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The White Wolf and the Old One
MessageSujet: The White Wolf and the Old One   Jeu 9 Nov - 19:14

Ces rats puants des Îles de Fer s’amassent autour de nous. Le sol est déjà jonché de corps, et au loin on entend encore, à demi-étouffés par les bruits des combats, cors de guerre et cliquetis de l’acier contre l’acier, les bruits de charges tonitruantes qui sont encore lancées contre le centre Hoare. Mais nous sommes maintenant trop loin. Parmi les corps à demi piétinés, en partie recouverts de neige et de boue, il y a ceux qui m’accompagnaient dans cette charge, Gardes Demalion reposant en monceaux d’acier, chevaliers de Peyredragon déchiquetés au milieu de leurs mailles et de leurs tuniques arborant des emblèmes divers, et bien sûr quantité de ces fer-nés, piétinés ou massacrés dans la charge. Mais il en venait toujours et Baratheon, tenant son épée de sa main gauche car salement touché à l’autre épaule, se démenait comme il pouvait pour éloigner ces hyènes qui se rassemblaient pour la curée. De mon côté, je faisais ce que je pouvais, bien décidé à ne pas laisser ces chiens emporter un loup sans en payer un prix si amer qu’il laisserait bien des femmes des Îles de Fer en pleurs. Tant mieux pour elles ; le meurtre de ces pâles parodies d’êtres humains ne pourrait que soulager leur existence déjà bien misérable. Un homme s’avance. Morsure lui prélève la main droite, fauchant son épée du même coup. La lame mort ses chairs et enfonce son plexus, ressortant entre ses omoplates. Signe de la curée pour les autres, qui se jettent sur moi. Retirant ma lame du corps du premier qui s’étouffe dans son sang, les yeux révulsés, Morsure s’abat des deux mains sur le visage d’un autre, le faisant disparaître dans une brume de sang. J’en abats encore quelques uns, ma lame tournoyant, fendant, parant, bloquant, enfonçant et tranchant. Jusqu’à ce que la hache s’abatte, et que l’obscurité ne me prenne.


Je me réveille en sursaut. En sueur, aussi. Une seconde pour reprendre mon souffle, une autre pour porter ma main à mon visage. Toujours les bordures douloureuses de l’affreuse cicatrice qui me marque les traits et me les durcis. Il me faut un long moment pour me débarrasser du sentiment d’horreur, de la douleur diffuse et de l’adrénaline des combats que j’avais revécu dans mes songes, de ce cauchemar devenu récurrent qui me pourrissait les nuits et me laissait parfois de longues minutes dans le vague lorsque j’étais accompagné des vivants. Ce midi, j’en avais oublié que l’on me parlait et je m’étais enfoncé de longues minutes dans le souvenir éveillé de Buron, de Paege, de La-Mort-Aux-Loups. Tous ces visages qui me revenaient sans cesse à l’esprit, du noble Lord Cassel jusqu’au dernier des pouilleux insulaires que j’avais expédié meurtri et dévasté dans la fosse commune. En fin de journée, un courrier de l’armée impériale stationnée au pied des murailles vint m’informer de la venue d’une troupe de cavaliers nordiens. Montant à cheval malgré la demande du mestre, j’arborais sans honte mon visage au milieu de troupes que je traversais avec une maigre escorte de Gardes Demalion, de même que l’état de mon œil droit, la pupille cerclée de rouge, l’œil ne guérissant que lentement. Lorsque j’arrivais à proximité de la colonne de renforts qui remontait le chemin vers le campement de l’armée impériale, je plissais les yeux en pensant reconnaître une mince silhouette. Lorsque je la reconnus, je fronçais les sourcils. Lyanna ! Mais enfin que faisait-elle ici ! Et grimée en soldat, en plus ? Je piquais des deux et la garde se cala sur mon rythme. Les cavaliers agitèrent lances et bannières en scandant « Vive l’Empereur » et « Torrhen ! », parsemés de « Stark ! » et de « Winterfell ! ». Je saluais ces renforts d’un signe de la main et d’un mince sourire qui ne faisait qu’étirer ma cicatrice, pour finalement croiser Lyanna en sens inverse.



| Le bonsoir, Dame ma nièce ! Je suis ravi de vous revoir ; et je vois que vous êtes en bonne santé. Bien, j’en suis heureux ! Vous avez fait bonne route depuis le Nord ? |


Mais je posais ma main sur la bride de son cheval, tirant légèrement dessus pour la stopper alors que la colonne continuait son chemin. J’attendais que la troupe s’éloigne un peu, non sans regards en arrière, pour reprendre et lâcher les questions qui me brûlaient les lèvres.


| Mais enfin Lyanna, que fais-tu ici, si loin au sud ? Et accoutrée en guerrière, de surcroît ! Tu ne devais pas rester avec Walton à Winterfell ? |


Oui, j’étais ravi de la revoir, car même si nous n’avions pu être aussi proches que je l’avais voulu, elle était comme ses cousins un peu comme ma propre fille. Et si je connaissais les rumeurs sur ses lubies, le plaisir de la revoir était tempéré par le spectacle qu’elle donnait et sa désobéissance apparente ; à moins qu’elle n’avait quelque justification à sa venue sous cet uniforme ? J’étais curieux d’entendre lesquelles !



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MessageSujet: Re: The White Wolf and the Old One   Ven 10 Nov - 17:07

Durant son long chemin, Lyanna avait passée par de nombreux sites qui avaient été touchés d'une façon ou d'une autre par la guerre : des champs piétinés, des familles sans pères ni fils, des maisons mises à sac par les déserteurs et les voleurs. À chaque endroit, elle avait attendu différentes rumeurs. Certaines venaient de fermiers des environs, d'autres venaient de guerriers gravement blessés, qui avaient été oubliés aux départs des troupes, de déserteurs ou de fuyards. Des escadrons avaient été envoyés de la colonne de renforts afin d'éliminer les ennemis qui avaient fui et les soldats qui avaient failli à leur devoir en désertant lorsque cela était possible. Il ne fallait également pas oublier les brigands qui profitaient de l'occasion pour piller l'équipement encore en état des cadavres qui jonchaient le sol.  Il y a peu de sources d'informations fiables près des champs de bataille, alors Lyanna les avait fait parler avec soin lorsqu'elle mettait la main sur eux. Les nouvelles étaient confuses. Certaines donnaient à l'Empire une victoire écrasante contre un ennemi pris par surprise. D'autres mentionnaient un massacre lorsque son oncle et ses fidèles hommes d'armes avaient chargé une armée entière avec seulement 2000 cavaliers. Quelqu'un avait même mentionné que l'Empereur avait disparu!

Lyanna avait peur pour la vie de Torrhen. Elle avait compris, en vieillissant, qu'il n'était pas invincible comme elle le croyait à 5 ans, mais l'homme savait se battre et surtout, rester vivant. Sauf qu'il s'agissait d'une guerre d'envergure entre 2 généraux qui tenait du génie. Elle finit donc son chemin en priant pour avoir l'occasion de lui faire sa demande plutôt que de trouver les mots justes, ceux qui sauraient le convaincre. Grave erreur pensa-t-elle en arrivant au camp. Cette pensée disparue immédiatement lorsqu'elle aperçut enfin son oncle, qui s'approchait. Il avait l'air mal en point avec son œil rougi, sa balafre et son poids en moins. La bataille avait été rude. Lyanna reprit ses esprits lorsqu'il s'adressa à elle et sut qu'elle marchait sur des œufs lorsqu'il l'arrêta pour parler seul à seul. Elle décida d'essayer de l'attendrir et de s'informer de son état avant de glisser sur le sujet risqué de sa présence.

Bonsoir oncle Torrhen. Ne vous inquiétez guère! Au risque de faire peur à Jon, Walton semble né pour s’occuper des affaires de la maison. Avant de partir, je me suis assurée qu'il n'avait pas besoin de moi. D'ailleurs, il vous envoie ses plus sincères salutations. Nous avons beaucoup pensé à vous.

En ce qui concerne mon accoutrement, je ne pouvais tout de même pas chevaucher de si loin en robe n'est-ce pas? Cela aurait été horrible. D'ailleurs, j'ai entendu beaucoup de choses horribles lors de mon trajet.


Elle se tut un court moment, laissant son regard trainé sur la cicatrice qui barrait son visage. Elle reprit sur un ton plus doux, qui témoignait l'affection qu'elle a pour son protecteur, mais ses propos trahissaient une grande colère. Celle-ci lui fit oublier que sa place dans l'armée n'était pas garantie.

Que vous est-il arrivé mon oncle?  Qui a osé vous défigurer ainsi? Dites-moi et je jure que nous lui ferons payer cet affront avec son sang!

Lorsque Lyanna finit sa dernière phrase, son bras, qu’elle avait posé discrètement sur son épée au fil de ses mots, tremblait de rage. Elle avait bien fait de prier lors du trajet. Il ne s’en ferait fallu de peu pour que l’Empereur soit perdu, pour qu’elle ne puisse jamais recevoir son appui et chevaucher à ses côtés lors des plus grandes batailles. Lyanna ne retournerait pas à Winterfell la queue entre les jambes ! Ni son cœur ni son ego ne pourrait le supporter. Elle devait absolument convaincre Torrhen qu’elle était prête à se battre !
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MessageSujet: Re: The White Wolf and the Old One   Dim 12 Nov - 18:43

Lyanna était ma jeune nièce. De mon sang, et c’était donc la seule. Je ne pouvais pas du tout nier mon plaisir de la revoir. Bien sûr, je ne partageais pas avec elle le même genre de lien que je partageais avec mes propres enfants, mais ça n’empêchait pas que je l’appréciais, que je la protégeais, et que je voulais son bien. J’avais toujours su qu’elle était différente, malgré sa bonne entente avec mes enfants, elle n’était pas comme Jeyne au même âge. Elle avait plutôt le cœur ardent de mon Jon, et elle ressemblait beaucoup à son père. Aventureuse et toujours à vouloir se surpasser. On ne pouvait pas dire qu’elle soit calme ou portée sur les jeux de filles, pas depuis son plus jeune âge. J’étais étonné de la voir ici toutefois, car jamais encore elle n’avait eu le front d’aller à l’encontre de mes directives. Je ne lui avais pas interdit de venir, pas expréssement en tout cas, et c’était visiblement suffisant pour elle pour se croire libre de me rejoindre. Je la trouvais malgré tout très impétueuse, et présomptueuse aussi, pour être venue jusqu’ici avec la troupe. Une jeune fille de son âge entourée de soldats… Mëme si j’avais confiance en mes nordiens on n’était jamais à l’abri d’un homme qui interprète mal un sourire, si vous voyez ce que je veux dire. Sans parler des risques plus évidents encore de francs-tireurs du Conflans, de maladies sur les régions traversées par la guerre, ou les combats contre d’éventuels brigands qui chercheraient à tirer leur épingle du jeu. Bref. Tout ça pour dire que je trouvais sa démarche réellement imprudente, et c’était un sacré euphémisme.


Malgré mon visage et la balafre qui l’ornait désormais, la jeune femme ne se laissa pas démonter. Un bon point pour elle, j’avais les gens déprimés ou désespérés pour moi en horreur, suite à cet événement. Et elle me parle de Walton. Mauvais plan que cela, quant à son accoutrement ses arguments ne furent pas plus pour me plaire, loin de là.



| Ne changes pas de sujet, jeune fille. Tu n’as rien à faire en campagne et encore moins dans cette tenue. Tu ne feras pas la guerre, c’est une affaire d’hommes et notre famille a déjà subi des pertes suffisamment sévères sans mettre à tous notre vie dans la balance. Quant à Walton, je lui écrirais deux mots. En tant que Stark de Winterfell, il doit apprendre à ne pas succomber aux caprices des gens sous sa responsabilité, fussent-ils de sa parenté. |


J’étais sévère, mais j’avais juré aux funérailles de chacun de mes frères de prendre soin de leurs enfants, et de les préparer à leur vie d’adulte aussi bien que possible. Lyanna était une femme. Qu’elle ne veuille pas s’encombrer de robes et d’enfants ne voulait pas dire que ce n’était pas de cette manière qu’elle contribuerait malgré tout à l’avènement de cet empire. Maintenant qu’elle était là, elle se doutait peut-être que je ne la renverrais pas mais au fond ça ne changeait rien ; elle ne pouvait pas aller combattre. Et même si je sentais son inquiétude sincère et touchante, je ne pouvais pas l’encourager dans cette direction.


| Les racontards n’ont pas été très efficaces, sur ton chemin. Nous avons pris quantité de villes à l’ennemi après les victoires de Paege et Haye-Pierre. Vivesaigues, Herpivoie, Darry, Salins, Beaumarché, Corneilla, Salvemer, Les Jumeaux, sont sous notre contrôle. J’ai saisi une opportunité, pendant que le Roi du Nord et celui du Conflans Libre marchaient sur Salvemer, et j’ai détruit une armée Riveraine à Buron. Mais Le Noir est intervenu en personne et avec des renforts, trop nombreux, qui ont submergé nos lignes. J’ai été blessé et pris par mon ennemi, qui a eu le front de vouloir me pendre. Mais grâce à des concours extérieurs, j’ai réussi à m’évader avec le Prince de Peyredragon, pris lui aussi. Depuis, je me remets ici, à Vivesaigues. Attendant le renfort de mon fils, ton cousin, qui ne saurait tarder. |


Je soupire


| Hors de question que tu te battes. Mais au moins pourras-tu assister au mariage de ton Roi. |



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MessageSujet: Re: The White Wolf and the Old One   Mar 14 Nov - 2:51

Lyanna soupira. Bruyamment. Elle était profondément heureuse de revoir son oncle et elle savait que lui aussi appréciait cette réunion malgré sa presque désobéissance. Cependant, si elle répugnait l'idée de brusquer Torrhen, qui était en état de faiblesse, elle ne pouvait le laisser décider le cours de sa vie sans au moins lui laisser la chance de le convaincre. Elle mit pied à terre, le contrôle de son cheval par l'Empereur l'empêchant de vraiment avoir une conversation sur un pied d'égalité. Ou au moins d'essayer d'avoir un pied d'égalité pensa-t-elle.

Voilà pourquoi je voulais changer de sujet mon Oncle. Je ne voulais pas que l'on se dispute dès notre première rencontre après tout ce temps.

Une vraie guerre de volonté allait commencer et la jeune femme n'avait certainement pas l'avantage. Elle devait lui faire changer d'avis sans se mettre l'Empereur à dos. Lyanna s’en voudrait de le mettre en colère. Elle s'exprima calmement, mais avec conviction.

N'en voulez pas à Walton. Il n'a pas, comme vous dites, succombé à mes caprices. Au lieu de me regarder dépérir au royaume, il a accepté de me laisser partir pour me permettre de suivre ma propre voie. Il n'y aucun mal, en tant que Stark de Winterfell, de s'entraider n'est-ce pas?

Elle espérait de tout son cœur que Walton ne paierait pas pour elle, mais il était trop tard pour reculer maintenant. La jeune femme reprit solennellement avec passion.

Je n'ai qu'une parole. Lorsque vous m'avez trouvé un maître d'armes, je vous ai fait une promesse. Celle que, tant que je serai sous votre protection, je ne tenterai pas d'aller me battre sur un champ de bataille sans avoir obtenu votre permission. Mais mon sang bout dans mes veines ! Je veux me battre pour le Nord, pour l'Empire, mais surtout pour moi-même. Vos exploits feront sûrement de vous une légende immortelle, mais vous n'êtes pas à l'abri de la mort. Les évènements récents le montrent même si...

Elle se permit l'ombre d'un sourire.

J'ai foi que seul l'âge pourra vous atteindre.

La jeune femme reprit son sérieux.

À ce moment, je ne serai plus sous votre protection et je ferai tout en mon pouvoir pour faire ce que mon cœur me dicte.

Lyanna mit un genou à terre, baissa la tête et mit son poing droit sur son cœur.

Je vous en conjure, montrez-moi comment y parvenir. Montrez-moi comment me protéger moi-même et ceux que j'aime plutôt que de rester la petite fille à protéger. Vous proclamez qu'une femme n'a pas sa place à la guerre, que c'est une activité pour les hommes, mais seriez-vous capable de donner le même discours à VOTRE femme? Il me semble qu'elle et la reine de l'Orage soient très impliquées dans leur campagne militaire. Je ne crois donc pas que cela soit la vraie raison de votre refus.

Elle parlait vite désirant donner l'entièreté de ses arguments avant d'être interrompue.

Et, en croyant cela, il ne reste qu'une raison qui oppose votre volonté à la mienne : votre propre protection. Je dois tout ce que je suis à celle-ci, mais comme Jon et Jeyne, il est temps pour moi de devenir ma propre personne. Et contrairement à Jeyne, la vie de dame serait une prison pour moi. Avec votre aide, je pourrai devenir la femme que je veux être pour servir mon royaume. Je n'ai rien de plus à offrir que ce que j'ai déjà offert lorsque j'ai rejoint Winterfell : ma vie. Cependant, je désire la passer à me battre. Laissez-moi cette chance et je jure que je ne vous décevrai point.

Lyanna releva la tête avec une pointe de défi.

Si vous refusez, je me plierais à votre volonté, oncle Torrhen, mais j’irai chercher un mari qui me permettra de me battre ! J’ai justement un homme en tête qui pourrait même satisfaire vos critères. Seulement, je préfère apprendre l’art de la guerre du meilleur avant cela !

Elle rebaissa la tête et ferma les yeux en guise de soumission. Elle avait dit ce qu’elle avait à dire. Pour le meilleur et pour le pire. La dame du Nord devait maintenant assumer la conséquence de ses mots et de ses actes. Elle jouait le cours de sa vie sur cette conversation avec l’honnêteté qu’elle devait à l’homme qui était devenu sa figure paternelle. Il était maintenant temps de voir ce qu’elle allait récolter.
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MessageSujet: Re: The White Wolf and the Old One   Aujourd'hui à 20:27

Les filles Stark n’avaient rien à envier aux hommes. Je l’avais appris depuis longtemps, même si ma propre mère n’avait certes pas été un modèle de force et de bravoure, loin de là. Les louves de la nouvelle génération mordaient, et plutôt deux fois qu’une. Jeyne avait toujours eu ce caractère fort, presque matriarcal, dans une maison à laquelle j’avais abandonné toute présence tout en conservant un rien d’autorité nécessaire mais finalement futile, au regard des besoins de mes enfants en terme d’éducation. Lyanna avait toujours eu un caractère plus espiègle, mais tout aussi farouche et déterminé que ma fille. Avec moins de pression sur ses épaules, elle avait pu commencer à s’épanouir autrement. La jeune femme démonte, mettant pied à terre. Cela ne m’empêche pas de la toiser, même si en vérité je serais bien en peine de quitter ma selle aussi gracieusement qu’elle venait de le faire ; j’avais eu la chance de n’avoir aucun os brisé en dehors de quelques côtes fêlées, mais le moindre mouvement du tronc et du bassin restait douloureux du fait du passage à tabac dont j’avais fait l’objet, une fois abattu par Harren et ses troupes.


| Comment veux-tu que je reste serein alors que tu portes mailles et casque ? A quoi pensais-tu, par les Dieux ! |


La jeune femme pouvait bien ne pas vouloir se laisser démonter, il n’en restait pas moins que l’on pouvait très bien argumenter pendant cent-sept ans ; j’aurais toujours raison. Tant pis pour elle si ele ne le comprenait pas. Et la voilà qui du coup argumente à propos de Walton et de son entraînement. Bien sûr, le vieux guerrier et le vieux Stark que j’étais ne pouvait que se laisser toucher par tant de verve et de fougue, mais surtout je restais terrifié à l’idée de perdre l’enfant d’un de mes frères ; je les avais déjà perdus eux, devais-je en plus voir partir ceux qu’ils avaient tout juste eu le temps d’engendrer entre deux batailles ? Ces enfants ne connaissaient même pas vraiment leurs parents. Je fronçais les sourcils, agacé, flatté malgré moi mais surtout frustré de son argumentaire.


| Walton aurait dû se montrer plus fort. Et toi, plus obéissante. Plus respectueuse de moi, et de mes ordres. | Je ne voulais pas aller jusqu’à pointer du doigt son ingratitude, mais si elle m’y poussait, je finirais par le faire. Plutôt que nous nous fâchions qu’elle aussi se mette en danger. | En effet, je ne suis pas immortel. Mais toi non plus. La mort peut bien prendre ma vieille carcasse ; tout ce que j’ai passera à vous autres, la génération suivante. Jon a le royaume, mais il aura besoin d’appuis. Et je n’ai nulle envie de tous vous voir mourir avant de devenir adultes. Vos parents à toi, Denys et Roland, ont déjà donné leurs existences pour le Nord. Ce n’est pas assez, pour toi ? |


Je secoue la tête, plus touché que je ne l’aurais cru, que je ne l’aurais anticipé. Elle me rappelait tellement Weyton, putain de merde. Et plus je la voyais, et plus je me retrouvais devant le corps de mon frère. De chacun de mes frères. Elle ne comprenait pas ce qu’il en coûtait, de vouloir se battre.


| Tu sais ce qu’est une bataille ? Tu en as entendu les récits toute ta vie, et ça te fait encore envie ? Ton frère, tes autres oncles et moi-même étions aussi bêtes que ça, à ton âge. Et vois où ça nous a menés ! Ils sont tous morts. Tous les quatre ! Et moi, je suis là, la gueule de travers, des enfants que je ne connais pas et une femme qui se trouve au diable vauvert pour défendre une idée commune, et que je ne reverrais peut-être jamais. C’est donc cela, qui te fait tant envie ? Regarde mon visage, Lyanna. Il n’y a pas d’autre récompense à la guerre que ces marques. Elles couvrent tout mon corps, et elles ont lacéré mon âme. Et c’est ça que tu veux t’infliger ? Non, Lyanna. Tu es une femme. Ce n’est pas juste, j’en ai bien conscience, mais c’est ainsi. Ton statut te protège de tout ça, et tu seras tout aussi heureuse dans la paix, à gérer un domaine qui sera le tiens et celui de ton mari, plutôt que le nez dans la boue et les tripes à l’air. |


Je finissais en colère, dépité, mais surtout estomaqué par ce qui suivit. Ulcéré, je réagis au quart de tour.


| Te marier ? Mais d’où ça vient ça, maintenant ? Et avec qui, de surcroît ? |


Si elle me lâchait le nom d’un joli cœur qui courrait après sa vertu, le loup allait voir rouge et quelqu’un allait se retrouver hissé et cloué sur une croix.



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