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Et l’absence de ceux qu’on aime, quelque peu qu’elle dure, a toujours trop duré... | Alysanne
MessageSujet: Et l’absence de ceux qu’on aime, quelque peu qu’elle dure, a toujours trop duré... | Alysanne   Mer 28 Juin - 9:18

Le regard rivé sur les cartes que je regarde sans vraiment les voir, j’essaie de me concentrer sans grand succès. Je sursaute au moindre bruit, grimaçant alors que la douleur, qui se fait de plus en plus diffuse, se rappelle tout de même à moi au pire des moments. Et je guette le moindre pas qui arriverait en direction de cette petite pièce qui m’a dans un premier servi de cellule et dans laquelle je finis par me rendre régulièrement, pour réfléchir à mon aise, loin des regards des nordiens ou de mes propres hommes. Dire que j’ai été soulagé de voir mon épouse et ma fille indemnes est un doux euphémisme. Cela ne compense pourtant en rien cette culpabilité de voir ce qu’elles ont risqué uniquement à cause de décisions que j’ai prises sans même leur demander leur avis mais, pour autant, je ne regrette pas les choix que j’ai pu faire. Quand bien même le regard que m’a jeté Alysanne lors de nos brèves retrouvailles a largement parlé pour elle. Nous n’avons pas encore eu le temps de parler à dire vrai. Je ne sais pas si c’est parce qu’une part de moi a esquivé le tête-à-tête inéluctable depuis hier ou si c’est elle. C’est probablement la première option, j’en ai parfaitement conscience, d’autant plus depuis que je sais qu’elle s’est entretenue avec Torrhen. Elle doit donc être au courant de tout, au moins dans les grandes lignes et doit être passablement furieuse. Je ne peux guère lui en tenir rigueur, surtout après tout ce que nous avons pu vivre. Mais cela ne me donne pour autant pas envie de l’affronter, surtout après avoir déjà discuté avec Eléanor.

Je finis par repousser les cartes avec un profond soupir et par me lever pour me rincer le visage avec un peu d’eau. Je reste sans bouger de longues minutes, les poings serrés de part et d’autre du baquet d’eau alors que j’essaie sans grand succès de remettre mes idées en place. Et j’entends la porte s’ouvrir derrière moi, puis se refermer non sans être accompagné d’un froufrou de tissus tellement familier que j’en ai le cœur serré. Je reste immobile quelques instants supplémentaires avant de finir par me retourner, mon regard accrochant sur chaque détail qui me confirme que mon épouse va bien, qu’elle est en un seul morceau. Le reste, au fond, n’a que peu d’importance, quand bien même les paroles de mon nouvel Empereur continuent de résonner dans mon esprit, surtout depuis cette attaque. Et j’avoue, je n’ai qu’une envie, c’est de me précipiter vers elle pour la serrer dans mes bras. Mais je suis freiné par cette pensée que, pour la première fois en seize ans de mariage, elle va me repousser. Alors je me contente de la fixer, comme le jouvenceau que je ne suis plus depuis longtemps déjà et de souffler, d’une voix que j’aurais aimée rendre plus assurée. "Je sais que tu m’en veux, que ta colère est plus que légitime et qu’il y a beaucoup de choses dont nous devons parler." Tout comme je sais que je vais probablement avoir droit à la pire scène depuis que nous sommes mariés. J’espère vaguement que les murs sont suffisamment épais pour que tout le château ne nous entende pas, même si ce n’est probablement pas un argument qui la fera changer d’avis. "Mais je…" Je fronce les sourcils, brusquement incapable de lui dire qu’elle m’a manqué, que je ne pensais plus jamais la revoir. Et tant d’autres choses. Je sens mes mâchoires se contracter, sans bien arriver à saisir pourquoi, sans me rendre compte que c’est uniquement à la pensée de la perdre, et je reprends, d’un ton plus posé. "Alors vas-y. Je t’écoute." Qu’on en finisse une bonne fois pour toute et qu’elle comprenne, à défaut d’accepter, pourquoi j’ai fait tout cela. Et je m’efforce d’ignorer cette voix qui me souffle d’oublier, l’espace d’un instant, ce que m’a dit Torrhen. Je ne suis pas seul, Alysanne a toujours été là et je ne pourrais pas continuer sans elle. Je me rends compte que je ne sais pas ce que je ferais si elle est fermement opposée à tout ce que j’ai décidé de faire, si elle est contre moi, contre ces idées qu’elle devinait probablement déjà chez moi et qui ont fini par germer, probablement au pire des moments.


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MessageSujet: Re: Et l’absence de ceux qu’on aime, quelque peu qu’elle dure, a toujours trop duré... | Alysanne   Dim 16 Juil - 19:10

Il est temps. Temps de la fameuse confrontation avec Lyham. Temps de mettre tout à plat pour repartir sur des bonnes bases. Bases, je ne sais pas vraiment. Je respire un instant avant de pousser la porte. Notre entrevue d'hier n'a pas été des plus cordiales, je sais qu'il a vu Eleanor, je n'ai pas voulu discuter avec elle de ce dont il avait pu échanger. Je voulais laisser leur retrouvailles entre père et fille. Je sais qu'Eleanor a toujours porté dans son cœur son père, je ne veux pas qu'une dispute puisse interrompre cette relation. Je respire, je soupire, une première je pose la main sur la poignet et je reprends cinq minutes d'hésitations. Je veux le prendre dans mes bras, le serrer, le sentir vivant, mais en même temps mes sentiments sont assez contraires. Je pousse finalement cette porte. Je porte toujours cette robe bleue marine qui pèse une tonne sur mes épaules. Comme le simple fait d'avoir eu l'impression de perdre mon père et mon mari dans la même bataille. Peut-il se rendre compte de l'importance. De l'importance qu'il a dans mon cœur, et dans ma vie. Peut-il se rendre compte qu'il a failli nous tuer avec ses décisions.

Il commença à parler, je sentis une tentative pour commencer à s'excuser mais au final il me laissa déverser ma colère. « Je... » commençai-je. Son regard, sa situation. Je le vois qu'il a souffert, je n'en doute pas une seule seconde, mais tout de même, je ne peux pas. Je dois remettre les choses au clair. Je reste en retrait. À l'opposé, je ne m'approche de peur de flancher. Plusieurs mois que je ne l'ai pas vu, depuis qu'il est parti en guerre, depuis qu'il m'a dit qu'il était possible qu'il ne rentre pas. Je savais que cette bataille serait différente.

« J'ai cru que tu étais mort. J'ai cru que je t'avais perdu. J'ai cru que je perdais les deux hommes sur trois qui tenaient dans mon cœur. Tu te rends compte de ce que tu m'as fait vivre pendant plusieurs semaines. Sans nouvelles. J'ai juste la nouvelle de la mort de mon père il y a peut-être trois semaines de cela. Je ne sais plus. Et puis je reçois une simple lettre. Où tu m'as demandé de venir avec Eleanor. »

Je reprends, mon souffle, tente de comprendre un peu ce que je viens de dire et de digérer. Non, je n'ai pas crié mais les tremblements dans ma voix font rapidement comprendre aussi ma colère et mon inquiétude.

« Et après, on prend la route comme tu nous le demandes avec Eleanor, on se fait attaquer parce que soi disant on serait des traitres. On manque de perdre notre vie, brûlée vivantes ! VIVANTES ! BRULEES ! TA FILLE, ELEANOR ! J'arrive ici, pas un mot, pas une explication. L'Empereur m'apprend ta nouvelle alliance. Avec lui. Je deviens Reine, sans le savoir. Comme ça, cadeau. »

L'énervement commençait légèrement à monter.

« Mais par tous les Dieux, tu n'as pas pensé une seule fois, à te dire les implications que cela pouvait engendrer à Vivesaigues. Bran et Charissa y sont toujours ! »


Je faisais les cent pas, sans m'approcher de lui, proche à m'arracher les cheveux. Je m'inquiétais plus pour mes enfants, que pour Vivesaigues en soit, quoique un peu quand même.

« Maintenant tu as maximum trois minutes pour m'expliquer ce qui se passe. Et pas ce que m'a sorti l'Empereur, de toi. Les conséquences réelles. »


Au fond, je m'en doutais qu'il saurait que j'étais toujours derrière lui, mais j'avais besoin de savoir comment ça allait se passer et les conséquences que nous étions en train d'engendrer.
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MessageSujet: Re: Et l’absence de ceux qu’on aime, quelque peu qu’elle dure, a toujours trop duré... | Alysanne   Mar 18 Juil - 10:26

Pas un instant je n’ai regretté les décisions que j’ai pu prendre ces derniers jours. J’ai pesé le pour et le contre à chaque reprise, j’ai essayé de réfléchir aux conséquences, non pas pour moi, plus le temps passe et plus je me dis que je ne serais pas là pour voir la suite des évènements, mais pour les miens. Et cela n’a fait que raffermir un peu plus ma certitude d’avoir fait le bon choix. Ma discussion avec Eléanor n’a pas été simple, mais au moins ai-je le sentiment de ne pas l’avoir totalement perdue. Je ne saurais dire si elle a vraiment sais toutes les implications mais je sais qu’elle fera face et qu’elle fera honneur à notre famille, à notre nom. Et pour ça, j’éprouve une fierté sans bornes à son égard. Mais, face à Alysanne, je sens toutes ces résolutions faillir et, l’espace d’un instant, j’ai envie de tout envoyer balader, d’oublier tout ce que j’ai pu dire ou faire ces derniers jours. Pour la retrouver elle et ne penser à rien d’autre. Cela ne fonctionne pas de la sorte, bien évidemment. Alors je me prépare à affronter l’orage. Qui vient comme de bien entendu. Au début, elle arrive à garder son calme et j’essaie de graver chacun de ses propos. Avant de me figer totalement quand elle monte d’un ton. Et j’accuse le coup avant de souffler, d’un ton sec. "Tu crois que je n’ai pas pensé à tout cela ? Que je n’y pense pas à chaque instant ? Que je ne me demande pas ce qui serait arrivé si je t’avais perdue ou si nous avions perdu notre fille ? Que ça ne m’empêche pas de fermer les yeux depuis que je suis ici ? Bon sang Alysanne, tu ne crois pas que je ne pense pas à Bran ou à Charissa ? Que ne me demande pas sans cesse si mes choix ne vont pas les conduire à la mort ?"

Je frappe du plat de la main sur la table, non sans une grimace de douleur. Elle a visé juste en parlant des enfants. Comme si j’avais le moindre doute sur le fait que j’ai en face de moi la personne qui me connait le mieux. Et qui sait taper exactement là où il faut. J’inspire longuement, essayant de retrouver un semblant de calme et je souffle, à mi-voix. "Je suis désolé pour ton père. Il a fait honneur à son nom et sa présence à mes côtés était précieuse. Ses conseils me manquent." Je lève les yeux dans sa direction, hésitant une fois de plus à la serrer dans mes bras mais ce n’est clairement pas le moment. Et j’ai quand même un sourire sans joie alors que je reprends, toujours sur le même ton. "Et bien, au moins l’Empereur ne s’encombre pas de la subtilité. J’ai trois minutes donc. Bien." Après autant d’années de mariage, c’est tout ce à quoi j’ai droit. Parfait. J’essaie de ne pas m’énerver, cela ne servirait pas à grand-chose.

Difficile de savoir par où commencer, de trouver les bons mots. Mais je n’ai pas vraiment le choix et je commence, d’une voix plus morne que je ne l’aurais cru, comme si je racontais l’histoire d’un autre. "Harren nous a abandonnés. Oh, son fils m’a affirmé qu’avec les hommes que nous avions, nous aurions pu gagner. Peut-être, je n’aurais jamais la réponse. Mais il nous a dépossédés des meilleurs, de nos archers. Et face à un dragon, c’était tout simplement impossible. Tu l’as vu de tes yeux. Imagine-le en train de t’attaquer de tuer les hommes qui t’entourent, tes hommes, ceux qui ont prêté serment pour toi, ceux qui ont juré de mourir pour toi. Et tu ne peux rien y faire." Je cille, un rien perdu dans des souvenirs plus que désagréables, avant de reprendre. "Ils auraient pu tous nous tuer et continuer vers Vivesaigues. Ils auraient pris le château sans difficulté. Mais le loup et la dragonne sont venus me parler. Ils m’ont proposé de me ceindre de la couronne. De faire de moi un Roi fédéré sous leur bannière. De redorer le blason Tully. De pouvoir enfin veiller sur les miens et mes terres de la façon dont je l’entends et non sous la menace Hoare. De pouvoir enfin panser ces plaies et d’en finir avec ces décennies de guerre. En gage de confiance, il m’a proposé de choisir une femme pour son fils. Le nouveau Roi du Nord. Alors j’ai pensé à Eléanor."

Je m’appuie contre la table et je soupire longuement, guettant sa réaction à cette autre nouvelle. Evidemment qu’elle va mal le prendre, comme tout le reste. C’est comme si j’avais fait fi de mes promesses envers ma famille en un claquement de doigts. Mais comment lui dire que c’est pour eux que je fais ça ? Que pas un instant, la couronne ne m’a intéressé ? Que je me moque de tout cela ? Je n’arrive pas à trouver mes mots et, devant Alysanne, autant dire que cela me perturbe encore plus que le reste. "Les conséquences ? Elles sont simples. Si nous gagnons, je serais officiellement Roi fédéré du Conflans avec un découpage des territoires qui reste encore à définir. Si nous perdons… je gage que ma tête sera du plus bel effet sur les murs d’Harrenhal. Les choses étaient de toute façon allées bien trop loin pour que nous puissions croire un instant que tout s’arrangerait sans qu’il y ait de bain de sang. Et quitte à mourir, je préfère le faire en défendant ce à quoi je tiens vraiment, ce en quoi je crois." Et je fixe le vide, mâchoires contractées, la mine butée. Je sais pertinemment que je devrais m’excuser pour la façon dont les choses se sont produites mais, dans l’immédiat, je ne me sens pas capable.


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MessageSujet: Re: Et l’absence de ceux qu’on aime, quelque peu qu’elle dure, a toujours trop duré... | Alysanne   

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