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La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)
MessageSujet: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Mar 28 Aoû - 12:07

La Veuve et l'Empereur« La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé. »
Orane
Whent
Torrhen
Braenaryon
Le chagrin était un poison. Il avait rendu particulièrement difficile les jours qui avaient suivi la mort de Dorian, menaçant à chaque instant de briser sa pauvre veuve en deux. Pendant quelques temps, Orane avait été de feu et de glace, comme si elle marchait au bord d'un précipice en fixant l'insondable abîme qui, d'un moment à l'autre, pouvait l'engloutir toute entière. Au paroxysme de la douleur, toute force et volonté de vivre semblaient quitter son corps. Deux jours entiers, elle avait gardé le lit sans dire un mot, ses yeux vides fixaient le plafond au dessus de sa couche dans le vain espoir d'y voir apparaître quelque signe qui la sortirait de son apparente torpeur. Sa suivante avait veillé à son chevet, plus fidèle que jamais. Le mestre s'en était venu également pour trouver un remède à son état, malheureusement il n'était pas de son domaine de soigner les afflictions de l'esprit, seul le temps pouvait lui apporter une sorte de consolation. Alors ils avaient attendu qu'Orane elle-même fasse l'effort d'aller mieux, puisque personne ne pouvait le faire à sa place.
Au matin du troisième jour, un corbeau apporta une missive de Château-Vyprin qu'on lui lut dés l'aube. La lettre était signée de la main de son frère qui annonçait son départ du domaine familial et une arrivée prochaine en les murs de la nouvelle capitale. À sa demande, il était passé par Vivesaigues pour apporter la funeste nouvelle à sa jeune nièce. Jaime était un homme de peu de mots, ses missives étaient toujours très brèves et, sur ce sujet, il se contenta d'une simple phrase :

Morgane est forte.

Cette affirmation lui arracha une larme. Morgane avait toujours été bien plus forte qu'elle ne l'était, cela ne faisait aucun doute. À l'inverse, Orane s'était emmurée dans sa tristesse et sa solitude, elle les avait laissées l'abattre. Alors que sa fille avait infiniment besoin de sa présence, elle l'avait abandonnée. Et maintenant que leur avenir était tout sauf certain, elle avait baissé les bras. Morgane, dont l'esprit était aussi vaillant et courageux que celui de son père, n'en aurait rien fait. Il était temps, peut-être, d'accepter son infortune et de mettre sa peine de côté pour sauver le peu de famille qu'il lui restait. Et sur cette pensée, Orane avait décidé de se reprendre en main.
Il avait fallu une autre journée pour la remettre sur pieds. Pendant deux jours, elle avait refusé de manger et sa silhouette s'était amaigrie, son teint avait pâli. Quand elle fut enfin en état, on la drâpa dans ses vêtements de deuil comme la tradition l'exigeait, sa suivante fit de même par solidarité et toutes deux quittèrent la chambre qui avait été le théâtre de son désespoir. Il n'était plus question de se briser, de se laisser dévorer par ses émotions. Orane était devenue de facto chef de famille, et son objectif était d'en assurer la survie.

Elle arpenta les couloirs de la forteresse d'un pas plus déterminé que le sien ne l'avait jamais été. Sybell, toujours fidèle à sa maîtresse, suivait de près avec la même démarche, le même regard droit. Elle ignorait où celle-ci l'amenait – même guérie de sa léthargie, Orane avait à peine prononcé trois mots – mais il était certain qu'elle avait quelque grande entreprise à l'esprit.
Lorsqu'au détour d'un couloir, elles rencontrèrent une poignée d'hommes en armes qui gardaient l'entrée d'une salle à laquelle Sybell n'avait jamais eu accès, la suivante comprit quel projet nourrissait la veuve.

« Pouvez-vous annoncer que Dame Orane Whent sollicite une audience privée avec Sa Majesté l'Empereur ? » dit-elle, mains jointes sur le jupon de sa robe couleur corbeau.

Ils la toisèrent un instant, se murmurèrent quelques mots d'un air entendu et l'un d'entre eux se râcla la gorge avant de demander :

« Puis-je vous demander à quel sujet, Madame ? »

Orane tourna la tête en sa direction, puis sourit.

« Si je vous le disais, ce ne serait plus privé. »

Sybell eut un mouvement de recul, elle n'était pas certaine de l'aspect protocolaire de cette remarque, mais sa maîtresse était sans doute trop fière pour accepter la moindre critique, surtout dans pareils moments.
Les gardes restèrent silencieux un instant, puis se concertèrent d'un regard avant que le plus vieux d'entre eux ne se décide à ouvrir la porte et disparaître à l'intérieur de la salle. Les minutes qui suivirent son départ parurent une éternité – la suivante supposa que le temps paraîtrait infiniment plus long lorsque sa maîtresse serait entrée à son tour et qu'elle, au contraire, devrait rester avec les gardes. Lorsqu'il réapparut, ce fut en porteur de bonne nouvelle.

« Sa Majesté vous recevra d'ici quelques instants. »

Orane lui adressa un hochement de tête et un léger sourire.

« Je vous en remercie. »
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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Jeu 30 Aoû - 22:15

Je me frottais la barbe, me redressant douloureusement dans la couche. Migraine de tous les diables. Je peinais à me redresser tout à fait, et je fis craquer mon dos musculeux mais tout noueux, la colonne raide comme un piquet de clôture. J’avais la sensation désagréable que j’avais chevauché et combattu toute la journée d’hier et que je peinais à m’en remettre, mais ce n’était pas le cas.. Ou pas seulement, en tout cas. En revanche, les libations de la veille prélevaient leur tribut et entre ça et la fatigue d’une dure période de campagnes, je me retrouvais à bout de force. Mais étrangement serein. Je bougeais de sous l’épaisse couette en coton, ne quittant qu’à regrets le corps bouillant de ma femme, tournée de son côté, main sur son ventre arrondi. J’embrassais le coin de son front, avant de tituber péniblement vers la pièce attenante, claudiquant avec ma patte folle, héritage d’une tuerie sans nom qui m’avait pourtant vu vaincre. Je me rinçais le visage à grande eau, dans le baquet placé sur la table aux aurores. Les mêmes habitudes ponctuaient mon existence depuis toujours. Je n’avais jamais donné le moindre répit aux habitudes.


Je baigne mes mains dans le baquet. Laisse un frisson remonter le long de ma colonne vertébrale. L’eau est glaciale. Sans doute bouillie la veille, pour la débarrasser des esprits malins qui pouvaient parfois rendre malade, lorsque l’eau stagnait dans la rivière. La fête à mon retour m’avait fait danser, chanter et boire comme jamais. J’avais ripaillé comme si j’avais vingt ans de moins. J’avais aimé comme au premier jour. J’avais décidé de profiter du temps qu’il me restait ici. Car au printemps, je le savais. Peut être plus tôt encore, la guerre. Au sud, les restes d’une armée décimée attendaient le coup de grâce. L’épuisement des troupes, l’étirement des lignes de communication, le ravitaillement déficient, l’affermissement de nos conquêtes et territoires libérés… Poursuivre la guerre maintenant serait inutilement coûteux en nombre et en armes. Nous avions pris l’avantage. Inversé le rapport de forces. L’hiver allait permettre à l’ennemi de reformer ses rangs. Mais au printemps, nous serons plus unis, plus nombreux, riches d’un commerce qui reprenait entre les royaumes fédérés. Il fallait encore organiser tout cela. Je m’habillais seul. Cela prit un certain temps, notamment pour le bas. Me battre, je savais encore le faire. Marcher, chevaucher. Courir serait plus dur. Enfiler un pantalon sans aide, c’était compliqué avec ma jambe gauche, si raide… C’était le prix à payer.


Je m’occupais ensuite tandis qu’on me signalait le réveil de l’Impératrice et ses préparatifs pour d’autres entrevues. Je compulsais les rapports venus du Conflans et de l’Orage. L’Ouest cherchait à me provoquer, avec toutes ces missives et ces rumeurs. Pas de signes de ma fille. Si les Lannister m’y forçaient, j’irais prendre de ses nouvelles jusque Castral Roc s’il le fallait, bien entouré. Et le Val qui barguignait. Dorne dont les nouvelles se faisaient plus inquiétantes à chaque fois. J’épluchais les comptes envoyés par les mestres des capitales. L’Empire n’avait pas encore été aussi riche de sa courte existence. Mais il fallait organiser le retour des conscrits chez eux pour l’hiver. Tâche monumentale… mais alors que je travaille, on m’indique que Dame Whent demande audience. Je fais répéter au Demalion qui vient m’apporter la nouvelle sous son armure de plates, tête casquée. Je lui indique alors de faire entrer la Dame. Je la connaissais ; la veuve de feu l’un de mes chefs d’escadrons. L’homme avait été courageux. Un transfuge de l’autre camp. Comme tant d’autres. Si l’Empire ne savait convaincre et ne savait enflammer les passions, alors il ne vivrait pas longtemps. Le pendant de cette ardeur était le prix du sang, toujours plus élevé. L’homme repart et je range rapidement mes papiers, me levant en deux temps pour accueillir la veuve.


On la fait entrer. Mince sourire au bord des lèvres. Même si les circonstances de notre dernière entrevue avaient été compliquées, il n’en restait pas moins que ‘étais content de la revoir en bonne santé.



| Lady Orane. Bonjour. Et même si je crois que vous êtes arrivée un peu avant moi, qui ai dû repasser pour effacer Harrenhal de mon chemin, je vous souhaite la bienvenue un peu en retard… Comment vous portez-vous, et que me vaut le plaisir de votre visite ? |








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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Dim 2 Sep - 13:18

La Veuve et l'Empereur« La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé. »
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Le grincement de la porte dans son dos fit disparaître dans le couloir les gardes et la suivante qui l'avait accompagnée. Orane s'avança dans la grande pièce, baignée de la lumière douce du matin. Face à elle, un bureau sur lequel reposait une pile de documents plus ou moins ordonnés, et juste derrière, l'Empereur debout, le front marqué par l'ombre d'une inquiétude mais le regard néanmoins heureux. Elle ne fit que quelques pas avant de faire sa révérence en s'adressant à lui par son titre, comme le voulait l'usage.

« Votre Majesté. »

Elle se releva, une ombre assombrissant son œil soucieux. Les circonstances qui l'amenaient auprès de lui, comme toujours, ne figuraient pas parmis les plus joyeuses – leur première rencontre l'avait vu lui défait et blessé, la dernière l'avait faite elle veuve. Orane se répéta mentalement les mots qu'elle avait pensé prononcer, la requête qu'elle songeait présenter. Un millier de fois elle les avait pensés, un millier de fois ils avaient sonné faux. Il ne fallait pas qu'elle se trompe, ce serait probablement son unique chance.
La voix qui lui répondit, devenue presque familière avec le temps, la prit par surprise en lui souhaitant la bienvenue. Il était vrai que, contrairement à elle, l'Empereur n'avait fait son entrée à Fort-Darion que tout récemment. Elle était encore alitée lorsqu'on lui avait rapporté les événements qui avaient eu lieu du côté de l'immense château qui avait autrefois fait la fierté d'un roi qu'elle était supposée servir.

« Je vous remercie. Et permettez-moi de vous féliciter pour votre victoire à Harrenhal. » dit-elle dans un hochement de tête.

Le souvenir d'un ancien cauchemar l'empêchait de se réjouir entièrement. Dans ses songes, elle avait vu cette forteresse abandonnée, désolée et le corps inerte de Dorian gisant sous un linceul. C'était il y a bien des années déjà, mais le cauchemar était devenu réalité. La coïncidence la troublait quelque peu. Une pensée pour le reste de la famille Whent lui traversa l'esprit bien malgré elle. Ils n'avaient plus de nouvelles depuis la fuite, et même si les relations entre eux avaient toujours été tendues, Orane ne pouvait s'empêcher de se demander où ils étaient ou s'ils vivaient encore.
À en juger par la question qui suivit, elle songea que sa suivante avait assez subtilement fardé ses joues pour masquer le teint maladif qu'elle avait hérité de ses quelques jours de faiblesse.

« Je me porte... mieux. Il était temps, je pense, d'apprendre à triompher de mon chagrin. » répondit-elle sincèrement puis, après un silence respectueux, elle releva la tête pour lui retourner sa question : « Mais vous, comment allez-vous ? »

Et avec ceci, la discussion pouvait enfin commencer.

« Je viens vous remercier de m'avoir permis de loger à la capitale pour un temps. Il me faut cependant prendre mon congé et retrouver ma fille à Vivesaigues, je ne voudrais pas abuser de la grâce que vous et les Tully nous avez fait en nous acceuillant. » elle fit une pause « Et je viens également vous demander aide et conseil, car mon enfant et moi connaissons une situation dont nous ne pouvons nous sortir. Nous avions espoir, du temps où mon époux vivait, de commencer une nouvelle vie en rejoignant vos rangs. Malheureusement... cet espoir s'est envolé avec lui. » un soupir lui échappa « Nous n'avons pas d'endroit où vivre à l'heure actuelle, nous dépendons de la bienveillance de quelques seigneurs de ma connaissance et c'est une situation qui, comme vous le savez, n'est pas durable. Ma fille étant... et bien... une fille, nous n'avons aucun droit sur la demeure familiale, ni aucun droit sur les biens que feu mon époux possédait puisqu'ils appartiennent à son frère, ainsi que le prévoient la loi. »
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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Jeu 6 Sep - 21:52

Dame Orane Whent. Veuve d’un commandant de cavalerie de qualité, mort à la bataille d’Eysines. C’était Dorian Whent qui nous avait guidé sur le flanc de l’ennemi. Qui nous avait amené sur les villages et les chemins les plus praticables, tout en nous indiquant les meilleures zones de couverture pour orienter l’armée et la faire pivoter sur son propre axe à mesure des mouvements. La petite armée que j’avais menée, restreinte et maniable, avait été très bien éclairée par les chevau-légers et par cette connaissance du terrain. Quand Harren avait vu le coup venir, c’était trop tard. Orys Baratheon avait commencé à rétrograder au bon moment et Jon avait suivi le plan à la lettre, arrivant à marche forcée sur le flanc du Noir. Une coalition de petites armées qui avaient frappé de plusieurs directions pour éliminer l’ennemi. L’encerclement n’avait pas été total, car toutes nos armées arrivaient de trop d’endroits différents, et de trop loin également. La dame me salue. Le deuil ne lui allait pas bien ; c’était une dame digne, mais je l’avais rencontrée vive et heureuse, inquiète bien sûr, mais malgré tout en vie et heureuse de l’être. A sa mine, c’était aujourd’hui moins évident. Son mari était tombé à Eysines, dans le plus bel éclat d’une victoire qui lui devait beaucoup. Elle me salue, j’en fais de même.


Son visage est traversé d’une ombre indéniable, comme je le craignais. Elle me félicite pour la victoire à Harrenhal. Bref signe de tête. Les Whent vivaient dans cette région depuis longtemps.



| La victoire fut facile. Le Noir avait dégarni sa garnison. Pour beaucoup constituée de riverains de régions déjà occupées par nos forces ; Harren n’avait plus le choix et a préféré les laisser en arrière plutôt que de risquer une défection sur le champ de bataille. La victoire a néanmoins encore coûté en sang... |


Je repensais à l’assaut, coûteux en hommes… Pour lequel j’avais employé en première ligne les mercenaires repris à Harren. Leur sang soulageait les finances impériales et il leur fallait prouver leur loyauté autant que leurs compétences… Et surtout, Harrenhal avait été une histoire de Meraxès. Qui avait profité de la nuit pour attaquer les tours. Nuit noire et sans nuages. Des dizaines d’archers avaient été incinérés et nombreux avaient été les hommes qui, d’après les rares survivants, s’étaient fait happer d’un coups de crocs dans l’obscurité. La guerre avait son lot d’horreurs, mais elles étaient nécessaires pour s’imposer. Orane me dit qu’elle va « mieux » et qu’elle essaie de surmonter sa peine. Puis le silence s’installe. Elle me demande comment je vais. Mince sourire.


| Je vieillis, et le dernier souvenir laissé par mon ennemi me lance, dans ma jambe gauche. Mais le nord de l’Oeildieu est nôtre. Et vous serez heureuse, je pense, en tout cas rassurée, de savoir que nous avons pu récupérer les Whent qui se trouvaient sur place. Il ne manque à l’appel,je le crains, que le chef de famille. Votre beau-frère, c’est bien cela ? Il est resté loyal au nouveau souverain du Sel et du Roc. J’ai beaucoup de respect pour les hommes de principe, même si leur destin est souvent funeste. |


J’en savais quelque chose. J’avais perdu quatre frères pour le Nord, et quantité d’amis qui n’avaient jamais voulu céder de terrain ou de gloire à l’adversaire qui venait violer nos terres immaculées du Nord. La dame me remercie du logement, et elle voulait retrouver Vivesaigues. Et elle me faisait part aussi, forcément, de sa situation qui était loin d’être confortable. Je la regarde sans dureté, mais sans pitié pour autant.


| De là où je me trouve, Lady Whent, tout ce qui appartient à votre famille est vôtre. Vous avez rejoint librement l’Empire, sans menaces ni contraintes d’aucune sorte. Le seigneur légitime de ces terres est un ennemi de l’Empire. Et je suis seigneur suzerain de ces terres, désormais. Si vous le souhaitez, elles sont vôtres, pourvu que vous fassiez accueil aux gens de votre parentèle… | car on ne laissait pas les siens dehors… | Mais j’ai besoin de quelqu’un qui tienne véritablement ce domaine. Il est non loin de ce qui constituera le front lorsque reviendra le temps des opérations. J’aurais alors besoin de votre bonne gestion, taxes, hommes et vivres. Vous en sentez-vous capable, Lady Whent ? |









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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   Hier à 15:30

La Veuve et l'Empereur« La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé. »
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Le récit de la victoire fut bref, mais efficace. Orane connaissait peu de choses des affaires de la guerre, ou plutôt des combats car elle avait vécu assez de guerres pour en comprendre les ficelles. Les braves versaient leur sang pour une cause noble et juste – ou du moins le pensaient-ils – et l'on pleurait leurs trépas en chantant des chansons qui vantaient leurs exploits, pour peu que la guerre fut gagnée car sinon on rirait de leur vain sacrifice pour des siècles et des siècles. En définitive, peut-être que les guerres ne laissaient pas de vainqueurs... peut-être était-ce le moins perdant qui l'emportait.
Il fut honnête quant à l'état dans lequel il se trouvait, sans doute plus honnête qu'elle ne l'avait été avec lui. Son œil se baissa sur la jambe blessée, discrètement. Elle se demanda combien de temps il lui faudrait pour récupérer la pleine maîtrise d'un membre aussi nécessaire à un guerrier de son envergure. Du reste, s'il pouvait tenir debout, ce ne pouvait être qu'encourageant. La soigneuse en elle voulut lui conseiller de ménager le muscle pour permettre une cicatrisation propre et plus rapide, mais là n'était pas sa place. Plus maintenant, du moins. Il interrompit ses pensées, sans probablement remarquer que son esprit avait un peu erré, et la nouvelle qu'il lui apporta – la prise des terres Whent – la figea un instant. La demeure natale de Dorian... sous contrôle de l'Empire. Elle peinait à y croire. Même s'ils s'étaient rendus, même s'ils avaient cédé, elle ne parvenait pas à avaler que les Whent – ceux-là même qui ne juraient que par Harren le Noir et ses maudits généraux – aient pu accepter de rejoindre les rangs adverses. Puis, évidemment, il lui révéla que Larss ne faisait pas partie de ceux-ci. Elle soupira, presque rassurée de ne s'être pas tant trompé sur son compte, car si sa femme et ses enfants étaient désormais sous le joug de l'Empire, elle était persuadée que lui aurait préféré la mort à la capitulation. Peut-être était-ce cruel, mais elle espérait que les Sept le garderaient toujours dans cet esprit.

« Un homme de principe, en effet. » dit-elle, le visage entièrement inexpressif. Certes, il fallait reconnaître que Larss Whent avait le courage de ses convictions, mais leur lourd passif à tous deux l'empêchait d'admettre que cela forçait le respect. Il n'avait jamais été vraiment respectueux envers elle, Orane n'avait pas l'intention de l'être envers lui. « Comme son frère. » ajouta-t-elle, quoiqu'ils n'eurent jamais partagé les même valeurs.

Cependant, il lui appararût rapidement que la prise des terres familiales n'était pas l'unique nouvelle qu'il avait à lui apporter. Pas un mot ne quitta ses lèvres pendant qu'il présentait devant ses yeux ébahis une foule d'opportunités pour un futur neuf qu'elle n'avait osé imaginé. Il lui confiait la gestion d'un domaine où elle n'avait été qu'invitée – voire parasite, aux yeux de certains – toute sa vie durant. Quand il se tût, Orane demeura muette. Trop de pensées se bousculaient dans son esprit troublé.

« Sire... je... » elle resta bouche-bée un instant. « C'est beaucoup d'honneur que vous me faîtes. Je tâcherai de me montrer à la hauteur de cette responsabilité. » elle hocha la tête presque par réflexe. « Il va de soi que la famille de Lord Whent ne sera pas délogée de la demeure familiale, je vous en fais le serment. J'imagine que mon retour ne se fera pas sans heurt, cependant. Nous ne nous sommes pas quittés en très bons termes. »

Orane repensa aux garçons qu'elle n'avait pas vu depuis plus d'un an. Pendant un bref instant, elle contempla la possibilité de faire un jour la paix avec le futur de leur maison – l'héritier – plutôt qu'avec le père avec qui toute réconciliation semblait vaine. La paix... enfin. Et Morgane à qui elle allait pouvoir offrir un vrai toit, un vrai lieu de vie. Une brève lueur d'enthousiasme dut se lire dans son regard, car elle eut l'impression qu'il la dévisageait un instant. Orane prit une grande bouffée d'air et fit un pas vers lui, les mains toujours jointes sur son jupon.

« En vérité – et si cela peut sonner impertinent, je m'en excuse – je suis heureuse de pouvoir enfin rentrer chez moi, mais... » Un silence. Était-ce seulement vraiment le foyer dont elle avait rêvé ? Elle n'en souffla mot. « Non... n'en tenez pas compte. Nous avons tous deux fort à penser, je crois. » Un vague sourire mélancolique sembla se dessiner sur ses lèvres. « Je regrette presque les longues discussions que nous avions à Vivesaigues, moins les circonstances dans lesquelles elles eurent lieu. »
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MessageSujet: Re: La Veuve et l'Empereur (Torrhen Braenaryon)   

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