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La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)
MessageSujet: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Mar 28 Aoû - 12:07

La Veuve et l'Empereur« La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé. »
Orane
Whent
Torrhen
Braenaryon
Le chagrin était un poison. Il avait rendu particulièrement difficile les jours qui avaient suivi la mort de Dorian, menaçant à chaque instant de briser sa pauvre veuve en deux. Pendant quelques temps, Orane avait été de feu et de glace, comme si elle marchait au bord d'un précipice en fixant l'insondable abîme qui, d'un moment à l'autre, pouvait l'engloutir toute entière. Au paroxysme de la douleur, toute force et volonté de vivre semblaient quitter son corps. Deux jours entiers, elle avait gardé le lit sans dire un mot, ses yeux vides fixaient le plafond au dessus de sa couche dans le vain espoir d'y voir apparaître quelque signe qui la sortirait de son apparente torpeur. Sa suivante avait veillé à son chevet, plus fidèle que jamais. Le mestre s'en était venu également pour trouver un remède à son état, malheureusement il n'était pas de son domaine de soigner les afflictions de l'esprit, seul le temps pouvait lui apporter une sorte de consolation. Alors ils avaient attendu qu'Orane elle-même fasse l'effort d'aller mieux, puisque personne ne pouvait le faire à sa place.
Au matin du troisième jour, un corbeau apporta une missive de Château-Vyprin qu'on lui lut dés l'aube. La lettre était signée de la main de son frère qui annonçait son départ du domaine familial et une arrivée prochaine en les murs de la nouvelle capitale. À sa demande, il était passé par Vivesaigues pour apporter la funeste nouvelle à sa jeune nièce. Jaime était un homme de peu de mots, ses missives étaient toujours très brèves et, sur ce sujet, il se contenta d'une simple phrase :

Morgane est forte.

Cette affirmation lui arracha une larme. Morgane avait toujours été bien plus forte qu'elle ne l'était, cela ne faisait aucun doute. À l'inverse, Orane s'était emmurée dans sa tristesse et sa solitude, elle les avait laissées l'abattre. Alors que sa fille avait infiniment besoin de sa présence, elle l'avait abandonnée. Et maintenant que leur avenir était tout sauf certain, elle avait baissé les bras. Morgane, dont l'esprit était aussi vaillant et courageux que celui de son père, n'en aurait rien fait. Il était temps, peut-être, d'accepter son infortune et de mettre sa peine de côté pour sauver le peu de famille qu'il lui restait. Et sur cette pensée, Orane avait décidé de se reprendre en main.
Il avait fallu une autre journée pour la remettre sur pieds. Pendant deux jours, elle avait refusé de manger et sa silhouette s'était amaigrie, son teint avait pâli. Quand elle fut enfin en état, on la drâpa dans ses vêtements de deuil comme la tradition l'exigeait, sa suivante fit de même par solidarité et toutes deux quittèrent la chambre qui avait été le théâtre de son désespoir. Il n'était plus question de se briser, de se laisser dévorer par ses émotions. Orane était devenue de facto chef de famille, et son objectif était d'en assurer la survie.

Elle arpenta les couloirs de la forteresse d'un pas plus déterminé que le sien ne l'avait jamais été. Sybell, toujours fidèle à sa maîtresse, suivait de près avec la même démarche, le même regard droit. Elle ignorait où celle-ci l'amenait – même guérie de sa léthargie, Orane avait à peine prononcé trois mots – mais il était certain qu'elle avait quelque grande entreprise à l'esprit.
Lorsqu'au détour d'un couloir, elles rencontrèrent une poignée d'hommes en armes qui gardaient l'entrée d'une salle à laquelle Sybell n'avait jamais eu accès, la suivante comprit quel projet nourrissait la veuve.

« Pouvez-vous annoncer que Dame Orane Whent sollicite une audience privée avec Sa Majesté l'Empereur ? » dit-elle, mains jointes sur le jupon de sa robe couleur corbeau.

Ils la toisèrent un instant, se murmurèrent quelques mots d'un air entendu et l'un d'entre eux se râcla la gorge avant de demander :

« Puis-je vous demander à quel sujet, Madame ? »

Orane tourna la tête en sa direction, puis sourit.

« Si je vous le disais, ce ne serait plus privé. »

Sybell eut un mouvement de recul, elle n'était pas certaine de l'aspect protocolaire de cette remarque, mais sa maîtresse était sans doute trop fière pour accepter la moindre critique, surtout dans pareils moments.
Les gardes restèrent silencieux un instant, puis se concertèrent d'un regard avant que le plus vieux d'entre eux ne se décide à ouvrir la porte et disparaître à l'intérieur de la salle. Les minutes qui suivirent son départ parurent une éternité – la suivante supposa que le temps paraîtrait infiniment plus long lorsque sa maîtresse serait entrée à son tour et qu'elle, au contraire, devrait rester avec les gardes. Lorsqu'il réapparut, ce fut en porteur de bonne nouvelle.

« Sa Majesté vous recevra d'ici quelques instants. »

Orane lui adressa un hochement de tête et un léger sourire.

« Je vous en remercie. »
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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Jeu 30 Aoû - 22:15

Je me frottais la barbe, me redressant douloureusement dans la couche. Migraine de tous les diables. Je peinais à me redresser tout à fait, et je fis craquer mon dos musculeux mais tout noueux, la colonne raide comme un piquet de clôture. J’avais la sensation désagréable que j’avais chevauché et combattu toute la journée d’hier et que je peinais à m’en remettre, mais ce n’était pas le cas.. Ou pas seulement, en tout cas. En revanche, les libations de la veille prélevaient leur tribut et entre ça et la fatigue d’une dure période de campagnes, je me retrouvais à bout de force. Mais étrangement serein. Je bougeais de sous l’épaisse couette en coton, ne quittant qu’à regrets le corps bouillant de ma femme, tournée de son côté, main sur son ventre arrondi. J’embrassais le coin de son front, avant de tituber péniblement vers la pièce attenante, claudiquant avec ma patte folle, héritage d’une tuerie sans nom qui m’avait pourtant vu vaincre. Je me rinçais le visage à grande eau, dans le baquet placé sur la table aux aurores. Les mêmes habitudes ponctuaient mon existence depuis toujours. Je n’avais jamais donné le moindre répit aux habitudes.


Je baigne mes mains dans le baquet. Laisse un frisson remonter le long de ma colonne vertébrale. L’eau est glaciale. Sans doute bouillie la veille, pour la débarrasser des esprits malins qui pouvaient parfois rendre malade, lorsque l’eau stagnait dans la rivière. La fête à mon retour m’avait fait danser, chanter et boire comme jamais. J’avais ripaillé comme si j’avais vingt ans de moins. J’avais aimé comme au premier jour. J’avais décidé de profiter du temps qu’il me restait ici. Car au printemps, je le savais. Peut être plus tôt encore, la guerre. Au sud, les restes d’une armée décimée attendaient le coup de grâce. L’épuisement des troupes, l’étirement des lignes de communication, le ravitaillement déficient, l’affermissement de nos conquêtes et territoires libérés… Poursuivre la guerre maintenant serait inutilement coûteux en nombre et en armes. Nous avions pris l’avantage. Inversé le rapport de forces. L’hiver allait permettre à l’ennemi de reformer ses rangs. Mais au printemps, nous serons plus unis, plus nombreux, riches d’un commerce qui reprenait entre les royaumes fédérés. Il fallait encore organiser tout cela. Je m’habillais seul. Cela prit un certain temps, notamment pour le bas. Me battre, je savais encore le faire. Marcher, chevaucher. Courir serait plus dur. Enfiler un pantalon sans aide, c’était compliqué avec ma jambe gauche, si raide… C’était le prix à payer.


Je m’occupais ensuite tandis qu’on me signalait le réveil de l’Impératrice et ses préparatifs pour d’autres entrevues. Je compulsais les rapports venus du Conflans et de l’Orage. L’Ouest cherchait à me provoquer, avec toutes ces missives et ces rumeurs. Pas de signes de ma fille. Si les Lannister m’y forçaient, j’irais prendre de ses nouvelles jusque Castral Roc s’il le fallait, bien entouré. Et le Val qui barguignait. Dorne dont les nouvelles se faisaient plus inquiétantes à chaque fois. J’épluchais les comptes envoyés par les mestres des capitales. L’Empire n’avait pas encore été aussi riche de sa courte existence. Mais il fallait organiser le retour des conscrits chez eux pour l’hiver. Tâche monumentale… mais alors que je travaille, on m’indique que Dame Whent demande audience. Je fais répéter au Demalion qui vient m’apporter la nouvelle sous son armure de plates, tête casquée. Je lui indique alors de faire entrer la Dame. Je la connaissais ; la veuve de feu l’un de mes chefs d’escadrons. L’homme avait été courageux. Un transfuge de l’autre camp. Comme tant d’autres. Si l’Empire ne savait convaincre et ne savait enflammer les passions, alors il ne vivrait pas longtemps. Le pendant de cette ardeur était le prix du sang, toujours plus élevé. L’homme repart et je range rapidement mes papiers, me levant en deux temps pour accueillir la veuve.


On la fait entrer. Mince sourire au bord des lèvres. Même si les circonstances de notre dernière entrevue avaient été compliquées, il n’en restait pas moins que ‘étais content de la revoir en bonne santé.



| Lady Orane. Bonjour. Et même si je crois que vous êtes arrivée un peu avant moi, qui ai dû repasser pour effacer Harrenhal de mon chemin, je vous souhaite la bienvenue un peu en retard… Comment vous portez-vous, et que me vaut le plaisir de votre visite ? |




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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Dim 2 Sep - 13:18

La Veuve et l'Empereur« La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé. »
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Le grincement de la porte dans son dos fit disparaître dans le couloir les gardes et la suivante qui l'avait accompagnée. Orane s'avança dans la grande pièce, baignée de la lumière douce du matin. Face à elle, un bureau sur lequel reposait une pile de documents plus ou moins ordonnés, et juste derrière, l'Empereur debout, le front marqué par l'ombre d'une inquiétude mais le regard néanmoins heureux. Elle ne fit que quelques pas avant de faire sa révérence en s'adressant à lui par son titre, comme le voulait l'usage.

« Votre Majesté. »

Elle se releva, une ombre assombrissant son œil soucieux. Les circonstances qui l'amenaient auprès de lui, comme toujours, ne figuraient pas parmis les plus joyeuses – leur première rencontre l'avait vu lui défait et blessé, la dernière l'avait faite elle veuve. Orane se répéta mentalement les mots qu'elle avait pensé prononcer, la requête qu'elle songeait présenter. Un millier de fois elle les avait pensés, un millier de fois ils avaient sonné faux. Il ne fallait pas qu'elle se trompe, ce serait probablement son unique chance.
La voix qui lui répondit, devenue presque familière avec le temps, la prit par surprise en lui souhaitant la bienvenue. Il était vrai que, contrairement à elle, l'Empereur n'avait fait son entrée à Fort-Darion que tout récemment. Elle était encore alitée lorsqu'on lui avait rapporté les événements qui avaient eu lieu du côté de l'immense château qui avait autrefois fait la fierté d'un roi qu'elle était supposée servir.

« Je vous remercie. Et permettez-moi de vous féliciter pour votre victoire à Harrenhal. » dit-elle dans un hochement de tête.

Le souvenir d'un ancien cauchemar l'empêchait de se réjouir entièrement. Dans ses songes, elle avait vu cette forteresse abandonnée, désolée et le corps inerte de Dorian gisant sous un linceul. C'était il y a bien des années déjà, mais le cauchemar était devenu réalité. La coïncidence la troublait quelque peu. Une pensée pour le reste de la famille Whent lui traversa l'esprit bien malgré elle. Ils n'avaient plus de nouvelles depuis la fuite, et même si les relations entre eux avaient toujours été tendues, Orane ne pouvait s'empêcher de se demander où ils étaient ou s'ils vivaient encore.
À en juger par la question qui suivit, elle songea que sa suivante avait assez subtilement fardé ses joues pour masquer le teint maladif qu'elle avait hérité de ses quelques jours de faiblesse.

« Je me porte... mieux. Il était temps, je pense, d'apprendre à triompher de mon chagrin. » répondit-elle sincèrement puis, après un silence respectueux, elle releva la tête pour lui retourner sa question : « Mais vous, comment allez-vous ? »

Et avec ceci, la discussion pouvait enfin commencer.

« Je viens vous remercier de m'avoir permis de loger à la capitale pour un temps. Il me faut cependant prendre mon congé et retrouver ma fille à Vivesaigues, je ne voudrais pas abuser de la grâce que vous et les Tully nous avez fait en nous acceuillant. » elle fit une pause « Et je viens également vous demander aide et conseil, car mon enfant et moi connaissons une situation dont nous ne pouvons nous sortir. Nous avions espoir, du temps où mon époux vivait, de commencer une nouvelle vie en rejoignant vos rangs. Malheureusement... cet espoir s'est envolé avec lui. » un soupir lui échappa « Nous n'avons pas d'endroit où vivre à l'heure actuelle, nous dépendons de la bienveillance de quelques seigneurs de ma connaissance et c'est une situation qui, comme vous le savez, n'est pas durable. Ma fille étant... et bien... une fille, nous n'avons aucun droit sur la demeure familiale, ni aucun droit sur les biens que feu mon époux possédait puisqu'ils appartiennent à son frère, ainsi que le prévoient la loi. »
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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Jeu 6 Sep - 21:52

Dame Orane Whent. Veuve d’un commandant de cavalerie de qualité, mort à la bataille d’Eysines. C’était Dorian Whent qui nous avait guidé sur le flanc de l’ennemi. Qui nous avait amené sur les villages et les chemins les plus praticables, tout en nous indiquant les meilleures zones de couverture pour orienter l’armée et la faire pivoter sur son propre axe à mesure des mouvements. La petite armée que j’avais menée, restreinte et maniable, avait été très bien éclairée par les chevau-légers et par cette connaissance du terrain. Quand Harren avait vu le coup venir, c’était trop tard. Orys Baratheon avait commencé à rétrograder au bon moment et Jon avait suivi le plan à la lettre, arrivant à marche forcée sur le flanc du Noir. Une coalition de petites armées qui avaient frappé de plusieurs directions pour éliminer l’ennemi. L’encerclement n’avait pas été total, car toutes nos armées arrivaient de trop d’endroits différents, et de trop loin également. La dame me salue. Le deuil ne lui allait pas bien ; c’était une dame digne, mais je l’avais rencontrée vive et heureuse, inquiète bien sûr, mais malgré tout en vie et heureuse de l’être. A sa mine, c’était aujourd’hui moins évident. Son mari était tombé à Eysines, dans le plus bel éclat d’une victoire qui lui devait beaucoup. Elle me salue, j’en fais de même.


Son visage est traversé d’une ombre indéniable, comme je le craignais. Elle me félicite pour la victoire à Harrenhal. Bref signe de tête. Les Whent vivaient dans cette région depuis longtemps.



| La victoire fut facile. Le Noir avait dégarni sa garnison. Pour beaucoup constituée de riverains de régions déjà occupées par nos forces ; Harren n’avait plus le choix et a préféré les laisser en arrière plutôt que de risquer une défection sur le champ de bataille. La victoire a néanmoins encore coûté en sang... |


Je repensais à l’assaut, coûteux en hommes… Pour lequel j’avais employé en première ligne les mercenaires repris à Harren. Leur sang soulageait les finances impériales et il leur fallait prouver leur loyauté autant que leurs compétences… Et surtout, Harrenhal avait été une histoire de Meraxès. Qui avait profité de la nuit pour attaquer les tours. Nuit noire et sans nuages. Des dizaines d’archers avaient été incinérés et nombreux avaient été les hommes qui, d’après les rares survivants, s’étaient fait happer d’un coups de crocs dans l’obscurité. La guerre avait son lot d’horreurs, mais elles étaient nécessaires pour s’imposer. Orane me dit qu’elle va « mieux » et qu’elle essaie de surmonter sa peine. Puis le silence s’installe. Elle me demande comment je vais. Mince sourire.


| Je vieillis, et le dernier souvenir laissé par mon ennemi me lance, dans ma jambe gauche. Mais le nord de l’Oeildieu est nôtre. Et vous serez heureuse, je pense, en tout cas rassurée, de savoir que nous avons pu récupérer les Whent qui se trouvaient sur place. Il ne manque à l’appel,je le crains, que le chef de famille. Votre beau-frère, c’est bien cela ? Il est resté loyal au nouveau souverain du Sel et du Roc. J’ai beaucoup de respect pour les hommes de principe, même si leur destin est souvent funeste. |


J’en savais quelque chose. J’avais perdu quatre frères pour le Nord, et quantité d’amis qui n’avaient jamais voulu céder de terrain ou de gloire à l’adversaire qui venait violer nos terres immaculées du Nord. La dame me remercie du logement, et elle voulait retrouver Vivesaigues. Et elle me faisait part aussi, forcément, de sa situation qui était loin d’être confortable. Je la regarde sans dureté, mais sans pitié pour autant.


| De là où je me trouve, Lady Whent, tout ce qui appartient à votre famille est vôtre. Vous avez rejoint librement l’Empire, sans menaces ni contraintes d’aucune sorte. Le seigneur légitime de ces terres est un ennemi de l’Empire. Et je suis seigneur suzerain de ces terres, désormais. Si vous le souhaitez, elles sont vôtres, pourvu que vous fassiez accueil aux gens de votre parentèle… | car on ne laissait pas les siens dehors… | Mais j’ai besoin de quelqu’un qui tienne véritablement ce domaine. Il est non loin de ce qui constituera le front lorsque reviendra le temps des opérations. J’aurais alors besoin de votre bonne gestion, taxes, hommes et vivres. Vous en sentez-vous capable, Lady Whent ? |





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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Ven 21 Sep - 15:30

La Veuve et l'Empereur« La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé. »
Orane
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Le récit de la victoire fut bref, mais efficace. Orane connaissait peu de choses des affaires de la guerre, ou plutôt des combats car elle avait vécu assez de guerres pour en comprendre les ficelles. Les braves versaient leur sang pour une cause noble et juste – ou du moins le pensaient-ils – et l'on pleurait leurs trépas en chantant des chansons qui vantaient leurs exploits, pour peu que la guerre fut gagnée car sinon on rirait de leur vain sacrifice pour des siècles et des siècles. En définitive, peut-être que les guerres ne laissaient pas de vainqueurs... peut-être était-ce le moins perdant qui l'emportait.
Il fut honnête quant à l'état dans lequel il se trouvait, sans doute plus honnête qu'elle ne l'avait été avec lui. Son œil se baissa sur la jambe blessée, discrètement. Elle se demanda combien de temps il lui faudrait pour récupérer la pleine maîtrise d'un membre aussi nécessaire à un guerrier de son envergure. Du reste, s'il pouvait tenir debout, ce ne pouvait être qu'encourageant. La soigneuse en elle voulut lui conseiller de ménager le muscle pour permettre une cicatrisation propre et plus rapide, mais là n'était pas sa place. Plus maintenant, du moins. Il interrompit ses pensées, sans probablement remarquer que son esprit avait un peu erré, et la nouvelle qu'il lui apporta – la prise des terres Whent – la figea un instant. La demeure natale de Dorian... sous contrôle de l'Empire. Elle peinait à y croire. Même s'ils s'étaient rendus, même s'ils avaient cédé, elle ne parvenait pas à avaler que les Whent – ceux-là même qui ne juraient que par Harren le Noir et ses maudits généraux – aient pu accepter de rejoindre les rangs adverses. Puis, évidemment, il lui révéla que Larss ne faisait pas partie de ceux-ci. Elle soupira, presque rassurée de ne s'être pas tant trompé sur son compte, car si sa femme et ses enfants étaient désormais sous le joug de l'Empire, elle était persuadée que lui aurait préféré la mort à la capitulation. Peut-être était-ce cruel, mais elle espérait que les Sept le garderaient toujours dans cet esprit.

« Un homme de principe, en effet. » dit-elle, le visage entièrement inexpressif. Certes, il fallait reconnaître que Larss Whent avait le courage de ses convictions, mais leur lourd passif à tous deux l'empêchait d'admettre que cela forçait le respect. Il n'avait jamais été vraiment respectueux envers elle, Orane n'avait pas l'intention de l'être envers lui. « Comme son frère. » ajouta-t-elle, quoiqu'ils n'eurent jamais partagé les même valeurs.

Cependant, il lui appararût rapidement que la prise des terres familiales n'était pas l'unique nouvelle qu'il avait à lui apporter. Pas un mot ne quitta ses lèvres pendant qu'il présentait devant ses yeux ébahis une foule d'opportunités pour un futur neuf qu'elle n'avait osé imaginé. Il lui confiait la gestion d'un domaine où elle n'avait été qu'invitée – voire parasite, aux yeux de certains – toute sa vie durant. Quand il se tût, Orane demeura muette. Trop de pensées se bousculaient dans son esprit troublé.

« Sire... je... » elle resta bouche-bée un instant. « C'est beaucoup d'honneur que vous me faîtes. Je tâcherai de me montrer à la hauteur de cette responsabilité. » elle hocha la tête presque par réflexe. « Il va de soi que la famille de Lord Whent ne sera pas délogée de la demeure familiale, je vous en fais le serment. J'imagine que mon retour ne se fera pas sans heurt, cependant. Nous ne nous sommes pas quittés en très bons termes. »

Orane repensa aux garçons qu'elle n'avait pas vu depuis plus d'un an. Pendant un bref instant, elle contempla la possibilité de faire un jour la paix avec le futur de leur maison – l'héritier – plutôt qu'avec le père avec qui toute réconciliation semblait vaine. La paix... enfin. Et Morgane à qui elle allait pouvoir offrir un vrai toit, un vrai lieu de vie. Une brève lueur d'enthousiasme dut se lire dans son regard, car elle eut l'impression qu'il la dévisageait un instant. Orane prit une grande bouffée d'air et fit un pas vers lui, les mains toujours jointes sur son jupon.

« En vérité – et si cela peut sonner impertinent, je m'en excuse – je suis heureuse de pouvoir enfin rentrer chez moi, mais... » Un silence. Était-ce seulement vraiment le foyer dont elle avait rêvé ? Elle n'en souffla mot. « Non... n'en tenez pas compte. Nous avons tous deux fort à penser, je crois. » Un vague sourire mélancolique sembla se dessiner sur ses lèvres. « Je regrette presque les longues discussions que nous avions à Vivesaigues, moins les circonstances dans lesquelles elles eurent lieu. »
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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Dim 23 Sep - 12:33

Orane Whent avait beaucoup souffert de la situation militaire du Conflans. Entre l’allégeance changeante de son mari, le ballotement dans le cortège des armées impériales, la victoire d’Eysines qui avait dû prendre un goût bien amer de cendres dans sa bouche… Elle n’avait pas été épargnée, c’était même le moins que l’on puisse dire. Cela pouvait contribuer à la rendre plus forte, mais seulement si c’était ce qu’elle souhaitait. Se battre contre les coups du sort, tout le monde n’en était pas capable. Moins nombreux encore étaient ceux qui avaient la capacité d’en faire des forces. Je n’appartenais moi-même à aucune de ces catégories de façon pleine et entière. Tout dépendait des circonstances et de leur manière de se déployer. Je ne pouvais certainement pas me targuer d’être plus solide que tout le monde. Moi aussi, j’avais été la proie de certaines faiblesses qui m’avaient taraudées au fil du temps. Cela ne voulait pas dire que je devais juger les gens qui m’entouraient sur cette base, mais cela devait quand même m’alerter sur les missions que je pourrais attribuer aux gens qui m’entouraient. La peine et la souffrance de la dame Whent étaient en tout cas visibles par ce qu’elle cherchait à masquer. Combien de veuves avais-je rencontrées au fil du temps, et combien en avais-je créées à mon tour ? Quoiqu’il en soit, elle accuse le coup avec une certaine surprise que sa belle-famille était revenue peu ou prou dans le giron impérial. Je hoche la tête à ce qu’elle conclue de l’affaire.


| En effet. C’est peut être étrange, mais je préfère affronter ce genre d’homme que les fer-nés qui pullulent dans les rangs d’en face. Ces gens-là n’ont aucun honneur sur le champ de bataille ou en dehors, et ils ont cherché à empoisonner par deux fois mon épouse, ou à tuer tout le monde au banquet de mariage de mon fils. |


Ce n’était plus un secret pour personne, nous n’étions pas passés loin de la correctionnelle. Si Frey n’avait pas agi seul et stupidement à essayer de corrompre des cuistots qui étaient depuis toujours au service des Tully… Je n’osais imaginer ce qu’il se serait passé. De plus, il n’avait pas essayé d’intimider ou de corrompre un seul homme qui aurait pu se laisser plus facilement tenter, non, il s’était attaqué à un groupe de cuisiniers au motif d’une sorte de plaisanterie pour dérider la foule amassée au mariage. Nous avions au moins la chance que l’homme n’avait pas coupé une gorge dans le cellier afin d’y déverser directement le poison sur les victuailles. Il avait été facile après, de protéger la foule à son insu.


Quoiqu’il en soit, je préférais voir Orane Whent dont je savais beaucoup de choses, prendre les rênes d’un domaine stratégique et limitrophe de la nouvelle Terra Draconis, plutôt que de les laisser entre les mains d’individus tous plus veules les uns que les autres. Je hochais la tête quand elle parlait de ce qu’il pouvait y avoir comme ressentiment entre elle et sa famille. Pleine de gratitude mais réservée quant au sort qui lui sera réservé, ce que je ne pouvais que comprendre compte tenu de la situation.



| Vous m’avez soigné et assisté pendant des semaines. Vous êtes une femme pleine de bonté, Orane. Et j’ai confiance en vous. Par confiance et reconnaissance, je vous confie le sort de ces gens et de ce domaine. Au besoin, je puis vous assister d’une petite garnison impériale, mais laissons cela en dernier recours ; les hommes de feu votre époux devraient vous suffire. Il ne s’agit toutefois pas d’un « cadeau », même s’il manifeste de ma gratitude. Des défis vous attendent. |


C’était l’évidence même ; des rapports affluaient sur la difficile cohabitation des seigneurs pro-Empire et des anciens loyaux sujets d’Harren, qui parfois se confondaient l’un l’autre dans ces différents types de populations. La jeune femme se rapproche, visiblement un rien gênée avec ses mains liées devant son jupon. Je fronce les sourcils, un peu perdu par son approche, avant qu’elle ne dise regretter les discussions qui furent les nôtres. Un léger sourire élargit la grimace que forme désormais mon visage couturé de cicatrices.


| Vous aurez toujours votre place à la cour, ma Dame. Au-delà d’une vassale féale, je vous considère comme un réel soutien, et une amie. Venez ici quand vous le souhaitez. Restez-y l’essentiel de votre temps si c’est ce que vous voulez, tant que les terres sous votre responsabilité sont correctement gérées. Qui sait, j’aurais peut être besoin de vos capacités en soutien de mon épouse, au Collège Impérial. |




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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Dim 30 Sep - 17:28

La Veuve et l'Empereur« La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé. »
Orane
Whent
Torrhen
Braenaryon
Comme tout un chacun, Orane avait bien entendu eu vent des sinistres attaques ayant ciblé la famille de l'Empereur. Il fallait l'admettre, elle n'en était guère surprise – lorsque quelqu'un voyait l'opportunité de mettre un terme à une guerre par quelque moyen déloyal, certes, mais efficace, pourquoi escompter qu'il y renonçât ? Dorian accordait trop d'importance à son honneur pour recourrir à de telles pratiques, mais son aîné avait moins de scrupules. Bien qu'elle n'eût aucun moyen de le vérifier, elle ne serait certainement pas saisie de stupeur si, un jour prochain, on lui apprenait que Larss Whent avait joué un rôle, aussi infime fût-il, dans le terrible complot ourdi contre les Braenaryon. Bien entendu, l'Empereur ne connaissait pas cet homme comme elle le connaissait. Il crachait sur l'honneur, aussi sincèrement que son frère le chérissait.
Quant aux fer-nés, la mention de leur nom, qui autrefois aurait suffit à la raidir d'effroi, la laissa perplexe. Son imagination avait été nourrie des récits anciens de la conquête du Conflans et des contes populaires que sa septa lui avait rapportés, jour après jour, du temps où elle jouait encore avec ses poupées de chiffons. Elle avait grandi, puis vieilli avec une image très précise de ces gens qu'elle ne connaissait que de loin et pour qui elle n'avait aucune considération. Pourtant, ses certitudes d'autrefois se trouvaient ébranlées depuis quelques jours, depuis sa rencontre avec Lyle Salfalaise – un transfuge, comme elle, mais non un conflanais. Elle s'attendait à trouver un barbare et elle n'avait trouvé qu'un homme, un homme qui de surcroît s'était empressé de se lier à elle par un serment auquel elle ne s'attendait pas. Si on lui avait dit un jour qu'elle laisserait un fer-né lui baiser les mains, Orane aurait probablement ri de cette plaisanterie. La réalité, en définitive, s'avérait bien moins drôle.

« Et, d'ailleurs, il me semble avoir oublié de vous demander comment elle se portait, l'Impératrice je veux dire. » après Buron, il n'avait pas vraiment eu coutume de lui parler de son épouse mais elle s'était habituée à lire de ses nouvelles dans les missives qu'elle recevait pour lui. Elle se souvenait de sa propre grossesse comme d'une épreuve, et ne pouvait imaginer ce qu'on devait ressentir quand sa vie et celle de l'enfant à naître se trouvaient en outre menacées par une poignée d'individus mal intentionnés.

En entendant prononcer son prénom – plutôt que le traditionnel, et conventionnel Lady Whent auquel elle avait été habituée – Orane releva la tête. À tous les mots par lesquels il lui témoignait sa confiance, elle acquiesça poliment en laissant son esprit libre de se projeter dans cette nouvelle position qu'on faisait sienne. L'appréhension d'un potentiel échec ne pouvait pas l'atteindre, trop transportée qu'elle était par toutes les idées qui lui venaient quant à la gestion de ce domaine dont elle allait devenir la maîtresse. Aussi ne doutait-elle pas que les hommes qui avaient servi sous le commandement de Dorian seraient en tout point capables de maintenir l'ordre, malgré les tensions qui les attendaient. Elle ne pouvait cependant être sûre de ses propres capacités à le faire, mais elle allait – comme toujours – donner le meilleur de son être.

« J'entends bien, Sire. Concernant la garnison impériale, je vous remercie de votre assistance mais je suis de votre avis sur le sujet : je place toute ma confiance en les hommes de feu mon seigneur et époux, et je sais qu'ils auront à cœur de préserver l'ordre et la paix sur ces terres qui sont tout autant leur foyer qu'elles sont désormais le mien. J'espère que, fatigués comme nous tous de ces longues années de guerre, leurs habitants sauront comprendre qu'il n'est rien que nous ne désirons plus que l'harmonie entre nos gens. Cela vaut également pour ma famille. »

Au rappel du temps passé à Vivesaigues, il lui adressa un sourire qu'elle rendit sincèrement, puis quelques mots accueillants, chaleureux. Pour la première fois depuis longtemps, il lui apparût qu'elle avait trouvé sa place. Un soupir soulagé lui échappa. Elle ne put réprimer un sourire amusé lorsqu'il évoqua l'Impératrice et le Collège Impérial :

« Je crains que votre Majesté ne surestime mes compétences. » ironisa-t-elle, se laissant aller à un faible rire discret avant de redevenir sérieuse : « Si cela venait à être, croyez bien que j'en serais très honorée. Et – j'imagine que je ne cesserai jamais de le dire – je vous suis reconnaissante de cette attention. »
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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Sam 6 Oct - 20:37

Je venais ni plus ni moins que de proposer à Orane Whent une place au Collège Impérial si le besoin s’en faisait sentir. La tâche était lourde de responsabilités, c’était certain. Et plus encore, il y avait un intérêt très clair à ce qu’elle accepte, pour quantité de raisons, toutes politiques. La première et la plus évidente, celle qui était essentielle pour motiver cette proposition, c’était le fait que j’aurais sans doute besoin d’un remplaçant lors de la campagne de printemps qui s’annonçait. En supplément, il y avait l’intérêt que l’on montrait pour des bannerets parmi les plus loyaux, qui avaient pris tous les risques pour nous soutenir et nous assister. Je voulais en plus montrer à lady Whent que j’avais grande confiance en elle compte tenu de tous les événements récents, et que je savais qu’elle prendrait les bonnes décisions en mon nom. J’étais en supplément relativement de mon choix, et du fait qu’elle n’userait pas à mauvais escient de la voix qui serait la sienne si elle acceptait de venir sièger au conseil de l’Empire. Cela lui donnerait aussi fatalement du poids et du crédit auprès de mon épouse et de la gestion des terres sous suzeraineté Braenaryon. C’était précisément ce que l’on cherchait, sans aucun doute. Ancrer notre pouvoir dans le concret, dans le réel. Ne pas faire figure de gouvernants distants, étrangers et envahisseurs. Faire en sorte de pouvoir faire reposer notre pouvoir et notre emprise sur quelque chose de proche de nos nouveaux bannerets. Orane Whent pouvait nous y aider. Elle pouvait être le socle et le relais de notre politique intérieure.


Je réponds quand la dame parle de l’Impératrice.



| Elle se porte bien je vous remercie. Sa double grossesse tire beaucoup sur ses forces, mais je n’ai que rarement connu femme de son âge aussi solide. Il a bien fallu cela pour mener ses troupes et ses dragons à la guerre. Elle est très accaparée par son état et notre installation ici, mais je pense qu’il serait utile, voire nécessaire, que vous fassiez prochainement sa rencontre d’un point de vue officiel. |


Surtout en ce qu’il s’agissait du rôle que je comptais lui confier. Il fallait qu’elles se rencontrent et qu’elles apprennent à se connaître. J’allais laisser Rhaenys toute seule avec deux nourrissons, quand le printemps reviendrait. Seule. Conrad serait aussi en opérations. Jon et Lyham seraient ailleurs. Il lui faudrait des soutiens. Des protecteurs, elle en aurait. Tout entier dévoués à sa cause et à sa sûreté. Il n’en restait pas moins qu’elle aurait besoin d’amis, de gens qui pourraient l’aider et la conseiller. Pas tant des égaux que des soutiens. Pas des serviteurs, mais des conseillers. Orane pouvait incarner ce genre de position, ce genre de personnalité. Elle était efficace dans ce qu’elle faisait et elle était dévouée. Je savais que je pouvais la mobiliser, mais encore fallait-il qu’elle fasse preuve d’envie à ce sujet. Je comprenais ses réticences à requérir l’appui d’une cohorte impériale. Ce serait envoyer un bien drôle de message aux gens qui ne manqueraient pas d’être sous son autorité.


| D’accord. Je vous laisse gérer. Je compte sur vous pour que la paix règne sur votre domaine. Autrement vous le savez, nous avons des garnisons dans toute la région. Mobilisez-les en cas d’urgence. Mais ils répondront à votre appel. Beaucoup sont d’anciens frères d’armes de feu votre époux. Ils auront à cœur de défendre vos intérêts. |


Et pour cause, le cynique en moi savait très bien qu’une veuve encore jeune pouvait aiguiser bien des appétits dans un monde en recomposition. En sus, Orane était belle. Belle et intelligente. Cela pourrait en effaroucher plus d’un, mais cela pourrait aussi éveiller bien des intérêts. Sur ce registre-là ce serait à elle de gérer, et pas à moi. Nous évoquons le souvenir de Vivesaigues et des moments difficiles que nous y avions passé, faute à la guerre et surtout, faute à la défaite. Elle accepte ma proposition. Je souris plus franchement.


| Cela pourra peut-être se faire, alors. Pour vous remercier. Mais aussi et surtout, parce que j’ai besoin de vous Orane. Au printemps reviendra la guerre. Le maréchal et moi-même seront repartis, ainsi que toutes les autres majestés à l’exception de ma Dame. Vous aurez à charge, si notre choix final se porte sur vous, d’aider et de seconder mon épouse en toute chose. J’ai peur que cela vous éloigne de vos murs mais ceux-ci seront toujours les vôtres. Gageons que nos efforts d’aujourd’hui nous portent à plus de paix et de stabilité, demain. |




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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Dim 4 Nov - 0:12

La Veuve et l'Empereur« La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé. »
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Orane mesurait l'importance du rôle qu'on lui proposait. Jamais elle n'aurait pu imaginer, quelques mois plus tôt, se trouver dans pareille position. Si cela devait l'éloigner de la demeure familiale pendant un temps, soit. Fort-Darion était une cité pleine de promesses pour l'avenir, et elle savait qu'elle devait devenir tôt ou tard un important centre de décision. Elle était résolue à s'imposer – il y avait trop longtemps qu'elle restait dans l'ombre – puisque c'était la seule façon d'assurer sa survie et son indépendance dans ce monde changeant. Dans pareilles circonstances, on ne refusait pas un siège au Collège Impérail, fut-ce temporaire. Il fallait que la veuve et la fille Whent acquièrent un peu de poids dans la société, il en serait donc ainsi. Du reste, il lui fallait encore être présentée à l'Impératrice et peut-être trouver le moyen de se rendre indispensable. Après tout ce temps et tout ce qu'elle avait entendu, cela paraissait difficile à croire qu'elle n'ait pas encore fait sa connaissance. Chaque fois qu'on mentionnait son nom, elle imaginait avec un peu plus de précision le genre de femme qu'elle devait être – et on le mentionnait souvent.

« Peu avant Eysines, elle m'avait fait parvenir une missive écrite de sa main, qui ne m'est parvenue que tardivement comme nous étions déjà en route. Puis, après la bataille, les circonstances se sont avérées... peu propices à la rencontre. » répondit-elle en hochant la tête. « Je serais bien avisée de la remercier pour la confiance qu'elle me témoignât dans sa lettre, n'en ayant pas encore eu l'occasion, voyez-vous. Bien que je ne la connaisse qu'à travers vos paroles et les récits populaires dont ma fille est – en toute honnêteté – très friande, elle m'apparaît comme une personne courageuse. Je ne sais rien des combats si ce n'est des blessés qu'ils produisent, en revanche j'ai souvenir de mes grossesses comme de grands moments de vulnérabilité : je n'ose imaginer la détermination de celle qui mène une armée en portant non pas un, mais deux enfants dans son ventre. Mais je m'égare... »

En disant cela, elle se surprit à regarder dans le vide. Elle savait la grossesse de l'Impératrice avancée, et par association d'idées l'image de sa fille lui était apparue. Il lui faudrait sans doute lui trouver une place chez quelque noble dame, histoire de nouer quelques amitiés dans ce tout jeune Empire. Morgane ne gagnerait rien à rester enfermée à la Demeure Whent, pire encore : elle se laisserait aisément distraire et profiterait assurément de l'absence de sa mère pour s'adonner à l'escrime. Ce n'était pas qu'elle ne la croyait pas capable de réussir, au contraire. Orane savait en son fort intérieur que la jeune fille était agile, douée au maniement de l'épée et un peu trop intrépide. À bien des égards, elle ferait sans doute une merveilleuse épéiste, mais il était hors de question qu'elle la laisse se mettre ainsi en danger. Même si Morgane devait la maudire de prendre cette décision pour elle, Orane préférait la faire dame de compagnie, comme elle l'avait été à son âge, plutôt que de la perdre de la même manière que son père.
Torrhen lui rappela qu'elle pouvait compter sur le soutien militaire des garnisons impériales, étant en partie composées d'hommes qui avaient pris les armes aux côtés de Dorian. Elle acquiesça tandis que quelques noms lui venaient en tête. S'il fallait mater quelque mouvement de résistance, elle ne manquerait pas de faire appel à eux.

« J'espère que nous n'aurons pas besoin d'en arriver là, mais s'il le faut je prendrais les mesures nécessaires au maintien de l'ordre, soyez-en assuré. »

L'idée ne lui plaisait guère, mais elle embrassait avec solennité le rôle qu'on lui attribuait. Il lui sourit, elle fit de même.

« Quelque soit votre décision, je suis entièrement dévouée à votre service comme à celui de l'Impératrice. Votre aspiration à la paix est aussi mienne, ainsi si la moindre de mes actions peut contribuer à nous rapprocher de cet objectif, je suis prête à tout. » dit-elle, exaltée, avant de poursuivre : « C'est bien peu de choses à vrai dire, mais j'aimerais me rendre utile. »
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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Lun 19 Nov - 23:03

Je savais bien que je n’y allais pas par quatre chemins. Ca n’avait jamais été ma manière de faire, et de toute façon il y avait dans cette histoire, autant de poids des impératifs de mon devoir envers l’Empire, que ma reconnaissance personnelle pour les services que Lady Whent m’avaient rendus. Je savais aussi, j’avais bien conscience, du fait qu’elle était en pleine période de deuil et qu’elle allait déjà avoir beaucoup de travail à redresser la situation d’un domaine qui en toute logique, n’aurait jamais dû lui échoir à elle seule. Les aléas du destin… On ne pouvait pas vraiment lutter contre ça. J’en étais un exemple moi aussi. A une autre échelle, au cœur d’autres événements qui n’étaient peut être pas aussi dramatiques… Encore que le destin n’épargnait jamais personne, et du monde, j’en avais perdu en vingt cinq ans de règne, bientôt. Je ne pouvais pas nier que j’étais seul, désormais. De ma lignée, de ma génération. Ils étaient tous morts, les Rickard, les Ryman, Weyton, les Brandon et les Sigyn. Jusqu’aux généraux de mes armées, qui avaient tous fini par disparaître les uns après les autres, ne laissant derrière eux que leurs fils, ou le souvenir de leurs gloires passées. C’était ainsi…


La veuve me parle de Rhaenys, dela missive qu’elle lui avait envoyée. Elle parle aussi de circonstances qui n’ont pas été propices à leur rencontre. Je hoche la tête, ne concevant que très bien ce problème. Dans cet Empire en pleine édification, il y avait tant et tant à faire qu’il était compliqué de pouvoir jouir pleinement des fruits de notre travail, et de rencontrer tous ceux qui avaient montré du mérite dans nos entreprises. Je hoche encore la tête à la bonté de ses compliments.



| Je vous suis très reconnaissant pour vos bons mots. En effet, les Dieux nous ont gratifié semble-t-il d’une surprise de taille, et avons découvert d’après les mestres que ce serait deux enfants et non un. Apparemment, les bébés étaient dans une position où l’on n’entendait les battements du second. Je n’y connais pas grand-chose… Mais vos compliments la toucheront. Et je sais que quand elle sera en santé plus robuste, et plus disponible, elle se fera un plaisir que de vous rencontrer. Elle pourra aussi vous accueillir avec votre fille, si tel est votre souhait. L’Impératrice aime les enfants, et si son but n’est pas tant d’être un exemple, mais d’inspirer. La nuance est importante ; elle ne veut pas qu’on fasse comme elle. Et j’avoue que je serais mal à l’aise avec cette idée, tant elle traverse de dangers, sans cesse. | Je repense aux tentatives d’empoisonnement dont elle a été la cible, plusieurs fois de suite. | Elle préfère que les gens s’éveillent à leurs propres capacités, sans chercher à se faire imiter. |


Je ne savais pas si mes explications étaient très claires, mais le fait était que je comprenais intimement ces arguments ; nous avions besoin de gens qui laissaient s’exprimer leurs qualités intrinsèques, plutôt que de se fondre dans le moule de modèles pré-établis. Je notais en tout cas l’intérêt de sa fille. Je savais qu’elle et feu son mari avaient eu descendance, mais je n’avais pas retenu l’âge de la donzelle. Il faudrait sans doute faire un geste pour elle, la placer ans quelque entourage royal ou impérial pour parfaire son éducation et son apprentissage, autant que pour lui donner l’occasion d’exprimer ses compétences en dehors du foyer familial devenu lourd de l’ombre de son paternel mort au combat. Il y avait là matière à réfléchir, et il faudrait peut être que l’on se trouve un peu de temps pour en discuter, Rhaenys et moi-même.


Lady Whent m’assure quoiqu’il en soit de sa détermination à assurer l’ordre sur ses terres. Je n’avais pas besoin d’être rassuré, mais ça faisait quand même toujours du bien de l’entendre dire. La dame répondit à mon sourire, et je me rappelais du même coup à quel point il m’avait manqué.



| Prête à tout ? Je ne sais encore quelles seront les exigences de votre nouveau devoir ici, au collège impérial, lorsque viendra le temps de mon absence. Mais il y aura des épreuves. Former ensemble cet Empire nous demandera à tous beaucoup d’efforts, et de sacrifices. Même si vous avez déjà payé un lourd tribut… Je devrais vous mettre en relation avec le premier Maréchal d’Empire, Conrad Omble. C’est lui qui contrôlera la région d’un point de vue militaire, le printemps venu. Vous pourriez avoir à compter sur lui. C’est un homme rude, mais il n’y en a pas de plus loyal. |





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