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Révélations (pv Myria)
MessageSujet: Révélations (pv Myria)   Sam 18 Aoû - 18:03







Révélations







Mère était revenue de son exil forcé depuis plusieurs jours maintenant. J'avais éprouvé une forme de soulagement à la revoir en vie. La joie n'était pas décemment concevable et je la laissais à mes petits frères quand ils la reverraient. Leur jeune âge les autorisait à pardonner sans comprendre, ce qui n'était pas mon cas. Un fils aîné a toujours un devoir de loyauté envers son père.Le mien l'a peut-être oublié, mais pas moi. Avant d'accepter de l'entendre nommé par tous "le félon" ou le "traître lâche" j'avais besoin de savoir ce qui s'était passé pour qu'il en arrive là. Trop longtemps j'avais dû différer, à cause des événements puis de sa captivité, un tête à tête avec ma mère, une franche explication, du moins l'espérai-je aujourd'hui. Peut-être aussi la redoutais-je et attendais-je d'avoir rassemblé mon courage.

J'avais besoin de savoir d'où je venais pour savoir où j'allais. Je n'étais plus rien. Rien que le fils du traître. Je voulais savoir si je finirais fou comme mon père et comme mon grand père, car il m'apparaissait presque comme une évidence qu'une tare se transmettait de père en fils chez les Hoare. Cette idée me donnait des suées nocturnes qui m'éveillaient en pleine nuit. La folie du pouvoir, la soif de sang, la haine et la méfiance, tous ces maux avaient corrompu mon grand-père et mon père au point de les dresser l'un contre l'autre, au point d'obliger ma mère prendre une décision inconcevable. Étions-nous une lignée de rois fous ? Où y avait-il dans ce chaos une logique qui échappait encore à l'enfant que j'étais ?

J'attendais des explications avant de conclure que les Hoare n'étaient pas digne de régner sur le Conflans et les Îles de Fer. Une conclusion dont la perspective m'horrifiait surtout considérant ce qu'elle impliquait. Mais je voulais croire encore à une autre issue. Cette entrevue m'éclairerait peut-être, en plus de me donner le réconfort secret de revoir ma mère malgré la rancune que j'affichais à son égard. J'avais croisé Mère à plusieurs occasions, mais jamais seule. Mon oncle Yoren avait mille raisons de quérir son attention pour avoir des renseignements utiles politiquement et stratégiquement, ce qui avaient différé un véritable huis-clos entre elle et moi.  Aussi avais-je échappé à l'épreuve d'une étreinte. Nous ne nous étreignions jamais en public. Aussi avant de frapper à la porte de ses appartements, me gainais-je dans une sorte de rectitude qu'on pouvait attribuer au guerrier que j'aspirais à devenir.

J'aimais la simplicité des lieux, leur authenticité. Pierremoutier se situait non loin de la Néra, bâti de pierres plus que de bois, ce qui lui valut son nom, c'était un ancien lieu de prière et de religion, comme le terme moustier l'indique. Mais je comprenais pourquoi mon Oncle Yoren avait choisi ce lieu comme capitale du Royaume exilé car même s'il avait été bâti par des religieux qui se destinaient à la méditation, l'architecture et l'organisation en avaient été pensées comme si la petite cité avait une vocation militaire. Le fortin était compacte et difficile de prise avec un pont-levis gardé par une grosse tour de ronde flanquée d'une terrasse dédiée à l'ébouillantage des importuns. La citadelle s'épanouissait autour du Moustier en rangs serrés et en ruelles étroites derrières des remparts d'une épaisseur considérable.

D'une superficie modeste et ramassée, la cité pouvait cependant abriter une garnison importante grâce à ses plateaux herbeux accessibles uniquement par la porte ouest des remparts. Ces plateaux accueillaient d'ailleurs les troupes ralliées à Yoren et leur campement. L'état major lui même se réunissait sous la plus grande tente. Les chevaux trouvaient pâture et abri sur ce plateau car il était barré au nord par une montagne sans accès et à l'ouest par une falaise à pic surplombant la Néra. L'est et le sud étaient gardés par des fortifications et des douves impressionnantes dont la seule porte n'auraient été prenable que par un siège long et coûteux affamant les assiégés.

C'était d'ailleurs une éventualité qui pouvait être écartée par une solution assez simple mais il fallait que j'en parle à mon oncle. Il me semblait qu'argumenter avec lui me serait presque plus facile que de questionner Mère sur les événements tragiques de ces derniers mois. Je pris une profonde inspiration  avant de me présenter devant le garde personnel que mon oncle lui avait attribué et qui était posté devant la tente de feu mon Père parce qu'on l'avait attribuée à ma Mère. Le guerrier Fer-né la suivait partout comme son ombre. Je ne savais qui allait m'accueillir derrière la tenture une fois qu'il m'aurait autorisé à passer, mais j'espérais presque que ce fut une de des suivantes qui me fasse patienter dans l'entrée afin de me laisser le temps d'affermir ma détermination.  





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MessageSujet: Re: Révélations (pv Myria)   Mar 21 Aoû - 22:31

Myria travaillait nuit et jour depuis son retour. Entre les missive diplomatiques et amicales, les conseils stratégiques, la politique, les relations publiques avec les riverains et les Fer-nés ainsi que ses très nombreuses visites privées au Roi, elle dormait peu et mangeait mal. Pourtant, elle restait affaiblie par sa folle entreprise de Vivesaigues et sa servante ne cessait de lui répéter qu’il fallait qu'elle se repose. Avec le rude hiver qui s’abattait sur eux, elle risquait une pneumonie mortelle si elle continuait comme ça. Heureusement, elle avait obtenu de Yoren de l’eau chaude pour sa toilette et du bois pour ses braseros, aussi le froid glacial qui régnait dehors devenait vite un mauvais souvenir une fois dans la tente.

C’est dans cette douce chaleur, une robe de velours bleu brodée de chaînes en fil d'argent soulignant sa taille et son décolleté en V, que la veuve aux yeux azurs s’était endormie, épuisée. Assise sur le confortable fauteuil de Joren, doté d’un haut dossier sculpté d’un bas relief représentant les armoiries de la Maison Hoare : un boutre, un pin, une grappe de raisin et une corbeau séparés par des chaînes croisées au centre. L’assise était recouverte de moelleuses fourrures. Face à la grande table qui avait autrefois accueilli tant de conseils de guerre présidés par feu le Boucher du Bois du Roi ainsi que nombre de ses ébats avec épouse et maîtresses. Dessus, une plume dans l’encrier, des tas de parchemins vierges ou remplis, certains déjà scellés du sceau au sautoir et un plateau avec du pain, du fromage, des pommes, des oeufs et du vin tiède. Sa servante l'avait recouverte d’une couverture et Ser Greydon Frey, l’oncle de Myria, gardait l’entrée. Il entendit qu’on approchait et écarta un pan de la porte pour voir l’intru.

__ Prince Beron ! Votre mère sera contente de vous voir, entrez donc vous mettre au chaud. »

Le chevalier tint la porte au jeune homme avec un grand sourire. La servante secoua doucement la Princesse pour la réveiller et lui annonça à voix basse que son fils était là. Dans un demi sommeil, la brune sortit une main de la couverture, la tendit vers l'intéressé et balbutia :

__ Aenarion, viens, approche mon chéri… »

Puis la Hoare se réveilla tout à fait en s'apercevant qu’il ne pouvait pas s’agir d’Aenarion puisqu'il était à Villevieille ou embarqué sur la Flotte de Fer aux dernières nouvelles. Ca n’était pas non plus Euron, envoyé auprès de Tricia Gardener et d’Eren. Encore moins les jumeaux qui avaient tout bonnement disparus. C’était donc nécessairement Beron.

__ Beron, excuse-moi, je rêvassais. Viens mon fils, viens que je te regarde. »

La jeune femme tendit ses mains délicates vers lui et sourit avec tendresse. N’avait il pas grandi encore durant ce mois de séparation qui lui avait paru une éternité loin de ses enfants ? Il lui sembla que oui. Et ce dont elle était certaine, c'était qu'il avait forcit et gagné en maturité.

__ Tu m'as tellement manqué. »

Dés qu’il fut suffisamment près d'elle, elle l'attrapa par une main et l’attira dans ses bras où elle le serra de toutes ses forces en soufflant dans son cou. C’était là peut être un geste déplacé alors qu’il approchait de cet âge fatidique où il deviendrait un homme fait, mais malgré tout il resterait toujours son fils. Et après toute la retenue dont elle avait dû faire preuve au banquet, il était hors de question de ne pas lui témoigner tout son amour dans le seing privé.




Dernière édition par Myria Hoare le Mar 28 Aoû - 1:27, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Révélations (pv Myria)   Dim 26 Aoû - 1:14







Révélations




Ce fut Ser Greydon Frey, l’oncle de Mère qui m'accueillit à l'entrée de la tente de feu mon père.

Chaque fois qu'une pensée me ramenait au traître, à Joren Hoare, je devais refouler mes larmes et me comporter non seulement en homme, mais aussi en héritier présomptif, dans tout ce que cela avait de contradictoire. Je savais que mon oncle Yoren m'avait désigné comme tel. Mais, bien que je ne doutasse point de sa sincérité, je savais aussi que c'était pour lui une façon d'asseoir son autorité encore fragile aux yeux de ses barons, les défiant et en me prenant comme son protégé. Mais combien de temps cela durerait-il avant qu'il prenne conscience que sa descendance à venir pouvait prétendre au trône, en cela encouragé par ma tante Héléna ?

Les adultes me pensaient dupes de leurs manœuvres, mais je savais bien que malgré l'affection sincère qu'ils me portaient, l'attrait du pouvoir et l'envie de perdurer au sommet étaient plus forts que tous les attachements. J'étais né dans une famille qui ne vivait que pour cela et bien souvent, sans oser le dire à quiconque je réfléchissais à une façon de changer tout cela... Après ... Quand la guerre serait finie. J'avais même commencé un carnet que j'avais titré "Après la guerre" car il me semblait n'avoir vécu que douze ans de guerre indirectement, et maintenant que j'étais en première ligne, je ne tremblais pas mais je n'avais à l'idée que d'éviter cela à mes petits frères et sœurs, à mes enfants à venir, si le Dieu Noyé m'en accordait.

Peut-être d'ailleurs qu'il serait plus sage de laisser cette branche maudite des Hoare s'éteindre et de laisser celle ouverte par mon oncle s'épanouir. Sa mère tant décriée, était du peuple sans doute. Peut-être avait-il hérité plus de sagesse et d'humilité que moi fils d'un Hoare et d'une Frey. C'est dans cet état d'esprit que je saluai mon oncle avec une sorte de pincement au cœur et en refoulant une montée de larmes je gardai pour moi ma réplique "pas si sûr mon oncle, pas si sûr" et la remplaçai par un aimable" Merci mon oncle, puisse le Dieu Noyé veiller sur ta famille et sur tous les Hoare".

Accueilli par une servante, je fus mené vers maman qui semblait se reposer. Je fus bouleversé par sa pâleur et ses traits tirés mais n'en laissai rien voir devant sa suivante. Je n'eus qu'une envie, la prendre dans mes bras et bercer cette silhouette familière qui m'avait bercé si souvent dans mes jeunes années, lui murmurer des mots tendres comme elle l'avait fait. Ma petite Maman, comme j'ai envie de la serrer contre moi et de la rassurer en lui disant que je suis là pour veiller sur nous...

Nous ? Qui ? Elle et moi ? Où étaient Aenarion, Euron et mes derniers frère et sœur nés ? Disséminés pour fuir la vindicte et la honte que le choix -très discutable  d'un père- a voué à la vindicte collective. Et encore qu'en ayant côtoyé Harren malgré son empressement à me former et m'enseigner comment devenir un digne Hoare, je me trouvai très démuni  à faire front, je savais depuis toujours où allait la préférence de Mère aussi ses murmures au sortir du songe ne me surprirent guère.

"Je suis un guerrier, je suis l'arrière petit-fils d'Harwyn la poigne. Je ne dois pas pleurer comme une fillette." Aussi je ravalai ma déconvenue en pensant plutôt combien elle aimait mon frère Aenarion qui était loin de nous, sans doute terrorisé lui aussi sans oser le montrer. J'espèrais l'avoir assez bien endurci par mes taloches de grand frère, qui étaient autant de preuves d'amour. Comme Père et Mère me l'avaient enseigné naguère.

Autant l'enfant en moi avait envie de revendiquer sa part d'attention, autant le Hoare remerciait sa Mère de l'avoir forgé dans le Roc et le Sel, mieux dans le fer des batailles qu'elle avait du livrer pour lui apprendre à faire face à ses obligations d'aîné. Aussi son excuse fut-elle perçue mais pas pour ce qu'elle croyait. Je m’agenouillai auprès d'elle et lui sourit. Pourtant tout se fissura l'espace d'un instant et je murmurai:

- Mère vous m'avez tellement manqué aussi ...


Lorsqu'elle m'attira dans ses bras pour me/se, nous réconforter, je ne me dérobai point. Il est  des batailles que les guerriers gagnent dans leur cœur et j'en livrai une farouche ce soir-ci. Celle du pardon et de l'abnégation, celle du rachat: ma faute de n'être encore pas homme à revendiquer ma couronne, la sienne d'avoir consenti à faire assassiner mon père. Nous nous étions déçus l'un l'autre à ne pouvoir trouver d'autre solution. Roi, j'aurais épargné la vie de mon père. Reine elle l'aurait juste répudié. Le Destin en avait décidé autrement et il avait pris alors les traits d'Harren le Noir.

Je me dégageai à contre cœur de son étreinte pour la contempler mieux.

- Mère vous semblez épuisée. Il faut me promettre de prendre soin de vous.


Je me promis intérieurement de voir quelle bâtisse rénovée pourrait accueillir ma chère Mère et de souffler quelques mots à mon oncle quant à l'occupation des locaux en pierre de Pierremoutier la bien nommée. Les Fer-nés tout comme moi pouvaient s'accommoder de vivre sous des tentes à l'approche de l'hiver mais Mère, tout comme sa Reine Lady Héléna seraient mieux abritées dans une enceinte de pierre. Le lieu n'en manquait pas et je ne doutais pas que mon oncle saurait l'entendre .

- Mère comment allez-vous ? Avez-vous des nouvelles de mes quatre frères et sœurs ? Aenarion, Euron, Victarion et Victoire que je choie déjà ?


Puis constatant son amaigrissement frappant, je m'alarmai:

-Mère, vous pourvoie-t-on suffisamment ? Je veux dire en denrées alimentaires ?


Je l'enlaçai de trop mais je n'en avais cure. J'avais tant rêve de ses parfums , de la douceur de sa voix, du soyeux de ses cheveux que je caressais sans même en avoir conscience. Les larmes finirent par s'échapper, traîtresses féminines. Mais bientôt, les sanglots plus masculins leur firent renfort. Et je ne pus que murmurer à mon tour en la serrant contre moi.

- Mère vous m'avez tellement manqué aussi ... Tellement ... Si seulement vous saviez ...







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Dernière édition par Beron Hoare le Sam 15 Sep - 19:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Révélations (pv Myria)   Mar 28 Aoû - 1:25

Ser Greydon Frey adressa un sourire à la jeune femme et à son fils avant de reprendre son poste. Il était redevenu le capitaine de la garde rapprochée de la Princesse et conseillère politique du Roi Yoren le réformateur depuis quelques jours à peine après avoir été emprisonné un moment pour la trahison de Myria et il serait bientôt Lord Frey si, comme elle le pensait, Anderan et toute sa famille avaient été tués suite à sa tentative d’empoisonnement du banquet du mariage de Jon Stark et d’Eleanor Tully. Les autres Frey, qui avant, faisaient partie de la garde de Myria avaient été déployés dans les unités montées de Yoren, ses filles en revanche étaient soit aux mains de l’Empire, soit mortes, la brune n’en savait rien. Ainsi, le nombre d’hommes chargés de veiller sur la jeune femme avait considérablement baissé et c’était bien normal, elle n’était plus la future Reine, le chevalier se relayait avec deux de ses fils. Néanmoins, pour aller dans l’Ouest elle allait devoir prélever une escorte sur les forces vives du Royaume, cela l’inquiétait beaucoup, le Roi aurait besoin de chaque homme disponible.

__ Je le ferais. Je le ferais… »

Répondit la brune aux yeux azurs sans faire grand cas de la requête de son fils. Mais il semblait sérieux et à le voir la regarder ainsi, elle devait avoir une mine abominable. Elle reporta toute son attention sur Beron et d’un geste de la main, désigna tous les papiers qui trainaient sur la table.

__ J’ai tant à faire, un Royaume à sauver, tant d’erreurs à racheter. Auprès du peuple d’abord, auprès de toi, bien sûr, et auprès de Yoren, que j’espère servir avec suffisamment d’ardeur et assez longtemps pour que le rêve de ton père prenne forme. »

Myria eut un sourire emprunt de tristesse et hocha la tête avant de reprendre.

__ Je le ferais, c’est promis. Dès que je pourrais décemment trouver un peu de répit, mais tu le sais, tout le monde souffre de cette tragique situation et je ne suis pas la plus à plaindre. »

Fixant Beron avec ce même visage plein de la nostalgie d’un bonheur lointain qui n’avait aucune chance de revenir, la veuve se perdit dans ses pensées. Je compte bien te voir grandir encore, et devenir un homme. Voir ce que j’ai forgé avec Joren et tous ceux qui t’ont entourés. Constater mes erreurs et te laisser faire les tiennes. Ton père t’aimait tant, comme il doit te manquer. Tu étais son préféré. Si tu avais vu son visage s’éclairer lorsqu'il t’a tenu dans les bras pour la première fois. Tu avais déjà presque un an quand il est revenu de campagne, mais je lui avais tout raconté par corbeaux. Il t’a aimé avant même de te rencontrer, mais quand il t’a vu, j’ai su que tu serais un enfant bercé par l’amour de ses parents contrairement à Joren. Chaque fois qu’il te regardait, ses yeux souriaient et mon coeur s’emplissait de joie à le voir si heureux, si fier de toi. Amusé par tes frasques et enorgueilli de tes progrès. Mais il était souvent envoyé au loin par Harren et il nous manquait tant n’est-ce pas ?

__ J’ai confié Euron à la Reine Tricia Gardener, c’est une amie chère. Aenarion est sur la Flotte de Fer, ta tante Eren étant, je crois, à Hautjardin pour sa grossesse, j’ignore avec quel commandant et sur quel boutre il navigue. J’ai demandé des nouvelles à son altesse Tricia. Quand à Victarion et Victoire, ils sont… bien là où ils sont. C’est mieux ainsi. »

Myria eut un rictus qui ressemblait vaguement à un sourire pendant un bref instant et elle se tortilla sur sa chaise, puis elle plongea le nez dans son vin le temps de reprendre contenance. Elle n’avait pas eut vent de la mort des jumeaux, ni de leur survie cela voulait probablement dire que la nourrice avait fait ce qu’elle lui avait commandé. Ainsi, ils étaient désormais des enfants du peuple, ils grandiraient tous deux dans un ferme non loin d’ici, car la jeune femme chargée de deux nourrissons n’avait pas pu aller bien loin. Bien sûr, ils pouvaient être tués si l’Empire attaquait, bien sûr ils pouvaient mourir de faim, mais si la Maison Hoare touchait à sa fin, ils ne connaîtraient pas le destin tragique de leurs grands frères. Alors oui, c’était mieux ainsi. S’ils étaient encore en vie, ils mèneraient, lorsque cette guerre serait enfin finie, une vie paisible de paysans, loin des intrigues, des complots, des assassinats, des guerres de succession, loin du pouvoir. Et s’ils étaient morts, elle préférait ne pas le savoir et continuer de les imaginer gambadant dans les champs et sautant dans les ruisseaux, libres, merveilleusement libres…

La brune eut un petit sourire furtif, mais Beron lui demanda encore si elle était bien traitée et elle ouvrit de grands yeux étonnés. Depuis quand était-il devenu si prévenant avec elle ? Et depuis quand il se prenait pour son père ou son mari ?! Elle était veuve et donc libre et elle comptait bien le rester, le plus longtemps possible, jusqu’à ce que son devoir de Princesse lui apporte un nouvel époux qu’elle tâcherait de ne pas tromper, du moins pas avec son propre père.

__ Comment ça ? Oui bien sûr ! »

La brune commençait à douter de sa propre apparence et passa la main sur son visage, mais non, elle n’était pas si maigre, si ? Peut-être un peu… elle comprit néanmoins qu’elle devait avoir beaucoup changé depuis la dernière fois qu’il l’avait vue et trouva une explication toute simple.

__ Fils, la dernière fois que tu m’as vue, je venais d’accoucher, j’ai perdu beaucoup de poids depuis, tu sais comme je gonfle en fin de grossesse. De plus, j’ai été retenue captive et je dois dire qu’entre le rude hiver et les corvées, le voyage et le peu de nourriture digne de ce nom que j’ai reçu, je dois avoir bien changé. Mais n’ai crainte, Yoren a été… très généreux avec moi et je vais reprendre du poil de la bête peu à peu. Tu sais, ce n’est pas parce que ton père n’est plus là pour veiller sur moi que j’ai besoin d’un chaperon, Beron. Je n’ai besoin de personne pour me protéger ou prendre soin de moi, je me débrouille très bien toute seule, la preuve, je suis là, avec toi, je suis en vie, j’ai été graciée, promue et innocentée le tout en moins d’une semaine. Tel le phœnix, je renais de mes cendres pour mieux servir le pays. Ton grand père ne peut pas en dire autant mais c’est peut-être un mal pour un bien… hum… pardon. Où en étais-je ? Ah oui… le phœnix. Cesse de t'inquiéter pour moi, c’est mon travail à moi de m’inquiéter pour toi, mais toi, tu es mon fils, alors inquiètes toi de… ce dont les garçon de ton âge s’inquiètent. Et la guerre, ceci est vraiment inquiétant. Tu t’entraines j’espère ! »

Pourtant, si Myria le cachait bien, elle avait bien cru ne jamais le revoir et avait beaucoup souffert de cela, plus peut-être que des privations et de sa condition. Elle craignait de mourir sans avoir pu lui donner la moindre explication, ni sur la trahison de Joren, ni sur la mort de son père, ni sur son départ pour Vivesaigues. Beron enlaça de nouveau la brune aux yeux azurs qui répondit en le serrant contre elle et en cachant son visage dans son cou. Un large sourire étirait sa bouche tandis que des larmes coulaient le long de ses joues. Elle était partagée entre la joie de le retrouver et le chagrin de devoir bientôt le quitter à nouveau, pire, de ne peut-être plus jamais le revoir, elle préférait se dire peut-être que probablement, mais elle était parfaitement consciente qu’il avait toutes les chances de mourir dès la prochaine bataille, elle aurait adoré l’emmener avec elle dans l’ouest, mais c’était impossible, l’héritier présomptif de Yoren ne pouvait se trouver qu’ici, auprès de son Roi et bien sûr auprès de son peuple de de son royaume. Elle le serra un peu plus fort à cette pensée et murmura qu’elle l’aimait alors qu’il disait à nouveau qu’elle lui avait manqué.

Elle se redressa d’un coup et fit signe à sa servante d’approcher un siège, puis elle le prit par les épaules, comme souvent Joren faisait, mais à sa manière plus douce et féminine, tendre. Elle reprit avec plus d’entrain, dissimulant son chagrin et ses regrets ainsi que la peur qui lui tordait les boyaux.

__ Assez parlé de moi. Et toi mon fils, comment vas-tu ? Tu es beau, tu as grandi et forci. Bientôt tu feras tourner les têtes et tu brisera des cœurs. Promet moi juste une chose. Aime ta femme comme ton père m’a aimée et ne l’abandonne pas. »


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MessageSujet: Re: Révélations (pv Myria)   Sam 15 Sep - 21:18







Révélations




Mère m'étreignit et j'en ressentis une sorte d'apaisement mais aussi un regain de courage pour ce que j'allais devoir lui dire, pour les questions qui me brûlaient les lèvres. Elle me montra d'un geste résolu les liasses de parchemins qui s'étalaient sur son bureau et m'expliqua ses devoirs envers le peuple, envers Yoren et aussi sa volonté de rachat aux yeux de tous. Je me dégageai doucement et me redressai.

- Des devoirs, nous en avons tous, du plus humble de nos citoyens au plus haut placé. Mais chacun sait qu'on ne peut bien servir que si on commence par prendre soin de soi-même du mieux qu'on le peut. Et aussi de ses proches.

L'allusion à mon père et au rêve qu'il avait caressé pour le Royaume et ses sujets me prit de court.

- T'avait-il dit ses rêves et combien il étouffait de les voir entravés par le Noir ?  Il me disait de m'en inspirer pour devenir héritier mais qu'il m'appartenait de prendre la part de son enseignement que je jugeais pertinente et de rejeter celle qui était indigne d'un roi. Tu sais, c'est troublant, mais quand il a prononcé ces mots, j'ai eu peur pour lui. Son regard était si étrange comme si une folie y dansait. Une souffrance mêlée de haine. Je crois qu'Harren lui avait pris beaucoup de ses rêves, avait sali ses espoirs. Combien il se sentait seul et mal armé face à la haine du spectre d'Harren qui l'accompagnait dans chacun de ses gestes .


J'hésitai à poursuivre. Est-ce qu'en confiant à Mère ce que mon père m'avait confié, je ne trahissais pas sa confiance ?

- Tu penses qu'il t'a trahi, n'est-ce pas ? Qu'il nous a lâchement abandonnés ? Et ton cœur l'a condamné pour cela. Mais tu ignores à quel point il se sentait seul, indigne de nous et méprisé. Je crois ...

Je n'avais plus besoin de réprimer la monté de mes larmes car j'étais redevenu Beron, le Prince du Sel et du Roc et je parlais au nom de mon Père.

- Je crois qu'il ne s'aimait pas lui-même, qu'il portait depuis trop longtemps les humiliations qu'un père lui avait infligé. Alors ... alors ... il a tenté seul l'ultime coup qui lui semblait jouable. Il s'est engagé dans une partie de Cyvosse qu'il avait bien peu de chance de gagner... Et il a perdu. Tout : la bataille, l'honneur, la légitimité princière et ... ton amour.

Je me détournai pour jeter un regard circulaire à cette tente que je connaissais bien pour y avoir parfois rejoint mon père pour ce qu'il appelait un conseil de guerre entre Princes Hoare. Le décor n'avait guère changé à peine féminisé par la présence de ma mère.

- C'était un père aimant et un guerrier magnifique, mais un homme terriblement seul, écrasé par la haine qu'il vouait à mon grand père. Il m'a enseigné mes premières passes d'armes mais plus encore à me défier de celui que vous tous admiriez comme le fondateur du Royaume. Il me disait souvent "tous l'adulent, à commencer par ta mère, et c'est bien compréhensible. C'est un conquérant avant d'être un bâtisseur. Il s'enorgueillit d'avoir érigé la plus grande forteresse de Westeros mais elle ne sert que son orgueil et les guerres qu'il livre à nos ennemis. Nous, toi et moi, Beron, serons les vrais bâtisseurs, d'édifices plus modestes, mais plus glorieux: ceux qui mettront notre peuple à l'abri de la misère. Un Roi doit être élevé par l'amour qu'il a de son peuple et non par la terreur qu'il lui inspire. Retiens bien cela, mon fils.".

Un silence embarrassé s'installa entre Mère et moi. Peut-être ignorait-elle que nous ayons pu tenir Père et moi des conversations aussi profondes ou peut-être cela réveillait-il la douleur en elle d'évoquer ainsi la mémoire d'un homme qu'elle avait condamné à mort. Le père de ses enfants, son époux. Mais je me devais de rétablir une certaine vérité sur l'homme qu'il avait été. Je le lui devais et je me le devais, même auprès de celle qui avait scellé son destin. Même si je devais encore lui infliger plus de souffrances qu'elle n'en portait déjà. J'étais désormais dépositaire de la parole de Joren, contre tous ceux qui le décriaient. Un jour je rétablirais la vérité. Je poursuivis...

- Tel était le rêve de mon père dont vous vous targuez à présent, après avoir signé son trépas, de poursuivre l'oeuvre. Il ne pouvait, ni ne voulait vous impliquer sans nous mettre tous en danger mortel. Cela je l'ai compris. Et vous, Mère, le comprenez-vous ? Bien sûr, nous sommes des parias à présent, aux yeux de bien des gens qui croient savoir. Mais s'il vous avait rendue complice de ses choix, nous serions tous morts, vous et tous vos enfants. Au lieu de cela, Yoren vous a graciée et il m'a désigné comme son héritier présomptif, et écuyer. J'ignore si Père avait prévu cette éventualité que son frère bâtard soit légitimé puis Roi, mais qui sait, après tout, qui connaissait mieux les humeurs du Noir que Joren ? En outre, ce n'était un secret pour personne qu'Harren préférait Eren mais ne la désignerait jamais comme son héritière et qu'il préparait son bâtard à devenir un guerrier féroce. Alors je pense que cet homme qui fut mon père était un stratège brillant, un stratège du désespoir, certes, mais qui avait peut-être conscience d'être pieds et poings liés et méprisé par son Roi. Il s'est sacrifié, voilà ma vérité et celle que je répandrai un jour à travers tout le Royaume.

Je cherchai du regard un signe du passé de mon père dans cette tente mais n'en découvris aucun. Mes yeux tombèrent sur un siège posé là et je m'y serais volontiers assis tant mes paroles me demandaient effort par le bouleversement qu'elles m’infligeaient, mais un Hoare ne s'assoit pas pour revendiquer haut et fort ses convictions. Il les assume debout même si ses jambes tremblent d'émotion. Je conclus ma tirade en proie à un étourdissement fiévreux:

- La vérité est que ce nouveau Roi que vous désirez servir avec abnégation, aux dépends même de votre santé, a mérité sa couronne mais qu'il la doit en partie à mon père.

Après une ombre d'hésitation j'ajoutai:

- Que cela vous plaise ou non, Mère, j'ai le devoir et l'envie de veiller sur vous et mes frères et sœurs. Oui, j'ai grandi et forci, cependant pas assez pour faire valoir une valeur d'homme aux yeux de tous. Mais j'ai surtout grandi dans mon cœur et mon âme, bien plus que vous ne croyez, au contact d'Harren par votre choix, de Joren mon père aimé, mais aussi et surtout à la faveur malheureuse des événements que j'ai vécus. Mais l'humilité me rend bien conscient que j'ai aussi beaucoup à apprendre de Yoren qui a réussi là où mon père à échoué.

Si les réponses de Mère me rassuraient un peu sur le sort d'Aenarion et d'Euron, celle, évasive, qu'elle fit au sujet des jumeaux ne me plût guère.

- Qu'est-ce à dire ? Où sont exactement Victoire et Victarion actuellement ? Quels projets nourrissez-vous pour leur vie ? Ne souhaitez-vous pas les voir grandir auprès de nous ? Combien de temps accepterez-vous que le destin nous sépare ? Cela ne vous a-t-il pas suffi de perdre votre époux ? Mon frère et ma sœur sont princes aussi et doivent vivre leur destin auprès des leurs. Mon projet est de les retrouver quand j'en aurai les moyens et le temps et de les réunir sous la bannière Hoare. Je l’accomplirai avec ou sans votre aide, sachez-le bien. Jamais je ne souffrirai qu'ils puissent mourir loin de nous. Si tel est notre destin alors nous l'affronterons ensemble.

Je faisais face à ma mère, cette femme que j'aimais plus que tout, et tentais de cerner cette étrangère qui avait décidé de la mort de mon père et de maintenir apparemment mes petits frère et sœur dans un éloignement indifférent, toujours pour des raisons qu'elle jugeait elle justifiées sans doute. Qui était cette femme et quelle puissance sombre et irrésistible lui soufflait ses choix ?

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MessageSujet: Re: Révélations (pv Myria)   Dim 16 Sep - 22:44

Myria soupira et regarda son fils d’un œil mi-amusé mi-réprobateur. Elle avait bien envie de lui dire de se mêler de ses oignons, mais elle trouvait très touchant sa façon de prendre soin d’elle et elle ne voulait pas briser son élan, bien qu’elle soit parfaitement capable de prendre soin d’elle toute seule et surtout qu’elle n’aimait pas que qui que ce soit interfère dans ses activités. Elle envoyait déjà Freya sur les roses sans arrêt, ça n’était pas pour que Beron s’y mette aussi. Pourtant, elle le savait, ses paroles étaient pleines de bon sens. Elle lui adressa un sourire en coin, ses yeux azurs brillaient de toute la fierté qu’une mère peut ressentir en voyant son enfant grandir et apprendre ce qu’il doit de la vie elle même. Elle se demanda si la dernière de ses phrases était un reproche, mais préféra balayé l’idée. C’était déjà assez compliqué comme ça dans sa tête pour qu’elle n’aille pas en plus chercher où elle avait pu ne pas prendre soin de ses proches autant qu’elle le pouvait.

C’est alors que le Prince désormais héritier présomptif de Yoren, son oncle, parla de Joren, son père, de ce qu’il lui avait transmis, de ce qu’il pensait des événements. La brune aux yeux azurs écouta attentivement, mais elle eut pu paraître distraite. Elle tripota sa coupe un moment avant de se cacher dedans, elle fuyait le regard de son fils pour ne pas y apercevoir son époux. Pourtant, elle le laissa terminer et elle laissa s’écouler un long silence avant de répondre, silence durant lequel elle essaya de ravaler ses larmes, sa colère et toutes les émotions qui la submergeaient, mais elle ne parvint qu’à les étouffer, à peine. Elle commença néanmoins. Elle fronça les sourcils et fixa longuement Beron avant de lui répondre sur le dernier point abordé.

__ S’il est permis à Victarion et Victoria de ne pas grandir dans cette famille, de ne pas porter ce nom maudit, de vivre une vie simple loin des jeux de pouvoir et des mensonges, loin du destin tragique qui nous attends peut-être, je préfère les perdre pour qu’ils ne soient pas perdus, qu’au moins, si Torrhen nous massacre tous il subsiste deux de mes enfants, les plus innocents de tous. Si tu les trouves, tu les condamne à vivre ce que tu as vécu, ce que j’ai vécu, est-ce vraiment ce que tu veux pour eux ? Je leur préfère une vie longue, sans nom et sans devoirs, sans sacrifices et sans choix cornéliens. Pour toi et tes frères, il est trop tard, vous êtes des Hoare, des Princes et où que je vous envoie vous ne serez jamais en sécurité, mais pour eux, il n’est pas trop tard, ne gâche pas leur chance en croyant veiller sur ta famille. Ne fais pas les mêmes erreurs que moi à toujours vouloir réunir tout le monde, il faut parfois sacrifier l’union pour la survie et c’est ce que je fais pour ton frère et ta sœur. »

La princesse sourit brièvement en hochant la tête. Beron avait à la fois tout saisi et rien compris, mais elle ne pouvait pas lui en vouloir, c’était un enfant. Il comprenait ce qu’il voulait bien comprendre, élevant un piédestal à un père mort pour mieux enterrer sa mère sous des montagnes de reproches. Comme si tout cela était sa faute… Mais elle ne lui en voulait pas non plus de lui donner le mauvais rôle, cela semblait être la nouvelle mode. Seulement son âme déjà en proie aux flammes lancinantes du remord, noire d’avoir trop brûlée de rêves brisés sur les falaises de la réalité, se brisait un peu plus à chaque mot prononcé. D’une voix calme et assurée, elle commença à raconter à son fils son point de vue sur les événements.

__ Il ne m’avait pas tout dit, non, mais je n’avais pas besoin qu’il me dise tout avec des mots, je le voyais, tous les jours, dans ses yeux, ce qu’il voyait pour le Royaume et la manière dont il vous regardait, ainsi que sa lutte tant intérieure qu’extérieure avec Harren. Peut-être aurais-je dû lui dire plus souvent encore que je comprenais, que je le soutiendrais quoi qu’il arrive, je pensais qu’il le lirait dans mes yeux, mais peut-être ne lisait-il pas en moi comme je lisais en lui. Peut-être aurais-je dû lui rappeler les vertus de la patience avant qu’il ne soit trop tard, mais il était loin, il revenait de l’Orage pour défendre un Conflans déjà divisé. Peut-être que le jour où il m’a dit qu’il trahissait son père, j’aurais mieux fait de ne pas lui avouer mes craintes, de ne pas lui demander d’attendre encore et de faire machine arrière. Mais vois tu, à ma décharge, il m’a mise devant le fait accompli, nous appelant tous les quatre auprès de lui et de son armée sans me prévenir de ce qu’il préparait. Si j’avais pu imaginer un seul instant ce qui nous attendais, je serais venue, mais après avoir tué le Tyran. Je le pouvais, je le voulais et j’aurais dû le faire avant de perdre mon époux, avant qu’il se perde lui même dans sa haine envers son père. Je sais qu’il n’aurait pas cautionné, je sais qu’il m’en aurait voulu. Mais ça aurait été mieux pour tout le monde, il serait encore en vie, il aurait été couronné Roi et grâce à l’union de tous et aux talents stratégiques de Joren, nous aurions gagné la guerre. Cependant, il aurait aussi pu être un peu plus patient. »

Le discours de la Princesse était empreint de regrets et de mélancolie. Elle termina néanmoins sur une note de rage contenue. Elle serra si fort le pied de sa coupe en argent que ses doigts blanchirent. elle eut toutes les peines du monde à déglutir et à ravaler ce qui aurait pu être un cri de rage, le feu du dragon ou des larmes capables de noyer les Îles de Fer elles-même. La tempête faisait rage, mais elle tira le boute et monta la voile. Elle reporta son regard sur son aîné, un regard sévère et froid, ses lèvres pincées avant de reprendre :

__ Pour autant Beron, si je pense qu’il nous a trahi, abandonnés, c’est parce qu’il l’a fait. Le jour où je l’ai rattrapé et où je l’ai mis à mort, laissant ses hommes le juger pour sa traîtrise, il allait fuir. Fuir son propre camp, fuir son armée, fuir les soldats et Seigneurs qui l’avaient suivis et lui étaient restés loyaux malgré le passage d’Harren. Je n’ai jamais compris pourquoi il avait fait ça, cela lui ressemblait si peu, mais je n’avais pas le choix. J’aurais pu le laisser partir, certes, et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps de ne pas l’avoir fait. J’en pleure encore et je porterais cet échec jusqu’à ma mort, de ne pas avoir pu l’aider, de ne pas avoir compris ses intentions avant qu’il ne me les révèlent, de ne pas avoir tué Harren avant qu’il ne soit trop tard. Mais pas celui de l’avoir tué lorsque je l’ai fait, car si je l’ai fait, c’est pour la meilleure raison qui soit. Contrairement à ce que tu crois, il nous a mis en danger en nous appelant à ses cotés et il ne m’a laissée aucune marge de manœuvre en m’éloignant d’Harrenhall. Il nous a impliqué de fait sans même nous laisser le choix de le suivre ou non, contrairement au choix qu’ont eu ses hommes, pour ma part je n’en ai eut aucun. Il nous a rendu complices et si tu n’es pas mort mon chéri, si nous sommes encore en vie, tous, c’est parce que j’ai fait en sorte que vous surviviez à tout ça et pour cela j’ai dû faire un sacrifice, un immense sacrifice, un sacrifice que j’espère tu n’auras jamais à faire, choisir entre tes plus grands amours, la femme que tu aimeras et tes enfants. Quelles garanties aurais-je offert à Harren de ma loyauté retrouvée et surtout de celle des hommes qui avaient suivi le Prince Félon, quelle union du Royaume aurait été possible sans le pardon du Noir envers eux ? Il fallait qu’il meure pour qu’ils vivent, pour que je vive, pour que toi et tes frères et sœurs vivent. J’ai choisi, contre mon cœur, de tuer un homme, l’homme que j’aimais - je lui en voulais, mais je l’aimais Beron, je n’ai jamais cessé de l’aimer - pour en sauver 26000. »

La veuve commençait à s’échauffer à entendre son fils parler de son père ainsi. Il avait entièrement raison, et elle le savait, toutes sa vie elle avait fait en sorte de donner confiance à cet homme de lui montrer tout son amour et tout son soutien. Mais l’ombre du Noir ainsi que les machinations avaient donc été plus fortes, bien plus fortes que son amour, bien plus destructrice que n’importe quelle guerre. La haine, le mépris de son père, la façon dont ce dernier avait monté ses enfants les uns contre les autres. Elle avait lutté contre ça, de toutes ses forces, probablement très mal vu le résultat, mais elle avait essayé. Et cela, Beron le voyait-il ? Voyait il le prix qu’elle avait payé ? Voyait-il quelle femme elle était ou ne voyait-il que ce que les autres voyaient, la Princesse hautaine et ambitieuse que tout le monde adore tant détester. Elle avait déjà du mal à le supporter, de plus en plus de mal en fait, de la part des autres, mais de la part de son fils, bien qu’elle aurait dû s’y attendre, c’était un véritable crève cœur. Elle planta un regard glacial dans celui de Beron sans même y prendre garde et continua sur un ton plus âpre, teinté de toute son amertume.

__ Sais tu toi, à quel point je me sentais seule, à Harrenhall en compagnie du Noir, avec ton père battant la campagne dans des guerres qui profiteraient à un autre ? Sais tu comme je l’ai aimé et comme je l’ai soutenu des années durant, comme j’ai essayé de le protéger contre les humiliations de son père ? Sais tu combien il est difficile de combattre la Tyranie d’un Hoare pour en sauver un autre, combien ils sont têtus et orgueilleux ? Sais tu seulement ce que c’est de se retrouver au milieu de cette putain de famille et devoir concilier, négocier et apaiser les tensions malgré les caractères merdiques de tout ce beau monde ? Ton père n’était pas en reste niveau impulsivité, crois le bien. Je sais parfaitement pourquoi il a fait ce qu’il a fait et je sais aussi qu’il a eut raison de le faire, s'élever contre son père, mais ça n’était ni le bon moment ni la bonne méthode et c’est ce que je lui ai dit avant qu’il ne me claque la porte au nez et qu’il refuse de me parler jusqu’à sa fuite. Il n’est même pas venu voir ses nouveaux nés Beron, j’ai accouché à quelques pas de sa porte et il n’est pas venu, je l’ai appelé, j’ai hurlé son nom et il est resté sourd. Il a perdu la vie Beron ! Et nous aurions bien plus tous la perdre si je n’avais pas fait ce que j’ai fait. Tu peux m’en vouloir, mais tu ne t’avise pas de dire que je l’ai tué par manque d’amour. »

Myria se leva en élevant une main prête à frapper son enfant mais elle dévia son geste et frappa de toutes ses forces le bureau, poing fermé. Elle regarda un instant ses jointures ensanglantées, la douleur avait ceci de bon, c’était qu’elle pouvait vous remettre les idées en place de manière assez efficace. Elle rugit :

__ Il n’était pas seul, j’étais là ! S’il était si seul c’est qu’il ne m’a jamais fait pleinement confiance ! Comme vous tous qui vous méfiez encore de moi ! Quoi ? Y-a-t-il marqué salope vénale et cupide sur mon front ? Putain de merde Beron, ouvre les yeux, arrête de faire l’enfant ! J’admirais ton père encore plus plus que j’admirais Harren, je l’aimais, j’aurais donné ma vie pour lui, je lui ai donné ma vie, cinq enfants, tout mon cœur tout mon amour, toute mon énergie ! J’aurais pu porter encore dix enfants pour lui, déplacer des montagnes, me convertir au Dieu Noyé, monter sur un bateau, me frotter à Eren et même la supplier de m’aider, tuer Harren sans hésiter une seconde. J’aurais fait n’importe quoi pour Joren, n’importe quoi ! »

La jeune femme se rassit, ou plutôt s’écroula dans sa chaise et se mit à pleurer, ses yeux coulaient comme la Bleuefurque, son visage se liquéfiait, mais elle parvint tout de même à parler, d’une voix presque sereine, étrangement détachée. Elle ouvrait son cœur à son fils comme elle n’avait pas pu le faire avant, à lui elle pouvait dire la vérité, et cela était un soulagement après tout ce temps et toutes ses larmes silencieuses.

__ C’était un père aimant, un guerrier magnifique, un Prince d’une grande noblesse et un grand stratège, c’était aussi un époux admirable malgré ses infidélités, un amoureux passionné, comment lui en vouloir, nous étions si souvent séparés. Il aurait fait un grand Roi Beron, un immense Roi, plus grand qu’Harren le Noir, mille fois plus grand. Plus grand encore qu’Harwyn La Poigne, comme tu le dis, un bâtisseur, un Roi de l’amour et non de la peur. C’était aussi un Hoare, impulsif, brutal, plein de rancœur et de méfiance. Dans cette famille c’est ainsi, tout le monde se méfie de tout le monde, tout le monde se déteste, l’amour n’existe pas, il n’y a que la haine et la peur, le mépris et les mensonges. Une putain de couronne pourrie ! Voilà de quoi a hérité Yoren. Heureusement, j’ose espérer que le lien qu’il possède avec sa sœur sera plus solide que ceux entre elle et ton père. Que l’ombre d’Harren cessera de nous oppresser et qu’il pourra bâtir le rêve de Joren, car c’est de ça qu’il s’agit mon fils. Tout ce que je n’ai pas pu faire pour ton père, j’espère avoir une petite chance de le réaliser pour Yoren, mais pour ça, il me faut sa confiance, sans cela je ne peux rien, tout comme je n’ai rien pu faire pour ton père… Je n’ai pas pu le sauver d’Harren, mais surtout, je n’ai pas pu le sauver de lui même. Je l’ai tué oui, mais si c’est moi qui ait porté le coup fatal, il s’était déjà suicidé avant que je ne songe à l’abattre. »

La Princesse pris sa tête entre ses mains et crispa ses doigts dans ses cheveux tirant dessus pour qu’à nouveau la douleur l’aide à garder pied. Elle releva enfin la tête et reprit, d’une voix mêlée de rage et de tristesse.

__ La vérité Beron, c’est que je me suis sacrifiée pour Joren, pour Harren, pour le Royaume, pour le peuple, pour les soldats, pour vous, mes enfants, que je l’ai fait par devoir et que je continuerais de le faire tant que vie m’est prêtée. Je me suis sacrifiée pour aucune couronne, pour aucune reconnaissance et j’ai même perdu l’amour de ma vie et celui de mes fils. La vérité c’est que Yoren porte la couronne la plus lourde qui n’ait jamais été donnée à un Prince de sang et qu’il a le courage dont ton père a manqué quand il était au pied du mur. Tu penses que Joren s’est sacrifié en partant ainsi ? Mais il n’a fait que jeter ses hommes et sa famille en pâture au Noir sans assumer les conséquences de ses actes. Voilà la vérité, la vérité n’est pas belle à entendre, ni à voir, la vérité est faite de toute la noirceure de l’âme humaine, de l’orgueil et de la Tyranie. Si Joren avait voulu nous sauver, il serait allé voir son père, se serait agenouillé et aurait assumé les conséquences de sa trahison sans frémir, car c’est ainsi que font les Princes. Mais il a préféré fuir, plutôt que de se battre et de mourir, plutôt que de se rendre et de mourir, il a fui, ceci est la vérité, que cela te plaise ou non. Tu peux continuer à croire des fables ou regarder la vérité en face. Mais voilà la dernière chose que tu dois apprendre de moi, tout n’est jamais tout blanc ou tout noir, nous faisons des choix et nous en portons les conséquences toute notre vie. Seulement le choix est rarement entre le bien et le mal, mais souvent entre un mal et un autre mal, que nous estimons moins pire. »

La brune aux yeux céruléens soupira et se leva, faisant face à son aîné, elle s’agenouilla devant lui, il était à peine plus petit qu’elle encore, mais elle voulait se mettre à sa hauteur.

__ Si tu veux venger ton père, si tu veux me tuer, fais le ! Mais fais le franchement. Achèves moi une bonne fois pour toute aies pitié, je t’en supplie ! »

La veuve sortit son stylet d’entre ses seins et le lui tendit, garde en avant avant de la lui glisser tendrement dans la main. Elle tint la main de son fils dans laquelle était à présent la garde de sa fine lame et l’approcha d’elle sans le quitter du regard. L’arme était pointée vers elle et appuyait légèrement sur sa poitrine à l’endroit où battait son cœur, la finesse de la pointe entama les chairs et un filet de sang s'écoula alors qu’elle regardait son fils, les yeux et les joues détrempées par les larmes et qu’elle lui souriait.

__ Vas y Beron, abrège mes souffrances et laisse moi le rejoindre. Je sais qu’il ne me pardonnera pas, je sais qu’il m'infligera les pires souffrances, mais au moins, je verrais son visage une dernière fois. »

A nouveau, sa gorge se serra et une larme coula sur sa joue. Elle explosa en un hurlement de désespoir.

__ FAIS LE ! »


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MessageSujet: Re: Révélations (pv Myria)   

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