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La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]
MessageSujet: La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]   Lun 13 Juin - 1:35

Karnal se réveilla en sueur. Allongé dans l’herbe meurtrie par les sabots, il tourna frénétiquement la tête à gauche, puis à droite, encore mu par la fureur de la bataille à laquelle il venait de survivre. Encore une. Autour de lui, ses hommes étaient tous tombés. Le Buckler se redressa et, tandis qu’il s’apprêtait à se mettre debout, fut pris d’une douleur telle qu’il retomba à genoux. Le râle qui accompagna sa chute fit écho contre les murs d’Accalmie, derrière lui.

L’un des soldats qui l’avait suivi dans sa charge folle ouvra les yeux un peu plus loin. Un adolescent, d’environ seize ans, qu’on avait ôté à ses parents fermiers lors de la levée de conscrits. Il ne fallut pas longtemps au jeune homme pour se rendre compte de l’état désastreux dans lequel il était. Ses deux jambes étaient sectionnées, sans doute emportées par la lame acérée d’un cavalier. Il se vidait de son sang et commença à paniquer, et à hurler.
Karnal se leva, titubant, rejoint le garçon et attrapa ce qui lui avait servi d’épée. L’homme leva le poing, ferma les yeux, le visage tiraillé entre l’amertume et la peine, et planta le fer dans le cœur du garçon. Il était préférable d’abréger cette horreur.

Sur le côté, Karnal remarqua la dépouille d’un cheval, sous lequel un cavalier avait été écrasé. Elle lui fit remonter quelques souvenirs récents. Il avait frappé cet animal de son marteau lors de la charge. Sa force avait été telle qu’il avait réussi à le faire dévier de sa trajectoire et à l’assommer à mort sur le coup. Mais derrière, Lord Buckler avait été emporté par la ruée du Conflans. Il se rappela avoir été piétiné par un cavalier, et puis rien d’autre.
Karnal fit volte-face. Derrière lui, il entendait des chevaux approcher.

Instinctivement, il avait cru l’espace de quelques instants qu’il restait encore des ennemis sur le champ de bataille. A l’heure qu’il était, il ignorait si l’Orage avait vaincu. Les yeux floutés par le sang qui coulait sur son visage balafré, à moitié hagard, l’homme distingua une lance transperçant l’astre solaire, signe distinctif de la Maison Martell de Lancehélion. La troupe vint rapidement à sa rencontre. On l’aida à s’asseoir sur un cheval et, pendant que certains Dorniens parcouraient encore la boucherie à la recherche de quelques survivants, deux hommes du Sud l’accompagnèrent jusqu’aux portes d’Accalmie.

Le bois grinça dans un bruit lourd et profond. Derrière, la foule s’afférait et semblait en joie. Karnal distingua d’emblée Argella, un peu plus loin. Elle était saine et sauve. Cette simple assurance sembla atténuer la douleur qui le tiraillait de tous les côtés. D’ordinaire si fier et si charismatique sur un destrier, Karnal n’était alors que l’ombre de lui-même : faible, recroquevillé, le visage endolori. On le fit descendre de cheval. Au moment où le Lord posa le pied à terre, certains archers du haut des remparts commencèrent à scander une phrase qui ne tarda pas à faire écho dans tout le château. « Gloire à Lord Buckler ! Que Gronde le Tonnerre ! ». Ne possédait-il plus une côte, il aurait toutefois son quart d’heure de liesse. L’Orage meurtri avait besoin de ses héros. Désormais, il en ferait partie.

Karnal marcha tant bien que mal en direction de la Reine, se prosterna devant elle. Un rictus aux lèvres, Lord Buckler livra ces quelques mots à sa Reine

[Karnal] « Je suis venu, tranquille, j’ai vu, j’ai vaincu. »

La foule en joie continua de célébrer la victoire durant plusieurs longues minutes.Le cérémonial passé, Karnal fut rapidement emmené auprès du Mestre et des apothicaires afin d’être soigné. On l’allongea, on le déshabilla, et l’on commença à l’ausculter. Le verdict était sévère, mais moins qu’il l’aurait cru. Trois côtes brisées, une autre fêlée. Il souffrait de multiples contusions et avait probablement subi une commotion cérébrale. Il conserverait aussi des cicatrices sur le visage, frappé de plusieurs balafres.

Mais il ne serait pas invalide. Quelques semaines ou quelques mois d’une patience dont il n’était pas pourvu devraient lui permettre de retrouver sa fougue habituelle. Sauf pour les côtes, elles seraient fragilisées durant plusieurs années. On lui recommanda du repos, et de faire renforcer son plastron pour ne pas prendre le risque de briser une nouvelle fois sa cage thoracique, puis on le laissa. Il y avait beaucoup à faire, les blessés se comptaient par centaines.

L’homme contempla le plafond, seul dans la pièce, puis s’endormit. On l’avait lavé et rhabillé d’une légère robe en lin blanc.


Dernière édition par Karnal Buckler le Lun 13 Juin - 10:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]   Lun 13 Juin - 4:35

La Dame de Grès contemple le mur lui faisant face, ennuyée à l’extrême. Les rayons du Soleil passent au travers de l’unique fenêtre, dont les carreaux sont recouverts d’une épaisse poussière. Son regard blanc ne s’aventure pas plus loin, et un soupire s’échappe de ses lèvres. Décidément, ce lieu morne et grisâtre ne lui sied guère. Encore une fois, elle est prise de remords. La jeune femme songe aux tissus fins et ondoyants dont sont vêtus les Dorniens ; ces parures nacrées, qui se meuvent avec leurs porteurs. En vérité, des danseurs… Miroitant sous l’azur ardent. Dans le coeur des terres ensablées, or et lumière resplendissent. Ah… ! Astre factice. Ses doigts, frénétiquement, tapotent sur l’accotoir de la chaise. Marei jette un regard pensif à sa compagne, la jaugeant. D’une voix brusque et impatiente, elle lui demande : « Elya, n’as-tu pas une histoire à raconter ? ». Son ton tranchant rompt le calme ambiant qui régnait dans la pièce occupée par les deux femmes. La vieille suivante sursaute, surprise de l’intervention. « Une… histoire, ma Dame ? ».

La veuve Qorgyle se lève et traverse en quelques enjambées la chambre, se postant près de la fenêtre. La tête haute, les bras croisés sur sa poitrine, elle rétorque : « Oui, sur Dorne… Les légendes anciennes qui entourent et célèbrent notre royaume ». Elya acquiesce, contemplant la froide majesté qui émane de sa Dame. D’une voix quelque peu éraillée par l’âge et les longues conversations, la vieille évoque les terres parfumées, et le Soleil au zénith, qui surplombe et caresse les voyageurs, alanguis par la chaleur et la fatigue. Prêtant une oreille attentive à ses propos, Marei se détend ; elle savoure les notes suaves et épicées, et l’accent qui alourdit la langue d’Elya. Un sourire éclaire le visage de la Dornienne, à la manière dont ses lèvres forment les « o », et les « a ». « Et les Danseuses enchanteresses prennent place, leurs chevelures d’ébène cascadent dans leur dos dénudé et basané… Leurs yeux sont noirs, noirs comme la Nuit. La plus belle des étoiles s’y reflète : celle du Soir ».

La voix de la vieille s’est éteinte dans un murmure. Sa tête dodeline de droite à gauche, et un souffle régulier soulève et étreint sa poitrine. Marei dévisage sa compagne et fidèle amie, longeant les rides qui creusent sa peau ; d’infinis sillons, vestiges du temps. La beauté passée demeure, infime, dans les courbes régulières de son visage. Ses yeux de velours, autrefois chauds et profonds, ont perdu de leur éclat. Les minutes pèsent, si longues, et la Dame de Grès se détourne de ce double spéculaire, accablée. Un muscle de sa mâchoire frémit, signe révélateur d’un trouble grandissant. Une tempête gronde en son sein, alimentée par la colère et l’ennui. Elle étouffe presque, ébranlée par la violence de ses émotions. Autour, un silence oppressant. Le regard de Marei se pose à nouveau sur Elya. Rêve-t-elle de rivages célestes ? La voix rauque et basse de la jeune femme s’élève, d’après un air bien connu : « Il ne faut pas écouter les bruits du monde, mais le silence de l’âme… ».

Un fracas, au loin, interrompt ses pensées. Piquée par la curiosité, la Dornienne entrouvre les vitres de la fenêtre. Un air chargé d’humidité pénètre dans la chambre, taquinant la gorge déployée de la jeune femme. Bien malgré elle, un frisson parcourt son échine. Au dessus trône l’astre suprême, que des nuages obscurs dissimulent. Puis ses yeux tombent sur la cour, et la masse fourmillante. Un masque froid et distant s’étend à ses traits, à la lueur de ces gens. Etrangers, bruyants, ennuyeux. Fades… L’ombre d’un rictus relève le coin de sa bouche. Son regard est alors attiré par un… « cavalier ». Un homme qui chevauche tant bien que mal son destrier. La Dame de Grès aperçoit la longue chevelure défaite, la barbe hirsute, l’éclat de ses armes luisantes… N’est-il pas glorieux, son futur époux ? Agacée, la jeune femme lève les yeux au ciel et referme d’un coup sec les vitres. « Ma Dame ? » s’écrit Elya, extirpée brutalement de sa torpeur. En réponse, un sifflement aigu. « Il est temps, très chère Elya… Quittons cette pièce désolante ! Viens, pour une promenade ». Les deux Dorniennes, flanquées à leurs côtés de quelques gardes, déambulent le long des couloirs grisâtres. Marei tourne ses prunelles ardentes vers un mestre, passant non loin. Elle l’interpelle en ces termes : « J’ai ouïe dire que mon promis, Karnal Buckler, était de retour victorieux. Conduisez-moi à lui, que je sois rassurée de son état ». Pris de court, l’homme considère la jeune femme. « Bien, si vous voulez me suivre ».

« Elya, crois-moi, il n’y a rien à craindre ». Marei adresse un sourire rassurant à sa suivante, qu’elle laisse sur le pas de la porte. La Dame de Grès pénètre dans la pièce, à peine éclairée ; les rayons lumineux passent difficilement au travers des rideaux. Elle avance à pas feutrés, découvrant les quelques meubles, et ses yeux s’égarent derechef vers la forme étendue. Karnal Buckler. En silence, elle se place au pied du lit. Sourcil arqué à la vue du lin blanc, assez révélateur, la Dornienne observe son « promis ». Il est à son goût… Furtivement, un sourire carnassier étire ses lèvres. Quelques minutes s’écoulent, et la jeune femme décide de s’assoir sur la chaise, près d’une fenêtre. Elle considère encore un peu cet homme, bien amoché, avant d’être distraite par ses pensées. Levant une main, aux doigts fins et habiles, elle effleure le carreau d’une vitre. Son index glisse sur la surface, dessinant quelques arabesques. Les phalanges se crispent, en une poigne animale… Dans l’ombre, elles s’apparentent à des pinces acérées.



Dernière édition par Marei Qorgyle le Mer 15 Juin - 0:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]   Lun 13 Juin - 14:35

Le guerrier détourna la tête, encore saisi par le sommeil. Un rayon de soleil traversait l’une des ouvertures de la muraille du château et venait frapper ses yeux fermés d’une lumière désagréable. Tiré de sa torpeur, Karnal prit une respiration profonde. Il commençait à s’étirer, mais cessa son geste d’un râle sourd. Puis il se rappela : la bataille, les soins, le mestre.

Lord Buckler s’agrippa au lit et se redressa. Il déambula un instant dans la chambre encore à moitié absent. Ses sens, grandement affaiblis par son piteux état, peinaient à émerger du sommeil profond dont il sortait tout juste. L’homme se frotta les yeux, et sembla interloqué. Il fronça les sourcils, sembla scruter de manière plus insistante un coin de la pièce, près d’une fenêtre. Il cessa tout mouvement.

Une dame, au teint hâlé et à la chevelure d’ébène regardait dehors. Elle était belle, en tout cas de profil. De généreuses formes emplissaient sa robe légère, dont le tissu soyeux reflétait la lumière du soleil matinal dans un arc-en-ciel de rouge et d’orange typiques d’un pays qui n’était pas le sien. Après avoir contemplé un instant la créature, Karnal revint à la raison.

Il était blessé, seul dans une chambre et ne savait pas ce que cette femme daignait faire ici. Il ne se souvenait pas de l’avoir vue la veille. En revanche, ses atours et ses airs lui rappelaient quelqu’un. Il identifia finalement une Dornienne qu’il avait brièvement croisée lors de la réception d’accueil organisée à l’arrivée des siens. Il se rappelait l’avoir saluée, parmi d’autres personnalités du sud dont il ignorait jusqu’alors l’existence.

Restant à l’endroit où il était, ne masquant pas une certaine méfiance, l’homme se surprit à imaginer le pire. Et si Dorne profitait de la situation pour usurper le trône d’Accalmie ? Et si cette demoiselle était l’une de ces femmes-poison, des sirènes du sable passées maître dans l’art de l’assassinat ? Il balaya cette idée d’un revers d’esprit, songeant finalement que si Dorne avait souhaité le tuer, en même temps que le reste des habitants de l’Orage, il n’aurait tout simplement pas rouvert les yeux.

Puis une conclusion joyeuse le saisit. Cette femme était sans doute là pour lui offrir un réconfort bien mérité. Karnal entreprit finalement de rompre le silence. Il se dirigea vers son lit, le rendit un peu plus présentable, puis avança vers la jeune femme. Il prit une poignée de ses cheveux entre ses mains calleuses, s’enivra quelques secondes du doux parfum d’été qu’ils dégageaient et fit demi-tour.

[Karnal] « Roric t’a bien choisi ! Allez, déshabille-toi et allonge-toi, je te rejoins dans un instant. »
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MessageSujet: Re: La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]   Lun 13 Juin - 21:22

Marei Qorgyle s’égare dans ses pensées… Elle se veut ailleurs, vers un Sud rayonnant. Là où les ciels sont plus clairs. Quand, jeune et insouciante, la Dornienne goûtait aux délices d’une eau turquoise. Sa peau d’airain ruisselait de mille perles… Elle se laissait entraîner jusqu’aux dalles miroitantes, apercevant d’autres corps à la surface. Les torses d’or, les chevelures ténébreuses… Le souffle mélodieux d’une lyre de Santagar se joignait par intervalles au clapotis du bassin, et aux rires des baigneurs. Une brise taquine venait sécher quelques gouttes persistantes, soulevant au passage une longue mèche brune. D’un pied habile, elle caressait l’onde humide, puis frissonnait au grand air. Loin ! Qu’elle est loin désormais des côtes ambrées. Recluse dans une forteresse cendrée, la Dame de Grès se complait dans la médisance des lieux alentours. Telle une enfant, elle compare les terres où grondent les orages à celles qui l’ont vue naître. La jeune femme relève les différences, gardant à l’esprit l’imperfection qu’elle hyperbolise à souhait. A l’ouest, seuls les bois recouverts d’éclats émeraudes surent trouver grâce à ses yeux. Mais elle imagine qu’à présent le pourpre souille les racines et les mousses verdoyantes… Des cadavres jonchant la terre boueuse. Pâles et immobiles. Des cuirasses disposées ici et là, sous la feuillée. Et ces hommes, dévorés par la haine — feu sombre et insipide —, s’endorment près des sycomores. Gorges tranchées, d’où s’écoule un flot rouge. Au pied des falaises s’agite la mer plaintive.

Un mouvement sur la gauche attire son attention. D’un oeil ardent et calculateur, la Dame de Grès considère le blessé. Le rythme bas et régulier de sa respiration a cessé, rompu par une profonde inspiration. Le regard de la Dornienne dérive un instant vers le torse soulevé, avant de revenir sur les traits crispés. Un sourire amusé perle sur les lèvres charnues de la jeune femme. Quel piteux état ! A croire qu’une cavalerie endiablée lui est passée dessus… Toutefois, les plaies et les blessures n’ôtent en rien au charme de l’Orageois. Marei se compose un masque blanc, figeant ses traits hâlés et dissimulant l’expression narquoise. Alors qu’il se lève, la jeune femme détourne la tête. Ses yeux vifs se posent à nouveau sur les vitres, guettant du coin de l’oeil Karnal Buckler. Dos arqué et tendu, tel un arc, la veuve Qorgyle se tient immobile. A l’affut. Le silence, pesant, s’étire entre les deux occupants de la pièce. Marei hésite à risquer un regard en sa direction, mais se ravise, gardant la tête haute et défiante.  

La Dornienne s’apprête à prendre la parole pour se présenter, mais les mots meurent entre ses lèvres entrouvertes. Elle se raidit davantage, si c’est encore possible, au toucher de l’homme. Un bref instant, le masque tombe et ses yeux écarquillés dévoilent la surprise éprouvée. Elle frémit imperceptiblement au passage de ses doigts qui tiennent captives quelques mèches d’ébène. Submergée par l’indignation, la Dame de Grès ne souffle mot. Plusieurs émotions dansent sur son visage, l’obscurcissant. Elle tente de calmer ses nerfs, piqués à vif par la méprise de son futur époux. Offusquée, outrée… Insultée aussi. D’un air blasé et incrédule, Marei contemple la vaste voute de ses épaules, et le large dos. Des réprimandes venimeuses se bousculent sur sa langue, mais elle tergiverse, un sourire cruel sur ses lèvres.

Avec une grâce féline, la Dame de Grès se lève et s’avance vers la couche. Elle retire la broche qui enserrait sa chevelure, recouvrant ses épaules d’un épais rideau ondulé. Une expression avenante s’étend à son visage, et elle invite l’infirme à s’allonger. Précautionneusement, la suave Dornienne se met à califourchon sur l’Orageois. Ses cuisses écartées effleurent les hanches droites et viriles, et un frisson la parcourt. Elle lève une main vers le haut de sa parure vermeil, défaisant quelques laçages. L’air frais de la pièce taquine sa peau découverte, au creux naissant de sa poitrine. Ses lèvres s’étirent, pleines de suffisance et de moquerie. La jeune femme s’incline alors vers l’homme étendu, et sa bouche frôle une oreille. Un murmure suave et provocateur s’échappe : « Peut-être devrais-je révéler le nom qui accompagnera tes soupirs enflammés… Hm ». Son bassin ondule, cherchant une friction délicieuse contre la virilité du guerrier. « Marei… Marei, Dame de la Maison Qorgyle ». La Dame de Grès jette un regard condescendant sur l’héritier des Bronzes, le dominant de toute sa hauteur. Avec malice, ses mains prennent appui sur son torse endolori, et elle se redresse.

La Dornienne fait quelques pas vers la fenêtre, et glisse une main dans sa chevelure défaite. Elle refait les laçages d’or de sa tunique, et caresse la fine broderie où s’entrelacent à maints endroits trois scorpions. « Que vous n’ayez aucun bon sens, soit… Mais une paire d’yeux ? Le blason des Qorgyle se reconnait aisément », dit-elle d’une voix froide et dédaigneuse. Et dans un murmure : « Me confondre avec une catin, vraiment ».



Dernière édition par Marei Qorgyle le Mer 6 Juil - 17:47, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]   Mer 15 Juin - 0:37

Karnal remarqua que la catin s’exécutait. En même temps, il n’était pas vraiment question qu’elle discute. Il n’avait pas particulièrement envie de tailler bavette et, quant à elle, l’intelligence n’était a priori pas sa qualité la plus remarquable. En revanche, elle se révélait particulièrement appétissante. Karnal la scruta d’un air désireux s’installer sur le lit et prendre une allure féline qui lui allait à ravir. Quelle bonne idée avaient eu les Dorniens de ramener avec eux quelques-unes de ces filles de joie bien de chez eux, dont la renommée dépassait les frontières probablement davantage que la vaillance de leurs soldats. Une question restait toutefois en suspend dans son esprit : comment se faisait-il qu’il avait croisé cette femme – dont il se remémorait définitivement les traits – lors du banquet d’accueil d’Accalmie ? Ce point lui restait mystérieux.

Mais à vrai dire, le Lord ne s’embarrassa pas plus longtemps en interrogations car le désir lui brûlait déjà le bas ventre. Avançant vers elle du haut de sa carrure solide, l’homme se laissa attirer entre les pinces suaves du scorpion. Il attendait d’en subir joyeusement la première piqûre. Docile, le guerrier s’en remettait à sa belle et la laissa se placer à califourchon sur ses jambes. Il commençait à faire vraiment chaud, et il ne se rappelait pas avoir allumé de cheminée. Tonnerre des sens ; elle se met à danser sur lui. Il lui sera compliqué de se tenir encore longtemps. Manifestement, elle sait bien s’y prendre.

La demoiselle, un rictus au coin des lèvres, lui propose de lui souffler son nom à l’oreille. Très bonne idée. Lorsqu’il la saisira de toute sa force, il lui soupirera à son tour dans le creux du cou. Karnal, souriant de manière un peu idiote, joue le jeu de la Dornienne, l’air benêt. Allons-y, quelle lui dise. L’homme sourit d’un air charmeur.

Sauf qu’il s’agit de Dame Qorgyle du Grès. Oups. Celle-ci se relève, goguenarde mais aussi vexée, après avoir pris sa petite revanche. Elle était bien facile, car il est aisé de piéger un mâle là où le bât blesse. L’incident aurait pu être mineur, s’il n’était tout l’inverse. Il y a de cela quelques semaines, feu son père avait prévenu Karnal qu’il comptait lui présenter bientôt celle qu’il souhaitait lui faire épouser. Lui et sa mère étaient fatigués de ses batifolages, de son amourette à l’égard d’Argella Durrandon et de son désintérêt total pour la question du mariage. Son attitude à cet égard devenait de plus en plus gênante, d’autant qu’il était héritier de sa Maison et qu’il portait la responsabilité de la lignée Buckler.

Au panthéon des abrutis, Karnal tenait désormais une place de choix. Il venait de confondre sa promise avec une vulgaire putain et, de surcroît, l’avait traitée comme tel l’espace d’un instant. Il resta silencieux durant quelques secondes, qui lui parurent durer une éternité. Sa fierté naturelle, jusqu’alors estompée par la gêne et la honte, regagnait ses droits sur son visage balafré. Il avait fauté et n’avait vraiment d’autre choix que de faire profil bas et de tenter de demander pardon.

L’homme se leva, commanda un pichet de vin et deux verres, ainsi qu’un plateau de fruits de saisons. Une fois les denrées servies, il déambula un instant dans la pièce, cherchant manifestement ses mots et regroupant ses pensées afin que ces derniers paraissent les moins absurdes possibles. Puis il s’en remit finalement à son instinct. Karnal était un homme intelligent, mais il n’était pas doué pour les discours sinueux. Il y préférait systématiquement les approches directes. Servant un verre à la Dornienne, il lui tendit, en même temps qu’il chercha ses prunelles de charbon de son regard embarrassé.

[Karnal] « Je… Je suis confus. Tenez, le vin est bon. Non, vraiment, je ne sais comment me faire pardonner. Comme première approche, on a fait mieux. Mais je tenterai de résoudre le malaise par l’humour… Si je vous ai pris pour ce que vous n’êtes pas, c’est que vous êtes suffisamment séduisante pour avoir semé en moi le doute. Il est bien rare que l’on croise des femmes aussi belles que vous l’êtes ici, et lorsque c’est le cas nous savons généralement à qui nous en tenir. »

Il ne savait pas vraiment si ces quelques phrases désamorceraient l’ambiance lourde qui régnait dans la pièce, mais il continua sur sa lancée.

[Karnal] « Il fait chaud ? Non ? »

Non, il ne faisait pas particulièrement chaud. Au contraire, le vent se levait et s’engouffrait entre les pierres, provoquant quelques courants d’air frais qui faisaient frissonner un peu l’échine.

[Karnal] « Non, d’accord. Et bien, oui, j’imagine qu’il faut faire les présentations. J’ai cru comprendre que notre rencontre a été organisée par nos familles. Alors, enchanté. Je m’appelle Karnal et, à l’heure où je vous parle, je crains d’être devenu Lord de la Maison Buckler de l’Orage. Veuillez excuser mon état peu présentable, je rentre tout juste de bataille. »

Une nouvelle fois, le jeune homme repartir sur le terrain de l’humour.

[Karnal] « … le Conflans tenait absolument à entrer dans Accalmie. Ce n’est pas faute de leur avoir dit qu’il n’y avait plus de place, mais les gars ont insisté. Ils se sont vexés puis ils ont voulu camper devant les murs. Cela faisait un peu bordélique à l’horizon, on est donc allé leur dire de partir. En tout cas, cette cité est désormais libérée. Cela m’aura coûté mes hommes, et m’aura valu de me faire passer dessus par un corps de cavalerie. Mais, ma foi, je suis encore debout. Le héros d’Accalmie, qu’ils m’appellent. Ça en jette, non ? »

L’homme regagna un peu son sérieux. Il se rapprocha calmement de la Dame de Grès, suffisamment près pour adopter un ton plus solennel.

[Karnal] « Quoi qu’il en soit, je vous présente mes excuses. Libre à vous de les accueillir, ou de les refuser. Je comprendrais, le cas échéant. »

Il marqua une courte pause, et poursuivit.

[Karnal] « Mon père sera sans doute mort en souhaitant que je vous rencontre. Alors, en vertu de toute l’estime que j’ai pour lui et sa mémoire, j’aimerais respecter cette volonté, si vous m’en laissez la chance. Qui êtes-vous, Dame Qorgyle ? Me parleriez-vous un peu de vous ? »
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MessageSujet: Re: La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]   Ven 17 Juin - 3:14

La Dornienne porte une main fébrile contre sa tempe, la massant en douceur. Elle pressent les maux, qui souvent lui troublent l’esprit. Depuis son arrivée à Accalmie, la jeune femme est agitée, presque… nerveuse. Loin de l’astre princier, si souvent dévoilé, qui trône mortel pour les voyageurs inexpérimentés. Et les senteurs exotiques ne sont plus, remplacées par l’odeur des pluies tempétueuses. L’impression demeure… Celle de ne plus être Marei Qorgyle, mais simplement la fille de Bois-moucheté ; l’ombre vacillante des jumeaux, enfants d’or. A nouveau, figure poliade aux cuisses ensanglantées. La nuit, la Dame frémit de l’inconnu, de ce trou béant et obscur qui s’étend devant elle. Son futur. Doit-elle à présent oublier les hautes façades ambrées de Le Grès ? L’étendard qui flotte, fier, au grès du vent… La danse des scorpions. Une autre traversée du désert. Elle a quitté les remparts du fief des Santagar, pour s’égarer dans l’ombre d’une demeure étrangère. Pâle silhouette, aux bras pendants, et à l’air hagard ; passant les murmures, les regards des intrigants. Marei se sentait alors captive ; le piège, dans leurs yeux. Les cages, leurs pensées. Les années s’écoulèrent. Un souffle rauque s’élève : « Je suis mon propre Roi, et l’astre suprême. Non devenu, et puis, divin ».

La traversée fut longue, et pénible. Faut-il être continuellement ballotée de foyer en palais, et de terres en mer ? Le bateau fendait les flots, tumultueux et sauvages. L’emportant vers des contrées ignorées jusqu’à alors. Le zéphyr impérieux venait lui souffler quelques mots à son oreille, et après son furtif passage demeurait une senteur douce et amère. La Dornienne avait toujours aimé le vaste océan. Mais en ce trajet, le sel piquait à ses yeux ardents et incertains. Privée de sa maison, Marei Qorgyle laissait derrière elle trois fosses, et un peu de son coeur. Elle ne trouvait aucun repos, à la nuit tombée ; même la voute céleste était voilée, cachant ses gemmes précieuses. Toutefois, son âme brûlait d’un feu nouveau. Il ne lui apportait rien que de demeurer en des terres où étaient ensevelis les corps d’êtres chers ; en ces plaines arides où sifflaient le mécontentement, signe annonciateur du tumulte. Vers l’inconnu, alors ! Sombre, et dangereux, mais un ailleurs… Un possible échappatoire à ses démons incessants, des voix furieuses qui l’accablent.

Marei pivote légèrement sur ses talons, et penche la tête, dévisageant son interlocuteur. Au travers du masque courtois qui pare son visage apparaît un semblant de curiosité. La jeune femme accepte le verre offert, et y risque une gorgée ; son oeil reste dardé sur Karnal, alors que ses lèvres entrouvertes trempent dans le liquide pourpre. Grâce à une maîtrise de soi acquise au fil des ans et des séjours mondains, la veuve dissimule une grimace. Du vin, ça ? Espérons que le breuvage soit empoisonné, car elle n’ose songer qu’il faille passer le reste de ses jours avec un tel… « vin » pour seule boisson… Distraite par ses pensées, la jeune femme se concentre sur la voix de son futur époux, rauque à ses oreilles attentives. Une langue habile, et quelque peu prolixe. La Dame arque un sourcil étonné aux paroles incessantes du guerrier, guettant en retour le langage de son corps. Il semble honnête, dans sa gêne. « Je ne saurais dire, Karnal Buckler, si vous me complimentez ou m’insultez », répond Marei d’un ton neutre.

Puis un rire franc s’échappe de ses lèvres, et la Dame de Grès lève une main pour cacher l’arrondi de sa bouche, elle-même surprise par la spontanéité de sa réaction. Certes, la jeune femme est outrée de la confusion, mais le comique de cette situation lui crève tellement les yeux… Qu’elle en sourit de bon coeur. Et la vue d’un Orageois… penaud l’amuse grandement. D’un oeil appréciateur et caressant, la Dornienne observe son fiancé. « Certes oui, il fait chaud… ». Sa peau brûle encore par endroits, là où ils se sont frôlés. Voilà un certain temps qu’elle n’a pas succombé à l’étreinte d’un homme, et le manque se fait cruel, d’autant qu’elle n’est pas insensible à l’allure de son futur époux. Il serait plus adéquat de dire : « J’ai chaud », pense alors la Dornienne. « C’est exact. Feu votre père a eu l’obligeance de nous faire parvenir quelques corbeaux, reçus avec grande cordialité ». La veuve marque un temps, et d’une voix sincère, ajoute : « Vous me voyez navrée de la perte de Lord Buckler. Il s’est toujours montré… conciliant, disons, dans ses missives. Que son âme repose en paix ». Marei ne préfère pas s’étendre sur « l’état » de son interlocuteur, qu’elle trouve, bien au contraire, enivrant.

Tandis que Karnal Buckler rumine tout seul, la Dornienne s’avance vers lui, un sourire amusé sur ses lèvres. Elle lève une main gracile, qui vient frôler le torse dévasté du soldat lui faisant face. « Hm, il me semblait bien avoir reconnu la trace d’un sabot ici », rétorque d’une voix basse la jeune femme, en caressant l’abdomen. Ses yeux malicieux se rivent vers le visage du blessé, et elle répète distraitement : « Le héros d’Accalmie. Cela semble… prometteur ? ». La Dame de Grès acquiesce alors de la tête, pensive. Elle s’éloigne, revenant vers le siège précédemment occupé. Elle réplique d’un ton sérieux : « J’accepte vos excuses, Karnal Buckler. Cependant… J’espère que vous cesserez vos mensonges à l’avenir ». Pause. « Votre vin est détestable au goût ». Un sourire en coin éclaire le visage de l’espiègle Dornienne, et elle prend une pose alanguie sur la chaise, ses instincts félins guidant sa conduite. « Ah… Oui », s’exclame-t-elle dans un murmure. Puis levant ses yeux sombres : « Vous désirez quelle histoire, la longue ou la courte ? Comprenez, nous avons encore de belles années devant nous, et je ne voudrais pas que vous soyez déjà lassé de moi ». Un temps. « Je suis une Dornienne, ce que vous avez justement déduit. Une Santagar. Puis une Qorgyle. On m’a prêté le titre de danseuse, aussi. Et de fine épée. J’ai été une épouse, une amante, une mère. Une veuve. Maintenant, je suis ni l’une ni l’autre ; ni Dornienne, ni Qorgyle. Entendez que cela est… déconcertant. Enfin, paraît-il que je pourrais faire carrière en tant que courtisane, grâce à ma beauté. Mais je préfère rester Dame, et je serai la vôtre puisque vous le souhaitez ».

« Et vous-même ? Vous me paraissez être un combattant aguerri. Les chevaux sont-ils vos seuls adversaires, ou en acceptez-vous d’autres… disons, des hommes ? »

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MessageSujet: Re: La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]   Dim 19 Juin - 23:44

Bon. La fâcheuse affaire semblait se tasser. La Dornienne accepta son vin, et poursuivit la discussion. Il semblait à Karnal que l’atmosphère, jusqu’alors assez pesante, s’allégeait de manière notable. Manifestement, ses plaisanteries avaient fait leur effet. Lorsque Marei esquissa un sourire malicieux, lequel se transforma très vite en rire, Karnal expira un long souffle. La Dame avait d’ores-et-déjà quelque chose de particulier, au regard des femmes de noble naissance qu’il avait connue. Elle savait visiblement faire preuve d’autodérision, et ne se résolvait à une susceptibilité à fleur de peau. A vrai dire, le Seigneur des Bronzes avait toujours abhorré toute idée d’union maritale pour cette simple et bonne raison. Il avait toujours côtoyé Argella, une femme aussi forte qu’elle savait être douce. Et l’idée de devoir passer l’instant d’une vie en tant qu’époux d’une énième pimbêche lui seyait à peu près autant que celle de devoir marcher un marathon les pieds dans le crottin.

Dotée d’un humour indéniable, Lady Qorgyle se révélait aussi séductrice. Pendant un instant, Karnal s’était demandé si son numéro sur le lit lui était venu naturellement ou si elle avait simplement joué un rôle. A la manière dont elle vint le caresser, mêlant à son geste plein de désir une retenue rendue nécessaire par leur méconnaissance totale l’un de l’autre, le Sir ne tarda pas à être certain qu’elle était passée maîtresse dans l’art de posséder les hommes. Il s’en méfierait donc, en tout cas pour le moment. Si elle devait un jour être son épouse, la Dame des Bronzes, il lui paraissait inconcevable qu’il soit laissé entendre qu’elle soit de petite vertu. Gardant ces pensées pour lui, Karnal rebondit sur la remarque amusée de Marei, qui ne manqua pas de constater des traces visibles de sabots sur le corps blessé du Buckler.

[Karnal] « C’est, un souvenir qui… restera gravé. Pour tout vous avouer, je pensais connaître les chevaux jusqu’alors mais je me trompais ! Définitivement, quiconque n’est pas passé sous une ruade ne peut prétendre tout savoir sur le destrier. Vus d’en-dessous, ils sont complètement différents, vraiment. »

S’en sortant une nouvelle fois par un tour de passe-passe humoristique, Karnal poursuivit.

[Karnal] « J’ai subi une charge de cavalerie. J’ai bien cru que j’allais y passer. Mais par les Sept, mon armure s’est révélée suffisamment solide. »

Marei tira une grimace qu’elle ne pouvait dissimuler. Karnal remarqua qu’elle observa instinctivement son verre avec un certain dégoût. La sentence ne tarda pas à tomber. Elle trouvait le breuvage peu à son aise et ne manqua pas de le faire savoir, au cas où il ne l’aurait pas déjà remarqué.

[Karnal] « Nos approvisionnements ont été interrompus pendant un certain temps. Le bon vin commence à manquer, mais celui-ci est plutôt réputé chez nous. Il n’est pas le meilleur qu’on puisse trouver mais est considéré comme respectable. Navré que vous ne l’appréciez pas. »

Sans doute pour faire oublier rapidement sa remarque désobligeante, La Dornienne entreprit de lui résumer rapidement qui elle était. Elle termina son énoncé par une référence piquante au malentendu pénible qui venait de se produire mais, cette fois-ci, le Lord préféra ne plus y revenir. Danseuse ? Il le vérifierait dans l’intimité. Bretteuse ? Il la testerait lui-même. En revanche, un point lui posa question.

[Karnal] « Et bien. Pour une femme de votre âge, car vous m’avez l’air jeune, cela fait tout de même un sacré bout de chemin. Deux enfants déjà, un époux décédé. Qu’est-il arrivé à votre ancien mari ? »

Et puis vint son tour. Il entama ses propres présentations.

[Karnal] « Karnal, héritier et probablement Seigneur de la Maison Buckler des Bronzes à l’heure où nous parlons. Je n’ai jamais été marié et n’envisageait pas de le faire de sitôt. J’étais objectivement étranger à l’organisation de notre rencontre, bien que je doive reconnaître que je l’accepte et que je l’apprécie volontiers. Ma vie est, je le crois, celle d’un homme simple comme il en existe beaucoup : je sais me battre, diriger des hommes et lire la stratégie de mon ennemi. Le plus clair de mon existence, je l’ai passé sur le champ de bataille. »

L’homme écarta toute ironie pour un ton bien plus sérieux.

[Karnal] « Je vous trouve charmante et je vous suis reconnaissant de ne pas avoir quitté ces appartements après l’affreuse méprise que je vous ai infligée. Cela dit, veillez à ne pas trop plaisanter sur mon sort. Je suis capable de rire de moi-même, je le fais volontiers. Mais c’est avant tout par amour des miens que vous me voyez blessé aujourd’hui et si nos destins sont amenés à se lier alors il faudra vous habituer à compter mes cicatrices au retour des campagnes. Je ne suis pas de ceux qui ordonnent du haut des collines, loin du danger et du tumulte. Lorsque je fais la guerre, je ne la fais pas qu’autour d’une carte. »

Il termina par une petite phrase qui sembla, pour sa part, l’amuser, bien qu’il ne sache pas si elle provoquerait le même effet chez son hôte.

[Karnal] « Quant aux chevaux, c’est de bonne guerre. J’en ai décapité un qui me chargeait, hier. »

L’homme ne laissa pas échapper ceci par hasard. Il savait, aussi, se faire respecter lorsque les situations l’imposaient. Il n’espérait pas amadouer sa Dame, mais simplement qu’elle comprenne à qui elle avait à faire, puisque telle était sa question initiale. Elle avait en face de lui un homme qui savait se montrer drôle, mais qui restait aussi l’un des bras les plus respectés du Royaume de l’Orage. Il était important qu’elle ne le perde pas de vue. Changeant totalement de sujet, Sir Buckler invita la Dame à se diriger vers un balcon. De là, ils pourraient observer un peu le paysage tout en profitant d’un air frais.

[Karnal] « Avez-vous fait bonne route jusqu’ici ? J’ai ouï dire que les vents et les marées n’étaient pas particulièrement favorables en ce moment. Nos corbeaux nous colportent aussi que les mers grouillent de dangers en ce moment. La guerre et la panique réveillent l’appétit des pirates. »

L’air curieux, Karnal continua.

[Karnal] « Je ne me suis jamais rendu à Dorne. Uniquement à la frontière, lorsque j’étais plus jeune, et pour y livrer bataille. Parlez-moi de chez vous. A quoi ressemble votre fief ? Dorne vous manquera-t-il si vous devez vous installer ici ? Y avez-vous songé ? »
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MessageSujet: Re: La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]   Mer 29 Juin - 0:30

« Je dois vous avouer que c’est une vue que j’espère ne pas contempler de sitôt… » réplique Marei Qorgyle d’un ton badin. Son index effleure distraitement l’arrondi du verre, et elle le porte à sa bouche… avant de se raviser. Par les Sept, les effluves riches et gourmandes d’un vin Dornien demeurent sans égales. Certes, les liqueurs de la Treille se révèlent savoureuses… Mais pas assez pour faire succomber la Dame de Grès, et son fin palais. La jeune femme se penche pour déposer la coupe, dévoilant au passage les charmes de sa gorge, savamment déployée ; le tissu s’aventure jusqu’à la naissance de sa poitrine palpitante et généreuse, aperçu sensuel. Certaines parures s’apparentent à des armures ou à des tuniques à la maille resplendissante : à la conquête des désirs, à l’affut des points sensibles… Le regard sombre de la Dornienne se pose à nouveau sur le torse nu, et sa mine se fait songeuse. Qu’aurait-elle ressenti à sa place ? Une grande terreur, pour sûr. Captive et impuissante, sous les balbutiements mortels des sabots… Son corps souple et svelte n’aurait supporté un tel assaut, gisant entre les herbes sauvages et une marre pourpre. La veuve est admirative face à la ténacité et la robustesse de cet Orageois. Au moins, elle n’est pas promise à un gringalet apeuré… Elle qui favorise les dompteurs de chevaux. Comme d’autres, la Dame de Grès apprécie ces bêtes à la bride battante, dont la capture est glorieuse pour les Hommes. Mais désormais, il faut oublier les chevauchées intrépides sur le sable fin et doré de Dorne.

Un étrange sourire étire les lèvres de la Dornienne. Il est vrai, Karnal Buckler a frôlé la Mort… Après avoir perdu un époux, un fiancé ? Elle aurait hérité d’une sombre réputation. Au Grès, certains surnoms étaient déjà murmurés… « La Dame Noire » ou encore « La Veuve-Scorpion ». Mais ce Buckler semble ne pas avoir égaré sa bonhommie sur les champs dévastés. Il privilégie les pirouettes et les fuites verbales… Abusant d’un humour gaillard auquel Marei n’est pas insensible, en toute honnêteté. La jeune femme abhorre les mines sévères et solennelles, et les nombreuses contraintes mondaines. Si tels seront ses rapports avec son époux… Alors soit. Plutôt un compagnon jovial et courtois qu’un renfrogné aigri. Les yeux noirs de la Dornienne tombent sur la coupe délaissée, et un air navré passe sur son visage. « Excuses. Ne prenez pas en mal mes paroles, je les voulais légères et non blessantes. Votre… vin est certainement acceptable, mais j’avoue que ma langue est accoutumée aux délices et aux millésimes de ma région natale. J’espère que vous goûterez et apprécierez, en ma compagnie, une bouteille issue des vignobles de Bois-moucheté ».

Son regard quitte la surface ondoyante du liquide pourpre, dont les nuances rosissent à la lumière du jour. Involontairement, elle arque un sourcil, et son visage se ferme. Jeune et déjà vieille. N’a-t-elle pas souhaité ardemment que son insouciance demeure ? Que les jours de liesse s’éternisent ? D’une voix blanche, la Dornienne rétorque : « Vous savez, en ce temps et sur ces terres, bien des choses peuvent survenir… Et déjà la fleur de l’âge se fane pour moi. Je vous précède même de deux années ». L'ombre d'un sourire amusé perle à sa bouche, avant de s’effacer. « Il est mort à la frontière, lors d’une rixe avec des Bieffois ». Le ton est dur, tranchant, froid ; comme les sabres qu’elle manie. Elle choisit de ne pas s’appesantir sur le souvenir de Dezyel Qorgyle. La Dame de Grès écoute avec intérêt les paroles du seigneur, et elle hoche légèrement la tête. Une présentation convenable, pour un homme d’armes. « Pourquoi ne pas avoir considéré un mariage ? Êtes-vous trop pris par vos hommes et les batailles pour vous occuper des affaires des femmes ? ». Ce dont elle doute fortement, à vrai dire. Plutôt bel homme, avenant et charmant, Karnal Buckler n’est pas étranger aux plaisirs de la chair. Il suffit de penser à sa première réaction à la découverte de Marei. Etrange…

La Dornienne réprime un énième sourire. « Je ne vous veux aucune offense, Seigneur de la Maison Buckler. Bien au contraire, j’admire votre bravoure et votre force. Vos blessures sont l’objet de mes moqueries pour le procédé, et non pour la cause. Je ne ris pas de vous, mais avec vous… Et vous pouvez porter vos cicatrices avec fierté, car elles sont le vestige de vos exploits ». Qu’importe ses belles paroles et son grave discours, la jeune femme entend forger sa propre opinion du « héros d’Accalmie ». Il est plaisant, son sourire et son verbe sont faciles… Le reste viendra. Qu’importe les titres, et les rangs. L’Orageois apprendra qu’elle n’est pas impressionnable si aisément.  

Invitée à se déplacer vers le balcon, Marei savoure une première gorgée d’air frais. Le vent s’engouffre entre ses vêtements vermeils, qui gonflent et ondulent à son grès. La Dornienne lève les yeux vers la voute céleste, laissant ses cheveux voleter fougueusement autour de son visage de bronze. La mer, immense, s’étend sous leurs pieds. Quelle vue…! Les vagues courroucées s’écrasent au pied de la falaise, blanches d’écume. La Dame de Grès tourne légèrement la tête pour s’adresser à l’Orageois. « Un voyage des plus tumultueux, en effet. Quelques nuits, le ciel était crevé d’éclairs blafards. En journées, les vagues grondaient… Et dérobaient la vue de l’horizon. Heureusement, nous avons subi seulement les assauts de la Nature, et non des pirates ». A l’évocation de son pays d’origine, le visage de la jeune femme s’illumine. Mais elle n’a pas le temps d’ouvrir les lèvres qu’un mestre pénètre dans la chambre. « Seigneur, je viens pour vous administrer la pommade. Si vous voulez bien… ». La Dornienne considère l’onguent tenu par le vieillard, et s’avance près du blessé pour lui souffler à l’oreille : « Si vous permettez, et pour m’excuser d’avoir… appuyé malencontreusement sur une de vos côtes cassées, je peux appliquer le baume moi-même. Peut-être préfèrerez-vous mes mains, à celles du mestre qui paraissent à coup d’oeil calleuses et rugueuses ». Marei s’avance dans la pièce, et ajoute : « Parlez-moi d’abord de l’Orage, et j’évoquerai pour vous les contrées ensoleillées de Dorne. Et si vous vous tenez tranquille, en musique ».

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MessageSujet: Re: La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]   Mer 6 Juil - 0:17

La demoiselle sembla acquiescer à ses paroles au moment où elle exprimait le peu d’envie qui la transportait de subir un jour la ruée d’une cavalerie. En définitive, et de manière assez soudaine, la conversation entre les deux jeunes gens devint amicale. Leurs quelques échanges avaient balayé d’un revers de main la gêne occasionnée par la méprise du Buckler et, désormais, se dirigeant en direction du balcon, la Dornienne se força même à quelques politesse en mettant son dégoût affiché sur le compte d’une méconnaissance fâcheuse des vignobles locaux. Cela amusa Karnal intérieurement. Il commençait à trouver cette Marei Qorgyle appréciable. Elle était en tout cas de bonne constitution.

La Dame lui avoua être son aînée de deux années. Lui l’ignorait tout bonnement, mais se demanda comment elle pouvait connaître son âge exact. Lui ne se souvenait pas en avoir fait mention. Sans doute feu son père avait-il fourni ces quelques détails à son homologue de Dorne. Karnal ne jugea donc pas nécessaire de rebondir sur cette information et prit acte du fait qu’il serait plus jeune. Soit. Mais c’est tout de même lui qui lui mettrait la fessée.
Tous deux semblaient donc avoir un vécu notable. Marei lui raconta la mort de son époux, tombé au champ d’honneur en combattant le Bief.

[Karnal] « Qu’il repose en paix. Le Guerrier reconnaît les siens. Je suis certain que feu votre époux a été valeureux au combat. »

A vrai dire, Lord Buckler n’en savait absolument rien. Il était tout aussi probable qu’il eut été un piète chevalier, délogé de sa selle par quelque paysan conscrit d’un village lointain. Mais Karnal en doutait en son for intérieur. La manière dont Marei s’exprimait et le charisme naturel qui émanait d’elle laissait à penser qu’elle avait sans doute épousé un homme de valeur par le passé. Il ne pouvait en être autrement. Avec une pointe d’humour, l’homme ne tarda pas à évacuer le triste souvenir. Et la Qorgyle allait lui donner l’occasion rêvée pour le faire.

[Karnal] « Et, je puis m’arranger pour que vous ne faniez pas. Tout est question d’arrosage fréquent. »

Après avoir ouvertement ri de lui-même, Karnal emboîta le pas de Marei, qu’il venait d’inviter au balcon. Prenant une bouffée d’air frais, l’homme se vit interrogé sur son célibat. Il était clair qu’un homme de son âge et de son rang sans femme à son bras pouvait soulever quelques questions. Et il comptait y répondre de la manière la plus sincère possible.

[Karnal] « A vrai dire, j’ai toujours repoussé le moment de me marier. C’est d’ailleurs, et je dois vous l’avouer, la raison pour laquelle mon père a sans doute dû chercher une épouse à ma place. Je crois être un homme simple, un peu trop peut-être. Depuis toujours, je vis pour le combat. Le champ de bataille est mon foyer, l’armée de l’Orage ma famille, mon Royaume est mon épouse. Je n’ai jamais vu d’intérêt au mariage d’un point de vue personnel. Au contraire, j’ai plutôt tendance à penser qu’une femme serait un handicap à mes aspirations profondes. Mais, je suis Lord aujourd’hui. Et je devrai m’y résoudre. Alors, puisque cela est nécessaire, je souhaite que cela se passe le mieux possible. »

Karnal jeta un regard séducteur à Marei.

[Karnal] « Pour le moment, je dirais que la providence fait bien les choses. »

La Dame de la Maison Qorgyle lui narra enfin le dérouler de son voyage. Les mers étaient capricieuses en cette période. En fait, elles l’étaient à n’importe quelle saison. Karnal n’avais jamais été un grand marin mais il se souvenait de quelques mauvaises expériences par mauvais temps, durant lesquelles il s’était plus d’une fois demandé s’il ne finirait pas ses jours au fond d’une abysse.

Puis une servante arriva. C’était l’heure de la pommade. Karnal détestait ce moment car il se voyait contraint de se faire masser par les mains fripées et calleuses de la vieille apothicaire du château. Il la soupçonnait d’ailleurs d’y prendre du plaisir, elle qui n’avait probablement pas eu l’occasion de palper le corps d’un homme depuis un âge remontant au moins à sa naissance. Parfois, lorsqu’il était de dos, la grand-mère émettait quelques gémissements douteux et semblait se chuchoter quelques paroles obscènes à elle-même. Cela le dégoûtait. Il avait hésité, une fois, à lui mettre un coup de pied. Et puis il s’était retenu.

Alors, lorsque Marei lui proposa de le soigner, l’homme saisit l’opportunité plutôt deux fois qu’une.

[Karnal] « OUI… Euh, pardon. Je veux dire, oui ! Mon invitée s’en occupera. Va-t’en la vieille. »

L’homme entra de nouveau dans sa chambre. Il ôta les tissus qui lui servaient de vêtements, dévoilant son corps nu dans toute sa splendeur. L’homme était massif, galbé, puissant. Il s’allongea sur son lit, attendant ses soins, les bras croisés derrière la tête. Sa troisième jambe, quant à elle, reposait sur sa cuisse.
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MessageSujet: Re: La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]   Mer 6 Juil - 22:21

A l’évocation du Guerrier, la Dame de Grès hoche la tête, songeuse et dubitative. Les Dieux… Encore et encore, ils ont plongé leurs mains invisibles en son sein, brisant le coeur… Semblable à une jarre en argile, fissurée, dont le vin se déverse à flot. Et libérant, alors, un monstre sauvage venu des profondeurs obscures et lointaines de son esprit. Une lancinante mélancolie. La Mère… Le Ferrant… La Jouvencelle… Que de noms étranges et occultes à son oreille. Petite, son frère lui avait conté une sanglante histoire ; celle d’un homme, adorateur des Sept. Des femmes, furieuses et endeuillées, étaient allées le trouver. Chantant, priant. Les créatures, indignées et débraillées, les cheveux en désordre, et poitrines dénudées, avait alors rompu son corps ; déchirant la peau de leurs ongles, et de leurs dents avides. La tête du malheureux avait été jetée dans un ruisseau avoisinant. « Des fanatiques ». La pensée de cet homme démembré, véridique ou non, persiste… Et Marei préfère vénérer, de temps à autre, la Rivière Mère. Elle n’est pas dévote, et encore moins crédule. Mais dans les heures sombres et solitaires, il lui arrive de se consoler auprès d’une Divinité… De quelque chose, qui serait omnipotent et bienveillant. Elle murmure ses plaintes, et ses regrets, enfouis avec hargne.

« Je crois qu’il le fût ». Un poids étreint la poitrine de la Veuve-Scorpion, et une paire d’yeux surgit… Deux pupilles ardentes, pleines de promesse. Et ses lèvres, pourpres, furtives. Rouges comme le vin, une extase écarlate… La jeune épouse désirait leur morsure : une tendre, et terrible agonie. Et puis, Dezyel s’éloigna. La Dame de Grès se morfond de l’avoir mal aimé… Entre haine, respect et distance. Quelques nuits, elle se réveille en sueur ; elle voit l’ombre du sourire, mourant, et l’éclat de ses lèvres n’est plus celui du vin… Mais du sang. Un goût qui lui est connu, désormais.

La Qorgyle hausse un sourcil amusé à la réplique suivante. « Et vous avez la main verte, j’imagine ? ». Le morne souvenir disparait de son esprit. Ce Buckler, et ces allusions… « cocasses », lui rappellent son frère aîné. Habituée au ton grivois de ce dernier, la Dornienne ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire enjoué. Ah, le mariage… La Dame de Grès comprend aisément les raisons du guerrier. Et il faut se rendre à une évidence : la jeune femme apprécie l’Orageois. Il semble mener une vie honnête et brave. Dangereuse, aussi. « J’entends fort bien ». Et ajoutant sur le ton de la confidence : « Je ne désirais pas le mariage, moi-même… Je voulais rester auprès de ma famille, et danser, courir dans les allées, me battre avec mon frère… ». Et pourtant, elle a été conduite dans les tréfonds du désert, jusqu’à Le Grès. Sous un soleil harassant, la mine déconfite et pâle, emportant ses rêves illusoires et naïfs avec elle. Alors, une seconde union ? La Veuve-Scorpion n’est pas plus enchantée, à vrai dire. Certes, elle cherche à fuir les démons qui hantent sa demeure. Mais est-ce la bonne solution ? Ne devrait-elle pas plutôt les affronter ? La noble s’égare en conjectures… Puis un sourire charmeur et complice flotte sur ses lèvres, en réponse au regard taquin. « Il faut remercier feu votre père, alors. Et je partage votre impression, vous êtes tout à fait aimable. Quelle chance, d’avoir la compagnie du héros d’Accalmie ». Souffle alors une voix malicieuse : mais pour combien de temps ?

L’Orageois répond de manière positive à la proposition de Marei. Son enthousiasme évident surprend la Dornienne, dont les yeux sont légèrement écarquillés. « Hmm, très bien ». Elle fronce quelque peu les sourcils, et choisit de ne pas s’appesantir sur les causes de cette réaction si empressée. Tandis que l’infirme se dévêtit, la Dame de Grès se dirige vers la porte, qu’elle entrouvre. « Elya ? Pourrais-tu m’apporter le luth ? Et une bouteille de vin ? ». La servante acquiesce sans mot dire, et s’avance dans les ombres du couloir. La jeune femme pivote sur ses talons, et considère l’homme à nouveau étendu. Son allure est impressionnante, et sa glorieuse nudité ne gêne guère la Dornienne. Non pas qu’elle soit accoutumée à ce genre de situations, soit administrer des soins à un étranger dénudé… Mais, épouse et amante, elle connait le corps des hommes. La Dame de Grès prend place sur le rebords du lit. « Dîtes-moi si j’appuie trop fermement ». Elle lève son regard sombre et amical vers le visage du blessé. Après avoir saisi la fiole contenant l’onguent, Marei s’enduit les mains. Puis elle entreprend de soulager son promis, ponctuant son massage d’anecdotes sur Dorne. Entre temps, sa servante dépose l’instrument de musique, et la liqueur pourpre. La besogne achevée, la jeune femme se redresse, et trouve un tissu sur lequel essuyer le baume engluant ses doigts. Marei attrape le luth d’une main, et le vin de l’autre ; puis elle s’allonge aux côtés du Buckler, son dos droit contre le repose-lit. La bouteille est déjà ouverte, courtoisie d’Elya. La Dornienne savoure deux ou trois gorgées, délectables, avant de tendre la boisson avinée à son interlocuteur. Ses doigts viennent alors caresser les cordes musicales, et s’élève une douce et entêtante mélodie. « Si vous me dîtes un secret, je vous en dis un ».

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MessageSujet: Re: La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]   Dim 10 Juil - 0:09

Karnal adorait les massages. Il les appréciait d’autant plus qu’il ne pouvait que rarement en profiter. La demoiselle avait des mains douces, et capables de fermeté à la fois. Elle malaxa ses muscles entre ses doigts dextres, alternant pour son plus grand plaisir entre mouvements vifs et caresses soporifiques. Peu à peu, l’homme se laissait aller et relâchait ses tensions, jusqu’à parvenir à un état de demi-sommeil agréable et reposant. Les huiles qui lui enduisaient le corps sentaient merveilleusement bon. Elles chauffaient sa peau au contact de celle de Marei, irriguant son nez d’effluves florales et désertiques dont il n’avait pas connaissance jusqu’alors. L’hypnose était à son comble.

[Karnal] « Non, c’est parfait. »

Tandis que sa semi-léthargie le faisait à moitié rêver, Karnal se mit à réfléchir. Dans une semaine, il devrait sans doute repartir pour le front. Il ne savait pas de quoi serait fait l’avenir mais ce dont il était sûr c’est qu’il avait toujours aussi peu de temps à accorder à une épouse. Son existence, il l’avait forgée à la guerre ; pas qu’il ait choisi un jour ce destin, mais il s’était imposé à lui par la forces des choses. Aujourd’hui, l’Orage saignait encore de nombreuses pertes, et il avait conscience qu’il devrait très certainement engager des campagnes futures qui le porteraient une nouvelle fois loin de sa maison, et loin d’une vie de famille calme à laquelle un mariage devait le promettre.
Puis, le Buckler repensa à Argella. Il éprouva un sentiment de culpabilité à être ici, avec cette femme qu’il appréciait mais dont il ne connaissait finalement rien. Ce n’était pas la première fois qu’il coucherait avec une autre femme que celle qu’il aimait, ni même la première fois qu’il y prendrait un grand plaisir. Mais, quand bien même tous deux ne se donneraient pas l’un à l’autre aujourd’hui, quelque chose de l’ordre de l’esprit, et non simplement du corps, le bridait soudainement. Non. L’homme ne pouvait se contraindre à un mariage. Personne ne l’y forcerait, et encore moins son père qui, bien qu’il l’aimât, était désormais dans sa tombe. Il était Lord Buckler désormais, et à lui seul revenait le choix de ses fiançailles. Et s’il souhaitait un jour légitimement s’opposer au mariage d’Argella, il était inenvisageable qu’il soit lui-même lié par un lien marital, a fortiori avec une Dornienne.

Respirant une grande bouffée, l’oreille bercée par la musique de la Dame, Karnal sombra dans un sommeil profond. Demain, il lui expliquerait pourquoi leur mariage serait impossible. Il en endosserait la responsabilité. Mais pour l’heure, il était convalescent, et profiterait une nouvelle fois d’un repos durement acquis.

[HRP] RP clos [/HRP]
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MessageSujet: Re: La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]   

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La piqûre du Scorpion [Tour III - Terminé]
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