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Nous marchons seuls ( Pv Orane )
MessageSujet: Nous marchons seuls ( Pv Orane )   Mar 12 Juin - 14:34

Nous marchons seulsMes mains se posèrent sur le rebord du puits, mes yeux plongeant dans les abysses de celui-ci. Encore une laborieuse journée. Une de plus depuis que j'avais décidé d'ouvrir les portes à cet ahuri de Darry trop heureux d'être l'homme qui reprendrait Fort-Darion aux ennemis de l'Empire. Oh si il savait... Si il savait ce que cela lui en aurait coûter d'essayer de franchir ses murs pour nous la reprendre par la force. Il lui aurait fallut nous massacrer jusqu'au dernier. Hélas nous ne saurons jamais ce qu'il serait advenue durant cette ultime bravade. Je ne pouvais me résoudre après tant d'années passé à guerroyer, à saigner et tuer tout ceux en travers de ma route en finir dans un geste aussi stupide et déraisonné. C'était pas digne de mon rang, de ce que j'avais construit et de ce que j'incarnais auprès de mon peuple. Aussi je préférais ce cheminement long, tortueux, insipide dans ses yeux et sur ses lèvres de devoir de nouveau travailler de concert pour mon plus grand plaisir. Oh vous auriez vu sa tête, jusqu'ici personne ne soupçonnait ce qu'il était advenu de mes frères. J’espérais qu'ils aient connu un sort plus glorieux dans une ultime cavalcade en chargeant l'ennemi et ces milliers d'épieux plutôt que de  devoir se terrer ici en attendant résigné leur sort qui ne serait en aucun cas bienheureux. Mon regard est empreint d'une inspiration fiévreuse et presque désinvolte. Hélas ce qu'il en ressortira au sein de cette caboche qui me servait de tête était cette phalange presque squelettique désignant ceux qui finiraient pendu au haut des murs de cette citée.

Lentement le seau remonte à  la surface et j'imprègne mes doigts pour humidifier mes joues, mes yeux et mes lèvres. À travers cette barbe hirsute j'expire l'air froid de l'hiver. Cela me rappelait  Buron. Quand on extirpa mon corps d'entre les cadavres jonchant comme une épaisse paillasse fraîchement mise en pièce dans un mélange de boue et de sang. Ceux qui survécurent à cette charge  auront à jamais gravé dans leur mémoire ces quelques instants de flottements. Quand vous êtes restés assez longtemps, debout dans le sang. Qu'est-ce qu'il reste à part traverser un rivage désolé, loin des autres ? Le brouhaha me sortait de cet état presque léthargique, mes yeux à la pigmentation céruléennes cherchant un court moment ou je pouvais bien être. Ce n'était qu'un souvenir, celui d'un cauchemar auquel on ne peut que souhaiter que celui-ci ne reprenne jamais vie. Somptueuse et cruelle utopie. J'observais silencieusement les alentours, voir mes hommes contribuer à reconstruire ce que nous avions si facilement détruit en une nuit. Ma mâchoire se rétracte à l'idée que tout ceci ne serait qu'une pure plaisanterie, un moyen de mettre mon peuple au fer pour le restant de leurs vies. L'Empereur devrait me recevoir, un autre tyran à mes yeux mais, lui avait eut la chance de s'en sortir. Au moins les négoces semblaient peut-être plus aisées à établir auprès de lui. Méfiance, défiance de cet individu que tu admirais tant et qui aujourd'hui vas bientôt te demander de trahir. Tu l'as déjà envisagé auparavant, beaucoup penseront même que tu vas et viens au gré du vent qui pourrait satisfaire ta macabre pulsion de poignarder le premier idiot qui te ferais plaisir. Trahison, ces mots raisonnent en moi comme une bien piètre chanson. Si j'avais du subir le fer aux yeux de Harren ce n'était nullement pour trahison, il n'en avait jamais été question. Ma chair est aujourd'hui encore marqué de l'écusson du sautoir et je n'ai guère faillis à ma mission. Servir les Hoare fut peut-être durant de nombreuses années là mon seul but et le peu d'ambition que j'accordais déclaré pour vraie sans aucune raison.

Le froid mordant de l'hiver approchait, ma poitrine est froide comme de l'argile. Mon souffle est puissant comme la terre. Je finissais par m'asseoir sur un banc éreinté après tant d'efforts fournis en si peu de temps. Ma nuque dessinait un arc de cercle laissant mes vertèbres craquer au moindre de mes mouvements de tête. Un léger grondement s'extirpa d'entre mes lèvres et mes paupières jusqu'ici fermés s'ouvrèrent sur une bien mystérieuse et intrigante silhouette. C'était une femme, à peine plus grande que la moyenne, les cheveux bruns et les yeux aussi terne que les cernes mortuaires. Sa démarche lente, contemplatif d'un univers qui n'était pas le sien, celui de la guerre me disait qu'au fond d'elle devait se trouver un cœur fissuré par autant de misère. Je ne semblais pas la reconnaître, à quelques choses près elle ressemblait presque à une simple femme d'une quelconque extraction avec pourtant un soupçon de noblesse. Je défaisais ma veste trempant un morceau de chiffon humide pour nettoyer la crasse qui s’imprégnait sur mon épiderme. Je déposais le torchon humide sur ma nuque appuyant  mes coudes sur mes larges cuisses accompagnant mon dos dans une cambrure virulente d'un homme quasi abattu. Quand je relevais la tête, mon regard fier et sévère continuait de dévisager celle-ci de tout son être. Qui donc était-elle ? Sifflais-je dans ma tête.




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MessageSujet: Re: Nous marchons seuls ( Pv Orane )   Jeu 14 Juin - 21:28

Nous marchons seuls« Cherchons une sombre solitude où nous puissions vider de larmes nos tristes cœurs. »
Orane
Whent
Lyle
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Orane n'était jamais venue à Salins, ou plutôt Fort-Darion comme elle avait été récemment rebaptisée – elle avait rédigé l'acte de ses propres mains. Son père, fort peu bavard, lui en avait quelques fois parlé, mais elle ne l'avait jamais imaginée ainsi. Il avait connu feu Lord Harwick du temps où ils chevauchaient côte à côte sous l'étendard des rois Hoare. Un temps révolu. Durant toutes ces années, la ville avait également bien changé. Ville conflanaise un jour, capitale impériale le suivant, reprise par l'ennemi, puis rendue à l'Empire... Fort-Darion était un chantier permanent, détruit puis reconstruit, en constante transformation.
Lady Whent ne devait pas être là. Sa place était à Vivesaigues, auprès de sa fille, pour sécher ses larmes et l'épauler dans la douloureuse épreuve qu'elles traversaient ensemble. Pourtant, elle n'avait pas hésité une seconde lorsque l'opportunité d'accompagner l'Empereur en sa nouvelle capitale s'était présentée à elle. Pourquoi ? Elle s'était longuement posé la question. L'unique réponse qui lui effleurait l'esprit était qu'elle n'était pas encore prête à affronter le regard de Morgane – le même regard droit et sévère que son père – ni à poser le sien sur le visage de cette enfant qui ressemblait tant à Dorian. C'était prendre la fuite, elle ne le lui pardonnerait sûrement pas, mais il était déjà trop tard pour changer de route.

Le froid s'était abattu sur eux, encore plus glacial que les jours précédents. Elle errait dans les rues, emmitouflée dans sa cape d'hiver, pareille à une ombre que l'on remarque à peine. Parfois, elle souhaitait n'être pas davantage, et simplement disparaître. Elle n'oubliait pas cependant ce qu'elle était venue faire dans ces ruelles et ce blizzard. S'il lui était permis d'arpenter la ville ce jour-là, c'était bien parce que les fer-nés qui l'avaient investie avaient négocié sa libération, Lord Salfalaise à leur tête. Impossible pour elle d'oublier la missive qu'elle lui avait adressée au lendemain de la perte de son époux, une missive pleine de rancoeur qu'elle avait rédigée encore sous le choc de la nouvelle et sur laquelle elle avait certainement versé, malgré sa volonté, quelques larmes amères. Elle avait vu cet homme quelques fois, peut-être pas assez souvent ni assez longtemps pour qu'il se souvienne d'elle. En le sachant si près pour la première fois depuis un certain temps, et avec la mort de Dorian dont elle le tenait – en partie – responsable, Orane n'avait pas su résister à la tentation : pour une étrange raison, elle souhaitait le voir. Simple curiosité, peut-être, elle n'aurait su le dire. Du reste, c'était cette dernière qui l'avait conduite jusqu'à lui.

Elle le trouva au puits, visiblement fatigué par le dur labeur dont il devait s'acquitter depuis que Fort-Darion était repassé sous le contrôle de l'Empire. De toute évidence, il était plus simple de détruire que de reconstruire. Ses hommes et lui paraissaient tels des forçats condamnés à travailler jusqu'à l'épuisement. Orane se contenta de les observer en silence, aussi discrète qu'elle savait l'être. D'aucuns auraient pu croire que, aveuglée par le chagrin et la colère qu'elle nourrissait à l'égard de l'inconnu qui avait abattu son époux – et qu'elle transférait inconsciemment sur ceux qui l'avaient très certainement côtoyé – la veuve Whent serait réjouie par un tel spectacle, mais il n'en était rien. En dépit de tout, elle ne pouvait s'empêcher de songer que ces hommes, qu'ils furent aujourd'hui ses ennemis ou non, avaient un jour combattu aux côtés de Dorian également et qu'il avait peut-être appelé certains d'entre eux ses amis à un moment de sa vie. Si cela ne pouvait être vrai pour tous, ça l'était assurément pour Salfalaise, le seul d'entre eux dont elle connaissait le nom.
Au premier regard, elle eut du mal à le reconnaître – il n'était après tout qu'une vague connaissance – mais c'était bien lui qu'elle vit se pencher au dessus de l'eau sombre. Elle fronça les sourcils, perplexe. Il était bien plus grand que dans son souvenir. Peut-être sa mémoire n'était-elle pas si exempte de défauts finalement... Ils échangèrent un regard sans dire un mot, il ne sembla pas la reconnaître et se détourna pour se décrasser, remuer ses membres endoloris. Orane, cependant, ne le quitta pas des yeux. Elle venait de s'immobiliser à une distance plus que respectacle quand il releva les yeux sur elle, la dévisageant d'une façon qu'elle trouvait presque intimidante. Elle entrouvrit la bouche pour parler, puis se ravisa. Son regard se promena sur les alentours, les hommes qui travaillaient encore, la cité à reconstruire, la neige qui commençait déjà à tomber... Elle n'était plus sûre de vouloir le rencontrer, lui parler ou même le voir. Depuis quelques temps, elle n'était plus sûre de rien. Pourtant, cette fois-ci, elle passa outre ce sentiment :

« Lord Salfalaise. » l'interpella-t-elle avant de se taire un instant. Sans réponse de sa part, elle se vit forcée de poursuivre : « J'imagine que vous ne me reconnaissez pas. Je ne vous en blâme pas, nous ne nous sommes jamais vraiment rencontrés, je pense... mais vous avez sûrement reçu ma lettre. Je suis la veuve de votre ami Dorian. »
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