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A L'aube de la bataille [PV Robert Dayne]
MessageSujet: A L'aube de la bataille [PV Robert Dayne]   Dim 30 Juil - 18:08

L'air du matin sentait la merde et la poussière. Un mélange qui empreignait souvent Lanchélion, comme je n'avais pas tardé à le découvrir lors de mes premières visites dans la capitale. Quoi de plus normale, lorsque vous entassez toute une population derrière des murs sous l'impitoyable soleil de Dorne ? J'étais un homme des montagnes et il semblait que même l'habitude ne parvenait pas à chasser cet inconfort. Ce n'était pas pour cela que je me sentais tendu pourtant. L'avantage de ma position de conseiller au service de la princesse résidait dans le fait que j'étais surchargé, ce qui m'empêchait de penser à la situation qui agitait les montagnes rouges et du danger qui planait sur les Météores. Hormis Robb , présents à Lanchélion tout comme moi, ma famille entière courait un danger qui se précisait de plus en plus, sans que je puisse faire quoi ce soit dans l'immédiat. L'impuissance mène souvent à la colère, que je tentais bien d'apaiser par le vin et les mille plaisirs qu'on trouvait à portée de main ici, mais hormis renforcer ce sentiment amer qui m'animait, je doute que cela servait à grand-chose. Plus particulièrement depuis que la princesse avait permis au prince Anders et à mon jeune frère de se rendre dans notre foyer pour le défendre. J'avais soutenu cette décision, mais ça n'empêchait pas d'éprouver le regret de ne pouvoir mener la défense de mes propres terres moi-même. Ni l'inquiétude d'envoyer de mon cadet au-devant de sa propre tombe…

Je faisais bonne figure pourtant, comme on me l'avait appris dans ma jeunesse. Un Lord ne peut se laisser aller à l'atermoiement me disait souvent mon père. Or c'était assez vrai dans la circonstance. Je devais aller au bout de mes engagements, quoi qu'ils puissent me coûter. La présence de Robb et d'Anders pourrait s'avérer décisive dans la suite de l'engagement qui nous opposait au Bieff et à leurs alliés Fer-nés. Reculer maintenant se résumait à saborder les efforts que nous avions déjà consentis. De plus, j'avais confiance dans les qualités martiales de Robb. Aube, l'épée dont la lame était faite d'acier valyrien, aurait son content de sang étranger dans les semaines qui suivraient. Ce qui m'inquiétait plus, c'était la propension parfois absurde du cadet Dayne à jouer les têtes brulées.

C'était sans doute à cause de cela que j'avais évité de le rencontrer ces derniers jours, prétextant à chacune de ses visites des tâches trop importantes pour que je puisse les ajourner. Qu'il soit dupe ou pas de mon mutisme, j'avais tout de même pris sur moi de le convoquer le jour qui précédait son départ. J'avais peut-être parfois du mal à le supporter, mais je ne pouvais pas ignorer mon frère alors qu'il s'en allait défendre le Nord de la principauté, malgré tout ce qui pouvait nous opposer. C'est pourquoi j'attendais sa visite, assis devant le bureau, dans mes vastes appartements du Palais Vieux, occupé a priori par la rédaction d'une missive pour mon autre frère, Enguerrand. En cas de siège, je voulais transmettre des consignes claires pour faciliter la prise de commandement du prince et de Robert vis-à-vis des hommes sur place, même si je savais pertinemment qu'Enguerrand ne chercherait nullement à prendre part à la gestion militaire en cas de siège dans ces déplacements,. Il était un gestionnaire plus qu'efficace, mais ce n'était pas un guerrier. J'avais pris soin de rédiger une seconde missive que je destinais à mon fils, l'enjoignant à être prudent et à écouter tous les ordres que pourrait lui donner son oncle. Ce ne serait pas difficile pour Robb de canaliser le jeune homme tant ce dernier admirait son oncle l'épée du matin.

« Lord Dayne. Ser Robert votre frère demande à être reçu »

Silencieux dans ses déplacements, malgré le fer dont il était habillé, Ser Arys se tenais devant moi. Un homme à moi, venu en ma compagnie des météores il y  a une éternité de cela, en qui je pouvais avoir confiance. Je le dévisageais un instant, avant de reprendre ma rédaction.

« Fais-le entrer, et veille à ce qu'un serviteur nous ramène du vin »

Le garde s'inclina avant de s'éclipser, me permettant de rédiger les dernières lignes de ma missive. Il revint en compagnie de Robb alors que j'apposais mon sceau sur l'enveloppe, avant de souffler légèrement dessus et de me lever, un sourire aux lèvres.

« Bonjour mon frère. Je suis heureux de pouvoir trouver le temps de te voir avant ton départ. »

Un mensonge éhonté que j'estimais nécessaire. Je le connaissais trop bien pour savoir que nous étions rarement du même avis, mais j'espérais tout de même parvenir à éviter le conflit. Un serviteur entra discrètement, un pichet de vin à la main. Je lui fis signe de nous rejoindre et invitais mon frère à prendre place.

« J'ai des missives à te confier. L'une à destination d'Enguerrand, l'autre pour Nymor. Je me doute que ce dernier sera ravi de te revoir. »

Une approche bien timide, je l'admets, mais une approche tout de même. Je scrutais mon cadet, essayant de décrypter son attitude et son humeur tandis que le serviteur remplissait deux coupes du contenu de son pichet.
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MessageSujet: Re: A L'aube de la bataille [PV Robert Dayne]   Ven 4 Aoû - 17:26

L’Aube était arrivée, et avec elle son cortège de chaleur et de départs. La veille, une énième fois, Robb avait surveillé le chargement léger des soldats, vérifié en un ultime mouvement son propre paquetage, avant d’aller marivauder dans les ruelles de Lancehélion jusqu’à point d’heures, seul, ruminant les événements récents dans la tête et réfléchissant à tout ce qu’il pourrait faire pour sauver le fief de sa famille. Surtout, avant de partir au-devant d’une mort certaine, il avait tenu à humer encore un peu l’odeur si particulière de la ville soleil. Certains haissaient la flagrance de cette cité aux murs ensablés, où la chaleur écrasante ne disparaissait que dans les profondeurs de la nuit. Lui l’adorait, pour une raison évidente : elle lui rappelait son enfance et ses jeux, son adolescence et ses découvertes en compagnie du Prince Nymor ou de ses camarades. Pratiquement toutes ses premières fois avaient eu lieu entre ces murs, et chaque carrefour lui remémorait un souvenir particulier. La senteur de chaque étal lui était familière. Oui, vraiment, la capitale de Dorne était son réel foyer et, ironie du sort, il la quittait pour défendre ce qu’il aurait dû considérer comme son unique point d’ancrage.

Ce n’était pas qu’il n’éprouvait rien pour les Météores : c’était le lieu où les Dayne demeuraient depuis des décennies, là où il avait connu Arianne, reçu Aube bien sûr … Il y avait de doux moments liés à cet endroit, évidemment, et un sentiment de fierté inhérent à toutes les Epées du Matin vis-à-vis du fief qui leur avait octroyé l’arme légendaire. Robb était sincèrement prêt à mourir pour défendre le château ancestral de la maison à la livrée mauve, pour autant, il n’y avait pas un attachement personnel aussi fort que celui qu’il éprouvait pour Lancehélion. Il faisait son devoir, l’avait réclamé même, souffrait de voir les bieffois attaquer son lieu de naissance, pour autant, dire que la piété filiale avait uniquement motivé son geste aurait été un mensonge qu’il n’était pas prêt à proférer. C’était une raison. Ce n’était pas la seule.

L’inaction lui pesait profondément, surtout depuis sa blessure lors du raid fer-né. Devoir attendre des jours et des jours que son épaule soit remise avait été un supplice, aggravé par le ressentiment d’avoir été blessé, la sensation d’avoir failli, ainsi que par les soucis personnels qui l’accablaient. Il avait conscience que Barristan devait manœuvrer pour étendre l’influence de la famille et savait qu’il serait une parfaite monnaie d’échange … Au moment même où son monde disparaissait peu à peu au gré des alliances, et où il se découvrait père potentiel d’un héritier de la couronne princière. Certes, il avait pris sa décision avant d’apprendre la grossesse de Deria, mais ne s’était jamais autant félicité de son choix que depuis ce jour fatal, la veille très exactement, où il avait appris cette vérité. Depuis, l’angoisse le tenaillait, plus qu’il n’aurait dû, autant pour la mère que pour l’enfant, et si leur amitié y était pour bonne part, il n’était pas obtus au point de se fourvoyer sur les ressorts peu avouables de cette inquiétude si particulière. S’éloigner devenait urgent, leur dernier dérapage en témoignait douloureusement. En restant auprès de la Princesse, il mettait la lignée Martell en danger. Il affaiblissait sa position, jetait une ombre sur l’héritage de l’enfant … Cela ne pouvait plus durer. Il était temps qu’il grandisse, qu’il mûrisse, qu’il redevienne ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un protecteur, comme le lui avait enseigné le Prince Nymor.

Pour autant, il ne pouvait s’empêcher de penser à ce bébé qui était peut-être le sien, encore qu’à moins qu’il soit blond ou qu’il lui ressemble vraiment, impossible de le savoir … Robb n’avait jamais été père, du moins, officiellement. Il avait toujours tout fait pour éviter cela, prenant des précautions dans ses relations que bon nombre de mâles jugeaient dégradantes ou indignes d’eux. Le garçon avait au contraire considéré dès son plus jeune âge que quelques heures de plaisirs partagés ne lui donnaient pas l’autorisation d’engrosser la première fille venue. Il se doutait néanmoins, au vu du peu d’efficacité de ces méthodes, que certains enfants qui courraient à présent les bordels étaient de lui. Jamais personne n’avait eu cependant le courage de venir lui présenter un marmot. Il avait fallu que la première soit sa maîtresse de près de cinq ans et surtout sa Princesse régnante. S’il s’avérait que les dieux lui aient joué ce tour pendable alors, fait particulièrement cruel, il ne pourrait jamais élever ce premier-né, jamais se faire connaître de lui autrement que comme un familier de sa mère. Cette réalité lui pesait, quand bien même il n’était clairement pas prêt à être père … Les contradictions de l’homme étaient insondables …

Harnaché de ses cuirs, tenue légère indispensable pour le voyage à cheval sous le soleil écrasant de Dorne, il s’apprêtait à partir, presque heureux d’aller au-devant de la mort, mais ne pouvait le faire sans présenter une ultime fois ses respects à son frère, qui tenait à le voir une dernière fois. Il arriva finalement devant ses appartements, se fit annoncer, et entra, saluant le Lord des Météores d’un signe de tête légèrement rigide, puis s’assit comme Barristan l’y invitait, avant que ce dernier ne lui tende deux lettres. Robb s’en empara, les soupesant presque, avant de répondre :

« Je les leur transmettrai dès mon arrivée, ainsi que les instructions de la Princesse pour Enguerrand. »

Son expression s’adoucit quand il ajouta, cabotin :

« Je ne doute pas qu’il soit heureux d’être délivré des montagnes de parchemins qu’Enguerrand doit lui faire lire … »

Son visage se fit néanmoins plus solennel quand il ajouta :

« Je ferais en sorte qu’il ne lui arrive rien. Je sais que, si les bieffois mettent le siège sur les Météores … Je ne peux pas jurer que tout se passe bien. Mais je protégerais autant Nymor qu’Anders Martell, au péril de ma vie s’il le faut.

Je te fais la promesse de tout tenter si j’y suis contraint, le moment venu, pour te ramener ton fils. »

Robb ne jurait pas de le ramener en vie à tout prix. Il préférait simplement promettre d’essayer jusqu’à ses dernières forces. Comme il le disait souvent, mieux valait peser ses serments avec prudence. C’était ce qu’il faisait. Et Barristan ne pouvait ignorer les nuances des termes employés, ni les lui reprocher, car la guerre prenait son dû sans faire de distinction.


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MessageSujet: Re: A L'aube de la bataille [PV Robert Dayne]   Lun 7 Aoû - 10:30

Je me laissais aller à un instant de silence tandis que Robb prenait ses aises, notant la posture rigide de mon cadet. Il semblait tendu, rendu anxieux sans doute par son départ prochain et la mort qu'il foulerait du pied. Ses yeux, habituellement rieurs, ne reflétaient que trop bien l'humeur sombre qui l'habitait, instillant en moi un malaise et de nouveaux remords. Je haïssais les circonstances prosaïques qui m'obligeait à me substituer à mes devoirs vis-à-vis de mon fief et des gens qui le peuplaient. Avoir un prétexte ne m'empêchait pas de ressentir le cuisant revers de mon manquement. Sauf que contrairement au jeune homme en face de moi, je prenais soin de masquer mon ressenti, conscients du fait que ne pouvais pas me laisser aller à ce point, même en présence de ma parentèle. Aussi me fus-t-il aisé de continuer la conversation sur le même ton badin, malgré la tension qui m'habitait.

« Enguerrand ne sera que trop heureux de recevoir l'ordre formel de te laisser le commandement. Tu sais combien il déteste la guerre et ses impératifs ! »

Prenant ma coupe pour la porter, à mes lèvres, je ne pus empêcher de sourire à l'évocation de mon autre frère. Si je ne savais le dire aussi ouvertement, l'absence d'Enguerrand me pesait. J'avais l'habitude de requérir à ses conseils, son calme et sa mansuétude étant le pendant parfait de mon caractère parfois rigide et sans affect. Sans compter qu'il était le seul capable de calmer mes accès de colère d'une phrase bien sentie. Lyse le faisait mieux que quiconque, mais ce temp-là était hélas révolu... Chassant cette pensée aussi passagère que déprimante, je continuai à fixer Robb, m'imaginant sans peine les difficultés qu'Enguerrand devait éprouver à canaliser Nymor. Ce gamin était l'exact réplique de Robb à son âge, téméraire et débordant d'une énergie qui semblait ne jamais vouloir se tarir. J'espérais secrètement que ce trait de caractère s'assouplirait avec l'âge, même si tout semblait indiquer le contraire.

« J'ai voulu faire envoyer Nymor à Lanchélion tu sais, avant que la cité ne soit attaquée. Puis les Fers-nés sont venus et je me suis dit qu'il serait plus en sécurité dans les Montagnes Rouges… Je crains que ce genre de pensée navrante accompagne les hommes qui vivent en des temps si troublés. »

Voilà pourquoi je me sentais aussi impuissant, comme retenu par la chaîne invisible qu'étais ma loyauté à l'égard de la princesse Deria. Il aurait été bien plus simple pour moi de faire comme mon frère et régler mes atermoiements l'épée à la main. Sans compter que l'attitude grave et déterminé de Robb ne faisait qu'exacerber toute l'inquiétude qui me tenaillait. Il avait beau être naïf parfois, il ne se faisait pas d'illusion sur ses chances de succès, comme en attestèrent ses derniers mots. C'était bien son genre de déclarer avec ardeur sa résolution… Sans pour autant aller jusqu'à promettre ce qu'il ne pouvait garantir. J'éprouvais un sentiment de colère irrationnelle m'animer intérieurement. Parce que justement, il pouvait faillir à sa tâche. Le gamin n'était pas père, il ne pouvait donc pas comprendre la portée de ses paroles ni la maladresse qui en découlait.

« Ne tente pas mon frère. Ramène-moi mon fils et comprend que le temps des promesses est révolu. Nous ne sommes pas dans une balade pour gamin ou tu joues le rôle du noble chevalier à la rescousse de sa parentèle. Nymor est mon héritier, il doit survivre pour que notre nom prospère. Peu importe ce que ça te coûtera. »

Voilà un exemple parfait de ma tendance à me laisser aller à mon irritation face à l'attitude de Robb, cette tendance qu'il avait à croire que tout pouvait reposer sur ses seules épaules. Une partie de moi avait beau me murmurer que mon emportement n'était sans doute que le fruit de ma propre humeur délétère, que je profitais d'une phrase maladroite pour fustiger mon frère de mon incapacité à quitter Lanchélion, mes dernières paroles restèrent en suspens dans l'air, insidueuses et prêtes à déclencher l'orage.
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MessageSujet: Re: A L'aube de la bataille [PV Robert Dayne]   Mer 16 Aoû - 17:58

L’espace de quelques secondes, Robb hésita sur la teneur de sa réponse aux propos de son frère. Il pouvait encore faire le dos rond, laisser passer l’orage et se dépêcher de mettre un terme à cette conversation qui l’agaçait déjà pour partir au plus vite. Pour cela, il aurait cependant que l’Epée du Matin soit ou diplomate, ou lâche. Or il n’était ni l’un, ni l’autre, à son grand projet. Il tentait de prendre sur lui depuis plusieurs semaines, de ne pas énoncer à voix haute tout ce qu’il avait sur le cœur, sauf que l’approche de son départ le rendait prompt à envoyer balader ses bonnes résolutions et à dire sans fioritures le fond de sa pensée. Après tout, susciter l’ire de personnes qu’il avait une chance élevée de ne jamais revoir … Autant éviter un énième assaut d’hypocrisie. Après tout, il avait largement fait sauter ses digues avec Deria, alors il n’était vraiment plus à une dispute près, quand bien même il doutait d’obtenir une résolution quelconque avec Barristan. Non, il aurait pu faire un effort … un autre jour, sur un autre sujet. Manque de chance pour les murs qui n’allaient pas tarder à trembler, il n’en avait ni la force, ni même l’envie, tant les paroles entendues venaient appuyer douloureusement sur des années de ressentiments et des semaines de ruminations.

Le Dayne haïssait cette manière hautaine dont son aîné avait de lui rappeler leur différence d’âge, ainsi que de comportement, comme si, à vingt-six ans, il n’était qu’un gamin puceau ayant besoin de grandes leçons sur comment voir le monde, et à quel point ce dernier était laid. Pis, il détestait qu’on vienne lui reprocher quelque chose pour pêcher ensuite exactement au même endroit. Que Barristan accepte une fois pour toutes que ses décisions avaient des conséquences, qu’il n’était pas omnipotent, et que la guerre ne choisissait pas ses victimes … Curieux de voir à quel point la morgue du pragmatisme éhonté s’effondrait lorsqu’on était face au destin de sa propre chair, n’est-ce pas ? Sans doute qu’en d’autres temps, Robb n’aurait pas eu la cruauté de l’expliciter ainsi. Mais la réalité était ce qu’elle était, et le jeune homme refusait absolument de se voir tenu unique responsable de tout le monde et en même temps rappelé à l’ordre pour vouloir apaiser les craintes de ceux qui ne cessaient d’alourdir son fardeau en lui rabâchant les oreilles sur la valeur des uns et des autres. Eh, que devait-il faire, à la fin ? Mettre la moitié de la garde pour défendre trois personnes et satisfaire son frère, sa belle-sœur, la famille princière ? Ou bien mener cette bataille comme il devait, en général soucieux du bien-être collectif, attentif aux évidences stratégiques tout en sachant que la mort rôderait inévitablement ? A un moment, il fallait choisir : ce serait ou Dorne, ou le confort de chacun. Pour sa part, il avait déjà décidé quelle serait sa priorité. Et il était temps que le conseiller martial s’en souvienne aussi.

« Oui, le temps des promesses est révolu. C’est pour ça que je ne fais que celles que je suis en mesure de tenir.

Tu as choisi de laisser ton fils aux Météores, malgré les attaques des derniers mois. Arianne Martell elle-même en a été victime. Assume-le. Et ne tente pas de me le reprocher. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir, tout ce qui me sera possible. Je peux même l’exfiltrer de la forteresse si l’ennemi arrive avec les civils. Ce sera catastrophique pour le moral des troupes, mais soit. Alors Nymor sera seul, avec des femmes, des enfants et des vieillards, à découvert de la moindre patrouille. Mais encore une fois, je le peux, à moins que l’armée marche trop vite sur nous. »


Le jeune homme inspira avant de continuer d’une voix certes douce, mais néanmoins ferme :

« Tu m’as trop souvent répété que la guerre n’épargnait personne et n’était pas faite pour les sentiments. Soit. Appliquons donc cette maxime à nous-même, et pas uniquement à nos ennemis. Je t’ai dit la même chose qu’à Nalya pour Enguerrand, ou à la Princesse et sa sœur pour Anders Martell. Il est des choses que je ne peux pas promettre, parce que seuls les dieux décident, in fine, qui survit à une bataille ou un siège. Cela n’exempt ni de précautions, ni de mesures prudentes … Mais rien n’est sûr à cent pour cent.

Même si j’ai conscience que ce n’est ni ce que tu veux entendre, ni ce que tu désires que je te dise. A toi de voir si tu exiges de moi l’hypocrisie avant de partir. Ou de privilégier ton fils à tout le reste, y compris à un Martell, à la survie des Météores ou à Dorne. »


Autant être limpide jusqu’au bout, et encourir l’ire fraternelle jusqu’au bout, boire le calice jusqu’à la lie.

« Soyons très clairs. Je ne suis pas dans une balade de chevalier ou je ne sais quelle connerie sans nom.

Je risque de crever. Comme tous ceux aux Météores. Point à la ligne. Je pars pour ma mort, Barristan, et pas pour sauver un frère ou un neveu. Je vais essayer de tenir le plus longtemps possible ce qui verrouille l’accès de la façade ouest de Dorne aux armées à pied ennemies. Et je ne compte ni me débiner, ni fuir devant les bieffois et leurs chiens des mers d’alliés. »


Ses yeux mauves se posèrent, ardents, dans ceux de son frère :

« A toi de voir. On se quitte en s’accusant du pire, ou on essaye vaguement de se souvenir que nous sommes frères, que j’aime ton fils et que je ferais tout ce que je peux pour lui.

L’un dans l’autre, ne t’inquiète pas, ça n’entamera ni ma résolution, ni mon avenir. »


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MessageSujet: Re: A L'aube de la bataille [PV Robert Dayne]   Lun 21 Aoû - 14:40

Je ne saurais expliquer l'étendue de ma colère en cet instant. Cette rage qui m'oppressait la poitrine alors que Robb répondait d'un ton que je ne connaissais que trop. Mon regard se fit de glace alors que je le fixais, sans doute aussi écœuré par ses paroles qu'il le fut par les miennes quelques instants auparavant.

« Crois-tu, mon cher frère, que ce que tu t'apprêtes à faire va changer quelque chose ? Que les Météores tiennent ou non, notre futur s'inscrit dans la survie de Nymor et d'Anders Martell. Tu comprends cela ? Une forteresse peut être reprise, un troisième fils remplacé, mais il suffit d'une mort pour anéantir à jamais un nom et son lignage. Souhaiterais-tu sacrifier la génération appelée à prendre notre relève par commodité ? »

Cette pique- là, je la lançais sans maladresse aucune, même si une partie de moi se maudissait d'adresser un tel adieu à Robb. Je me gardais cependant de donner une instruction quelconque concernant mon fils. Le benjamin des Dayne avait au moins raison sur ce point : la présence de Nymor pourrait jouer sur le moral des soldats ayant passé la majeure partie de leurs vies à servir notre maison. Au fond, peu m'importait l'avis du jeune chevalier me faisant face, puisque j'avais déjà pris mes dispositions à ce sujet… Il n'était pas utile qu'il le sache cependant. Je préférais me taire tant que le pouvais encore, quitte à l'écouter et lui faire croire qu'il m'apprenait quelque chose sur la guerre et les tragédies qu'elle charriait.

« Tu ne m'apprends rien Robb. J'ai appris ce qu'impliquait la guerre quand j'ai retrouvé l'un de mes amis pendus à une corniche, les yeux crevés et le visage lacéré, accompagné dans son agonie par une dizaine de nos compatriotes. J'avais treize ans à l'époque, tandis que toi tu te cachais encore dans les jupons de notre mère.

Tu aurais tort de croire que mes paroles ne sont qu'une requête de ton frère ainé. Elles sont l'expression de l'ordre que te donne ton seigneur et auquel tu es tenu d'obéir. A moins que le serment que tu as juré d'honorer lorsque Aube t'est revenu ne veuille plus rien dire pour toi. »

Ce que je n'avais pas précisé, ce fut ma réaction lorsqu'il me fut possible de venger cet affront. Je me souviens encore des hurlements qu'avait poussé l'infortuné soldat du bief sur lequel j'avais laissé libre cours à ma haine. Ce hurlement animal, rauque, pitoyable, qui ne ressemblait plus de tout au son émis par un homme… Robb ne voyait en moi que son frère ainé. Il ne comprendrait sans doute jamais l'étendue de ma résolution, ni à ce que j'étais prêt à faire pour préserver ma maison et ma famille. Je me doutais que la colère parlait autant que l'alcool dans mon raisonnement, mais en cet instant précis, j'étais prêt à me faire détester de lui pour avoir gain de cause. J'avais déjà fait bien pire.

Je me levais pour remplir ma coupe à présent vide autant que pour arpenter la pièce comme un lion en cage. Une cage luxueuse, vaste, digne du Seigneur des Météores, mais une cage tout de même. J'ignorais si Robb se rendait compte à quel point il me coûtait de ne pouvoir me rendre sur place moi-même.

« Je sais que tu es résolu. Je ne doute nullement de cela, ni de ta capacité à mener les hommes au combat. Tu feras honneur au nom que tu portes, à n'en pas douter »

C'était le mieux que je pouvais faire à cet instant. Lorsqu'il s'agissait de Robb, j'avais grand mal à prendre sur moi pour apaiser la situation.

« Et si je puis me permettre de te donner un conseil, c'est de ne pas te présenter devant tes hommes avec cet air funeste sur le visage. »

Je rapprochais du jeune homme et posait le pichet près de sa coupe, avant de me rasseoir avec raideur sur ma chaise, encore furieux par notre conversation. Je me devais pour autant d'essayer d'accéder à sa demande. Il se pouvait que cette putain de conversation avec mon frère soit la dernière que nous ayons l'occasion d'échanger. Autant essayer de mettre de côté nos querelles, non ? J'avais toujours fait montre d'une grande dureté à son endroit, jugeant que l'éducation qu'il avait reçue n'était pas conforme à ce qu'on pouvait attendre d'un noble. Pourtant, il allait là ou ses talents seraient exploités de la meilleure des manières. Avec une épée à la main, je n'avais pas encore rencontré de guerrier aussi doué que Robb. Cela ne suffirait pas à stopper l'écrasante supériorité numérique de nos ennemis bien sûr , mais les hommes des Météores seraient fiers de servir sous ses ordres, je n'en doutais pas. Peut-être cela suffirait-il pour nous faire gagner un répit dont nous avions désespérément besoin dans les montagnes Rouges.
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MessageSujet: Re: A L'aube de la bataille [PV Robert Dayne]   Dim 24 Sep - 18:03

« Dis-moi, ô puissant guerrier si sage, ô mon frère si vénérablement doué et expérimenté, est-ce ainsi que tu motives tes troupes ordinairement ? En leur annonçant que leur vie n’a aucune valeur et en leur reprochant de ne pas avoir pris les armes à quatre ans ? Diantre, que voilà mes torts ! J’aurais en effet dû, je le confesse, m’armer de quelque jouet en bois et chevaucher fièrement avec nos troupes en bavotant joyeusement à l’époque.

Mais voilà qui m’éclaire agréablement sur ta pensée. Soit. Même si, venant de celui à qui on a sacrifié une sœur, qui a toujours obtenu l’attention d’un père, cela sonne tout à fait ironiquement. Te souviens-tu encore que, tandis que tu découvrais la guerre, j’étais otage à Lancehélion, ou bien ce détail t’a échappé ? Les jupons de mère, je ne les ai jamais connus, et tu le sais parfaitement. Moins que toi, sûrement. »


Robb avait éclaté d’un rire mauvais, presque mécanique, soufflé par la muflerie de son frère aîné, et incapable de se contrôler. Il avait espéré … Plus. Oui, un brin de sentiment fraternel pour une fois, et pas cette avalanche sans cesse renouvelée de reproches qui n’avait pas lieu d’être, et qu’il avait assez d’entendre, surtout à son âge. Manifestement, les batailles contre le Bief ou l’assaut de Lancehélion n’avaient aucune valeur aux yeux de Barristan, qui persistaient à tout voir sous le prisme de sa jeunesse combattante.

« Et si tu n’étais pas mon frère, pour avoir remis en cause mon serment d’Epée du Matin, je t’aurais jeté mon gant au visage. Tu insultes mon honneur, alors que ces dernières années, je n’ai fait que défendre notre famille et notre Principauté, contre le Bief et contre les fer-nés, ici-même il y a quelques semaines. Dois-je te montrer la cicatrice sur mon épaule pour te le rappeler ? Dois-je te démontrer que je n’ai jamais failli à mes engagements, y compris en mettant ma vie en jeu ?

Je n’ai fait qu’énoncer une évidence, et tu le sais parfaitement. Ne reporte pas sur moi tes propres craintes. Ou bien restons-en là, et quittons-nous immédiatement, avant de proférer des paroles que nous regretterions définitivement. »


Rarement Robb avait arboré une mine si pleine d’une rage contenue. Oser remettre en cause le fait qu’il portait Aube souillait son honneur de chevalier, et à vrai dire, s’il ne quittait pas Lancehélion, il aurait été probable que, frère ou pas, il aurait provoqué Barristan en duel sous le coup de la colère. Le Dayne pouvait supporter beaucoup, et n’était ordinairement que peu regardant sur les insultes, laissant souvent couler par soucis d’éviter des confrontations inutiles, du moins entre nobles. Mais son caractère bouillonnant ne pardonnait pas qu’à la veille de son départ, son propre sang puisse remettre en cause l’engagement de toute son existence. Inutile donc de préciser que le revirement de son aîné le laissa pantois momentanément, la fureur ne se dissipant qu’à grand peine. Ce fut donc avec une raideur similaire à celle du conseiller de la Princesse que le benjamin grinça :

« Merci. »

Avant d’ajouter, presque étonné :

« Je crois que c’est le premier compliment que je t’entends me faire. »

Puis il haussa les épaules, avant de claironner :

« N’aie crainte. Je sais encore motiver les troupes. J’ai appris à bonne école. Et de toute manière, puisque tout le monde considère ordinairement que tout me passe au-dessus de la tête et que je ne suis qu’une tête brûlée, je n’aurais aucun mal à paraître naturel. C’est un talent chez moi. »

Un instant, il hésita à se lever, et à prendre congé. Ses tempes lui battaient encore, ses oreilles bourdonnaient toujours sous le coup de la hargne ressentie, et pourtant, une partie de lui cherchait confusément des mots qui ne venaient pas encore.

« Quand je serais loin, avec Anders … Protège la Princesse. Des autres … et d’elle-même. Elle s’en voudra de mettre ses frères en danger. Et … elle n’en a pas besoin, en ce moment. »

Il n’ajouta rien d’autre. Ce n’était pas à lui d’en dire plus. Du moins sur ce sujet.

« Et … Si je survis … Il faudra que nous changions. Sinon nous allons détruire notre famille. Nous avons chacun notre place au sein des Dayne, et de Dorne. Nos vieilles rancœurs ne devraient pas être un frein à cela. »


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MessageSujet: Re: A L'aube de la bataille [PV Robert Dayne]   Ven 20 Oct - 20:48

J'avais bu bien trop de vin ce soir, sans que cela ne me gène assez pour me resservir obstinément. Je le sentais alors que je portais mon regard furieux sur Robb, ne parvenant pas à calmer cette colère qui m'agitait, refusant de céder à mon jeune frère cette considération imbécile qu'il semblait rechercher depuis sa prime jeunesse. Devais-je m'épancher en louange parce qu'il remplissait ses devoirs et obligations ? Oublier ses écarts de conduite et sa tendance naïve à refuser conseil et recommandation lorsqu'elles sortaient de ma bouche ? Nous n'étions pas armés, fort heureusement... la violence des propos échangés, le vin et les ressentiments n'arrangeaient rien , corrompait cette relation balbutiante, instable.

« Tu étais otages, certes. Je ne nie ni tes souffrances ni tes manques, par les sept enfers ! Pourrais-tu songer qu'il en va de même pour d'autres que toi ? Nous devons tous remplir nos devoirs envers notre maison et notre patrie, quoi que cela nous coûte. Sans cela, ce serait moi qui irait défendre nos terres, non mon plus jeune frère. Sans cela, Rowenna serait Dame des Météores, et non reine douairière de l'Orage. »

à ces mots, j'envoyais voler ma coupe, qui rebondit avec fracas sur le mur en face de moi, éclaboussant mur et meuble de vin. Je m'étais incliné devant la princesse et sa volonté de me garder à ses côtés, mais cela ne signifiait pas que je goûtais à cela pour autant.

« Je ferai l'impasse sur tes provocations imbéciles, par égard pour notre parentèle et tout ce que tu représentes à mes yeux. Mais menace moi une nouvelle fois mon frère et je te fais le serment que le sang coulera. J'insulte ton honneur ? Tu t'insultes tout seul à menacer le seigneur auquel tu as juré ton épée ! Si tu veux quitter ton frère en bon terme, évites d'agiter ton gant sous son nez.»

Je n'aurais jamais cru le jeune homme capable de tels propos, mais pourtant nous en étions là. Les mots étaient cependant porteurs de ressentiments qu'il était bien difficile d'oublier par la suite... Nous restions donc là, en silence, furieux tous les deux et suspendus à l'instant. Je me gardais bien de citer notre oncle et notre père, conscient que je ne provoquerais que d'avantage la rage de mon benjamin. J'avais toujours eu grand mal à le comprendre, à accepter son attitude cavalière et libertine, mais je ne voulais point creuser ce fossé qui nous séparaient. Pas plus que je ne l'avais déjà fait. Il fallait cependant qu'il comprenne.

« Ce n'était pourtant qu'un constat Robb. Cesse de rechercher mon approbation ou mon estime. Si j'avais ce regard sur toi dont tu m'accuses, je ne t'enverrai pas, quoi que l'on puisse m'ordonner. Nous sommes différents, mais le même sang coule dans nos veines.»

C'était une manière de le complimenter sans doute, même s'il était clair que je n'excellais pas ce domaine.

« Si tu veux que les gens portent un autre regard sur toi, il te faut jeter ce masque de légèreté derrière lequel tu te caches et montrer ce qui se trouve derrière. Que tu endosses définitivement ce rôle dont on t'as investi. »

Ce n'était ni une boutade ni un reproche, juste un constat que j'estimais impartiale, même si l'alcool rendait mon discours abrupte. Tuer l'enfant qui demeurait en lui, prendre femme et endosser définitivement ce costume d'épée du matin, voilà tout ce que j'attendais de lui. Peut-être fallait-il que je me contente de ce que Robb était capable d'apporter, mais j'avais toujours cru qu'il pouvait mieux faire dans ce domaine. Je suis aussi sévère et critique à son sujet que père l'était au mien, pensais-je soudainement. Un constat inconfortable, tant j'avais souffert de cela étant enfant. Pour autant, j'estimais aussi que c'était grâce à cela que j'étais devenu l'homme qui faisait face à mon frère en cet instant. Je me devais de lui apporter mon expérience.

« Je ferai tout ce qui est mon pouvoir pour préserver la princesse, tu as ma parole. »

Je n'éprouvais sans doute pas l'affection débordante de Robb à l'endroit de notre princesse, mais j'aimais pourtant cette jeune femme à ma manière. Assez pour veiller sur elle tout en m'opposant à ses avis lorsque c'était nécessaire. Je ne pouvais cependant la protéger des vicissitudes du pouvoir et de l'ampleur de la crise que nous traversions. Face à cela, elle demeurait seule, que sa famille soit à ses côtés où non. Sa plaisanterie eut au moins l'avantage de me dérider quelque peu et d'esquisser un léger sourire.

« Puisse les dieux t'enseigner à éviter les courses à cheval dans les rues étroites d'une cité dans ce cas ! Il y a d'autres manières de motiver les troupes.»

Piètre plaisanterie, je l'admets, mais j'essayais un brin maladroitement de chasser le malaise qui semblait encore flotter dans les airs.

« Nous agirons de concert, pour notre maison et notre héritage. Il est peut-être encore temps d'apprendre à se comprendre. Reviens et nous ferons différemment. Je te dois bien cela. »

J'allais me munir d'une nouvelle coupe pour me resservir, invitant Robb à faire de même. Le vin coulerait à flot ce soir, pour cette dernière soirée.
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MessageSujet: Re: A L'aube de la bataille [PV Robert Dayne]   Sam 11 Nov - 22:57

« Je ne risque pas de les oublier, mon frère. Tu me renvoies à la face toutes tes souffrances guerrières depuis que je suis né. Tu ne cesses de me reprocher de n’avoir été finalement pas né suffisamment tôt pour les avoir connus au même moment. Je ne nie pas leur existence. Je ne l’ai jamais fait. Contrairement à toi, qui persiste à me voir comme un enfant qui ne comprend pas les enjeux des combats, parce que tu n’arrives pas à passer outre ce que tu as vécu, et qui considère que l’expérience des autres est nulle et non avenue.

J’ai tué aussi. Eté blessé. Perdu des frères. Saigné. Je pourrais te reprocher de ne pas avoir pris les armes, à Lancehélion, il y a quelques semaines. Je ne l’ai pas fait. Toi en revanche, tu ne t’es jamais privé de me rappeler que je n’avais pas connu le conflit contre l’Orage.

Regarde-toi dans une glace, Barristan, avant d’accuser les autres de tes propres fautes. »


Quelle était le pire, dans cette diatribe venimeuse ? Son contenu, plein de rancœur accumulée, son ironie cruelle, ou bien le ton parfaitement détaché, atrocement sincère, sur laquelle elle avait été débitée dans le plus grand des calmes par l’enfant terrible de la maison Dayne ? Lui-même n’aurait su précisément le dire. Sa seule certitude était que cracher enfin tout ce qu’il avait sur le cœur lui faisait un bien fou, de même que la satisfaction perverse d’avoir touché au cœur, car il savait pertinemment qu’à cet argument, son aîné ne pourrait rien opposer. De mémoire d’homme, jamais Robb n’avait diminué la bravoure de son frère, ou ses exploits guerriers. Il avait critiqué sa sauvagerie, son manque d’honneur, parfois sa gestion, il l’avait affronté sur bien des sujets … Mais pas de celui-ci. Et il n’en pouvait plus d’entendre encore et encore la même rengaine, rehaussée cette fois-ci par la mauvaise foi la plus crasse. En vérité ? A cet instant, Barristan l’insupportait, lui et son arrogance. La tentation était grande de saisir son épée et de commettre un fratricide salvateur. Comment avaient-ils pu en arriver là, alors qu’au départ, précisément, le jeune homme n’avait voulu que saluer une dernière fois avant son départ ? Que promettre de veiller sur son neveu ? Pourquoi ne parvenaient-ils donc pas à s’écouter, ces deux hommes debout, fulminant, alors que le vin s’égouttait lentement contre le mur et le sol, moirant la pièce d’une teinte sanglante et l’empuantissant d’une odeur doucereuse et saumâtre, celle de leur amertume et de leur rancune aveugles. Ils n’étaient que deux coyotes des montagnes prêts à se prendre à la gorge, à se déchirer, parce qu’ils avaient toujours été incapables d’être une meute digne de ce nom. Le sang battait à ses tempes, sourdes, douloureuses et il serrait ses phalanges à en crever, tentant désespérément de retenir la bile qu’il menaçait de vomir sur son vis-à-vis qui l’ulcérait. Y avait-il une personne au monde capable de le faire sortir à ce point de ses gonds ? Très sincèrement, l’Epée du Matin n’en était pas sûr. La réplique de son frère aurait pu l’énerver encore plus. Il n’en fut rien. Elle le calma, mais pas pour les bonnes raisons. Un rictus mauvais s’épanouit sur son visage marbré par les rougeurs de sa hargne, chancre infect qui lui donnait un air de joie sordide, tant son mépris, à cet instant, était grand.

« Si tu désires que le sang coule, il coulera. Les Sept savent que ce ne sera pas le mien. J’ai juré ma foi à un Lord, pas à un homme qui, à force de peur, ne sait plus faire la différence entre ses ennemis et son propre frère, qui est incapable de raisonner convenablement, parce qu’il crève d’angoisse pour son fils, et qu’il se maudit de ses propres serments de loyauté qui le contraignent. »

Il ne relèverait même pas le reste de ses insultes, tant son dédain était évident, de même qu’une forme de pitié. Il pouvait comprendre que Barristan soit inquiet pour son enfant, surtout depuis que lui-même … Bref. Ce qu’il ne supportait pas, c’était cette avalanche de reproches, cette montagne d’ordres pusillanimes qu’il recevait, comme s’il devait tout à ce frère qui, pire que tout, n’était rien d’autre à ses yeux que le porteur du même blason. L’horreur de cette pensée le fit sursauter, alors qu’il se demandait si cela était bel et bien sa certitude profonde, ou bien le résultat de la colère. Il n’aurait pas su le dire. Et ce constat, plus que tout autre, l’attrista au-delà du possible. Sa propre famille lui était étrangère. Il n’avait jamais, finalement, cessé d’être le pupille des Martell, et parce qu’aucun ne le questionnait de la sorte, il avait fini par les considérer comme sa réelle parentèle. Que dire ? Rien. Il n’avait strictement rien à rajouter, hormis contempler les restes fumants de ces liens du sang qui lui importaient si peu. Il était un Dayne. Il en portait l’épée ancestrale. Mais Robb, pour son malheur, avait toujours préféré le Soleil à l’Aube, et n’arrivait plus à comprendre les Etoiles, étranger en sa propre constellation de sentiments confus. Peut-être était-il là, son plus grand tort, et la malédiction de tous les pupilles trop heureux dans leur maison d’accueil : de n’avoir jamais été assez Dayne, et par trop Martell. Il était trop Nymor, et pas assez Bertran. Sa loyauté allait trop à Deria, et pas assez à Barristan. Il était dornien, avant d’être un montagnard. Et cela était sa plus grande faute.

« Je ne cherche pas ton estime. C’est auprès d’autres, que je me suis fait Ne le prends pas comme une insulte. C’est simplement que j’ai grandi ailleurs, et qu’on ne m’a jamais mesuré à toi là-bas. Puis je suis rentré, et j’ai su que nous ne nous comprendrions pas, parce que nous nous ressemblions trop, et en même temps pas assez.

Oui … Cela fait bien longtemps que je n’attends plus ce que tu ne sais pas me dire. Pour le coup … Je ne te le reproche pas. Le fait est que je ne le sais pas non plus. »


Ils n’avaient jamais su se parler. Comment alors, parvenir à se comprendre ? A s’aimer, et non seulement à se respecter, à regarder l’autre comme autre chose qu’une créature née de la même mère, par un coup du sort indifférent ? Comment expliquer ce qu’il était à quelqu’un qu’il ne connaissait pas et qui, pourtant était son frère, malgré tout ?

« T’es-tu déjà demandé pourquoi étais-je ainsi ? Juste une fois ? Je suis ce qu’on a fait de moi, pour ne jamais menacer ta position. A un frère la poésie et la douceur qui rend inapte au commandement, à l’autre la légèreté qui empêche de rêver au pouvoir.

J’ai été élevé pour n’être rien, hormis un bon soldat. Si Père avait vécu, sans doute qu’il m’aurait nommé maître d’armes, et Enguerrand intendant. Si j’étais ambitieux, je serais une menace. Alors j’ai décidé de ne pas l’être. Et là-dessus, j’ai réussi au-delà de toute espérance. »


Il lui offrit un sourire douloureux :

« Il n’y a pas de place pour ce que tu voudrais que je sois en plus de toi aux Météores, Barristan. Sinon, l’ombre de l’Epée du Matin t’écrasera, comme Grand-Oncle Robert a trop écrasé Père et Grand-Père. Et je ne le désire pas. »

Mieux valait qu’il soit ce sot qu’on respectait pour ses faits d’armes, et non pour autre chose. Il était un idiot utile, et en avait pris son parti. Un amuseur, un séducteur, mais jamais un seigneur, un stratège, un politicien, un vertueux, car alors il deviendrait ce Dayne trop respecté pour ne pas embarrasser un Lord qui n’avait pas ceint Aube. Il serait cette charge, ce poids à écouter, à qui on viendrait demander conseil, que les petites gens voudraient rencontrer … Non, tout était mieux ainsi. Barristan ne le supporterait pas … Et Robb ne pouvait le lui en vouloir.

« Je n’allais tout de même pas laisser tout le privilège de la hardiesse stupide au Baratheon. En la matière, nous autres dorniens avons une réputation à tenir. »

L’atmosphère se calmait, un peu. Lentement, elle se déridait, ou du moins, cessait de les étouffer lentement par sa noirceur hargneuse. Doucement, Robb se rassit sur sa chaise et pour une fois, adressa un sourire sincère à son frère, en soufflant :

« Alors, je reviendrais. Avec Nymor.»

Puis, il ajouta :

« Essayons de nous comprendre … Pose-moi une question, et j’y répondrais, puis je ferais de même. Interdiction de mentir. »

Il prit une coupe de vin, la leva en l’air comme pour trinquer, et la but.


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MessageSujet: Re: A L'aube de la bataille [PV Robert Dayne]   Ven 1 Déc - 12:14

La tempête qui agitait mon crâne grondait alors que mon jeune frère s'essayait à de nouvelles paroles venimeuses, mélange de colère et de mépris qui s'abattaient sur moi avec la précision d'une flèche frappant le milieu d'une cible. J'avais bu, pas encore assez pour engourdir mes sens, mais pourtant bien trop pour calmer l'ire sauvage qui s'emparait de moi, m'empêchant de réfléchir convenablement, ne laissant place qu'à une envie irrépressible de saisir mon poignard et de le lancer dans la gorge offerte de mon frère. L'horreur de cette pensée me frappa, me laissant un instant silencieux, comme incapable de répondre aux provocations du jeune homme. Je chassais la main impudente qui s'était glissée jusqu'à presque toucher la garde en ivoire de la lame que je portais, respirant comme si l'air manquait dans cette pièce,. Lorsque que j'estimais avoir un tant soit peu retrouvé le contrôle de mes émotions, je fixais le regard hostile de mon benjamin avec la morgue du bretteur qui jauge sa cible.

« Les Sept ont un sens de l'humour déplorable Robb, méfie toi de ce qu'ils savent. Je n'ai rien à ajouter. Si tu veux que le sang coule, sors ton épée et nous verrons bien qui est la plus fine lame de nous deux. »

Croyait-il qu'une joute suffisait à prouver sa supériorité ? Avait-il d'ailleurs déjà eut l'occasion de m'observer, une lame à la main ? Je me connaissais assez pour ne pas avoir peur du défi que représentait la perspective de me mesurer à l'Épée du Matin. Était-ce pour autant cela que je voulais ? Piètre façon de remercier le frère qui s'en allait combattre à ma place, à ma grande honte. C'était sans doute pour cela que les diatribes délétères de Robb me touchait autant : parce qu'elle recelait une vérité à laquelle je ne pouvais pas échapper.Mon fils et mon frère cadet courraient un danger mortel, tandis que je restais coincé à la capitale, incapable de refuser un ordre de ma souveraine, ne pouvant que dépêcher le benjamin de la famille pour remplir le rôle que mon honneur et mon statut m'obligeaient pourtant à endosser.

« Je sais cela, Robb... Enguerrand et moi avons grandis ensemble, entourés de notre famille et de notre héritage. Les décisions de notre père firent que ce ne fut pas ton cas et je me rends compte maintenant du fardeau cela a dû représenter à tes yeux. Mais tu demeures un Dayne, mon frère, pour ce qui semble être ton plus grand malheur.

Soit, ne nous opposons pas alors. Essayons de laisser de côté un instant tout ce qui nous sépare, un bref instant. Avant que l'Aube ne soit rouge... »


J'étais encore blessé par les paroles de Robb, mais la sincérité de son propos était parvenu à désamorcer la rage que j'avais ressentie à son encontre. J'y décelais toute la souffrance d'un petit garçon rejeté par son propre sang, qui ne s'était pas fait prié pour combler dans sa famille d'accueil les manques affectifs que son départ précipité avait provoqué. Le gamin était un homme fait à présent, mais pourtant la faille demeurait, béante pour qui savait la voir, invisible pour celui qui n'y prêtait pas attention.Il avait encore une fois raison en somme : Nous étions presque des étrangers l'un pour l'autre, n'avions jamais cherchés à nous comprendre, encore moins à nous accepter comme les piliers d'une même maison. J'étais l'étoile naissante annonçant l'aube, lui était le soleil ardent du midi. Semblables, mais pourtant tellement différents. Quelle famille déplorable nous faisons, si Enguerrand n'est pas là pour arrondir les angles, pensais-je amèrement.

« Tu te trompes sur toute la ligne mon frère, tout en ayant raison... Nous fûmes élevés pour remplir le rôle que père nous réservait, certes. Nous sommes ce que nous sommes, mais nous demeurons tous un rouage essentiel à la prospérité de la maison Dayne. Oncle Robert était bien plus que l'Épée du Matin. Il était aussi le bras armé de père, l'incarnation du pouvoir et de l'autorité du Seigneur des Météores. Sa propre renommée à rejaillit sur notre maison tout entière, renforçant au passage son influence et sa position. Tu peux me croire, ne point porter Aube ne m'a jamais tourmenté, tout comme ce fut le cas pour notre père. Lord Bertran se moquait bien de sa propre renommé, tant que celle de son frère ne contrariait pas ses ambitions propres, ce qui ne fut jamais le cas.

De la même manière, ce frère poète et inapte au commandement n'est autre que mon conseiller, dans lequel je place une confiance qui confine parfois l'aveuglement. Il sait me tempérer lorsque mes décisions sont trop... sévères ou injustes. C'est un diplomate redoutable et un esprit acéré. Son travail à mon service semble invisible de l'extérieur et pourtant il est essentiel. »

Voilà la genèse de ma vision familiale. Je ne voulais pas diminuer Robb ni le brider, mais bel et bien qu'il demeure à mes côtés, remplissant à mon égard le rôle que feu notre oncle accomplissait au service de notre père. De plus, si j'étais un homme d'arme, je crois qu'une partie égoïste de moi avait reculé devant le fardeau qu'aurait représenté Aube. Comme pour rejeter cette part d'ombre qui était née de mes expériences tourmentées et de ma jeunesse guerrière. Comme pour bâtir et non détruire. Je lui offris un sourire un peu crispé lorsqu'il le laissa aller à une petite pique à l'égard de notre futur prince, sans aller jusqu'à le reprendre. Au fond, j'éprouvais les mêmes doutes que lui à ce sujet... Quoi que depuis l'attaque, Baratheon avait gagné un certain crédit à mes yeux. Il avait rempli son devoir en protégeant Lancehélion après tout. Si je n'appréciais guère la perspective de voir un bâtard étranger devenir le prince consort de ma souveraine, je n'oubliais pas autant son geste et son courage.

« C'est le privilège d'être un Dayne, Robb. Nous avons tété la hardiesse au sein de notre mère ! Quoi que nous fassions, c'est elle qui guide nos pas. Rajoute à cela nos yeux améthyste et tu comprendras pourquoi il est important de laisser les autres briller un tant soit peu en notre présence. Sans cela, on ne verrait que nous ! »

Je restais silencieux à l'évocation de mon fils, rattrapé insidieusement par la réalité. Si je ne pouvais guère me rendre sur place moi-même, nul autre que Robb ne pouvait me remplacer. Je devais me raccrocher à cela et lui faire confiance, en luttant contre le doute qui me rongeait. Je vidais le reste du contenu de la carafe qui trônait sur le bureau dans mon gobelet avant d'aller en chercher une autre, posée sur la table non loin.

« Un jeu dangereux, voilà comment j'appel ta proposition. Mais soit, je ne mentirais pas... »

Je me tus un instant, réfléchissant à la question. L'alcool avait tendance à me rendre direct, un peu trop d'ailleurs.

« N'as-tu jamais conçu un bâtard lors de tes aventures nocturnes, avec l'une de tes maîtresses ? »

Aurais-je posé la question sobre ? Je ne pense pas, pour être franc. Je guettais sa réaction pourtant, rivant mon regard dans le sien.
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