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Au service de Sa Majesté [PV Jon]
MessageSujet: Au service de Sa Majesté [PV Jon]   Dim 28 Mai - 17:27

Seul face à un imposant arbre à quelques encablures du camp principal où l’armée achevait de sommeiller en ce matin pluvieux, Bowen se tenait agenouillé, les mains jointes devant son visage, ses lèvres bougeant doucement au milieu de son visage aussi blême qu’immobile, dévoré par une barbe qui serpentait plaisamment sur sa face hâve. Il n’avait pas trouvé le temps de se raser depuis les réjouissances pour le mariage des anciens souverains du Nord et de Peyredragon, et le rugueux duvet brun commençait à se faire sentir. Lui qui avait toujours veillé à être aussi propre que possible avait retrouvé avec peu de goût les contraintes des camps de soldat, à la différence près qu’à l’époque de sa première campagne, il n’était qu’un gamin qui n’avait guère à se soucier de pareils ennuis d’homme fait.

« O ancêtres bienveillants, dieux aimés, préservez de votre manteau protecteur les âmes des miens, guidez-les vers le repos qu’ils ont mérité pour leur vie à vous servir, pardonnez-leur les fautes qu’ils ont commises dans leur existence mortelle, et veillez sur les vies à naître et celles qui leur donneront naissance. »

Inlassablement, animé par sa piété sans faille, le Glover répétait sa longue litanie mystique, priant ardemment pour le salut de sa famille décimée, de son père tout juste parti et de sa parentèle à naître. Depuis quelques semaines, son humeur s’était faite changeante, comme si son cœur malmené ne pouvait réussir à savoir s’il était heureux ou fou de chagrin, excité ou complètement désespéré par les charges qui l’écrasaient. La colère succédait à l’ivresse, la peur à l’espoir, et, toujours sournois, les doutes l’accablaient plus que de raison tandis que ses pensées voguaient d’un sujet à l’autre, comme si nulle part il ne pouvait trouver le repos qu’il aurait tant voulu. Les seuls moments où sa conscience dévastée le laissait en paix demeuraient quand il effectuait ses devoirs militaires. Alors, comme par enchantement, ses soucis disparaissaient dans sa minutie, et son esprit implacable de logisticien ne paraissait pas vouloir offrir une once d’espace à n’importe quelle argutie mentale parasite. Autant dire qu’il passait donc un temps considérable à pied d’œuvre, trouvant dans le travail un apaisement certain à ses troubles intérieurs.

Etait-il prêt à faire face à ce qui l’attendait ? Certes, il avait été élevé toute sa vie pour être lord de sa maison, et l’état de son père avait fait que, depuis plusieurs mois, il assumait plus ou moins la charge sans le titre. Mais maintenant qu’il pouvait se parer légitimement de cette charge nobiliaire, il prenait brutalement conscience de l’ampleur de la tâche écrasante qui l’attendait. Il n’était seulement le fils héritier qui pouvait aider sans prendre réellement sa part du fardeau : désormais, le destin de son fief était entre ses mains, ce qui signifiait que de lui-même dépendrait la survie des Glover et de leurs gens. Or, il était à des lieux de Motte-la-forêt, incapable de fournir le support matériel et psychologique nécessaire après un tel traumatisme, ne pouvant se reposer que sur sa certitude que ceux qu’il avait laissé derrière lui exécuteraient fidèlement ses ordres. Il n’avait guère d’autres choix, maintenant que la dernière dépositaire de son autorité était partie poursuivre sa grossesse entre les murs protecteurs de Winterfell.

Evidemment, difficile pour lui de ne pas s’inquiéter pour cette épouse qu’il ne connaissait que trop peu, et pour l’enfant qu’elle portait en son sein. Hormis dans ses lettres à ses cousines et auprès de son frère, il n’avait guère ébruité la nouvelle, en partie pour la savourer seul, en partie car il ne savait comment annoncer cela, tout simplement. Le chagrin n’oblitérait pas totalement cette impression étrange de sa future paternité, comme s’il partageait, malgré la distance et son sexe, un peu des tracas de sa femme. Rien que pour cela, il regrettait souvent de ne pas être aux côtés de Maedalyn, conscient qu’elle lui en voudrait sans doute, même sans le dire, pour ne pas avoir partagé avec elle ces moments aussi intenses que difficiles. Il se souvenait de la grossesse de sa sœur aînée, des douleurs, de l’alitement, des frayeurs et des espoirs. En son for intérieur, il ne souhaitait rien d’autre que de prendre son cheval et de galoper à perdre haleine jusqu’au Nord pour veiller sur cette famille qui renaissait. Mais son devoir, et ce titre même de Lord empêchaient une telle folie, pour le meilleur sans doute. Ce n’était là que des rêveries de gamin, et non de guerrier.

Néanmoins, à cette joie indicible succédait bien souvent la douleur secrète de ne pouvoir assister aux funérailles de son père, de ne pouvoir lui rendre hommage comme il aurait convenu. Il savait que son cadet éprouvait la même gêne, et le géant qui lui servait de frère avait laissé une brève larme quand il avait appris le décès avant de murmurer que leur père serait seul pour son dernier voyage. Bowen avait pensé à lui dire que son épouse serait tout de même là, avant de se taire : il était évident que pour Edwyle, Maedalyn n’était pas exactement ce qu’il aurait considéré comme la famille apte à rendre les honneurs à leur géniteur. Le sentiment, quoique dommageable, était compréhensible : il ne connaissait pas sa belle-sœur, n’avait pas partagé plus que quelques conversations. Comme dans toutes les unions, il faudrait quelques temps pour que la nouvelle venue soit pleinement acceptée, quand bien même porter aussi vite une descendance pouvait y contribuer. Du moins, le Glover l’espérait, conscient néanmoins de la jalousie sourde qui tenaillait l’autre survivant au Poing, qui voyait par cette naissance le titre lui échapper, alors qu’il était encore pour quelques mois l’héritier de Motte-la-forêt. Le jeune homme ne savait que faire à ce propos, tant il n’avait jamais su comment composer avec ce frère si différent de lui. Il savait en outre que la perte de Galbart Glover avait été ressentie encore plus durement par celui qui avait toujours bénéficié de l’attention chaleureuse et préférentielle du patriarche, là où l’aîné avait davantage été le fils de sa mère.

Lentement, sa prière s’achevait, alors qu’il confiait doucement tous ses hommes aux bons soins des dieux. Là était sa vraie fierté : depuis des mois qu’il chevauchait à leurs côtés, il avait créé avec ces survivants un lien indéfectible, et il lui paraissait évident que ces derniers le suivraient partout, malgré les difficultés. Il lui était arrivé de donner quelques nouvelles aux uns et aux autres de leurs femmes et de leurs filles et même si certains avaient accueilli cela avec distance, d’autres en avaient été réellement reconnaissant. Là encore, la guerre avait prélevé un lourd tribut : beaucoup de ces farouches nordiens éprouvaient une réelle répugnance à parler de ce qu’avaient vécu les femmes lors de la prise de la ville, et Bowen ne pouvait les empêcher de se noyer dans les putains pour soigner ce que certains voyaient comme une blessure à leur virilité, quand lui-même était persuadé que seul le temps et la compréhension pouvaient refermer les cicatrices encore à vif. Mais comment faire entendre raison ? Impossible. Alors le plus souvent, il s’était contenté discrètement de demander à ses régisseurs d’appliquer les ordres du roi, et d’assurer les malheureuses enceintes du soutien royal pour abandonner l’enfant honni aux Louvarts. Même s’il était à peu près certain que bon nombre de ces pauvres n’avaient pas tarder à trouver une rebouteuse quelconque pour faire passer la grossesse, comme on disait avec un doux euphémisme.

Finalement, les ultimes mots sacrés prononcés, Bowen se releva … pour se raidir tandis qu’il entendait l’écho de pas sur le sol détrempé. Instinctivement, il porta la main au pommeau de son épée, qui ne quittait plus guère son côté avant de se détendre imperceptiblement alors qu’il reconnaissait le propriétaire des bottes qui venaient d’arriver à son côté. A force de les côtoyer pendant des semaines, des moi-même, il aurait reconnu la démarche de Jon Stark les yeux fermés. Après tout, il avait toujours été attentif aux détails, et ses années derrière le père du Jeune Loup lui avait appris à observer plus que de raison. Au fond, sans doute aurait-il fait, de ce point de vue en tout cas, un espion des plus corrects, même si son impitoyable franchise n’aurait guère facilité cet emploi. Sans se retourner, il souffla :

« Votre Majesté … J’ignorais que vous veniez prier ici aussi. Ce n’est pas comme un arbre-cœur mais … La pluie offre un parfum nordien à cet endroit. »

Subtil changement : alors que Bowen s’en était toujours tenu à appeler le Prince « Votre Altesse », comme il convenait à un héritier royal non couronné, depuis la renonciation de Torrhen Braenaryon, né Stark, le Glover avait adapté son parler à la nouvelle situation, explicitant sans avoir besoin de le faire son allégeance renouvelée et son acceptation de la passation de pouvoir. Ceux qui accablaient l’étiquette comme des ronds de jambe sans intérêt perdaient en cela tout ce qui en faisait pourtant la richesse trop souvent ignorée : par un simple titre, on pouvait dire beaucoup, et ce n’était pas pour rien qu’en connaître toutes les subtilités n’était pas une perte de temps. En cela, les années auprès de son mentor continuaient de se révéler précieuses. Désormais face au nouveau souverain, il s'inclina longuement, comme il en avait eu l'habitude devant l'ancien souverain, avant de déclarer:

« Si vous avez besoin de calme, je puis vous laisser. J’en avais terminé avec les mânes de mon père. »


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MessageSujet: Re: Au service de Sa Majesté [PV Jon]   Jeu 13 Juil - 11:21

Jon grimaçait légèrement, son corps ne semblait pas s'être totalement remis des dernières festivités. Le mariage, le plus important qui avait pu être célébré depuis des décennies au moins, venait tout juste de se conclure. L'événement était bien plus qu'une simple union entre un homme et une femme, c'était aussi l'union d'un idéal qui était porté depuis des mois par les deux membres du couple, un idéal qui avait été longtemps un secret entre eux deux avant que la chose ne devienne publique, quelques jours auparavant pour Jon, mais pendant la cérémonie pour l'ensemble des invités, des membres de la noblesse et des militaires présents ce jour-là. L'Empire venait de voir le jour, Torrhen Stark avait abandonné son nom et son titre de Roi du Nord au profit de la création d'une nouvelle famille, une famille impériale qu'il allait construire avec son épouse, Rhaenys. Alors, les choses étaient devenues plus tangibles pour l'héritier du trône du royaume du Nord, de prince, il était devenu devant tous ou presque le Roi du Nord, même si le couronnement risquait d'attendre encore un peu, la guerre était l'élément principal dont il fallait s'occuper pour le moment. Cependant, il allait embrasser une nouvelle fonction et même s'il avait sa vie à se préparer à cet instant précis, c'était un poids important qui reposait maintenant sur ces épaules et pour lequel il ne devait surtout pas faillir. Sa jeunesse lui était souvent reprochée, mais à présent qu'il était roi, on ne lui pardonnerait plus aussi facilement la fougue qui pouvait caractériser son âge. Il avait largement profiter du banquet, pour fêter l'événement et sans aucun doute également pour pouvoir libérer un peu son esprit de toutes les idées bonnes ou mauvaises qui affluaient jusqu'à son cerveau. En ce lendemain de fête, il pouvait bien avouer qu'il avait sans doute abusé de l'alcool qui avait été longuement distillé et qui avait fait surchauffé le corps du jeune homme. Son appendice semblait prêt à exploser, signe qu'en plus d'avoir bu, il avait également bien mangé. Au moins, personne ne pouvait cette fois lui reprocher d'avoir célébré tout cela de son côté, il avait partagé le banquet avec bien du monde et notamment avec Lyham Tully.

Le mariage marquait la promesse d'un avenir fait de renouveau, une chance non négligeable pour le Nord qui avait souvent à souffrir de sa position complexe. Les terres n'étaient pas facilement cultivables, le froid et le peu de soleil ne manquaient pas de rendre les choses plus difficiles à supporter. De plus, le Sud, comme le Mur mettaient la pression sur ce royaume qui était à présent le sien. Cela permettait de resserrer les liens entre la population, entre la noblesse mais également avec la famille royale qui régnait. Jon ne pouvait pas réellement l'expliquer, mais le bien de son peuple était pour lui le plus important. Il se doutait que la suite des événements ne seraient pas des plus agréables pour lui. Les Nordiens exprimaient une méfiance non dissimulée à l'égard des Tully et de ceux qui les accompagnaient sauf que tout le monde devait composer avec eux maintenant qu'il avait accepté la proposition du couple impérial de prendre la tête du Conflans libre et de rentrer dans l'Empire. Jon connaissait les plans de son père à son égard, il savait que tôt ou tard, il viendra à épouser une des filles de la noblesse de ce nouveau Conflans et le choix n'était pas très difficile à connaître puisque Tully avait une fille en âge de se marier. Jon craignait la réaction de son peuple concernant cette union, certes il devait voir plus loin, préparer l'avenir mais le regard de ses hommes à l'attention de leur ancien ennemi était équivoque. Pour autant, il avait fait l'effort de passer une partie de la soirée avec lui, pouvoir engager la discussion, encourager la nouvelle alliance qu'ils connaissaient sans doute tous les deux sans avoir osé en parler directement ce soir-là. Ce n'était sans doute pas le meilleur moment pour avoir une discussion aussi sérieuse.

Jon avait besoin de se recueillir, et il n'y avait pas beaucoup d'endroits dans le Conflans libre, ou autour du campement militaire qui offrait un lieu de prières comme le Nord en connaissait pour célébrer la religion des Anciens Dieux. Il s'était levé tôt, pendant que le reste de l'armée était encore en train de dormir, en tout cas pour la plupart des personnes présentes dans le camp. Il marcha jusqu'à cet espace un peu intime, qui n'était pas digne d'un arbre-cœur mais qui ferait sans aucun doute l'affaire. Cependant, alors que ces pas l'avaient guidé jusqu'à son but, il se rendit compte qu'il n'était pas le premier sur place, et que la personne n'était pas n'importe qui. Il était heureux de le retrouver ici, il se rendait compte à cet instant que cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas retrouvés seul à seul pour pouvoir parler l'un et l'autre. Le lieu était propice aux discussions plus intimes, et mieux encore que les Dieux, même s'il ne remettait en aucun cas sa croyance en question, son ami était sans doute celui qu'il lui fallait. « Il faut croire que le Nord, en effet, nous manque à tous les deux. Ce n'est pas un arbre-cœur, mais il y a un petit esprit de chez nous ... » Bowen avait adapté son attitude au nouveau titre et donc à la nouvelle position que tenait maintenant Jon dans la hierarchie. Il savait combien celui-ci était respectueux à son égard, même si Jon trouvait presque cela déplacer après tous ce qu'ils avaient vécu ensemble. Il fit une légère inclinaison de la tête pour pouvoir répondre à son salut avant de lui indiquer qu'il pouvait se redresser. « Non je préfèrerais que tu restes avec moi … Mes prières pourront attendre encore un peu … Il y a des choses dont nous devons parler, il faut que nous parlions de l'avenir, de l'intendance du Nord. Je te veux à mes côtés dans cette nouvelle aventure. »


Jon Stark - Le Jeune Loup
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MessageSujet: Re: Au service de Sa Majesté [PV Jon]   Mer 19 Juil - 22:28

« Le froid et la brume me font me sentir presque comme chez nous, en effet. »

Bowen avait adopté un ton légèrement pince-sans-rire, celui qu’il laissait échapper dans ses piètres tentatives d’humour, qui avaient toujours eu une tendance au cynisme plus qu’à la galéjade pure, à moins que cette dernière ne fût purement galante. Là était bien le seul moment où le Glover était capable de trousser une plaisanterie joliment tournée, quand bien même cela était plus par respect d’une éducation très poussée que par esprit de conquêtes des jupons passant sous son nez. De fait, ses mots d’esprit n’allaient jamais au-delà de la stricte bienséance, et ce en tout circonstances quasiment, ce qui faisait de lui un abominable rabat-joie aux dires de beaucoup de nordiens, sans parler des sudiers qu’il côtoyait depuis quelques semaines et pour qui il paraissait incarner tout le caractère glacial des rudes habitants du Nord. Ce n’était pas que le jeune homme manquât d’à propos ou était hautain, bien au contraire. Il demeurait simplement réservé, fidèle à ce trait de caractère si constitutif de sa personnalité et qui pouvait le faire passer pour plus terne qu’il ne l’était en réalité. Néanmoins, ce défaut se paraît parfois des atours de la qualité quand il lui permettait d’être calme en toutes circonstances, et de ne jamais prononcer un mot plus haut que l’autre, ainsi que de parvenir à instiller le silence par sa seule présence à une table d’officiers. On ne riait pas avec le Poing du Nord, ou alors, dans l’intimité des alcôves. Raide, le garçon l’était, ne supportant pas les pertes de temps alors que la guerre faisait rage. Nul doute que cet aspect roide de sa personne ne s’était pas arrangé avec les derniers mois : les deuils avaient fait leur œuvre, de même que les responsabilités trop vite acquises. Autant dire que le voir esquisser ainsi un sourire démontrait aisément l’importance qu’il accordait à sa relation avec le Prince- non, le roi du Nord !

« Je sais que certains de nos hommes s’émerveillent des beautés d’au-delà du Neck, et je ne parle pas seulement des femmes, mais … Je n’y parviens pas. Je peux apprécier les ressources des terres du Conflans, tenter de ne pas me fermer à telle ou telle culture nouvelle … Mais je crois que rien n’aura jamais les charmes du Bois-aux-loups ou des embruns de la Baie des Glaces à mes yeux. J’aime nos terres pour leur beauté sauvage, presque intouchée parfois par la main des hommes, où les dieux peuvent encore murmurer jusqu’à nos cœurs … »

Bowen était un patriote, un amoureux de sa terre natale, et un en cela un nordien fier qui ne supportait guère que l’on rabaisse les contrées de son enfance. Certains les disaient sauvages, pauvres, presque impies … Eux ne comprendraient pas l’émerveillement du chasseur face à l’élan traqué sur les terres Corbois, la crainte respectueuse du guerrier devant la fureur d’un ours abrité par l’île des Mormont … Ils ne pourraient jamais apprécier à sa juste valeur la douceur piquante de la bise glacée sur les visages, les bois profonds et peuplés de créatures qui cohabitaient avec les humains et communiaient en même temps vers les dieux. Oui, au fond, malgré son apparente ouverture d’esprit, il était intimement convaincu de la supériorité de ses terres sur celles des autres royaumes, parce qu’elles étaient tout simplement le reflet d’un Westeros qui lui convenait mieux que celui de ces royaumes sudiers qui s’étripaient pour trois arpents agricoles, avec leur Foi viciée en étendard et pourtant aveugles aux murmures de la nature. Quant à Peyredragon … Depuis ce qu’il considérait comme une offense absolue à tous les rites des hommes pour la naissance de ce dragon, et malgré le mariage des Braenaryon, il éprouvait une forme de répugnance envers les mœurs valyriennes, du moins ce qu’il en avait vu sous cette forme, quand bien même il la taisait, ayant à cœur de ne pas faire naître la dissension au cœur de leurs rangs. Quelque part, il avait du mal à comprendre comment un peuple pouvait donner naissance à une si belle musique et pratiquer des actes aussi barbares sans broncher …

« … Et où demeurent ceux que nous avons laissé derrière nous. »

Un instant, Bowen hésita à parler de la grossesse de Maedalyn, avant de se raviser en entendant les paroles suivantes de Jon. Manifestement, l’heure était aux affaires du royaume, pas aux confidences privées. Il aurait pourtant aimé lui en toucher un mot, ne serait-ce que pour être certain que, s’il devait lui arriver malheur, l’enfant que son épouse mettrait bientôt au monde ne verrait pas son héritage spolié. Il lui importait énormément que sa femme soit à l’abri du besoin, demeure la lady de la maison Glover comme leur mariage le lui en donnait le droit. Rien ne serait pire à ses yeux que de déshonorer dans la mort une dame obligée de regagner le château paternel car écartée de la succession au motif qu’elle était du sexe faible. Il lui avait promis un titre et la vie qui allait avec. Il lui avait engagé sa foi. Pas question de revenir en arrière. De faillir à sa parole, même dans l’au-delà.

Pour autant, les dires du jeune roi eurent le mérite de le tirer momentanément de ses considérations familiales, l’intriguant considérablement. Parler de l’avenir, du Nord … Voilà qui était fort cryptique. Un instant, Bowen crut même discerner là un subtil reproche par rapport au fait qu’il n’avait pas encore prêté allégeance en bonne et due forme depuis la mort de son père. Cependant, son inquiétude se tempéra bien vite au vu de la dernière phrase prononcée par le jeune homme à ses côtés, tout en augmentant le feu de ses interrogations, qu’il finit par énoncer prudemment :

« Ne suis-je pas déjà à vos côtés, Votre Majesté ? J’irais là où vous me direz d’aller, à la place que vous jugerez nécessaire pour le bien du royaume. Comme tous les Glover, je suis juré aux Stark, et à personne d’autres, et vous vouerais fidélité et juste service, comme il est de mon devoir, comme le fit mon père envers le vôtre, et comme il l’aurait fait s’il n’avait point trépassé. »

Mettant un genou à terre, lui tendant son épée, Bowen inclina la tête et déclara doucement :

« Dites-moi ce que vous attendez de moi, mon roi … Et je m’exécuterai. Pour l’avenir du Nord … pour l’avenir des autres. Je mettrais tout ce que je sais, tout ce que je peux, à votre service, pourvu que vous m’ordonniez de le faire. »

C’était un serment de fidélité renouvelé, la nouvelle allégeance des Glover aux Stark, le signe d’un futur différent, d’une nouvelle place. Par ces mots, Bowen n’était plus l’obligé de Torrhen Braenaryon, mais le féal de Jon Stark. Et le garçon se sentit envahi d’une chaleur étrange, d’une forme de fierté alors qu’il prononçait ces mots qui, pour lui, allaient de soi. Une fois qu’il eut obtenu la permission de se relever, le Poing du Nord conclut :

« Je vous écoute, mon roi. »


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MessageSujet: Re: Au service de Sa Majesté [PV Jon]   Dim 30 Juil - 19:19

Le froid, la brume, une certaine ambiance qui donnait l'impression de se trouver dans le Nord. Après tout, l'automne s'était installée dans le Conflans et il fallait bien avouer qu'ainsi la rudesse du temps qu'il connaissait dans son propre royaume avait pris ses quartiers également ici. Cela ne faisait que quelques mois que Jon avait quitté Winterfell, puis après un passage à Blancport, il avait dû continuer sa route sur les terres des Hoare. Il n'était pas physiquement si éloigné que ça de ses terres mais il se doutait qu'il n'allait pas retourner chez lui aussi rapidement qu'il aurait bien pu le souhaiter. Après tout, la guerre était loin d'être terminée, il ne pouvait connaître l'issu définitive des événements, ils leur étaient possible de gagner mais encore aujourd'hui ils pouvaient perdre. Tout dépendait des forces qui se coaliseraient contre eux ou avec eux. Harren Hoare n'avait pas dit son dernier mot, il ferait tout pour s'opposer à l'Empire qui s'était construit contre sa volonté mettant à mal sa position de roi auto-proclamé des Sept couronnes et qui remettaient en cause également les limites de son territoire. Après tout, Jon espérait bien qu'à la fin de cette guerre longue de plusieurs années, il aurait l'occasion d'agrandir le Nord sur les terres qui étaient avant rattachés au Conflans. Si l'Empire venait à gagner la guerre, alors il y aurait tant de choses à s'occuper, bâtir la capitale, mettre en place les différentes composantes de l'alliance autant avec les royaumes fédérés qu'avec les royaumes extérieurs à l'Empire. Son père et sa belle-mère avaient bien évidement prévu la plupart des éléments qui viendraient à composer cette nouvelle union politique, mais tout ne pouvait être planifié, certaines choses nous échappaient toujours quoi que l'on puisse y faire et alors il fallait y répondre sur le moment. Il y aurait également son couronnement, puis son mariage … Tant de choses encore avant qu'il ne puisse regagner Winterfell, en espérant que la paix serait réelle et pourrait ainsi le laisser tranquille quelques années. Il n'avait pas envie de connaître la même vie que son père, voilà déjà plus de quinze années qu'il combattait sans relâche, il avait manqué tellement de choses.

Jon se baissa doucement, s'agenouillant, touchant la terre humide, il en prit une poignée entre ses mains, l'effritant doucement avant de porter sa main jusqu'à son nez. Il ferma les yeux quelques instants, s'accordant un bref moment pour se recueillir. Il y avait tant de choses à dire, tant de choses à penser, tant de choses à réaliser. Il se redressa doucement, fixant Bowen avec une certaine intensité. Il laissa un sourire s'afficher sur son visage pensant quelques secondes. Il avait choisi de faire du nouveau Lord Glover son second après bien des difficultés qu'ils avaient rencontré l'un avec l'autre. Jon avait cru pendant longtemps que Bowen désirait le remplacer aux côtés de son père et d'une certaine façon, il lui en avait terriblement voulu, plus qu'il ne pouvait le reprocher à son propre père. Il était enfermé à Winterfell pendant que lui pouvait aller sur les champs de bataille avec le Vieux Loup apprenant directement au côté de ce vaillant et puissant roi invaincu. Jon avait eu la chance d'avoir son oncle pour lui à ses côtés, participant à sa formation mais rien ne pouvait remplacer l'envie qu'il avait de l'avoir à ses côtés. Puis, il y avait eu l'épisode funeste de la Mort-aux-Loups. Bowen avait été mis à son service et malgré la réticence qu'il avait eu, ils avaient du composer ensemble. Le jeune prince avait alors reconnu la loyauté dont faisait preuve l'homme pour le Nord et pour n'importe lequel des membres de la famille Stark qu'il accompagnait. Il savait que sans lui, il ne serait sans doute plus en vie aujourd'hui, mourant par l'action d'un sauvageon. Alors il était devenu plus qu'un simple soldat à ses yeux, un véritable frère d'arme qui l'accompagnait toujours. « Un jour nous y retournerons en vie. Nous reverrons les terres de Winterfell, de Motte-la-Forêt. Nous retrouverons ceux que nous avons laissé, Walton, Maedelyn … Malgré tout, nous aurons changé, le Nord aura changé … Les Dieux pourront-ils toujours murmurer jusqu'à nos cœurs ? »

Jon n'avait jamais été très cérémonial, il savait que c'était nécessaire mais il attribuait ça à la sphère publique, quand il se devait d'être en représentation, chose qui serait sans doute de plus en plus souvent le cas maintenant qu'il était devenu roi. Cependant, dans la sphère privée, il estimait que les choses n'avaient pas besoin d'être obligatoirement aussi cérémonieuses. Il rendit l'épée à Bowen, et lui fit signe de se relever, inclinant la tête quelques instants devant lui. « Nous allons reprendre nos habitudes déjà … Gardons les Votre Majesté, mon roi et le vouvoiement pour les moments où nous serons en comité. Seul à seul, j'estime que nous pouvons nous parler simplement. Je sais le respect qui est le tien à mon égard, et l'attachement qui est le tien par rapport au Nord mais aussi à la maison des Stark de Winterfell. » Il s'approcha et posa sa main sur l'épaule de Bowen. « Tu  es avec moi et je sais que tu le resteras le temps que la vie nous laissera la chance de vivre. Je connais ton engagement et je ne pourrais jamais assez te remercier, pour ce que tu as fait pour moi et ce que tu fais encore aujourd'hui. C'est pourquoi je te nomme pour être mon second. J'ai confiance en toi et dans les conseils que tu me dispenses. »


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MessageSujet: Re: Au service de Sa Majesté [PV Jon]   Dim 13 Aoû - 22:23

Lentement, Bowen rengaine son épée, cette amie fidèle qui l’accompagnait depuis plusieurs années déjà. A l’époque où il l’avait reçue, c’était un cadeau de son souverain pour fêter son avancée dans l’âge d’homme, alors qu’ils se reposaient quelques jours à Winterfell avant de repartir pour inspecter les terres plus septentrionales encore, où vivaient la plupart des clans du Nord, au-dessus du fief Glover, même si certaines tribus mineures s’étaient établies dans les montagnes bordant ce dernier ou dans le Bois-aux-loups et étaient depuis des siècles jurées à sa famille. Au moment où il l’avait brandie pour la première fois après que le forgeron avait passé plusieurs jours dessus à la fignoler, car on ne négligeait pas une commande personnelle du roi lui-même, le jeune homme avait ressenti une profonde chaleur l’envahir, comme s’il était désormais lié à cette lame de métal, qu’il avait appelée Fidèle. Depuis, elle avait rarement quitté sa ceinture et le service des Stark, et le garçon en prenait un soin jaloux. Elle avait combattu au Gué de Marnach, à la Mort-aux-loups, avait assisté à son mariage comme arme cérémonielle … En un sens, en la tendant à celui qu’il servait désormais, le Glover organisait une forme de passage de témoin dans son cœur, coupant les derniers fils de sa loyauté sans pareille à celui qui n’était plus un Stark pour la reporter sur son héritier. Non pas qu’il ne conserve pas une foi réelle et tenace envers le désormais Braenayrion, cependant, quand bien même il s’acquitterait de la tâche qu’il lui avait confié, le jeune homme avait conscience que ses soins devaient aller désormais au seigneur de Winterfell en exercice. Peu à peu, le transfert s’était fait dans sa tête, dès Blancport, et à présent qu’il était certain de demeurer auprès du chef des nordiens, sa dévotion n’avait qu’une destination.

Pourtant, son nouveau maître n’avait pas les mêmes goûts que l’ancien, ou du moins, ne le plaçait pas au même niveau. Torrhen aimait le compagnonnage, mais pas nécessairement la familiarité, ou alors seulement avec quelques vieux comparses. En tout cas, il avait inculqué dès ses premiers pas à ses côtés à son écuyer à toujours faire preuve de respect, suivant là les enseignements des Glover, poussant Bowen à une politesse particulièrement marquée qui ne connaissait guère de failles. Rares étaient les fois où il se laissait aller, et ses manquements à l’étiquette venaient souvent d’une méconnaissance de coutumes étrangères plutôt que d’une faute réelle. De toute manière, cette gravité correspondait à son caractère discret et cérémonieux, aussi il avait fini par faire siennes des habitudes de jeunesse. Fondamentalement, n’eut-il pas été Lord qu’il aurait pu devenir un excellent héraut. Etait-il surpris par la demande du Jeune Loup ? Oui, il fallait l’avouer. Il ne se permettait même pas ce genre de privauté avec Jeyne, dont il était nettement plus proche, conservant un vouvoiement de rigueur avec la Princesse, même si leur ton avait toujours été relâché. Quant à l’imaginer avec le Vieux Loup … Hors de question. Bowen n’aurait jamais osé, et le père de Jon ne l’aurait pas toléré. Autant dire qu’un temps d’adaptation s’avérerait nécessaire, comme en témoignait sa réponse gauche et surprise :

« Comme vous … tu … voudrez, non voudras … »

Pardi, le Poing du Nord avait déjà été plus éloquent !

« Il va me falloir … un petit temps d’adaptation. Mais je vais y arriver. »

Ce n’était même pas un problème de respect à ce stade, mais de tout un système de pensée à changer pour l’adapter aux désirs du nouveau souverain. Néanmoins, s’il était parfaitement honnête, le Glover aurait pu affirmer que son trouble tenait autant à sa difficulté à abandonner sa diction ordinaire qu’à l’étonnement qui le saisissait de plus en plus en entendant l’homme en face de lui parler. Il avait toujours craint que le ressentiment de leur jeunesse à son endroit ne se manifeste plus vivement une fois le garçon monté sur le trône … ou du moins, que Jon choisisse un de ses cousins pour ce type de camaraderie. Il avait constaté pourtant durant toute leur descente au-delà du Neck que le Stark cherchait plus fréquemment sa compagnie que celle des neveux de Torrhen, et avait apprécié ce retournement de situation qui se tissait peu à peu depuis la Mort-aux-loups. Mais de là à s’imaginer être ainsi dans le cercle le plus restreint de ses fréquentations … Cela avait quelque chose d’irréel. Et que dire de la suite, qui manqua le clouer sur place, lui coupant définitivement le souffle, ses jambes s’enfonçant fermement dans la glaise du Conflans pour s’empêcher de flageoler.

« Je … »

L’émotion le submergeait, et Bowen regretta d’avoir tenté de parler, puisque seuls des borborygmes incohérents sortirent de sa bouche par la suite. Il la ferma donc bien vite, inspirant profondément pour se calmer un peu, pour ralentir son cœur qui menaçait de quitter sa cage thoracique tellement il cognait fort contre cette dernière, tel un tambour de guerre sauvageon. La ruine de sa famille et la mort de ses parents le heurtèrent de plein fouet à mesure que les souvenirs des visages emplis de pitié qu’ils n’avaient pas supporté après le massacre lui revenaient en mémoire, en même temps qu’un intense sentiment de revanche l’envahissait. Il tenait sa victoire sur ceux qui avaient pu croire la maison au Poing finie, anéantie, brisée. Il avait attendu la reconnaissance de la part de Torrhen, et c’était son fils qui la lui offrait, envers et contre toutes les prédictions. Pour une fois dans sa vie, l’éternel homme de l’ombre autorisa son âme à se gonfler d’orgueil, et un sourire à peindre son visage illuminé, transfiguré même. Son épouse n’aurait pas à rougir du nom qu’il lui avait donné, elle qui avait été élevée dans un luxe relatif, du moins, selon les standards du Nord. Il lui avait promis d’élever leur maison plus haut que jamais. Manifestement, il y parvenait plus tôt que prévu. Oui, Maedalyn serait fière de l’avoir pour mari, heureuse peut-être d’avoir une place que beaucoup lui envieraient à la cour, si tout cela se confirmait. Son enfant ne serait pas le rejeton d’une branche presque morte, mais au contraire le fier héritier d’une noble lignée du Nord, haut-placée ! Cet avenir qu’il n’avait jamais osé espérer lui tendait les bras … Et pourtant, implacables, les doutes l’assaillirent immédiatement. Il n’était pas digne d’une telle charge, si tant est que le roi ait bien la même chose que lui en tête.

« C’est … bien trop d’honneur que vous … tu me fais. »

Rarement mots d’un vassal envers son suzerain furent prononcées avec tant de ferveur et de sincérité que ceux-là. Il y avait dans le ton de Bowen une déférence extrême, de même qu’une joie douce, contenue, mais bien réelle, qui succéda néanmoins à une certaine gravité.

« Je saurais m’en montrer digne … Jon. »

Jamais Bowen n’avait appelé son vis-à-vis par son prénom, et il y avait une solennité étrange dans cet emploi pourtant réservé au domaine familier, comme si un pacte se scellait entre eux, un fil se tissait, invisible, entre leurs êtres, devant les dieux, devant cet arbre qui semblait si proche d’un arbre-cœur.

« Quelles seront exactement mes attributions ? Je veux dire, jusque-là, Conrad Omble officiait comme second du Roi, en tant que Sénéchal … Reste-t-il avec l’Empereur ? Est-ce sa place que tu m’offres ? Etre ta main sur le champ de bataille, ta voix auprès de la troupe, ton épée contre nos ennemis ?

Ou bien est-ce … autre chose ? Comme cette Main dont usent les Peyredragoniens ?

Comme je l’ai dit … J’irais où tu as besoin de moi. Où tu jugeras ma présence nécessaire pour le royaume, et rien d’autre ne doit entrer en ligne de compte. »


Ses yeux bleus se plongèrent dans ceux du jeune souverain, et il ajouta doucement :

« Le Nord changera … Mais il peut le faire parce que nous le voulons, sous notre impulsion … A nous, et à tous les jeunes Lords que la guerre a faits et fera.

Et tant que nous les honorerons, les dieux nous béniront. Que nous soyons ici ou ailleurs. Nos prières sauront les atteindre, car nous nous battons pour eux, et pour nos familles qui les révèrent en pensant à nous, et à tous ceux qui suivront. »


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