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Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]
MessageSujet: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Mer 26 Aoû - 23:16


J'avais la curieuse impression d'être un dragon pris au piège. Je me faisais force pour ne pas m'agiter en tout sens et faire les cent pas sur le pont du navire. J'étais quasiment sûr de me faire rabrouer par le capitaine du navire si je venais à agir ainsi. S'ils avaient bien horreur d'une chose, ce serait un noble constamment dans les pattes à rendre anxieux ses hommes. Car oui, pour eux, c'était bien ce que j'étais. Etonnant comme mon statut pouvait changer de tout à rien, selon à qui je pouvais bien m'adresser... Et qu'en pensait la Reine Sharra Arryn exactement ? Cette question était restée en suspens, après notre dernière entrevue. Sa froideur apparente ne m'avait laissé aucun aperçu de son humeur du moment. Et par la suite, elle s'était révélée des plus occupées avec les festivités à gérer... La rendant totalement inaccessible. Le répit n'était offert que durant ce voyage de retour, chacun à méditer sur les accords que nous avions pu passer durant ce sommet... Et les désaccords qui avaient pu en naître aussi. J'étais certain d'une chose : Le Val avait tiré un excellent parti de ses festivités, se plaçant dans l'immédiat comme médiateur des conflits. Une volonté affichée durant notre entrevue qu'elle ne semblait pas avoir détrompée ensuite durant le Conclave. Bien sûr, si on excluait ce rapprochement avec le Nord... Dont je peinais encore à comprendre l'origine exacte. Pour avoir rencontré les deux séparément, je les dépeignais comme le jour et la nuit.

Je l'avais trouvé, avant l'aube du second jour, accoudé au bastingage à fixer l'horizon. Elle était restée auparavant dans sa cabine quand je passais le plus clair de mon temps à l'air libre. Je me stoppais à sa vue, me prenant la même envie que la plupart des membres de l'équipage qui la détaillaient tous à la dérobée. Il était presque rassurant de se rendre compte à quel point nous étions tous égaux face aux charmes de la belle. Mais en cet instant, je ne pensais pas tellement à sa beauté envoûtante et plus à ce qui pouvait lui occuper l'esprit. Je n'étais pas toujours très physionomiste, il fallait dire... Et nous n'avions décidément que peu en commun. C'étaient ces différences qui me frappaient en premier lieu, comme deux univers qui se heurtaient avec bien trop de violence pour s'harmoniser correctement. Je peinais encore à comprendre ce qui avait motivé ma sœur à me dépêcher aux Eyriés, bien qu'elle me l'avait rabâchée à de nombreuses reprises.

Je secouai lentement la tête, chassant ses pensées de mon esprit, et m'avançai à sa hauteur. Je m'accoudai à mon tour au bastingage, suivant son regard comme pour percer le mystère qui l'enveloppait. Je revins à elle, brisant bien vite le silence, sans m'encombrer du protocole comme à mon habitude.

- La tête pleines de souvenirs et les poumons remplis de l'air du large...

Je penchai la tête avec un mince sourire.

- Je ne m'attendais pas à vous voir levée si tôt. Je suppose que nous avons tous notre lot de préoccupations qui ne nous laissent que peu de répit durant la nuit, suite à la fin des festivités...


Dernière édition par Orys Baratheon le Jeu 15 Oct - 12:49, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Jeu 27 Aoû - 13:54

Je tournais en rond dans ma cabine. Je tournais en rond depuis la veille au soir, déjà. Le sommeil n'avait réussi à me happer que quelques heures, et il ne fut que peu reposant. Des songes, sans cesse, des songes sortis de ma pure imagination, nourris de souvenirs. De Jehan, de Père, du vieux mestre et des enfants. Mêlez tout cela, mêlez chaque tracas et chaque plaie que ma vie a pu connaître, et vous obtiendrez mes nuits. Sûrement le fruit du mal de mer, me disais-je en cherchant le repos pour la énième fois. Pourtant, je ne l'avais jamais vraiment eu. Oh, cela faisait bien longtemps que je n'avais plus mis les pieds sur un bateau... oui, peut être était-ce bien cela, en fin de compte. Moi qui espérais seulement profiter des quelques jours de la traverser pour me reposer... C'était peine perdue. J'avais insisté pour que nous prenions le bateau plutôt que la route par la terre ferme, cette fois-ci. Plus rapide. Nous avions mis l'ancre hier à l'aube, tôt, un peu trop au goût de Jonos. Tant pis. Il avait dormi la moitié de l'après midi, et devrait encore rester couché jusqu'à ce que le soleil soit haut dans le ciel. Mais moi... Ne trouverais-je donc jamais un peu de répit ? Etais-je condamnée à vivre emmurée dans mes pensées, à me heurter à elle dès que la diplomatie n'était plus là pour m'occuper ? Prisonnière de mon passé, des jours que j'avais vécu, tantôt souriante, tantôt pleurante, tantôt frêle et tantôt forte. Mes belles années s'étaient écoulées depuis longtemps, j'en avais conscience, mais ne pouvais-je pas pour autant trouver un peu de paix dans mon esprit ? Les dieux se tournaient contre moi, dirait on.

Pourtant, lorsqu'assise sur mon lit, je revoyais les dernières semaines, la pensée qui me venait n'était pas mauvaise. Cela aurait pu être pire. J'avais conclu une alliance, mis certaines choses au clair, qu'elles me plaisent ou non. J'aurai pu faire mieux, mais je dois me contenter de ce qui est. Je me levais encore, faisant le tour de la pièce. Pas de fenêtre, pas d'air ici. Le luxe a beau être au rendez-vous, il m'étouffe en l'instant plus qu'il ne m'aide à me détendre. Sans vraiment réfléchir à ce que je fais, j'attrape une laine pour me couvrir les épaules et sors dans ma robe légère. Je dois sentir l'air sur mon visage, respirer l'odeur iodée de la mer. Voir le ciel.

L'aube se profile à peine à l'horizon, et le ponton est vide. L'équipage doit être le seul levé, et ne vient ici que très rarement. L'air est frais, bon, une petite brise caresse ma chair pâle et s'entremêle dans ma chevelure. Je marche jusqu'au bastingage, m'y accoude. Statue de marbre, je me prends dans l'horizon sombre, dans mes obscures pensées et souvenir tortueux. Le visage de Jehan. Nous avions pris le bateau ensemble, une fois. Pour aller à Cordiel, si ma mémoire est bonne. La mer... je l'appercevais chaque jour, de là bas. Elle me semblait loin. Et si proche. Si proche, mais si inaccessible. Elle était l'inconnu infini dans lequel je voulais me jeter toute entière pour échapper aux tortures du vieux mestre... Un frisson me parcoure, à sa pensée, beaucoup moins agréable. La mer est comme nos vies, étendue sans fin dont on ne connait rien, et qui défile sous nos yeux sans que l'on puisse l'arrêter, la comprendre un seul instant. Je songe. Je songe encore. Je pourrais rester ainsi jusqu'à la fin des temps, mais bientôt le soleil viendra tirer le reste du bateau de son sommeil...

Une présence, à mes côtés. Je tourne à peine la tête, et reconnais Ser Baratheon. Il avait embarqué avec nous, comme prévu, mais je n'avais eu le temps ni l'énergie d'aller à sa rencontre. Il y venait lui même, et de manière assez inattendue. Je replongeais mon regard dans les limbes bleutées de l'horizon, comme si sa proximité m'était indifférente. Il ne dit mot, quelques instants, puis brise le silence qui m'entoure depuis des heures. Mon regard se tourne vers lui. Il sourit, m'avoue ne pas s'attendre à me trouver ici.

« Le sommeil est un luxe qui ne s'offre pas toujours à nous. Mais je vous avoue ne pas m'être attendue non plus à trouver quelqu'un de si bonne heure. Vous n'auriez tout de même pas le mal de mer ? »

Pour un homme vivant sur une île... Je lui adressais un léger sourire, avant de détourner mes yeux devant moi.

« N'est-ce pas mystérieux, une étendue aussi parfaite ? Je pourrais rester des heures ainsi. C'est reposant. »
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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Dim 6 Sep - 19:10


C'était un voile de calme et de silence qui l'entourait, mais dépourvu de la solennité présente lors de nos derniers échanges. Nous étions dans un contexte plus informel, sans aucune condition à avancer pour le bien de nos royaumes respectifs. Les cartes avaient déjà été abattues, la guerre était en marche et je ne comptais pas spécialement sur un revirement du Val en notre faveur. Face à l'immensité de l'océan, nous n'étions que bien peu de choses, comme deux gouttes d'eau qui tentaient vainement d'agiter les flots, incapables désormais d'intervenir face à l'inéluctable. C'était certainement cet état de fait qui permettait que les échanges soient plus détendus, au point qu'elle me surprenne avec une note d'humour.
Je penchai la tête et lui rendis un mince sourire, agréablement surpris. Je soufflai à voix basse, ne souhaitant pas rompre le chant du vent.

- Le mal de mer ? Voilà qui serait sujet à bon nombre de railleries à Peyredragon... Nous sommes un peu tous obligés à avoir le pied marin. Il serait bien triste de se limiter à notre île quand on peut souvent arpenter les mers, et pour certains privilégiés, les airs.

Je reportai mon regard au lointain. Un léger soupir passa mes lèvres. Je ne comprenais que trop bien dans quelle situation la Reine Sharra Arryn pouvait se trouver, et me laisser aller à quelques confidences, à demi-mots.

- Les nuits sont devenues pénibles. Rien que le reflet de nombreuses questions qui demeureront sans réponses. On peut vouloir oublier, mais jamais ne réussir vraiment. Les songes ne nous le rappellent que bien trop souvent.

Je fixai l'horizon, aussi loin que pouvait porter mon regard.

- Les vagues sont peu de choses au regard de l'océan, n'est-ce pas ? Certains prétendent qu'il s'étend à l'infini, car il est impossible pour un homme d'en découvrir tous les mystères. Nous avons beau avoir dompté les eaux par nos navires, nous ne faisons qu'effleurer la surface et il reste impossible de percer au plus profond de lui.

Je marquai une pause, écoutant ce calme avant la tempête. Le chant du vent, des vagues, après celui de la sirène.

- En perdre de vue les rivages me manquera.


La guerre nous entraînera toujours plus vers l'intérieur des terres, là où nous n'excellons pas, mais où le feu et le sang marquent plus aisément. Je revins bien vite à elle, laissant le silence à nouveau envahir l'espace avant de reprendre :

- Savez-vous pourquoi je suis ici ?


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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Sam 12 Sep - 10:48

J'avais besoin de ce calme, de cet infini parfait qui s'étendait devant moi. Nuits courtes et chaotiques, vie passée au milieu d'une cour florissante, sans un seul instant de tranquillité. Oh, on s'y habituait, rapidement même. Avec tant de luxe et de confort, tant d'occupations, on ne trouvait pas une seule seconde pour s'ennuyer. C'en était presque devenu un problème. Je me sentais fatiguée, lourde, pliant sous le poids de mon fardeau. Depuis toutes ces années durant lesquelles j'avais porté mon rôle comme on porte un masque, j'avais besoin de répit. Et ces dernières semaines, plus que tout, avaient été éprouvantes. Je n'avais pas plus eu de temps pour Jonos que d'habitude, mais encore moins pour Ronnel. Dix fois moins pour moi. Ce moi n'existait même plus, d'ailleurs. Alors je venais me planter ici. Le temps semblait figé, comme si je pourrais rester plus d'une vie dans cette position sans que quoi que ce soit du décor change autour de moi. Je n'avais pas à faire attention, pas à sourire, pas à réfléchir, pas à planifier, à... A rien. Je n'avais rien à faire. Juste regarder, vider ma tête de toutes ces pensées parasites qui n'avaient rien à faire là. Elles y reviendront bien trop vite, malheureusement.

Lorsque Orys Baratheon se pose à mes côtés, je ne change pas d'attitude. Je suis lasse. Je n'ai guère envie de parler de diplomatie maintenant, ou tout simplement d'y penser. Pourtant, je ne me montre pas fermée pour autant. Je ne vais pas tourner le dos à mon invité, alors qu'il semble lui aussi avoir été troublé dans son sommeil. Il me rend mon sourire. En effet, je m'en doutais. Ne pas avoir le pied marin à Peyredragon était sûrement le pire des handicaps. Je pense immédiatement à Ronnel, lorsqu'il parle de voler dans les airs. Je savais très bien que c'était là son rêve le plus cher. Et c'était un beau rêve. Difficilement faisable, malheureusement pour lui, encore plus lorsque l'on a une couronne à maintenir sur sa tête.

« J'imagine. Vous a t-on déjà permis de le faire ? »

Ses frères et sœurs avaient des dragons pour eux, mais peut être n'en n'avaient il pas fait profiter leur demi frère. Au fond, cela m'importait peu. Mais il était toujours plus agréable en l'instant de discuter de cela que de la guerre à v enir. Pourtant... On pourrait difficilement éviter le sujet. Je lui parlais plus ouvertement, plus sincèrement, et cela pouvait peut être le surprendre. Mais nous étions bien loin du cadre officiel de mes entrevues habituelles. Je préférais cette intimité, ces murmures comme les chuchotements du vent à mon oreille. Plus paisible. Mon regard continuait à se perdre au loin, entre le ciel et la mer confondue, comme pour essayer d'en trouver les limites... Je l'écoutais parler sans l'interrompre, pensive. Je ne doutais pas un seul instant que nous ayons tous deux de quoi agiter nos nuits. Une vie comme la sienne, dans sa situation, n'avait pas toujours dû être aisée. Passée avec une étiquette de bâtard collée sur le front, se retrouvant soudain parachuté en fondateur d'une nouvelle maison. J'acquiesce, doucement.

« Et vous serez sûrement amené à les quitter rapidement, je suppose. »

Au vu des plans de sa sœur, il ne pouvait en être autrement. Je laissais l'instant en suspends, avant de reprendre.

« J'ai grandi près de la mer, également. Oh, rien à voir avec Peyredragon, mais le lieu restait bien différent des Eyrié. Ce fut parfois dur, aussi, au début. »

Me retrouver soudain dans une haute tour, perchée au milieu des nuages... C'était magnifique. Mais bien loin de ce dont j'avais eu l'habitude toute mon enfance. Mais l'amour est une force bien plus puissante, et peut importe à quoi auraient pu ressembler les Eyrié, je l'aurai suivi. Sa question suivante m'étonne à demi. Souhaite il savoir ce que je sais des raisons de sa venue, ou n'en n'est il même pas sûr lui même ? Je poussais un léger soupir.

« De ce que m'en a dit votre sœur.... pour que nous nous décidons pour cette affaire de mariage, ou en tous les cas que nous assurions les positions de nos royaumes l'un par rapport à l'autre. Je vous avoue que pour le moment, rien n'a vraiment changé de mon côté. »

La guerre viendrait bien assez tôt, et pour le moment mieux valait ne pas trop nous engager. Mais Peyredragon ne lâcherait sûrement pas l'affaire, car ils avaient besoin d'alliés. J'accrochais son regard.

« Vous n'êtes peut être pas ici de votre plein gré, et j'en suis navrée... Au vu de la situation, vous préféreriez sûrement être avec votre Reine. J'espère cependant que vous trouverez un peu d'agréable dans ce séjour... »
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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Mer 23 Sep - 21:17


Rencontrer Sharra Arryn dans d'autres circonstances que des échanges à caractère diplomatique était aussi inattendu que saisissant. L'océan rendait la scène aussi lointaine qu'irréelle, mais que dire de la beauté de la Reine qui, telle une statue de marbre, restait à le contempler avec cette expression si singulière ? J'avais du mal à détacher le regard de ce tableau que de nombreux artistes se seraient empressés de peindre. Ce fut bien cette pensée pour ma sœur, qui en était une elle aussi, qui m'arracha à ce spectacle. Je n'avais pas saisi pleinement encore le trouble qu'elle pouvait semer parmi bien des hommes, avant de me retrouver moi-même confronté à cette vérité. Elle en avait conscience, mais n'usait pas de ses charmes à outrance comme elle aurait certainement pu se le permettre. C'était même peut-être pire pour renforcer cette attraction qu'elle exerçait sur les esprits, comme une sirène jaillissant des flots pour vous entraîner par le fond, vous noyer. Je baissais le regard sur les vagues artificielles que le navire formait dans son sillage, en fendant les eaux. J'avais presque la sensation que ces rumeurs pouvaient être vraies. Les dragons existaient bien, et n'étaient-ils pas prodigieux ?

J'esquissai un mince sourire, à cette question qui me surprenait. Oui, je devais bien nager en plein rêve. Cette scène ne pouvait ressembler à aucune autre.

- Quelques fois seulement, mais c'est une sensation grisante... J'ai eu l'occasion de chevaucher Vhagar, derrière ma sœur Visenya. Je suis monté une fois sur l'immense Balerion, avec mon frère. Ses ailes noires sont si immenses qu'il projetait une ombre gigantesque au sol, noyant des portions de villages dans les ténèbres le temps de son envol. Tout paraît incroyablement petit, vu d'en haut... Comme si nous étions quantité négligeable, ce que rappelle aussi l'infini de l'océan n'est-ce pas ?

Je relevai la tête pour la dévisager un temps. Je me retrouvais mieux dans ces échanges détendus, sans penser à l'avant ni à l'après. Je n'aurais pourtant pas parlé aussi ouvertement à la première venue, en temps normal. Sharra Arryn ne l'était pas vraiment, mais elle restait une Reine... Et pourtant, je ne voyais plus que la femme qui se tenait devant moi.

- Les Dragons ont pris longtemps à me tolérer, et moi aussi d'ailleurs. Je sais à quel point ils peuvent être dangereux et terribles, mais magnifiques et puissants. Il n'en existera plus des comme Balerion.

Ni comme Aegon. Personne n'avait sa trempe... Et souvent, j'avais l'impression que Rhaenys et moi ne suivions plus qu'un rêve lointain et inatteignable. Aegon aurait pu le porter, mais peu aurait pu en faire autant. Il aurait été un grand Roi des Sept Couronnes. Je gardais ces pensées amères pour moi. Elles n'appartenaient pas à d'autres, et il était toujours aussi pénible de penser à mon frère malgré le temps qui s'écoulait. Je serrai le bastingage d'une main, poussant un profond soupir. Mon frère, nous nous reverrons peut-être bientôt si la fureur m'emporte pour de bon.

- Nous aurons à partir au devant de la guerre, oui. C'est inévitable.

Je n'avais pas envie de m'appesantir sur les perspectives de la guerre, car l'instant s'y prêtait mal... Et surtout parce qu'il ne tenait pas à moi d'en parler plus en détail. D'autant que la guerre était un exutoire bienvenu à mon désir de vengeance, et que je ne pouvais pas décemment en référer à la Reine du Val. Je ne l'accueillais pas avec l'horreur que la plupart lui attribuait... Des gens bien raisonnables et encore sain d'esprit.

Il était étrange de l'entendre me parler de son enfance... Un instant certainement privilégié, dont je ne saisissais pas encore la teneur exacte.

- On peut s'habituer à beaucoup de choses, mais difficilement à la perte de nos acquis. L'atmosphère des Eyriés est particulière, je me trompe ? Je le découvrirais certainement bientôt.

Je secouai lentement la tête quand elle mit avec tant de facilité des mots sur la nature exacte que devait revêtir nos échanges. Nous étions pourtant parti bien loin de ces considérations. Je me demandais si je n'avais pas tout gâché, en parlant avec tant de franchise. J'accrochai son regard et perçus sans mal cette lueur de perspicacité qui en était presque dérangeante. Etais-je si transparent pour elle ?

- De par ses actes, Harren le Noir nous a conduit tout droit à la guerre... Et nous ne pouvons pas l'ignorer. Oui, majesté, je suis un guerrier et ma place est sur un champ de bataille. Elle est aux côtés de ma sœur qui aurait besoin de tout mon soutien. Mais c'est elle aussi qui m'a demandé de me trouver avec vous, en ces lieux, et je respecte sa volonté. Ne croyez pas qu'il m'est pénible de vous accompagner aux Eyriés... C'est peut-être bien le seul instant paisible que j'aurais l'occasion de savourer avant bien longtemps.

Ou jamais... Peut-être que je ne pourrais plus que me reposer à ma mort ensuite. Je gardais cette pensée pour moi, détachant mon regard de la belle pour fixer à nouveau le lointain.

- Le choix est vôtre. Si changement doit avoir lieu, il viendra de vous. Vous connaissez notre position, et ma position.


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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Ven 2 Oct - 18:07

Le jeune chevalier semblait tout aussi pensif que moi. Peut être était il dérouté de me voir ainsi, et de la manière la plus simple et naturelle dont je lui parlais. Ce n'est pour me déplaire ; je ne nierai jamais aimer intriguer, être perçue comme un mystère. Toujours, j'avais été un objet de convoitise. Pour ma beauté, qui m'avait causé plus de déconvenues que de bonheur, pour le pouvoir que j'ai obtenu par mon mariage. Il fallait bien que j'en joue et que j'apprenne à apprécier cela, plutôt que de vivre en portant cela comme un fardeau. Oh, c'en était toujours un, à long terme. J'étais fatiguée. J'avais toujours ces souvenirs qui hantaient mes nuits et mes jours, qui me poussaient à cette silencieuse contemplation de l'étendue marine. Qu'il vint déranger mon silence ne me gênait guère, mais je craignais que la discussion dérive bien vite sur la politique, qui nous faisait vivre tous deux. C'était difficilement évitable ; quand toute votre vie tourne autour de cela, quand tout votre univers qui s'y résume, on y revient toujours. C'était tout ce qui le retenait ici, près de moi, au lieu de se trouver près de sa sœur et des dragons. Je tentais d'oublier qu'il pouvait être mon ennemi autant que mon allié, qu'il était aux côtés de celle qui voulait conquérir tous nos royaumes sans exception. Mais il est dur de détacher un homme de sa maison, de sa position et de ses fonctions en ce monde. J'avais envie de laisser la reine de côté, jusqu'à l'aube. D'être juste une femme qui regarde devant elle, qui rêve, qui pense, pense qu'elle ne doit pas penser à tout ce qui l'obsède...

Pourtant, on y revient. A Peyredragon, aux dragons, au Val, à tout cela. Je l'écoute me parler des dragons, et de l'expérience qu'il a pu faire en les chevauchant. Ce doit être grisant, oui. Si impressionnant... je ne nierai pas la beauté de ces bêtes. Mais avec elles allaient le feu, la mort, la destruction.... Cela non plus, il ne fallait l'oublier. C'était toute l'ambiguité de la situation : une reine se présentant avec des discours de paix et d'entente, chevauchant l'un des pires engins de destruction que l'on ait rarement connu.

« Je suppose que oui. Nous sommes peu de choses, finalement. Avons nous seulement le contrôle de ce qui se passe autour de nous et de nos vies ? La mort peut venir nous prendre à tout moment, et elle peut tout enlever. »

Je me taisais, un instant. Peut être allais-je trop loin. Peut être n'était il pas bon de montrer une image si frêle, alors que j'étais Reine, alors qu'il n'était ni véritablement mon allié ou mon ennemi. Quand bien même. Je soupirais doucement, alors qu'avec mes dernières paroles, Jehan me revenait à l'esprit. Son visage, sa voix, son corps, sa bouche, son rire, tout. Je l'avais aimé... La guerre me l'avait pris, petit à petit, jusqu'à me l'enlever totalement. Mais ce n'était en aucun cas le moment de penser à tout cela.

« Ils restent tout de même impressionnants. Leur beauté et la menace qu'ils peuvent représenter font toute leur ambiguïté... Certains se demandent sûrement si l'on peut réellement avoir confiance en eux ou non. »

Nous le saurons bientôt, sûrement ; la guerre est là. Elle est plus que là. Elle veut son quota d'âmes à faucher, et elle les aura. Je ne peux m'empêcher de penser au jour où je ne pourrai plus la contourner, moi non plus. Ronnel partira sur le front. Et s'il n'en revient pas ? Tous les hommes sont égaux, face à la mort. Pauvres comme riches, roturiers et princes. Ils iront tous, et ils pourront y rester tous les uns autant que les autres. J'acquiesce, alors qu'il évoque les Eyré.

« Oui, c'est un lieu relativement atypique... Mais je ne vous gâcherai pas la surprise. »

Perché au milieu des nuages, ce n'était pas sans raison qu'on disait la forteresse imprenable. On pouvait peut être s'y sentir à l'étroit, mais j'avais appris à y vivre et à en faire ma maison. Lui montrer que le Val, malgré sa petite armée, était bien protégé ne serait pas inutile...

Et enfin, nous y venons. J'aurai aimé pouvoir détourner la question, comme je pouvais si bien le faire en d'autres occasions. Ici, non. J'écoutais sa réponse, toujours aussi lasse, mais tentant de donner une image peut être plus... royale de moi que depuis le début de notre discussion. Je savais les affaires qu'il y avait à régler, ou à ne pas régler. Et s'il voulait des réponses, je ne pouvais tout simplement me taire. J'acquiesce, alors qu'il m'assure que si changement il doit y avoir, il viendra de moi. Je reporte mon regard sur lui.

« Au moins, nous sommes clair. Si changement il doit y avoir sur ma position, je pense qu'il est encore trop tôt. Je ne compte guère rentrer sur le champ de bataille, alors qu'il y a quelques semaines à peine j'annonçais notre neutralité. Peut être, lorsque le conflit sera plus avancé... Je ne pourrai rester ainsi une éternité. Mais je suppose que vous vous en êtes rendu compte, je préfère assurer la prospérité de mon royaume par le commerce plutôt que par les armes. »
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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Jeu 15 Oct - 14:27


Je revins bien vite vers elle, à sa déclaration qui en laissant entrevoir à la fois tellement et si peu. Je savais qu'elle avait perdu son Roi, son mari durant la guerre qui l'opposa à l'Orage. J'avais même tenté d'en jouer pour forcer le Val à prendre les armes, ou tout du moins comprendre ce besoin viscéral de vengeance qui nous animait. L'on disait qu'ils s'aimaient, sans que je ne sois en mesure d'apporter moi-même du crédit à ces quelques paroles remontées... Tout du moins, jusqu'à maintenant. Une certitude commençait à s'imposer doucement à mon esprit, rien qu'au son de sa voix qui trahissait une confidence.

- Le contrôle... N'est-ce pas le véritable motif de toute guerre ? Obtenir davantage de puissance nous préserve, jusqu'à ce que nos voisins nous trouvent bien trop menaçants et décident de rétablir un équilibre qui ne saurait exister en cet ère. Peyredragon en a fait les frais. Je crains pour vous que le Val attire bien trop de convoitises pour qu'il ne finisse pas par en être de même. Nous ne serons jamais à l'abri, pas tant que nous n'aurons pas décidé d'unir nos efforts plutôt que de lutter les uns contre les autres.

Je lui rendis un sourire, plus sincère et véritable que les autres, plus mélancolique aussi, laissant à mon tour tomber quelque peu le masque qui me collait tant à la peau ces derniers mois.

- On peut défier la mort et lui répondre inlassablement qu'elle ne nous les prendra pas aujourd'hui. Nos choix peuvent précipiter cette fin ou la retarder... Mais on ne peut pas tout prévoir, tout savoir à l'avance. Ceux qui restent doivent vivre avec cette perte. On ne peut les ramener, mais on peut poursuivre leur œuvre, et ne jamais oublier.

Je comprenais sa douleur, certainement mieux qu'elle ne pouvait le penser. Nous étions deux êtres brisés par la perte, à jamais changer par le passage de la mort, mais qui avaient néanmoins choisi deux chemins différents. Sharra Arryn avait décidé qu'elle avait assez perdu, et qu'il convenait de protéger au mieux ce qui lui restait. J'avais décidé de laisser la vengeance guider mon bras et de partir en guerre. Le choix ne nous avait pas été laissé, contrairement au Val. Poursuivre l'œuvre de mon frère risquait de me faire tout perdre, pour de bon. Mais je le croyais fermement, il existait encore des causes qui valaient la peine d'être défendue.

Je l'observai tandis qu'elle se redressait, le port plus royal. L'instant des confidences semblait être révolu, car nous parlions à nouveau de la guerre à venir. Il ne pouvait en être autrement. Peut-être désirait-elle ardemment ne pas en faire référence... Sauf qu'elle n'était pas en compagnie de la bonne personne pour ce faire. J'étais un guerrier. J'avais été formé toute ma vie pour partir au front et mener les batailles les plus âpres au nom de mon frère, mon Roi. C'était le seul feu qui m'animait encore et m'empêchait de sombrer.

- Je me suis surtout rendu compte que vous vous préparez, vous aussi, à la guerre. Vous avez décidé de ne pas prendre partie pour consolider vos positions et éviter à votre peuple d'être meurtri par des conflits qui ne le concerne pas. C'est tout à votre honneur, majesté, mais vous savez que la guerre finira par frapper à votre porte... Sauf si nous continuons de résister aux exactions du Sautoir. Dans le cas contraire, notre chute risquerait de signer la vôtre.

Je poussai un profond soupir. Je n'aidais pas. Je craignais plutôt de la mettre sur ses gardes, et qu'elle décide même par rompre la discussion. C'était bien la première fois que je partais perdant d'emblée. Peut-être parce que je n'avais pas à cœur de m'attirer ses faveurs, ou certainement parce que je n'entrevoyais aucune issue pour les obtenir. Je ne devais être à ses yeux qu'un énième prétendant encombrant qu'elle apprécierait de se débarrasser au plus vite.

- Je suis navré de vous tourmenter ainsi. Je présume que vous savez déjà tout ceci et que je ne vous livre que des évidences de plus. Je vous propose un marché. Ne parlons plus de nos deux royaumes durant ce séjour. J'aurais tôt fait de repartir à la guerre, et vous d'être accaparé par vos obligations royales, alors autant profiter de s'élever par-dessus les nuages pour en faire de même avec nos préoccupations actuelles. J'aimerais apprendre à vous connaître, Sharra Arryn. Pas la Reine-Régente, mais la femme.
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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Dim 18 Oct - 9:38

Je me laissais aller... Des confidences à peine sous entendues. Cela ne me ressemblait guère, d'habitude. Etais-je si lasse de tout pour me montrer aussi simplement à un inconnu ? Car c'était bien ce qu'il était, au fond. Un homme rencontré il y a quelques semaines à peine, vu peu de temps. Son statut pourtant, lui, m'était bien connu. C'était tout ce qui réglait dans notre monde les rapports humains, et je le savais sûrement plus que quiconque... Alors d'autant plus, il n'était pas réellement mon allié. Peu importe, au final. Ce n'est guère de savoir que la Reine du Val était quelqu'un de mélancolique qui l'aiderait à vaincre mon Royaume sur un champ de bataille si cela devait arriver, ce que je n'espérais surtout pas pour le moment. Diplomatiquement, tout pouvait avoir un impact, certes. Pourtant, même sachant cela, je continuais à me montrer nue, vulnérable. J'étais sortie pour respirer, et c'était ce que je continuais à faire. Par dessous nos masques, rois, reines, chevaliers, nous restions tous des hommes, et notre humanité pouvait nous rattraper à tout moment. Je devais simplement veiller à ce qu'elle ne me rattrape pas totalement. IL ne semblait, quoi qu'il en soit, pas me le reprocher. Cela ne m'étonnait guère, d'un côté... Et la discussion pouvait être assez intéressant. Nous ne pourrions rien changer à ce que nous sommes, à ce qu'est l'humanité, à ce qu'est le monde autour de nous.

« Il faudrait tout simplement que chacun arrête de voir l'autre comme un requin qui se jettera sur lui dès qu'il sera assez fort. Sans parler d'unir nos forces... La guerre n'amène rien de bon. Jamais. Nous pouvons tous nous développer dans la paix, et bénéficier tous les uns des autres. Malheureusement, je suppose que la nature humaine empêche fondamentalement ce genre de société.... L'envie de dominer reprendra le dessus. Ou la soif de vengeance. Certaines causes semblent juste, pourtant elles peuvent apporter la même ruine que d'autres qui nous semblent mauvaises. »

Petit clin d'oeil à leur situation, bien entendu. Ils étaient jeunes, fougueux, pleins d'idéaux et de soifs de vengeance. Je l'étais aussi sûrement, il y a des années, alors que je venais d'épouser Jehan. Perdus dans notre amour fou l'un pour l'autre... Qui sait ce que nous aurions pu faire. Puis il y avait eu les enfants. Avoir des enfants, cela change une vie, une personne. La donne n'avait plus jamais été la même, et c'était peut être ce qui les empêchait de comprendre certains de mes choix aujourd'hui.

« On n'oublie jamais, quel que soit le chemin que nous choisissons de suivre. Vous pouvez me croire. »

Oh non, je n'oubliais pas. Je n'oubliais pas Rowenna Durandon, ni son mari. Ni les dernières lettres. Si seulement le Val savait que son roi s'était jeté corps perdu dans la bataille, sans plus vraiment se soucier de la mort, plein de désespoir ? Et toujours, la même question, quelle était ma part de responsabilité la dedans ? Mieux valait ne pas y penser. Non. Ce qui est fait est fait. On ne peut le changer. On ne peut ramener les morts à la vie. On ne peut plus rien changer.

Je hausse les éapules, pour moi même, avant de revenir à Orys. Il est intelligent. Il a raison, sur certains points. Pas tous, pas entièrement, mais son constat et le raisonnement qui s'en suivent se tiennent, et retranscrivent en partie assez bien le chemin que je suis.

« En effet. Je sais que je ne pourrai m'enfermer derrière mes montagnes pendant que Westeros est à feu et à sang, éternellement. Je me prépare à la guerre, mais disons surtout que je me prépare à prendre les mesures nécessaires pour défendre les miens si certains décident de ne pas respecter ma position. Vous ne savez pas ce que c'est que d'avoir des enfants... J'espère de tout cœur que ce sera le cas pour vous, un jour. Peut être arriverez vous à encore mieux me comprendre, alors. »

Il soupire. Oui, il doit se rendre compte que ce n'est pas vraiment le moment pour ce genre de discussions... Nous aurons tout le temps, une fois aux Eyrié, mais je ne veux pas non plus me montrer incorrecte avec mon invité. IL me propose de ne plus en parler. Je le regarde, mes yeux dans les siens. La fin de sa phrase me surprend, me fait esquisser l'ombre d'un sourire. Curieux. Bien... Oui, j'aime les curieux, je ne m'en cacherai pas. Pourtant... Je laisse couler quelques instants, me perdant dans le lointain, avant de reporter mon regard dans le sien :

« Alors la plus grande confidence que pourrait vous faire la femme, est peut être qu'elle ne sait elle même si elle existe encore, ou si la Reine Régente a pris toute la place. »

Je passais une main dans ma chevelure brune, replaçant une mèche rebelle derrière mon oreille.

« Mais je ne voudrai vous décevoir, Orys Baratheon. Je peux essayer de la raviver un temps. »
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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Mer 28 Oct - 22:15


Je n'étais pas assez dupe pour ne pas saisir le sous-entendu de la Reine Sharra Arryn. Elle ne cautionnait pas notre besoin de justice, et ne se tiendrait donc à nos côtés que si nous lui montrions d'autres valeurs... Mais aussi noble était leur devise, je pressentais que ces valeurs dont se targuaient le Faucon étaient finalement aussi pragmatiques que celles des autres Royaumes. Nous menions la guerre pour prendre à l'autre ce que nous désirions par la force, ni plus ni moins. C'était barbare, certes, et infiniment pragmatique. Le Val le savait, et se rangeait simplement aux côtés du plus fort. Nous avions représentés cette opportunité pour eux, alors que nous possédions trois têtes munies des flammes. Les rapports s'étaient inversés et leur nouvelle réserve devait me paraître normale... Je poussai un profond soupir, les bras croisés sur le bastingage. Je n'avais nullement l'intention de froisser mon hôte, et pourtant...

- La paix est un doux mot qui ne signifie plus grand-chose à l'heure actuelle. Vous êtes nombreux à la brandir comme un bouclier, afin de protéger vos terres de toutes exactions. Je me demande simplement qui sera le premier à venir se jeter sur la charogne du perdant... Et qui osera ensuite se dresser contre le vainqueur, dans la crainte d'être le prochain. De nombreux motifs peuvent justifier une guerre, mais nous savons tous ce qu'il en est vraiment. La peur, la souffrance, la mort sont inévitables dans son sillage. Alors pourquoi continuer de la mener ? Parce que nous ne savons pas faire autrement ? Peut-être. J'ose simplement lui donner une autre signification, même si la vengeance n'est rien d'autres qu'une justice sauvage. Nous savons pourquoi nous nous battons, pourquoi nous mourrons. Nos ennemis le savent-ils, eux ?

J'étais serein, malgré ce feu brûlant dans mes veines. Je l'étais, simplement car je savais où me rendre. Je passerais au fil de l'épée tout ceux qui oseraient se dresser sur ma route. Le champ de bataille serait mon exutoire. Je ne m'arrêterais pas avant d'avoir obtenu ma vengeance. Cette justice, qu'elle soit bonne ou mauvaise n'importait pas. Je la devais à un peuple dont on avait privé l'avenir, à une famille amputée de ses membres, en l'honneur des dragons et de Valyria... Des Dieux eux-mêmes dont les fondements avaient été bafoués. On l'oubliait souvent.

- Nous ne devons pas oublier. Nous le devons, à ceux qui se sont sacrifiés pour que nous puissions continuer d'avancer.

J'avais beaucoup de certitudes, là où la Reine nourrissait quantité de doutes. Rhaenys le faisait aussi parfois, même si toutes deux le masquaient bien souvent avec habilité. Toutes les Reines étaient-elles ainsi ? A peser, doser... Vigilantes, toujours. Peut-être était-ce la raison pour laquelle elles représentaient souvent un fourreau à la pensée, et non le tranchant d'un coup d'éclat. Quant à l'attachement d'une mère à ses enfants... Voilà bien quelque chose qui m'était parfaitement étranger. Je n'avais pas eu l'occasion de goûter à l'amour d'une mère, ou de rendre encore le mien à ma descendance. Je ne doutais pas que tout aurait pu changer alors. Je n'aurais peut-être pas su me résoudre à me jeter, à corps perdu, dans une bataille... Peu était encore capable de me retenir.

- Je l'espère aussi, mais la mort pourrait bien m'accueillir avant. Ils vous permettent de tenir, n'est-ce pas ? Vous êtes restée dans le passé, mais leur avenir seul vous importe encore.

Je ne savais exactement comment elle allait réagir à ma proposition. Elle pouvait très mal le prendre... Mais en croisant ce regard, qui s'ancra enfin en le mien, j'eus l'impression d'avoir capté pleinement son attention. Je me concentrais sur ma respiration, restant calme, presque figé dans cette posture. Etait-il possible d'oublier un seul instant à quel point Sharra Arryn était belle ? Je comprenais aisément que certains finissent emprisonnés par ses charmes... Surtout quand on la regardait en face, quand elle se décidait enfin à faire tomber pleinement le masque.

- Elle existe encore. Je crois bien la discerner.

Je lui rendis un mince sourire, en parfait miroir, laissant filtrer l'ombre d'une malice. C'était aussi celui que j'avais été, avant, du temps où Aegon était encore vivant. Je penchai la tête, continuant de la détailler alors que mon sourire s'affirmait.

- A force de porter des masques pour exercer le rôle qui nous incombe, on finit par oublier qui nous sommes vraiment sous autant d'artifices. Etre qui nous devons, et plus qui nous sommes. Je vois une femme blessée par les épreuves du temps, mais forte encore, pas seulement par devoir mais aussi par amour et fidélité. Suis-je dans le vrai, Sharra Arryn ?
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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Sam 31 Oct - 20:31

J'estimais avoir un minimum d'expérience. La femme que j'étais aujourd'hui n'avait plus rien à avoir avec la jeune princesse folle amoureuse et pleine d'idéaux. Jehan et moi avions dû apprendre la réalité du pouvoir. Tout ne pouvait toujours être fait de manière droite et juste. Tout n'était pas blanc ou noir. La guerre, globalement, pouvait aider à l'expansion. Mais les dommages et les pertes nécessaires... Et il y avait d'autres façons de prospérer. Malheureusement, de tout temps, les hommes ont dû se battre. C'est un besoin, quelque chose de vital que de se perdre ainsi dans des bains de sang et de mort. Et on ne pouvait changer ce fait. Si nous voulions survivre, il fallait nous défendre. Jehan n'était pas un guerrier. Oh, il avait été du genre bagarreur, parfois, le premier à se jeter dans la mélée... Mais j'avais bien vue qu'elle le tuait, le rongeait, au long terme. IL n'était plus le même homme. Et elle avait finit par le tuer. Mes idéaux de paix, de commerce et de bonne entente entre royaumes, j'avais depuis longtemps appris à les modérer. Le paradis n'existe pas sur cette terre. Pourtant, je n'entrais pas dans un défaitisme total. J'étais simplement... réaliste. Certains conflits pouvaient être évités, réglés autrement que dans le sang. D'autres non. A moi, en tant que Reine, d'en limiter les pertes pour les miens. Oui, j'avais renoncé à la vengeance contre l'Orage. On pouvait me prendre pour une faible pour cela. Mais le Val était saigné à blanc, nous avions trop perdu. Nous ne pouvions pas le faire plus. Il fallait nous redresser, prospérer à nouveau. Et c'était ce que nous avions fait. Les Targaryens, eux... Encore jeunes, et sûrement pleins des idéaux qui avaient pu parfois me bercer dans ma jeunesse. Je ne suis pourtant pas dupe, quoi qu'il en soit, et sur ce point, j'ai l'impression que le baratheon me sous-estime un peu...

« Oh oui, vos ennemis le savent. Leurs motifs semblent simplement peut être moins beaux et justes que les vôtres. Harren veut conquérir. Certains veulent simplement se défendre contre un potentiel envahisseur. On se trouve toujours des motifs pour partir en guerre, qui peuvent sembler plus ou moins justifiables et fondés. Ne me croyez pas naïve ; je sais où en est le monde aujourd'hui, et ne me cache pas derrière une paix illusoire. Je tiens à défendre les miens. Certains ont un motif pour partir en guerre, d'autres en ont pour ne pas s'y jeter à corps perdu. »

Pour le moment. Le jour viendra où le Val devra prendre les armes, lui aussi. Et je veille à ce qu'il y soit prêt. Nous défendre. C'est tout. Et c'est déjà beaucoup. Les valois ont rarement eu un désir de conquête ; peut être parce que leurs terres sont déjà tellement fertiles et prospères, qu'ils n'ont nul besoin d'aller voir ailleurs pour se développer. Je me contente d'acquiescer, à ses paroles suivantes. Nous ne devons pas oublier, non. Et des fois, nous ne le pouvons simplement pas. J'esquisse un sourire, alors qu'il me répond à propos des enfants.

« Vous avez à peu près raison. Même si... Je suppose que la volonté d'une mère reste difficile à comprendre, tant que l'on ne sait pas ce que c'est de l'être. Et outre la mère, je suis aussi Reine. Passons. »

J'ai toujours aimé le Val, ses terres, ses paysages pittoresques, son peuple. Mon peuple. Et mes enfants. Régner est avant tout un devoir, un devoir pour son peuple. Et je ferai ce que je dois faire pour eux, peu importe les avis. Je ferai ce que j'ai à faire, comme je l'ai toujours fait. Je tente de me détendre, comme je souhaitais le faire au départ. De chasser toutes ces idées pesantes. Je l'écoute, sourire aux lèvres. Je le fixe, mes yeux dans les siens. Et souris, un peu plus franchement que tout à l'heure. Amusée, aussi.

« Me voilà mise à nue... Vous êtes assez perspicace, je dois l'avouer. »

Les bras croisés sur le rebord, je me replonge dans l'étendue bleue, quelques instants, avant de m'en détacher, m'approchant sensiblement de lui. Je lui répondis d'une voix un peu plus basse.

« Vous êtes dans le vrai, oui. C'est un bon début. Je sais que les plus belles années de ma vie sont derrière moi, et je mesure aussi la chance que j'ai eu, d'avoir pu toucher du doigt ce bonheur à deux dont la plupart sont privés. Je ne regrette rien. Pour rien au monde. Aujourd'hui, je n'ai plus que mon rôle à tenir. J'ai dû endosser ce masque dont vous parliez, totalement. J'aime mes fils plus que moi même, mais je dois surtout les préparer à la vie qui les attend, dès maintenant. Les temps changent... Mais nous allons finir par revenir sur les sujets que nous avons décidé d'écarter. Ce serait fort dommage. »

Je me prêtais au jeu, un instant, à la faveur de l'obscurité et de la douceur de l'air. Je reprends mon sourire, pour continuer :

« A mon tour. Je vois un homme encore jeune, mais déjà marqué par les épreuves qu'il a dû passer. Votre vie n'a pas dû être toujours facile, ni votre statut à porter. Vous êtes fougueux, courageux, pleins d'idéaux. Et déterminé, surtout, ce qui est tout à votre honneur. Cela correspond à peu près ? »
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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Mar 24 Nov - 14:08


- Je ne vous crois pas naïve. Le temps viendra où vous devrez partir, à votre tour, en guerre. Vous le savez, c'est inéluctable. J'espère que, le moment venu, Peyredragon se tiendra toujours debout contre l'envahisseur et que nous pourrons compter sur votre soutien pour triompher du Noir. Car, comme vous le dites si bien, son rêve de conquête ne s'arrêtera pas à nos seules frontières.

Je pensais, bien au contraire, que Sharra Arryn savait exactement où elle désirait se rendre. Elle ne m'avait pas caché ses intentions, ni ce qui la motivaient à rester sur la défensive et ne pas prendre le moindre risque dans l'immédiat. Elle ferait partie de ceux qui allaient attentivement suivre notre avancée avec l'Orage sur les terres du parjure, mais qui ne se décideront peut-être que lorsque les jeux seront faits. N'avait-elle pas déjà agi ainsi alors qu'elle nous voyait vainqueur, Aegon encore en vie, et nos trois dragons plus menaçants que jamais ? Il lui faudrait du temps pour voir en nous ses dignes successeurs. Ce temps, nous ne l'avions pas, car contrairement à elle, notre ennemi nous avait blessés mais nous n'avions pas rompu les hostilités pour autant. Peut-être aurions-nous agi différemment si nous avions, comme elle, encore quelque chose à protéger. Rhaenys était encore là, à mes côtés, et brûlait du même désir de vengeance que moi. Je le faisais pour elle autant que pour eux.

Je ne comptais pas m'attarder dans ce débat et elle non plus. Aucun de nous ne reviendrait sur ses positions en ce jour, alors autant simplement profiter de ce répit pour faire connaissance. C'était ce pourquoi j'étais sur ce navire après tout, même si j'aurais aimé être ailleurs. Je lâchai, d'un ton plus léger, l'ombre d'un sourire au visage :

- Je crains de ne jamais comprendre les volontés d'une mère, en effet.

Le sourire de Sharra Arryn se fit plus franc, à mesure que je lui décrivais mon propre ressenti envers sa personne. Le masque se fissurait un peu plus, me laissant entrapercevoir si j'avais deviné juste ou non. Elle avait l'air de se détendre, ce qui était plutôt bon signe. Je lâchai un bref rire à sa répartie, secouant la tête négativement.

- Généralement non, je ne le suis pas. Enfin tout dépend de l'intérêt que j'accorde à la personne en face de moi.

Et il était un peu trop grand, tandis qu'elle se rapprochait ostensiblement, reprenant d'une voix qui incitait à la confidence. Je ne la quittais pas du regard. J'aurais eu du mal à en faire autrement.

- Vous ne devriez pas la laisser mourir, celle qui a pu effleurer ce bonheur. L'avenir nous réserve bien des surprises, et qui sait si vous ne le retrouverez pas ailleurs ? Je vous le souhaite, en tout cas, car vous semblez porter sur vos frêles épaules tout le poids de Westeros.

Je m'étais exprimé avec sérieux, et sincérité. Je pensais ce que je disais et je voulais qu'elle en ait conscience. Et puis, elle se prit finalement à ce jeu et je lâchai un nouveau rire, plus franc. Cette description n'était pas vraiment la première que l'on faisait de moi.

- Cela correspond, même si vous me flattez. Vous avez occulté tous mes défauts dans votre description.

J'avais parlé sur ce même ton bas qu'elle employait, une lueur amusée dans le regard qui se substitua bien vite à une autre. Elle donnait réellement envie de se laisser aller à quelques confidences, ce qui n'était pourtant pas dans mes habitudes.

- Rien n'est évident, quand nous ne sommes pas issus d'une union légitime. Mais j'ai eu la chance d'avoir un père qui se souciait de mon devenir. A cinq ans, livré à moi-même, je serais certainement mort dans la rue avant d'avoir pu goûter à la vie. Je leur dois tout : La vie que j'ai pu mener, les opportunités qui s'offrent à moi. Mais je ne pensais pas survivre à mes frères et sœurs. Même dans mes pires cauchemars, je ne m'étais pas imaginé devoir continuer sans eux. Alors ces idéaux, ceux de mon frère pour être exact, sont bien tout ce qui me permet encore d'avancer.

Et ma sœur, mais ça ... J'avais l'impression que nous étions condamnés à nous rapprocher pour toujours mieux s'éloigner.
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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Sam 28 Nov - 17:48

Deux situations différents, difficilement comparables. Et pourtant, nous tentions de le faire. Ils étaient jeunes, pleins de fureur et de soif de vengeance. J'avais vu les années passer, la guerre ruiner mon couple et mon royaume. J'avais mes enfants, j'avais tout. Cette guerre n'était même pas censée me concerner, si les ambitions du Dragon et du Sautoir ne dépassaient pas leurs deux territoires et leur vengeance. Mais non. Il fallait qu'ils nourrissent l'ambition de soumettre tout westeros sous leur bannière. Quel que ce soit le discours, le terme employé, c'était bien de cela qu'il s'agissait. Oh, je ne les critiquais pas réellement pour cela. La nature humaine est ce qu'elle est, et j'avais moi même mon intérêt. Ils avaient pu m'apporter, à l'époque où ils étaient prêts de la victoire, avec leur trois dragons et Aegon Targaryen toujours vivant. Cette possibilité était passée désormais, et mon intérêt avait changé. Faire la guerre maintenant reviendrait à du suicide ; y envoyer mon fils et nos quelques troupes, au côté du Dragon qui lui même n'avait finalement pas beaucoup comparé à Hoare.

J'esquisse un sourire. Non, les ambitions d'Hoare ne s'arrêteront pas à ses frontières. Mais les leur non plus... Je n'avais rien à répondre là dessus. J’acquiesçais simplement. Parler de cet avenir là était risqué, car il restait encore sombre. Et on ne peut prévoir l'avenir avec certitude, jamais. Pour l'instant, ma ligne de conduite était claire et définie, et je ne comptais pas en dévier. Il l'avait compris. Inutile de nous y attarder... Je me détendais, tout en gardant à l'esprit qui se trouvait en face de moi. Mais autant profiter de l'instant et du calme de cette belle nuit, avant que la tornade ne me saisisse à nouveau aux Eyrié. Je souris doucement, à ses paroles. Suis-je aussi transparente ? Il va falloir que je fasse attention...

« Vous vous sous estimez, je suis certaine que vous l'êtes. »

Mes yeux plongés dans les siens, nous ne nous quittions pas du regard. Je commençais à jouer. J'aimais ça. A ce genre de jeux, je me laissais prendre vite, et j'estimais y être assez douée. Ma réputation ne tiendrait sûrement pas si je ne l'alimentais pas quelque peu... Je me rapproche, sans pour autant me montrer indécente ou quoi que ce soit. Mais l'instant reste intime, pousse à la confidence. Autant de son côté que du mien. Il se montre optimiste, un optimisme que j'ai moi même perdu il y a deux ans. Peut être même plus. Depuis que j'ai vu la guerre le ruiner peu à peu, que j'ai dû endurer ses regards méfiants.

« Je ne voulais pas vous donner cette impression. Il y a certainement bien plus malheureux que moi, en cette terre... Cela devrait se trouver facilement. Concernant le bonheur... Je préfère essayer de le garantir à mes enfants, qui ont encore toute leur vie devant eux, et qui n'ont pas eu des jours très faciles, depuis la mort de leur père. Mais je suis touchée de votre soutien. »

Mais encore une fois, nous en revenions à la mentalité d'une mère, d'une mère aussi protectrice que je l'étais, et dont les enfants étaient tout ce qui lui restait. Mon air se fait plus amusé, alors que je m'attaque à lui. Ses défauts...

« Alors, c'est peut être parce que vous les cachez extrêmement bien. »

Je laisse mon sourire amusé pour un air beaucoup plus sérieux, alors qu'il se met à me parler de lui. Peut être plus que je ne lui en dirai jamais sur moi même. Que dire ? Sinon que j'avais eu une enfance parfaite, hormis qu'un vieux mestre ait abusé de moi pendant des années. Mais ce merveilleux secret resterait entre mon frère et moi à jamais. Il n'en n'était même pas question. J'acquiesce, lentement.

« Vous avez perdu beaucoup d'un seul coup... J'imagine à quel point cela a dû être dur. Mais il vous reste encore votre sœur. Je sais à quel point c'est dur, mais il faut continuer à avancer. Trouver quelque chose pour se rattacher, pour ne pas que la haine ne vous consume entièrement »
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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Lun 30 Nov - 20:50


La discussion commençait doucement à prendre une tournure inattendue. La Belle jouait de ses charmes si bien qu'aucun homme n'aurait pu rester indifférent, et je n'échappais pas non plus à cette règle. Difficile de lâcher ce regard, une fois qu'il vous fixe si intensément. Difficile de se retenir de répondre à ce doux sourire aussi, qui devait nourrir bon nombre d'esprits imaginatifs... Ou un peu moins. Le cadre était certainement idéal pour ce type de rapprochements, mais nous conservions tout deux des distances suffisamment raisonnables pour n'alimenter aucun malentendu, sans pour autant briser cette sphère plus intime que nous venions de créer. Pour autant, je ne perdais pas de vue l'essentiel. Sharra Arryn me disait certainement ce que je voulais entendre, et je ne disais rien que je ne voulais pas dire. J'avais conscience que nous n'étions pas des alliés, peut-être plus tard, mais pas dans l'immédiat. Tout ce que je pourrais lui confier n'aurait guère d'importance, au mieux cela l'aiderait à mieux me connaître et me cerner, ce n'était pas suffisant pour me contrôler. Alors il était inutile de nourrir une quelconque méfiance à son égard. Je profitais du moment. N'était-ce pas exactement ce que Rhaenys m'avait incité à faire ?

Sa réponse m'intrigua. C'était une Reine meurtrie et solitaire, cela se ressentait dans son discours. Elle n'en était pas moins forte, dévouée et volontaire.

- Le malheur des uns et des autres ne peut pas être comparé. Nous le vivons tous différemment, à notre échelle. Vous avez donc décidé de sacrifier votre bonheur pour garantir celui de vos enfants. Ce sont aussi de nobles motivations qui vous permettent d'avancer. J'espère seulement que vous ne sacrifierez pas tout sur cet autel, car à le faire, on finit par s'oublier pour de bon.

J'eus un sourire en coin qui me vint naturellement à sa remarque suivante. Mes défauts, bien les cacher ?

- Vraiment, c'est ce que vous pensez ? Je crois, au contraire, que vous savez parfaitement canaliser toutes situations conflictuelles et maintenir un calme déconcertant en toutes circonstances. Disons plutôt qu'il risque d'être difficile pour moi de vous les montrer, car vous êtes à même de désamorcer toutes les chances qu'ils auraient de se révéler. Vous devez faire ressortir le meilleur de ceux qui vous entoure.

Et je le pensais vraiment. Il m'arrivait de jouer de provocations, ce qui finissaient par faire dégénérer toute situation. Je n'hésitais pas un seul instant avant de me jeter dans la mêlée, et je pouvais être doué d'une certaine mauvaise foi. J'étais borné dans mes raisonnements, mais rien qui ne fut à même de la choquer, car personne ne serait revenu sur les positions de nos royaumes par ces seules discussions. Non, elle était tout simplement aussi limpide que cet océan, et chaque coup porté le serait forcément dans l'eau. Donc j'étais calme, comme rarement ces derniers temps.

Il était étrange de sentir une telle compassion dans ses paroles, alors même que nous n'étions pas dans le même camp. Je ne doutais pourtant pas de leur véracité. Et surtout, elle touchait juste.

- Vous avez raison. J'ai encore ma sœur, et elle pourra toujours compter sur moi. Nous ne devons pas oublier le passé, mais continuer de forger l'avenir. C'est ce qu'ils voudraient.

La haine... Il m'arrivait de me demander à quel point elle guidait mes actes. Elle m'avait changé à jamais. J'avais accepté bien des choses, pour assouvir ce seul désir de vengeance. Et je ne cesserais pas de poursuivre sur cette voie, me perdant certainement toujours un peu plus.

- Nous ne sommes pas si différents, au fond. Nous nous battons pour notre famille et notre royaume, chacun à notre manière.
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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Jeu 3 Déc - 18:08

[HJ] : désolée, je fais pas trop avancer la choucroute...

J'essayais de passer outre notre discussion précédente, outre la guerre, outre les rapports diplomatiques entre nos deux royaumes... Outre la Reine. C'est à ce moment ci que l'on se rend compte à quel point la société nous enferme dans notre rôle, jusqu'à nous empêcher d'adopter une autre ligne de conduite, même pour quelques instants. Déjà avant, mais surtout depuis la mort de Jehan. Il était toujours là, à mes côtés, dès qu'aucune présence vivante ne s'y trouvait. Il me collait à la peau... Mais passons. Depuis qu'il était parti, il n'y avait finalement plus rien pour me rattacher à moi, à la femme, l'amoureuse, l'optimiste que j'avais pu être... J'avais étouffer la mère pour leur apprendre la dureté du monde dans lequel ils allaient évoluer, bien plus tôt que prévu. Je m'étais accrochée à ma détermination, et je n'avais même plus aujourd'hui avec eux les rapports maternels que j'aimais tant. Mais l'important était là ; je donnerai tout pour eux, et je préférais tout y sacrifier et ainsi n'avoir aucun regret, plutôt que de me dire qu'il en aurait pu être autrement si j'avais fait plus pour eux. Cela devait être dur à concevoir pour un homme encore jeune comme lui, et surtout sans enfants. Je le concevais. Mais il devait bien avoir une autre personne à qui il tenait en ce bas monde... Et son nom me semblait évident. Quel que soit le sujet dont nous parlions, mes pensées en revenaient toujours là.

Pourtant, je me montrais plus détendue. Je tentais de l'être, réellement. Sa proximité, l'obscurité et le calme, tout cela m'y aidait. J'avais toujours été friande de ce type de situation, et j'aimais en jouer... Je ne le nierai pas. J'avais compris depuis longtemps quels étaient mes atouts, mais que ceux ci pouvaient également se révéler une torture... Alors autant que je prenne les devant, et que j'apprenne à en jouer. C'était le constat le plus simple et le plus naturel que j'avais fait, lorsque j'avais été « délivrée » de mon supplice à Cordial. Mais ces pensées là aussi, il me fallait éviter de les avoir... Ce passé restait extrêmement douloureux, malgré tout. Je n'oubliais pas, non. Et je laissais un peu glisser le masque, en cette douce matinée... Je me prêtais au jeu, il m'y incitait. J'esquissais un sourire, à ses paroles. Se sacrifier et s'oublier pour de bon... Non, nous n'avions pas la même vision des choses. J'avais vécu, et désormais, l'avenir étaient mes enfants. Oh, certes, je n'étais pas non plus très âgée, mais ce qui comptait pour moi désormais, ce n'était plus ma propre personne. C'était mon Royaume, mes fils, leur avenir, face à ce futur bien sombre. C'était cela aussi, régner. Faire passer son devoir avant soi même.

« Comme vous venez de le dire, ce sont surtout ces motivations, qui me permettent d'avancer... »

Je n'avais pas grand chose à ajouter là dessus, finalement. Je l'écoute attentivement, pour la suite, me demandant exactement où il veut en venir. C'est flatteur. Tout aussi flatteur que les ronds de jambes et compliments bien policés que me servent tous les valois sans épouse à toute heure, à tout moment, à tout endroit. Mais cela sonne infiniment plus sincère, étrangement. Alors que, soyons sincères, que sait il de moi ? Oh, ma réputation en dit déjà long, mais nous nous méfions tous des rumeurs. Nous nous sommes côtoyés quelques heures, tout au plus ? Mais je souris, appréciant que l'on me complimente pour autre chose que pour tenter de s'attirer mes faveurs. Enfin, du moins osais-je l'espérer de sa part.

« Vous me flattez, Ser... Vous avez raison sur certains points, mais pas sur tout. Je reconnais avoir appris à garder mon calme... C'est essentiel, lorsqu'on est à ma place, croyez moi. Cependant, je crains de ne pas toujours faire ressortir le meilleur en chacun... Imaginez un peu, ce serait trop beau, sinon. »

Mon ton se faisait plus léger, sur la fin de ma réplique. Comme beaucoup, il avait cette vision très belle et très idéale de la Reine du Val... Que je comptais conserver, bien sûr, et auprès de lui également. Mais qui était loin d'être vraie en toutes circonstances. Si seulement certains savaient... J'évoque sa sœur, tout en restant synthétique. Je n'allais m'aventurer sur un territoire que je connaissais peu finalement, et n'avais nulle envie d'entrer dans leur relation. J'acquiesce à ses paroles. Forger l'avenir. Oui. Si seulement ils pouvaient voir l'avenir un peu moins large que les Sept Couronnes toutes entières... Je ne savais si l'ambition guidait sa sœur comme elle avait guidé son frère avant, mais la haine en tout cas, cela était certain. Et la haine, il faut apprendre à la gérer. IL faut y puiser ce dont on a besoin pour s'accrocher et avancer, mais à la laisser nous dévorer, on y perd tout.

« Oui, sûrement. C'est ce que font la plupart des grandes familles de Westeros, remarquez. Personne ne tient à voir son nom s'éteindre. »
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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   Dim 6 Déc - 1:02


Elle qui avait l'air de chérir sa solitude, quand je m'étais approché d'elle avec les premières lueurs du soleil, elle avait finalement réussi à se détendre suffisamment en ma présence pour que nous nous confions quelques pensées, bien éloignées des préoccupations politiques. Nos visions étaient différentes, mais pas entièrement en confrontation, ce qui aidaient certainement à ce que nous ne le soyons pas non plus. Elle se contentait de confirmer mon propre ressenti, avant de me faire du sien. Nous étions dans l'échange, portés sur un même pied d'égalité. Je me rendais compte que j'appréciais cette ambiance calme et détendue qu'elle avait instauré, plus que je ne l'avais certainement fait. Je lâchai un bref rire, quand elle me mentionna que ce serait trop beau, si elle arrivait réellement à tirer le meilleur de chacun.

- Vous avez parfaitement raison, les choses sont rarement aussi évidentes. Alors disons que vous le faites déjà avec moi, ce qui est un bon début, vous ne pensez pas ?

Je lui répondis sur le même ton léger, parce que je n'étais pas réellement sérieux, même si sa présence avait aussi le don de me détendre et de souffler les moindres braises qui alimentaient constamment ma colère et ma soif de vengeance. J'aimais pourtant me raccrocher à ces sentiments, pour empêcher des préoccupations plus sombres de prendre la place. J'avais fini par lui confier peut-être bien plus que je n'aurais dû, mais rien qui ne me paraissait si essentiel. Cependant, il serait de bon ton que je ne m'engage pas plus loin en ces eaux troubles. La Belle Sharra avait un pouvoir captivant, comme le chant d'une sirène, à même d'entraîner n'importe quel marin par le fond, envoûté par ses charmes.

J'avais comme un sentiment de froideur qui émanait de ses dernières paroles, qui me remettaient aimablement à ma place, et me rappelait qu'il restait encore bien des différences pour séparer nos deux royaumes. Oui, se battre pour notre famille, était bien ce que nous faisions tous... Dans une certaine mesure. Je ne lui avais asséné qu'une évidence de plus.
J'hochai la tête, en signe d'assentiment, avant de me reculer du bastingage. L'équipage commençait doucement à reprendre une activité plus vive, et le calme relatif que nous avions pu goûter se couvrait bientôt de quelques éclats de voix. Je me retournai entièrement vers Sharra Arryn, inclinant la tête en signe de respect.

- Je ne vais pas abuser davantage de votre temps. Nous aurons l'occasion de nous reparler aux Eyriés, ou avant, si vous le souhaitez. Et même si mon séjour en votre demeure risque d'être bien court avec la guerre qui gronde au dehors, n'hésitez à aucun moment à me solliciter. Je vous répondrais avec plaisir.

Je marquai un court silence, avant de glisser plus bas :

- Je suis heureux d'avoir pu faire votre connaissance, Sharra Arryn. Que les Dieux vous préservent du malheur.
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MessageSujet: Re: Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]   

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Le chant de la sirène [Tour I - Terminé]
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