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Inhale exhale
MessageSujet: Inhale exhale   Mar 8 Mai - 20:31



Conflans, An 1, mois 3, semaine 3




Je soupirais avant de prendre le chiffon que me tendait le mestre. Aujourd’hui, j’avais décidé de revenir voir comment se portait les blessés. Ils étaient si nombreux que j’en avais le cœur serré. Si la première fois, ils m’avaient laissé faire un tour en me tenant à l’écart, ils s’étaient concertés entre temps et avaient décidé qu’au vu de mon état, je ne devais vraiment pas revenir. Face à mon instance, ils avaient finis par céder, mais sous la condition que j’acceptais de nouer autour de mon nez et ma bouche un tissu propre pour ne pas respirer la moindre maladie, le moindre germe. A leurs regards, j’avais compris que me battre un peu plus ne serviraient pas alors j’avais fini par accepter, bien que de mauvaise volonté. Je n’aimais pas ça. Pas ça du tout. J’avais peur de donner l’impression aux blessés que je les craignais, ce qui n’était nullement le cas. Mais c’était ça, ou devoir repartir… Et je devais bien admettre qu’avoir une barrière entre l’air ambiant et mon visage me permettait d’avoir moins de haut le cœur, surtout qu’il avait été légèrement parfumé d’une plante antiseptique. Yesaminda aurait approuvé cette précaution donc je devais l’accepter moi aussi, surtout si, finalement, elle me permettait de m’approcher un peu plus d’eux. J’avais interdiction de les toucher, mais au moins pourrais-je leur parler, même si mon temps était, lui aussi limité. Je détestais être traitée comme quelques chose de fragile, mais la santé d’Aedan pouvait en dépendre alors je devais m’y plier.

C’était éprouvant. Très. Mais je devais le faire, et endurer cela. Ces hommes, ils s’étaient battus pour nous, pour moi, et c’était la moindre des choses que de venir les visiter. Certains étaient en bien meilleur état de d’autres. Je m’attardais auprès de ceux qui étaient seuls, et non veiller par d’autres, leur parlant, les remerciant même, et acceptant d’écrire à la famille de certains. C’était là la moindre des choses. Les mestres pouvaient s’en charger, mais je n’avais pas le cœur à refuser, si bien que l’un de mes gardes se retrouvait à porter plusieurs missives dans ses bras.  Nous formons une drôle de troupe ça ne faisait pas de doute. J’avais constaté, lors de ce tour, que Peyredragonniens et nordiens étaient mélangés, comme les frères d’armes qu’ils étaient, et que de nombreux soldats, qu’ils viennent du Nord ou de l’Est pouvaient venir rendre visite à un soldat d’un autre royaume, rire avec lui, et prendre de ses nouvelles. J’étais touchée par leur attitude qui me prouvait qu’une unification durable entre tous les royaumes de Westeros était possible. Je quittais le chevet d’un fils de l’hiver pour passer au dernier soldat présent sous cette tente. Constatant qu’il était déjà veillé, je me décidais de ne pas le déranger, et de revenir plus tard.

Je les dépassais, et sortais pour respirer une grande inspiration d’air. J’enlevais le chiffon et grimaçais à l’odeur ambiante. Et comme la première fois où j’étais venue, je me précipitais un peu plus loin prise d’un haut le cœur. La main sur ma poitrine, je me forçais à respirer doucement pour refouler cette réaction que je détestais. Ma petite victoire de la journée fut d’y arriver, sans avoir à vomir le repas que j’avais mangé plus tôt dans la journée. Après une hésitation, j’acceptais la gourde d’eau que le capitaine de ma garde du jour me tendait. Je ne connaissais pas son visage. Il faisait partie de ses hommes qui avaient veillé sur la sécurité de Torrhen. S’il avait vu mon hésitation, il n’en s’en offusqua pas, et prit d’ailleurs le temps de l’ouvrir d’en verser dans sa main avant d’en boire une gorgée puis de me la proposer de nouveau. Je ne risquais rien, je le savais bien mais après ce que j’avais vécu, j’étais toujours sur mes gardes. Je le remerciais, avant de l’avaler à mon tour. Cela me fit un bien fou. J’étais en train de le remercier quand le rang autour de nous se resserra et que des épées furent sorties de leur fourreau. Je ne portais pas Noire-Sœur aujourd’hui. Je n’avais ni Ebryon, ni Meraxès pour veiller sur moi non plus. Mais je pouvais compter non seulement sur ma garde impériale mais aussi sur tous les soldats aux alentours.

Je ne pouvais pas voir qui s’était approché, pas avec le capitaine de ma garde qui se tenait devant moi, prêt à combattre jusqu’à la mort s’il le fallait pour préserver ma vie. Je m’armais de patience puisque je ne pouvais rien faire d’autres. J’entendis des voix, sans vraiment les comprendre. Puis, finalement un garde finit par annoncer que Lord Glover, Sénéchal du Nord désirait s’entretenir avec moi. Je n’hésitais pas un seul instant pour dire à ma garde de ranger leurs armes, de le laisser approcher et de ne pas le désarmer. Il faisait partie de ces personnes auprès de qui je comptais me rendre plus tard. Une chose chaque jour. Cela me ferait gagner un peu de temps. La troupe se desserra, et tous reprirent leur position initiale, même s’ils gardèrent un œil sur l’homme qui avançait jusqu’à moi. Je refermais la gourde, avant de saluer d’une légère inclinaison de la tête le nordien. Lord Glover… Je suis heureuse de vous trouver sur vos deux jambes et en bonne santé lui dis-je Marchons voulez-vous ? ajoutais en indiquant l’un des chemins tracés par les soldats, s’éloignant des tentes des blessés. L’air y serait plus respirable.












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MessageSujet: Re: Inhale exhale   Dim 13 Mai - 18:57

« Maintenez-le plus fermement, je n’arrive pas à … »

Dans la pièce de toile adjacente à la tente principale des blessés, celle qui servait pour les opérations, trois solides nordiens, dont une véritable montagne de muscles, un blondin à qui il manquait une oreille et le Sénéchal lui-même tentaient d’empêcher un jeune colosse étendu sur une table de bouger sous l’effet de la douleur, tandis qu’un mestre passablement fatigué se penchait sur la blessure béante au flanc qui ornait le corps dénudé du guerrier meurtri. Edwyle Glover luttait toujours pour sa vie. S’il avait été rapidement pansé après la bataille, une fois retrouvé par son frère, le cadet de Motte-la-forêt avait brutalement eu une poussée de fièvre le lendemain, sans que Bowen ne parvienne à déterminer s’il s’agissait là du contrecoup de ses souffrances ou de l’annonce de la capture de Fort-Darion … La guérisseuse qui l’avait examiné avait constaté qu’un morceau de la vouge qui l’avait atteint s’était brisé entre ses côtes, et tenté de l’enlever, sans succès. Ils avaient attendu, étaient parvenus à retirer une partie … Mais des débris demeuraient, et la fièvre l’avait pris. Désormais, il n’y avait plus de choix possible : il fallait nettoyer en profondeur, fouailler dans son côté quitte à lui briser les côtes, sinon, il ne survivrait pas. L’opération n’en demeurait pas moins horrible, autant à subir qu’à regarder. Le Poing du Nord avait tenu à y assister, requérant l’aide de deux fidèles, dont l’inévitable Hoarfrost qui maintenait à lui tout seul le corps de son frère. Ses cris lui vrillèrent les tympans. Entendant des bruits de pas et de conversations, il se leva un instant et passa discrètement la tête par la fente de toile, pour constater que l’Impératrice et son escorte venaient visiter les blessés. Son regard revint vers Edwyle et son front brûlant. D’un pas lourd, il s’avança vers le fond de l’endroit et farfouilla de sa main droite dans le fatras d’objets, avant d’en sortir une paire de gants en cuir. Il en prit un et se cala derrière la tête de son cadet.

« Toi, va me chercher une bouteille d’alcool. Le pire tord-boyaux que tu pourras trouver. »

Le blond s’exécuta et revint au bout de quelques minutes avec une bouteille qui humait fort l’hydromel de mauvaise qualité que l’on trouvait à Pouce-Flint ou bien encore Quart-Torrhen. Il plaça le goulot dans la bouche d’Edwyle et y déversa le liquide odorant. Le pauvre suffoqua. Il mit la bouteille à terre et plaça le gant de cuir entre ses dents. Le pauvre y mordit automatiquement.

« Allez-y. »

Les dents du malheureux garçon s’enfoncèrent dans le cuir presque immédiatement, mais, assommé par l’alcool et la gorge en feu, il ne brailla que peu, ses mugissements étouffés par le gant. Pendant un temps qui lui parut éternel, Bowen observa l’homme de l’art fourrager dans le flanc exposé, sourd aux braillements muets de l’autre Glover. Enfin, avec une expression victorieuse, le mestre sortit avec sa pince l’objet du délit avant de l’expulser derrière son épaule, et d’entreprendre le travail ordinaire de lavement et sutures, non sans arborer un immense sourire de satisfaction. Ce n’était pas suffisant pour le Sénéchal, qui toisa l’homme aux chaînes avant de demander :

« Alors ? »

« Il vivra. Normalement. »

L’expression glaciale du nordien lui fit ravaler son commentaire et il n’ajouta rien, conscient qu’il valait mieux que son patient survive. Sous l’effet conjugué de l’alcool fort et de la douleur, Edwyle avait fini par s’évanouir. Bowen s’assit à ses côtés et caressa très doucement les cheveux de son frère, dans un geste rare d’affection, qu’il n’aurait probablement jamais eu lorsque le jeune homme était conscient. Il resta quelques minutes ainsi, son coude blessé et bandé replié contre son torse. La plaie n’était ni profonde, ni dangereuse. Il en serait quitte pour une belle cicatrice et quelques difficultés pour le replier probablement, mais comme ce n’était pas son bras d’épée … Le Poing Ensanglanté avait conscience de la chance qu’il avait eue, ainsi que d’avoir à ce point frôlé la mort pour s’en tirer à si bon compte. Il ne le savait cependant que trop bien : la guerre avait ses injustices. L’on pouvait être abrité tout le long et, par une flèche perdue, mourir stupidement, ou s’exposer comme un fou et sortir indemne du carnage. Les dieux avaient leurs protégés, leurs avanies. Chercher à les comprendre, à imaginer une logique … Il n’y en avait pas. Il n’y avait que la folie des hommes et leur violence. Les siennes, de folie et de violence, brûlaient encore en lui comme un feu dévastateur, comme cet ouragan qui avait dévasté intégralement sa tente. Il se doutait que certains en parlaient, à mots couverts, de sa fureur pour Fort-Darion, pour sa sœur. A nouveau, ses yeux se posèrent sur la forme étendue de son frère.

« Portez-le dans ma tente. Je ferai quartier avec les hommes de la Garde-Loup. »

Il ne voulait plus y mettre les pieds. Plus depuis que … La victoire avait été teintée d’amertume. Mieux valait qu’il reste avec ses hommes, et non qu’il reste seul. Déjà, depuis plusieurs jours, c’était finalement ce qu’il avait acté, sans le dire officiellement. Hoarfrost et le blond acquiescèrent, et déplacèrent le corps sur la civière, avant de l’emmener précautionneusement. Resté seul, une infime larme lui échappa, qu’il écarta d’un mouvement rageur. Une inspiration profonde vint le cueillir, puis il fendit la toile et arriva dans la tente des blessés, saluant quelques-uns. Ses pas le portèrent presque naturellement vers l’escorte qui était sortie mais se trouvait dans sa ligne de vue. Sans se démonter, il fixa les gardes et souffla doucement vers celui qui s’interposait :

« Bennifer, tu me connais depuis mes douze ans … »

Bowen aurait pu nommer par leur prénom presque chaque homme de la garde rapprochée de Torrhen, et pour cause : il avait voyagé avec eux, ri, s’était fait rosser, parfois moqué aussi. Ils l’avaient endurci, chacun à leur façon et il croyait volontiers qu’ils avaient fini par accepter et apprécier ce jeune garçon qui suivait leur Roi à l’époque, avec sa volonté chevillée à son corps maigre. Bien sûr, des gardes ne pouvaient pas faire autrement. Mais, même s’ils servaient d’autres couleurs, aux yeux de Bowen, ils resteraient toujours des nordiens, des fils du froid, ses frères d’armes et de jeunesse. Il put passer. L’Impératrice le salua, et lui mit son genou à terre, se relevant néanmoins quand elle lui indiqua vouloir marcher en sa compagnie. Doucement, il souffla :

« Ce serait un honneur que de vous accompagner de la sorte, Votre Majesté Impériale. Même si je crains ne point pouvoir vous offrir mon bras.

Dans tous les cas … Je suis heureux de vous savoir bien portante également.  »


Son coude replié et bandé restait prostré contre son torse et il craignait de ne pas pouvoir servir d’appui à une femme enceinte. Lui emboîtant le pas, calant son avancée sur la sienne, comme il en avait l’habitude en compagnie d’une dame, Bowen finit par déclarer :

« J’espère que mon frère ne vous a pas dérangé pendant votre visite. Nous étions à l’arrière, avec le mestre, pour lui retirer une pointe de lance tenace et la douleur lui a fait … perdre ses sens. Du moins, ceux qui lui restaient après qu’il ait appris … »


Pour Alysane.

« … Pour Fort-Darion. »

Son expression se durcit brièvement, et il prit sur lui pour faire réapparaître un faciès plus paisible, plus avenant, même si la lueur haineuse avait été présente quelques secondes de trop sur son visage. Il déglutit aussi discrètement que possible avant de se jeter sur un sujet moins douloureux, du moins pour lui :

« Je tenais à m’excuser auprès de vous pour ne point avoir protégé Son Altesse au mieux. Nous avons été séparés au cours d’une charge, et si mes hommes sont parvenus, au prix de plusieurs sacrifices, à m’extirper des vouges Hoare, ils avaient déjà renversé votre frère en fendant son cheval en deux …

J’ai pris la liberté de rallier les survivants du Dragon, comme mes propres nordiens, pour tenir reculer et tenir aussi longtemps que possible afin de faire écran devant lui et votre dragonne. Même si, sans l’arrivée de l’Empereur, nous eussions fini par céder.

Puisse les Anciens Dieux veiller sur leur guérison à tous deux. »



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MessageSujet: Re: Inhale exhale   Dim 13 Mai - 21:27



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Je regarde le nordien s’agenouiller devant moi comme les usages le veulent, des usages qui ne sont vraiment pas à mon goût, je devais le reconnaitre. Lors d’un évènement formel, oui, mais là ? Est-ce vraiment nécessaire ? Je n’en étais pas certaine ni convaincue non plus. Je lui fis un signe de tête pour le saluer avant de lui proposer de marcher ensembles quelques instants. J’avais besoin de m’éloigner de toutes ses odeurs et de ses gémissements que nous portait le vent. Je refermais la gourde que le capitaine de ma garde du jour m’avait tendue, alors que le nordien m’assurait que ce serait un honneur pour lui de me tenir compagnie, s’excusant de ne pouvoir me tendre son bras. Je le regardais un instant en fronçant les sourcils. Votre sollicitude me touche Lord Glover, mais rassurez-vous, je sais encore marcher seule. lui répondis-je doucement bien que l’envie lui indiquer plus furieusement que je n’étais pas malade seulement enceinte me brûlait les lèvres. Il n’avait pas pensé à mal et ne me connaissait pas assez pour savoir que ce genre de choses n’était pas à mon goût. Je n’étais pas une femme comme les autres, je devais bien le reconnaitre. Je rendais la gourde à l’homme qui me l’avait donné en le remerciant de sa bienveillance, une sourire chaleureux et sincère aux lèvres, puis commença à marcher en compagnie du nouveau sénéchal du Nord. Je l’écoutais me parler de son frère, de notre capitale prise puis de mon propre frère et de la bataille. Cela faisait beaucoup de choses en bien peu de temps, je devais le reconnaitre. Les hommes du Nord n’était pas connu pour être loquace, mais quand ils l’étaient, ils ne faisaient pas les choses à moitié.

Reprenant depuis le début, je lui dis tout d’abord Je vous en prie, appelez-moi Rhaenys. Gardons les titres ronflants pour les visites formelles et la cour… Tous comme les révérences d’ailleurs. Je ne saurais demander cela à un soldat, ni à un garde de mon escorte, je ne le pouvais pas. Mais Bowen était sénéchal du Nord. J’avais diné à sa table le jour de son mariage et il était non seulement un proche de Torrhen mais aussi de Jon, et tous deux faisaient partis de ma famille. Nul besoin de s’embêter avec des Majesté Impériale, pas alors que nous n’étions que deux… Enfin deux et mon escorte cela s’entend. Je le regardais ensuite et continuais Je suis navrée d’apprendre que votre frère a été blessé. J’espère que les Dieux veilleront sur lui de nouveau et qu’ils lui permettront de se rétablir rapidement. Il avait survécu à cette bataille, c’était bien là le signe, à mes yeux, qu’il n’était pas oublié des êtres supérieurs qui nous regardaient, nous guidaient, nous protégeaient aussi. J’étais infiniment convaincue de cela Vous n’avez nulle excuse à me présenter. Ce serait plutôt à moi de vous les présenter. Je suis arrivée trop tard et je n’ai pu vous aider dans cette bataille clef. Orys a agi comme il estimait devoir le faire, tout comme ma magnifique Meraxès. Je vous remercie d’avoir veillé sur eux, et sur tous les peyredragonniens présents également. Je ne connais pas encore tous les détails de cette bataille, étant donné que je ne verrais que plus tard Baâl mais j’ai entendu parler de la bravoure des loups. Et je suis heureuse de voir que cet empire unifié que nous désirons, que nous avons bâti est pris vie sur cette plaine. Vous étiez tous frères d’armes, sans distinction de nation. Vous vous êtes tous battus les uns pour les autres. Et c’est là quelque chose de magnifique. Ne trouvez-vous pas ? lui demandais-je en tournant mon regard vers lui et en lui souriant doucement. J’étais sincère, comme je l’étais toujours d’ailleurs. Orys et Meraxès avaient fait ce qu’ils estimaient être leur devoir. Et les Dieux avaient épargné leur vie. Ils avaient été blessés et meurtris oui, mais ils ne m’avaient pas été enlevés et c’était là le plus important à mes yeux. Ils allaient se remettre de leurs blessures et n’en seraient ensuite que plus fort. Et j’étais fière d’eux, comme j’étais fière de chaque soldat qui avait combattu, qu’importe sa patrie de naissance. Ils avaient formé un seul et même corps, une grande famille, unie et solide.  Pour ce qui est de Fort-Darion, nul soucis à nous faire. J’ai pris les dispositions nécessaires pour que nous puissions la récupérer et je ne doute pas un seul instant que nombreux seront ceux qui répondront à mon appel. Nous avons une flotte solide, des soldats et nos peuples qui font route pour se mettre sous le commandement de Lord Darry. Avec la mort du Noir, l’issue est plus que prévisible pour les hommes ayant osés s’en prendre aux nôtres. Cela ne sera pas laissé impuni. J’en avais fait le serment et la colère grondait en moi, et dans mon sang. J’étais Dragon, et je protégeais les miens, mes gens, et mes biens. Les hommes du félon auront tôt fait de comprendre qu’ils n’auraient jamais dû se mesurer à nous.















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MessageSujet: Re: Inhale exhale   Lun 14 Mai - 0:01

Bowen aimait les formalités. Il avait été élevé ainsi, par son père, puis par l’Empereur. Il avait appris à savoir où se situait sa place, et la familiarité ne lui était pas naturelle avec ceux d’un rang supérieur au sien. Il avait cette douceur paternelle envers les petites gens, de celle que commande la sollicitude des puissants à la roture, et allait naturellement vers le beau sexe, parce qu’il estimait qu’il s’agissait là d’un devoir moral pour tout homme se respectant. Il s’agissait de reconnaître dans son individualité une femme, de lui faire honneur, finalement. La galanterie n’avait jamais été une option pour lui, qu’il agisse envers une dame de haute naissance ou bien d’une servante en haillons, plus encore envers celles qui portaient la vie. Rien n’était plus précieux à ses yeux qu’une naissance en devenir, et aucune femme ne paraissait plus belle qu’en ces moments. Il admirait ce mystère féminin qui lui serait à jamais fermé, admettant que son propre sexe ne connaîtrait pas l’étendue de ces douleurs inévitables pour la continuité d’un nom, de l’ensemble de la race humaine. Il était des guerres qui ne pouvaient être gagnées définitivement. La lutte pour la vie en faisait partie, comme celle pour la mort. Parfois, hélas, les deux se rejoignaient. Cette déférence, il l’assumait, même s’il acceptait de s’en départir lorsqu’on lui en faisait la demande … et là encore, il avait du mal, tant ce mécanisme était ancré en lui, presque pavlovien. C’était que son mentor lui avait suffisamment fait la leçon sur l’importance des titres, tout comme son père. Et il ne s’estimait pas être un intime de l’Impératrice. A vrai dire, il pensait n’être qu’un nom pour elle, un jeune homme dont elle se souvenait pour avoir assisté à son mariage, et lui au sien, perdu dans la nasse des hommes du Nord et de Peyredragon, quelqu’un dont parlait peut-être parfois son époux et le dirigeant des armées de son beau-fils. Autant dire que sa demande ne manqua pas de le déstabiliser légèrement. Ses yeux papillonnèrent doucement, avant qu’il ne réponde :

« Comme il vous plaira, Votre Maj … Rhaenys. Pardonnez-moi si ma langue trébuche parfois … J’ai mis des mois avant de tutoyer mon Roi sans me tromper … C’est que votre époux m’a un peu trop bien éduqué en certaines matières. »

Il plaisantait à peine. Bien sûr, désormais, en privé, il tutoyait parfaitement Jon et l’appelait évidemment par son prénom. Cependant, il fallait être honnête : il avait fallu toute leur avancée vers les Jumeaux pour que Bowen ne s’y habitue complètement. En même temps, après neuf mois de mariage, il continuait à vouvoyer son épouse, même par corbeau, et n’avait presque jamais tutoyé ses meilleures amies. Il savait que sa déférence avait quelque peu agacé Jeyne, dans leur jeunesse, avant qu’elle ne comprenne qu’il s’agissait davantage d’une marque de respect pour lui indiquer qu’elle était à ses yeux une vraie Princesse, et non pas une simple petite fille. Et jamais il n’aurait appelé Torrhen par son prénom. Lui offrait au Glover du « mon garçon » parfois, encore que cela avait été plus vrai avant qu’il ne prenne ses fonctions de Sénéchal. Dès douze ans, il avait retenu cette leçon, l’avait gravée au fer rouge dans son esprit : de la camaraderie, de la familiarité, un peu. Mais point trop. Un Roi, un Empereur désormais, restait ce qu’il était. Et un Lord également. Il pouvait y avoir proximité, mais point égalité, sauf entre amis, car Bowen n’ignorait rien du langage fleuri qu’utilisait Torrhen avec Conrad Omble. Etait-ce pour cela qu’il avait réussi à finalement s’ouvrir à Jon ? Sans doute. Désormais, cela lui venait naturellement, après tout. Pour son esprit guindé, une réelle intimité et un désir mutuel devait exister pour ce genre de demande. Peut-être qu’éviter de le dire serait plus facile ? Voilà, parler de son frère, c’était simple. Enfin … Dans la forme.

« Le mestre m’a dit qu’il vivra. Les Anciens dieux en décideront, et prendront ce qu’ils décideront de prendre aux Glover, à nouveau, ou se montreront cléments. »

Pieux, Bowen s’inclinait devant les désirs des rudes divinités du Nord. La révolte l’avait prise, tantôt, et il s’en repentait, conscient que se rebeller contre la volonté des dieux n’avait pas de sens. Les mortels n’avaient pas prise sur leurs décisions. Ils pouvaient les prier, les honorer … Seuls les esprits des générations passées connaissaient l’avenir et frappaient. Pour lui, elles avaient un but. S’ils désiraient détruire sa famille, sans doute qu’il payait pour des fautes commises par sa maison. Bien sûr, s’incliner demeurait douloureux, et il ferait tout son possible pour éviter qu’Edwyle ne décède. Néanmoins, il admettait qu’in fine, il n’avait pas le destin de son cadet entre ses mains. Tout comme il ne pouvait peser dans l’avenir de son épouse. Elle devrait affronter son épreuve seule, comme finalement toutes les femmes. Qu’il soit là ou pas n’avait guère d’incidence. Seule l’avenir de sa sœur, peut-être, était au moins un peu entre ses mains. Du moins, il l’espérait.

Finalement, c’était à cela que devait servir cet Empire, non ? A garantir la paix pour sa famille, pour le Nord. C’était pour cela qu’il y croyait, qu’il s’était engagé personnellement, qu’il faisait le lien entre Jon et son beau-père, qu’il encourageait les autres nordiens à ne pas rester fermés, malgré leur particularisme affirmé. Tous ses espoirs, il les avait placés dans cet idéal, sans doute pas d’unification comme en parlait l’Impératrice, mais de paix, de respect de tous. Il voulait ce monde qu’il avait dépeint à Jon, sans le convaincre. Il brûlait de le voir naître, et s’accrochait à ce rêve comme un homme ivre balloté par les mers, pour ne pas devenir fou. La guerre contre le Noir lui avait offert un but. L’Empire, un rêve. C’était cela qu’il trouvait beau. Il se demandait seulement comment l’exprimer.

« Tout ce qui concoure à la paix est empreint de beauté, je crois. Si je ne le pensais pas, je ne me serais pas engagé comme coordinateur entre le Nord et le Conflans Libre.

Nordiens, peyredragoniens …  Nous étions différents sur ce champ de bataille. Nous n’avions pas les mêmes devises, les mêmes noms aux lèvres, et sommes morts avec des prières différentes à la bouche. Mais cela n’avait pas d’importance. Nous n’avions pas besoin d’être nés dans les mêmes conditions pour combattre côte à côte. Comme nordiens, paludiers et hommes des clans n’ont pas besoin d’avoir les mêmes traditions pour répondre au nom de Stark. »


Doucement, il ajouta pensif :

« J’aime à penser qu’une nouvelle ère a pris vie. En tout cas … J’étais prêt à donner ma vie pour votre frère. A mourir pour lui laisser le temps de survivre un peu. Et je ne l’aurais pas fait, avant l’Empire, pour d’autres que les Stark.

Je crois qu’aucun homme du Nord ne peut offrir davantage. »


Il était noble. Orys Baratheon était Prince. Il n’avait pas eu à réfléchir, en ordonnant le recul, en prenant la tête des survivants des deux cavaleries et en ordonnant de tenir, coûte que coûte. Dans son esprit, la préséance qu’il devait simplement aux Stark avait changé, dès lors qu’il savait Jon à l’arrière, et dans une position relativement sûre. Il était fidèle, trop sans doute. Mais cette loyauté s’étendait désormais au-delà de son seul royaume. Pourtant, en dépit de cette solidité de ses liens, il ne pouvait renoncer à placer sa famille avant tout, presque en tout cas. Il était homme à savoir se sacrifier. Mais déjà, les Glover avaient accepté de lever leur ban, alors que les sauvageons menaçaient, et l’avaient payé au-delà de l’imaginable. Pour sa sœur, il était prêt à tout, en dehors du champ de bataille. Or, loin de le rassurer, la résolution de son interlocutrice lui fit peur. Peut-être n’était-elle pas au courant ? Et si … Non. Il se refusait de penser que sa famille puisse être sacrifiée au nom de la raison d’état, quand l’urgence n’était plus. Ses yeux bleus se posèrent sur la jeune femme, doux, mais résolus :

« Ce n’est pas précisément pour la ville que mon frère s’inquiète, comme moi. Après cette victoire … Elle sera reprise. La question ne se pose même pas.

Mais … »

Il s’interrompit, avant de rassembler toute sa résolution.

« … L’Empereur avait demandé à notre sœur aînée, lady Manderly, de venir à Fort-Darion pour aider à sa construction. C’est une bâtisseuse reconnue, elle n’est pas pour rien dans les nombreux aménagements qui ont permis à Blancport d’être cette plaque tournante de notre commerce. »

Il inspira profondément, avant de continuer :

« Elle a tenu la ville seule, jusqu’à la dernière minute. Elle a apparemment réussi à négocier des conditions de reddition pour ses geôliers, et ce avant que la nouvelle de notre victoire ne leur parvienne. Ils n’étaient pas condamnés, et elle est parvenue à entamer le dialogue, alors qu’elle était … seule. A leur merci. En tout cas, elle a réussi à contacter autant l'Empereur que moi. »


Son respect, son amour immodéré pour cette sœur si forte transparaissait dans ses propos. Alysane était tout pour lui. Le lien qu’il avait avec son aînée, l’une des dernières Glover restantes, du moins de naissance, était au-delà de ce qui pouvait s’envisager avec des mots. Sa sœur était son univers. La perdre le plongerait dans la folie. Il le savait.

« S’il y a le moindre espoir pour que … »

Sa voix se voila. Il préféra s’interrompre.

« Je ferai tout pour qu’elle revienne auprès de son fils. Et je suis certain que Lord Manderly fera de même. Alysane est précieuse pour nous, mais aussi pour le Nord … et pour l’Empire. De nous deux, c’est elle qui mérite le respect. Peu auraient sa force d’âme, en une telle situation. »



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MessageSujet: Re: Inhale exhale   Dim 3 Juin - 18:00



Conflans, An 1, mois 3, semaine 3




Je laissais échapper un léger rire. J’imaginais sans même le rôle que Torrhen avait pu tenir auprès du nouveau Sénéchal du Nord. Sur bien des aspects, je devais reconnaitre que mon époux était vieux jeu… Et qu’il considérait sans doute que je ne l’étais pas assez. Cela venait de nos éducations complètement différentes. S’il avait rencontré Visenya, elle ne serait pas montrée aussi familière avec lui. Avec personne d’ailleurs en dehors de sa fratrie. Elle était le genre de femme à aimer qu’on s’adresse à elle par ses titres… Là où moi, je détestais cela. Et je savais que cela était aussi lié au fait que j’avais toujours été proche d’Orys. Il n’avait pendant très longtemps possédé aucun titre alors qu’il le méritait bien plus que la majorité des nobles. A son contact j’avais appris que ce n’était pas les noms et les appellations qui faisaient des êtres de grands êtres, mais leurs âmes et leurs cœurs. Et, contrairement à mon aînée disparue, j’avais toujours eu l’habitude d’être Rhaenys et non pas la Princesse Rhaenys Targaryen de Peyredragon. Je jouais de mes titres quand cela était nécessaire, mais ne le faisait jamais outre mesure et uniquement quand cela était absolument nécessaire… Ce qui n’était pas le cas ici. … Et c’est ce qui a fait de vous l’homme que vous êtes désormais. Je préfère Rhaenys, car c’est ainsi que l’on m’a toujours appelé avant le début de ces guerres, mais si cela vous pose le moindre souci, appelez-moi comme vous le désirez. Je ne m’en formaliserai pas. Lord Forel ne peut s’empêcher de m’appeler Majesté et cela alors même que je sortais tout juste du ventre de ma mère... Et malgré mes nombreuses demandes. Certains hommes sont ainsi fait. lui dis-je pour le rassurer. Baâl avait été toujours été incorrigible sur ce point. Je ne cessais de lui répéter encore et encore de m’appeler Rhaenys, mais il ne le faisait pas. Il était un second père pour moi et je savais qu’il m’aimait comme si j’étais sa fille mais malgré cela, il se l’était toujours refusé. Il ne se l’était permis qu’une fois, le jour de mon mariage alors qu’il m’avait conduit jusqu’à Torrhen. Et d’Altesse, puis de Majesté j’étais passée dans sa bouche à Majesté impériale. A croire que cela l’amusait de me faire grimacer à chaque fois qu’il s’adressait de la sorte avec moi. Le connaissant, il se pouvait qu’il y ait de cela d’ailleurs. Il me faudrait un jour envoyer Yesaminda pour tirer les vers du nez à son oncle. Oui, cela était une bonne idée.

Tout en marchant, je m’enquérais de la santé de son frère dont il venait de m’indiquer qu’il avait été blessé. Je lui fis un signe de tête, n’ajoutant rien à ses propos. Son salut reposait entre les mains d’instances qui nous étaient supérieures. Nos mestres avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir, le reste ne dépendant plus d’eux. Certains hommes vivraient et d’autres mourraient. Nous n’y pouvions rien, ni eux, ni moi-même d’ailleurs. Même avec toute ma volonté, je ne pouvais pas tous les sauver. Et pourtant, c’était quelque chose que je désirais. Et j’étais tout aussi coupable que notre ennemie. C’était pour beaucoup d’entre eux, par ma faute s’ils étaient là. Ils avaient foi en moi, en ses valeurs que je portais. Ils l’avaient prouvé sur le champ de bataille comme je l’indiquais au nordien. Ils avaient combattu pour l’empire, pour quelque chose de plus grand. Et certains en avait payés le prix fort. Je soupirais avant de répondre au Sénéchal. C’est aussi terrible que magnifique. je dis cela dans un souffle avant de me remettre à marcher. Leur sang n’entache pas seulement le sol, mais également mes mains. Toutes ses vies offertes… Toutes ses vies qui prennent fin. J’en porterais le tribut jusqu’à ce la paix soit rétablie… Jusqu’à être moi-même rappelé par les Dieux après avoir accomplie leurs souhaits. Ce combat, ce n’était pas seulement le mien. C’était celui des Dieux qu’importent le nom qu’ils pouvaient prendre. Ils guidaient mes pas. Ils veillaient sur moi et me permettaient de continuer la tâche qui était la mienne. Ce cela j’en étais convaincue. J’accomplissais leurs desseins et j’étais leur messagère. Ce n’était pas de la prétention, mais à mes yeux un fait. Pourquoi me visiteraient-ils parfois si ce n’était pas le cas ? Pourquoi protègeraient-ils ma vie ?

L’homme me parle de Fort-Darrion et de sa récente prise. Je suis étonnée par cela, car les mesures que j’avais prises ce sujet avant même qu’ils ne gagnent cette bataille sur le Noir étaient désormais connus. Nul ne pouvait ignorer que les choses étaient en marche pour aller libérer ce territoire et cette ville qui était nôtre. Je l’interroge du regard, le poussant à me poser plus ouvertement les questions qui semblaient lui bruler les lèvres. Je ne pouvais pas deviner ce qu’il voulait sous-entendre s’il n’était pas plus clair. Il finit par le faire, et cela me fit froncer les sourcils. Je l’interrompais dans sa marche en posant ma main sur son bras et attirais son regard vers le mien, toujours sourcils froncés. Lord Bowen, pensez-vous que le sort de mes gens, de tous mes gens ne m’importent que peu ? Pensez-vous que je sois ravie de ce qui est arrivée ? Pensez-vous que, mon époux et moi, n’avons pas pris les mesures nécessaires concernant la reddition de nos ennemis à Fort-Darrion ? Je comprends votre inquiétude, pour autant elle m’offense. Et elle est offensante envers toutes les gens se trouvant à notre capitale, et offensante pour votre sœur. Pas une seule fois elle n’a laissé transparaître qu’elle considérer sa vie plus importante que les autres. Pas une seule fois elle n’a pensé uniquement à elle. Elle est restée pour protéger nos gens, alors qu’elle aurait sans doute pu s’enfuir seule. lui dis-je d’un ton ferme. Je n’aimais pas qu’il sous-entende que la vie de sa sœur valait bien plus que toutes les autres, pas alors qu’elle-même avait décidé de rester. Elle avait supervisé tout ce qui s’était passé après la prise de notre ville et s’était portée volontaire comme négociatrice. Elle n’avait abandonné personne, comme je l’attendais de toute personne au sein de mon royaume. C’était là un affront que le Sénéchal du Nord faisant à son courage. L’Empire a t’il une fois abandonné les siens ? Ais-je, une seule fois abandonné ceux qui se sont placés sous ma protection ?




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MessageSujet: Re: Inhale exhale   Dim 3 Juin - 19:28

« Les dieux jugent seuls de nos responsabilités. Ils sont restés jusqu’au bout sur le champ de bataille. Pour quelque chose dans lequel ils croyaient, j’ai suffisamment côtoyé nos hommes pour le savoir. Que nous avons tous épousés. Vos mains sont tâchées de leurs espoirs … Pas de leur sang. »

Les Anciens Dieux scellaient les morts et les vies. Eux seuls décidaient du moment où une existence mortelle s’arrêtait. La piété de Bowen ne lui permettait pas d’envisager la situation sous un autre angle. Bien sûr, une part de lui-même appréciait de savoir que la maison impériale avait conscience des sacrifices faits en son nom. Mais une autre estimait qu’il ne servait à rien de se penser coupable pour des actes faits en conscience par d’autres, pour la décision ultime des dieux qui veillaient sur les hommes et décidaient seuls de leur destinée. Peut-être que l’esprit nordien était en cela particulier. Il l’avait constaté au contact des riverains. Les suivants des Sept priaient pour la miséricorde divine, pour que leurs dieux éloignent la mort d’eux. Les adorateurs des Anciens Dieux demandaient simplement la force pour endurer la voie que leurs divinités ancestrales avaient tracée pour eux. Bowen n’avait jamais songé que ses prières puissent altérer le jugement divin. Il désirait seulement parvenir à surmonter les obstacles qui parsèmeraient son chemin avant que le couperet ne tombe et que sa vie ne s’arrête. Il ne présumait pas de leurs souhaits. Il accomplissait son devoir. Rien de plus. Rien de moins. Il n’était pas vervoyant, et ne pouvait prétendre à connaître les secrets des dieux. Peut-être que ceux de l’Antique Valyria étaient différents. Il ne pouvait juger des croyances d’une autre personne, quand elle avait placé sa foi dans des déités différentes des siennes. Sa foi avait ses propres élus. Les autres avaient les leurs. Qu’ajouter ?

Pour autant, sa mâchoire se contracta considérablement lorsqu’il entendit l’Impératrice le gourmander. Il s’arrêta comme elle le lui intimait, et subit sans broncher ses reproches. Les nordiens savaient être imperméables aux tempêtes, lui plus qu’aucun autre. Il pouvait tout endurer, tout supporter, pourvu qu’in fine, sa sœur en réchappe. Mais l’accuser de ne pas avoir confiance en Alysanne … Le soufflet lui coupa la respiration et la colère l’envahit. Comme si sa famille n’avait jamais abandonnée ! Comme si son Empereur de mari n’avait pas sciemment décidé d’appeler tout son ban en exposant ses côtes, malgré l’avancée sauvageonne, livrant Motte-la-forêt à la merci de l’ennemi et attendant quand même que les Glover répondent ! Et ils l’avaient fait ! Ils avaient toujours répondu à l’appel, peu importe ce que cela lui coûtait ! Quand enfin il demandait de la clémence, d’avoir une approche pacifique, justement, on le lui renvoyait dans la figure ! Devait-il constamment acquiescer et voir les siens violentés, morts et battus ! Mais qu’attendait-on donc de lui, qu’il n’ait jamais aucun sentiment, qu’il ne soit qu’un colosse de pierre suivant béatement des ordres et se moquant de sa propre famille ! Etait-cela, sa place ! Etait-cela, sa vie ! Etait-ce ainsi qu’on le voyait, qu’on le jugeait, malgré tous ses sacrifices, malgré tout le sang que son nom avait versé encore et encore !

Le pire ? Il était prêt littéralement à tout supporter, pourvu qu’il sache que sa sœur serait prise en considération. Peu lui importait son propre sort. Sa sœur lui était infiniment plus importante, et si l’on jugeait cela offensant, fort bien. Il s’en moquait, pourvu qu’il obtienne l’assurance qu’elle survive. Le reste lui était profondément indifférent. Il n’était pas homme à vouloir obtenir des honneurs, une place, de la reconnaissance. Il l’avait obtenu dans le Nord, son royaume. Il s’était élevé plus haut qu’il aurait pu en rêver dans ses pensées les plus secrètes, même si, à vrai dire, il n’avait jamais songé accéder à de tels honneurs. Et pourtant, une part de lui se récriait, à la seule idée qu’on puisse imaginer qu’il manque de respect envers son aînée adorée. Parce que rien n’était plus important à ses yeux qu’Alysanne. Rien. Et cette part grandit, gonfla, alors qu’il se sentait confronté à un choix. Il trancha.

« Ai-je jamais dit les propos que vous me prêtez, pour lesquels vous me jugez si soudainement ? Je m’inquiète pour ma sœur, parce que c’est ma sœur. L’une des dernières personnes vivantes de ma famille. Je puis avoir une pensée pour ses servantes, que je connais, sans vous les nommer. Je peux vouloir que tous les civils aient la vie sauve.

Mais je suis un frère. Et comme je ne doute pas que vous désiriez avant chaque bataille que votre propre frère survive parce que c’est votre frère, je prie sans cesse pour ma sœur, parce que c’est ma sœur, et que sa perte me serait insupportable. Si cela est offensant, soit. Mais je suis peiné que vous jugiez de mes intentions de la sorte, alors que ma loyauté et mon dévouement n’ont, je crois, jamais souffert d’une quelconque remise en cause, et que je n’ai jamais mis les miens au-dessus des autres, même alors que le danger approchait. »


Il avait l’impression que son honneur était remis en cause, en même temps que son humanité. Et cela le peinait au-dessus de tout, alors qu’il avait juste voulu … Quoi au juste ? Plaider la cause de Fort-Darion ? De sa famille ? Il avait tout enduré. Les Glover avaient tout sacrifié. N’avaient-ils pas droit à une part d’humanité, un soupçon de compréhension ?

« Lorsque votre époux a eu le choix entre défendre l’ouest du royaume, les terres de ma famille, et l’exposer pour rallier son ban et fondre sur l’ennemi, il a choisi la seconde option. Les Glover ont répondu à l’appel, malgré ce que cela signifiait. Ma famille en a payé le prix fort. Et j’ai toujours su, malgré les pertes, que c’était là un juste mouvement, qui avait garanti la survie du Nord.

Vous pouvez très bien marcher sur Fort-Darion. Vous méfier de la duplicité de ce fer-né. Considérer que les torts faits aux gens de la ville, justement, n’appellent pas à négocier.

Je crois que ce ne sera pas le cas. Je crois que vous accéderez à ses requêtes, peu importe la raison d'ailleurs. Je crois que vous sauverez ma sœur. Je l'espère en tout cas. Mais sans savoir ce que vous avez décidé … N’est-ce pas humain, de s’inquiéter, face à la raison d’Etat ? N’est-ce pas humain, de savoir que nul n’est irremplaçable, que justement, nulle vie n’est supérieure à la raison d’Etat ?

En fait, au contraire, c’est parce que je considère que la vie de ma sœur n’est supérieure à aucune autre que j’attends de savoir le sort qui lui sera réservé. Mais ce que le Sénéchal sait, l’homme ne l’admets guère, parce qu’à ses yeux de petit frère, sa sœur restera toujours la femme la plus précieuse au monde, et parce qu’elle lui est irremplaçable. »


Il la regarda, son regard brûlant d’un feu nouveau.

« J’étais prêt à mourir pour votre frère. Pour votre dragon. J’étais prêt à mourir pour eux, comme j’étais prêt à mourir pour mon Roi, et pendant des années pour l’Empereur en personne. Parce que je considère que ma vie est moins importante que la leur.

Je suis un homme loyal. Mais je suis un homme. J’aime ma sœur au-delà de tout. Elle est tout ce qu’il me reste. Et cet amour conduit parfois à l’offense, parce qu’il est trop puissant pour que l’on s’imagine un seul instant qu’il puisse s’interrompre. »


Il acheva dans un souffle agrémenté d’un mince sourire :

« J’ai confiance dans le fait que vous prendrez la meilleure décision pour l’Empire. Mais l’incertitude est le pire poison de l’homme, et son dard acide me ravage par trop le cœur et l’esprit pour être totalement moi-même.

Je suis navré si je vous ai offensé, si je vous offense encore. Ce sont là les paroles d’un homme qui souffre de savoir sa sœur exposée au danger, comme il souffrirait pour n’importe quel membre de sa famille, comme il souffre en ce moment de savoir son frère perclus de douleurs.

Et si je vous importune, je peux me retirer, sincèrement … Rhaenys. Je ne veux point vous être désagréable. Juste … Avoir la certitude que ce en quoi je crois, que cet idéal nouveau … ne me coûtera pas ma sœur, mais qu’au contraire, elle me sera rendue par lui.

Mon âme le sait. Mais mon cœur hagard a besoin d’être délivré d’un mot pour vivre à nouveau. »



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MessageSujet: Re: Inhale exhale   Mar 31 Juil - 21:32



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Je m’étais arrêtée de marcher pour écouter Bowen Glover parler. Et à mesure qu’il le faisait mes sourcils se fronçaient. Je le laissais me dire tout ce qu’il avait à dire, sans l’interrompre, quand bien même j’aurais eu mon mot à dire à plusieurs moments. Les Nordiens n’étaient que peu bavards, mais quand ils le décidaient, décidément, et les dieux m’en sont témoins, ils disaient tout sans interruption. Jon avait le même genre de comportement. Sans doute cela était-il lié aussi à leur âge ? Je devais sans doute commencer à sérieusement me demander si je n’avais pas vieilli avant l’âge pour penser ici alors même que si peu d’année nous séparaient les uns des autres… En attendant j’attendais et je faisais preuve de patience même si je redoutais de bientôt ne plus en avoir. J’étais fatiguée, et mes journées étaient trop longues. Je rêvais de pouvoir passer une journée sans rien faire, simplement à dessiner, me promener, rester en compagnie des miens. J’avais hâte que nous rentrions à Fort Darrion. J’avais vraiment besoin d’oublier pendant quelques heures mon statut d’Impératrice et mes obligations. Mais cela n’était pas possible pour l’instant.

Je soupirais quand le nordien eut finit et me pinçais l’arête du nez. Puis, j’ancrais mon regard dans le sien pour lui dire Si vous ne laissez aucun répit à vos ennemis, à l’image de cet instant, nul doute que vous ressortirez toujours victorieux de vos combats. Car, pour le coup, on ne pouvait pas dire qu’il ne défendait pas ses idées avec hargne. Je ne suis pas votre ennemi Lord Bowen Glover. Je ne l’ai jamais été, et je ne désire pas le devenir. lui dis-je avant de continuer. Votre inquiétude est légitime, mais elle ne peut empiéter sur votre fonction et sur votre rang. Vous être sénéchal du Nord. Vous êtes le second du Roi du Nord. Vous devez vous comportez comme tel. Pensez-vous que je puis me permettre de penser au Prince Orys Baratheon comme mon Frère lorsque je décide de l’envoyer combattre ? Pensez-vous que, si cela était le cas, je l’aurais laissé participer à cette bataille alors même qu’il était diminué ? Je me rapprochais d’un pas de lui, le dévisageant. Pis ! Pensez-vous que sa vie m’importe aussi peu alors même qu’il est le dernier qui partage mon sang et ma chair ? Alors même qu’on m’a enlevé il y a de cela douze mois mes deux aînés ? Je secouais la tête et soupirais de nouveau avant de me remettre à marcher. J’ose espérer que ce n’est pas le cas, car alors, il serait incompréhensible que vous me suiviez, tout aussi sénéchal du Nord que vous l’êtes. Je tournais mon regard vers le lointain devant nous. Pour autant, je me dois penser comme l’Impératrice que je suis désormais… Et il en va de même pour vous. Votre sœur est l’un de mes sujets et je ferais tout pour la préserver… Au même titre que le plus pauvre des fermiers se trouvant à Fort-Darrion. Je ne peux et je me refuse de faire une échelle de valeur sur des vies. Elles sont toutes importantes à mes yeux… Je serais une bien piètre souveraine si je pensais le contraire. finissais-je par lui dire avant de me retourner vers lui. Détestez-moi pour cela si cela peut vous soulager, tout autant frère et sujet que vous êtes. Je ne changerais pas sur ce point. Chacun a son rôle à jouer. Votre Sœur a choisi son chemin et vous devriez l’admirer et la soutenir dans ce dernier.















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