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Flashback - Passe d'arme [Tour III - Terminé]
MessageSujet: Flashback - Passe d'arme [Tour III - Terminé]   Mar 26 Juil - 19:42

Un mariage. Le genre d'événement qui, en temps normal, n'aurait pas ravie Mila. Mais cette fois, la jeune femme n'avait pas rechigné à s'y rendre, car les festivités l'avaient amené à quitter l'Île aux Ours, ce qui n'arrivait pas souvent. Le voyage avait duré plusieurs semaines, il avait d'abord fallu prendre le bateau pour rejoindre le continent, puis voyager à cheval jusqu'à Blancport, où la cérémonie avait lieu. Bowen Glover épousait Maedalyn Cerwyn, liant ainsi deux familles du Nord relativement importante, en particulier les Glover, qui fournissaient de nombreux soldats à l'armée du roi Torrhen. Mila n'était pas une grande stratège, mais après l'attaque de sauvageons les Carwyn avait reçu sur le domaine, ce mariage avait tout d'un accord de soutien en cas de nouvel assaut. Il ne fallait pas s'en inquiéter, les histoires d'amour étaient bien peu courante pour les jeunes Lord et les Lady des Maisons. Mila pouvait espérer y échapper, qui voudrait d'une bâtarde ? Elle avait été surprise d'être invité à la cérémonie, mais ne s'était pas plainte. Enfin une occasion de voir du pays !

Elle n'avait pas grogné une seule fois durant le voyage, malgré les longues heures à cheval. Lorsqu'elle pouvait marcher un peu, elle se rendait compte que ses jambes étaient arquées, et douloureuses. Heureusement, les Mormont resteraient quelques temps à Blancport pour le mariage, les festivités s'étalant sur plusieurs jours. Ensuite, les femmes retourneraient sur l'Île et les hommes au front. Mila espérait pouvoir convaincre son frère de rejoindre elle aussi l'armée, mais avec sa belle-mère sur le dos qui la surveillait, elle ne risquait pas d'y arriver. Lyam accepterait peut-être, mais Sevane était contre, ce qui n'aidait pas. La jeune femme tâcha de ne pas trop y penser et de profiter du paysage, si différent de son Île, où elle avait aujourd'hui le sentiment d'être enfermé. Elle était heureuse de pouvoir contempler le Nord dans son entièreté, si beau et vaste. Malgré l'été, il faisait froid, mais rien qui puisse effrayer une fille du Nord comme elle. Pendant le voyage, elle se demandait qui elle aurait l'occasion de voir à la cérémonie.

En tant que bâtarde, elle évitait soigneusement le regard des Lord et des Lady, qui ne manquaient pas de se souvenir qu'elle était le fruit d'une infidélité. Elle espérait seulement qu'on la laisserait en paix.

***

Le mariage ne fut guère émouvant, formel et simple, comme le voulait la tradition. Une fois la cérémonie terminée, chacun retourna vaquer à ses occupations, et Mila se fit toute petite, comme à son habitude. Elle remarqua que dans la cours du château, quelques soldats s'entraînaient, mais n'osa pas se joindre à eux. Elle n'osa franchir le pas qu'après quelques jours à Blancport, après avoir échappé à sa belle-mère. Elle s'était débarrassée de son encombrante robe et avait enfilé sa tenue de guerrière. Elle s'avança dans la cours timidement, sous le regard perplexe des soldats. Dans le Nord, une femme maniant les armes n'était pas unique, mais les cas restaient tout de même rare, l'art de la guerre étant réservé aux hommes. Mila ne comptait cependant pas passer sa vie à faire des courbettes à des nobles qui, de toute façon, la méprisait. Elle attrapa une épée d'entraînement, et fit face à un soldat, en position de combat. Ce dernier échangea un regard avec ses camarades puis haussa les épaules et lança un premier assaut.

La bâtarde se mit en garde et contra l'attaque. Un sourire se dessina discrètement sur ses lèvres lorsqu'elle vit la surprise sur le visage de son adversaire, qui ne s'attendait visiblement pas à une telle adresse. Mila s'entraînait depuis plusieurs années, elle n'avait pas l'expérience d'un véritable chevalier mais elle savait se défendre. Elle repoussa son assaillant et le frappa avec force avec le plat de sa lame pour le décontenancer. Cela eu l'effet escompté, car le soldat recula. Mila en profita pour le désarmer, et pointa son épée vers sa gorge en signe de victoire. Elle rengaina rapidement son arme et recula d'un pas avant de s'incliner pour remercier l'homme de l'avoir affronté. Elle regarda ensuite autour d'elle, pour constater qu'un homme la regardait, une certaine curiosité dans le regard. Il n'était pas vêtu comme les autres, indiquant qu'il ne devait pas être un simple soldat. Son visage lui disait quelque chose, elle l'avait vu au cours de la céréminie, mais impossible de se souvenir à quelle famille il appartenait. Bravant sa timidité, Mila lui rendit son regard, esquissant même un petit geste pour l'inviter à se battre. En son fort intérieur, elle espérait ne pas s'être attiré les foudres d'un héritier d'une Maison qu'elle n'aurait pas reconnu.
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MessageSujet: Re: Flashback - Passe d'arme [Tour III - Terminé]   Mer 27 Juil - 13:04

Accoudé à la rambarde donnant sur la cour intérieure, Trystan profitait des premiers rayons du soleil, la douce chaleur de l’astre rayonnant lui léchait délicatement la peau. La brise était agréable et le contraste avec cette caresse, à la saveur salée si fraiche était des plus tonifiants. Il se surprit à fermer les yeux l’espace d’un instant, appréciant ce moment d’harmonie. Il repensa à ces derniers jours, à la bousculade des retrouvailles, à ses souvenirs devenus chair et os. Cela faisait beaucoup à retenir et à absorber en si peu de temps, si bien qu’il recherchait plus que tout, ces moments de paix. L’effervescence du mariage était retombée, mariage qui s’était déroulé sans véritable anicroche, du moins en dehors de ceux se produisant habituellement à ce genre d’événement. Il en était soulagé pour dame Karstark et dame Manderly, elles qui s’étaient tant investies dans cette cérémonie. Il chassa ces quelques pensées pour se tourner vers les derniers moments échangés avec Serena, il chérissait ces quelques instants passés dans les bras de sa belle. La quiétude de ce bref instant fut soudainement troublée par le cliquetis des armes et le bruit sourd du bois s’entrechoquant. Un groupe de gardes, de maisons et familles diverses, s’entrainait en contrebas avec toute l’ardeur que l’on pouvait attendre de nordiens. Assauts et enchainements étaient de rigueur en ce doux matin, sous l’œil vigilant des instructeurs qui n’hésitaient pas à admonester le moindre trouffion en cas de manquement à la rigueur martiale. Trystan les observa pendant quelques instants, songeur, repensant à son père qui aimait contempler de cette même position de longues années auparavant, lui et son frère durant leurs éprouvantes séances d’entrainement.

Il se redressa légèrement en entendant arriver le maitre d’arme de la famille, qu’il salua d’un simple signe de la tête accompagné d’un sourire. Le vieux vétéran semblait d’humeur joviale en cette belle matinée, l’air bravache, lançant quelques paroles grivoises dans l’air que seuls les anciens, les vieux de la veille savaient apprécier. Les deux hommes s’accoudèrent, discutant l’espace de quelques instants de la vie de château, du temps qui passe et de la déliquescence de la jeunesse, un des sujets favoris de radotage  du vieil homme. Trystan laissa échapper un bref rire à la remarque cocasse émise par le maitre d’armes sur l’aptitude d’un des soldats à différencier son épée de son membre viril. Il était vrai que l’homme ne brillait pas par son talent et encore moins par sa fougue. Le spectacle aurait pu être amusant, burlesque même s’il ne s’agissait d’entrainement militaire. Las de ce spectacle, le jeune Manderly décida de prendre congé, il avait promis à quelques amis marchands de les rejoindre sur le port pour discuter de transactions et autres activités commerciales et il ne souhaitait pas se présenter en retard. Cependant, l’attention de Trystan fut attirée par une fine silhouette qui s’approchait timidement du cercle de guerrier. Une femme, à n’en pas douter par ses courbes prononcées, bien mal dissimulées derrière de disgracieuses pièces de cuir. Ce n’était pas Serena… La jeune femme était bien plus petite et moins… sauvage que la Omble. D’un simple signe il invita le guerrier à le suivre, intrigué par l’apparition de cette nouvelle combattante. Tout en descendant les marches, il la suivait du regard. L’échange fut rapide, trop rapide, Trystan souhaitait en voire plus.

Le petit cercle s’ouvrit à leur arrivée. Par respect, les hommes s’écartèrent tout en les saluant d’un signe de tête ou d’un simple sourire, des égards que Trystan avait toujours appréciés. Il avançait doucement, applaudissant lentement la petite démonstration qui venait d’avoir lieu. Il s’arrêta à quelques pas d’elle. Main sur le pommeau de sa lame, il la détailla du regard. Grande élancée, athlétique, sous certains aspects elle lui renvoyait une image plus jeune de Serena, ce même regard sauvage. Oui, car la jeune femme osait même le défier de ces prunelles d’émeraude. Trystan ne pouvait qu’admirer l’impertinence de la jeune fille, la bravade s’accompagna même d’un petit geste l’invitant à la rejoindre. Cette situation l’amusait terriblement. D’une simple révérence il accepta la provocation et sourire aux lèvres il s’avança pour rejoindre le centre du cercle.


Trystan : Bravo ! Sincèrement je te félicite pour ce petit spectacle. Il est rare de compter femme parmi cette drôle d’assemblée et plus encore, femme sachant manier une épée. Néanmoins je m’interroge sur tes véritables intentions, que cherches-tu à prouver ici ?

Il se mit à effectuer un cercle autour d’elle, toujours la regardant droit dans les yeux, par intermittence se tournant vers le petit public de troupiers qui se formait.

Trystan : Ta garde est correcte, même si j’ai pu apercevoir de trop nombreuses ouvertures, et ta prise sur la lame est trop ferme, un coup violent pourrait te faire lacher ta lame. L’homme que tu viens d’affronter était disons … beaucoup trop anémique. Il te faudrait un adversaire à ta hauteur… Penses-tu que je pourrais faire ton affaire, moi, l’humble serviteur de la famille Manderly ?

Il ne lui laissa aucunement le temps de répondre à cette question, une question qui n’attendait aucune réponse de toute manière. Il stoppa son petit mouvement pour se tourner vers le soldat en question. Celui-ci arborait le trident sur son épaule, symbole de sa famille. Un tel comportement ne pouvait être toléré. Son ton était froid, calme tout comme son attitude. Hurler et corriger le fantassin ne ferait que desservir sa cause, il devait au contraire élever l’homme parmi ses camarades.

Trystan : Que ressens-tu, soldat ? Dis-moi, apprécies-tu ce moment où une jeune donzelle te désarma si aisément ? Ne ressens aucune honte, il est possible que notre belle tigresse soit pleine de ressource. Cependant je ne peux que rester dubitatif face tes errements…

Il s’approcha alors de son interlocuteur. L’homme, tête et épaule baissées, semblait résigné à son châtiment. Nous étions bien loin de l’attitude attendue d’un homme du rang de la maison du triton.

Trystan : T’étais tu déjà battu, soldat ? As-tu déjà senti l’effroi de la bataille te saisir ? Face à cette horreur, seul ta bravoure et la foi en tes compagnons pourront te sauver, elles seront tes uniques armes face au sang et à l’acier. Sache ceci, qu’à chacun de tes échecs, c’est la vie de tes camarades que tu mettras en péril et l’honneur de cette famille que tu terniras. Cela je ne peux l’accepter… Sergent !

Un homme trapu s’avança, effectuant un rapide salut avant de se tenir droit aux côtés du Manderly. Le guerrier semblait expérimenté et suffisamment apte à s’occuper du trouffion. Trystan tourna son regard dans sa direction, parlant d’une voix claire et forte.

Trystan : Emmenez cet homme aux mannequins de bois, qu’il y subisse un entrainement intensif. Ne lui laissez aucun répit, je souhaite le voir se battre de l’aurore au crépuscule. Occupez-vous personnellement de lui, sergent, je m’assurais quotidiennement de ses avancées.

Il se retourna une dernière fois vers le jeune soldat fautif. L’homme avait relevé la tête et le regardait à présent droit dans les yeux. Une certaine inquiétude l’habitait toujours. Trystan posa sa main sur l’épaule du jeune guerrier, un geste paternel qui se voulait rassurant.

Trystan : Je ne connais les motivations qui t’ont poussé à te battre, si tu ne le fais pas pour un idéal désintéressé, fais-le au moins pour survivre. Nous nous reverrons en première ligne lors de la  prochaine bataille, et j’espère que tu y feras la fierté de notre belle cité.

Le sergent s’exécuta et attrapa par le bras le bleu pour le trainer sans ménagement vers les mannequins. Le sermon était terminé, le jeune Manderly escomptait que ces quelques paroles portent leur fruit si ce n’est sur son auditoire, au moins sur le jeune soldat.  Il reporta alors son attention vers la jeune nordienne. Il avait beau chercher, son visage lui était totalement étranger. Trop de monde se côtoyait en ce moment dans le château, trop de visages inconnus et de faciès similaire pour qu’il puisse mettre un nom sur tous. Néanmoins, il était persuadé que celle-ci n’était en aucune mesure de sang noble. La seule demoiselle de haute lignée suffisamment extravagante pour manier l’épée devait partager le reste de sa vie avec lui et il n’avait entendu aucune rumeur concernant une seconde dame de ce genre. Il s’avança de quelques pas, se préparant au duel. Sa tenue n’était aucunement adaptée pour le combat, chemise de lin et veste de cuir ne le protégeraient en rien d’un mauvais coup, mais il ne s’attendait pas à être touché.

Trystan : Commençons si te le veux bien. Au premier sang.

Dégainant sa rapière, il salua rapidement son adversaire à la braavosienne, lame ramenée au visage avant d’être rabattue vers le sol. Il sentait une légère excitation monter en lui. Cela faisait quelque temps déjà qu’il n’avait affronté en duel un quelconque adversaire et l’adrénaline des combats venait à lui manquer. Il entendait autour de lui les hommes s’échanger pièces de monnaie et autres objets, pariant sur la durée du combat, une durée bien courte. Il observa rapidement la posture de la jeune femme. Pointe au niveau du visage, dirigée vers l’avant. Une posture traditionnelle, elle le défiait d’attaquer. Trystan s’approcha rapidement d’un pas croisé frappant du plat de sa rapière la lame de la jeune fille. Le coup n’était qu’un test pour s’assurer de l’instruction de la jeune fille. La lame tressaillit mais ne lui glissa pas des mains. Il remarqua que la guerrière avait relâché légèrement sa prise, prenant en compte ses remarques. Un bon point pour elle. Il fit doucement glisser sa lame  le long du tranchant de l’épée nordienne, il se jouait d’elle. Se mettant à son tour en garde, lame pointée en avant il se mit à décrire lentement un cercle autour d’elle, comme un loup s’approchant de sa proie. Il était intéressant de pouvoir observer son jeu de jambes, proche de celui d’un chat. Gracieuse, agile, elle n’avait que très peu à envier à certains bretteurs d’Essos. Il changea son rythme, tantôt accélérant tantôt ralentissant puis de sens, au grès de ses désirs. Il ponctuait ces changements d’allures par quelques passes, censées focaliser l’attention de la belle sur son adversaire et non sur ses pieds. Il fut satisfait au bout d’une demi-minute de voir que la nordienne ne s’était pas déjà emmêlée les pinceaux dans ses enchainements. Le combat pouvait donc commencer.

Il s’élança, pointe en avant, frappant d’estoc en direction du cœur. L’attaque n’était en rien habituelle au style de combat d’une épée à double tranchant si commun à Westeros. La jeune femme, probablement décontenancée par le style, para maladroitement le coup, déviant la lame au-dessus de son épaule. Elle tenta de le prendre de vitesse, profitant de l’élan de son adversaire et le contourna par sa gauche. Une manœuvre habile mais prévisible. Trystan pivota sur son talon, ramena son bras en passant par-dessus sa tête pour frapper de taille, utilisant son inertie pour accroitre sa vitesse. Nouvelle parade, plus assurée cette fois suivie d’une contre-attaque. Il esquiva le coup d’une simple torsion du bassin, faisant glisser la lourde lame sur le tranchant de sa rapière. Profitant de l’ouverture, il se glissa alors dans son dos et la frappa de la garde de sa lame, juste entre les omoplates, sinistre avertissement qui aurait été mortel sur un champ de bataille. Le choc la déséquilibra dans son mouvement et l’envoya quelques mètres plus loin, face contre terre. La voila prévenue…  



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MessageSujet: Re: Flashback - Passe d'arme [Tour III - Terminé]   Mer 27 Juil - 19:22

L'homme sembla aussitôt s'amuser de l'attitude de la bâtarde. Il avait assisté au combat, cela ne faisait aucun doute. En la voyant s'approcher, d'une démarche de conquérant, Mila regretta aussitôt son comportement. Elle ne cilla pas, mais au fond d'elle, l'inquiétude montait. Affronter quelques fantassins, ce n'était pas bien effrayant, mais celui qui s'avançait vers elle était un noble, cela ne faisait aucun doute. Si Sevane avait été présente, elle l'aurait sans doute tirée de cette affaire en l'attrapant par l'oreille pour l'amener le plus loin possible de la cours. Que lui avait-il pris de vouloir s'entraîner avec ces hommes ? La jeune femme pris une grande bouffée d'air et calma sa panique. Si elle voulait un jour avoir sa place dans l'armée, elle devait la gagner, tel était son sort. Elle n'aurait jamais le droit de commander qui que ce soit, mais elle pouvait au moins obtenir la possibilité de se battre. L'homme qui marchait dans sa direction était de bonne naissance, sans doute n'avait jamais-t-il eu besoin de hausser le ton pour avoir ce qu'il désirait.

Mila l'observa attentivement avancer, tandis que les soldats s'écartaient pour le laisser approcher. Le respect qu'elle lisait dans leur regard ne fit qu’accroître son inquiétude. Elle n'avait pas affaire à n'importe qui, elle devait en avoir conscience. Devant sa provocation, l'homme esquissa un nouveau sourire, trouvant visiblement cette situation très amusante. Mila, quant à elle, n'en menait pas large. Une fois qu'il fut suffisamment prêt, il s'arrêta devant elle, ses prunelles plantés dans les siennes. C'était un homme élégant, au visage fin et au corps élancé.

- Bravo ! Sincèrement je te félicite pour ce petit spectacle. Il est rare de compter femme parmi cette drôle d’assemblée et plus encore, femme sachant manier une épée. Néanmoins je m’interroge sur tes véritables intentions, que cherches-tu à prouver ici ?

Sa voix indiquait une assurance que la jeune femme était loin de partager. Elle ne répondit pas, se contentant de lui rendre son regard. Il commença à lui tourner autour, comme pour regarder du bétail, la jaugeant de ses prunelles.

- Ta garde est correcte, même si j’ai pu apercevoir de trop nombreuses ouvertures, et ta prise sur la lame est trop ferme, un coup violent pourrait te faire lacher ta lame. L’homme que tu viens d’affronter était disons … beaucoup trop anémique. Il te faudrait un adversaire à ta hauteur… Penses-tu que je pourrais faire ton affaire, moi, l’humble serviteur de la famille Manderly ?

Instinctivement, au fil de ses paroles, Mila corrigea mentalement sa position, s'imaginant desserrer sa poigne. A son dernier mot, elle du se retenir à grande peine de détourner le regard. Les Manderly étaient la plus riche famille du nord, une maison certes secondaire mais d'une importance non négligeable, dotée d'une armée importante. L'homme qui lui faisait face était-il un membre de cette noble famille, ou un simple serviteur ? Tout dans son attitude trahissait un sang de seigneur, mais peut-être était-il juste un homme très confiant. Sans laisser à la jeune femme le temps de répondre, il se tourna vers le soldat que Mila venait d'affronter, et s'adressa à lui dans de dures paroles. La bâtarde se sentit coupable d'être la source des remontrances du garçon qui n'avait rien demandé, et espérait qu'il ne soit pas trop sévèrement puni. Elle commença cependant à éprouver une légère colère contre l'homme si assuré. Était-ce une si grande honte de perdre contre une femme ? Elle s'était entraînée avec un excellent maître d'arme, elle n'avait rien à envoyer à ces soldats.

Elle n'avait pas l'expérience d'un vétéran, et avait encore bien des choses à apprendre, des connaissances qu'elle ne pourrait acquérir que sur un vrai champ de bataille, mais elle savait se défendre et comptait bien le prouver. Le pauvre soldat se retrouva envoyé à l'entraînement intensif, par sa faute. Il lui glissa un petit regard accusateur en s'éloignant, Mila détourna les yeux de la scène. Elle aurait du rester dans le château avec les femmes, elle se serait attirée moins d'ennuis. L'arrogant personnage se tourna à nouveau vers elle, retrouvant son expression amusée. Était-ce son tour de se faire envoyer promener ? Ou se montrerait-il plus clément ? Il avait l'air de la prendre en affection, sans doute était-elle une distraction comme une autre pour un homme de son rang. Enfin, qu'en était-il de son rang ? Elle n'en savait encore rien, mais, si elle ne trouvait le courage, elle lui poserait la question. Pourquoi devait-elle être intimidée ? Il ne savait probablement pas qui elle était, il ne pouvait pas se douter qu'elle était une bâtarde.

- Commençons si te le veux bien. Au premier sang.

Voilà qui avait au moins le mérite d'être clair. Mila hocha la tête, et se mit en garde aussitôt. L'homme, plus extravagant qu'elle, se permit un salut assez excentrique que la jeune femme n'avait jamais vu auparavant. Son nouvel adversaire était-il seulement un nordien ? C'était ce qu'elle avait d'abord supposé en entendant le nom des Manderly, mais peut-être faisait-elle fausse route... Il ne lui laissa pas le temps de se questionner davantage, et passa aussitôt à l'assaut. Il possédait une rapière, une épée fine généralement destiné à la noblesse, un nouvel indice pour deviner ses origines. Mila n'avait cependant pas le temps pour ça. Il était rapide, mais la bâtarde était prête. Elle se souvint de son conseil, et desserra sa poigne sur son épée. Ainsi, lorsqu'il frappa avec force sur sa défense, la jeune femme garda son arme en main. Elle fut néanmoins surprise par la puissance du coup, elle n'aurait pas pensé qu'une rapière puisse avoir un impact aussi important. Elle ne devait pas sous estimer son adversaire, son assurance indiquait qu'il était dans son élément.

Après son premier coup, l'homme fit glisser sa rapière sur le tranchant de l'épée de Mila, comme pour la provoquer. La susceptibilité de cette dernière était piquée depuis un petit moment, elle n'était pas ici pour se donner en spectacle ou permettre à un homme arrogant de faire le fier devant ses hommes. La bâtarde fronça les sourcils, et observa avec attention le moindre de ses mouvements. Il lui tournait au tour comme un chat jouant avec sa proie avant de l'achever. Mila n'avait cependant pas l'intention d'être la souris de ce petit jeu. Plusieurs secondes s'écoulèrent, tandis que l'homme se dandinait d'une jambe sur l'autre, testant visiblement son attention. Le maître d'arme des Mormont l'avait mit en garde contre ce genre de technique. Il fallait se méfier des danseurs, qu'il disait, car ces derniers avaient l'art de déconcentrer le meilleur des bretteurs si ce dernier se laissait prendre au jeu. Mila resta en mouvement, mais le laissa se fatiguer avec ses mouvements de jambe. Plus lourd et massif qu'elle, il était moins endurant.

Alors, aussi soudainement qu'un battement de cil, il passa à l'attaque, la pointe de sa rapière dirigée droit vers le cœur de la jeune femme. Concentrée sur les gestes des pieds de son adversaire, elle ne s'était pas attendue à un assaut pareil. Elle para d'un mouvement maladroit puis essaya de profiter de son mouvement pour répliquer le plus rapidement possible. Le bretteur l'attendait cependant et dévia son attaque avec beaucoup plus d'adresse, se retrouvant dans le dos de la jeune femme. Cette dernière voulu se retourner, mais elle n'en n'eu pas le temps. La seconde d'après, elle recevait un coup de garde dans le dos et se retrouvait projeter au sol. Ne perdant pas un instant, elle se remis sur ses jambes et fit face à son adversaire, l’œil chargé de fougue. L'humiliation était douloureuse mais elle était source s'enseignement. Elle n'attendit pas un instant, ne permettant pas à l'homme de savourer son triomphe, et passa à l'assaut à son tour. Une stratégie était en train de se dessiner dans son esprit.

Mila commença donc avec une frappe d'estoc visant le flan droit de son opposant. Ce dernier para, et leur fer se croisèrent. Pendant le bref laps de temps où aucun ne pouvait attaquer, la bâtarde plongea son regard dans celui du bretteur et lui demanda :

- Excusez-moi seigneur mais... Qui êtes-vous ?

Les deux combattants se séparèrent, retournant chacun à leur place. La jeune femme enchaîna sans attendre plusieurs coups dirigé vers le torse et les côtes de son adversaire. Chaque assaut fut élégamment paré, ne laissant aucune faille dans sa défense. Mila fit alors mine d'attaquer à nouveau, mais changea de trajectoire au dernier moment, et visa les jambes du plat de sa lame. C'était au tour de l'arrogant de mordre la poussière !
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MessageSujet: Re: Flashback - Passe d'arme [Tour III - Terminé]   Jeu 28 Juil - 16:35

La lame visait son flanc, un coup habile mais réalisé avec une arme qui n’était nullement adaptée pour ce type de coup. Une frappe ascendante en diagonale fut suffisante à éloigner la pointe de sa cible. Les deux lames rentrèrent en contact dans un tintement d’acier semblable au son des cloches, Trystan ménageant son poids afin d’éviter de briser la rapière face à la lourde épée de la guerrière. Il se souvint de sa dernière expérience dans une telle situation, Serena écrasant son front contre son nez aquilin, et prit soin de reculer son visage le plus loin possible de celui de son adversaire. Une curieuse flamme brulait dans les yeux de la jouvencelle, à croire que ce combat n’était qu’un prétexte pour prouver une quelconque valeur aux yeux de l’assistance.

Mila : Excusez-moi seigneur mais... Qui êtes-vous ?

Une bien curieuse question à poser en plein combat, une question qui le prit d’ailleurs totalement au dépourvu. Il était rarement conseillé de parler lors d’un duel, excepté pour provoquer son adversaire.  L’art de la conversation était en effet plus réservé aux salons et aux salles de réception qu’au sable d’un cercle d’entrainement. De plus ce genre de renseignement n’était pas à divulguer au premier venu, l’information était devenue une ressource de valeur à Westeros en ces temps troublés.

Trystan : Concentre toi sur ta lame et garde ta posture plus haute.

Il transféra son poids sur son second pied, en retrait, lui permettant d’un léger bond de s’écarter de son adversaire. Une frappe circulaire au niveau de la taille accompagna son mouvement pour éviter toute poursuite de la belle. Reprenant sa posture, il continua son petit ballet autour de sa proie. Le jeu commençait à légèrement l’ennuyer et il était temps d’en finir.

Trystan : Aucune réponse ne te satisferait, laissons nos lames faire les présentations à notre place, nordienne.

Son style, sa lame, sa posture, la jeune femme ne pouvait venir qu’être une compatriote. Il était étrange cependant qu’il n’ait jamais entendu parler de cette guerrière. Elle avait un certain talent c’était indéniable mais elle était encore loin d’égaler les meilleurs combattants de la région. Il se déconcentra un instant de trop. La jeune femme avait repris l’assaut, se jetant sur lui telle une lionne.  Seuls ses réflexes lui évitèrent d’être emporté par cette rage. Les coups furent parés par un enchainement fluide de parades conditionné depuis sa plus jeune enfance. Aucune ouverture ne devait être laissée à sa portée sans cela le combat prendrait rapidement une allure bien plus dramatique. Néanmoins, le duel ne semblait pas tourner à son avantage. Sur la défensive, il se doutait qu’elle le pensait acculé, ses attaques rapides l’empêchant de préparer toute forme de contre-attaque. Il aurait pu accélérer son rythme, changer son jeu de jambes ou privilégier l’esquive  au contact mais le combat aurait été alors terminé en quelques secondes. Le soleil n’était pas encore haut dans le ciel et il souhaitait encore profiter du divertissement. Une nouvelle parade, chaque assaut le voyait reculer d’un pas. Il cherchait une faille dans le dispositif légèrement brouillon de son adversaire. En vérité, il en entrevoyait plusieurs mais aucune qui ne lui laissait entière satisfaction de pouvoir jouir de ce duel. Il devait attendre, attendre un déséquilibre, un coup trop loin ou trop haut, suffisant pour l’amener là où il le souhaitait. Il fixa pendant quelques instants son visage. Elle semblait troublée, comme si son être était plus dicté par ses émotions que par sa raison, à croire que ce n’était pas lui qu’elle affrontait mais un fantôme ou une peur distante, tapie aux frontières de son esprit. Sa dernière attaque le fit brutalement émerger. Son coup venait de changer de direction, une attaque vicieuse qui cherchait  surtout à le déséquilibrer, il en avait parfaitement conscience. Il pouvait lire sur son visage la certitude d’avoir remporté ce duel, d’avoir dominé son adversaire, de s’être montrée plus maline que ce noble arrogant, en vain… Il accéléra subitement son rythme et fit glisser sa lame entre sa jambe et l’épée d’un geste ascendant. Il repoussa l’attaque dans la continuité de ce même mouvement et prenant appui sur le tranchant de l’arme de la guerrière, il bondit, hors d’atteinte de la jeune femme.  Il la fusilla du regard. Le coup avait été dangereux et surtout humiliant, en particulier pour son amour propre. Le Manderly n’arborait plus aucun sourire, son visage était devenu grave, sévère, il la dévisageait. Il pouvait imaginer sa satisfaction de l’avoir mis en difficulté, persuadée que son triomphe était imminent. Une satisfaction qui serait de courte durée. Trystan tira sa main gauche de son fourreau, qu’il saisit dans une garde inversée. La donzelle était téméraire, peut-être trop pour son bien et il était temps d’en finir avec ce combat.

Il estima la distance qui les séparait, suffisante pour prendre son élan. Il s’avança, un pas, deux pas, trois pas, accélérant sa cadence à chaque mouvement. Lame pointée en avant, il bondit, frappant d’estoc. La lame est déviée. Second coup dirigé vers son ventre. A nouveau dévié. Dernière attaque. Dévié… Le voilà en léger déséquilibre son flanc gauche totalement exposé à une contre-attaque. La jeune femme saisit sa chance et frappe, un coup rapide et précis descendant en direction de son épaule. Trystan voit le coup venir, il le sait, il l’a prévu. La majorité des bretteurs se bat selon un tempo bien défini, propre à chacun mais qui tend communément vers le chiffre trois. Une attaque, deux attaques, trois attaques, je recule. Tout ce combat s’est construit sur cette logique. Lui faire compter ses pas, ses attaques et ses parades pour qu’elle puisse « prévoir » son comportement. Manderly sent l’ensemble de son poids réparti sur la pointe de son pied droit, pied droit responsable de cette ouverture.  Un simple pivotement de son bassin entraine son corps loin de la terrible faucheuse. Son rythme s’accélère. Son déséquilibre était prémédité, il comptait sur son inertie pour accroitre sa vitesse. Le voilà maintenant dans son angle mort. Il ne sait si la jeune nordienne est consciente du piège qui vient de se refermer sur elle, la parade est probablement trop rapide à suivre. Il passe sous sa garde, descendant son centre de gravité pour permettre à sa main gauche tel un crochet de se saisir du genou de la belle. D’un simple mouvement rapide, il rompt son équilibre. Elle n’est plus qu’un poisson prit dans ses filets. La voilà quittant le sol, impuissante face à l’enchainement, elle n’est plus que spectatrice de son propre combat. Dans la continuité de son mouvement, il la frappa au torse du pommeau de sa rapière, entrainant la belle à terre. La chute s’accompagne d’un bruit sourd, un cri étouffé et une respiration rauque. Elle halète, le choc lui a coupé la respiration. La voilà à nouveau dans la poussière, Trystan la dominant de toute sa hauteur, mais aucun sourire sur son visage. Il s’agenouille à ses côtés, genou sur son torse, rapière posée à son flanc et dague sur la gorge de la jouvencelle. Il examine qu’aucun mauvais coup ne fut reçu, lui-même reconnaissant que la prise fut plus violente que méritée. Le combat était terminé…

Il recula prudemment, gardant son attention fixée sur les mains de la guerrière. Combien de fois fut-il surpris par une attaque revancharde alors qu’il quittait le combat ? La belle semblait légèrement étourdie, toute menace étant écartée compte tenu de son état. Il lui laissa le temps de reprendre ses esprits et son souffle, quelques minutes salvatrices après cet éprouvant effort. Le combat avait été peut être trop rude pour elle, le jeune homme s’inquiétait de  son état. Malgré la fin relativement brève de cet échange, Trystan n’en restait pas moins impressionné par sa pugnacité, il était regrettable que le Nord ne puisse compter plus de soldat de sa trempe pensa-t-il… La voilà qui émerge des limbes, reprenant doucement conscience de son environnement et de sa situation. Soulagé qu’aucune blessure ne soit survenue, Trystan lui tendit galamment sa main pour l’aider à se redresser. Il arborait son sourire, si arrogant aux yeux de certains, signe de sa satisfaction concernant leurs prouesses martiales. La tension, l’adrénaline du combat le quittait progressivement, son esprit retrouvant la sérénité qui l’habitait en ce début de matinée.



Trystan : Viens allons marcher, ce combat m’a ouvert l’appétit et tu me diras sur le chemin qui penses-tu que je suis.
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MessageSujet: Re: Flashback - Passe d'arme [Tour III - Terminé]   Ven 29 Juil - 18:55

La question provoqua une légère vague d'étonnement sur le visage du bretteur. Il ne perdit cependant pas son sang froid et continua de gesticuler d'un pied sur l'autre, avec une certaine habileté. Où donc avait-il pu apprendre à se battre ainsi ? Les nordiens n'avaient pas pour habitude de combattre de la sorte, leurs gestes étaient plus secs, il fallait surprendre, les combats devaient être courts pour pouvoir s'enchaîner sans que le soldat ne s'épuise. L'homme qu'elle affrontait semblait plutôt vouloir éterniser la chose, jauger son adversaire longuement avant de passer réellement à l'attaque. Il répondit, sans toutefois donner l'information qu'elle désirait :

- Concentre toi sur ta lame et garde ta posture plus haute.

Mila fronça les sourcils. Elle n'appréciait guère que son interlocuteur la prenne de haut de cette façon et qu'il se permette de lui donner des conseils alors qu'il refusait de décliner son identité. Certes, la bâtarde ne s'était pas présentée non plus, mais la politesse voulait que l'homme le fasse d'abord. Ce n'était bien évidemment que des excuses, car ni l'un, ni l'autre n'avaient visiblement envie de dévoiler son nom. La jeune femme était réticente à le faire à cause de sa situation. Ici, contrairement à l'Île aux Ours, personne ne savait qu'elle était une bâtarde. On la prenait pour une dame de compagnie sans importance, son visage n'était pas connu. Le bretteur, arrogant et impertinent, devait avoir la langue bien pendue et irait sans doute raconté à tout Blancport que la bâtarde Mormont se faisait passer pour une guerrière. Voilà qui aurait ruiné son séjour hors de son île natale.

- Aucune réponse ne te satisferait, laissons nos lames faire les présentations à notre place, nordienne.

Le dernier mot employé par l'homme interloqua la jeune femme. N'était-il pas un nordien lui aussi ? Ou s'était-elle trompée ? Il n'était pas vraiment vêtu comme tel, avec une simple petite chemise, mais il faisait beau à Blancport, bien plus chaud que dans les terres mêmes du Nord ou à l'Île aux Ours, où le climat était particulièrement difficile. Mila détailla plus attentivement son adversaire, essayant de trouver des indices sur ses origines. Sa peau était plus bronzée que la sienne, indiquant sans doute qu'il avait davantage connu le soleil du sud. Pourtant, il s'était présenté comme un serviteur de la maison Manderly. Pourquoi un sudiste irait-il se mettre au service d'une maison du Nord ? C'était à ne plus rien comprendre ! Et pendant qu'elle réfléchissait, son adversaire lui lançait un regard noir. Elle n'avait pas réussi à le faire tomber, il était bien trop agile de ses pieds pour se faire avoir. Il n'avait pas l'air d'avoir apprécié cette technique, qui l'avait forcé à exécuter quelques bonds pour ne pas finir au sol. Ses prunelles n'indiquaient rien de bon.

Sur ses gardes, Mila para le coup qui venait droit vers elle. Son adversaire semblait déterminé à faire mal, mais la bâtarde se tenait toujours prête. Voyant qu'il avait, quant à lui, baissé sa défense pour attaquer, elle tenta un assaut, qui fut cependant habilement dévié. Décidément, cet homme était une vraie anguille ! Agacée par ses esquives, Mila réitéra les assauts, s'acharnant avec hargne, variant les cibles pour le déconcerté. En vain, car le bretteur semblait avoir une longueur d'avance. La bâtarde s'en rendait peu à peu compte, tandis que le piège se refermer sinueusement sur elle. Alors que l'instant d'avant, elle pensait maîtriser les choses, elle était à présent dans une situation difficile. Alors qu'elle parait un nouveau coup, elle sentit une poigne se refermer sur son genou, et se rendit compte que son regard rivé sur les épées n'avait pas été assez attentif. Cette pensée atteignit son cerveau une demi seconde trop tard, car elle était entraînée au sol, accompagné par le choc du pommeau de son adversaire contre son torse. Cette fois-ci, le combat était bel et bien terminé.

Surprise, humiliée et légèrement secouée par sa chute, Mila sentant une dague froide effleurer sa gorge. L'homme comptait-il l'assassiner devant une assistance de solda,t ou était-ce seulement pour la rendre encore plus ridicule ? Il ne souriait plus cette fois. La bâtarde voulu lui lancer un regard noir, mais se ravisa. Son maître lui avait souvent répété que lors des combats, il fallait mettre sa fierté de côté et apprendre de chaque situation. Il s'agissait là d'un affrontement amical, l'issu aurait pu être bien pire, et l'homme avait, malgré son arrogance, essayé de lui donner des conseils. Mila avait cependant du mal à lui en être reconnaissant au vu de l'humiliation qu'elle venait de vivre. Elle tâcha de faire un bilan de sa situation, et ne repéra aucune blessure. Son postérieur était un peu douloureux à cause de sa chute mais elle n'avait pas été piquée par la rapière, ce qui était un bon point. L'homme, quant à lui, avait retrouvé son agaçant sourire, et lui tendait à présent la main, visiblement pour l'aider à se relever. Mila hésita puis accepta son soutien, songeant que s'il s'agissait de quelqu'un d'important, il ne valait mieux pas le vexer.

- Viens allons marcher, ce combat m’a ouvert l’appétit et tu me diras sur le chemin qui penses-tu que je suis.

Voilà qui était une drôle de manière d'entamer la discussion. Une fois debout, la bâtarde lui emboîta le pas, alors qu'il prenait la direction du port où se tenaient de nombreuses boutiques qui proposaient divers plats. Le mariage avait beau être fini, les hôtes faisaient en sorte que les invités soient bien traités. Pendant qu'ils marchaient, Mila songea aux informations qu'elle possédait. Cet homme était un serviteur des Manderly, mais il n'était pas un nordien, ou en tous cas ne se comportait pas comme tel. Pourtant, il agissait en prince en ces lieux, prenant de haut les soldats et donnant des ordres au sergent, à la manière d'un petit noble arrogant. Cela faisait bien peu d'information, pourtant un petit fil conducteur commençait à se tisser dans l'esprit de la bâtarde. Après plusieurs dizaines de secondes de silence, alors qu'ils s'étaient éloignés des soldats et de leurs oreilles, Mila déclara, en plantant son regard dans celui de son interlocuteur, se surprenant elle-même dans son assurance. Sans doute des restes du combat, qui ne tarderait pas à s'effacer.

- Je pense que vous êtes un seigneur. Un seigneur qui a longtemps vécu dans le sud, mais qui reste nordien au fond de lui. Vous vous comportez comme si vous étiez le maître des liens, et vous prétendez n'être que le serviteur des Manderly. Je pense que vous m'avez menti. Je pense que vous êtes un Manderly.

Elle savait qu'elle avait poussé l'audace très loin avec sa dernière affirmation, et commençait déjà à le regretter. Elle tâcha toutefois de ne pas détourner le regard, affrontant les prunelles de l'homme, espérant qu'elle s'était trompée, et qu'il s'agissait juste d'un banal commerçant ami des Manderly et très arrogant. Elle aurait sans doute moins d'ennuis si c'était le cas.
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MessageSujet: Re: Flashback - Passe d'arme [Tour III - Terminé]   Sam 30 Juil - 12:34

Ils allaient d’un bon pas, descendant la large route qui menait au port en contrebas. Trystan pouvait déjà sentir l’odeur alléchante des beignets à la viande et des friands de chair à saucisse. Il connaissait l’adresse parfaite pour combler cette appétence . Il laissait vagabonder son regard, d’échoppes en échoppes, de boutiques en boutiques. Il souhaitait profiter de cette petite excursion pour se procurer quelques objets communs dans cette région mais si rares ailleurs.  De plus, il ne devait pas oublier son rendez-vous, aucun retard ne serait permis et le soleil commençait à être haut dans le ciel… Bien que semblant distrait, il prêtait une oreille attentive aux paroles de la jeune demoiselle. Celle-ci était une exception dans cette région du monde, et Trystan avait toujours été fasciné par les anomalies. Elle l’intriguait, et bien qu’il se doutait de certains point la concernant, d’autres aspects de sa vie restaient pour le moins obscurs.

Mila : Je pense que vous êtes un seigneur. Un seigneur qui a longtemps vécu dans le sud, mais qui reste nordien au fond de lui. Vous vous comportez comme si vous étiez le maître des liens, et vous prétendez n'être que le serviteur des Manderly. Je pense que vous m'avez menti. Je pense que vous êtes un Manderly.

La jeune fille était observatrice. Bien que remarquer son teint hâlé, en totale dissonance avec la chair blafarde des nordiens, n’était en soi pas un exploit, elle avait eu l’intelligence de construire un raisonnement logique basé sur comportement, ses manières et son physique. Elle manquait probablement d’expérience ou de culture pour pouvoir tomber juste, mais c’était pour le moment un bon début.

Trystan : Bien, je suis étonné que tu aies visé si juste…

La jeune femme semblait surprise, la même réaction qu’un animale s’attendant a la ratonnade, mais pour qui rien ne vient. Considérait-elle ces derniers mots comme une bravade ? Le jeune homme avait fait bien pire face à ses anciens professeurs. Non, la jeune femme n’avait fait que démontrer un caractère direct et franc, deux qualités qu’il appréciait. La majorité des guerriers du Nord se montrait bien moins courtois en pareille occasion.

Trystan : Oui… Manderly… Trystan Manderly, second fils de la famille du triton, pour te servir. Je suis ravi de ton analyse, certains points sont étonnamment justes et plutôt bien pensés. Cependant, je n’en reste pas moins déçu que tu n’aies pas relevé cette incohérence.

Il s’arrêta devant une échoppe de maroquinerie, détaillant les bourses et autres petits sac en cuir. Il discuta rapidement avec le marchand, lui désignant une besace de cuir pourpre et une petite bourse. Les deux objets avaient été finement préparés, il ne leur manquait que quelques ornements pour que le tout soit parfait. Il échangea rapidement avec le marchand, demandant à faire livrer les deux pièces de cuir à la demeure des Manderly une fois gravées du symbole des Comnène et paya son dû. Il reporta alors son attention sur la jeune fille.

Trystan : Aucun nordien ne reste suffisamment longtemps dans le Sud pour obtenir ce teint de peaux, là est ton erreur. Donc, réfléchissons… Que peut bien signifier cette petite incohérence dans ton raisonnement.
 
Il laissa quelques secondes à la jeune fille pour réfléchir avant de continuer sa petite tirade. Ils avaient repris leur progression à travers les ruelles de la ville. Il appréciait vagabonder dans sa cité. Son charme n’équivalait pas celui de Pentos, mais de toutes les villes du Nord, elle en était la plus opulente et la plus agréable. Il espérait pouvoir prolonger son séjour en ces lieux, il avait en effet quelques idées architecturales qu’il souhaitait soumettre à son frère, un nouveau système de réseau d’égout, la création de jardins ou encore l’élargissement des voies. Toutes ces propositions n’avaient qu’un seul but, rendre Blancport plus majestueuse qu’elle ne l’était.

Trystan : A mon tour j’imagine… Tu répondras à ma question une fois que j’aurais terminé.

Il s’arrêta et prit la pose d’un penseur, index sur le menton et regard tourné vers le ciel. L’attitude était moqueuse, probablement la prendrait-elle pour une insulte. Il n’en était rien, cela ne faisait partie que d’un rôle qu’il s’était donné avec elle. Il observait ses réactions et son attitude face à différents personnages qu’il lui proposait. Les masques que nous portions influençaient le regard du monde sur notre personne, Trystan l’avait appris dès son plus jeune âge et s’amusait à jouer à longueur de journée de ces nombreux déguisements.

Trystan : Nordienne, à n’en pas douter… Blafarde comme tu es, tu viens du Nord… Ta tenue est inadaptée, du moins, trop lourde pour l’environnement plus estival de Blancport… Tu as donc l’habitude d’un climat plus glacé, donc véritablement du Grand Nord… Et tu sais te battre… Et instruite avec cela… Cependant, tu n’es pas noble… Tout dans ta posture, dans ton port de tête indique que tu as été habitué à rester dans l’ombre, à servir plutôt qu’à pavaner… À qui pourrait-on payer une instruction aussi coûteuse sans que la naissance ne l’y oblige ? Ou au contraire… C’est cette naissance qui t’a offerte cette possibilité… Une bâtarde ? Oui, tu as tout de la jeune femme qui porte l’erreur d’un père ou d’une mère sur ses épaules… Intéressant. Néanmoins, je n’ai jamais entendu parler d’aucune bâtarde qui apprenait le métier de soldat. J’imagine que ta belle-famille ne souhaitait pas ébruiter l’affaire et t’a soustrait au regard du monde...

Ils étaient arrivés sur la petite esplanade qui donnait sur les quais. Comme chaque matin, un doux chaos régnait sur les bords de l’océan, chacun allait de bon train pour écouler sa marchandise. Il regardait droit devant lui, observant le monde qui s’étalait à ses pieds, absorbé par les couleurs chamarrées et les mouvements désordonnés de la foule. Il repéra deux ou trois échoppes dont la marchandise l’intéressait, de nouvelles opportunités à explorer.  

Trystan : Une bande d’imbéciles…

L’insulte sembla faire réagir la jeune nordienne, goûtant mal à l’injure. Manderly reporta son attention sur la bâtarde. Son visage était sévère, ses yeux la fusillaient. Un avertissement pour la belle. Il était dans sa cité et bien qu’il puisse tolérer certains écarts venant de la guerrière, le moindre esclandre public lui vaudrait une fameuse correction. Néanmoins, Trystan pouvait comprendre sa réaction, un certain attachement avait dû se former avec le temps, malgré les mauvais traitements ou l’avilissement quotidien dont elle avait été la cible. Le nom de sa famille était tout ce qui pouvait la définir aujourd’hui.

Trystan : Ne me fixe pas avec ses yeux... L’insulte est justifiée, et peu m’importe la maison à laquelle tu es rattachée. Tu es douée, ta place est sur un champ de bataille et non à broder dans je ne sais quelle obscure salle. Tu as eu une bonne éducation, cela je dois l’admettre, mais tu pourrais être plus qu’une simple servante, cachée dans l’ombre d’une faute qu'elle n’a pas commise.  

Trystan la regardait avec compassion à présent, il était persuadé d’avoir touché un point sensible. Il la laissa à ses pensées, se dirigeant seul vers un marchand de beignets à quelques pas de là. Contre quelques piécettes de cuivres, le négociant lui tendit une magnifique pyramide de rissoles de bœuf que Manderly récupéra dans un petit mouchoir. Le jeune homme le remercia d’un sourire et s’en alla rejoindre la jeune femme à qui il s’empressa de lui tendre l’un des beignets.  


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MessageSujet: Re: Flashback - Passe d'arme [Tour III - Terminé]   Dim 31 Juil - 11:26

Le visage de l'homme resta songeur puis il hocha doucement la tête d'un air appréciateur. Mila se détendit un peu en voyant que son interlocuteur ne semblait pas en colère. Allait-il se moquer d'elle pour ses suppositions ? Elle était aller très loin dans son raisonnement, sans doute était-ce un peu ridicule. Le bretteur était peut-être simplement un courtisan venu du sud, ami des Manderly. Tout était possible, mais cette piste était tout de même moins excitante que la première.

- Bien, je suis étonné que tu aies visé si juste…

La jeune femme ouvrit de grands yeux, ne parvenant pas à masquer sa surprise. Ainsi, sa supposition était vraie ? Elle avait du mal à y croire tant cela semblait tiré par les cheveux et pourtant... Pourtant son histoire semblait correcte. Mila regarda avec attention son interlocuteur, cherchant le petit blason de sa Maison sur son poitrail. Il ne le portait pas cependant, auquel cas elle aurait deviné immédiatement qui il était. Cela signifiait donc que son interlocuteur dissimulait son identité, dans sa propre demeure ! Pourquoi faisait-il cela ? Un seigneur n'avait aucune raison de mentir auprès de ses serviteurs, il était ici chez lui. Mila n'avait entendu parler d'aucun scandale dans lequel un fils Manderly avait du s'exiler, mais elle n'était pas tellement au courant des rumeurs des nobles. Pourtant, si une telle chose s'était produite, elle l'aurait sentit, il y aurait eu du malaise... Ils venaient de s'arrêter devant une petite boutique lorsque le bretteur repris la parole :

- Oui… Manderly… Trystan Manderly, second fils de la famille du triton, pour te servir. Je suis ravi de ton analyse, certains points sont étonnamment justes et plutôt bien pensés. Cependant, je n’en reste pas moins déçu que tu n’aies pas relevé cette incohérence.

La bâtarde fronça les sourcils. De quelle incohérence parlait-il ? Elle connaissait en tous cas son nom et son rang. Il était donc Trystan, le frère de Byron Manderly, le Lord de la Maison Manderly. Voilà qui l'éclairait un peu, mais qui ne répondait pas à la grande question qu'elle se posait : pourquoi dissimulait-il son identité ? Et pourquoi avait-il le teint aussi bronzé ? Pourquoi un Manderly serait-il parti dans le sud, pendant plusieurs années, au point de gagner un style de combat aussi surprenant ? Allait-il le lui révéler, ou plutôt lui ouvrir les yeux sur l'incohérence dont il avait parlé un peu plus tôt ? Mais le noble s'était tourné vers la boutique, qui vendait des sacoches en cuir, et commença à parlementer avec le commerçant. Il demanda une besace ainsi qu'une bourse, tout en décrivant un blason qui était inconnu à la jeune femme. Elle connaissait pourtant toutes les familles du nord, mais Comnène, cela ne lui disait rien. De nouvelles questions jaillissaient de son esprit, mais elle garda le silence. Après son marchandage, Trystan se tourna à nouveau vers elle, et ajouta :

- Aucun nordien ne reste suffisamment longtemps dans le Sud pour obtenir ce teint de peaux, là est ton erreur. Donc, réfléchissons… Que peut bien signifier cette petite incohérence dans ton raisonnement.

Les deux jeunes gens se remirent en route, tandis que Mila réfléchissait. Que voulait-il dire par là ? Il n'était pas un véritable nordien ? Ou bien, ce n'était pas dans le sud qu'il était aller, mais ailleurs ? Un endroit encore plus chaud ? La bâtarde avait étudié la géographie de Westeros avec soin, mais rien ne lui venait. Pouvait-il avoir quitté le continent ? Cette idée semblait quelque peu invraisemblable, et pourtant... Mila continuait de méditer, tout en suivant les déambulations du noble à travers les rues de Blancport. La jeune femme devait reconnaître que la ville avait son charme, elle était bien différente de la capitale de l'Île aux Ours, qui était bien plus sobre. Mila avait toujours su apprécier la simplicité des nordiens, et trouvait l'extravagance des sudistes ridicules. A quoi bon se couvrir d'or et d'argent, des doigts de pieds jusqu'aux oreilles ? Dans son île natale, il n'y avait parfois pas assez de nourriture pour les nobles familles, chacun vivait dans une certaine austérité. Blancport n'était pas basé sur ce modèle, bien plus riche et luxueuse. Mila n'était pas habitué à tout cela, elle regardait donc les alentours avec curiosité.

- A mon tour j’imagine… Tu répondras à ma question une fois que j’aurais terminé.

Le seigneur s'immobilisa alors, posant son indexe sous son menton et tournant sa tête vers l'horizon pour prendre un air pensif. La bâtarde leva les yeux au ciel devant tant de mise en scène. Comment cet homme pouvait-il être un nordien ? Il en avait le nom, mais pas vraiment l'attitude. Les gens du nord était simple et franc, ils ne s'embarrassaient pas de théâtralité et autres idioties. Mila se garda bien de le lui faire remarquer, mais son regard chargé de reproche parlait à sa place. Elle passait peut-être pour une femme frigide, et sans doute l'était-elle un peu, mais elle ne connaissait pas l'extravagance.

- Nordienne, à n’en pas douter… Blafarde comme tu es, tu viens du Nord… Ta tenue est inadaptée, du moins, trop lourde pour l’environnement plus estival de Blancport… Tu as donc l’habitude d’un climat plus glacé, donc véritablement du Grand Nord… Et tu sais te battre… Et instruite avec cela… Cependant, tu n’es pas noble… Tout dans ta posture, dans ton port de tête indique que tu as été habitué à rester dans l’ombre, à servir plutôt qu’à pavaner… À qui pourrait-on payer une instruction aussi coûteuse sans que la naissance ne l’y oblige ? Ou au contraire… C’est cette naissance qui t’a offerte cette possibilité… Une bâtarde ? Oui, tu as tout de la jeune femme qui porte l’erreur d’un père ou d’une mère sur ses épaules… Intéressant. Néanmoins, je n’ai jamais entendu parler d’aucune bâtarde qui apprenait le métier de soldat. J’imagine que ta belle-famille ne souhaitait pas ébruiter l’affaire et t’a soustrait au regard du monde...

La jeune femme détourna le regard, sentant le rouge lui monter aux joues. Il fallait s'y attendre, il avait bien compris sa position. Qu'avait-elle espérer de toute manière ? Elle ne pouvait pas se faire passer pour une simple dame de compagnie ou une banale servante, elle avait fait preuve de trop d'effronterie à son égard pour en être une. Trystan avait toutefois l’œil avisé, elle pouvait le lui reconnaître. Malgré son arrogance et son comportement étrange, il n'était pas un idiot. Mila ne comprenait pas trop pourquoi il s'était intéressé à elle et pourquoi il lui avait finalement révélé son identité, alors qu'il tentait tant bien que mal de la dissimuler. Elle avait envie de lui poser la question, mais elle voyait bien à son regard qu'il n'avait pas fini.

- Une bande d’imbéciles…

Comprenant qu'il parlait de sa famille, la bâtarde sentit la colère monter en elle. Elle ouvrit la bouche pour répliquer, l’œil brûlant, mais se ravisa en voyant l'expression sévère du noble. Il était son supérieur, un noble, elle ne devait pas l'oublier. S'il le voulait, il pouvait très bien la chasser de Blancport et apporter la honte sur les Mormont, d'un simple claquement de doigt. Les Manderly étaient bien plus riches et puissants que sa famille à l'heure actuelle, elle devait faire profil bas. Qui plus est, en cas de conflit, sa belle-mère se désolidariserait d'elle sans hésiter. Que pourrait-elle faire alors, bâtarde sans famille ? Elle devait garder profil bas.

- Ne me fixe pas avec ses yeux... L’insulte est justifiée, et peu m’importe la maison à laquelle tu es rattachée. Tu es douée, ta place est sur un champ de bataille et non à broder dans je ne sais quelle obscure salle. Tu as eu une bonne éducation, cela je dois l’admettre, mais tu pourrais être plus qu’une simple servante, cachée dans l’ombre d’une faute qu'elle n’a pas commise.  

Les paroles du seigneur remplacèrent la colère par une surprise non feinte. Une faute qu'elle n'avait pas commise ? Sa naissance avait apporté le déshonneur sur son père et sur sa belle-mère, et même si elle n'avait jamais demandé à venir au monde, il était normal qu'elle soit traité ainsi. Elle devait déjà s'estimer heureuse d'avoir reçu une bonne éducation et d'avoir été élevé plus ou moins comme une Mormont. Trystan ne se rendait-il sans doute pas compte de la chance qu'elle avait eu, lui qui avait toujours eu ce qu'il désirait, vivant dans la richesse et le luxe. La question de sa place et de son utilité pour sa Maison n'avait jamais du se poser pour lui, alors qu'il s'agissait du quotidien de la jeune femme. Le noble venait de se tourner vers une autre boutique, qui vendait de la nourriture cette fois, et revenait déjà vers la bâtarde, un morceau de tissu rempli de beignet à l'odeur alléchante à l'intérieur. Il lui tendit une rissole, au bœuf au vu de son fumet appétissant. Pendant qu'elle la saisissait, la jeune femme songea qu'il était peut-être temps de se présenter plus officiellement.

- Mila Snow, déclara-t-elle légèrement à contrecœur. Fille illégitime de feu Alwyn Mormont.

Elle mordit dans son beignet, savourant le goût délicieux de la viande à l'intérieur. La nourriture était moins savoureuse sur son île, il fallait se satisfaire de ce qu'il y avait. Et souvent, ce qu'il y avait, c'était du poisson. Mila ne s'en plaignait pas cependant, beaucoup de paysans ne mangeaient jamais à leur faim, tandis qu'elle avait droit à trois repas par jour.

- Ma Maison a toujours été bonne avec moi. J'ai été élevée comme mes demi-frère et ma demi-sœur, et on m'a appris à accepter ma place. Je suis une bâtarde, je devrais m'estimer heureuse de ne pas avoir été tué à la naissance ou abandonné sur les routes. J'espère pouvoir offrir mes services à ma famille en me battant pour le Nord, mais une femme dans l'armée, ce n'est pas au goût de tout le monde.

Elle haussa les épaules. Elle trouverait bien un moyen de participer aux combats, même si pour cela, elle devait se travestir. Être née bâtarde était une chose, mais être née femme était sans doute encore pire. Si elle avait été un homme, elle aurait au moins pu rejoindre l'armée sans que cela dérange qui que ce soit. Au contraire, sacrifier un fils illégitime était bien moins ennuyeux qu'envoyer un hériter sur le champ de bataille. Elle se souvint alors de la remarque du seigneur sur son incohérence, et lança une idée, fort sotte, mais qui pouvait être intelligente :

- Quant à vous... Vous n'êtes pas aller dans le sud. Vous êtes aller à Essos n'est-ce pas ? Et vous y êtes resté longtemps, plusieurs années, au point d'apprendre leur technique de combat. Pourquoi ? Et pourquoi dissimulez-vous votre identité alors que vous êtes chez vous ?

Une fois de plus, elle risquait de s'attirer la colère de son interlocuteur, avec ses questions effrontés. Le seigneur l'avait, pour le moment, bien pris, mais il pouvait changé d'avis à tout moment, après tout.
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MessageSujet: Re: Flashback - Passe d'arme [Tour III - Terminé]   Lun 1 Aoû - 16:51

La hardiesse de la jeune bâtarde était véritablement distrayante. En d’autres lieux, en d’autre temps, sa tête aurait roulé au sol pour des propos si insolents. Certaines cités ne permettaient que très peu les écarts au protocole. Il était vrai que ce manque de rigueur à la préséance était caractéristique aux gens du Nord, mais quitté les domaines enneigés un tel manquement devenait souillure qu’il fallait sanctionner. Il avait rencontré par le passé des Dorniens qui pour une telle impudence lui aurait sectionné sa magnifique petite langue pour en nourrir leur meute. Ah ces Dorniens un peuple si capricieux… Néanmoins Trystan ne prenait pas ombrage de cette absence de considération pour son rang, on l’avait habitué à bien pire. Son ton était  rieur et en rien accusateur.

Trystan : Je suis surpris qu’une simple bâtarde si reconnaissante pour la chance reçue au cours de son humble existence se montre si… arrogante, surtout maintenant que tu connais mon nom et que tu sais que t’adresses à un chevalier de Blancport…

Manderly détourna son regard, saluant au passage les commerçants et les boutiquiers qui lui rendaient hommage. Les questions de la jeune femme étaient légitimes mais précoce, sa curiosité ne pouvait qu’à long terme lui faire défaut. De plus il ne se sentait pas davantage d’humeur à dévoiler des pans de sa vie, des moments qu’il considérait encore comme sensible, à une parfaite inconnue.

Trystan : J’ai peur que pour aujourd’hui tes questions ne restent sans…

Son regard s’était arrêté sur les portes du petit sanctuaire bordant l’allée principale qui longeait le port. Le septuaire n’imposait en rien par sa magnificence ou son faste. La bâtisse était simple, austère, certaines  mauvaises langues l’auraient même décrite comme délabrée. En effet, les fidèles avaient délaissé depuis longtemps la petite chapelle, préférant les célébrations au temple principal plus en accord avec leur idée de la religion, un dogme ostentatoire et pompeux. Néanmoins le petit sanctuaire n’avait jamais été totalement abandonné et avec le temps il était devenu un refuge pour les indigents de la ville. Un petit groupe de mendiants était assis sur un banc, adossé au mur du temple. Une silhouette, à genoux, s’évertuait à leur laver les pieds. Il le reconnut, le moine Hurskaus,  un homme maigre, au crâne dégarni et au faciès fourbu. Le prêtre avait toujours été bon pour lui, Trystan ayant souvent fuit les cours de théologie donnés au septuaire principal pour venir discuter avec le vieil homme dont la conception de la religion lui correspondait de bien meilleur façon. Il tendit le morceau de tissu avec les beignets à la jeune femme et s’approcha du temple sans prêter véritablement attention à Mila. Arrivé à quelques pas, le moine se retourna et Trystan s’agenouilla devant le vénérable. Tête baissée, il prononça quelques mots, un doux hommage à la gentillesse et à la bienveillance dont faisait toujours preuve le vieil homme. Le prêtre s’était relevé, s’essuyant sur une pièce de tissu et s’était approché du chevalier. Dans un geste de sainteté, il appliqua alors ses mains sur la tête du Manderly, bénissant le retour du mort-vivant. Un sourire illuminait son visage tiré par la fatigue, heureux de la présence de son ancien protégé. Sa voix était douce et apaisante alors qu’il lui adressait une brève bénédiction. Trystan se releva et les deux hommes s’étreignirent chaleureusement. Ils échangèrent quelques paroles amicales avant qu’à nouveau il ne s’agenouilla dans la crasse pour réaliser l’humble besogne du prêtre.

Il avait toujours été fasciné par cet acte d’humilité à l’égard des miséreux. Ses ancêtres en avaient fait une tradition de charité. Chaque année, tout pauvre de Blancport était invité au château afin d’y être lavé par son seigneur et d’y profiter d’un repas chaud. Le rite avait perduré au fil des siècles malgré la désapprobation d’une majorité des seigneurs du Nord. Aucun nordien ne devrait jamais plier le genou se gaussaient-ils. Leur rire gras et leurs remarques stériles n’avaient fait que nourrir son mépris pour cette partie béotienne de la noblesse. Son père avec le temps lui avait appris à passer outre leur suffisance, lui rappelant à l’occasion que leur ignorance n’était pas l’œuvre d’une quelconque stupidité mais uniquement de leur pauvreté.  Ainsi la rancœur avait fait place à la pitié puis à la compassion pour cette fange si prompte à vouloir afficher sa virilité. Le jeune homme se reconcentra sur sa tâche, nettoyant doucement les pieds nus des manants avec un chiffon trempé. Depuis la mort de son père, la tradition était tombée en désuétude, son frère estimant l’acte de lavement comme une souillure pour la noblesse de Blancport. Une violente dispute avait alors opposé les deux frères, Trystan considérait l’abandon de cette tradition comme trahison vis-à-vis des valeurs de leur famille et depuis les deux gentilshommes s’ignoraient froidement au grand dam de leur mère. La tâche ne lui prit que quelques minutes, quelques minutes pendant lesquelles aucun mot ne fut prononcé. Il s'y attela avec minutie, toute arrogance ou suffisance avait disparu de son visage, un visage devenu si humble. Ses lèvres murmuraient de silencieuses prières en remerciement des biens faits reçus pour sa maison et pour le peuple de Blancport. Sa besogne terminée, il se releva. Il avait ruiné sa chemise, blanc virginal avait fait place une crasse terreuse, mais peu lui importait. Il se retourna alors vers la jeune bâtarde qui observait la scène et lui fit signe d’approcher. D’une voix douce il lui dit.


Trystan : Mira, distribue s’il te plait les beignets à ses hommes.

Le chevalier tira de sa bourse quatre piécettes d’argent qu’il distribua à chacun des mendiants. A chaque don il s’inclinait, touchant de son front les pieds du pauvre hère et murmurait une courte prière. Les sacrements terminés, chacun le remercia en baisant respectueusement sa main, un sourire du Manderly accompagnait chacun de leurs hommages. Les quatre nécessiteux furent alors invités par le prêtre à rejoindre le septuaire pour le repas consacré. L’invitation incluait Trystan et sa jeune compagne, mais à leur grand regret, ils durent refuser, le jeune homme s’était déjà engagé auprès d’autres amis. Apres de sincères adieux, le prête et le chevalier se quittèrent sur la promesse du triton de faire envoyer de la nourriture et des vêtements au temple. Ils s’éloignèrent alors d’un pas tranquille, Trystan muré dans un long silence, méditant sur l’humilité de tels actes. Ils rejoignaient une seconde place marchande lorsqu’il se décida à parler.

Trystan : Tu me demandais pourquoi je me dissimulais alors que j’étais chez moi, ici... Ta remarque n’est exclusivement construite que sur le fait que je ne porte aucun trident ou triton, je ne me trompe ? En vérité je n’arbore nul déguisement en ces lieux.  Je considère simplement que la noblesse d’un homme ne se définit pas au blason qu’il arbore mais uniquement par les actes qu’il accomplit. Si je ne suis pas capable de rappeler au bon peuple de Blancport qui je suis par mes actions alors je ne mérite pas de porter le triton au trident.

Ils continuaient d’avancer, traversant la petite esplanade où se mêlaient acrobates et jongleurs. Il se savait bientôt arriver à son point de rendez-vous mais ne souhaitait pas conclure cette conversation aussi tôt. Il repensa aux origines de la jeune femme. Une Snow donc, il avait visé juste. Sa déclaration n’était en soi qu’une simple conjecture légèrement audacieuse, un soupçon d’assurance suffisait pour la déguiser en  affirmation. De nombreux scenarios s’étaient bousculés dans son esprit mais compte tenu de certains indices, celui-ci s’était révélé être le plus probable.


Trystan : J’ai connu ton père, Alwyn Mormont… Nous avons participé tous les deux à la guerre contre le Sud il y a dix ans de cela. Un homme bon mais si rude… Je comprends mieux maintenant de qui tires tu ce côté sauvage, j’imagine que c’est la marque distinctive d’une majorité des gens de l’ile aux ours.

La réflexion n’était en rien un compliment, un sarcasme tout au plus. Les hommes du Grand Nord avaient la réputation d’être de rustre et farouche individu. Certains faisaient même peu de différences entre eux et les sauvageons dont beaucoup devaient partager la même ascendance. Un nouveau silence, Trystan continuait à tourner son regard de ci-delà au grès des animations de son environnement. Il échangea quelques mots avec une des jeunettes d’une famille marchande de Blancport, la complimentant sur l’élégance de sa nouvelle toilette. Ils continuaient doucement leur marche. Une question le taraudait. Il avait vu son regard au château, sa réaction contenue face à la correction affligée à ce jeune guerrier et il s’interrogeait. A ces yeux la réponse serait déterminante sur la proposition qu’il pouvait lui faire. La jeune femme était intéressante et il recherchait un « écuyer » pour la guerre qui s’annonçait. La guerrière pouvait faire l’affaire et prendre une jeune bâtarde à son service ne pourrait que faire fulminer son frère, à son plus grand plaisir.

Trystan : Penses-tu que je me sois montré dur avec ce jeune soldat ? Toi qui souhaites servir et te battre, comprends-tu le « châtiment » qui lui a été affligé ?

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MessageSujet: Re: Flashback - Passe d'arme [Tour III - Terminé]   Mar 2 Aoû - 19:01

Devant ses interrogations, qui ne manquaient pas d'impertinence, le seigneur esquissa un sourire amusé. Mila songea que c'était bien la première fois qu'elle osait se comporter ainsi avec un noble. Était-ce qu'elle l'appréciait, ou au contraire parce qu'elle le trouvait incroyablement énervant ? Sans doute un mélange des deux... En effet, la bâtarde n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi extravagant que Trystan, d'aussi arrogant et prétentieux. Il donnait l'impression d'être le maître du monde, avec ses grands airs, ses mimiques, ses petits rires condescendants. Et pourtant... Pourtant il parlait avec une bâtarde, une femme qu'il venait d'affronter à l'épée, et lui avait donné son identité alors qu'il semblait essayer d'être discret sur ce sujet avec les autres. Mila ne parvenait pour le moment pas à dire si elle trouvait ce nobliau sympathique, ou détestable. En tous cas, elle avait tout intérêt à se montrer aimable avec lui.

- Je suis surpris qu’une simple bâtarde si reconnaissante pour la chance reçue au cours de son humble existence se montre si… arrogante, surtout maintenant que tu connais mon nom et que tu sais que t’adresses à un chevalier de Blancport…

La jeune femme haussa discrètement les épaules. Il était vrai que dans le domaine des Manderly, les croyances n'étaient pas les mêmes que dans le reste du Nord. Ils croyaient aux Sept, ce qui n'était pas le cas des Mormont ou même des Stark, qui eux, croyaient aux Anciens Dieux. Mila, proche des traditions, respectaient ses coutumes mais ne voulait pas se montrer dénigrante envers son interlocuteur et son culte. Ici, et dans le reste du Sud, certains guerriers devenaient des chevaliers, un titre qui inspirait beaucoup de respect et de déférence sans doute, mais pas vraiment pour Mila. Pour elle, être un chevalier signifiait seulement être de bonne naissance, pas nécessairement être un meilleur combattant. Il n'y avait pas de chevalier à l'Île aux Ours, et pourtant leurs guerriers étaient connus pour le féroce entraînement qu'ils suivaient et leur hardiesse au combat. Être chevalier signifiait-il donc réellement quelque chose ? Elle se garda bien de poser la question, même si celle-ci était bien plus naïve que provocatrice. Mila n'avait réellement aucune idée de la signification du rôle d'un chevalier dans la société.

- J’ai peur que pour aujourd’hui tes questions ne restent sans…

Le seigneur se tue alors, tandis qu'ils s'arrêtaient devant un septuaire. Si la bâtarde ne connaissait pas grand chose des coutumes des gens du Sud, elle savait néanmoins reconnaître leur lieu de culte. Dans le Nord, il n'y avait pas de bâtisse pour célébrer les Anciens Dieux, les barrals servaient de liens entre les hommes et les divinités. Ces grands et majestueux arbres blancs, au visage taillé dans leur tronc par les enfants de la forêt. Mila n'était pas une grande pieuse, pourtant elle éprouvait toujours un immense sentiment de déférence lorsqu'elle se trouvait face à un barral. Face au petit septuaire en bien triste état, la jeune femme n'éprouvait que de la pitié. Des mendiants y étaient regroupés, un vieil homme s'occupant de leur laver les pieds. L'attention de Trystan avait visiblement été capté par le vieillard, peut-être le connaissait-il. Cet homme était-il un religieux ? Mila ne connaissait pas très bien le fonctionnement de la religion des Sept, son propre culte ne comportant pas de clergé, mais il lui semblait qu'il y avait des septons et des moines, qui formaient une sorte de hiérarchie. Le vieillard ne devait pas être très élevé dans cette hiérarchie, pour occuper cette place.

Le seigneur Manderly s'approcha du moine, et ce dernier se tourna vers lui, le reconnaissant visiblement. Il appliqua ensuite les mains sur le front du noble et prononça quelques mots que Mila ne comprit pas. Il s'agissait sans doute d'un rituel religieux, que la jeune fille ne voulait en rien interrompre. La bâtarde haussa cependant un sourcil lorsqu'elle vit Trystan se munir d'un torchon et commencer à laver à son tour les pieds d'un mendiant. Était-ce une tradition des Sept également ? Aider les pauvres n'était pas quelque chose qui la rebutait, c'était quelque chose de courant sur l'Île aux Ours, où tout le monde était un peu dans le même panier. Chacun, même les nobles, devaient partir à la pêche et lorsque les temps étaient difficiles, il n'y avait pas de distinction entre les classes. Le butin de la pêche était ensuite partagé parmi tous les pêcheurs, une fois encore sans faire de différence entre les plus riches et les plus pauvres. Ceux qui avaient pêchés avaient droit à leur part.

Toutefois, leur laver les pieds... Ne pouvaient-ils pas les laver tout seul ? Ils avaient des mains, aux dernières nouvelles. Mila était réellement perplexe face à cette coutume. Elle vit cependant par là un nouveau visage du seigneur. Il avait perdu son arrogance et son ton théâtral, agissant avec simplicité et peut-être même dévotion. Était-ce un petit jeu politique pour s'attirer l'affection du peuple, ou était-il sincère ? La bâtarde voulait croire en son honnêteté, malgré son caractère pénible il devait avoir un bon fond. Lorsqu'il eu terminé, il se redressa, pour constater que sa chemise blanche avait viré au marron et se tourna vers la jeune femme, qu'il avait tout bonnement ignoré. Cette dernière ne s'en offusquait pas, elle était habituée à ce genre de comportement de toute façon. Il était déjà très étonnant que le seigneur lui ait accordé de son temps jusqu'à présent. Elle s'était peut-être montré dure avec lui... Il n'était finalement pas un simple nobliau sûr de lui et prétentieux. Il y avait autre chose, derrière son masque.

- Mila, distribue s’il te plait les beignets à ses hommes, demanda Trystan d'une voix adoucie.

Sans hésiter, la bâtarde s'exécuta. Elle ne connaissait pas les prières des Sept, et se contenta donc de leur sourire, espérant ne pas offenser le moine. Elle regarda le seigneur terminer ce qu'il avait commencé, sans réellement comprendre ses gestes ou de ses paroles, mais assimilant qu'il s'agissait une fois encore de démonstration de leur culte. Mila songea que finalement, la religion des Sept n'était pas si mauvaise que ce qu'elle s'imaginait. Elle avait entendu parler de Grand Septon vivant dans l'opulence et la luxure, oubliant leur vœux et ignorant la douleur du petit peuple. Tous n'était visiblement pas ainsi et c'était plutôt rassurant. La jeune femme songea qu'à l'avenir, elle prêterait plus d'intérêt à ce culte et davantage de respect. Le moine leur proposa ensuite de se joindre à leur repas, mais Trystan du refuser, ayant d'autres affaires à régler dans la journée. Mila n'était pas mécontente qu'il ai décliné l'invitation, elle aurait été très gênée au milieu de tous ces gens partageant une religion qui n'était pas la sienne. Les deux jeunes gens s'éloignèrent alors. La bâtarde n'osa rompre le silence et attendit que le seigneur le fasse, mais celui-ci était devenu muet. Il n'ouvrit la bouche que plusieurs minutes plus tard, alors que le septuaire était loin derrière eux.

- Tu me demandais pourquoi je me dissimulais alors que j’étais chez moi, ici... Ta remarque n’est exclusivement construite que sur le fait que je ne porte aucun trident ou triton, je ne me trompe ? En vérité je n’arbore nul déguisement en ces lieux. Je considère simplement que la noblesse d’un homme ne se définit pas au blason qu’il arbore mais uniquement par les actes qu’il accomplit. Si je ne suis pas capable de rappeler au bon peuple de Blancport qui je suis par mes actions alors je ne mérite pas de porter le triton au trident.

La bâtarde hocha doucement la tête. Elle pouvait comprendre cette démarche, qui contrastait énormément avec ses airs de jeune noble si arrogant qu'il avait arboré si peu de temps auparavant. Peut-être était-ce cela être noble, avoir plusieurs visages, plusieurs chapeaux à enfiler au moment opportun. Mila se demandait quand donc Trystan était réellement lui-même, s'il passait son temps à changer d'attitude. Elle l'avait trouvé touchant quelques instants auparavant, avec les mendiants, mais avait-il souvent l'occasion d'être aussi sincère ? En tant que bâtarde, Mila n'avait pas à s'embarrasser de ce genre de questionnement. Elle était tout le temps elle-même, et de toute manière on ne prêtait pas assez attention à elle pour que son comportement soit source de problème. Enfin, sauf quand elle voulait prendre les armes. Là évidemment, tout le monde n'était pas d'accord. La voix de Trystan la tira alors de ses pensées, la ramenant brusquement à la réalité.

- J’ai connu ton père, Alwyn Mormont… Nous avons participé tous les deux à la guerre contre le Sud il y a dix ans de cela. Un homme bon mais si rude… Je comprends mieux maintenant de qui tires tu ce côté sauvage, j’imagine que c’est la marque distinctive d’une majorité des gens de l’ile aux ours.

Sans s'en rendre compte, la jeune femme esquissa un sourire. Elle se souvenait de l'attitude bourru de son père. Ce dernier n'avait jamais été un tendre, et pourtant il avait été bon avec elle. Il lui manquait énormément, sa mort était douloureuse mais l'heure n'était pas au deuil. Alwyn était mort en affrontant les sauvageons, et une nouvelle guerre commençait déjà, contre Harren le Noir. Feu Lors Mormont n'aurait pas voulu que l'on pleure sur son sort, mais plutôt que l'on se batte pour le Nord, et c'était bien ce qu'elle comptait faire.

- Penses-tu que je me sois montré dur avec ce jeune soldat ? Toi qui souhaites servir et te battre, comprends-tu le « châtiment » qui lui a été affligé ?

La question était quelque peu déconcertante. Mila ne s'était pas attendue à ce que Trystan lui demande son avis, il avait plutôt l'air d'agir comme bon lui semblait, sans vraiment se soucier de l'opinion des autres. Voulait-il la tester avec sa question ? La bâtarde n'en savait rien, mais elle était décidée à jouer la carte de l'honnêteté. Mentir ne servirait à rien, il lierait la vérité sur son visage de toute manière. Qu'avait-elle donc pensé de son attitude face au soldat ? Elle haussa les épaules et déclara :

- Ce soldat était inexpérimenté. Il a perdu parce qu'il m'a sous-estimé, il ne voulait sans doute pas faire de mal à une femme. Cependant, sans entraînement, il n'apprendra jamais.

Si elle avait été à la place du seigneur, sans doute aurait-elle été moins sévère. Mais d'un autre côté, elle était contente de ne pas être à sa place, justement. Elle n'était pas faite pour donner des ordres, elle voulait simplement se battre.

- Je n'ai jamais participé à de vrais batailles, déclara-t-elle en toute simplicité. Je me suis battue sur l'Île aux Ours contre les sauvageons pour aider les miens et je m'entraîne depuis plusieurs années avec le maître d'arme de ma Maison dans le but de servir ma famille. Je suis une bâtarde, mais je ne serai pas un poids mort pour ma Maison.

Pourquoi lui révélait-elle cela exactement ? Espérait-elle que sa voix soit entendue ? Que le seigneur la soutienne dans sa quête ? Ou avait-elle seulement besoin de parler de cette envie qui brûlait en elle depuis des années, cette envie d'être plus qu'une simple indésirable pour les siens, cette envie de donner sa vie s'il le fallait pour sa Maison, pour le Nord.
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MessageSujet: Re: Flashback - Passe d'arme [Tour III - Terminé]   Jeu 4 Aoû - 16:44

Oui en effet, le soldat avait probablement fait preuve de mansuétude lors de son combat face à la jeune femme. La bâtarde était suffisamment clairvoyante pour avoir réussi à appréhender les raisons d’une telle punition. C’était une erreur grossière que de considérer le talent de son adversaire uniquement selon son sexe. Le chevalier espérait que cette petite leçon puisse lui servir dans un avenir proche, un tel manquement était, à ses yeux, intolérable. Trystan n’avait cherché d’aucune manière à rabaisser le soldat ou véritablement à le châtier à travers ces actes, l’entrainement n’était un supplice que pour les fainéants et les tire-au-flanc.

Trystan :
Nous sommes responsables de ces hommes, Mila. Chaque coup porté contre le mannequin, chaque geste répété est une seconde de gagnée pour ce soldat sur le champ de bataille.  N’oublie jamais qu’un châtiment ne peut être considéré comme tel si le condamné en sort grandi.

Ils y étaient arrivés, l’auberge du « Gros Trident Boursouflé». Probablement que les marchands l’attendaient déjà à l’intérieur, il ne devait pas s’attarder plus que nécessaire. Cette promenade avait été agréable mais voilà qu’il était arrivé l’heure pour eux deux de se séparer. La conversation avait été des plus divertissantes, et pour cela il lui en savait gré. Vive et fougueuse, ses compétences pouvaient l’intéresser pour la guerre à venir, la jeune femme était à surveiller. Il s’apprêtait à la remercier lorsque la belle s’exprima en toute sincérité.

Mila :
Je n'ai jamais participé à de vraies batailles. Je me suis battue sur l'Île aux Ours contre les sauvageons pour aider les miens et je m'entraîne depuis plusieurs années avec le maître d'arme de ma Maison dans le but de servir ma famille. Je suis une bâtarde, mais je ne serai pas un poids mort pour ma Maison.

Son discours avait été dit simplement, comme l’énumération d’un fait, un élément irréfutable que rien ne pouvait changer. Sa détermination était palpable, néanmoins… Trystan crut décerner de la tristesse dans sa voix, comme une certaine désillusion. Elle n’était qu’une gamine qui tentait de se battre contre une situation immuable avec toute sa rage et ses espoirs. Ces mots n’étaient-ils pas une tentative pour quitter cette triste existence qui à jamais la condamnerait à porter jupon et à mettre bas ? Il était probable que la jeune femme cherchait une issue, une échappatoire à cette vie morne existence.

Trystan :
Ces paroles sont tout à ton honneur, jeune Snow. Il est regrettable que cette bonne volonté ne soit gâchée, retenue par des chaines que ta famille a depuis longtemps réussit à t’imposer... Très bien, c’est ici que nos chemins se séparèrent. Merci pour cette petite promenade mais j’ai peur que ta belle-mère ne soit déjà à ta recherche… Adieu va !

Manderly s’inclina légèrement, recula de quelques pas et se retourna finalement. Il se dirigea alors vers l’auberge, son rendez-vous l’attendait. Quel gâchis, elle était véritablement prometteuse. Il hésita… Stoppant sa course, il tourna légèrement sa tête dans la direction de la jeune bâtarde qui n’avait pas encore quitté les lieux. Son visage était grave mais ses yeux pétillaient d’espièglerie. D’une voix douce il lui dit.

Trystan :
Si tu souhaites briser ses chaines, présentes toi demain dans la cour d’entrainement du château, aux premiers rayons du soleil. Je ne tolère aucun retard de mes Francs-Coureurs alors soit ponctuelle.

Il lui faudra donc attendre demain pour être fixé sur ses motivations. Osera-t-elle ? Oui il en était persuadé, l’offre était trop bonne pour être refusée par une gamine de son rang. Dans le cas contraire, Trystan n’aurait donc pas à s’embarrasser d’une lâche, peu importe la situation il ne pouvait être desservi par son choix. Il était persuadé qu’une petite discussion ou un simple corbeau adressé au seigneur Mormont ou à la respectueuse veuve serait suffisant pour obtenir le service de la jeune fille. Manderly s’engagerait à régler tous les frais de la jeune fille, à l’équiper, à la nourrir et à la loger, autant d’argent que son ancienne famille n’aurait à dépenser. De plus en lui offrant de servir une famille prestigieuse, il éloignerait une « disgrâce » aux yeux de sa belle-mère, la convaincre donc d’accepter son offre ne devrait être qu’une formalité.  En échange la jeune fille devrait servir à l’image d’un « écuyer » la maison du triton, protégeant son seigneur et le soutenant en toute occasion. Cependant, elle ne pouvait espérer devenir chevalier elle-même, son sexe lui interdisant tout espoir d’adoubement, seule une vie de servitude lui était dévolue… Triste avenir mais meilleur probablement que celui qui l’attendait à son retour sur l’ile des ours. Il détourna son regard et reprit son chemin. Il n’attendait pas de réponse, en fait il n’attendait même aucune réaction de la jeune fille et il se dirigea vers la taverne, il était temps de discuter affaires.
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MessageSujet: Re: Flashback - Passe d'arme [Tour III - Terminé]   Sam 6 Aoû - 11:02

Devant le manque d'enthousiasme de la bâtarde pour la punition imposée au soldat malhabile, Trystan se défendit en exposant sa propre vision. La jeune femme songea que même avec tout l'entraînement du monde, si quelqu'un n'était pas doué, il n'était peut-être pas nécessaire de s'acharner. Beaucoup de soldat s'engageaient pour faire plaisir à leur famille, ou parce que la mobilisation était importante ces temps-ci, à cause de la guerre imminente. Tous n'était pas fait pour se battre, ou en avait seulement l'envie. Néanmoins, ils se retrouveraient tous sur le champ de bataille, alors autant faire en sorte qu'ils survivent. Mila savait qu'il y aurait des pertes, notamment des jeunes gens envoyés en première ligne comme chair à canon mais malgré tout, elle continuait de penser que la guerre était la seule solution pour se débarrasser de Harren Hoare. Peut-être changerait-elle d'avis lorsqu'elle serait à son tour au milieu de l'action, entre les cadavres de ses frères d'arme, mais pour l'heure, elle éprouvait une grande excitation à l'idée de prendre part à ces batailles.

Lorsque la jeune femme exposa sa propre situation et son manque d'expérience, le seigneur Manderly la regarda avec le plus grand sérieux. Elle ne savait toujours pas pourquoi elle lui avait parlé de tout ça tout à coup. Que pouvait-il y faire après tout ? Il n'était pas un Mormont, et même s'il était fils d'une la plus riche famille du Nord, il ne pouvait pas la transformer en homme. Bientôt, Sevane se rendrait compte qu'elle pouvait se débarrasser d'elle en lui trouvant un mari, et sans doute se mettrait-elle à chercher quelqu'un, n'importe qui, acceptant de la porter comme fardeau à sa place. Ce qui rassurait quelque peu Mila était l'idée que sa belle-mère aurait beaucoup de difficulté à dénicher un noble qui voudrait d'elle. Elle était pour le moment tranquille, mais elle n'était pas sotte. Un jour, elle aurait à gérer ce genre de problème si elle ne trouvait pas un autre moyen de se rendre utile. Dans beaucoup de famille, les bâtards devenaient des espions, des assassins, ou simplement des soldats, mais lorsqu'on naissait femme, c'était tout de suite plus compliqué. Mila n'avait guère envie de devenir la dame de compagnie d'un seigneur ennemi. Sa compagnie n'était pas très appréciable, de toute manière.  La voix de Trystan la tira de ses pensées, alors qu'ils venaient de s'arrêter devant une auberge.

- Ces paroles sont tout à ton honneur, jeune Snow. Il est regrettable que cette bonne volonté ne soit gâchée, retenue par des chaines que ta famille a depuis longtemps réussit à t’imposer... Très bien, c’est ici que nos chemins se séparèrent. Merci pour cette petite promenade mais j’ai peur que ta belle-mère ne soit déjà à ta recherche… Adieu va !

Bien entendu, la bâtarde se demanda ce que le seigneur allait bien pouvoir faire dans une auberge comme celle-ci, mais elle avait épuisé son quota de questions. Elle s'inclina donc respectueusement, songeant qu'effectivement, Sevane était sans doute à sa recherche. Si elle apprenait qu'elle avait passé du temps avec un Manderly, elle serait probablement très en colère. Elle était censée rester discrète et se faire oublier, se comporter comme une dame de compagnie, invisible. Elle regarda donc Trystan s'éloigner, gardant ses questions en tête. Reverrait-elle un jour cet étrange noble aux multiples visages ? Sa famille allait rester encore quelques jours à Blancport, il était probable qu'elle le croise à nouveau durant ce laps de temps, mais sans doute éviterait-elle de croiser son regard. Mieux valait éviter les ennuis avec sa belle-mère, qui s'imaginerait très vite des choses qui n'avaient pas lieu d'être. Alors que Mila s'apprêtait à tourner les talons, Trystan tourna la tête vers elle, une étrange lueur dans le regard, et lui lança :

- Si tu souhaites briser ses chaines, présentes toi demain dans la cour d’entrainement du château, aux premiers rayons du soleil. Je ne tolère aucun retard de mes Francs-Coureurs alors soit ponctuelle.

Puis, sans attendre de réponse, il poussa la porte de l'auberge et disparu de son champ de vision. La jeune femme resta figé durant plusieurs secondes, incapable de faire un geste. Les mots du seigneur se répétaient encore et encore dans son esprit, tandis qu'elle cherchait à comprendre leurs sens. Trystan Manderly souhaitait que Mila devienne une de ses Francs-Coureur ? Ce titre n'était généralement pas très glorieux, mais il était au-dessus de tout ce que la bâtarde avait pu s'imaginer pour sa carrière militaire. Se mettre au service d'un noble signifiait que sa Maison n'était plus responsable d'elle, qu'elle se battrait aux ordres du seigneur... Mila cligna des yeux. Avait-elle rêvé ? Avait-elle imaginé qu'il lui disait cette dernière phrase ? Ou cette scène s'était-elle réellement produite ? La bâtarde regarda autour d'elle, constatant que la vie grouillait toujours à Blancport, et que le soleil était bien haut dans le ciel. Elle devait rentrer sans tarder, ou elle aurait de graves ennuis. Sa belle-mère serait furieuse, mais elle ne pourrait pas trop la réprimander en présence des autres grandes dames. A leur retour sur l'Île aux Ours cependant, elle risquait de passer un mauvais quart d'heure...

Pendant qu'elle galopait vers le château de la Maison Manderly, Mila ne cessait de réfléchir à la proposition de Trystan. Était-il sérieux ? Ou souhait-il lui faire une farce ? Elle en aurait le cœur net le lendemain, lorsqu'elle se rendrait au lieu du rendez-vous. Car la bâtarde avait l'intention d'accepter sa proposition. Elle avait là la chance de sa vie de rejoindre une armée de façon officielle, de pouvoir se battre sans avoir à se cacher. Rien ne lui assurait que sa Maison serait d'accord, Sevane serait d'ailleurs sûrement contre, mais c'était à Lyam d'accepter ou de refuser la proposition, et Mila avait bon espoir. Entrer au service du seigneur signifierait de grands changements dans sa vie, à ne point douter, mais elle n'attendait que cela. Il était grand temps qu'elle prenne son existence en main. Oui, c'était décidé, le lendemain, elle dirait à Trystan qu'elle acceptait son offre, et qu'elle lui offrait son épée ainsi que son avenir.
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