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Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]
MessageSujet: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   Dim 22 Mai - 21:30


L'odeur qui émanait du quartier des tanneurs de Lancehélion était insoutenable, même alors que la nuit apportait sa fraîcheur habituelle. Odieux compromis de merde, de pisse, de peaux tannées prisées par les cordonniers et des divers colorants que l'on utilisait pour la teinte des vêtements s'écoulant inlassablement dans le petit cours d'eau qui longeait la rue en son milieu, formant ainsi un véritable égout à ciel ouvert où l'eau prenait mille et une teintes et les mouches régnaient en maîtres. Si la nuit avait chassé des rues les travailleurs et la marmaille, ces dernières n'étaient pas désertes pour autant. Un voyageur imprudent et désarmé avait toutes les chances de finir égorgé et dépouillé, retrouvé le lendemain dans le plus simple appareil et bien souvent dans l'indifférence générale. Une péripétie que Lohan était bien décidé à éviter, même si ce coupe-gorge putride réservait parfois bien des surprises... Il dépassa deux hommes dépenaillés et maigres, qui ne se génèrent pas pour l'observer ouvertement, s'attardant probablement sur l'épée à sa ceinture. Eux-mêmes ne semblaient pas armés, si ce n'est de quelques armes discrètes qu'ils cachaient sans doute sous leurs vêtements élimés et crasseux. Pas une menace donc, à condition qu'il ne se laisse pas distraire. Maintenant qu'il avait obtenu ce qu'il était venu chercher, le Sand ne souhaitait pas s'attarder par ici. Trouver certains des ingrédients nécessaires à la pratique de l'art douteux des poisons n'était pas facile. Outre leurs raretés, c'était avant tout le fait de se les procurer discrètement qui intéressait le Dornien, qui ne pouvait se permettre d'être vu en possession de tels articles... 

Cette nécessité l'avait pressé à faire appel à une sorte de confrère, Gaal, un Lancehélien pur souche qui entretenait une certaine influence dans les quartiers les plus mal famés de la capitale. Lui-même possédait quelques compétences en tant qu'empoisonneur et connaissait les bon intermédiaires pour se procurer certaines marchandises exotiques et dangereuses, qu'il revendait ensuite à prix d'or. Un petit commerce qui aurait pu lui valoir bien des ennuis si Lohan avait décidé d'avertir les bonnes personnes, où si d'aventure il parvenait à mettre la main sur ces fameux intermédiaires. En attendant, Gaal gardait une certaine utilité, sans compter qu'il était toujours au courant des rumeurs sévissant dans la ville ombreuse. Comme à l'ordinaire, il avait fallu s'enfoncer profondément dans le dédale de ruelle composant cette partie de la ville, là où le vieux Dornien s'estimait en sécurité, avant de commencer un âpre marchandage. Autant dire que lorsqu'il était parti, la nuit s'était épaissie, plongeant les environs dans d'épais ténèbres, bien qu'à présent la faible lueur d'un éclairage public lui indiquait qu'il n'allait pas tarder à déboucher sur une rue plus passante et bien moins modeste. Les périls s'éloignaient, pourquoi alors avait-il cette impression tenace de se sentir observer? Comme si un œil immatériel et pénétrant focalisait la toute puissance de son attention sur lui. Sans même y réfléchir, sa main s'approcha nonchalamment de son arme. Sauf véritable surprise, personne ne se trouvait à proximité immédiate de sa personne, et pourtant... Une sueur froide perlait de son front, signe évident de son malaise.


Il n'y a personne, ne soit pas stupide! Pensa-t-il, revêche. Sa main s'éloigna de quelques centimètres de la garde qu'elle empoignait, prête à servir. Gaal l'avait-il fait pister? Il avait bien tenté, lors de leurs deux premières rencontres. Lohan avait semé son poursuivant la première fois, mais avait dû se résoudre à égorger le second au détour d'une ruelle. Le truand avait compris le message à l'époque, étonnant donc qu'il retente sa chance après de nombreuses années d'un partenariat si profitable pour lui. Même après être sorti de la rue des tanneurs, cette étrange impression se faisait ressentir, plus oppressante peut être qu'auparavant, il n'aurait su le dire. Cela ne l'empêcha pas de laisser échapper un léger grognement, comme pour chasser cette étrange sensation

« me voilà effrayé par les ténèbres... »

Ce qui était un comble pour un homme de son acabit, habitué qu'il était à se parer de la nuit comme d'un manteau pour masquer ses agissements.


Dernière édition par Lohan Sand le Lun 27 Juin - 19:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   Mar 24 Mai - 18:50

« Peut être qu'il vaut mieux craindre les ténèbres parfois... »

Il nage un rire certain au cœur de mes mots. Une note moqueuse qui virevolte au grès de mes lèvres. La nuit et la lie se repaît de ce qui nous entoure mais la crainte ne demeure au sein de mes iris. Je vogue et je vais, a chaque souffle, a chaque soupir. Le silence s'est fait maître de mes pas alors qu'ils glissaient sur le chemin qu'il traçait. L'amusement. La cruauté. La curiosité. Tout ceci déversé au cœur de mon regard que je dévoile avec art, repoussant les ombres de ma capuche aussi noire que la nuit. Sa paume embrasse sa garde et l'arc délicat de mes sourcils en souligne l'inutilité certaine. Le sourire qui vibre sur mes lèvres demeure un secret bien gardé, car nul ne peut réellement percer le mystère de mes songes.

« Il est...surprenant de vous voir entre ses murs suintant la lie des bas-fond, Messire Sand. Surprenant et curieux mais je suppose qu'il existe quantité de faux semblants et de masque jetés à la face des indifférents. »

Il existe une arrogance certaine dans mes pas car je n'ai rien a prouvé, rien dont je ne puisse douter. Peut être est ce cela qui m'a attiré ses regards sur moi. Qu'importe, je n'aime les ombres qui m'observent sans un souffle, l'idiotie leur donnant la croyance d'un aveuglement qui n'est pas mien, loin de là. J'erre entre les murailles de Lancehélion, présence discrète qui se pare de l'écoute des puissants. Cela ne devrait me surprendre, cela m'agace en vérité. Mon sourire frémit, s'enivre de moquerie insolente :

« Vous aurais je fais peur messire ? »

Je ne cache l'impertinence qui valse dans mes pupilles, comme une moquerie hautaine ou une vérité qui ne demeure qu'entre mes doigts fragiles. Je ne dévoile jamais les songes qui m'animent, ils restent à l'état de saveur improbable, de senteur délicatement acide. Ils ne sont jamais offert avec générosité, il l'apprendra bien assez vite. Je ne lui donnerais qu'un instant véritable, un seul, qu'il sache en profiter avant de se noyer de mensonges cristallins.

« Peut être devrais je en être flattée. »

Le murmure s'émeut d'une musique presque sourde mais chaque mot martèle le silence qui n'a d'autre choix que de se briser en mille éclats. L'azur de mes iris reflète les lueurs discrètes qui nous entourent, les parant d'un éclat presque surnaturel et étrange.
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MessageSujet: Re: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   Lun 30 Mai - 15:08

Une voie s'éleva soudain, brisant le silence pesant et scrutateur qui semblait paralyser le dornien. Cette sensation débilitante restait là toutefois, flottant autour de lui tel un prédateur étudiant sa proie, comme pour décider s'il était digne ou non de son auguste et dévorante attention. Il lui suffit pourtant de se retourner pour oublier momentanément sa gène, à l'instant précis où ses yeux croisèrent le regard ardent, scintillant d'une femme vêtue de noir, remontant la rue tout en se délestant de la capuche qui lui couvrait le visage. Un geste inutile tant ses yeux suffisaient à l'identifier. Lohan avait déjà admiré ce regard, même s'il comprenait à présent qu'il n'en avait pas saisi toute la substance. Si une noire intelligence se dessinait indubitablement derrière ces prunelles faites braises vivantes, il en émanait également une puissance indubitable, quoi qu'impalpable . Sa seule démarche démontrait qu'elle ne craignait nullement les dangers qui rôdaient ici. Les quelques truands qui croisèrent son chemin se détournèrent bien vite, comme si s'approcher trop près d'elle aurait suffi à les embraser. Tel la flamme qui chasse les ténèbres, pensa soudainement Lohan, qui prit soin de garder pour lui sa réflexion. Cette rencontre lui déplaisait souverainement, d'autant que soutenir ce regard rivé sur sa personne lui donnait la curieuse impression de se retrouver sans défense. Sa main d'épée s'éloigna définitivement de son arme. Si fulgurante et précise fut-elle, elle ne lui serait d'aucun secours ce soir. 

« Voici des paroles  empruntes de sagesse. Pourtant, il semble que cela soit plus vrai pour certains que pour d'autres. »

Il masqua l'impertinence de son propos derrière un sourire courtois et étudié, réfléchissant à toute vitesse sur l'attitude à adopter face à cette diablesse, dont l'insolente assurance ne parvenait pas à masquer l'irritation qui l'agitait. Cette impression fut renforcée lorsqu'elle reprit la parole, déversant sur Lohan un flot de paroles aussi piquant qu'incisif. Elle pouvait légitimement se poser des questions sur la présence du Sand dans les bas-quartiers de la cité. Pour autant, ce dernier n'était pas obligé d'assouvir cette soif de curiosité. Lui-même se demandait ce qui avait bien pu motiver une personne si influente à se rendre en personne dans les rues crasseuses des tanneurs. Quoi qu'il préféra s'abstenir de poser la question pour le moment, tant qu'il demeurait en position défavorable.

« Et Pourtant me voici, me faufilant entre les rues dans l'espoir certain de retrouver mon chemin, quoi que ce fut au prix de mains détours. Je ne suis après tout qu'un homme du commun, Dame Arya. Tout le contraire de vous, qui semblez aussi à l'aise dans ce coupe-gorge que lorsque vous distillez vos sages conseils aux puissants de ce monde. »

Mais que cachait ces intrigues incessantes ? Cela faisait des mois qu'elle rôdait autour de la famille Martell avec une insistance qui ne pouvait que soulever la suspicion de Lohan, assez en tout cas pour essayer d'en savoir plus à son sujet. En pure perte toutefois, ce qui dans la circonstance s'avérait d'autant plus frustrant. Elle, en revanche, ne semblait pas aussi démunie, s'amusant à déverser ses petites piques verbales sur lui, testant visiblement la patience du Dornien. Sa langue aiguisée ne fit qu'effleurer Lohan. Naître bâtard lui avait enseigné très tôt comment résister aux insultes et aux quolibets.

« Je ne peux le nier, mais la peur ici-bas est une notion indispensable à la survie. »

Quoi qu'en l'occurrence, l'inquiétude qu'il ressentait  était d'une tout autre nature. Les dangers qui rôdaient dans les quartiers pauvres de Lancehélion semblaient bien minimes en comparaison du feu destructeur que couvait ces yeux aux mille teintes... Malgré tout, il ne pouvait nier sa beauté et la grâce qu'était la sienne maintenant qu'elle se tenait devant lui.

« Faites selon votre bon plaisir, ma dame. Vous savez aussi bien que moi que vos apparitions soudaines ne peuvent que provoquer une réaction à ceux qui en sont les témoins. »

Elle était venue chercher quelque chose, c'était certain. Ce qui tombait bien en somme, puisque Lohan lui était en quête de réponses, quitte à se brûler. 
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MessageSujet: Re: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   Lun 30 Mai - 16:55

Une flamme vipérine s'anime et danse un instant au creux de l'iris qui je pose sur lui. Mais elle ne vit qu'un instant, un souffle qui s'évapore, qui disparaît :

« Vraiment ? »

Le mot est lent, susurré avec quelque chose d'insondable. Une douceur trompeuse qui s'étend lentement de vérité cachées. Je vois. Je lis. Les tumultes qui ornent l'azur assombrit qu'il m'oppose. Mes paupières s'affinent doucement, langueur infidèle, attention pernicieuse. La ligne carmin tranchant la pâleur insolente de mon teint danse :

« Le mensonge vous sied avec un art délicat, Messire Sand. Votre nom a lui même détruit vos mots. La perdition au cœur du joyau de Dorne n'est pas sur vos pas, loin de là.»

La courbe valse encore, s'incurve, prémices d'un éclat qui ne viendra.

« Serais je aussi mensongère que vous ou vous donnerais je la vérité ? »

Comme une question posée devant mes propres prunelles, un songe que j'exprime, endormie, latente. En vérité le choix est déjà fait et cela m'amuse. Je distille le doute, l'envie, la haine, au diapason des mots que je prononce. La rose purpurine qui orne mon visage est autant bourreau qu'ange déversé sur les âmes qui côtoient la mienne.

« La peur est aussi une faiblesse habilement dissimulée d'ordinaire, c'est une compagne que je n'imagine guère sur vos pas. La prudence serait une maîtresse bien plus habile et certainement bien plus légitime. »

Qu'il me noie de regard, j'en ferais tout autant. Qu'il entame la danse et qu'il me voit suivre les pas. Qu'il pense en maîtriser le rythme et qu'il ne soit qu'un pantin. Pourtant je ne nie la fierté et le courage, car il sait. Je le vois sur les lignes de son visage. Il sait qu'il existe un monstre qui dort au soleil ardent du désert. Le silence embrasse les pas qui me porte à sa hauteur. Ma nuque ploie car jamais mon regard ne quitte le sien, fouillant sans cesse, opposant ses lueurs sombres, ses voiles et ses masques :

« Quelle est la vôtre ? »

La mesquinerie se déverse en bouillon languissant sur la ligne de mes lèvres. Un sourire qui n'a aucun reflet et bien trop de saveur pour n'en être qu'une.

« Lorsque vous me regardez depuis l'ombre ? Lorsque vous guettez chacune d'entre elle ? Qu'est ce qui frémit en vous lorsque mes lèvres effleurent l'oreille de votre précieuse princesse ? La haine ? La méfiance ? Bien plus encore ? »

L'azur se fait glace, dur éclat insondable, intemporel :

« Je ne vous pardonnerais que peu alors choisissez avec soin, messire Sand et demandez moi ce que vous désirez réellement. »

Je le frôle sans crainte, insolente et divine, car je n'ai d’allégeance que pour un.

« Vous êtes secret, Lohan, mais vous ne serez plus rien si vous n'assumez vos propres provocations. »

Son prénom est une injure. Un miel. Une douceur lorsqu'il s'écoule de mes lèvres. Percer ce qu'il tait, tout savoir, déchirer jusqu'au plus profond de ce qu'il cache, il ne me suffirait que d'une paume déposée sur son cœur pour rire de ses tourments. Je lui laisse ce choix.
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MessageSujet: Re: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   Mar 31 Mai - 0:23

Elle savait. Il pouvait le lire dans ses yeux, le percevoir dans la colère contenue qui transparaissait de sa gestuelle corporelle. Se faire surprendre n'était pas dans ces habitudes et quand bien même avait-il connu pareille situation, la conviction intime qu'il ne pourrait s'en sortir comme il le faisait si bien habituellement s'imposait graduellement à sa conscience songeuse. Pour autant, il n'était pas homme à afficher son trouble. Maintenant que l'effet de surprise s'était estompée, Lohan escomptait garder la maîtrise de ses réactions. Que les autres t'emportes, toi et ta science occulte ! songea-t-il sous couvert de son regard neutre. Il vivait comme un véritable revers le fait qu'elle soit parvenue à le troubler.

« Il suffit de regarder l'assurance qui guident vos pas pour ne point en douter, ma dame. »

Peut-être aurait-il dû garder par devers lui son sarcasme et sa morgue, quoi que céder du terrain face à elle n'aurait servi qu'à affermir l'emprise qu'elle possédait sur l'interrogatoire qu'elle se plaisait visiblement à lui imposer.

«  Le mensonge est l'apanage des âmes souillées, vous serez donc seul juge en la matière, vous, dont la flamme intérieure brille au firmament. Mon nom n'est que le reflet de ma condition, Dame, il ne reflète point mon être véritable. »

Lui-même en savait quelque chose, tant il excellait dans la pratique subtile qu'était la tromperie. Qu'elle soit parvenue à lire en lui aussi facilement forçait le respect, la réserve également. Que ne pouvait percer son regard tout puissant?

« Mystérieuse, vous l'êtes assurément. Quant à aller jusqu'à vous accuser de mensonge... je ne puis m'avancer à ce sujet. »

Il n'aimait pas sa manière de s'exprimer, ces phrases trompeuses, cette condescendante démarche, celle-là propre au serpent qui se dresse, guettant le bon moment pour user sa fulgurance et planter ses crochets dans sa victime distraite. Le guerrier en lui brûlait de répondre à l'agression, sans qu'il n'en fasse rien pourtant. Il ne pouvait se le permettre.

« La prudence est une maîtresse trompeuse, Dame Arya. Elle à tôt fait de s'assoupir au plus mauvais moment, là où la peur guette et alerte. La comprendre vous permet de la dompter, mais jamais de l'asservir.  Vous auriez tort de sous-estimer ses bienfaits.»

Peut être apprendrait-elle cela un jour. Il espérait même que le destin lui permette d'en être le précepteur. En attendant, mieux valait continuer cette danse anodine d'apparence, mais dont les terribles enjeux commençaient à se préciser.

« Elle m'appartient à part entière, jusqu'à preuve du contraire »

Autant ne pas la laisser pousser son avantage trop loin, quoi que pour une fois ses paroles contenait une forme de clarté inédite, propre à dévoiler certaines limites à peines perceptibles. De toute évidence, même le feu sacré de son dieu ne pouvait lui dévoiler tous les secrets profanes qu'elle se complaisait à mépriser! Elle aussi devait se résoudre à employer des méthodes aussi triviales que l'intimidation pour parvenir à ses fins... Un détail apparemment insignifiant, mais qui pourrait s'avérer précieux à l'avenir. S'il parvenait à s'extirper du feu dévorant qui le piégeait en la personne de la prêtresse.

« J'ai pu prêter l'oreille à quelques rumeurs, je ne le nie pas. Chacun doit assumer ses devoirs. Je n'entretiens aucune raison de vous haïr, ni même de vous jalouser. Pour autant, cela ne m'empêche pas de me questionner. »

Sa dernière pique le frappa plus durement que toutes les précédentes réunies. l'ire que contenait, qu'emprisonnait cette svelte silhouette était perceptible pour qui savait prêter attention aux détails. Que pareil danger puisse rôder impunément autour de ceux dont il avait la charge était en soi source d'inquiétude. Elle le savait, mesurait sa loyauté et son attachement, s'en servait odieusement pour l'acculer. Il ne pouvait que tiquer lorsqu'on parlait aussi légèrement de Deria Martell.

« Qu'il en soit ainsi alors, je me plierai à plus de franchise. Je ne cherche nulle querelle, pas plus que ne désire voir la princesse que j'ai juré de servir et de protéger couver une braise si brûlante qu'elle aurait tôt fait de l'immoler. Pouvez-vous m'assurer que votre présence lui est bénéfique? Je perçois l'ambition derrière la flamme de votre dévotion»

Les mots recèle un pouvoir caché dont peu savait tirer substance. Lohan perçut l'infime alerte que couvaient ces murmures doucereux. Le danger se précisait, s'intensifiait à mesure que la plus extrême colère s'inscrivait sur ce visage angélique et sculptural. Il ne pouvait à présent que jeter le voile où plonger dans l'abîme.

« Il se pourrait que j'ai envoyé quelques ombres prendre la mesure de votre personne. De même qu'il a pu être porté à mes oreilles quelques histoires, une sorte litanie décousue guère utile je le crains. »

Un aveux qu'il ne craignait nullement de commettre puisqu'en son fort intérieur il savait qu'elle avait percé ses manigances. D'où sa venue, en ce lieu où la protection des Martell ne lui serait d'aucun secours, un coup de maître qui l'enserrait dans un étau de plus en plus étouffant, à la merci d'un pouvoir qui le dépassait, obligé de se soustraire à la langue vipérine et impitoyable de la bougresse. Rien que de l'admettre lui était cuisant, tant il était peu coutumier du fait...
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MessageSujet: Re: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   Mar 31 Mai - 22:10

J'écoute chaque mot. Un à un. En distingue les notes qui se dissimulent. Je pourrais tant en dire, tant en taire. Sous la colère s'écoule un rire muet, une moquerie délicate, car ces mots sont creux. Ils ne servent que de paravent, que de voile. Ils ne sont qu'une superficialité sans nom. Lui comme moi. Nous le savons. Mais là n'est que l'ébauche obligée de l'ouverture d'une danse ombrageuse. Il me refuse la suprématie alors je fais de même. Les lueurs de mes iris scintillant avec un rien de paresse et d'indolence trompeuse.

« Vous ne le pouvez ? Non, Messire Sand, vous l'avez déjà fait. »

Mon sourire s'affine doucement, avec une lenteur dérangeante lorsqu'il évoque la peur. Sentiment dérisoire. Faiblesse acclamée.

« La sous estimer ? Non. Après tout, elle est une arme incroyable pour qui sait la faire tortionnaire. Vous le savez aussi bien que moi, vous la protégez avec tant d'assurance que cela attise la curiosité. Or je suis une âme curieuse, Messire Sand. »

Le vice s'invite un instant sur la ligne insondable de mes lèvres mais il ne demeure qu'un reflet bien éphémère lorsque le pli se fait bien plus dur, bien plus cruel. L'affronter est excitation et contrariété. Ah j'aime les esprits forts capable de m'intriguer, je ne lui ferais donc pas l'injure de l'indifférence. Je suis un murmure qui n'a de corps que celui que je lui offre, diverses reflets et masques dont j'use avec art. Il le devine mais osera-t-il l'affirmer haut et fort ? Il serait plaisant de l'y pousser.

« Pourquoi ? Je peux vous dévoiler une vérité cruelle comme un doux mensonge, la souillure dont vous parliez naît et meurt dans les cœurs, personne n'y échappe. Jamais. »

Le bout de mes doigts s'élèvent, effleurent sans s'y imprimer l'ombre qui pare ses joues. Je pourrais y planter des griffes vengeresses et outragées. Je le pourrais. Mais je ne le ferais pas. Pas encore. Pas maintenant. Mon sourire devient un miel délicat, empreint d'une tendresse pernicieuse et empoisonnée :

« Votre arrogance me déplaît, Lohan. Pourtant c'est quelque chose que j'apprécie lorsqu'elle est portée avec intelligence. Je vais vous offrir trois vérités, choisissez bien ce que vous désirez savoir de moi. »

La mesquinerie se noie dans les éclats sombres de mes yeux et l'arrogance peint le sourire qui me pare. Je ne lui accorderait que cela, qu'il soit heureux d'échapper au courroux que je sens encore, nageant entre mes chairs ma psychée.
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MessageSujet: Re: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   Mer 1 Juin - 18:29

Une parole donnée ne saurait-être reprise. La voie dure et tranchante de son ancien instructeur émergea des limbes de son esprit agité, adage dont il ne saurait que trop se fier face à cette vipère faite femme. Essuyer ses attaques, résister à cette volonté intransigeante dont il ne pouvait s'extirper. Ce qu'elle exigeait ne lui appartenait pas, en fusse-t-il le dépositaire. Sa propre négligence lui apparaissait clairement à présent, alors qu'il contemplait la prêtresse rouge. Se peut-il qu'une femme soit si belle et si dangereuse à la fois? Il n'avait jamais rencontré son pareil, envahit de ce trouble qu'elle distillait savamment dans le cœur de ses interlocuteurs et dont il ne parvenait pas à se défaire. Voilà une leçon qu'il n'oublierait pas de sitôt ! Lohan resta silencieux face aux répliques qui suivirent, laissa l'odieuse tirer ses propres conclusions. Il ne la contredirait pas concernant le mensonge qui suintait de tout son être, tant son discours était imprégné de l'amer saveur de la tromperie. Elle était trop subtile pour se laisser aller à mentir directement, pourtant ses méthodes aboutissaient au même résultat. Son regard azur se fit glace tandis qu'il continuait à la fixer. Il se savait pris se le fait.

Le sourire de la belle n'était qu'insulte et cupidité. Tout en elle vibrait d'un plaisir dévoyé alors qu'elle lui répondait. Elle avait soif de terreur et semblait prête à en faire usage. La menace perdue dans la nuance de son discours était parfaitement perceptible, signe que la danse s'accélérait, se faisait plus mortelle maintenant qu'elle admettait sa curiosité.

« je ne puis étancher cette soif de curiosité, ma dame, quand bien même le voudrais-je. Contrairement à ce que vous pensez et malgré ce titre de messire dont vous m'affublez, je ne demeure qu'un homme du commun. Ce que vous attendez de moi ne m'appartient pas. »

Pourquoi continuer cette mascarade alors que ses propres mots lui apparaissaient comme fades et dépourvus de consistances? Il arpenterait pourtant dans cette voie tant que cela resterait possible. Être pris en faute était une faute qu'il pouvait endurer présentement, de même que subir la présence inquiétante de cette femme sorcière. Se livrer à son attention était toutefois exclu, quand bien même devait-il subir le cuisant revers de son courroux enflammé, décidé qu'il était à s'extirper de cette litanie pernicieuse s'abattant sur lui. Elle admettait son penchant pour le faux-semblant, s'en amusait pour pousser plus loin encore son avantage.

« Que cachez-vous, Arya? Si le profane que je suis ne parvient pas à voir plus loin que la vision que vous m'offrez, je sais pourtant que votre discours n'est que duperie. »

de nombreuses sensations l'assaillirent lorsque la main séductrice effleura la joue offerte du Sand sans la toucher. La surprise, le désir, cette sensation indéfinissable que cette main si charmante était porteuse d'un danger infiniment plus grand que la plus tranchante des lames Valyriennes. Un sourire l'effleura, celui de l'empoisonneur qui mesure le danger lorsqu'il manipule précautionneusement  l'objet de son savoir. Qu'il aurait aimé s'emparer de cette main, attirer la mystérieuse dans une étreinte que son poignard aurait tôt fait d'écourter ! Il resta cependant immobile, même si l'éclat particulier dans ses yeux brillaient d'une ardeur meurtrière, fugitive mais indéniable. Elle même était trop fine d'esprit pour ne pas l'observer, il en gageait. Quoi que désireuse pour une fois de laisser tomber le voile que sa voix fluette tissait autour d'elle. Nouvelle ruse pour mieux le déstabiliser? A ce stade de la rencontre, il ne pouvait que se le figurer.

« Trois vérités? C'est tant et si peu à la fois que je ne sais pas par où commencer... Quel est le but de votre visite en Dorne? De même, à qui va votre allégeance? »

Triviales questions dont elle se servirait sans doute à son encontre. Rien que se résoudre à les poser si crûment était une victoire au crédit de la prêtresse, il ne l'ignorait pas. Lui restait pourtant une question, qu'il préféra garder par devers-lui pour le moment.
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MessageSujet: Re: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   Mer 1 Juin - 20:30

Une ombre s'éveille au creux de l'azur qui l'affronte. Nul ne peut réellement en deviner l'essence, ni même la saveur. C'est une avidité étrange et dérangeante car il éveille mes côtés les plus sombres. Rareté qu'il m'appartient de sublimer ou de déchiqueter, cela sera selon mes désirs. Cela l'est toujours.

« L'on ne m'offre rien, Messire Sand, parce que je prends ce que je désire dans les songes vulnérables. Je prendrais ce que je veux de vous...Lorsque je le déciderais.»

Sentence. Condamnation. Arrogance couronnée de volonté affirmée. Qu'importe. Il a attiré mes regards sur lui, qu'il en supporte le poids dorénavant. La douleur qui s'accompagne bien trop souvent de mes pas. Je peux chérir, protéger ou détruire. Le prochain pas décidera de ce qui s'ouvrira sur son chemin. Pour l'heure, il n'y a que l'ire effrontée mais je suis changeante, telle une rivière qui se veut aussi destructrice qu'adorante. Je souris. Amusée. Moqueuse. Juge terrible et illégitime.

« Désirer percer mes mystères, quelle envie terrible, Lohan. Il me plaira de vous voir vous débattre au creux de leur bras dans ce cas, ils sont autant poisons que douceurs, espérons que votre cœur est fort. »

La rose qui orne mon visage s'ouvre dans un rire silencieux, aux notes oubliées dans le temps, prémices des secrets qui m'entourent. Le ciel de mes iris explose d'une ironie mordante au sacrilège contraire de ma caresse. Le miroir qu'il me renvoi ne dissimule pas ce qui peut l'agiter et cela m'amuse, parce que je garde le rythme de ce qui nous anime, perçant sans vergogne la pellicule de glace qu'il m'oppose. Je saluerais son imprudence d'un présent. Cadeau aux liens de venin si il n'y prend garde. Ma main retombe, fourmillant délicatement. La cascade de mon rire brise la nuit qui nous entoure et la teinte de mon regard prends des accents naviguant entre étonnement et incrédulité. Quel étrange tour que voilà. Je lui accorderait la surprise provoquée et les remous mutins de mes iris, camouflant pour un instant le poison qui s'y ébat d'ordinaire :

« Vous êtes surprenant, Lohan, la banalité de vos demandes m'intrigue alors que vous avez déployé tant d'effort pour m'entourer de vos ombres. Mais soit...Je ne reprends ce que j'ai accordé. »

La pulpe de mes doigts effleurent le temps d'un souffle la ligne empoisonnée de mes lèvres. La tentation. Le désir. Il y a tellement de chose, de parfum au cœur de cette nuit :

« Nulles chaînes ne peut s'imposer en moi, Lohan, sauf celle qu'Il désirera apposer sur mon âme. Loyauté...Ce mot est si pauvre et ce qu'il est si dérisoire. Je ne plie devant aucune couronne, ni aucune force, sauf celle du Divin, ce qui vous effraie est vérité, je le crains mais il se trouve que j'aime Dorne et j'aime avec une passion cruelle. »

La même cruauté qui se dessine un instant sur les traits de mon visage. Je valse sur les mots et pourtant, je livre ma vérité, aussi acide et imparfaite soit elle. Mais il demeure une unique question. Celle qu'il hésite a prononcer, qu'il conserve pour une raison qui se cache derrière les méandres de ses pensées.

« Il ne vous reste qu'un vœu... Qu'un désir a combler.»

Murmure lancinant et invitant à l'aveu alors que les flammes de mes iris décuplent avec suavité et langueur.
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MessageSujet: Re: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   Ven 3 Juin - 17:51

L'éclat miroitant sublimé de mille couleurs prit forme, s'imprima dans ce regard à mesure que la prêtresse goûtait à l'humeur qui s'emparait d'elle. Changeante et impitoyable, belle mais terrible, dansante tel une flamme ondulant sous la bourrasque qui jamais ne parvient à l'éteindre. Pourrait-elle mettre ses menaces à exécution, lui arracher ce secret dont il ne pouvait se délester? Il ne pouvait qu'espérait que cela ne fusse pas en son pouvoir, quoi que la ténébreuse assurance dont elle savait se parer instillait en lui un doute tenace.

« Heureusement dans ce cas que les songes soient de si piètres orateurs. Vous voir les investir pourrait toutefois compenser cette odieuse perspective. »

Il n'avait plus que sa verve à lui opposer à présent, conscient pourtant que cette moue moqueuse qui se plaisait à l'assaillir de son fiel était en ce domaine une référence. Elle en savait déjà beaucoup trop à son goût, quand bien même fut-il parvenu saisir les contours fluctuants de cette âme si tortueuse. Assez pour mesurer le danger dans lequel l'inquisitrice curiosité de la belle le plongeait. Là où il n'avait vu que subterfuge et prestidigitation se cachait un pouvoir véritable et obscure contre lequel il était démuni. Je suis un idiot, songea-t-il lorsqu'il comprit que ce danger impalpable qui le lorgnait provoquait en lui autant de crainte que d'attrait.  

« Que je me débatte ou que je sombre, pour peu que j'ai l'opportunité de m'approcher de cette vérité que vous cachez avec tant d'habileté, je m'estimerai satisfait. »

Cela aussi elle le savait et s'en amusait, consciente sans doute de dangers dont il n'avait aucune connaissance. Celle la même qui semblait s'affranchir des contraintes prosaïques et matérielles de ce monde pour lui offrir cette clarté dont elle s'enorgueillissait ouvertement. Peut-être pouvait-elle vraiment percevoir l'avenir dans les flammes de son dieu... Si tel était le cas, Lohan comprenait aisément que ces questions devaient lui paraître prosaïques, pour ne pas dire naïves. Il pouvait cependant subir son rire et son dédain si elle s'ouvrait assez pour lui répondre. Ce qu'elle fit en un sens, quoi qu'à sa manière encore une fois. Le voile s'ouvrait, dévoilant de nouveaux contours tout aussi trompeurs et fuyants qu'auparavant. Seul transparaissait cette dévotion aveugle pour le divin et qui la transcendait de tout son être, outil à la disposition d'une main impalpable et omnipotente qu'il n'avait pas perçu jusqu'alors. Elle n'offrait aucune prise, aucun indice, rien qui ne permette au Sand de reprendre l'avantage dans cette conversation à laquelle il voulait se soustraire, d'autant qu'elle savait exploiter au mieux les failles qu'elle avait perçus en lui. Cette loyauté qu'elle se plaisait à mépriser restait après tout une notion fondamentale à ses yeux.

Restait une question maintenant, qu'elle lui pressa d'énoncer, devinant une nouvelle fois la réserve, pour ne pas dire la tension qui le gagnait. Affronter son regard ardent sans y succomber demandait une attention particulière. Comme si le plus infime moment de faiblesse lui serait fatale. Il ignora la douce invitation dont ses mots s'imprégnaient, contint le frémissement qu'il sentait poindre au creux de sa nuque, suspendu à ce silence, son dernier protecteur face à l'ardente attention dont il était l'objet.

« Je pense pouvoir vous soumettre une énigme, insoluble même pour vous et votre feu clairvoyant. Qui commandita l'assassinat de Meria Martell et de son fils? »

Sa voix ne porta pas plus que celle de sa compagne d'un soir, murmure offert à la dame qui se trouverait bien aise de lui répondre. Pourrait-elle lui répondre d'ailleurs? Son omnisciente et cruelle attention pouvait-elle percer la brume de ce mystère qui assaillait Dorne depuis plusieurs mois? Pour une fois, il laissa clairement entrevoir son scepticisme en lui adressant un sourire furtif, ironique, entravant fermement tout sentiment d'espoir qui pourrait gâcher son intention première. À travers cette question, il voulait avant tout tester les limites de la dame, sans espoir de réponse. Car elle devait en avoir, indubitablement. Tout son savoir et sa sorcellerie ne pouvait l'empêcher d'être humaine. Peut avait-il trouvé une faille après tout...
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MessageSujet: Re: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   Sam 4 Juin - 16:30

Mes cils voilent le temps d'un soupir l'azur enflammé de mes prunelles et l'ironie se joue de mes lèvres. Le compliment devient un insulte. Un parjure délivré enrobé de sucre divin.

« Prenez garde a ce que vous espérez, je pourrais vous l'offrir. »

Ce n'est qu'un murmure léger, aussi fragile qu'une feuille de diamant. Mais comme la pierre, l'on ne peut en nier la dureté savoureuse qui s'en échappe. Il cherche. Il tâtonne, s'approche pour mieux fuir. En vérité, quelle étrange valse se déroulant au yeux du silence qui se gausse. Muet. Il provoque ce qu'il ne pourra contenir, parce que je ne le permettrais pas. Il m'amuse autant qu'il m'intrigue. Le poids de ma curiosité le fera plier, il en sera ainsi. Si il ne le sait pas encore, les tempêtes sombres qui agitent l'orbe azurée de mes prunelles le lui révélera. Son aveu aiguise la lippe de ma bouche, tel un défi qui n'a ni son, ni odeur, quelque chose d'improbable qui s'écoule d'entre les grenats de chair.

« Alors priez vos dieux pour qu'ils vous accorde le prix de l'arrogance. Je gage que l'amusement sera réciproque.»

La délectation s'invitait suavement dans mes prunelles. Adversité ou complicité, qu'importe en vérité, je l'ai promis. Je prendrais ce que je veux de lui. Qu'il me l'offre ou non. Je peux être si avide parfois. L'outrage sera pardonné d'une façon ou d'une autre, mais avant cela, je l’entraîne avec moi, l'invitant malgré lui au cœur de ce qui peut m'habiter. Si les premiers mots ne sont que surprise et déception, il savoure le moment d'ouvrir cette brèche qu'il espère trouver. Sera-t-il de ceux capable de voir au travers de mes ombres ? Il serait si amusant de le contempler. Véritablement. Et ce plaisir, il se lit en filigrane sur la courbe délicate de mes lèvres. Quelque chose d'étrange nage un instant au cœur de mes iris, un feu dévorant qui n'a aucune limite, aucun mord.

« Cela est bien plus digne de vous... »

Mes pas glissent, avec légèreté de l'air. Je m'impose, comme je le fais toujours, frôlant les courbes guerrières qu'il oppose a ma tendresse. Volage, ma paume s'élève et se fera étreinte empoisonnée sur sa nuque. Il existe une voracité sans nom sur la ligne de ma bouche, mais celle ci n'effleura pas la sienne, elle esquive et se glisse, suave, contre le velours de son oreille :

« Il n'existe aucun visage, aucun nom. Juste une noirceur et une ambition sans frontières...Je lis le temps a venir, nullement celui qui fut, néanmoins, les rages doucereuses de cette terre m'ont longtemps envahie. L'ennemi d'aujourd'hui n'est celui du passé, il te faudra tourner ta rage sur l'impossible je le crains... »

La fleur sanguine de ma bouche sourit, déversant le miel acide de son cœur, son venin caressant avec une légèreté vicieuse le velours de sa peau. Entre mes cils, des vérités et des mensonges qui ont autant de corps qu'un rêve.

« Que ferez vous de ce savoir qui n'a de sens qu'a mes yeux, Lohan ? »

Habile vipère, ma main s'évade pour se poser sur ce cœur qu'il m'oppose. Qu'il me mente, qu'il m'avoue la vérité, je discernerais le poison
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MessageSujet: Re: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   Mar 7 Juin - 23:33

Le velours de sa voix voleta à ses sens offerts, dévoilant l'acier ainsi camouflé, prometteur et menaçant. Lohan savait qu'il finirait par payer son arrogance s'il continuait sur ce chemin. Comment s'en détourner, maintenant que l'incendie l'encerclait de sa furie contenue? Cette femme le laissait sans défense, exposé à sa volonté changeante et implacable. Qu'espérait-il au juste? Lui-même l'ignorait, sachant seulement qu'une partie de lui ne pouvait se détourner d'elle, emprisonné dans les affres tortueuses qu'offrait son regard chatoyant, simple marionnette pendue aux fils de ses désirs. L'audace du Sand l'amusait autant qu'elle s'en hérissait, promesse à venir du prix qu'elle estimera digne de lui soutirer.

« Mes paroles ne contenaient pas une once d'amusement, dame. Je désire simplement comprendre ces artifices que vous m'opposez. Ma connaissance des dieux se résume aux bribes d'enseignements qu'on a pu m'accorder dans ma jeunesse. »

Il n'avait que faire des dieux et de leurs jugements, seule comptait la couronne qu'il avait jurée de servir. Malgré tout, la curiosité demeurait, motivée en ce sens par la prêtresse et ses mystérieuses attentions, il devait bien l'admettre. Même ce danger immatériel et sentencieux ne pouvait le détourner de l'ombre qui dévoilait ses atours. Le Sand percevait la mouvance assumée de feu intérieur tandis que la belle s'approchait d'avantage de lui, immobile encore une fois lorsque sa main se leva de nouveau dans une courbe gracieuse qui se mua en une caresse qui prit fin dans le creux de sa nuque. Son visage s'approcha, emplit son champ de vision tandis que les lèvres de la prêtresse s'attardèrent à son oreille. Il ne savait que dire, que penser, prit conscience du plaisir de ce contact dont elle-même se délectait goulûment. La suite ne fut que poison et faux semblant, fil de mots entrelacés qui instillèrent un doute terrible en lui.

« Donc même vos feux ne peuvent tous voir. »

 La mettre en face de ses propres limites pour gagner du temps. Il ne savait que penser de cette vérité que lui offrait, si tant est qu'elle en fut une. Ses mots pouvaient tout autant servir à tromper qu'à instruire, quoi qu'il estimait faire face à un subtil mélange de ces deux arts. Elle ne lui laissa pas l'occasion de ressaisir, poussait son avantage plus loin encore lorsque sa main glissa sur son torse, exigeante autant que menaçante. Il aurait voulu ne pas croire à ses assertions obscure et rejeter cette femme loin de lui, arracher ce sourire charmeur d'un revers de sa lame pour dévoiler cette laideur tapis en elle. La surprise avait pour elle de dissiper cette brume qui assiégeait son esprit piégé, puisqu'en cet instant Lohan eut l'impression de voir derrière ce masque d'envie et de fureur. Rien qu'un bref instant, assez pour que l'envie de reculer ne le saisisse. Il n'en fit rien pourtant, laissa sa propre main voleter près du visage de la dame, caressant cette peau si douce, si trompeuse.

« Me débattre et sombrer avec je suppose, tant ce savoir que vous m'offrez est empoisonné »

 Il n'avait plus envie de se plier à son jeu, pas plus qu'il ne comptait attendre docilement qu'elle vienne se saisir de ce dû qu'elle s'arrogeait sans son consentement. Ce qu'elle sous-entendait laissait entrevoir bien des conséquences qu'il n'était pas encore prêt à envisager.

« Ces mots seraient plus utiles s'ils étaient déversés dans la bonne oreille toutefois. »

Le temps de poser des questions était révolu. Se perdre dans les méandres de son discours vipérin ne l'aiderait pas à percer le voile de ses intentions.
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MessageSujet: Re: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   Sam 11 Juin - 21:32

J'aime et je hais que l'on s'oppose à moi. A ce que je suis. Ce que je ne peux qu'être. Oui, cela sera plaisant d'étendre mes toiles au cœur même de ces souhaits les plus fous et impossibles. Ses paroles n'apportent qu'un sourire venimeux au vernis courtois. Je ne lui accorde qu'un instant d'égarement au cœur même de mes tourments, exhalant dans un souffle les noirs reflets du temps qui m'ont été offert voilà bien longtemps et je me ris de la victoire qu'il pense sienne :

« Ils ne me montre que ce que je désire voir, Lohan. Qui sait si un jour je ne m'ouvrirais pas la chair pour satisfaire la soif de vengeance qui vous anime. »

Promesse dévoyée et menteuse. Chimère jetée comme un serment, un serpent. Son cœur vibre sous ma paume. Un psaume véritable aux accents de prudence haineuse. J'entends au travers de ses sombres battements ce qu'il se cache autour de ses mots et les accepte pour ce qu'ils sont. Un aveu.

« Toute vérité n'est qu'un poison et celles que j'offre en sont les plus terribles car livrées avec cruauté. »

Je le laisse me toucher, attiré, révulsé, je distingue le tango insolent que se livre ces contraires et m'en amuse. Je ne saurais jamais faire naître l'indifférence dans le cœur des mortels car je l'interdis. La caresse infâme marque d'une brûlure indolente ma peau et la suite affine le sourire indomptable qui pare mes lèvres :

« La question ne me fut posée que par vous...Rapportez mes mots si le cœur vous en dit, Lohan, cela n'a guère d'importance, puisque le passé révolu ne peut devenir un présent puissant. »

La pulpe de mon index redessine un instant la bouche insolente qu'il m'offre sans même le savoir. J'y laisserais un sceau lorsque le moment viendra, mais pour l'heure, il n'est l'instant. Ma main s'échappe a mes épaules et mon front se ceint bientôt de l'embrasse sombre de ma capuche.

« Reprenez votre chemin et espérez me discerner dans l'ombre qui vous entoure. Ce fut...Plaisant de bien des manières. »

Je ne suis qu'une flamme sans loi ni maitre, qu'un seul lien tisse a jamais sur cette terre. Je peux être un monstre d'ignominie comme une simple femme oubliée sur la berge par un dieu. Qu'importe, je suis tant et tellement qu'il ne subsistera de ma présence qu'un parfum d'orchidée dans l'air.


[HJ : Merci pour ce rp ce fut très sympa, au prochain je te mange promis ]
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MessageSujet: Re: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   Dim 26 Juin - 20:13

Le mensonge s'opposa une nouvelle fois à sa surprise affichée, conquérant, cruel, doux discours qui l'atteignait aussi sûrement qu'une lame. La prêtresse n'était que sourire et sensualité, maîtresse d'une situation devenue plus qu'inconfortable pour Lohan. Tous les faux-semblants ne pouvaient plus le détourner de cette flamme qui le fascinait malgré lui et dont l'intensité ne pourrait que le consumer.

« Espérons pour nous deux que ce jour n'arrive jamais »

Elle était trop subtile pour ne pas avoir saisi cette brève étincelle de meurtre qui l'avait agité, élan bien involontaire qu'il n'avait pas cherché à dissimuler. Il n'avait aucun indice pour cerner cette personnalité cruelle et instable, ne pouvait se défendre face à ces artifices spirituels qui lui permettait d'appréhender le monde d'une manière qu'il ne pouvait même pas se figurer. Comme un enfant qui cherche à désarmer un guerrier endurci, il maudissait son impuissance et son incapacité à ne pouvoir faire face à cette cruauté assumée. Cette peau si douce qu'il continuait d'effleurer, brûlante comme le désert, semblait brûler sa paume sans que Lohan sache exactement s'il cette sensation était le fruit de ce contact ou de son imagination. Rien que soutenir son regard flamboyant lui pesait.

 « Et à qui pourrais-je compter pareille ineptie? Ces mots n'ont un sens que pour vous »

Une part de lui-même se sentait presque soulagé de pouvoir opposer ne serait-ce qu'un brin d'arrogance face au prédateur qui le lorgnait avec une avidité non dissimulée.
La diablesse rompit enfin le contact, son visage disparaissant sous les plis sombres de sa capuche. L'oppression impalpable qui assaillait l'assassin depuis le début de cette rencontre sembla se relâcher légèrement tandis que la dame s'éloignait, le congédiant simplement comme si ce droit était sien. Son adieu laissait présager bien des choses, quoi qu'au point où il en était il ne désirait qu'une chose: s'éloigner de cette femme qui le troublait avec tant d'aisance. Il serait temps de se préparer dans le cas où elle tenterait de le prendre de nouveau au dépourvu. La menace qu'elle lui assénait était parfaitement perceptible cependant, trait de caractère dont elle usait sans doute avec délectation.

« Je m'efforcerai de le faire, ma Dame. Dans le cas contraire, ayez au moins une attention pour moi et organisez une rencontre dans un lieu plus convenable »

Un Parfum d'orchidée flottait dans l'air tandis que les ténèbres finirent de happer la frêle silhouette de la prêtresse. Sa disparition ramena Lohan à d'autres réalités plus prosaïques, mais pourtant importantes. Le quartier de tanneurs, la nuit, le temps qui semblait à nouveau s'écouler tandis que le danger s'éloignait lentement, le libérant de sa pétrifiante attention. Il reprit son chemin, attentif mais curieusement rassuré. La sensation d'avoir échappé à un danger bien plus réel que la fréquentation des bas-fonds de Lancehélion le saisissait peut être plus sûrement que lorsqu'il s'y était confronté.  

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MessageSujet: Re: Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]   

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Lorsque la lune reflète le fil aiguisé du poignard [Tour III - Terminé]
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