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Au service de Sa Majesté [PV Jon]
MessageSujet: Au service de Sa Majesté [PV Jon]   Dim 28 Mai - 17:27

Seul face à un imposant arbre à quelques encablures du camp principal où l’armée achevait de sommeiller en ce matin pluvieux, Bowen se tenait agenouillé, les mains jointes devant son visage, ses lèvres bougeant doucement au milieu de son visage aussi blême qu’immobile, dévoré par une barbe qui serpentait plaisamment sur sa face hâve. Il n’avait pas trouvé le temps de se raser depuis les réjouissances pour le mariage des anciens souverains du Nord et de Peyredragon, et le rugueux duvet brun commençait à se faire sentir. Lui qui avait toujours veillé à être aussi propre que possible avait retrouvé avec peu de goût les contraintes des camps de soldat, à la différence près qu’à l’époque de sa première campagne, il n’était qu’un gamin qui n’avait guère à se soucier de pareils ennuis d’homme fait.

« O ancêtres bienveillants, dieux aimés, préservez de votre manteau protecteur les âmes des miens, guidez-les vers le repos qu’ils ont mérité pour leur vie à vous servir, pardonnez-leur les fautes qu’ils ont commises dans leur existence mortelle, et veillez sur les vies à naître et celles qui leur donneront naissance. »

Inlassablement, animé par sa piété sans faille, le Glover répétait sa longue litanie mystique, priant ardemment pour le salut de sa famille décimée, de son père tout juste parti et de sa parentèle à naître. Depuis quelques semaines, son humeur s’était faite changeante, comme si son cœur malmené ne pouvait réussir à savoir s’il était heureux ou fou de chagrin, excité ou complètement désespéré par les charges qui l’écrasaient. La colère succédait à l’ivresse, la peur à l’espoir, et, toujours sournois, les doutes l’accablaient plus que de raison tandis que ses pensées voguaient d’un sujet à l’autre, comme si nulle part il ne pouvait trouver le repos qu’il aurait tant voulu. Les seuls moments où sa conscience dévastée le laissait en paix demeuraient quand il effectuait ses devoirs militaires. Alors, comme par enchantement, ses soucis disparaissaient dans sa minutie, et son esprit implacable de logisticien ne paraissait pas vouloir offrir une once d’espace à n’importe quelle argutie mentale parasite. Autant dire qu’il passait donc un temps considérable à pied d’œuvre, trouvant dans le travail un apaisement certain à ses troubles intérieurs.

Etait-il prêt à faire face à ce qui l’attendait ? Certes, il avait été élevé toute sa vie pour être lord de sa maison, et l’état de son père avait fait que, depuis plusieurs mois, il assumait plus ou moins la charge sans le titre. Mais maintenant qu’il pouvait se parer légitimement de cette charge nobiliaire, il prenait brutalement conscience de l’ampleur de la tâche écrasante qui l’attendait. Il n’était seulement le fils héritier qui pouvait aider sans prendre réellement sa part du fardeau : désormais, le destin de son fief était entre ses mains, ce qui signifiait que de lui-même dépendrait la survie des Glover et de leurs gens. Or, il était à des lieux de Motte-la-forêt, incapable de fournir le support matériel et psychologique nécessaire après un tel traumatisme, ne pouvant se reposer que sur sa certitude que ceux qu’il avait laissé derrière lui exécuteraient fidèlement ses ordres. Il n’avait guère d’autres choix, maintenant que la dernière dépositaire de son autorité était partie poursuivre sa grossesse entre les murs protecteurs de Winterfell.

Evidemment, difficile pour lui de ne pas s’inquiéter pour cette épouse qu’il ne connaissait que trop peu, et pour l’enfant qu’elle portait en son sein. Hormis dans ses lettres à ses cousines et auprès de son frère, il n’avait guère ébruité la nouvelle, en partie pour la savourer seul, en partie car il ne savait comment annoncer cela, tout simplement. Le chagrin n’oblitérait pas totalement cette impression étrange de sa future paternité, comme s’il partageait, malgré la distance et son sexe, un peu des tracas de sa femme. Rien que pour cela, il regrettait souvent de ne pas être aux côtés de Maedalyn, conscient qu’elle lui en voudrait sans doute, même sans le dire, pour ne pas avoir partagé avec elle ces moments aussi intenses que difficiles. Il se souvenait de la grossesse de sa sœur aînée, des douleurs, de l’alitement, des frayeurs et des espoirs. En son for intérieur, il ne souhaitait rien d’autre que de prendre son cheval et de galoper à perdre haleine jusqu’au Nord pour veiller sur cette famille qui renaissait. Mais son devoir, et ce titre même de Lord empêchaient une telle folie, pour le meilleur sans doute. Ce n’était là que des rêveries de gamin, et non de guerrier.

Néanmoins, à cette joie indicible succédait bien souvent la douleur secrète de ne pouvoir assister aux funérailles de son père, de ne pouvoir lui rendre hommage comme il aurait convenu. Il savait que son cadet éprouvait la même gêne, et le géant qui lui servait de frère avait laissé une brève larme quand il avait appris le décès avant de murmurer que leur père serait seul pour son dernier voyage. Bowen avait pensé à lui dire que son épouse serait tout de même là, avant de se taire : il était évident que pour Edwyle, Maedalyn n’était pas exactement ce qu’il aurait considéré comme la famille apte à rendre les honneurs à leur géniteur. Le sentiment, quoique dommageable, était compréhensible : il ne connaissait pas sa belle-sœur, n’avait pas partagé plus que quelques conversations. Comme dans toutes les unions, il faudrait quelques temps pour que la nouvelle venue soit pleinement acceptée, quand bien même porter aussi vite une descendance pouvait y contribuer. Du moins, le Glover l’espérait, conscient néanmoins de la jalousie sourde qui tenaillait l’autre survivant au Poing, qui voyait par cette naissance le titre lui échapper, alors qu’il était encore pour quelques mois l’héritier de Motte-la-forêt. Le jeune homme ne savait que faire à ce propos, tant il n’avait jamais su comment composer avec ce frère si différent de lui. Il savait en outre que la perte de Galbart Glover avait été ressentie encore plus durement par celui qui avait toujours bénéficié de l’attention chaleureuse et préférentielle du patriarche, là où l’aîné avait davantage été le fils de sa mère.

Lentement, sa prière s’achevait, alors qu’il confiait doucement tous ses hommes aux bons soins des dieux. Là était sa vraie fierté : depuis des mois qu’il chevauchait à leurs côtés, il avait créé avec ces survivants un lien indéfectible, et il lui paraissait évident que ces derniers le suivraient partout, malgré les difficultés. Il lui était arrivé de donner quelques nouvelles aux uns et aux autres de leurs femmes et de leurs filles et même si certains avaient accueilli cela avec distance, d’autres en avaient été réellement reconnaissant. Là encore, la guerre avait prélevé un lourd tribut : beaucoup de ces farouches nordiens éprouvaient une réelle répugnance à parler de ce qu’avaient vécu les femmes lors de la prise de la ville, et Bowen ne pouvait les empêcher de se noyer dans les putains pour soigner ce que certains voyaient comme une blessure à leur virilité, quand lui-même était persuadé que seul le temps et la compréhension pouvaient refermer les cicatrices encore à vif. Mais comment faire entendre raison ? Impossible. Alors le plus souvent, il s’était contenté discrètement de demander à ses régisseurs d’appliquer les ordres du roi, et d’assurer les malheureuses enceintes du soutien royal pour abandonner l’enfant honni aux Louvarts. Même s’il était à peu près certain que bon nombre de ces pauvres n’avaient pas tarder à trouver une rebouteuse quelconque pour faire passer la grossesse, comme on disait avec un doux euphémisme.

Finalement, les ultimes mots sacrés prononcés, Bowen se releva … pour se raidir tandis qu’il entendait l’écho de pas sur le sol détrempé. Instinctivement, il porta la main au pommeau de son épée, qui ne quittait plus guère son côté avant de se détendre imperceptiblement alors qu’il reconnaissait le propriétaire des bottes qui venaient d’arriver à son côté. A force de les côtoyer pendant des semaines, des moi-même, il aurait reconnu la démarche de Jon Stark les yeux fermés. Après tout, il avait toujours été attentif aux détails, et ses années derrière le père du Jeune Loup lui avait appris à observer plus que de raison. Au fond, sans doute aurait-il fait, de ce point de vue en tout cas, un espion des plus corrects, même si son impitoyable franchise n’aurait guère facilité cet emploi. Sans se retourner, il souffla :

« Votre Majesté … J’ignorais que vous veniez prier ici aussi. Ce n’est pas comme un arbre-cœur mais … La pluie offre un parfum nordien à cet endroit. »

Subtil changement : alors que Bowen s’en était toujours tenu à appeler le Prince « Votre Altesse », comme il convenait à un héritier royal non couronné, depuis la renonciation de Torrhen Braenaryon, né Stark, le Glover avait adapté son parler à la nouvelle situation, explicitant sans avoir besoin de le faire son allégeance renouvelée et son acceptation de la passation de pouvoir. Ceux qui accablaient l’étiquette comme des ronds de jambe sans intérêt perdaient en cela tout ce qui en faisait pourtant la richesse trop souvent ignorée : par un simple titre, on pouvait dire beaucoup, et ce n’était pas pour rien qu’en connaître toutes les subtilités n’était pas une perte de temps. En cela, les années auprès de son mentor continuaient de se révéler précieuses. Désormais face au nouveau souverain, il s'inclina longuement, comme il en avait eu l'habitude devant l'ancien souverain, avant de déclarer:

« Si vous avez besoin de calme, je puis vous laisser. J’en avais terminé avec les mânes de mon père. »


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