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The War is Never Over
MessageSujet: The War is Never Over   Jeu 27 Déc - 14:26

La guerre n’est jamais finie.


Elle revêt sans arrêt de nouveaux avatars, de nouveaux uniformes. La guerre était aussi vieille que le monde, et continuerait sans les hommes. Tout dans le monde n’était que conflits. Les loups contre les cervidés, les insectes et les oiseaux, les plantes entre elle, et bien sûr, les hommes. Le bien et le mal, et tout ce que l’on mettait entre les deux. Les cohortes impériales défilent dans le champ de neige au nord de la ville. Ballet de bataillons. Vélites en surcôts écartelé Braenaryon, arbalètes sur l’épaule. Bannières claquant dans le vent froid de l’hiver. Hallebardiers, vougiers et guisarmiers, hommes en armes alourdis par ces plaques d’armure, plastrons et épaulières, casques en salade avec arme sur l’épaule eux aussi. Chevaux-Légers en demies-armures, lances à fanion dressées. Garde Demalion qui défile dans un grand cliquetis d’armures caparaçonnées ou de leurs propres harnois, cimiers dodelinant sous les bourrasques. Et avec cela, le tambour. Le tambour sans cesse, qui vous fait vibrer le diaphragme. Les trompettes qui vous exhortent à de grandes inspirations. Omble est à mes côtés. Les officiers supérieurs des cohortes également, seigneurs des Terres Impériales nouvellement formées.



| Belle troupe, messires. Ces unités manoeuvrent déjà très correctement. Le soldat semble solide. Poursuivez les marches de jour comme de nuit, même par grand froid. Vous leur donnez peu pendant, voire presque rien. Qu’ils se débrouillent. Nous ne savons pas encore sous quelles conditions se feront nos marches au sud, mais il faudra de l’endurance. Récompensez-les à chaque fin de cycle, toutefois. Vin et viande, putes en conséquence. Il faut que le soldat soit dur à la peine, mais pas qu’il aie envie de déserter. |


La Garde finit son tour de parade en se réalignant par escadrons et rangs serrés devant les autres cohortes. Bannières abaissées. Apothéose de la marche militaire. A sa fin, les bras et armes se tendent en autant de vivats et de cris comme rappels de nos victoires passées, et de nos victoires à venir. L’armée paraît invincible, mais pour avoir vécu Buron au milieu de la neige, du sang et des milliers de corps agonisants dans la neige, je savais qu’aucune force au monde n’était véritablement invulnérable. Je me retourne alors qu’un page m’annonce que l’heure de mes rendez-vous approche. Je chevauche au milieu des rangs. Houspille les hommes. Les exhorte. On doit me rappeler trois fois de les quitter, avant de leur faire rompre les rangs. Combien en resterait-il, l’hiver prochain ? Jamais assez.


La guerre n’était pas finie.


Je retourne au château Salins, qui sera ma nouvelle demeure. Trônant au dessus du port sur la petite ville à l’embouchure du fleuve. Je me débarrasse de ma lourde cape de fourrure. Me sers un godet de vin de l’Orage, alors que les aides de camp ravivent le feu de mon bureau principal, non loin de mes appartements avec Rhaenys. Je la laissais de plus en plus se reposer, avec sa grossesse qui arrivait à son terme. Un page m’annonça les prochains rendez-vous, dont le premier, Dame Isla Chelsted. L’épouse d’un officier de cavalerie mort à Wayfarer. Amie de Rhaenys. Je me rappelais des détails appris sur son compte. Me perds dans la contemplation du feu. Hurlements de dragons qui résonnent dans mon âme, cliquetis d’épées et murs d’Harrenhal dans le brasier. On annonce Dame Isla et je me retourne.


Belle, c’est le mot. Lueur dans le regard qui signifie sans doute humour, mais surtout intelligence. La Dame n’a que trop traîné sans doute pour se présenter, mais tout le monde est bien pris depuis Eysines et je viens finalement d’arriver que quelques semaines plus tôt. Je m’avance, raide de ma jambe gauche, de ma dernière bataille d’Eysines où le coutelas du Noir avait tranché trop de ligaments, endommagé trop de cartilages. Je m’incline, un peu raide. Et lui prends la main, l’effleurant de ma barbe et de mes lèvres pour un baiser poli alors que je montre l’immonde visage devenu le mien au fil des dernieres batailles.



| Dame Isla, quel plaisir et quel honneur que de rencontrer la veuve de Lord Chelsted, tombé à Wayfarer avec vaillance face à l’ennemi fanatique. Je vous présente une fois encore toutes mes condoléances, ma Dame. |


Je me retourne vers la tablette supérieure de mon bureau, près du feu, et lui indique un siège si elle veut prendre place tandis que je sers deux godets par habitude, avant de lui en tendre un.


| Il me plaît de faire enfin votre connaissance, même si j’en déplore les circonstances. Vous aviez bien reçu ma missive, Dame ? |




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Torrhen Braenaryon

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MessageSujet: Re: The War is Never Over   Jeu 27 Déc - 17:30



The War is Never Over




Tout était si étrange. Si étrange et si différent de ce qu’elle avait toujours connu. Isla n’avait vécu que sur Peyredragon, son île, son chez elle. Et depuis quelques mois, elle se retrouvait en terre étrangère. Les échos des batailles devenaient on ne peut plus concret pour elle quand elle voyait les visages torturés des soldats qui défilaient à présent à Fort-Darion. Ces hommes avaient connu l’enfer et Isla avait beaucoup de respect pour eux, tout comme la vision de Rhaenys et Torrhen. Rhae avait toujours été une idéaliste, voyant le monde à travers ses fusains et ses pinceaux et l’embellissant sur le papier. Harren l’avait muni d’un pinceau rouge en tuant ses frères et sœurs. La nouvelle de la chute du Noir avait empli le cœur d’Isla de joie. Aegon et Visenya étaient enfin vengés. Même si cela ne les ramènera pas. Rien ne pourra jamais ramener ceux qu’Isla a perdu. Et elle remerciait les Dieux de ne pas avoir perdu Rhaenys. Malgré la distance, elle lui est toujours très attachée et d’une loyauté sans faille. Isla pour l’heure, savourait son statut de veuve. Elle n’était pas le genre à étaler sa vie privée et nul ne savait que son époux la violait et pouvait se montrer particulièrement brutal à son encontre. Elle n’en avait jamais rien dit, pas même à Rhaenys. Peut-être même encore moins à Rhaenys qui s’en serait peut-être voulu. Après tout, la famille Targaryen avait béni l’union d’Isla.

Elle se souvenait parfaitement bien de l’annonce de la mort de son époux, il y avait quelques mois de cela. Cela lui semblait à la fois une éternité et un temps très court. Elle avait reçu un pli portant le sceau impérial. Torrhen Braenaryon avait lui-même pris la plume pour lui annoncer que son époux était tombé après avoir combattu vaillamment. Isla n’avait pas été emballée lorsqu’elle avait appris que Rhaenys allait s’unir à ce vieux loup du Nord, lugubre et bien trop âgé par rapport à elle. Elle ne s’était pas permise de s’en ouvrir à Rhaenys mais elle n’en avait pas pensé moins. Lorsqu’elle avait lu cette lettre empreinte de compassion et de délicatesse, elle avait eu la sensation de s’être trompée sur le compte de Torrhen Stark.

Depuis cette missive, les mois avaient passés. Le Noir n’était plus. Et Rhaenys portait la vie. L’ironie de la chose était plaisante. Isla avait rejoint donc Fort-Darrion et tentait de se faire à cette nouvelle vie. Il y avait nombre de personnes venues de différents horizons pour participer à l’Empire. Isla avait déjà croisé nombre de têtes couronnées dans les couloirs du château Salins. Elle avait toujours eu une grande ambition et entendait servir l’Empire du mieux qu’elle pouvait. Elle avait également conscience de la chance qu’elle avait d’être ici. Fille d’un petit noble sans trop de sous, elle avait eu l’opportunité de plaire aux enfants Targaryen et de devenir la conseillère de Rhaenys en termes de droit. Depuis qu’elle était à Fort-Darrion, elle n’avait pas beaucoup vu l’Impératrice qui se reposait au maximum. La délivrance ne tarderait pas et porter des jumeaux était éprouvant. Isla était particulièrement inquiète pour son amie, d’autant qu’elle avait eu à souffrir une tentative d’empoisonnement, fort heureusement déjouée.

La jeune femme pour l’heure, terminait de se préparer. Elle avait choisi de revêtir une robe au décolleté avantageux sans être vulgaire, elle était tout de même à la Cour. Et elle avait un rendez-vous de haute importance. Elle avait envoyé un billet à l’Empereur pour demander audience et Torrhen Braenaryon allait la recevoir dans quelques minutes. Elle vérifia que sa coiffure était bien en place, des larmes de cristal pendaient à ses oreilles, discrets et délicats. Elle sortit de ses appartements et se dirigea vers le bureau où l’Empereur recevait ses hôtes. Isla n’avait pas eu l’occasion d’être présentée à l’époux de Rhaenys. Il avait été bien occupé et elle comptait bien rattraper ce retard concernant l’étiquette.

Elle se présente devant la porte, attendant docilement que le serviteur l’annonce. Enfin, elle entre d’un pas assuré. L’homme est en face d’elle, face à la cheminée et se retourne. Il a de la prestance, c’est indéniable. Un charisme malgré son regard dur et froid. Un visage défiguré par les coups reçus en bataille. L’Empereur fait quelques pas vers elle et il traîne la patte, cela se voit. Il lui attrape la main et effleure à peine de ses lèvres sa main tandis qu’Isla se fend d’une gracieuse révérence, tête humblement baissée.

Je vous en sais gré, Majesté. Tout l’honneur est pour moi. Je tenais à me présenter et je vous conjure de pardonner mon retard dans cet exercice. Les jours défilent à une vitesse affolante, j’en ai peur.

Elle se dirigea vers la table et prit place dans le siège que l’Empereur lui avait désigné. Elle se saisit de sa coupe et le leva brièvement avant d’y tremper ses lèvres.

A l’Empire. Et à vos enfants à venir, à Rhaenys et vous.

Le vin était délicieux et Isla en reprit une gorgée avant de poser délicatement son verre sur la table.

Tout à fait, Majesté. Et je tiens à vous remercier pour vos mots qui ont été d’un profond réconfort à l’annonce de cette tragique nouvelle. J’étais très curieuse de faire votre connaissance, je dois bien l’avouer. Je connais Rhaenys depuis l’enfance et il me tardait de rencontrer enfin le grand Torrhen Braenaryion, anciennement Stark…

Elle lui adressa un sourire malicieux.

Comment vous portez-vous ? Les grandes victoires acquises par l’Empire ces derniers mois l’ont été au prix de lourdes pertes, j’en ai conscience. Mais notre vision, la vôtre, apportera je l’espère la paix à Westeros. Quand, là est la question en réalité…


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Isla Chelsted

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MessageSujet: Re: The War is Never Over   Jeu 27 Déc - 18:36

Les événements continuaient de se précipiter. Les bonnes nouvelles étaient suivies de moins bonnes, et ainsi de suite. Sans cesse. J’estimais que les choses se tasseraient un peu après l’accouchement de Rhaenys, car le dur de l’hiver n’était pas très loin et bientôt, tous les mouvements deviendront hasardeux, voire totalement dangereux. Je pensais bien qu’à ce moment-là on serait sans doute moins sous la coupe permanente du danger, encore qu’au sud le mauvais temps ne manquerait pas d’être moindre qu’ici, et sans doute les déplacements de flottes et d’armées continueraient à m’inquiéter. C’était cela qui m’épuisait le plus sans doute ; ce souci permanent de l’après, de ce que je risquais au fil du temps d’avoir à affronter. Toujours pire que le précédent. C’était la dure Loi du Règne ; plus on allait loin de temps et plus les épreuves étaient difficiles à affronter. Les raisons étaient multiples. Ce qu’on gagnait en expérience, l’ennemi le gagnait aussi. Et dans mon histoire personnelle, mes victoires ne me rendaient pas plus dangereux encore… Si on se rappelait de l’adage qu’on apprenait plus de ses défaites que de ses victoires. C’était facile de vaincre, jadis. La guerre contre Harren n’avait pas été compliquée à gagner. Elle avait été compliquée à terminer. Je devais préparer l’après malgré tout, si je ne voulais pas me laisser distancer par les événements.


Préparer le futur ne se faisait pal. Il ne se faisait pas qu’avec Rhaenys. Loin de là. Il fallait compter sur quantité d’individualités pour qu’une somme telle que l’Empire puisse naître. J’avais entendu parler d’Isla. Rhaenys m’avait parlé d’elle, un peu. Baratheon aussi, et Forel. Apparemment, la jeune femme avait quelques qualifications pour aider à l’administration. Je voulais voir ce qu’il en était, mais le temps comme les occasions ne s’étaient pas vraiment multipliées ces derniers temps. Elle vient à moi, habillée comme le serait Rhaenys, sans les mêmes moyens mais avec les mêmes goûts. Décolleté à son avantage, robe qui soulignait ses formes féminines sans trop en faire. Une femme belle, qui sait qu’elle l’est, et sans doute quels avantages elle peut en retirer. Sa coiffure est ouvragée sans être complexe. Belle donc, sans extravagance, mais sachant user de ses atouts. Une femme intelligente. Je devais m’en méfier, comme de toute personne qui savait utiliser ses qualités à son avantage. L’expérience de la monarchie m’avait appris que tout le monde attendait toujours quelque chose de nous. Je me tiens en face d’elle, fier, malgré mon visage. Fier parce que j’étais l’Empereur, et que moi aussi je savais ce que je valais dans quels domaines je valais quelque chose. Sa révérence est quant à elle parfaitement maitrisée.



| Il n’y a rien à pardonner, ma Dame. Nous sommes tous occupés, et l’affliction qui est la vôtre je l’ai aussi partagée. Je connaissais mal votre époux, mais voir des hommes tomber sur le champ de bataille ne tranquillise personne, et surtout pas moi. |


Je la regarde s’asseoir suite à mon invitation, puis prendre la coupe que je lui tends. Elle porte un toast, appelant ma femme par son prénom plutôt que par son titre. Moyen je pense, de prétendre à une grande proximité avec elle. Je ne savais toutefois pas jusqu’à quel point, même si Rhaenys avait laissé entendre que la jeune femme lui avait été très proche. Connaissant mon épouse, très proche pouvait vouloir signifier beaucoup de choses différentes. La belle me remercie pour ma missive, mais de l’honnêteté de ses paroles je ne saurais m’avancer. Elle semble avoir fait son deuil, quoiqu’il en soit, et manifeste de la curiosité. Ses paroles ne semblent pas marquer la moindre retenue vis-à-vis de l’Empire. Je m’assieds donc en face d’elle sur l’autre siège ; d’un côté le tapis et le feu de cheminée ravivé par les aides, de l’autre le bureau remplit de documents. Je prends le temps de savourer le vin.


| Je me porte bien, malgré les apparences. Un an et demi de campagnes, de victoires et d’épreuves comme je n’en avais jamais connues. Mais j’ai eu pour les affronter plus de soutiens que je n’en avais jamais eu jusqu’alors dans mon existence. A commencer par mon épouse que vous dites connaître de longue date. Sans elle, le Nord n’aurait pas survécu, l’Empire n’aurait pas existé. Et sans moi, je gage que Peyredragon aurait été dévastée. Ensemble, nous avons fait preuve d’une force que notre ennemi n’imaginait pas. |


Je rebois à mon verre, avant de reprendre.


| Vous vouliez jauger votre Empereur ? Alors que pensez-vous de moi, de prime abord ? Je gage que je ne suis sans doute pas l’époux qu’une native de Peyredragon aurait imaginé –ou souhaité- pour votre jeune Reine. Il s’avère que je n’aurais pas moi-même envisagé d’en arriver là. Votre amie s’est montrée persuasive, à un moment où le destin de nos deux royaumes s’est retrouvé dans la balance. Nous unir ou mourir. C’est cela, son propre sacrifice, qui m’a donné l’idée de l’Empire. Même si les épreuves se sont multipliées depuis notre couronnement, nous avons tenu bon, et les victoires ont fini par se concrétiser. Mais vous avez toutefois raison ; elles nous ont coûté cher. Pas tant qu’elles auraient pu, mais toujours plus que ce qu’on aurait pu souhaiter. Dont votre mari à Wayfarer, que l’on dit avoir été fort brave en chargeant avec la chevalerie de Peyredragon. Je fais mon possible pour atténuer la peine et la charge qu’est la mort d’un époux à la bataille, pour les familles qui ont servi l’Empire. S’il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour vous aider… |




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Torrhen Braenaryon

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MessageSujet: Re: The War is Never Over   Ven 28 Déc - 21:14



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Le destin d’Isla, comme nombre de personnes à Westeros était intimement lié à l’Empire depuis qu’elle avait fait sien le combat de Rhaenys pour l’unification. La tâche ne serait cependant pas aisée. Il est toujours plus facile d’éliminer des ennemis farouches que d’user de diplomatie pour rallier des confrères couronnés. Isla était convaincue qu’une seule armée unie derrière un seul chef avec un seul objectif était plus efficace que cinq armées qui avaient des visées différentes. Le risque en remportant la guerre contre Harren était de perdre de vue l’objectif de réunification. La jeune femme pensait au fond que Harren rendait service à l’Empire, tout horrible soit-il. Il était l’incarnation de ce qu’il fallait combattre. Les Royaumes s’unissent facilement contre un ennemi commun. Du moins plus facilement que lorsqu’il n’y a pas de grand méchant. Une fois détruit, la discorde était l’ennemi suivant. L’individualité des différents Royaumes risquait de réapparaître en force, en refusant de céder à la cohabitation qu’imposait l’Empire.

Isla était ravie de rencontrer enfin l’Empereur. Elle avait envie de se forger une opinion sur lui car si au départ, elle n’était pas spécialement emballée par le choix de Rhaenys, elle reconnaissait s’être peut-être trompée sur son compte. Aussi était-ce l’occasion d’en apprendre plus sur lui, de voir de quel homme il s’agissait. La jeune femme ignorait ce que l’Impératrice avait dit à son époux la concernant. Elle doutait que Torrhen sache précisément le degré d’intimité qu’elles avaient partagée. Orys avait peut-être aussi parlé d’elle à l’Empereur. Orys… Cela lui avait immensément plaisir de le revoir et avait ravivé des sentiments qu’elle avait enfoui au plus profond d’elle-même pour ne pas blesser son amie dragonne. Pour l’heure, elle contemplait l’Empereur, le jaugeant. C’était prétentieux, sûrement. Mais après tout, elle était une femme intelligente qui pouvait bien avoir une idée d’un homme, même Empereur. Isla est méfiante mais surtout secrète de nature. Elle perçoit la même curiosité chez Torrhen que chez elle. Il doit vouloir en savoir plus, comment Isla a-t-elle grandi aux côtés de celle qui est à présent sa femme. Isla le trouve usé, fatigué. Il n’est pas si âgé mais les batailles qu’il a traversées l’ont profondément marqué. Pourtant, il se dégage de lui une certaine prestance, une majesté qui va bien au rôle d’Empereur. Il habite la fonction. Mais c’est l’homme derrière le masque qui intrigue Isla.

Vous êtes bien aimable, votre Majesté Impériale. Malheureusement, je ne peux pas dire que je connaissais bien mon époux. C’était un homme assez réservé et secret à mon endroit. Je gage que ses frères d’armes l’ont bien mieux connu que moi…

Elle n’en dit pas plus, se contentant d’un sourire triste. L’Empereur pouvait mettre cette tristesse sur le compte de son deuil. En réalité, Isla revoyait ces années perdues à subir les assauts d’un vieil homme qui la dégoûtait et la frappait à l’occasion. Mais elle avait bien trop honte pour en parler à qui que ce soit, encore plus à Torrhen Braenaryon.

Isla s’est assise et elle regarde Torrhen en faire autant, traînant la patte pour s’assoir en face d’elle. De la puissance, voilà à quoi on pense en contemplant l’Empereur. Un homme qui porte la droiture et le sens de la justice sur son visage se dit-elle, entre les balafres et les cicatrices. Les paroles de l’homme la confortent dans le fait qu’il est un homme de terrain, un homme qui a conscience aussi de ses propres limites. Il ne fanfaronne pas. Ne se vante pas de ses victoires qui sont pourtant nombreuses en un an et demi. Non. Et c’est tout à son honneur. Il a également la modestie d’évoquer ses nombreux alliés. Cela dénote sans doute d’un sens de l’honneur et la fidélité à ceux qui l’ont aidé. Autant de points sur lesquels Isla se retrouve. Elle sourit.

Il est clair que votre apparence… laisse penser que vous êtes très fatigué, on le serait à moins. L’union du loup et du dragon était une nécessité, Rha… L’Impératrice me l’avait dit à l’époque. Mais j’ai l’impression que vous avez trouvé bien plus l’un avec l’autre, si vous ne me trouvez pas trop cavalière pour vous le confier. Et j’en suis ravie. Vous avez su utiliser vos forces ensemble, œuvrer de concert et pallier aux faiblesses de l’autre. C’est réellement admirable pour une union de raison.

Tout le monde n’avait pas l’art de faire d’un mariage arrangé un moteur puissant de réussite. Et on peut dire que sur ce point, l’Empereur et l’Impératrice faisaient force d’exemple. Elle but à nouveau une gorgée du vin. Vraiment excellent.

En effet, j’ai connu Rhaenys lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant, tout comme moi. Mon père m’avait envoyé au château des Targaryen pour que j’y apprenne les rudiments de la bonne conduite et que je reçoive une éducation digne de ce nom. J’ai eu la bonne fortune de plaire aux enfants Targaryen et j’ai noué une amitié avec Rhaenys et Orys particulièrement.

Elle eut un sourire tendre. C’étaient des souvenirs heureux. Des souvenirs qui lui paraissaient remonter à une autre ère. Les questions du souverain l’amusèrent. Il était franc et elle n’en attendait pas moins de lui.

Je le reconnais bien volontiers. Et pour être franche, je vous considérai comme un obscur homme du Nord, barbu, terrible et grognon. Elle rit brièvement. Lorsque l’Impératrice m’a informé qu’elle allait vous épouser, j’ai cru qu’elle avait perdu l’esprit, il est vrai. Mais votre missive m’a touché réellement. Ce n’étaient pas les mots froids et neutres d’un homme sans cœur. Alors disons que je vous laisse à présent le bénéfice du doute, fit-elle, un sourire taquin sur les lèvres.

Je pense que vous êtes un homme droit et juste. Et que vous ferez un excellent Empereur. Cela vous a déjà coûté énormément. Vous mettez votre devoir au-dessus de tout et c’est quelque chose que je respecte beaucoup.

Les paroles de l’Empereur concernant son époux effacèrent son sourire un bref instant.

Croyez bien que je vous remercie pour votre sollicitude, Majesté. Il n’y a hélas pas grand-chose à faire pour atténuer ma peine. Je suppose que lorsque ma période de deuil sera passée, je devrai sûrement reprendre époux et que vous et l’Impératrice déciderez à qui je devrai m’unir. L’Empire pourrait m’utiliser à bon escient pour tisser des relations diplomatiques. J’espère seulement ne pas avoir à m’éloigner de l’Impératrice si cela est possible…


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MessageSujet: Re: The War is Never Over   Mer 2 Jan - 22:53

Je ne savais pas très bien quoi dire d’intelligent dans ce genre de circonstances, alors je laissais toujours parler la force de l’habitude. Il était clair à mon sens que rien de ce que dirait un chef de guerre ne saurait vraiment réconforter l’épouse d’un guerrier disparu. Si elle l’avait aimé, à quoi pouvait bien servir le réconfort d’un comportement héroïque, ou d’une victoire finale gâchée par la perte de l’être aimée et de tout ce qui faisait que l’avenir aurait pu rayonner pour soi, son couple ou sa maison ? Il y avait quand même l’utilité à une mort, si tant est que la personne soit réceptive à ce genre d’argument. Le sacrifice pour les autres, le don de soi pour une cause, et c’est encore mieux quand elle est noble. Au moins pouvait-on se bercer de doux songes, de réflexions réconfortantes, à propos de l’être disparu. Je me rappelais de mes frères pour leur valeur et pour leur sacrifice à la grande cause de la survie de notre pays, de la sauvegarde de notre liberté et de nos traditions de nordiens.


Ca n’avait jamais suffi à amoindrir ma peine, mais ça avait toujours largement contribué à la rendre supportable. J’espérais qu’il en allait de même pour la jeune femme. Je ne la connaissais pas, mais sachant qu’elle était une amie de Rhaenys je l’imaginais gentille et loyale, sans vraiment en avoir de certitude, mais je nourrissais de la compassion pour les gens qui avaient perdu des proches à cause de mes décisions prises sur le champ de bataille. Je me rendais compte que nous savions tous tellement peu de choses les uns sur les autres, avec cet amalgame de peuples, de maisons et de coutumes que devenait l’Empire à chaque jour qui passait. J’espérais qu’aucun de mes mots ne puisse égratigner la fierté insulaire de la Chelsted. J’ai envie de me toucher la cicatrice qui me barre le visage du front aux lèvres, en remontant sur la pommette. Mais en faire le tracé, même d’un geste machinal, j’avais bien vu quel malaise cela faisait naître chez les gens. Je hochais doucement de la tête quand elle parlait de son mari. Les mariages arrangés faisaient rarement des heureux.



| J’en suis doublement au regret alors. |


Que dire de plus ? je ne connaissais pas Chelsted. Il aurait pu être le dernier des salauds avec les femmes que je ne l’aurais jamais su. Ou elle, la pire des garces. Je n’en savais rien et ce n’était pas vraiment mon affaire, ni mon avantage, que de le savoir. Quand on ne connaissait pas la personne avec qui on partageait sa couche, c’était forcément que l’on était malheureux. Je ne soufflais mot, bien conscient d’une réalité sociale contre laquelle je ne pouvais rien du tout, pas même un peu. J’espérais que l’effervescence de Fort-Darion ne manquerait pas de la dérider un peu, mais ce n’était qu’un vœu pieux. Je souris quand elle parle de mon apparence. Fatiguée. Je ris pour de bon, d’un petit rire sans joie contre le godet que je sirote, pensif.


| Fatigué. C’est joliment dit. C’est vrai que l’on pourrait presque prendre mes balafres pour des rides, si l’on est ivre, dans le noir, ou trop poli pour parler de ces choses. |


La jeunette s’ouvre, pourtant. Dit penser que nous avons plus trouvé qu’un mari et qu’une femme en nous mariant, avec Rhaenys. Elle n’a pas tort, même si je me demande d’où lui vient cette assurance. Elle l’explique en parlant de force commune et rassembleuse, de faiblesses dépassées. Je lui lève ma coupe.


| Ravi que vous le pensiez ; c’était l’esprit même de cette union depuis le tout début. |


Nous étions si différents… Et ce n’était pas qu’une impression. Physiquement, culturellement, dans notre mode de pensée et de fonctionnement même… La jeune femme décrit sa relation avec Rhaenys, leur éducation commune visiblement. Je commence à me demander à quel point cette femme peut être, en plus du reste, relativement dangereuse. Si elle a connu Rhaenys et Orys, il est possible qu’elle connaisse les petites incartades morales de mon épouse, qui déjà à l’époque aimait plus que de raison ses frères et sa sœur, d’après ce qu’elle m’avait raconté. Quoiqu’il en soit, la dame ne va pas plus loin et semble nourrir de bons souvenirs de cette époque. Je ris de nouveau de bon cœur, d’un rire rocailleux, quand elle me dépeint comme le triste sire d’une contrée sauvage, avec qui elle craignait que sa Dame ne se compromette.


| Vous êtes bien bonne, ma Dame, mais sachez que sans le doute aujourd’hui, je serais mort dans la boue du Conflans, sans avoir su fédérer personne. Mais vous voyez maintenant quel jeune et fringuant héros a épousé votre amie et vous voilà donc rassurée. Cela dit je suis bien barbu, certains me dépeindraient comme grognon et beaucoup plus encore me diraient terrible, sans nul doute. |


Je ris encore, en nous resservant dans nos coupes. Puis je l’écoute parler de son futur remariage. Et de sa volonté de ne pas quitter Rhaenys.


| C’est le Régent de Peyredragon qui décide de ce genre de choses, désormais. Vous le connaissez bien à ce que vous dites, mais vous remarier n’est pas une priorité si ce n’est pas ce que vous souhaitez. Vous parlez de tisser des relations diplomatiques. A quelle tâche pourrions-nous vous user, ma Dame ? |


Et voilà, je parlais à nouveau comme un général. Plus fort que moi.




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MessageSujet: Re: The War is Never Over   Sam 5 Jan - 0:14



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Il était naturel que l’Empereur tente de se montrer aimable envers elle et compatisse à la perte de son époux. Il ne devait pas le connaître plus que cela. Mais Isla ne ressentait nullement de la peine pour feu Lord Chelsted. Et elle n’était absolument pas décidée à révéler à l’homme en face d’elle dans quel état d’esprit elle se trouvait. Il ne pourrait comprendre ce genre de choses. Isla savait que l’Empereur avait perdu des êtres chers. Mais il n’avait jamais connu le corbeau qui apporte la nouvelle de la mort d’un combattant au loin. Isla essayait d’écarter les souvenirs qui revenaient à son esprit lorsqu’elle pensait à l’annonce de la mort de son époux. Car la seule réaction que cela provoquait était un soulagement extraordinaire et un sourire menaçait de se dessiner sur ses lèvres. Comme elle ne connaissait pas l’Empereur, elle préférait ne pas révéler ce qu’elle ressentait au fond d’elle.

Malgré cela, elle était touchée de la compassion que lui montrait Torrhen. Rien ne l’y obligeait. Elle gardait donc un regard triste et un sourire doux aux lèvres. Il pourrait comprendre ce qu’il veut. Elle était sensible au fait qu’il cherchait à la soulager de ses souffrances. Nul doute que quelques paroles pleines de bienveillance avaient dû lui faire du bien lorsqu’il avait perdu frères et épouse. Elle ne se permettrait pas de poser ce genre de questions. Mais l’Empereur avait dû souffrir lui aussi. Beaucoup. C’était également ce qui faisait de lui un homme dur. Isla aurait aimé en savoir plus sur lui. Allait-elle oser poser la question ? Elle garda le regard dans le vague. La voix de l’Empereur rompit le silence. Elle plongea son regard dans le sien. Décidément, il était plein de délicatesse. Elle ne put s’empêcher de lui sourire encore. Rhaenys avait bien choisi son allié.

Je suis sincèrement touchée de vos sentiments à mon égard.

Bien sûr, Torrhen Braenaryon ne connaissait pas son époux. Il allait à la mort en compagnie d’hommes dont il ne savait rien. C’était étrange la guerre. Elle faisait des alliés d’hommes qui ne partageaient rien et qui pourtant étaient prêts à mourir côte à côte. Pour le moment, l’image qu’elle avait de lui était plutôt bonne. Qu’aurait-il pensé des violences qu’elle avait subi ? Il se met à rire, déformant les cicatrices qui parcouraient son visage.

Je suis polie, Majesté. Mais je trouve que ces cicatrices vous donnent un air impressionnant et force le respect. Ce sont les marques de vos victoires, n’en ayez pas honte. Vous restez bel homme malgré elles.

Isla s’arrêta un moment. Elle espérait ne pas être trop cavalière. Elle avait toujours été quelqu’un de franc. Et elle trouvait l’Empereur bien de sa personne. Elle lève sa coupe en réponse au geste de l’homme.

Pardonnez ma curiosité, Majesté… L’Impératrice vous a plu dès le début de vos fiançailles ?

Elle se demandait comment la relation entre l’Empereur et l’Impératrice s’était développée. Elle enchaîna ensuite sur sa propre relation avec Rhaenys. Torrhen l’écoutait. Que savait-il exactement sur le passé de son épouse ? Elle se doutait que l’Impératrice lui avait forcément fait des confidences. Mais jusqu’à quel point ? Lui avait-elle dit qu’elle avait partagé la couche d’Aegon en même temps que la sienne ? Que Rhae et elle avaient également passé du bon temps ensemble seules ? Qu’Isla avait perdu sa virginité avec Orys ? Sur ce dernier point, Isla avait des doutes. Le rire rocailleux de l’Empereur avait une chaleur contagieuse et Isla éclata de rire.

Je vois ça en effet, quel héros ! Je suis pleinement rassurée. Mon amie l’Impératrice a bien de la chance… Grogon, barbu, terrible, mais jeune ?

Elle fit une moue amusée. Elle le taquinait bien sûr. L’homme était plaisant et sa compagnie agréable pour l’heure. L’Empereur ressert sa coupe et elle trempe ses lèvres dans le breuvage délicat. L’homme évoque Orys et son remariage avant de lui demander en quoi il pourrait l’utiliser pour le bien de l’Empire.

Oui, je connais très bien le Régent. J’évoquerai cela avec lui. Je sais que les relations diplomatiques ne sont guère au beau fixe entre l’Empire et le Val ou le Bief. N’y a-t-il pas possibilité d’utiliser mes capacités à me montrer aimable et courtoise pour faire basculer un de ces Royaumes ? Et si ma prochaine union peut profiter également à l’Empire, je suis également prête à remplir mon devoir.


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MessageSujet: Re: The War is Never Over   Lun 7 Jan - 22:45

Je savais y faire avec les gens. J’arrivais à faire naître de l’intérêt, à entretenir la curiosité que l’on nourrissait pour moi, pour mon statut, et souvent, pour ma légende. J’arrivais à capter l’intérêt de cette femme, je le voyais maintenant. Elle était curieuse, parce qu’elle était connaissance et amie de jeunesse de Rhaenys. Elle avait un intérêt personnel de toute évidence, à en savoir le plus possible sur moi. Pas pour me donner son approbation, il serait clair pour tout observateur que je n’en avais nul besoin et que ce serait d’une arrogance suprême que de le considérer ainsi. De mon côté, je n’avais rien contre le fait de m’attirer ses bonnes grâces. Déjà parce qu’elle semblait d’un naturel agréable, ensuite parce qu’elle était la veuve d’un homme sacrifié sur le champ de bataille, et enfin, parce qu’elle restait Dame du Royaume de Peyredragon et donc, qu’elle n’était pas dénuée d’influence, loin de là. Cette femme pouvait m’aider ou au contraire, me poser des difficultés, qu’il s’agisse de mon mariage, ou de ma gestion de certains territoires.


Elle semble touchée, émue quelque part, du fait que je me rappelle de son mari et que je lui porte attention de la sorte. Je continuais sur ma lancée, inclinant poliment la tête quand la belle me remercia. Ca allait de soi, comme comportement, et je n’avais pas besoin de produire d’efforts particuliers pour me montrer sous ce jour. L’habitude de deux décennies et demies de guerres, qui avaient lourdement prélevé sur les effectifs à chaque fois, toujours un peu plus que la fois précédente… Je ris de bon cœur quand elle parle de mon physique, et souligne le côté « impressionnant » de celles-ci, et se permet de me donner un conseil, qui me réveille, alerte. Que devais-je y voir concrètement ?



| Vous avez tout à fait raison. De toute manière, je suis comme je suis. Plus rien ne me changera à présent… Sauf si je continue de parer des coups avec la tête, évidemment. | légère saillie sur mon aptitude à toujours en prendre plein le visage | Vous êtes bien bonne à mon endroit, ma dame. |


Pourquoi passer ainsi les convenances alors que nous nous connaissions à peine ? Elle me rappelait forcément quelqu’un, avec toute cette franchise, y compris sur un registre des plus personnels. Je me demandais pourquoi elle me disait cela. La discussion ne se faisait pas vraiment en ces termes, et il n’y avait nulle concupiscence dans ce regard… Qui aurait été malvenue, compte tenu de son veuvage. Il remontait déjà à plusieurs mois et j’étais homme marié… Même si c’était vrai que je connaissais la légèreté des mœurs du sud, on m’en avait montré tant de preuves au fil du temps que je ne pourrais plus le nier aujourd’hui. Je suis pris un peu plus par surprise par sa question suivante. Comme si le mariage était question de goût…


Pas au départ en tout cas.


Je n’étais pas totalement franc avec la jeune femme, parce que ses questions venaient vite et que je ne la connaissais pas, je ne savais pas ce qu’elle ferait de ma franchise ou de la vérité qui était la mienne. Dans ce cas là, je préférais rester prudent.



| Plutôt, oui. Elle a brillé lors de notre rencontre, où elle a su prouver en quelques instants la force de sa conviction, de sa détermination. Sa verve aussi. Et bien sûr, sa beauté. C’est finalement sa franchise et son honnêteté qui m’ont convaincu pour les fiançailles. Et Sa Grâce ne m’a jamais donné matière à regretter mon choix, loin de là. |


La situation était bien sûr plus complexe que ça. A vrai dire, notre première rencontre ne s’était pas spécialement bien passée. Nous avions raté l’occasion de déjà devenir alliés lors de notre rencontre. Mais je l’avais vite aimée, ensuite. Une fois que nous avions eu, à Blancport, cette discussion à cœur ouvert… Dont je ne pourrais jamais dévoiler la teneur à qui que ce soit. La jeune femme rit de mes plaisanteries, et je souris de toutes mes dents, sous ma barbe.


| Tout ça à la fois, en effet. En toute modestie, bien sûr. | convenais-je d’un mouvement convenu du godet dans sa direction


Elle semble amusée, détendue, et dit maintenant qu’elle connaît bien le régent. Ah, enfin quelque confidence et quelque information d’importance. L’Empire et le Bief et le Val. Elle avait raison, et semblait souhaiter une mission diplomatique. Je lui offrit une moue circonspecte, pas tant par rapport à ses capacités comme j’allais le lui dire, mais plutôt par rapport à la situation.


| La guerre avec le Bief n’est pas proche d’une résolution et avec le Val, la situation est tout aussi complexe. Mais vous parlez de votre prochaine union, vous souhaitez déjà vous remarier ? |


Vraie curiosité, nul jugement. Dans le Nord, on mettait plus de temps avant de se remarier.





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MessageSujet: Re: The War is Never Over   Dim 13 Jan - 14:11



The War is Never Over




Pour devenir ce qu’il était, un chef de guerre renommé et un souverain aimé de son peuple, nul doute que Torrhen Stark était un bon juge de la nature humaine. Aussi, Isla n’avait aucune illusion, elle savait qu’il la percerait à jour assez vite. Fort heureusement, la jeune femme avait de bonnes intentions vis-à-vis de l’Empereur. Elle souhaitait seulement en savoir plus sur lui, pourquoi pas sympathiser avec celui qui était l’époux de son amie d’enfance et également servir l’Empire. Isla avait toujours eu de l’ambition. Non pas l’ambition aveugle et manipulatrice du jeune loup prêt à sacrifier des êtres chers pour monter dans la hiérarchie, non. C’était plutôt l’ambition d’aller loin pour les idéaux qu’elle défendait car elle avait conscience de sa valeur. Non pas qu’elle soit imbue d’elle-même. Mais elle avait conscience de ses points forts comme de ses points faibles. Elle ignorait pour l’heure jusqu’à quel point Torrhen comptait l’utiliser. Les souverains voyaient leurs sujets comme des pions, même sans le vouloir. Quel bénéfice pouvait-il retirer de la jeune femme ? Elle était influente à Peyredragon mais n’avait que peu de poids pour le moment au sein des Royaumes. Mais elle apprenait vite et elle était intelligente.

L’Empereur perçoit son émotion et elle lui en sait gré. Il est délicat et cela la surprends plutôt positivement. Elle ne s’attendait pas à un homme à la sensibilité affichée. Isla avait encore cette image galvaudée du vieux loup du Nord austère et solitaire au cœur de glace. Torrhen Braenaryon ne correspondait donc pas complètement à cette définition. Isla devinait que cette image devait cependant lui être utile dans certaines circonstances. Il devait en jouer parfois et inspirer ainsi la terreur auprès de ses ennemis. Un bon monarque savait construire son image patiemment et utiliser les on-dits à son avantage. Le rire rocailleux de Torrhen était communicatif.

Excusez ma franchise, Majesté. Ce n’est nullement une volonté de ma part d’être cavalière mais j’ai tendance à dire sincèrement le fond de ma pensée. Je ne veux aucunement vous gêner.

Il est vrai que les coutumes de Peyredragon étaient bien différentes de celles du Nord. Les Nordiens étaient renfermés et n’exposaient nullement leurs sentiments, contrairement à son peuple. Les mœurs chez eux étaient beaucoup plus libres. Isla n’était pas une femme aux mœurs si légères que cela. Depuis son veuvage, à Peyredragon, elle n’avait eu aucun homme dans sa couche alors même que les prétendants ne manquaient pas. Elle était libre certes, mais cela ne signifiait pas qu’elle se laissait aller avec le premier venu. Elle n’était pas venue rencontrer l’Empereur pour ce genre de choses, bien que son physique ne la laissât pas indifférente. Certes, il était balafré atrocement mais son charisme était indéniable. La question qu’elle posa sur l’union de l’Empereur et de Rhaenys sembla le surprendre. Elle lui adressa un sourire en même temps qu’une curiosité bien naturelle se voyait clairement dans ses yeux. Lorsqu’il évoqua Rhaenys, un sourire tendre s’égara sur les lèvres d’Isla avant même qu’elle puisse le réprimer.

Oui, je reconnais bien là l’Impératrice. La description lui est fidèle. C’est une femme extraordinaire. Il n’y en a pas deux comme elle. Elle a beaucoup souffert mais cette souffrance ne l’a poussé qu’à devenir meilleure encore. Peu d’êtres sont capables d’utiliser leur douleur pour forger la volonté de bâtir un monde meilleur…

L’admiration que portait Isla à Rhaenys était évidente. Et elle n’en avait nulle honte. Elle éclata de rire à la remarque de l’Empereur.

La modestie fait donc partie de vos nombreuses qualités ? Pardonnez-moi, Majesté, je ne m’en étais pas aperçu.

Son air taquin était réapparu. Torrhen ne semblait offusqué de ses premières boutades, aussi en concluait-elle que ce type d’échanges l’amusait. Lorsqu’elle aborde sa connaissance du régent, elle sent un regain d’attention de la part de l’Empereur. Bien sûr, il souhaite avoir des informations sur elle, elle le sait. Et elle les distille au fur et à mesure. En même temps qu’elle en apprend sur lui, c’est un échange après tout.

Je ne vais pas vous mentir, Majesté. Mon précédent mariage n’a pas eu l’heur de m’apporter la joie. C’est ainsi. Je ne suis pas une jeune pucelle écervelée qui considère que l’amour est ce qu’apporte le mariage. Le mariage apporte avant tout des alliances solides. Je suis noble de Peyredragon et je suis veuve. J’ai juré de donner ma vie à l’Empire et je ferai ce qui doit être fait. Je vais être franche, Majesté, j’ai toujours nourri une grande ambition, l’Impératrice pourra vous le confirmer. Ne vous méprenez pas. Je ne suis pas une ambitieuse machiavélique et cruelle qui ne considère que sa propre ascension. Je suis dévouée aux causes auxquelles j’ai prêté serment. Mais je souhaite jouer un rôle de premier plan. Si ma prochaine union peut aider l’Empire, j’y suis résolue.


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MessageSujet: Re: The War is Never Over   Mer 16 Jan - 22:32

Je comprenais le désir de la Chelsted de s’impliquer, pour plusieurs raisons. Il n’en restait pas moins que c’était tôt, et que ça ne correspondait pas tant à la stratégie de l’Empire, ni même aux limites définies par sa constitution. Elle n’était peut être pas au courant de tout… Mais elle essayait peut être simplement de se placer. Etrange quand même, de demander une ambassade en terre lointaine compte tenu de sa proximité retrouvée avec l’Impératrice, qu’elle pouvait aussi demander un poste beaucoup plus proche. IL me semblait que Rhaenys avait évoqué des talents de juristes et d’historienne, des qualités certaines en connaissance des textes et du droit canon des vieux codes juridiques ayant émaillé la vie institutionnelle de Westeros. Pourquoi la diplomatie, alors ? Cela l’éloignerait, et elle était veuve. Ce n’était pas convenable au Nord de laisser une jeune veuve se saisir d’une mission aussi importante. On considérait sans doute niaisement les personnes en période de deuil incapables des qualités pour une bonne diplomatie mais…


De toute façon la question n’était pas là. Nous n’avions plus de véritables relations avec le Val, qui ne savait pas quoi faire, ni comment. Pareil avec l’Ouest, sauf qu’eux savaient quoi faire, et comment. Ils jouaient à un autre jeu que le notre. C’était évident. Les seuls liens que je conservais à dessein et par nécessité avec ce royaume, étaient ceux que je partageais avec ma fille. Et le Bief… Le Bief, je ne savais quoi en faire. C’était un ennemi massif à abattre et il n’était pas question de transiger là-dessus. Quant à envoyer quelqu’un auprès du Gardener, ne verrait-il pas cela comme une intrusion forcée, comme une mise sous tutelle ? Le connaissant, chaque geste dans sa direction serait perçu comme une menace et une insulte.



| Vous ne me gêneriez pas, même avec tout l’aplomb du monde, ma Dame. |


J’avais connu bien pire, auprès des rustres qui m’entouraient depuis ma jeunesse, des soldats et des ennemis de toutes sortes, des seigneurs qui avaient sans cesse des sujets à aborder, et la volonté de se montrer outrecuidants, voire carrément insultants pour certains d’entre eux. Elle était fraîche et naturelle. Peut être un rien trop heureuse de vivre malgré le drame qui l’avait touchée, mais ce n’était que du conservatisme puéril ; j’avais acquis l’expérience au fil des années des gens qui réagissent simplement différemment aux deuils et aux histoires. J’incline la tête, pensif, à ce qu’elle me disait sur Rhaenys.


| Dommage que vous ne l’ayez remarqué plus tôt… C’est cette humilité qui me guide en tout chose. Vous avez en tout cas de l’avoir très bien connue, et je retrouve dans vos mots tout ce que j’ai constaté moi-même. Rhaenys est une force de la nature. Si dissemblable à ce que l’on connaît au Nord que j’ai mis du temps à la connaître et à la comprendre, mais maintenant… Et vous dame, à quoi vous sert votre souffrance ? |


On en venait au cœur véritable de la rencontre et de la conversation. Qu’est ce qui la motivait à ne pas rester en ses terres, à panser ses plaies et à attendre des jours meilleurs pendant que l’époque des bains de sang n’était pas terminée ? Je l’écoute me raconter qu’elle n’a pas eu la joue attendue de la part du mariage qu’elle avait connu. On parle mariage, donc, car c’est ce qu’elle souhaite faire pour nous. Je la toise avec un mince sourire de connivence quand elle me dit qu’elle n’est pas une ambitieuse machiavélique.


| Vraiment ? c’est dommage, c’est tellement plus facile de négocier avec des personnalités vénales, je suis déçu… |


Bien sûr, ce n’était absolument pas le cas. Je réfléchissais un instant à sa proposition.


| C’est encore tôt. Même si je regrette que vous n’ayez pas été heureuse lors de votre premier mariage, il serait inconvenant que remariage il y ai aussi tôt. Je garde votre proposition en tête, et elle sera récompensée par quelque chose d’un peu mieux, je l’espère, que votre précédente union. Ne me dites pas que vous veniez me voir avec déjà une idée précise d’un prétendant potentiel ? | dis je en resservant un godet à chacun.





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