Partagez | 
Nous marchons seuls ( Pv Orane )
MessageSujet: Nous marchons seuls ( Pv Orane )   Mar 12 Juin - 14:34

Nous marchons seulsMes mains se posèrent sur le rebord du puits, mes yeux plongeant dans les abysses de celui-ci. Encore une laborieuse journée. Une de plus depuis que j'avais décidé d'ouvrir les portes à cet ahuri de Darry trop heureux d'être l'homme qui reprendrait Fort-Darion aux ennemis de l'Empire. Oh si il savait... Si il savait ce que cela lui en aurait coûter d'essayer de franchir ses murs pour nous la reprendre par la force. Il lui aurait fallut nous massacrer jusqu'au dernier. Hélas nous ne saurons jamais ce qu'il serait advenue durant cette ultime bravade. Je ne pouvais me résoudre après tant d'années passé à guerroyer, à saigner et tuer tout ceux en travers de ma route en finir dans un geste aussi stupide et déraisonné. C'était pas digne de mon rang, de ce que j'avais construit et de ce que j'incarnais auprès de mon peuple. Aussi je préférais ce cheminement long, tortueux, insipide dans ses yeux et sur ses lèvres de devoir de nouveau travailler de concert pour mon plus grand plaisir. Oh vous auriez vu sa tête, jusqu'ici personne ne soupçonnait ce qu'il était advenu de mes frères. J’espérais qu'ils aient connu un sort plus glorieux dans une ultime cavalcade en chargeant l'ennemi et ces milliers d'épieux plutôt que de  devoir se terrer ici en attendant résigné leur sort qui ne serait en aucun cas bienheureux. Mon regard est empreint d'une inspiration fiévreuse et presque désinvolte. Hélas ce qu'il en ressortira au sein de cette caboche qui me servait de tête était cette phalange presque squelettique désignant ceux qui finiraient pendu au haut des murs de cette citée.

Lentement le seau remonte à  la surface et j'imprègne mes doigts pour humidifier mes joues, mes yeux et mes lèvres. À travers cette barbe hirsute j'expire l'air froid de l'hiver. Cela me rappelait  Buron. Quand on extirpa mon corps d'entre les cadavres jonchant comme une épaisse paillasse fraîchement mise en pièce dans un mélange de boue et de sang. Ceux qui survécurent à cette charge  auront à jamais gravé dans leur mémoire ces quelques instants de flottements. Quand vous êtes restés assez longtemps, debout dans le sang. Qu'est-ce qu'il reste à part traverser un rivage désolé, loin des autres ? Le brouhaha me sortait de cet état presque léthargique, mes yeux à la pigmentation céruléennes cherchant un court moment ou je pouvais bien être. Ce n'était qu'un souvenir, celui d'un cauchemar auquel on ne peut que souhaiter que celui-ci ne reprenne jamais vie. Somptueuse et cruelle utopie. J'observais silencieusement les alentours, voir mes hommes contribuer à reconstruire ce que nous avions si facilement détruit en une nuit. Ma mâchoire se rétracte à l'idée que tout ceci ne serait qu'une pure plaisanterie, un moyen de mettre mon peuple au fer pour le restant de leurs vies. L'Empereur devrait me recevoir, un autre tyran à mes yeux mais, lui avait eut la chance de s'en sortir. Au moins les négoces semblaient peut-être plus aisées à établir auprès de lui. Méfiance, défiance de cet individu que tu admirais tant et qui aujourd'hui vas bientôt te demander de trahir. Tu l'as déjà envisagé auparavant, beaucoup penseront même que tu vas et viens au gré du vent qui pourrait satisfaire ta macabre pulsion de poignarder le premier idiot qui te ferais plaisir. Trahison, ces mots raisonnent en moi comme une bien piètre chanson. Si j'avais du subir le fer aux yeux de Harren ce n'était nullement pour trahison, il n'en avait jamais été question. Ma chair est aujourd'hui encore marqué de l'écusson du sautoir et je n'ai guère faillis à ma mission. Servir les Hoare fut peut-être durant de nombreuses années là mon seul but et le peu d'ambition que j'accordais déclaré pour vraie sans aucune raison.

Le froid mordant de l'hiver approchait, ma poitrine est froide comme de l'argile. Mon souffle est puissant comme la terre. Je finissais par m'asseoir sur un banc éreinté après tant d'efforts fournis en si peu de temps. Ma nuque dessinait un arc de cercle laissant mes vertèbres craquer au moindre de mes mouvements de tête. Un léger grondement s'extirpa d'entre mes lèvres et mes paupières jusqu'ici fermés s'ouvrèrent sur une bien mystérieuse et intrigante silhouette. C'était une femme, à peine plus grande que la moyenne, les cheveux bruns et les yeux aussi terne que les cernes mortuaires. Sa démarche lente, contemplatif d'un univers qui n'était pas le sien, celui de la guerre me disait qu'au fond d'elle devait se trouver un cœur fissuré par autant de misère. Je ne semblais pas la reconnaître, à quelques choses près elle ressemblait presque à une simple femme d'une quelconque extraction avec pourtant un soupçon de noblesse. Je défaisais ma veste trempant un morceau de chiffon humide pour nettoyer la crasse qui s’imprégnait sur mon épiderme. Je déposais le torchon humide sur ma nuque appuyant  mes coudes sur mes larges cuisses accompagnant mon dos dans une cambrure virulente d'un homme quasi abattu. Quand je relevais la tête, mon regard fier et sévère continuait de dévisager celle-ci de tout son être. Qui donc était-elle ? Sifflais-je dans ma tête.




« The world is changing and we must change with it. »

avatar

Feuille de personnage
Titre de Noblesse ou Métier: Lord de Salfalaise.
Âge du Personnage: 34 ans
Allégeance: Ma loyauté va à moi-même.
L'Hydre noire
Messages : 394
Membre du mois : 6
Célébrité : ft. Travis Fimmel
Maison : Salfalaise
Caractère : ♦ Têtu ♦ Brave♦ Téméraire ♦ Loyal ♦ Mauvais perdant ♦ Spontané ♦ Orgueilleux ♦ Observateur ♦ Imprévisible ♦ Stratège ♦
L'Hydre noire
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Nous marchons seuls ( Pv Orane )   Jeu 14 Juin - 21:28

Nous marchons seuls« Cherchons une sombre solitude où nous puissions vider de larmes nos tristes cœurs. »
Orane
Whent
Lyle
Salfalaise
Orane n'était jamais venue à Salins, ou plutôt Fort-Darion comme elle avait été récemment rebaptisée – elle avait rédigé l'acte de ses propres mains. Son père, fort peu bavard, lui en avait quelques fois parlé, mais elle ne l'avait jamais imaginée ainsi. Il avait connu feu Lord Harwick du temps où ils chevauchaient côte à côte sous l'étendard des rois Hoare. Un temps révolu. Durant toutes ces années, la ville avait également bien changé. Ville conflanaise un jour, capitale impériale le suivant, reprise par l'ennemi, puis rendue à l'Empire... Fort-Darion était un chantier permanent, détruit puis reconstruit, en constante transformation.
Lady Whent ne devait pas être là. Sa place était à Vivesaigues, auprès de sa fille, pour sécher ses larmes et l'épauler dans la douloureuse épreuve qu'elles traversaient ensemble. Pourtant, elle n'avait pas hésité une seconde lorsque l'opportunité d'accompagner l'Empereur en sa nouvelle capitale s'était présentée à elle. Pourquoi ? Elle s'était longuement posé la question. L'unique réponse qui lui effleurait l'esprit était qu'elle n'était pas encore prête à affronter le regard de Morgane – le même regard droit et sévère que son père – ni à poser le sien sur le visage de cette enfant qui ressemblait tant à Dorian. C'était prendre la fuite, elle ne le lui pardonnerait sûrement pas, mais il était déjà trop tard pour changer de route.

Le froid s'était abattu sur eux, encore plus glacial que les jours précédents. Elle errait dans les rues, emmitouflée dans sa cape d'hiver, pareille à une ombre que l'on remarque à peine. Parfois, elle souhaitait n'être pas davantage, et simplement disparaître. Elle n'oubliait pas cependant ce qu'elle était venue faire dans ces ruelles et ce blizzard. S'il lui était permis d'arpenter la ville ce jour-là, c'était bien parce que les fer-nés qui l'avaient investie avaient négocié sa libération, Lord Salfalaise à leur tête. Impossible pour elle d'oublier la missive qu'elle lui avait adressée au lendemain de la perte de son époux, une missive pleine de rancoeur qu'elle avait rédigée encore sous le choc de la nouvelle et sur laquelle elle avait certainement versé, malgré sa volonté, quelques larmes amères. Elle avait vu cet homme quelques fois, peut-être pas assez souvent ni assez longtemps pour qu'il se souvienne d'elle. En le sachant si près pour la première fois depuis un certain temps, et avec la mort de Dorian dont elle le tenait – en partie – responsable, Orane n'avait pas su résister à la tentation : pour une étrange raison, elle souhaitait le voir. Simple curiosité, peut-être, elle n'aurait su le dire. Du reste, c'était cette dernière qui l'avait conduite jusqu'à lui.

Elle le trouva au puits, visiblement fatigué par le dur labeur dont il devait s'acquitter depuis que Fort-Darion était repassé sous le contrôle de l'Empire. De toute évidence, il était plus simple de détruire que de reconstruire. Ses hommes et lui paraissaient tels des forçats condamnés à travailler jusqu'à l'épuisement. Orane se contenta de les observer en silence, aussi discrète qu'elle savait l'être. D'aucuns auraient pu croire que, aveuglée par le chagrin et la colère qu'elle nourrissait à l'égard de l'inconnu qui avait abattu son époux – et qu'elle transférait inconsciemment sur ceux qui l'avaient très certainement côtoyé – la veuve Whent serait réjouie par un tel spectacle, mais il n'en était rien. En dépit de tout, elle ne pouvait s'empêcher de songer que ces hommes, qu'ils furent aujourd'hui ses ennemis ou non, avaient un jour combattu aux côtés de Dorian également et qu'il avait peut-être appelé certains d'entre eux ses amis à un moment de sa vie. Si cela ne pouvait être vrai pour tous, ça l'était assurément pour Salfalaise, le seul d'entre eux dont elle connaissait le nom.
Au premier regard, elle eut du mal à le reconnaître – il n'était après tout qu'une vague connaissance – mais c'était bien lui qu'elle vit se pencher au dessus de l'eau sombre. Elle fronça les sourcils, perplexe. Il était bien plus grand que dans son souvenir. Peut-être sa mémoire n'était-elle pas si exempte de défauts finalement... Ils échangèrent un regard sans dire un mot, il ne sembla pas la reconnaître et se détourna pour se décrasser, remuer ses membres endoloris. Orane, cependant, ne le quitta pas des yeux. Elle venait de s'immobiliser à une distance plus que respectacle quand il releva les yeux sur elle, la dévisageant d'une façon qu'elle trouvait presque intimidante. Elle entrouvrit la bouche pour parler, puis se ravisa. Son regard se promena sur les alentours, les hommes qui travaillaient encore, la cité à reconstruire, la neige qui commençait déjà à tomber... Elle n'était plus sûre de vouloir le rencontrer, lui parler ou même le voir. Depuis quelques temps, elle n'était plus sûre de rien. Pourtant, cette fois-ci, elle passa outre ce sentiment :

« Lord Salfalaise. » l'interpella-t-elle avant de se taire un instant. Sans réponse de sa part, elle se vit forcée de poursuivre : « J'imagine que vous ne me reconnaissez pas. Je ne vous en blâme pas, nous ne nous sommes jamais vraiment rencontrés, je pense... mais vous avez sûrement reçu ma lettre. Je suis la veuve de votre ami Dorian. »
avatar

Feuille de personnage
Titre de Noblesse ou Métier: Lady de l'Empire
Âge du Personnage: 36 ans
Allégeance: Ma loyauté va à mon Souverain.
Douce Amère
Messages : 188
Membre du mois : 0
Célébrité : Rachel Weisz
Maison : Whent
Caractère : Calculatrice ∴ Intelligente ∴ Curieuse ∴ Diplomate ∴ Aimante ∴ Jalouse
Douce Amère
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Nous marchons seuls ( Pv Orane )   Sam 30 Juin - 14:34

Nous marchons seulsJe ne l'aurais jamais imaginé ainsi. S'aventurant par delà les décombres dans une citée qui  portait encore les stigmates d'un assaut et d'une reconquête aussi rapide. Je l'observais, ma gorge se noua et mon faciès se ferma en entendant les quelques paroles qu'elle me destinait. Il n'avait jamais songé que cet instant arrive un jour ou l'autre. Ma mâchoire carnassière se rétracta et je déviais instinctivement mon visage de son regard si brun et empreint de cette pesante affliction envers moi. Je me souviens de cette lettre, de chaque mots qu'elle y avait couché à l'encre bleuâtre. La pigmentation céruléennes de mes iris se plongèrent dans cette abysse dont aucun ne reviennent. À l'annonce de la mort de cet homme qui fut en tout temps mon ami, j'avais songé à en finir de tout ceci. J'aurais pu réduire en cendre cette citée, la marquée à vie du sang des innocents et des soldats de l'Empire. Il n'y aurait eut aucun échappatoire, aucun épitaphe pour nous autres. Seul un brasier ardent dans lequel nous aurions été tous entraînés pour la gloire d'un royaume qui ne m'avait qu'apporté désolation, malheur et une triste renommée en cette vie. Mon visage plongé dans mes mains, je décidais brusquement de me relever la tête baisser cherchant du bout de mes doigts à faire sortir une quelconque phrase en travers de ma gorge pour rendre la réplique à la veuve de Dorian Whent. Je ne pouvais qu'avoir de la tristesse, un sentiment de chagrin et de solitude bien plus âpre que je ne l'avais imaginé. Fallait-il justifier la fin d'une guerre par le sang et les larmes versées ? Au fond tout ce que j’espérais c'était de ne pas la blesser encore plus par le simple fiat que lui était mort et moi non.

« Lady Whent... » Lançais-je honteux et psalmodiant d'être là en sa présence. Je ne me risquais pas à m'avancer. Je m'étais relevé brusquement et le long de ma cuisse tapotais nerveusement mes phalanges. « Je suis navré de vous rencontrer dans de telles circonstances... » Mes lèvres s'assèchent sous le poids des mots que je libérais. L'impulsion du courage ne se faisait elle pas la plus pressente quand la peur tiraillait nos cœurs et mettait en exergue nos faiblesses ? Le martellement des travaux et de la reconstruction finissait par s'estomper autour de nous, il n'y avait plus que le bruissement de l'air, le froid mordant du vent qui brûlait mes lèvres gercés. Je ne pouvais cacher ma tristesse, je n’avais guère le sentiment d'avoir réussit mieux que les autres hormis d'être encore ici entrain d'errer parmi les vivants. « De nous deux... Il ne méritait pas de mourir dans cette guerre. » Lançais-je relevant mes pupilles sur sa silhouette.
« Je suis désolé. » Cela n'allait assurément pas lui ramener son mari et je n'avais guère le pouvoir de racheter les crimes et les actes commis par mon peuple. Autrefois je pensais fermement que nos routes se croiseraient à nouveau. Dans des circonstances plus heureuses. L'entendre me parler de son épouse, de sa fille, me rendait nostalgique d'un foyer que j'avais volontairement quitter sans jamais songé au chagrin que cela avait pu causé à ma propre famille. Aujourd'hui que me restait-il ? Ma femme était décédé et mes enfants... Je n'osais même pas imaginer ce qui était arrivé à mes filles. Je n'avais jamais envisagé que l'un de nous allait mourir, je redoutais certainement le pire. Devoir l'affronter sur un champ de bataille, à travers l'herbe grasse s’imprégnant de nos corps meurtris dans la neige fondue et la boue. Il n'y avait sûrement rien à dire de plus, elle ne voulait peut-être même pas en entendre plus. Je me retournais, pensant que la dernière lettre qu'elle m'avait envoyé était suffisante à me faire comprendre que jamais nous ne serions en bonne entente à présent que lui était mort et moi non. Un sursaut de chagrin et de colère pourtant m’insufflait le sentiment de ne pas laisser les choses telles qu'elles étaient à cet instant précis. « Vous savez... Il n'arrêtait pas de me parler de vous et de votre fille. » Répliquais-je m'avançant lentement un peu plus. « Aucune mère, aucun enfant ne devrait avoir à pleurer la perte d'un père et d'un mari. » Je la toisais de mes yeux fiévreux, cernés et violacés par la fatigue. « Vous ne devriez pas être ici... Regardez autour de vous... Il n'y rien d'autre que la mort et la désolation... » Déclarais-je en contemplant cet amas de gravas, ce tas de ruines dans lequel nous étions venu nous coincer.




« The world is changing and we must change with it. »



Dernière édition par Lyle Salfalaise le Sam 4 Aoû - 11:13, édité 1 fois
avatar

Feuille de personnage
Titre de Noblesse ou Métier: Lord de Salfalaise.
Âge du Personnage: 34 ans
Allégeance: Ma loyauté va à moi-même.
L'Hydre noire
Messages : 394
Membre du mois : 6
Célébrité : ft. Travis Fimmel
Maison : Salfalaise
Caractère : ♦ Têtu ♦ Brave♦ Téméraire ♦ Loyal ♦ Mauvais perdant ♦ Spontané ♦ Orgueilleux ♦ Observateur ♦ Imprévisible ♦ Stratège ♦
L'Hydre noire
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Nous marchons seuls ( Pv Orane )   Dim 22 Juil - 0:11

Nous marchons seuls« Cherchons une sombre solitude où nous puissions vider de larmes nos tristes cœurs. »
Orane
Whent
Lyle
Salfalaise
En toute honnêteté, elle n'avait pas imaginé le voir si meurtri. Au moment où sa lettre avait été écrite, il n'avait pas encore déposé les armes et rien ne laissait présager qu'il allait un jour le faire. Elle ne pensait pas que sa missive ait eu le pouvoir de le faire changer d'avis – elle n'avait pas suffisamment d'influence pour cela – mais elle l'espérait un peu ébranlé par la nouvelle. On pleurait rarement la mort des traîtres, les larmes – fussent-elles celles d'un adversaire – étaient donc toujours bienvenues si tant est qu'elles se révélaient sincères.
Il resta longtemps silencieux, et quand il éleva enfin la voix, elle eut peine à l'entendre au début. Une forme d'anxiété transpirait dans ses mots. Ses yeux se montraient fuyants, comme s'il avait honte de se tenir devant elle. La colère qui s'était emparée d'elle après qu'on lui eut arraché sa moitié lui avait laissé croire qu'il y aurait une forme malsaine de jouissance à voir cet homme – sur qui elle extériorisait sa hargne pour le véritable meurtrier de son mari – humilié et gêné en sa présence. Curieusement, il n'en était rien. C'était même tout le contraire, car elle se sentait presque honteuse elle-même d'avoir souhaité retirer un quelconque plaisir d'une pareille vision. Il leva son regard vers elle pour la première fois quand il présenta finalement des excuses qu'elle n'espérait pas. Cela ne lui procura aucune consolation. Orane demeura de marbre, les yeux morts et elle prononça d'une voix monocorde ces quelques mots :

« Vous êtes désolé. » le ton paraissait un peu froid, mais il ne semblait pas juger, seulement constater.

Elle était peut-être dûre, mais alors elle avait le sentiment d'en avoir le droit, à juste titre ou pas. Maintenant qu'ils se rencontraient, et bien qu'elle ignorait ce qu'elle pouvait bien espérer de cette réunion, Orane aurait voulu l'entendre dire davantage. Sans cacher sa déception, elle le regarda pivoter, se résigner au silence pendant un instant sans pour autant prendre en considération la peine qu'il devait ressentir. C'était égoïste, et sans doute s'en serait-elle vraiment rendue compte si elle avait eu connaissance des malheurs que sa famille connaissait là-bas, dans son fief insulaire. À cet instant, ignorante de ces événements, elle restait aveuglée par sa douleur. Elle attendit qu'il changea d'avis, mais pas très longtemps. Ce n'est qu'au moment où elle allait faire demi-tour sans ajouter un mot qu'elle entendit sa voix s'élever à nouveau. Il lui parla de Dorian, il lui parla d'elle, il lui parla de Morgane. Sans le regarder, elle l'entendait faire un pas dans sa direction et les mots qui sortaient de sa bouche la frappèrent en plein cœur. Comment pouvait-il lui parler de sa famille quand il était en partie responsable de sa perte, comme tous ceux qui s'étaient acharnés à suivre ce roi cruel ? Quand, cette fois, il lui suggéra qu'elle n'aurait pas dû venir – et peut-être avait-il raison – elle n'en voulut pas entendre un mot, refusant profondément d'avoir fait ce voyage pour ne rien en tirer.

« Je suis où je veux être, Lord Salfalaise. Et depuis qu'il nous a quitté... » point besoin de prononcer son nom pour se faire comprendre. «... partout où je vais, je ne trouve que mort et désolation. »

Depuis qu'il l'avait quittée, plusieurs jours s'étaient écoulés et elle avait, en quelque sorte, trouvé un moyen de l'enfouir quelque part en elle. Orane avait fait de son mieux pour accepter la dure réalité, aussi elle s'efforçait de ne pas trop penser à lui, car même une pensée semblait pouvoir la briser. Quand le fer-né avait mentionné les discussions qu'ils avaient eu de son vivant, c'était comme s'il l'avait, pendant un bref instant, ramené à la vie. Puis, en une fraction de seconde, il s'était éteint encore une fois. Sa femme revoyait le cadavre sur le champ de bataille, puis la barque enflammée qui dérivait sur les eaux tranquilles du fleuve. Elle sentit une puissance inconnue lui étreindre le cœur comme s'il allait éclater. Un sanglot s'étrangla dans sa poitrine avant qu'elle ne reprenne :

« Quel cran vous avez pour me parler de lui en ces termes... » commença-t-elle en dissimulant ses traits qui, déjà, se déformaient sous l'effet de la douleur. « Ah, il vous parlait de notre fille, de moi ? Quels bons amis vous deviez être ! Vous ne pouvez ignorer l'humiliation qu'il a subi aux mains des Hoare. Où étiez-vous lorsque nous sommes partis ? Où étiez-vous lorsqu'il est tombé ? » elle reprit son souffle, l'effleurant brièvement de son regard rougi par les larmes qu'elle tentait de retenir. « Comment pouvez-vous me parler de lui comme d'un proche quand vous étiez encore l'allié de son meurtrier il y a peu ? »
avatar

Feuille de personnage
Titre de Noblesse ou Métier: Lady de l'Empire
Âge du Personnage: 36 ans
Allégeance: Ma loyauté va à mon Souverain.
Douce Amère
Messages : 188
Membre du mois : 0
Célébrité : Rachel Weisz
Maison : Whent
Caractère : Calculatrice ∴ Intelligente ∴ Curieuse ∴ Diplomate ∴ Aimante ∴ Jalouse
Douce Amère
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Nous marchons seuls ( Pv Orane )   Sam 4 Aoû - 12:14

Nous marchons seulsMalgré la colère, le chagrin, la douleur qu'elle pouvait contenir avec ce visage aussi blême je ne rétorquais rien. Il fallait accepter l'évidence elle ne serait plus jamais la même à présent. Et dans cette spirale infernale qui semblait la traînée au fond des abysses, seul le temps pourrait cicatriser son cœur meurtri. J'avais je crois fait un choix, certes des plus maladroits, peut-être aurais-je du continuer mon chemin ou peut-être pas. Les accusations fusèrent, c'est vraie Lyle ou donc étais-tu quand celui-ci prit son courage à deux mains et s'extirpa des griffes du sombre corbeau noir des Hoares ? Après tant de chemin parcouru je n'avais jamais songé m'entendre avec un conflanais à l'époque tout cela était vraie. Un fer-né qui ne vivait que pour la guerre, les richesses et prendre ce qui lui appartenait quand il en avait tout simplement l'ambition et le désir. Cette terre m'avait profondément changé, j'avais appris à connaître la valeur des hommes, du Conflans et cela je pense le devoir à Joren. Malgré cette haine viscérales qui nous liait historiquement avec les Îles de Fer et le Conflans nous avions un leader commun et il avait accomplit beaucoup de choses peut-être beaucoup trop pour son âge et cela l'avait rendu faible. Toutes ces batailles, les combats sur les terres orageoises. Pendant un instant nous nous sentions invincibles.

L'ombre du Noir plane encore malgré cela sur nous tous. Elle avait déteint sur moi, et de son fer rouge marqua ma peau. Quoiqu'il advienne de nous, nous payons toujours le fer-prix. C'était là toute la différence. Pourtant l'union des conflanais et des fer-nés me semblait un rêve idéaliste et pourtant au contact de Dorian cette idée était possible. Je n'étais pas n'importe qui du moins autrefois peut-être. Qui suis-je aujourd'hui ? Un traître ? Un salaud qui s'en sortait encore bien malgré les circonstances ? Ne vous méprenez pas, il n'y a rien de bon ni de mauvais en ce monde et je sentais pertinemment que du jour au lendemain je pouvais très bien sous l'impulsion d'une seule décision finir au bout d'une corde. Ma mâchoire se rétracte, je n'ai guère de réponse à apportée qui pourrait soulager son cœur je le sais. Me justifier n'allait en rien lui rendre son mari, lui expliquer qu'importe les choix et les décisions que j'avais prise il y avait une famille aussi qui m'attendait sur les Îles. Il y avait... Fulminant cette pensée rageuse et dévastatrice je n'en faisais aucunement allusion pour l'instant. « Je dis ce que je pense, ce n'est pas votre cas ? » Lui lançais-je sachant pertinemment qu'elle avait tout autant de cran à ce sujet. Je ne faisais que confirmer ces dires. « Je ne l'ignore pas lady Whent, nous subissons tous les conséquences de nos actes. Je ne regrette pas d'avoir fait le choix de suivre Joren Hoare pour un meilleur avenir que celui que présageait le Noir. » Déclarais-je avec la persévérance et cette idée qui avait peu à peu germée dans ma tête. Un nouveau royaume, une terre ou nous pourrions vivre, cultiver et faire grandir nos fils et nos filles loin de la rugosité de la pierre froide et de la pluie sur des Îles ou nous ne vivions pas non nous survivions. Et cette promesse ici, celle que j'avais jugé bonne de suivre Dorian l’aurait sûrement adoptée elle aussi.

« Ce n'est pas par choix, ni par conviction que j'ai suivis Harren le Noir. Ne vous méprenez pas ce n'était pas lui que j'avais décidé de suivre. j'ai fais ce que j'avais à faire pour ma famille, pour survivre. Et je n'ai pas terminé d'en subir les conséquences loin de là. »  Je marmonnais dans ma barbe quelques paroles irréfléchies imbécile que j'étais d'essayer de faire comprendre que la guerre n'épargnait personne et qu'aucun des deux camps n'avait de raisons louables à faire jaillir le sang de ses ennemis. J'étais un soldat et lui aussi nous ne faisions pas la guerre pour les mêmes raisons certes mais, une fois les pieds dans la fange il n'y avait plus aucun discernement à faire. J'aurais du mourir comme lui, il n'y avait rien d’envieux à connaître ce sort. Yoren encore en vie se jurerait de me faire payer ce qu'il qualifiait de lâche, un couard qui ne méritait pas de vivre et mes filles subiraient le même sort. « Croyez le ou non mais, il était mon ami. Oh je pourrais vous déclarer stupidement qu'il n'est pas mort en vain, qu'il est tombé en héros. Tout cela ce ne sont que des paroles militaristes et des conneries. » Je m'arrêtais un instant je ne comptais pas salir sa mémoire aucunement non. J'allais à ma façon lui rendre hommage et vivre pour mieux honorer celui-ci. « Il a combattu pour des convictions, pour sa famille, pour mettre un terme à cette guerre et pour que la terre qui l'avait vu grandir soit à nouveau libre. C'est comme ça que je me souviendrais de lui. » Ces paroles étaient digne d'un fer-né. Crue, sans fioritures d'une quelconque sorte et je pensais déjà qu'elle m'en ferait subir sa propre colère et sa haine de ce que je représentais ici. Si elle pouvait en tuer un seul se serait de loin ma personne car j'étais encore en vie et pas lui.




« The world is changing and we must change with it. »

avatar

Feuille de personnage
Titre de Noblesse ou Métier: Lord de Salfalaise.
Âge du Personnage: 34 ans
Allégeance: Ma loyauté va à moi-même.
L'Hydre noire
Messages : 394
Membre du mois : 6
Célébrité : ft. Travis Fimmel
Maison : Salfalaise
Caractère : ♦ Têtu ♦ Brave♦ Téméraire ♦ Loyal ♦ Mauvais perdant ♦ Spontané ♦ Orgueilleux ♦ Observateur ♦ Imprévisible ♦ Stratège ♦
L'Hydre noire
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
MessageSujet: Re: Nous marchons seuls ( Pv Orane )   

Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
 
Nous marchons seuls ( Pv Orane )
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Dieu et nous seuls pouvons.... [pv : La Reynie]
» ce que nous faisons : les sauts en image
» Et si nous fermions la frontière avec la RD ?
» Il nous a quittés.
» OH AFRIQUE TU NOUS RESERVES TOUJOURS DES SURPRISES..........

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Bloody Crown :: 
Pays Nordiens
 :: Le Conflans :: Fort-Darion
-
Sauter vers: