien, cela va sans dire, mais la situation est délicate. J’ai du mal à démêler ce qu’il souhaite faire de ce qu’il devrait faire. » Et je m’assois, ou plutôt je m’échoue tout en parlant, soupirant longuement alors que je masse mon ventre bien trop gros.


Je vous brûle pour m'élever
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MessageSujet: Re: Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé]   Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé] EmptyDim 7 Avr - 15:46

Les  liens du sang et du cœurEren & Beron



La supplique

J'eus un sourire un peu cynique lorsque ma Tante assura que je deviendrai un homme grand et fort. La nature semblait en effet le promettre au vu de ma stature à douze ans, mais il était plus que probable que l'Histoire de Westeros en déciderait autrement. Je n'avais pas cette fâcheuse propension à me corrompre pour conserver ma tête sur mes épaules. Je laissais ces basses manœuvres à d'autres. Si l'Empire l'emportait sur nous, je serais probablement exécuté car sans valeur d'otage aux yeux du Braenaryon et si nous l'emportions, je serais probablement occis par les Fer-nés fidèles à mon oncle qui verraient peut-être une menace en moi ou par les Riverains qui me méprisaient à cause de mon ascendance traîtresse. A choisir, je préférais encore mourir au combat. Si je devais trépasser, j'espérais que le Noyé m'accorderait cette faveur.

La légère tension entre Banot et Eren me tira un autre sourire plus discret. La défiance envers l'étranger avait la vie dure dans l'âme humaine. Elle n'épargnait aucun des peuples que je connaissais. Toujours, entre la curiosité naturelle et la suspicion, la balance penchait en faveur du second sentiment. De toutes les personnes que j'avais connues dans ma courte vie, Banot était bien le seul à accorder le bénéfice du doute à tout étranger qu'il croisait. Cela ne l'empêchait pas d'avoir une opinion sur chacun, mais elle se forgeait sur les actes de la personne et non sur ses origines. Cette façon d'être avait marqué mes jeunes années et m'avait fortement inspiré.

Banot s'inclina derechef aux mots que lui adressait ma tante et répondit avec humilité avant de se retirer pour aller prendre soin de nos montures.

- Chaque jour qu'il m'est donné de le servir, Majesté !

J'écoutais les paroles nostalgiques d'Eren au sujet des Îles de Fer et hochai la tête avant de répondre.

- A mes yeux, elles incarnent la force de la vie qui arrive à s'imposer dans la pire adversité. Il est un mérite moindre de vivre et perdurer sur une terre qui fournit vivres et richesses en abondance. La ténacité des Fer-Nés devrait inspirer respect à tous. Quelle ingéniosité et quelle force il faut à nos hommes pour grandir et devenir forts comme ils le sont dans les pires conditions naturelles du Royaume. C'est cette rage de vivre en dépit de tout qui les rend si redoutables et fiers. La terre natale d'un homme le forge indubitablement. J'aurais voulu naître sur ces Terres battues par les vents et les embruns, mais l'eau de la mer sauvage coule malgré tout dans mes veines. Je m'efforcerai, ma vie durant, de ne pas déshonorer mon sang.

Je ris de bon cœur en constatant que ma tante se montrait plus que dubitative quant à la résistance des estomacs bieffois ingérant notre cuisine.

- Il est vrai qu'il faut avoir l'estomac et le cœur bien accrochés. Mais sans parler des Bieffois, ne pensez-vous pas qu'on tient là une fameuse arme contre l'Empire ? Il faudrait intercepter les ravitaillements de leurs armées et les remplacer par des marinades de poulpes ou des harengs cuits dans la cendre et relevés de ces baies dont l'acidité décape les bijoux, ou leur proposer du lait caillé de chèvre relevé aux herbes sauvages.

Je ris sans retenue à l'évocation de ces soldats impériaux cherchant fébrilement un buisson derrière lequel se soulager par tous les orifices. Mais les propos qui suivirent me firent retrouver la gravité. Ma tante ne croyait pas en la puissance de l'amour. C'était une curieuse conception partagée par bien des adultes. Ils croyaient en la force de la haine mais niaient celle de son opposé, l'amour. Je n'allais pas la contrarier. Elle avait sans doute ses raisons de penser ainsi. Pourtant je ne pus m'empêcher de répondre sur un ton faussement naïf:

- Vraiment, ma Tante ? Ne pensez-vous pas que l'amour que  portera le peuple du Sel et du Roc et celui du peuple bieffois à votre enfant, ne pourrait pas changer bien des choses ? Bien d'anciens ennemis ont déposé les armes en s'agenouillant autour d'un berceau.  Songez y sérieusement ...

Je demeurai silencieux en entrant dans les appartements de ma Tante et la laissai donner ses instructions à sa jeune servante, ma foi assez agréable à regarder. J'appris avec contentement que je dînerai à la table royale ce soir. Enfin, j'allais pouvoir exposer ma requête et mon plan au Roi et à la Reine du Bief. J'avais quelques heures pour rallier Eren à ma cause et lorsque la servante s'éclipsa en rougissant d'avoir croisé mon regard, je pris place dans le fauteuil qui faisait face à celui dans lequel ma tante s'était laissée choir. Pesant mes mots je formulai une réponse aux derniers propos d'Eren.

- Je vous remercie de me traiter en adulte. C'est encore trop rare. Les circonstances ont sans doute forcé ma maturité, voyez-vous. Certains de mes proches ont du mal à le voir. Je ne peux que vous donner raison concernant les allégeances. Je ne compte plus les trahisons dont notre famille et nos peuples ont fait les frais. Le Tully ... Salfalaise ... Mon propre père ... Voyez-vous, je pense que rares sont les princes de mon âge qui ont subi les conséquences d'autant de retournements d'allégeances. Je comprends votre préoccupation à servir au mieux le Bief et le Sel et le Roc. Je conçois que vous soyez moins soucieuse du sort des Riverains. Pourtant ils seront un atout incontournable pour contenir les assauts impériaux.

Mon regard s'attarda sur la pièce dont le confort ostentatoire contrastait avec les conditions misérables de Pïerremoutier et mon cœur se serra.

- Les Fer-nés peuvent trouver subsistance sur leurs îles. La mer pourvoie à une nourriture certes frugale mais constante. A Pierremoutier nos voies de communication sont tenues par les troupes impériales qui compromettent tout ravitaillement régulier. Les hommes chassent mais le gibier est rare en cette saison. Nous manquons de fourrage pour les chevaux et en perdons régulièrement. Nous les mangeons, la mort dans l'âme. J'ai vu les plus pauvres de nos paysans manger des racines et des écorces d'arbre. La moitié des enfants a péri d'inanition. Des bagarres éclatent bien souvent pour un morceau de viande de loup séché. Car oui nous mangeons du loup parfois, quand nous parvenons à en tuer. Ils sont nos concurrents les plus féroces à la chasse.
Dis-je en portant instinctivement ma main à mon poignet qui avait été lacéré par les crocs d'un loup lors d'une escapade avec mon oncle.


- Les femmes, ma tante, je suis désolé d'évoquer cette question, ne mènent que rarement leur grossesse à terme. Malgré tous les efforts de notre Mestre, elles font souvent une fausse couche, par malnutrition. Les nouveaux-nés survivent rarement pour les mêmes raisons.

Un bon feu brûlait dans l'âtre de la cheminée et mon regard se perdit quelques instants dans la danse des flammes.

- Le moral est au plus bas dans la population comme dans les rangs armés des Fer-nés et des Riverains. Nous rationnons les civils pour nourrir nos troupes mais à ce rythme là, les guerriers n'auront à défendre qu'une citée fantôme vidée de tout son peuple. Je ne parle pas des épidémies qui déciment la population ... C'est  une lente agonie, un génocide pour ainsi dire ...


Je soupirai en ressassant les derniers mots de ma tante. Les raisons de sa défiance envers Yoren m'échappaient.

- Que redoutez-vous de votre propre frère, ma tante ? Avez-vous oublié à qui devait revenir la couronne qu'il porte ? Et pourtant, malgré cela, Yoren a toute ma confiance. J'aurais pu crier à la spoliation, comploter contre lui pour récupérer un trône qui me revenait. Je le pourrais dans l'avenir. Pourtant, ce n'est en rien dans mes intentions. Personne mieux que lui ou vous ne peut incarner mieux la souveraineté du Royaume des Fleuves et du Crépuscule. Certes, Harren a choisi son fils bâtard plutôt que sa fille légitime ou son petit fils. Je peux concevoir que vous en ayez été blessée. Mais, de grâce n'en tenez pas rigueur à votre frère. Il n'a jamais voulu cette couronne et pourtant, chaque jour que le Noyé fait, il s'efforce de s'en montrer digne.


Je fronçai les sourcils en fixant le beau visage de ma tante.

- Est-ce son mariage avec la Bracken qui vous chagrine ? Vous vous êtes bien accommodée de ma mère lorsque mon père l'a épousée. Oh je sais que ce ne fût pas sans quelques difficultés. Mais laissez moi vous apprendre qu'Helena  Bracken a bien plus en commun avec vous que Myria. Je suis certain que vous apprécieriez sa fougue et son caractère indomptable. Pourquoi croyez-vous qu'elle a su charmer votre ancien second sur la Garce ? Comment croyez-vous qu'elle a su se faire aimer du Pirate ?

Je me levai de mon fauteuil et vins m'agenouiller devant ma tante qui massait son ventre épanoui.

- Ma tante, puisque sa fierté à lui, l'en empêchera, je vais le faire. Je vous supplie d'entendre ma requête et de prêter une oreille compatissante aux cris d'agonie de votre peuple à Pierremoutier. Je vous supplie de tout mettre en oeuvre pour convaincre votre époux, Manfred, Roi du Bief, et je ne doute pas que vous en ayez le pouvoir, de me prêter des troupes afin que je rallie notre Capitale pour la défendre au côté de Yoren, notre Roi. Si vous ne lui faites confiance, au moins aurez-vous peut-être confiance en votre neveu ?


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MessageSujet: Re: Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé]   Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé] EmptyLun 22 Avr - 22:18

Difficile de savoir ce que peut penser le jeune homme qui me fait face. Il a traversé bien des épreuves, vécu bien plus de choses qu’auraient pu vivre des personnes de son âge et il n’est plus un enfant depuis longtemps, si tant est qu’il est réellement eu le temps de l’être finalement. Il y a un poids bien lourd qui pèse sur ses épaules, à n’en pas douter et je ne suis pas sûre de pouvoir l’aider à alléger ce fardeau. J’ai un dernier regard en direction de Banot qui s’incline de nouveau devant moi et je le jauge un instant avant de reprendre, d’une voix plus douce. « Veillez sur lui. Il a de la chance d’avoir quelqu’un de confiance, c’est assez rare pour le signaler. »

Et j’écoute mon neveu me parler des îles de fer avec le même amour que j’ai moi-même pour ces terres qui sont les miennes depuis toujours. J’ai un temps avant de souffler, d’une voix rêveuse. « Tu sais Beron, je suis née à Vivesaigues. Et pourtant, je me sens plus fer-née que n’importe quel homme né là-bas. Il n’y a aucune raison que ce ne soit pas le cas pour toi aussi. C’est le sang qui forge l’appartenance à ces îles. Et la volonté. Les fer-nés savent reconnaître ces valeurs quand ils les aperçoivent. » J’ai un sourire quand il rit à nos échanges et je me fais songeuse l’espace d’un instant. « Ne sous-estime pas les capacités des nordiens à manger tout et n’importe quoi. Nous n’avons pas le monopole de la barbarie. » Et je lève un sourcil quand il continue, la mine franchement dubitative. « Pour un peu, tu serais presque convaincant, tu le sais ? Cet enfant risque d’attiser plus de haine qu’autre chose. Beaucoup ne voudraient pas le voir venir au monde, il est une menace pour bien des gens. Mais qui sait, peut-être que les gens voudront en effet s’agenouiller, ce serait… intéressant. » Et tellement improbable.

Nous finissons par nous retrouver tous les deux dans mes appartements, loin des oreilles indiscrètes. Et je vois que le jeune homme cherche soigneusement ses mots avant de se lancer dans son discours. Que je me garde bien d’interrompre, sourcils légèrement froncés à mesure qu’il parle. Il distille nombre d’informations et, si certaines m’inquiètent, d’autres m’agacent légèrement. Mais je note mentalement tout ce qu’il raconte, laissant filer un long silence lorsqu’il en a terminé, mon regard se perdant un instant dans la contemplation du feu. « Et bien Beron, voilà bien des informations à assimiler. Il y a longtemps que tu as tout cela sur le coeur je suppose. » J’ai un bref regard vers lui avant de reprendre. « Je vais essayer d’être aussi complète et honnête que possible. J’ai confiance en toi. Tu es l’avenir des Hoare Beron, notre avenir à tous. Et tu dois avoir toutes les informations pour décider au mieux de la marche à suivre. »

Et j’inspire longuement avant de prendre la parole. « Suivre mon père n’a jamais été chose aisée, il faut bien que tu le comprennes Beron. Nous n’avons jamais vraiment compris quelles étaient ses ambitions, ce qu’il souhaitait vraiment. Je l’ai toujours suivi, sans hésiter, parce que c’était mon devoir. J’ai épousé un bieffois parce qu’il me l’a demandé et Yoren a toujours suivi ce qu’il demandait. Parce que c’était ce que je lui demandais avant tout. Ton père… comme les Tully… ont douté du bien-fondé de ses ambitions. Je ne peux guère leur reprocher pour être parfaitement honnête. Quand bien même je serais ravie de voir la tête du Tully sur une pique et que j’ai traité ton père d’idiot nombre de fois. » Je m’interromps alors que la servante entre de nouveau dans la pièce et dépose de quoi manger et de quoi boire. Et elle s’éloigne, non sans lancer un regard furtif en direction du jeune prince. J’ai une ombre de sourire avant de reprendre, comme si de rien était. « Si tu souhaites de la compagnie cette nuit, tu n’auras guère à chercher bien loin. » Et je nous sers tous les deux en vin avant de reprendre, plus sérieusement. « Il est important de comprendre que les riverains et les fer-nés n’ont jamais cohabité que par la force. Est-ce que tu penses qu’il est judicieux de vouloir se reposer sur eux ? Alors que plus de la moitié d’entre eux a profité de la première occasion pour faire sécession ? » Je pose la question le plus sérieusement du monde, n’ayant toujours pas réussi à me décider sur le sujet.

Et j’ai un temps de silence avant de reprendre, toujours aussi sérieuse. « Et pourquoi penses-tu qu’ils meurent de faim ? Que sont devenus les champs cultivés ? Et les récoltes ? Pourquoi plus personne n’est là pour s’occuper du gibier ? Qu’est-il devenu ? » Je vois très bien où il veut en venir. Mais je ne vois guère les bieffois ouvrir leur grenier, surtout pour des riverains dont on ne sait pas vraiment si l’on peut compter sur eux ou non. J’ai pourtant un bref soupir et je fronce les sourcils quand il reprend. « Que l’on soit bien d’accord Beron. J’ai approuvé le fait que mon père désigne Yoren comme prétendant au trône. Parce que je savais qu’il n’aurait pas la haine que tu pourrais avoir toi-même à l’encontre d’Harren, notamment vis-à-vis de ce qui s’est passé avec ton père, que je savais qu’il serait digne de confiance et qu’il saurait, s’il s’y prenait bien, avoir l’appui des fer-nés. Je n’ai pas été blessée par le choix. Je suis Reine du Bief Beron, Commandante de la flotte de Fer et je n’ai pas besoin d’une autre couronne. Cette couronne, mon frère aurait pu la refuser. Il ne l’a pas fait. Il est temps pour lui de l’assumer pleinement. Je sais qu’il en est capable mais je ne tolérerai pas qu’il se plaigne de son sort. Mais, la question que je me pose… est-ce que tu en tiens rigueur à Harren de ne pas t’avoir choisi ? » Je le fixe, curieuse, avant de grimacer, sentant mon ventre me tirer davantage.

« Je me moque de qui il peut épouser. Tant qu’il fait des héritiers. Certes, j’aurais aimé qu’il demande mon avis mais visiblement devenir Roi lui a fait oublier les gens qui croient en lui depuis le départ. Quelqu’un t’a dit que cela me posait un problème ? En tout cas, j’ose espérer qu’il ne s’agit pas uniquement d’un mariage d’amour. Ce serait la chose la plus stupide qu’il aurait faite. Je te l’ai déjà dit. L’amour dans un mariage est inutile. Il faut du respect, de la confiance et surtout, que ce mariage soit utile à la couronne. Penses-tu que ce soit le cas ? » Je le suis des yeux alors qu’il s’agenouille et, quand il reprend, je soupire doucement. « Relève-toi Beron, s’il te plaît. J’ai confiance en Yoren, contrairement à ce que tu as l’air de croire. Si ce n’était pas le cas, j’aurais déjà pris les dispositions nécessaires pour ne pas laisser la couronne entre de mauvaises mains. Si tu veux que j’arrive à convaincre Manfred ou, mieux encore, si tu veux le convaincre toi-même, il va déjà falloir que tu comprennes quelque chose. Poser ton peuple en victime, me pointer du doigt en arguant que je n’ai pas confiance en vous et que je ne fais rien n’est vraiment pas la meilleure des choses à faire. » Je m’efforce de parler d’une voix calme, de ne pas m’agacer, même si j’ai le sentiment de sentir le poids de Yoren et de sa cour sur les épaules de Beron. Ce que les dernières missives échangées avec lui m’ont confirmé malheureusement. « Présente-toi en conquérant, non pas en demandeur. Est-ce que tu comprends pourquoi ? »


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MessageSujet: Re: Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé]   Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé] EmptyJeu 25 Avr - 18:04

Les  liens du sang et du cœurEren & Beron



L'exégèse

Je n'étais guère âgé comparé à bien des souverains que je devais côtoyer et peu de temps m'avait été accordé à l'étude des grands stratèges du passé, aux lettres et aux arts. Sans être un ignare inculte, je n'avais certainement pas reçu l'éducation raffinée des Princes du Bief ou d'autres royaumes dits plus civilisés. L'enseignement d'un jeune fer-né se concentrait sur le maniement des armes, la survie en milieu hostile, l'endurcissement à toute forme de souffrance, la stratégie navale et terrestre transmise de génération en génération, l'art du pillage, les préceptes du Dieu Noyé et quelques rituels de magie pour se préparer mentalement à la bataille. Tout cela, je le tenais en partie de mon père, mais surtout de mon séjour à Harrenhall. Chez les riverains, bien sûr j'avais eu accès à quelques éléments d'autres cultures, je leur devais par exemple d'être un excellent cavalier, de savoir à peu près danser, lire, écrire, tracer et comprendre des cartes d'état major. Tout cela, je l'avais appris de Myria, ma mère, née Frey, et des précepteurs qu'elle avait placé auprès de nous, ses enfants. Le Sel et le Roc avait forgé mon âme le Conflans avait forgé mon esprit. Mon intime conviction, je me l'étais forgée moi-même dès que j'avais été en âge de comprendre les actes des adultes qui m'entouraient. On dit que la raison vient à sept ans. Et je pense effectivement que c'est à cet âge que j'ai perdu mon insouciance d'enfant. Cinq ans donc, cinq petites années d'observation de l'animal politique, de la bête stratégie, du monstre ambition, du démon pouvoir, du fléau guerre. Je les avais approchés, apprivoisés, non pas à travers les livres et les enseignements de mes maîtres, mais simplement par le fait d'être un Hoare. Un héritier issu d'une famille dont l'épopée était un livre vivant. Les Hoare n'étaient pas de ceux qui apprennent l'Histoire, ils l'écrivaient, la faisaient.

Douze ans, et déjà cinq dévolus à l'étude du pouvoir, sans même le vouloir, mais par le simple fait de ma naissance. C'était beaucoup à l’aune de ma vie, mai bien peu à celle des adultes qui m'entouraient. A leurs yeux j'étais naïf, ignorant, probablement irrésolu et faible. Inconséquent mais à conserver dans un coin comme ornement tout d'abord, puis plus tard comme pion pouvant être utile sur leur jeu du Cyvosse. J'étais celui dont il n'y a rien à craindre ni à apprendre, le non consulté, le laissé pour compte dans les décisions concernant un royaume dont j'étais pourtant l'héritier présomptif. On ne me demandait jamais mon avis, ne serait-ce pour voir s'il pouvait être judicieux. Je n'étais qu'un gamin, alors il était forcément erroné à leurs yeux, inintéressant. Pas de correction ni de conseils donc pour moi. Je naviguais à vue et me forgeais mes avis avec comme seuls fondements, ce que j'avais appris de mes maîtres, de mes parents quand ils se souciaient encore de moi, mais plus encore, depuis près de deux ans, de mes longues heures de lecture de philosophes étrangers comme continentaux, de sages et de penseurs, de souverains et d'anciens généraux vaincus qui avaient appris autant de leurs défaites que de leurs victoires et avaient couché leur sagesse sur le vélin en écrivant leurs mémoires. Mais c'est surtout grâce au va et vient constant entre ces écrits et l'observation que je faisais des ballets du pouvoir autour de moi qu'avaient émergées mes convictions actuelles. Hérétique du modus operandi et des traditions de la Royauté, je plaçais la compassion, la connaissance au dessus de toute adversité. Et je m'étais fait une arme de mon invisibilité. Apprendre à comprendre était la force suprême pour devenir invincible. On n'apprend rien en se tenant dans la lumière d'une gloire éphémère, tout comme on ne tire aucun enseignement d'un ennemi mort. Les Royaumes mourraient les uns après les autres de cet aveuglement. Un jour Westeros s'effondrerait sur lui-même, miné par les hommes qu'il portait, comme un mont majestueux qu'on aurait creusé de galeries durant des millénaires pour en tirer du pouvoir, jusqu'à l'affaiblir et le condamner.  

J'avais réussi, en m'agenouillant aux pieds de ma tante. J'avais réussi à en apprendre bien davantage sur son état d'esprit et ses dispositions à mon égard, que si j'étais resté mesuré, debout et fier. Je l'avais suppliée, et m'étais donc montré, à ses yeux, vulnérable et faible. Je retins un sourire en sentant l'agacement qu'elle en éprouvait. Ma tante Eren, chère tante. Quel beau, pur fruit de l'éducation d'Harren! Je me relevai en arborant une mine surprise avant de répondre.

- Je ne puis croire que vous êtes si partiellement informée des réalités de notre situation, ma Tante ! Lorsque nous sommes arrivés à Pierremoutier, aux prémices de l'hiver, les moissons avaient bien été engrangées, le bétail soigné au mieux, le gibier salé et fumé en prévision de la rude saison... Par les seuls habitants y demeurant: des femmes, des enfants, des vieillards, des infirmes. La conscription n'avait pas épargné cette région durant des années et les dernières batailles menées par votre père avaient saigné la population de ses bras les plus forts à cultiver la terre, soigner le bétail et chasser le gibier. C'est une forteresse emplie de femmes et d'enfants, pour beaucoup veuves et orphelins, que nous avons investi. La noblesse riveraine restée loyale n'avait pas été épargnée non plus et nombre de maris n'étaient jamais revenus, simplement morts ou chevauchant à nos côtés. D'autres, nombreux, avaient déserté et rallié l'Empire, je ne l'ignore pas. Mais nous avons trouvé des greniers à demi remplis, des saloirs au tiers fournis. La ville avait à peine de quoi se nourrir elle-même et guère les moyens de supporter une garnison d'hommes épuisés et blessés, affamés. Pierremoutier n'est pas un fief pauvre et infertile, mais n'a pas une richesse de terroir permettant deux récoltes dans la même année à la différence d'autres régions du riche Conflans. Notre contingent est arrivé en bien mauvais état, avec des blessés, des mourants et ... des maux qui engendrèrent des épidémies. Voilà les vraies raisons de la famine et non une négligence ou une paresse comme vous semblez l'affirmer

Je me tournai vers le feu pour y jeter une bûche prise dans un panier et en attiser les braises avec un tisonnier avant de poursuivre.

- Je ne demande pas l'aumône pour mon peuple, et comprenez bien ceci, ma tante, quand je parle de mon peuple, j'y inclus les riverains dont vous vous défiez. Je veux des bras pour reconstruire, des bras pour bâtir, des bras pour cultiver la terre, élever le bétail, des bras pour défendre et reconquérir nos terres, nos routes et nos rivières jusqu'à la mer. Donnez moi vos prisonniers et j'en ferais des soldats, donnez moi vos migrants qui affluent sur les riches terres bieffoises et j'en ferai les nouveaux colons du Conflans loyaliste dépeuplé. Je ferais du Royaume des Fleuves et du Crépuscule la terre promise des laissés pour compte, des renégats, des oubliés de toutes ces guerres qui ont ravagé Westeros. Ils me suivront, non pas parce qu'ils ont peur de moi, non pas parce que je l'ordonne, non pas parce que vous l'exigez d'eux, mais parce que nous leur donnerons quelque chose qu'ils ont perdu. Quelque chose que personne ne leur offre. L'espoir.

En réfléchissant aux propos de ma Tante au sujet d'Harren le Noir, je pris conscience que c'était de son père qu'il s'agissait avant tout. J'avais perdu de vue ce détail qui pourtant, prévalait au yeux d'Eren. J'aurais du le comprendre plus tôt. Ne resterai-je pas à jamais le fils de mon père et de ma mère, prompt à tenter de justifier leurs choix et leurs erreurs, les aimant toujours envers et contre tout, même si je désapprouvais totalement leur conduite ? Comment avais-je pu attendre autre chose de la part d'Eren à l'égard de son père, si monstrueux fût-il ? Je me tournai vers la fière Reine du Bief, et plantai mon regard dans le sien. Relevant le menton et la main négligemment posée sur le pommeau de mon épée, dont j'étais étonné qu'elle ne m'aie pas été retirée, je poursuivis.

- Comment pourrais-je tenir rigueur à feu mon grand-père d'avoir choisi le plus qualifié pour porter la couronne et défendre le royaume ? A sa place, je ne me serais pas choisi moi-même. J'étais bien moins légitime que Yoren à porter la couronne, en dépit de notre naissance respective. Je suis le fils d'un traître, ne l'oubliez pas. Et d'une noble intrigante. Mon grand-père pensait sans doute que j'étais trop jeune et inexpérimenté, et surtout, il pensait me connaître et avait toutes les raisons d'invalider ma légitimité au trône. A sa place, j'aurais aussi choisi Yoren, mais également vous.

"Et j'aurais demandé au peuple de choisir en son âme et conscience entre vous deux. J'aurais exigé que celui qui ne serait pas élu se soumette au choix souverain du peuple" songeai-je en fixant toujours ma tante dans les yeux.

- Non, ce n'est pas de cela que je lui tiens rigueur, mais là n'est pas le sujet de notre conversation. Sachez que je suis satisfait d'apprendre de votre bouche que vous n'êtes pas blessée du choix de votre père, que vous avez toute confiance en mon oncle, Roi du Royaume du Crépuscule et des Fleuves, ainsi qu'en ma personne.

Je me mis à arpenter la pièce, détaillant les riches tapisseries qui en couvraient les murs, témoignages magnifiques des exploits passés des Seigneurs du Bief.

- Ne vous méprenez pas, ma Tante, ce n'est pas à Yoren que vous vous adressez et si vous avez vu dans mes mots le moindre soupçon d'accusation ou de reproche, sachez que vous vous trompez. J'ignore à ce jour quelles sont vos relations et vos échanges de propos avec mon oncle, mais si je suis ici, c'est de mon propre chef, avec son accord, bien entendu. Mais c'était ma décision. Pour porter mes propres mots, mes propres choix. Je ne pose pas mon seul peuple en victime comme vous semblez le penser et savez-vous pourquoi ? Poursuivis-je en effleurant le bord du bureau en bois précieux installé devant les fenêtres. Westeros, en son entier, est victime de la folie d'une poignée d'hommes. Depuis trop longtemps. Cela doit cesser.

Je m'approchai de ma tante et mon regard clair se perdit dans ses prunelles sombres, non pour y trouver une vérité mais pour lui asséner ma détermination.

- Je vais me battre pour que cela cesse ! Et réussir !

Je saisis un livre relié en cuir précieux et doré sur la tranche qui était posé sur un guéridon entre nos deux fauteuils et en lus le titre. Un traité de guerre d'un illustre et fameux général d'Harwyn la Poigne.

- Je vois que vous avez toujours de bonnes lectures, ma tante, mais j'en ai d'autres, bien plus édifiantes. L'auteur de ce livre qui est vôtre est un des meilleurs hommes de guerre de notre ancêtre fondateur. Un pilier de notre Histoire passée. Mais ces temps sont révolus et il est illusoire d'espérer leur restauration. Les conquêtes de la maison Hoare, le faste d'Harrenhall, étaient fondés sur l'iniquité et l'absurdité. Les velléités de l'Empire émergeant qui clame sa modernité ne sont à mes yeux que sa répétition, un dernier sursaut d'un vieux malade qui se meure, la réplique fébrile d'un modèle obsolète de société, un dernier hoquet avant l'agonie d'un système de gouvernance qui a fait son temps. C'est pour cela qu'il doit être balayé, tranché dans le vif comme une branche morte et inutile d'un arbre magnifique. Comme beaucoup de structures étatiques basées sur la domination d'une masse par une poignée qui a conquis ses privilèges par la force et non la valeur, ne vous en déplaise, ce système portait en lui le germe de sa destruction. Nous nous dirigeons vers des jours encore plus sombres que ceux que vous avez connus bien mieux que moi. C'est inévitable. Tous ceux qui s’accrocheront aux vestiges du passé en périront. dis-je doucement en reposant l'ouvrage.

Je saisis avec douceur la main de ma tante, et y mêlai mes doigts, sachant qu'elle avait probablement envie de me gifler à toute volée pour cette outrecuidance et pour mes derniers propos. Je la portai sur son ventre rebondi.

- Je bâtirai un autre monde pour cet enfant, et pour tous les autres à venir. Ce que je cherche actuellement, ce n'est pas seulement le salut des retranchés de Pierremoutier, c'est surtout des hommes et des femmes qui partagent ce désir et cette vision. Voyez-y la volonté d'un conquérant si cela vous aide à me comprendre. Ce que je vois, après l'obscurité, c'est la lumière et c'est vers elle que je guiderai tous ces peuples affamés d'espoir.

Je sentis l'enfant bouger dans son ventre et souris, ému, avant de retirer doucement ma main et de m'éloigner vers une des fenêtres, lui tournant lentement le dos, et sachant pertinemment qu'elle pouvait être armée et me planter une dague entre les deux omoplates. Je contemplai les allées et venues d'un monde qui s'affairait aux tâches quotidiennes, et l'image de la cour de garde de Pierremoutier se superposa un instant dans mon esprit. Partout, la vie devait gagner. En tout point de Westeros. Mais pour cela, il y aurait encore des morts, beaucoup de morts. Une guerre ultime. Je me tournai à nouveau vers Eren dont je peinais à lire les sentiments après tout ce que je venais de lui exposer. Appuyé sur le rebord de la fenêtre, à contre jour, mon visage était dans l'ombre et le sien exposé à la lumière. Parfait reflet de nos situations réelles. Et de ce que je voulais pour l'avenir proche.

- Savez-vous pourquoi je n'ai pas trempé mes lèvres dans votre coupe de vin, ni touché aux mets délicieux que vous m'offrez généreusement ? Tout comme je refuserai de coucher dans mon lit votre ravissante servante ? Je suis Beron Hoare, Prince du Royaume des Fleuves et du Crépuscule. Je n'ai ni le goût ni le besoin de boire de l'alcool, ni de goûter aux raffinement d'une cuisine coûteuse, pendant que bien des êtres en Westeros sont affamés, pour reprendre des forces après un long voyage, d'avoir les faveurs d'une femme par mon rang pour me sentir plus fort et épanoui. L'ivresse, je la trouverai dans le combat pour vaincre mes ennemis, nos ennemis, la vigueur dans l'espoir que je verrais briller dans les yeux de mes soldats, et je serai un homme fait, lorsque j'aurais trouvé l'amour auprès d'une femme. Cet amour que vous décriez, dont vous vous défiez, ma tante. Ce dont j'ai besoin pour accomplir mon dessein, c'est d'une coupe d'eau fraîche, d'une pomme et d'un morceau de fromage sur du pain, d'un œuf cuit dur, la nourriture simple du peuple.

Immobile, et la fixant avec insistance, j'ajoutai d'une voix que je ne me connaissais pas.

- Mais par dessus tout j'ai besoin de votre confiance, Eren Hightower, reine du Bief, Commandante de la Flotte de fer. Sachez voir l'homme de conviction que je deviens chaque jour davantage. Confiez-moi une armée et tous les laissés pour compte dont personne ne veut. Voyez ce que j'accomplis. Accordez crédit à ma vision et je convaincrai votre époux que je n'incarne pas une menace, mais, comme vous l'avez dit vous même, votre avenir. A tous.


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MessageSujet: Re: Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé]   Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé] EmptyJeu 16 Mai - 15:01

Je garde le silence, les deux mains posées sur ce ventre arrondi qui n’a fait qu’alourdir ma démarche ces dernières semaines. Quand je pense à toutes ces fadaises que j’ai pu entendre à propos de la joie de donner la vie et de l’épanouissement que cela engendre. Autant dire que je trancherais volontiers la tête du premier qui oserait me tenir un tel discours, alors que je n’ai plus vu mes pieds depuis des jours maintenant. Je retiens un soupir, intimant à mes pensées de ne pas s’égarer alors que j’écoute mon neveu avec attention, mon affection de tante se disputant avec un sentiment qui ne m’est guère familier. Et que je n’arrive pas à qualifier. Pourtant, je l’ai sur le bout de la langue et il est quelque peu agaçant de ne pas trouver ce dont il s’agit.

Une chose est sûre en tout cas. Beron est devenu un homme, malgré son jeune âge. Probablement pas de la façon dont je l’aurais voulue, pas en étant les deux pieds sur le pont d’un boutre à combattre et à s’abreuver de sang, de conquêtes et de gloire mais, après tout, au vu de l’époque dans laquelle nous vivons, je suppose que cela aurait pu être pire. Pour autant, je n’aime pas les propos qu’il tient en réponse à ce que je viens de lui dire. Et je lève un sourcil, avant de souffler, d’une voix beaucoup trop douce pour ne pas inquiéter ceux qui me connaissent vraiment. « Ai-je parlé de négligence Beron ? Ai-je parlé de paresse ? Non. J’expliquais la même chose que toi, avec mes mots. Les hommes sont morts, j’en suis consciente et je suis parfaitement informée de la réalité de la situation. Pour autant, pourquoi les greniers n’ont-ils pas été remplis à l’approche de l’hiver ? Pourquoi ton Roi ne s’est pas débrouillé pour ramener un maximum de vivres s’il savait qu’il allait devoir se retrancher là tôt ou tard ? Se plaindre est une chose Beron, comprendre les raisons de cette catastrophe est bien plus important. » Je plisse les yeux à son attention alors qu’il continue, laissant filer un rire sans joie au reste de ses propos. « Tu ne demandes pas l’aumône mais des hommes pour rebâtir. En quoi est-ce différent ? Tu ne demandes pas une armée mais des paysans. Il va falloir m’expliquer la subtilité. Et penses-tu que nous ayons tant de prisonniers que cela à donner ? Et que crois-tu obtenir en faisant de ce Royaume une terre d’asile si ce n’est un endroit où le désordre et le chaos pourra régner en maitre ? Si ces hommes sont des laissés pour compte, des renégats, c’est qu’ils n’ont pas été capables de prouver leur valeur, qu’ils ne sont pas dignes de la philosophie des fer-nés. Jamais nous n’avons eu besoin d’aide extérieure pour nous relever. Et pourtant, les dieux savent que les îles de fer ne sont qu’un amas de pierres où rien ne pousse jamais. Pour autant, les as-tu déjà entendus se plaindre ? Quémander de l’aide ? Non. Ce qu’ils n’ont pas chez eux, ils vont le chercher ailleurs. Par leurs propres moyens. Ils n’ont pas besoin d’espoir ou de quelque chose d’aussi … inutile. »

Et voilà le sentiment que je n’arrivais pas à définir qui commence à se faire plus présent. De la déception ? Peut-être. De voir qu’il semble pétri d’idéaux qui n’ont pas leur place avec les fer-nés, avec ce peuple qu’il devra mener s’il veut arriver à survivre à ce conflit. Et je penche la tête sur le côté quand il continue, soufflant, un peu plus brusquement. « Comment ? Parce que tu es l’héritier légitime… tu l’étais et tu le restes encore, tant que Yoren n’a pas eu d’enfant. Parce qu’il a mis un bâtard à ta place, parce que Yoren ne s’était pas plus illustré que toi si ce n’est dans la rapine et le meurtre. Parce que tu as été éduqué pour être Roi. Pas lui. Parce que ce trône se mérite. Est-ce qu’il le mérite plus que toi ? Qu’a-t-il fait pour cela d’après toi ? » Je me suis faite volontairement provocatrice, attendant de voir ce qu’il peut répondre avant de pousser un profond soupir au reste de ses propos. Et je le regarde s’agiter, pire encore, toucher mon ventre sans qu’il n’en ait eu l’autorisation. Je prends une profonde inspiration, lui jetant un regard noir et presque soulagée qu’il s’éloigne avant que je n’ai eu le temps de le gifler avec force. « Tu n’es qu’un imbécile Beron Hoare. Crois-tu vraiment à toutes ces fadaises ? A quoi penses-tu ? A un monde où chacun pourrait donner son avis ? Du noble au paysan qui ne sait rien à rien ? Evidemment qu’une poignée domine le reste de la population ? Sinon, comment voudrais-tu que cela fonctionne ? Et qui t’a mis de pareilles sornettes dans la tête ? »

Je me relève brusquement, sentant l’agacement prendre le pas sur tout le reste. « L’espoir, l’espoir, tu n’as que ce mot-là à la bouche. Tu devrais aller voir ton peuple auquel tu tiens tant et lui parler d’espoir, de gouvernance, de structures étatiques… et tu verrais si sa réaction est à la hauteur de tes espérances. » Et soudain, je réalise ce qui me dérange le plus en cet instant. Et je souffle, à mi-voix. « Tu n’as aucune notion des réalités. Pas la moindre. Ce dont tu as besoin, c’est de force, de savoir ce que c’est de te retrouver à devoir plonger tes mains dans les entrailles d’un homme pour ta propre survie. L’amour ? A quoi l’amour peut te servir bon sang ? Tes soldats n’ont pas besoin d’espoir, ils ont besoin de nourriture, d’un homme capable de les mener et qui ne soit pas en train de les assommer à coup de belles paroles. Les paysans se moquent de qui les gouverne tant qu’ils ont quelque chose dans leur assiette. Les soldats ne souhaitent qu’avoir leur solde, des femmes et de l’alcool. Et ne me dis pas le contraire, j’ai combattu bien plus longtemps et bien plus souvent que toi Beron, je sais de quoi je parle. » Et je me rapproche de lui, à peine plus grande que cet… enfant… en réalité c’est ce qu’il est, alors qu’il se croit adulte à me parler de la sorte.

Je le toise pourtant longuement avant de reprendre, d’une voix sèche. « Sais-tu ce qu’est un homme fait Beron ? Vraiment ? Un homme qui n’a pas la stupidité de parler d’amour alors que ce n’est ni le lieu, ni le moment. Un homme capable de savourer un bon repas et de prendre des forces parce qu’il  ne sait pas si demain il sera toujours en vie. Un homme capable de mener ses hommes à la bataille, non par espoir, non pour des idéaux. Mais pour eux. Tu veux me faire croire que tu te sacrifies en te privant d’une servante entre tes draps et de bonne chère ? Vraiment ? Et c’est comme cela que tu veux me faire croire que tu es un homme capable de … de quoi au juste ? Dis-moi. Ce que tu feras si des hommes te suivent. Est-ce que tu élimineras tous ceux qui pensent comme ton ancien système qui ne fonctionne pas ? Ou est-ce que tu les abreuveras de bonnes paroles et d’amour ? » Je renifle avec dédain avant de reprendre, mon regard ancré dans le sien. « Mais vas-y, donne-moi une bonne raison de croire en cette vision qui remettrait en cause tout ce pourquoi je me bats depuis toujours, tout ce qui fait des fer-nés ce peuple que tu semblais pourtant respecter, tout ce en quoi je crois. Je t’écoute. » Et s’il me parle encore comme s’il récitait un livre, par tous les dieux, il finira par voir ce que c’est d’être sacrifié pour la cause.


Je vous brûle pour m'élever
On ne se bat bien que pour les causes qu'on modèle soi-même et avec lesquelles on se brûle en s'identifiant. (⚡️) le chant des sirènes.
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MessageSujet: Re: Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé]   Les Liens du sang et du cœur [Tour VI - Terminé] EmptyMar 4 Juin - 20:51

Les  liens du sang et du cœurEren & Beron



Nul n'est prophète en son pays

La voie qui diverge n'est jamais la plus aisée. Suivre les traces d'un père, d'un époux, d'une épouse, d'un souverain est toujours plus simple que d'en dévier. Exposer sa différence au monde qui nous a donné la vie est toujours une prise de risque majeure. Étonnamment je m'étais préparé à ce qui suivit. Je savais qu'à remettre en cause un ordre établi, même face à une femme qui éprouvait une réelle affection pour moi, je risquais de perdre sa considération et son attention. C'était un risque calculé, non pour servir mon intérêt propre, mais pour défendre quelque chose qui lui était bien supérieur.

Depuis que je discutais avec ma tante mon propos oscillait entre deux pôles. La réalité de la situation et les idées qui permettraient de la modifier en profondeur. Pour un mieux. Pour tous. Affronter dans une joute verbale, une femme à la langue aussi affûtée qu'Eren Hightower était un exercice périlleux auquel bien des âmes préféraient ne point se risquer. Était-ce l'inconscience de la jeunesse qui m'autorisait à le faire ? Peut-être bien. Mais certainement pas un sentiment d'immunité que je savais trompeur au sein de la famille Hoare. Mon père était mort par décision de son épouse d'avoir dévié de la ligne directrice et de la dictature du pouvoir, du culte de la force. Je pourrais encore plus aisément périr des mains de ma tante ou de ses hommes pour avoir osé énoncer des idées divergentes. Aucun Hoare n'était à l'abri d'un autre Hoare. Telle était ma certitude et si le danger se pressait de toutes parts autour de ses représentants, bien plus grand était encore celui qui poussait chacun d'entre eux à convoiter le pouvoir par la force, la victoire par la haine, le triomphe par la soumission. Etre de son sang ne me protégeait absolument pas de la mort venue de sa main, bien au contraire. Un Hoare pardonnait plus volontiers à un ennemi de penser différemment de lui qu'à son propre sang.

J'avais écouté en silence les réactions indignées de ma tante à mes propos. Sa voix à la douceur trompeuse avait fini par laisser filtrer tous les sentiments qu'elle essayait de masquer en me servant un discours que je ne connaissais que trop. Mais avant de m'aventurer à lui répondre sur le terrain philosophique, je devais rétablir quelques vérités concrètes. Toujours assis sur le rebord de la fenêtre, un pied au sol et l'autre croisée sur ma cuisse, je hochai la tête avec gravité mais sans hostilité aucune.

- Comment une armée décimée composée de blessés, de malades et d'hommes épuisés et dont le meneur était entre la vie et la mort aurait-elle pu engranger des vivres sur sa route avant de parvenir à Pierremoutier ? Comment une troupe en rémission aurait-elle pu aller chasser un gibier inexistant, ensemencer une terre déjà gelée et combler les lacunes des vivres déjà engrangées par les habitants de la cité ? J'avoue ne pas avoir de miracle à proposer en réponse à cette question. Une retraite dans un lieu déjà exsangue n'était sans doute pas le meilleur choix stratégique. Mon oncle Yoren était grièvement blessé et son armée était à son image.

Le souvenir de notre affrontement sur le chemin de la retraite me revint en mémoire et il fit remonter un goût amer. Je n'en tirais aucune fierté, mais avec le recul, je le voyais à présent comme le présage d'une épreuve mortifère.

- Le Roi aura voulu ménager ses troupes et vu pour son armée un asile en Pierremoutier,  un lieu pour affirmer sa royauté, un second souffle pour honorer la confiance que votre père avait placée en lui. Comment aurait-il pu présumer de la précarité vivrière de cette cité aux murs épais avant d'y avoir pénétré, stationné ses troupes et érigé le trône provisoire de son royaume ?  Et je ne doute pas qu'il travaille, à présent qu'il est rétabli, à trouver une solution pour le ravitaillement de nos troupes, ni qu'il n'ait envisagé la possibilité de prendre ce dont il a besoin par ses propres moyens.

Au cœur de la débandade qu'avait été la retraite, Yoren avait dû faire face à des choix cornéliens et qui pouvait le blâmer d'y avoir fait face avec la logique imparable des Hoare ?

- Vous affirmez que je ne suis qu'un enfant inconscient des réalités, ma tante ... Comment pourrais-je m'en étonner alors que c'est ainsi que me voient tous les Hoare. Vous dites aussi que je ne comprends pas les raisons de ce que vous nommez catastrophe. Devrais-je vous laisser continuer à le penser ? D'ailleurs, je ne vois pas une catastrophe dans cette situation, mais un mal, cruel, certes au vu du nombres de vies qu'elle a coûté, mais un mal nécessaire. Devrons-nous revenir inlassablement sur le passé et les erreurs qui ont jalonné la retraite à Pierremoutier ? Moi je préfère me tourner vers l'avenir. De toute façon, que vous approuviez ou critiquiez les décisions de mon oncle, cela vous appartient à tous deux.  J'ai simplement voulu vous relater la réalité de notre situation, et non plaider pour emporter votre adhésion à ses décisions. J'ai mes propres convictions et choix à suivre.

J'étais calme et serein face à la défiance déçue de ma tante. Tant de suppositions, d'interprétations faussées à mon sujet ne devaient pas me toucher, ni me déstabiliser, mais toujours me pousser davantage à détromper cette image erronée que tous se faisaient de moi.

- Peut-être aurais-je fait un autre choix que d'établir la capitale du royaume dans cette citadelle à la prospérité incertaine ? Peut-être aurais-je choisi une autre forme de stratégie qu'un camp retranché derrière des murailles aux greniers à moitiés remplis ? Peut-être aurais-je choisi les bois et les rivières comme royaume pour donner à mes troupes le temps de la rémission ? Une guerre de harcèlement plutôt qu'un siège à soutenir ? Une clandestinité maquisarde plutôt qu'une gloire proclamée s'opposant à l'Empire ? Oui, peut-être aurais-je choisi l'ombre plutôt que la lumière, dans un premier temps ? peut-être aurais-je préféré une armée invisible et fondant par surprise sur l'ennemi, pillant et brûlant les avant-postes impériaux ?


Ma tante s'était levée et rapprochée de moi tandis que je demeurai assis sur cette embrasure en pierre, le vide derrière moi, séparé par de simples vitraux. Alors qu'elle me toisait avec une animosité que je voyais comme une épreuve prévisible visant à me pousser dans mes retranchements, j'aurais dû céder à la panique et, à vrai dire, j'avais anticipé ce huis-clos tant de fois en envisageant bien des issues, des plus heureuses aux plus funestes que j'étais résolu à les assumer toutes . Je murmurai simplement alors:

- N'est-ce pas là une idée purement fer-née que je viens de vous exposer ? Pillages, piraterie, harcèlement, guerre des nerfs, armée insaisissable mais à la présence diffuse et omniprésente ? Pierremoutier, c'était la retraite. La clandestinité, c'était la reconquête. Pierremoutier a fait du Royaume une proie, l'ombre nous aurait faits prédateurs. Pour autant, mon oncle n'a pas fait ce choix. Mon grand-père l'a pourtant choisi pour son expérience des batailles, des pillages et des victoires que ma jeunesse ne m'a guère donné l'occasion de rivaliser pour le moment.

Je lâchai à mon tour un soupir, et si l'enfant trop vite grandi avait envie de radoucir sa tante dans la vision qu'elle avait de lui, la résolution du Prince était tout autre.

- Devrais-je payer le fait que je n'avais aucun poids dans les décisions qui ont été prises depuis la débâcle d'Eyssines ? Dois-je vous rappeler la disgrâce qui pesait sur moi pour le simple fait d'être le fils de Joren et Myria Hoare ? Vous parlez de ma légitimité, ma tante, mais ce n'était pas à Pierremoutier que je pouvais la revendiquer. C'est en venant ici vous exposer une autre voie pour soutenir l'esprit fer-né que je pouvais m'en montrer digne. Ce n'était certes pas en défiant l'autorité d'un nouveau souverain qui s'efforce de sauver ce qui peut encore l'être, mais bien en tentant d'aider mon peuple en levant une autre force de résistance face à nos ennemis. Voilà quelles sont mes intentions. Et soyez assurée que je suis pleinement conscient que j'aurai à plonger mes mains dans le sang et à ôter des vies pour défendre mon peuple. D'ailleurs, vous l'ignorez sans doute, mais je l'ai déjà fait à Eyssines. Que le Dieu Noyé m'accorde l'occasion de le faire autant de fois que nécessaire et je ne me déroberais point. 

Sans baisser les yeux mais sans arrogance pourtant, je pris le temps de détailler la beauté de cette femme qui s'était forgée une réputation dans une adversité sans pareil, avant de lui répondre avec humilité:

- Enfin, vous semblez me reprocher de venir quérir votre soutien plutôt que de marcher seul contre l'ennemi, mais que font tous les rois et royaumes depuis toujours sinon quérir des alliances, des ententes, des allégeances ? Puisque vous y avez fait allusion, qu'a fait mon grand-père en vous demandant d'épouser le Bief ? N'était-ce pas quérir une alliance, un renfort ? Il est facile de dire que le Sel et le Roc s'est toujours débrouillé seul pour survivre. Mais serait-il devenu aussi puissant sans le Conflans et votre alliance avec votre époux. Comment pouvez-vous me tenir rigueur de faire ce que tous font ? Simplement parce que je n'ai rien à apporter que moi-même en contrepartie ? Eh bien soit! S'il en est ainsi, que mon seul engagement pour l'avenir de nos peuples, que ma détermination à me battre jusqu'à la mort ne vous paraissent pas suffisant, je ne peux qu'en prendre acte.


J'avais un temps envisagé de simplement me retirer en simple ermite, menant la vie d'un paysan ou d'un berger. J'avais différé ce désir parce qu'il me semblait lâche d'abdiquer du monde sans avoir rien tenté pour le peuple qui souffrait partout en Westeros, de devenir quelqu'un du peuple sans avoir essayé d'améliorer son sort alors que j'avais le privilège d'être né noble. Et tandis que j'avais pris la résolution de me battre pour lui avant de m'y fondre, mon amour pour lui et ma conviction de la justesse de cette décision n'avaient faits que croître. Je ne périrai pas au milieu d'un troupeau, mais sur le champ de bataille.

- Si vous pouviez appréhender seulement la vision que je me fais des Fer-nés et de l'amour, eh oui, on y revient toujours, que j'éprouve pour les hommes et les femmes de ce peuple, ma tante. Oui les femmes... Car si les hommes qui le composent sont pétris de courage au combat, sans merci pour tout ennemi qui menace leur foyer, bâtis dans le roc et aguerris aux brûlures du sel et des flots, que dire des femmes qui sont leurs mères, leurs filles et leurs compagnes ? Osez me dire qu'elles ne sont pas plus vaillantes encore, à endurer l'enfantement, l'attente, et le combat, à accepter d'être partagées par plusieurs hommes, ou de partager leurs hommes avec d'autres de leurs semblables ?

Un rictus empreint de tristesse étira mes lèvres.

- Est-ce être inconscient des réalités que de vivre tout cela dans ma chair et mon âme et que de vouloir le faire évoluer ?  Est-ce être un imbécile que de voir le parallèle entre les renégats, les laissés pour compte de tous les conflits qui ont secoués ce continent et le sort qui est celui de notre peuple depuis des lustres ?  Comment ne voyez-vous pas, ma tante, que les Fer-nés sont les plus fameux des laissés pour compte, des renégats de Westeros, justement ?

J'approchai mon visage du sien, assez pour qu'elle entende mon murmure convaincu mais pas au delà du respect que je lui vouais.

- Les plus ardus au combat, les plus hargneux à survivre dans l'adversité, les plus ingénieux pour trouver une voie vers la vie. Et pourtant, sans cesse refoulés sur les flots et confinés sur leurs terres infertiles. Est-ce à cette image que je dois condamner notre peuple ? Dois-je le réduire à cela ? Alors qu'ils ont remporté les batailles les plus défavorables, les combats les plus incertains, pour une succession de tyrans dont l’apothéose s'est incarnée en la personne de mon propre grand-père, votre père ? Et tout cela, pour quel résultat ? Nous voilà finalement presque revenus au point de départ!

Un sourire d'une grande douceur éclaira mon visage tandis que je quittai mon perchoir pour me camper devant ma parente.

- Que savez-vous de ma force et de ma détermination ? Pensez-vous vraiment qu'un homme fait doit se laisser dominer par les besoins de son propre corps et négliger sa force mentale ? Pourtant c'est elle qui commande au corps de ne point plier quand il souffre mille morts sur le champ de bataille. C'est elle qui fait les plus terribles champions. Vous devez le savoir mieux que quiconque, ma tante, vous qui avez vécu nombre de batailles, assisté à nombre de combats de guerriers héroïques transcendants leur souffrance par la seule force de leur volonté mentale et se sacrifiant, ne vous en déplaise, pour quelque chose de bien plus puissant que la perspective d'or, de boisson ou de luxure ? Croyez-vous que je n'aie pas été témoin de telles manifestations à Eyssines ? Quel pleutre ferais-je si je ne pouvais raisonner ma faim et ma lubricité alors que je pense à mon peuple ? Oublier l'urgence qui m'a diligenté jusques à vous, pour satisfaire des plaisirs égoïstes ? C'est bien mal me connaître, en effet. Depuis que je suis assez lucide pour penser à tout cela, c'est précisément pour eux que je respire, que je vis, que je me bats, avec mes propres armes -oh certes je n'ai encore usé que des mots, mais ne sous-estimez pas ma faculté à user de ma lame quand cela sera nécessaire. Le peuple est mon seul idéal et vous avez tort, ma tante, de mésestimer sa connaissance et sa capacité à discerner et exprimer ce qu'il pense bon pour lui. Vous dites des gens du peuple qu'ils ne savent rien. Alors qu'ils savent l'essentiel. Et sans eux, ses dirigeants ne sont rien. Que serait la puissance d'une flotte sans le corps de charpentiers qui a construit ses navires ? Que serait la force de résistance d'une cité sans les paysans qui ont cultivé les terres qui la nourrissent ? Que serait une armée sans la vaillance et la science du combat de chacun de ses soldats du plus gradé au plus humble ?

Je secouai doucement la tête avant de poursuivre:

- Vous pensez qu'un homme du peuple se moque de savoir pour qui il travaille et combat du moment qu'il survit ? Je ne peux que vous donner raison en l'état actuel des choses. Entre deux tyrans, le peuple n'a aucun penchant pour aucun, ni affection, ni loyauté. Il n'est que soumission et obéissance par la peur. Une domination très versatile. Et qu'en serait-il s'il avait la certitude que celui auquel il dédie son labeur et sa vaillance prend des décisions dans l'intérêt de ses sujets, approuvées par ses sujets, et non pour satisfaire sa soif de pouvoir ? Vous moquez l'espoir d'une vie meilleure et sa capacité à galvaniser le peuple pour suivre un homme qui partage ce même espoir avec eux. C'est ce qui a perdu plusieurs Hoare. Cette négation qu'un but commun soit plus fort qu'un désir de puissance individuel et imposé. Bien entendu, ils ne suivront pas un souverain qui leur parle avec des mots de tyran, ni même avec ceux dont j'use pour m'adresser à vous, ces mots que notre éducation nous permet d’appréhender. Ils n'ont que faire de la stratégie et du jeu des trônes que vous affectionnez. Mais il est des idées, mots communs à l'entendement de tout être doté d'une conscience humaine et c'est de ces mots dont j'userai pour m'adresser à eux, pour les convaincre, les galvaniser et leur donner envie de me suivre.


Puis, alors qu'elle me fixait avec ce regard noir et froid qui me rappelait tellement Harren Hoare, je m'éloignai d'elle pour me diriger vers la porte, avant de m'arrêter au centre de la pièce, de me retourner pour lui faire face une ultime fois. Et d'émettre un petit rire empreint d'une tendre mélancolie, tout en haussant les épaules. J'eus, à cet instant, le sentiment de dire adieu, définitivement, à mon enfance, à tout ce qui me liait encore au sein maternel. J'entrais dans le monde des hommes, sans illusions mais sans amertume. J'étais Beron, Prince d'un peuple à conquérir par la confiance et l'amour. Deux forces qui avaient cruellement fait défaut dans cette ère des luttes.

- L'espoir, ma chère tante, est ce qui nous tient tous debout. Nous en sommes tous les sujets, de l'homme du peuple au plus haut noble. Vous comme moi y sommes assujettis. Vous nourrissez des espoirs secrets. Qu'ils soient avouables ou pas. Quant à l'amour que vous croyez hors de propos, il ne l'est jamais. Il est au centre de chaque respiration, de chaque aspiration de tout être. Même vous, aimerez un jour quelqu'un, ou une idée, si ce n'est déjà le cas, et ... je laissai mon regard s'attarder sur le ventre rebondi de ma tante...Cela arrivera plus vite que vous ne croyez. Et, vous devez bien, au fond, le savoir mieux que moi, vous fille d'Harren le noir, il n'est rien de plus périlleux pour un état, quel que soit sa forme de gouvernance, que d’accumuler les sujets qui sont privés de l'un comme de l'autre, comme ces renégats ou laissés pour comptes que vous êtes bien prompte à juger et condamner sans connaître chacun de leurs parcours.

Je pris le temps d'embrasser la vue qui se graverai dans ma mémoire et peut-être dans l'Histoire. Cette femme sur le point d'enfanter et que son éducation et son vécu avaient fermée à toute sensibilité, toute compassion, et qui, forgée dans la haine et le sang, était dans l'incapacité de confier une simple cohorte d'une centaine d'indésirables à son propre neveu et de lui accorder une opportunité de faire ses preuves à leur tête.

-Vous dites cependant ne point en avoir beaucoup dans le Bief  à me confier, je pars donc serein quant à votre sécurité et à celle de votre enfant à venir. Puisque vos propos me laissent entendre que vous ne cautionnez pas ma démarche et ne voulez y apporter ni crédit ni soutien, je repartirai tel que je suis venu et j'irai le quérir ailleurs. Vous étiez la dernière parente vers laquelle je pouvais venir chercher renfort et soutien. Je ne voulais vous demander que de me confier la lie de votre peuple, les prisonniers dont vous n'avez que faire parce que trop incontrôlables pour en faire des otages ou des serviteurs. A ma charge d'en faire des guerriers et des bâtisseurs, des soldats de l'ombre qui auraient soutenu notre lutte contre l'Empire. Et si je devais échouer, qu'auriez vous eu à perdre ? Après tout n'êtes-vous pas directement après moi, héritière présomptive de ce qu'il reste du Royaume de feu Harren ? Etre celui que vous prétendez voir comme l'héritier présomptif ne me donne apparemment aucune légitimité à vos yeux mais je vais désormais m'efforcer d'en trouver une par mes simples actes de bravoure dans l'armée qui voudra de moi et aux côtés d'hommes et de femmes qui m'accorderont leur confiance.

Émettant un dernier soupir de regret, je franchis les quelques mètres qui me séparaient de la porte et en saisis la poignée.

- Je m'efforcerai de faire en sorte que les renégats et laissés pour comptes des autres royaumes ne viennent pas mettre en péril ce qui reste de mon royaume et de ma famille, en sus de l'Empire qui les menace déjà bien assez. Je tenterai d'en faire une force, au contraire, de les convaincre que leur avenir est ailleurs et à mes côtés. Peut-être finiront-ils par former cette armée de l'ombre si redoutable dont je vous parlais. De même que je me battrai de toutes les façons possibles pour le peuple qui ne sait rien à rien, comme vous le dites si bien. Si mon statut dans cette famille fait qu'on me refuse de diriger une armée, je constituerai la mienne. Je vous remercie d'avoir accepté de me recevoir ma tante. Je vais prendre congé de votre hospitalité et cesser de vous importuner avec ce que vous estimez des imbécillités, à moins que vous souhaitiez poursuivre cet échange plus avant. Je n'ai que trop abusé de votre temps et vais vous laisser prendre quelque repos. Je tiens à dire, cependant, que si vous et mon oncle le Roi Manfred souhaitez toujours me recevoir pour souper, je resterai à votre disposition jusqu'à demain matin.

Aucune animosité, aucune amertume ne venait ternir ma conviction alors que cet entretien s'acheminait lentement vers sa fin. J'avais le sentiment que ce qui pouvait sembler un échec dissimulait souvent les prémices d'une victoire, quand un succès remporté trop facilement pouvait cacher bien des chausses-trappes. Mon grand père en avait fait les frais en son temps. Ma tante, par son apparent refus de m'accorder des troupes, venait de me donner une leçon inestimable et surtout de me libérer des dernières chaînes qui pesaient sur ma résolution. Avec ou sans son aide ma vision ferait son chemin. Sans soutien d'aucun Hoare, elle prendrait juste plus de temps et de chemins détournés. Mais j'avais la vie devant moi pour y parvenir, et si je périssais au combat, la vision serait poursuivie par mes compagnons. Ceux qu'il me fallait quérir.

- Je quitterai Hautjardin dans la matinée. Vous avez raison, ma tante, j'ai été élevé pour être Roi. Je me dois de faire bon usage de cette éducation. La plupart d'entre eux ne font que perpétuer une tradition qui pérennise les privilèges de leur caste. Un vrai Roi se doit de se libérer de ces contingences pour voir au delà. Parce qu'un Roi digne de ce nom est comme un garant de la vie de son peuple. Comme peut l'être un père. Et non un bourreau méfiant de sa progéniture, comme le sont bien d'entre eux. Mais je conçois que cela soit terriblement difficile à envisager quand on est né Hoare. A moins, comme moi, de redouter davantage de perdre l'honneur que la vie. Et, si d’aventure, il vous prenez l'envie de décrier aussi le sens de l'honneur, sachez que chaque homme a le sien et que le mien est de ne point déroger aux responsabilités que mon rang m'impose. Etre Roi ce n'est pas s'accrocher aux privilèges que la domination d'un peuple vous apporte mais se battre pour lui, pour lui offrir une vie autre que l’indigence et la peur. Donc non, ne vous en déplaise une poignée dominant la multitude c'est tout sauf l'honneur et cela n'entre en rien en contradiction avec l'idée que je me fais des Fer-nés qui sans cesse remettent en jeu leur droit légitime à la vie. Leur magnifique souveraineté ne s'appuie pas sur la naissance mais bien sur le mérite. Et si vous vous demandez encore qui m'a mis toutes ces idées en tête, la réponse est simple: je n'ai eu qu'à observer et étudier chacun des choix des Hoare pour savoir quel Hoare je voulais être moi-même, et surtout, ne pas être. Puisse l'avenir vous apprendre comment j'aurai porté ce nom !

Je m'inclinai sobrement avant d'ajouter:

- Portez vous bien, ma tante, que le Dieu Noyé vous accorde tous les bonheurs de la maternité et veille sur mon cousin ou ma cousine. Je devais vous rencontrer une dernière fois et je suis apaisé d'avoir pu le faire. Je ne suis pas certain d'avoir le plaisir de vous revoir de mon vivant, puisque je vais me porter au combat contre les ennemis de mon peuple. Aussi soyez certaine que dans l'ardeur du champ de bataille, je conserverai en souvenirs les bons moments passés sur les îles de fer en votre compagnie.  


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