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Pour gagner un cœur, encore faut-il l'atteindre [Tour II - Terminé]
MessageSujet: Pour gagner un cœur, encore faut-il l'atteindre [Tour II - Terminé]   Lun 28 Mar - 17:45

Le mariage approchait à grand pas, la guerre aussi. Qu’il était étrange pour Bowen de penser que dans quelques jours, il serait à la fois uni et prêt à partir faire le couler le sang des suppôts de Hoare. Le raid sur Pouce-Flint avait brutalement démontré à tous les nordiens que, si peu de temps après l’offensive sauvageonne, les hommes allaient devoir monter à nouveau en selle, fourbir leurs armes et aller se faire tuer au nom du Nord et des Stark.

Dès le départ, dès son entretien avec Torrhen Stark à Winterfell, le Glover avait su que le temps qu’il passerait auprès de celle qu’il allait épouser serait sans doute bien court. Evidemment, à l’annonce de la déclaration de guerre, il avait vu ce temps se réduire. Et à présent que la mobilisation avançait, il savait qu’il prendrait sans doute la route dès le lendemain de ses noces, au mieux un ou deux jours après pour rejoindre les forces du Prince Jon et prendre sa place d’aide de camp auprès de lui.

Alors, au milieu des femmes qui discutaient taffetas et pièces de venaison pour ses épousailles, il essayait de se faire aussi discret que possible, ruminant les événements récents dans sa barbe et participant que quand sa sœur lui offrait un regard suffisamment noir pour le dissuader de prendre la poudre d’escampette pour rejoindre la compagnie des hommes du roi, qui s’égaillaient dans les rues de Blancport. Non pas qu’il se désintéressât de cela : simplement, ses goûts sobres étaient bien connus, et il n’avait qu’un avis très peu apprêté sur les décorations à utiliser pour apprêter une grande salle avec tant d’invités de marque.

Rarement mariage d’un simple vassal aurait vu tant de têtes couronnées : le roi serait présent évidemment, ainsi que la reine régente du Val… Et la future épouse de Torrhen, la Targaryen. Suite à leur rencontre dans le Bois sacré, inutile de préciser que cette perspective laissait Bowen dans l’expectative, ne sachant pas sur quel pied danser avec cette femme. Enfin, le contrat de mariage était clair : pour la majeure partie des nordiens, elle restait une étrangère qui ne ferait que partager le lit de leur souverain et n’aurait pas leur hommage. L’alliance politique était nécessaire entre ces deux contrées aux cultures si différentes. Pour le reste… Sans doute qu’il faudrait du temps pour s’apprivoiser mutuellement, et ce temps, personne ne savait si les événements à venir serait suffisamment cléments pour le leur donner.

Enfin, il lui fallait apprivoiser une autre personne, qui comptait nettement plus que ces tracasseries. Depuis son arrivée, Bowen n’avait fait qu’entre-apercevoir sa fiancée, que sa sœur gardait presque en otage auprès d’elle, s’évertuant à la saouler de propositions ayant trait à leurs noces, sans doute pour la distraire de tout ce qui se tramait autour. A vrai dire, le jeune homme n’avait pas osé aller la voir depuis leur entretien lors des noces de Jeyne. Il ne savait que penser, et craignait que sa vue ne la remette dans des dispositions peu agréables. Pourtant, il allait bien falloir qu’il prenne son courage à deux mains : bientôt ils seraient unis devant les dieux anciens. Il lui avait laissé du temps, de l’espace… Mais l’heure approchait, et il refusait de passer de Winterfell à Blancport, d’une noce à l’autre, sans s’être entretenu avec elle. Au moins pour l’informer que sitôt épousée, il la quitterait pour le champ de bataille, même si elle devait s’en douter. Décidément, encore un bon point pour lui, sans doute… Quoique, peut-être qu’elle espérerait qu’elle serait veuve rapidement, avec ça ? Rien qu’à cette idée, une boule d’appréhension se forma dans sa gorge. Malgré toutes ses bravades devant le roi, il devait admettre la vérité : la perspective de lier son existence à cette femme qu’il connaissait si mal l’émouvait plus qu’il ne l’aurait voulu.

Aussi silencieux que d’habitude, le nordien se glissa dans la grande salle où il repéra de dos l’une des belles-filles de sa sœur, l’aînée de Lord Manderly en pleine conversation à ce qu’il devinait comme étant sa fiancée et s’avança vers le duo féminin, ses bottes sombres claquant sur le sol récuré comme jamais, dont les dalles blanches semblaient briller de mille feux.

« Mes hommages, Lady Manderly. Vous êtes radieuse. Puis-je vous emprunter ma promise ? Qui est non moins radieuse. »

La jeune fille rosit sous le compliment, tandis que Bowen offrait son bras à sa fiancée pour la guider à l’extérieur. Refermant la porte derrière eux, le guerrier se tourna ensuite vers Maedalyn et lui dit avec ce qui s’apparentait presque à un sourire amusé sous sa barbe taillée :

« J’ai pensé qu’un moment en dehors de tous ces préparatifs vous ferait du bien. Si ma compagnie vous agrée, évidemment. »
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MessageSujet: Re: Pour gagner un cœur, encore faut-il l'atteindre [Tour II - Terminé]   Dim 3 Avr - 16:51

Blancport. Voilà plusieurs jours maintenant que je m’étais retrouvée loin des miens et de Castel-Cerwyn. La séparation avait été particulièrement difficile à gérer bien que je m’y sois longuement préparée. J’avais pris le soin de faire mes adieux, dans les règles de l’art. Malgré mon chagrin, aucune larme n’était tombée sur mes joues. Avant de partir, mon père m’avait demandé d’être forte et de lui envoyer un corbeau toutes les deux semaines. Je m’étais rendue compte qu’on est finalement jamais assez préparé à tout quitter contre son gré. Clairement, je quittais mon fief contre ma volonté, bien que je fusse consciente d’être plutôt chanceuse d’être tombée sur Sir Glover. J’avais bien du mal à me résoudre à l’avouer. Je ne voulais pas me rendre à l’évidence. Il se pouvait bien que Bowen Glover ne soit pas qu’un égoïste et horrible nordien. Les hommes droits et bien élevés se faisaient malheureusement si rares. Il semblait être de ceux qu’il était bien rare de croiser...  A le voir, d’un premier abord, il me paraissait être un homme bon, mais cependant distant. Je l’avais que peu vu depuis que j’étais arrivée à Blancport. Soit il prenait soin de m’éviter subtilement, soit nos chemins n’avaient pas encore eu l’occasion de se croiser.

J’avais pris le soin d’emporter avec moi quelques affaires : mes nombreuses robes, bien que j’avais emporté les plus simples. Blancport portait encore les stigmates de la guerre et je n’allais pas défier ses gens en me pavanant dans mes robes tissées d’or. Loin de moi l’idée de les offenser. J’avais également pu emporter quelques bijoux assez sobres…

Plus les préparatifs du mariage avançaient et plus je me faisais à l’idée que j’allais bientôt être l’épouse de Bowen Glover. Quelques regains de révolte m’envahissaient quelques fois. J’avais aussi ressenti à plusieurs reprises la panique qui m’encombrait. J’avais eu, soudainement, l’envie irrépressible de fuir loin de Blancport. Je m’y sentais d’ailleurs soudainement à l’étroit – ressentant une sorte de d’oppression. J’y avais renoncé en me rappelant à la raison…

Accompagnée des filles Manderly, qui mettaient bien trop d’entrain aux préparations de ce maudit mariage, elles débâtaient de la nature des fleurs à choisir pour le jour en question. L’une voulait des fleurs blanches, l’autre préférait des fleurs des champs. La discussion durait depuis plusieurs minutes et la situation m’arracha finalement un maigre sourire. Dans mes pensées, je n’avais pas été très attentive à l’ensemble de leurs argumentations.

Des bruits de pas, sûrs et dirigés vers nous, me sortirent finalement de mes pensées. Posant les échantillons de fleurs sur la table, je retournai vers cette voix qui commençait à me devenir familière. Les Manderly gloussèrent à la vue de Bowen Glover et je me forçai à ne pas attribuer volontairement mon attention sur autre chose. Il en profita pour me glisser un compliment, auquel je ne réagis pas – volontairement. Je ne voulais pas céder aux belles paroles qu’il allait débiter. Je ne me laisserai pas si facilement amadouer. Les flatteries et les louanges ne m’attendront pas si facilement. Il m’offrit son bras. J’y apposai ma main. J’acquiesçai d’un mouvement de tête et me laissai guider par ces pas.

« Votre compagnie m’agrée, Sire… »

Et même s’il en était autrement, je devrai m’y faire. Sire Glover semblait être apprécié par les siens. Cela me chagrinait car je m’étais entêtée à haïr l’homme qui serait mon époux et pourtant, je n’avais pas matière à le faire avec Sire Glover. Il semblait qu’au contraire, il soit un homme dont toute jeune nordienne rêverait d’avoir. Je me confortais dans l’idée qu’il ne fallait pas que je me fourvoie : un homme possède toujours quelques vices. Il semblait trop parfait pour être vrai. Je m’en méfiais toujours autant.

« Vous semblez être un homme bien occupé… on ne vous voit que peu… » Affirmai-je.

J’avais employé la troisième personne, bien que j’eus réfléchi à la première. « je le voyais peu » Etait-ce volontaire ? Son absence était-elle due à ses fonctions ou alors m’évitait-il ?
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MessageSujet: Re: Pour gagner un cœur, encore faut-il l'atteindre [Tour II - Terminé]   Lun 4 Avr - 15:14

Enlever sa fiancée à ses belles-nièces, à défaut d’un autre terme plus adéquat, ne fut guère compliqué, Lady Maedalyn acceptant rapidement sa proposition et son bras tendu. Au moins, cela n’avait pas été trop ardu, et Bowen n’avait pas eu à essuyer un refus devant les donzelles Manderly propre à chatouiller son honneur mâle. Un coup d’œil discret à la femme à ses côtés confirma son souvenir : s’il ne l’avait pas choisie initialement pour cela, le nordien devait admettre que la jeune femme était tout à fait avenante, et plus d’un homme aurait été empressé d’en arriver au coucher à sa place. Non pas que la perspective lui répugnât, d’ailleurs : simplement, il aurait préféré éviter cette précipitation, cette atmosphère étrange entre eux qui ne se connaissaient guère et ne savaient que dire finalement.

Alors qu’ils s’apprêtaient à longer le couloir dans lequel ils étaient engagés, la dame laissa tomber quelques mots qui laissèrent l’intéressé pantois. Etait-ce… un reproche ? Aurait-elle voulu le voir plus ? Lui avait-il, par le plus grand des miracles, presque manqué ? Non, il ne servait à rien de s’emballer de la sorte et de laisser son imagination le fourvoyer de la sorte. Tout de même, le guerrier ne pouvait s’empêcher d’y voir une minuscule lueur d’espoir, quand bien même il n’y avait là rien de chaleureux. S’il était considéré comme très absent, c’était qu’on voulait un peu de lui ? Bon sang, que ces considérations lui étaient étrangères, lui qui n’avait jamais réussi à voir l’intérêt des femmes là où il se trouvait et avait toujours peur de commettre un impair.

Cependant, ces paroles lui rappelaient aussi ce qu’il devait lui annoncer, se transformant presque toujours en oiseau de mauvais augure quand il se trouvait en sa compagnie. Oui, Bowen avait été occupé, mais ses soucis n’avaient rien de bien agréables. La guerre couvait, et comme tous les nordiens, il s’y préparait, se perdant en conciliabules avec son beau-frère et son frère, sans compter les discussions avec le Prince Jon. Après tout, désormais son aide de camp, il était de son devoir de le soutenir au mieux.

Soupesant avec soin ce qu’il allait répondre à sa promise, le Glover opta finalement pour aborder directement l’aspect purement martial de ses obligations, ce qui l’amènerait à évacuer rapidement le sujet initial de sa venue, à savoir son départ sitôt le mariage célébré :

« Et j’en suis navré en ces temps, croyez-le bien. Mais avec l’armée fer-née qui progresse sur nos terres, je me dois d’assister au mieux le Prince héritier dans ses préparatifs militaires, et m’y préparer. »

L’introduction était faite. Autant y aller directement, à présent.

« Vous devez vous en douter mais… Sitôt nos noces célébrées, je me joindrais à notre armée comme la plupart des hommes du Nord. Le roi a délayé la mobilisation eu égard à notre mariage, mais je ne pourrais m’attarder près de vous. »

Il plongea son regard dans le sien avant d’ajouter après une légère hésitation :

« Nous n’aurons donc guère de temps de nous côtoyer une fois mariés… Du moins dans l’immédiat. J’en suis désolé. J’aurais aimé… Pouvoir mieux vous connaître. Mais sans doute que cela sera fait à mon retour. »

Quelque part, mis en face de la situation qui se profilait, Bowen ne pouvait s’empêcher d’en appréhender la vertigineuse difficulté. Il pourrait mourir, et laisser une femme à peine épousée veuve. Peut-être tout juste enceinte, si les dieux leur souriaient, et donc soumise à la suspicion de porter l’enfant d’un époux absent et ne pouvant défendre son honneur. Ce n’était pas une perspective agréable, et pourtant, c’était celle qu’il avait choisie en connaissance de cause. Mais sans doute qu’il y avait un gouffre entre accepter et comprendre. Il s’en rendait compte désormais. Et n’en éprouvait aucun plaisir.

Essayant de se dégager de la chape de plomb qu’il venait lui-même d’instaurer, le jeune homme finit par lancer tout à trac :

« Enfin, nous avons encore quelques jours devant nous avant tout cela… Les préparatifs sont-ils à votre goût ? J’espère que ma sœur et ma cousine ne vous ont pas causé trop de soucis. Elles sont… déterminées, chacune à leur façon. »
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MessageSujet: Re: Pour gagner un cœur, encore faut-il l'atteindre [Tour II - Terminé]   Sam 9 Avr - 14:23

Je réalisai bien trop tard que mes propos avaient pu laisser confus Lord Bowen… Quelle idée m’avait pris de lui affirmer qu’on le voyait peu. Il avait dû penser qu’il m’avait manqué, ou que je me languissais de lui. Il n’en n’était rien. J’étais simplement curieuse de connaître mon avis défintif sur mon futur époux. Allais-je être agréablement surprise comme lady Lynara me l’avait sous-entendu ? Au fond de moi je l’espérai réellement. Je préférais ivre aux côtés d’un homme courtois et attentif plutôt qu’aux côtés d’une brute. Et c’est le premier portrait que Lynara m’avait décrit de Lord Glover. Pour autant, ces mots avaient eu l’effet d’apaiser mes craintes. Je revins à la réalité. Je me senti sotte lorsque je réalisai la confusion que pouvais ressentir Bowen lover. Devais-je m’expliquer ou laisser planer le doute ? Finalement, je préférais le laisser penser qu’il m’avait terriblement manqué. Je le laissais dans sa confusion et puis c’était beaucoup plaisant.

Il débuta un discours beaucoup moins engageant en faisant référence au fer-nés. Bien sûr nous devions nous défendre, il aurait été impensable d’imaginer le contraire. Pour autant, je ne ressenti pas un soulagement de le voir ainsi partir aussi vite, mais plutôt une déception. Pas immense. Mais une imperceptible déception tout de même.

« Bien… » je marquais une pause. « Je comprends que vous ayez des obligations auxquelles vous ne pouvez émettre de refus. »

On ne refusait jamais de faire la guerre. Mon père ne l’avait jamais fait. On engage son honneur et  on accepte de laisser les siens derrière soi. D’ailleurs, c’est moi qu’il laisserait là, dans son domaine. Je ne me sentais pas encore chez moi. Je ne me sentais pas non plus acceptée. Il était trop tôt pour cela. Comment allais-je pouvoir gérer son domaine, ne connaissant ni ses gens, ni ses contrées.

Il me questionna sur les préparatifs du mariage. Je me sentais impliquée – c’était tout de même de mon mariage dont on parlait. Bien que ce soit le mien, je laissais beaucoup la famille de Bowen Glover prendre les rênes. Les jeunes femmes me demandaient mon avis, et se donnaient à cœur joie – plus que moi d’ailleurs – d’aller mettre en œuvre leurs idées.

« Déterminées, oui. » J’eu un rire étouffé. « Elles m’aident beaucoup. »

Il m’expliqua qu’aussitôt mariés, il s’en irait rejoindre l’armée aux côtés de Jon Stark. En définitive, nous n’aurons que quelques jours pour nous connaître. Comment allais-je pouvoir connaître mon futur époux en quelques jours à peine ? Je ne me voyais pas épouser un homme dont je ne connaissais rien. « J’aurais aimé… Pouvoir mieux vous connaître. Mais sans doute que cela sera fait à mon retour. » Je plissai les yeux. Je ne voulais pas qu’il parte sans que je sache qui il était.

« Je ne connais rien de vous… J’ai besoin de savoir qui vous êtes, Lord Glover. Pas après la guerre, pas après le mariage…»

Maintenant. Nous continuions de marcher côte à côte, toujours ma main sur son bras.

« Et si nous commencions dès maintenant... » Je tournais mon visage vers lui, attendant sa réaction. « Je connais le guerrier… en revanche j’ignore tout de l’homme que vous êtes. »

Nous connaissions les excellentes performances des guerriers nordiens, elles se répandaient rapidement. En revanche, hormis les compliments de sa cousine, j’ignorais qui était Lord Bowen Glover intimement et surtout de sa relation avec les femmes.
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MessageSujet: Re: Pour gagner un cœur, encore faut-il l'atteindre [Tour II - Terminé]   Sam 9 Avr - 21:00

« Je n’en suis pas étonné. Surtout au vu des invités de marque… Les Manderly vont vouloir se montrer dignes du Nord.

Cela dit… Je suis content que vous arriviez à vous entendre avec elles. Même de façon éloignée, elles seront bientôt de votre famille. »

Il était rare que Bowen fasse rire les femmes. En fait, qu’il fasse rire qui que ce soit d’ailleurs. Le jeune homme était plutôt connu pour son sérieux proverbial que pour sa propension à lâcher des plaisanteries. A vrai dire, ce n’avait pas été son but précis là, mais sans doute que sa manière diplomatique de tourner sa phrase avait pu avoir un quelconque ressort comique, suffisamment pour dérider un brin sa promise en tout cas. Oh, de peu, certes. Mais il ne s’attendait pas à cette réaction, aussi minime fut-elle, et s’il en était surpris, il saurait s’en contenter. Au fond, le Glover n’était pas vraiment quelqu’un de difficile, et il lui en fallait beaucoup pour garder rancune à quelqu’un. Cependant, une fois que c’était fait… Il lui était très compliqué de revenir sur son jugement. Mais heureusement, c’était rare.

Tandis qu’il la guidait vers la sortie du château, Maedalyn le surprit en lui disant qu’elle aimerait le connaître maintenant. Plus encore en ajoutant qu’elle désirait en apprendre plus sur l’homme et non le guerrier. Décidément, sa fiancée le surprenait fortement en ce jour. Il s’était plus attendu à ce que ce soit lui qui finisse par hasarder quelques questions sur les passe-temps de la dame, histoire de faire la conversation et de connaître un peu mieux la Cerwyn. Sauf que… Ce n’était pas lui qui prenait les devants.

Cependant, d’emblée, il se sentait gêné par la distanciation que faisait la lady entre l’homme d’armes et celui qu’il y avait soi-disant derrière. En vérité, les deux étaient désormais intimement liés, bien plus qu’il ne l’aurait voulu, d’ailleurs. Un instant, il repensa à ce que Jeyne lui avait dit, lors de leur dernière conversation en tête à tête peu avant son mariage. Il n’était pas que cela. Certes. Mais… Cette partie de lui avait pris une place qu’il ne pouvait pas nier. La Mort-aux-loups n’était pas qu’un simple incident dû à la haine. Ou alors, l’incident s’était mué en habitude. Il se revoyait, poursuivant avec ses hommes le déserteur riverain qui les avaient menés vers des survivants sauvageons. Il avait adoré se précipiter à nouveau dans la mêlée, voir couler le sang. Il y prenait plaisir.

Alors, était-ce une sorte d’état uniquement cantonné à la guerre ? Peut-être. Il fallait l’espérer. Mais devait-il le cacher ? Sans doute que oui, ce serait plus prudent. Il ne trouvait pas forcément très encourageant de dire à une dame de haute naissance qu’il allait épouser que son futur époux aimait se gorger du sang des sauvageons au point de trouver un plaisir morbide à voir leurs cadavres décapités pendus par les aisselles et se balançant comme un fruit trop mûr devant lui. C’eut été quelque peu… malséant.

Pour autant, il n’était pas franchement plus avancé. Qu’est-ce qu’il pouvait bien dire sur sa personne ? Pas grand-chose. Enfin, il n’avait jamais eu l’impression d’avoir des goûts remarquables, sa personnalité était plutôt effacée comparée à celles d’autres hommes. Et en plus, pour couronner, s’il appréciait écouter les autres, parler de lui le faisait fuir presque immanquablement. Aussi, il décida bravement… de botter en touche alors qu’ils sortaient pour se diriger vers la ville, alors qu’il faisait un signe pour éloigner un des gardes qui s’approchait déjà, laissant derrière eux l’Escalier du Château, aux larges degrés de pierre blanche, éclairé par des sirènes de marbre portant des vasques pleines d'huile de baleine enflammée.

« Vous désirez faire un tour dans la ville ? Je présume qu’on vous a peu donné l’occasion de visiter Blancport. »

Les dalles blanches du port faisaient toute sa singularité, et donnaient à l’ensemble un aspect de propreté et de netteté presque déplacé dans le Nord. On sentait bien l’influence du Sud à cet endroit fondé tout de même par d’anciens bieffois exilés et recueillis par les Stark en leur domaine. Surtout qu’après avoir traversé les murailles noires de l’Antre du Loup, voir les pavés était une expérience agréable.

Comme il s’y était attendu, le port fourmillait encore plus d’activité que d’habitude. Enfin… la ville. Le port, ils n’y étaient pas encore. S’engageant dans l’artère principale où se bousculaient petites gens et camelots, la plupart s’écartant néanmoins sur leur passage dès qu’ils reconnaissaient les armoiries portées par les jeunes gens. Au bout d’un moment, Bowen finit par rompre le silence, cherchant ses mots :

« Je crains que le guerrier ne fasse partie de l’homme. Mais en dehors de la bataille… Je ne sais que vous répondre. Comme vous le savez, je suis le second enfant et premier fils de Lord Glover, avec trois frères plus jeunes dont deux sont morts, et une sœur aînée. J’ai été l’écuyer du roi pendant cinq ans. Et… J’ai sans doute plus appris auprès de lui qu’avec mon propre père. Beaucoup plus, même. C’est au cours de ces années que j’ai connu les Princes et Princesse du Nord, ainsi que leurs suivants… D’où le fait que Son Altesse Jeyne et Lady Lynara me soient proches, indépendamment de nos liens familiaux, même s’ils existent.

Pour le reste… Je ne sais vraiment que dire, et ce que vous désirez savoir. Je suis un homme discret, qui aime ses dieux et son royaume. Vous n’épouserez guère un ambitieux, je n’entends rien aux beaux objets qu’affectionnent les femmes et j’aime être au calme devant un feu de cheminée ou à chevaucher pour la chasse. »


Il s’arrêta, ne sachant pas vraiment s’il satisfait aux questions posées, avant de la regarder à son tour, et de demander :

« Et vous-même ? Je connais Lady Cerwyn, mais point Maedalyn. Et si je vais épouser l’une, c’est l’autre que je désire pour femme. »
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MessageSujet: Re: Pour gagner un cœur, encore faut-il l'atteindre [Tour II - Terminé]   Dim 10 Avr - 18:03

Il me proposa de faire un tour dans la ville – que je ne connaissais pas, faute de n’y être jamais allée. Et j’avais effectivement, envie de la visiter.

« Volontiers, comme vous le présumiez, je n’y suis jamais allée »

Le plus dur pour moi avait été de quitter mon domaine et les miens. Je ne dirai pas que je m’y suis habituée mais… je me suis fait une raison. Je savais depuis bien longtemps que tôt ou tard je quitterai Castel-Cerwyn. Depuis que j’étais ici, je m’acclimatais plutôt lentement. J’étais convaincue qu’on me disait réservée et peu avenante. En vrai, je ne souriais pas beaucoup, ce qui me donnait cet air renfermé et mystérieux. Avec mes proches, j’étais une autre personne, bien plus souriante et avenante. Mais ici, je devais avouer que j’étais bien loin de mes éclats de rire d’antan. Je ne connaissais pas Lord Glover, mais je ne lui laisserai que peu de chance de me prouver qu’il est un homme digne de ma confiance. Les avis extérieurs ne m’influencent pas, ils m’aident simplement à me forger un avis.

La question que j’avais posée à Lord Glover m’était comme une évidence. Bien loin de mes répliques acerbes de l’autre fois, je me faisais plus douce à présent. Oui, car en vérité, je l’étais. Je n’avais pas fait tomber ma garde, j’étais juste moins… désagréable. La raison m’avait éclairée, je ne gagnais rien à être constamment déplaisante auprès de mon futur époux, qui lui, n’avait fait aucun faux pas pour l’instant. Non, il n’en n’avait pas fait un seul. Cet homme devait pourtant avoir un défaut, un vice ? Quel homme n’en n’aurait pas ? Et je guettais l’instant où enfin, je pourrais l’accabler d’un défaut ou d’une maladresse qu’il aurait commise.

Arrivés au port, mon regard se balada sur le décor qui s’offrit à moi et que je découvrais pour la première fois. Sire Glover semblait peu à même à parler de lui. Devrais-je le lui reprocher, je n’étais qu’une inconnue choisie comme épouse, parmi tant d’autres.

Mes yeux restèrent fixés sur la mer un instant.

Il m’avait été peu donné de voir la mer, contrairement aux hommes qui avaient la chance de découvrir beaucoup de paysages en parcourant le Nord et ses contrées. Bowen Glover me sorti de mes pensées en répondant enfin à ma question. Je l’écoutai attentivement, essayant de retenir les mots qu’ils prononçaient tandis que nous nous enfoncions dans la ville en elle-même.

Je ne voulais en rien d’un époux ambitieux ou de ceux qui ne jurent que par le paraître et par la débauche. Je me forçai à retenir un sourire satisfait lorsqu’il aborda ce passage. Je retenais donc,  que Lord Glover était un homme discret, qui n’était pas enclin à se soumettre aux beuveries, préférant à cela la chasse et l’isolement devant un feu de bois.

Il ne fallait pas que je pose des questions sans m’attendre à en recevoir à mon tour. Qui étais-je ? A mon tour de dire à mon futur époux qui il allait épouser.

« Et bien… Je crains bien que vous n’ayez à épouser une femme de caractère, Lord Glover. Mais cela, il me semble que ce n’est plus un aspect que vous ayez à découvrir. »

Je marquai une pause, prenant soin de réfléchir à ce que j’allais dire sur ma propre personne. Exercice plus difficile à demander qu’à exécuter.

« Je suis, de nature, méfiante. Surtout envers les hommes. Encore plus envers les inconnus. Je sais que je peux dégager une image plutôt… distante et froide. Je ne suis d’ailleurs pas sûre d’être des meilleures compagnies que vous puissiez trouver… »

J’eus soudainement un rire de gêne. Maedalyn Cerwyn ou comment se vendre de la pire des façons à son futur époux. Cet aveu n’avait rien d’involontaire ou de gauche : il découvrirait tôt ou tard mes imperfections. Pour ce qui était de mes attraits, j’eu soudainement plus de difficulté à les mettre en avant.

« Néanmoins, je suis tout l’inverse en compagnie des personnes qui me sont chères et en qui j’ai confiance. » Je marquai une pause. «  Je ne donne pas ma confiance à n’importe qui, Lord Glover... J’espère qu’en votre qualité d’époux, vous saurez la recevoir et la conserver, imaginons qu’un jour je veuille bien vous la donner… »

Je me semblais peut-être un peu dure, même à moi, mais je ne pouvais lui accorder ma confiance aveuglement, pour la simple raison qu’il deviendrait mon époux. J’estimais qu’il devait savoir combien cela était important. S’il obtenait ma confiance un jour, c’est que j’estimerais que cet homme en est digne.

« Je suis attachée aux valeurs familiales et je me sens plus à l’aise lorsque je suis entourée d’un cercle restreint de personnes qui me sont proches. Je ne raffole pas des festivités mondaines… en fait, j’apprécie davantage les choses simples. On dit que je suis effrontée et douce… je vous en laisserai juge, Lord Glover. »

Nous continuions à marcher dans les rues de Blanc-Port.

« Vous allez épouser une femme droite et fidèle… à condition que vous le soyez également. »
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MessageSujet: Re: Pour gagner un cœur, encore faut-il l'atteindre [Tour II - Terminé]   Jeu 14 Avr - 19:46

« Je vous l’ai déjà dit. Je n’ai que faire d’une potiche. Dès que je serais parti, mon frère à mes côtés, vous serez seule pour regagner ce qui sera désormais vos terres autant que les miennes et les diriger. Seule pour lutter contre les pillards qui continuent à y sévir, voir les fer-nés si ces chiens se risquaient à naviguer jusqu’à nos côtés les plus septentrionales.

Ayez du caractère. La future Lady Glover en aura besoin. Ce n’est point un défaut, mais une qualité que je vous ai choisi. »


Il aurait été difficile de faire plus franc, et moins doux. Mais Bowen n’était pas homme à mentir et sa vérité brutale n’avait pas à être cachée. Il attendait de sa future femme qu’elle prenne les rênes de sa maison quand lui-même serait appelé à ne point y être, à régenter un domaine qui avait besoin d’être protégé et reconstruit, à se faire obéir d’une garnison qui avait vécu la pire des batailles et connu le pire des sacrifices : celui de ses femmes et de ses enfants. Tous ses hommes n’avaient pas fait que survivre à la Mort-aux-loups, contrairement aux autres nordiens : ils avaient combattu pour venger leurs familles massacrées. La différence était de taille. Il faudrait autant de poigne que de doigté pour les tenir, et s’il faisait confiance aux plus anciens pour obéir à celle qui deviendrait la nouvelle dame de Motte-la-Forêt, il désirait que l’obligation féodale se meuve peu à peu en loyauté réelle, comme cela avait été le cas envers sa propre mère qui, bien que sudière, avait été adoptée par leurs gens.

« J’espère que ces paroles ne vous dérangent pas par leur rudesse. Je n’aime point cacher mes pensées, ni les enrober de belles paroles quand il n’y a point lieu. J’escompte être franc avec vous. Pour peu que vous ne vous offusquiez pas quand ce sera le cas. »

Sinon, ce serait fort dommage. Pour courtois qu’il soit, le Poing du Nord n’en restait pas moins pétri dans les rudes habitudes de terres inhospitalières, où l’économie de mots était une vertu, là où les sudiers considéraient cela comme un manque d’éducation. Mais s’il savait se montrer agréable, jamais le jeune homme n’avait menti ouvertement sur ce qu’il pensait, à moins que ce ne soit nécessaire pour la cohésion du royaume. Il détestait les faux-semblants, et sa discrétion venait aussi en partie du fait qu’il préférait éviter les débats stériles où il ne manquerait pas de finir par placer un mot plus haut que l’autre à force de contenir sa nature droite.

Pour le reste, entendre que sa future se méfiait de la gent masculine ne lui fit strictement ni chaud ni froid. A vrai dire, il se sentait même curieusement rassuré par cette assertion. Pourquoi une telle réaction, alors que la description semblait tout de même peu engageante ? Parce qu’ainsi, Bowen se rassurait à peu de frais sur le fait qu’au moins en apparence, sa promise n’était point le genre de femme à s’être compromise avec d’autres gentilhomme à force de trop apprécier les côtoyer. Etait-ce de la jalousie qu’il sentait poindre ainsi ? Sans doute. Pour doux et distant qu’il était, le Glover n’en demeurait pas moins un être à l’honneur brandi en étendard. Après tout, c’était bien la seule richesse qu’il lui restait.

Quant à gagner sa confiance… En aurait-il seulement le temps ? Décidément, les perspectives d’avenir si troubles le rendaient cynique. Ou désabusé, c’était selon. Cependant, il pouvait comprendre quelque peu une telle réserve. Heureusement qu’il n’était pas homme à considérer qu’une épouse se devait d’être soumise immédiatement à son bon vouloir ni à s’offusquer d’entendre celle qu’il comptait prendre comme mère de ses futurs enfants évoquer la possibilité de se défier de lui sinon la conversation aurait pu tourner au vinaigre par un rappel de ses mâles prérogatives. Mais il n’en fut rien, le jeune homme se contentant d’acquiescer simplement, méditant les paroles entendues pour trouver une réponse appropriée. Au moins la suite fut plus agréable, lui qui avait été élevé avec le respect de la famille chevillé au corps, et entretenait des relations avec tous ses cousins et cousines, même au second voir troisième degré. Telle était la force du sang des Premiers Hommes qui battait dans leurs veines et les poussaient à respecter les serments d’amitié prononcés devant l’Arbre-cœur.

Alors qu’il s’apprêtait à répliquer enfin, tandis qu’un sourire en coin se formait sur ses lèvres presque involontairement en entendant la fin de cette charmante profession de foi, son regard s’attarda sur l’étal devant lui. Sans qu’il ne s’en rende compte, il avait mené Lady Maedalyn sur la place du marché et une marchande de fleur à la robe fatiguée haranguait la foule en proposant ses maigres bouquets pour quelques pièces. Se dégageant de l’étreinte de sa fiancée, Bowen murmura :

« Si vous voulez bien m’excusez quelques instants… »

Restant bien en vue, il fit quelques pas vers la gueuse et pointa la botte qu’il désirait dans son panier d’osier, avant de lui glisser au creux de la main une pièce d’argent qui laissa la femme pantoise, son premier réflexe étant de la porter à sa bouche machinalement pour vérifier qu’elle était vraie. Après tout, il venait d’offrir à la pauvresse l’équivalent d’une semaine de travail, voire deux. Mais sa mise la convainquit et elle s’abaissa bien bas en une tentative maladroite de révérence, qu’il balaya d’un revers de main avant de prendre congé. Tendant le bouquet de roses rouges à sa compagne vers qui il revenait, il expliqua doucement :

« Imaginez simplement que je puisse la gagner, votre confiance, alors… Et j’imaginerais que vous allez accepter de porter mes couleurs. »

Le rouge des fleurs était une référence explicite au blason des Glover, qui figurait le Poing ganté sur fond de gueule. Evidemment, il ne s’attendait pas à ce que ce geste émeuve d’un pouce la Cerwyn… Mais il avait eu envie de le faire, par galanterie et avec la maladresse de celui qui ne sait courtiser une dame mais désire bien faire et lui paraître agréable, au moins un peu. Il était rude, certes. Mais ni insensible, ni aveugle. Que la jeune femme désirât un mari prévenant était compréhensible. Il ne savait s’il pourrait l’être autant qu’elle le voulait. Il pouvait cependant toujours essayer de se conformer au moins un peu à ces vœux.

« Cela étant dit… Vous avez sans doute remarqué que je suis franc. Trop peut-être, pour les jeux de cour, pour les esprits plus fins. Que je n’aime pas parler de moi… ni parler tout court, en règle générale. Et que j’aime ne pas me faire remarquer. Alors, si vous être froide et moi distant… Nous devrions parvenir à nous trouver à mi-chemin de nos éloignements respectifs, ne croyez-vous pas ? »

Il avait prononcé ces mots de façon parfaitement sérieuse, encore que qui le connaissait bien aurait pu remarquer les légères étoiles dans ses yeux amusés.

« Mon beau-frère, que rien n’obligeait à accepter pareil arrangement, a offert d’abriter nos noces. Vous savez que je côtoie aussi souvent que possible mes cousines même éloignées. Il n’y a rien de plus important que les liens du sang, ma Dame.

J’ai payé trop cher pour le savoir. »


Une ombre passa dans son regard : mère, frères, oncle, tante, cousin… Les Glover avaient été décimés. Alors oui, Bowen savait le prix du sang versé, et celui du sang qui unissait des êtres. Les Glover pleuraient, mais aussi le soleil blanc des Karstark, le triton Manderly, sans parler de la famille de sa tante Barbrey. Il avait même pris sur lui, malgré la mésentente entre le Conflans et le Nord, d’avertir brièvement les Nerbosc de la mort de sa mère. Et dire qu’il était possible qu’il combatte sans le savoir ses propres cousins riverains… la perspective lui arracha un pincement de cœur, avant qu’il ne se souvienne que Lady Rowenna n’avait pas hésité à couper toute relation avec eux lors de la guerre contre le Noir. Il saurait faire de même. Etre aussi fort qu’elle.

« Je ne sais d’où vient votre méfiance des hommes. Quoique, je puis la comprendre. J’en suis un, j’ai côtoyé nombre d’entre eux quand j’étais auprès du roi. Je pourrais vous dire que je suis différent. Mais vous ne me croirez pas, et je ne sais si c’est vrai. Seul le temps le dira.

Néanmoins, vous serez ma femme, vous ferez partie de ma famille, comme votre frère sera aussi le mien par notre mariage, et je le considèrerais comme tel, quand bien même il lui sera difficile de voir une sœur partir pour être avec un autre. J’ai une sœur. Je sais ce que c’est.

Et comme j’ai longtemps hésité sur le jugement à tenir en présence de Lord Manderly, une fois veuf et pourvu d’une bâtarde au moment de lui offrir mon aînée… Je ne tiens pas à ce qu’il éprouve la même suspicion.

Prenez-cela comme un engagement, si vous le désirez. »

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MessageSujet: Re: Pour gagner un cœur, encore faut-il l'atteindre [Tour II - Terminé]   Dim 17 Avr - 22:52

Alors que j’expliquai à Lord Glover qu’il allait épouser une femme de caractère, je regrettai quelque peu mes mots l’instant d’après. Comment allait-il prendre la vérité que je lui proposais sans aucune falsification et sans duperie. Je ne souhaitais pas m’attribuer des vertus qui ne me m’appartenaient pas. C’était quitte ou double, bien que j’avais conscience qu’il n’irait pas jusqu’à annuler le mariage pour cause de défauts prédominants et incompatibles avec son caractère. Non, il ne le pouvait pas… Les invitations avait été envoyées, l’organisation déjà bien débutée. Tout bien réfléchi, je ne risquais pas grand-chose à user la carte de l’honnêteté.

Sa réaction me conforta. Il m’expliqua qu’il ne souhaitait pas épouser une femme niaise et dépourvue de caractère. Il me surpris ensuite en avançant que selon lui, c’était là une qualité et non pas un défaut. J’esquissai un sourire discret, me confortant dans ma réflexion. Il s’assura par la suite de ne pas avoir heurté ma sensibilité de femme par la rudesse de ses explications. Je répondis par la négative.

« Non, sire. » Un sourire se forma sur le coin de ses lèvres.

Il s’excusa et s’éloigna. J’assistai à la scène, de loin, respectant la consigne de mon futur époux. Il revient, les bras portant un bouquet de fleurs rouges. Alors qu’il s’approcha, je remarquai que c’était des roses.

Non, m’acheter des fleurs ne m’attendrirait pas. Pas maintenant en tout cas.

« Lord Glover…ça n’est pas nécess….. » je ne pu achever ma phrase qu’il m’interrompit. Sa réplique attira mon attention. Je pris le bouquet de roses dans mes mains. Je plissai les yeux, l’écoutant attentivement. « Je porterai vos couleurs » affirmais-je. C’était là tout mon devoir de future épouse. Je me devais de les porter.


« Moi, froide et vous, distant… C’est là un portrait prometteur, Lord Glover » Je dissimulai un sourire en décrochant mon regard du sien. Ce n’était effectivement pas le modèle type d’un couple harmonieux, mais c’était le nôtre, aussi singulier que surprenant. Mais quels amants pouvaient se révéler harmonieux avant même leur mariage de convenances ? « Laissons-nous du temps» argumentai-je.

Il comptait être franc et honnête avec moi. Voilà l’essentiel de ce que je voulais retenir. Restait à voir s’il disait vrai. Seul le temps pourra le dire. Le temps. Voilà ce qu’il me fallait pour que je m’ouvre à Bowen Glover.

« L’honnêteté et la franchise sont des qualités qui me sont chères. Le fait que vous les possédiez me réconforte»

S’en suivi une profession de foi de la part de mon futur époux. Il affirma être différent, j’attendais de voir. J’attendais de lui donner raison. J’attendais d’être au pied du mur ; d’être dans l’obligation d’avouer qu’il avait eu raison, qu’il avait dit vrai. D’avouer que c’était un homme respectueux de son épouse, de ses envies et de ses positions. J’attendrai.

« Vous devez être différent... En tout cas, c’est ce que les dames de votre entourage disent de vous, Lord Glover » J’eus un sourire non dissimulé.

« On a tenté de me convaincre que vous possédiez les qualités que toute jeune femme rêverait de trouver chez leur futur époux... » Il fallait être aveugle pour ne pas le penser, je donnerai sans doute raison à lady Lynara pour ses confessions. « ...je veux en être juge » Certes, Lord Glover était peut-être doté d’une certaine rudesse et d’une certaine distance, mais je pensais qu’il possédait des qualités qui me paraissaient essentielles pour que j’apprécie un homme.

La fragrance de la rose m’atteignit les narines. Une odeur fraîche, suave et sucrée.

« Quelques vers d’un vieux sonnet me reviennent… »

Je pris une respiration en observant les environs. L’odeur fleurie de mon bouquet me remonta au nez.

« L'homme devra fleurir chaque rose que contient le bouquet du cœur de sa bien-aimée. La femme compose le bouquet de son amour elle-même. La rose des sentiments, la rose de la fidélité, du respect, du charme, de l'intelligence, de la bravoure et de l'honnêteté. »


Je saisi une rose dans le bouquet et la tendit à Bowen Glover. Elle avait, bien sûr une signification pour moi : c’était la rose qui représentait le respect. « Vous avez mon respect, Lord Glover » C’était celle que j’estimai être la plus importante. C’était celle qui était l’essentielle. Le respect de son époux était la qualité recherchée par toutes les fiancées. Elle présageait un homme bienveillant et sain. Je pensais qu’il l’était.
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MessageSujet: Re: Pour gagner un cœur, encore faut-il l'atteindre [Tour II - Terminé]   Mer 20 Avr - 20:00

« Le rouge vous va à ravir. »

Etait-ce présomptueux de trouver appréciable la vue de sa future épouse avec une rose de la couleur de sa maison en main ? Peut-être. Pourtant, Bowen pensait sincèrement ce qu’il disait. Lady Maedalyn porterait magnifiquement le carmin et l’argent Glover, de cela il était certain. Elle ferait une maîtresse de maison que nombre de nordiens ne manqueraient pas de lui envier, et à raison. L’espace d’un bref instant, il laissa son corps s’échauffer à cette songerie toute mâle, puis revint à la réalité, non sans avoir entraperçu au creux de son esprit l’image furtive de la jeune Cerwyn drapée du manteau nuptial aux armes de sa lignée, celui dont il couvrirait ses épaules pour sceller leur union et son passage du bras paternel au sien.

« N’est-ce pas ? N’ayez crainte. Si nous manquerons de temps maintenant… Viendra un jour où ce ne sera plus le cas. »

Parce que tel était le problème de leur équation. Ils n’avaient que quelques jours avant le mariage pour réellement apprendre à se connaître, chose par essence impossible. Puis il devrait partir, laisser sa toute nouvelle épouse derrière lui et prier pour ne pas se faire raccourcir. Qui pouvait prédire quand la paix reviendrait, quand il pourrait rentrer sur ses terres ? Personne. Alors il parlait d’un futur inconnu, qui n’arriverait peut-être jamais, mais qu’il espérait tout de même voir.

L’allusion de son interlocutrice aux dames de son entourage, comme elle les appelait, le fit légèrement sourire. Ainsi Jeyne avait vu juste : cette chère Lynara avait apparemment chanté ses louanges. Il ne manquerait pas de l’en remercier dans son prochain corbeau, attendant cependant la réponse à celui qu’il avait d’ores et déjà envoyé avec impatience. Ses amies lui manquaient. Bien sûr, ce n’était pas la première fois qu’ils étaient séparés, loin de là. Cependant, à l’époque, ils étaient tous au Nord, à quelques jours de distance à cheval au maximum. Il y avait cette assurance que si quoi que ce soit arrivait, ils pourraient se voir. Sauf que là… Désormais les deux jeunes filles se trouvaient à des centaines de kilomètres du Nord. Elles ne seraient pas là pour son mariage, lui ne verrait pas les enfants de Jeyne… C’était étrange de se dire que plus rien ne serait comme avant, que leur relation d’enfance s’affadirait avec le temps pour ne plus être qu’un lointain souvenir. Aussi triste que soit ce constat, il n’en demeurait pas moins porteur d’une vérité aussi douloureuse que désagréable.

« Elles me flattent toutes par leur affection à mon égard. Je gage que Lady Lynara ne vous a donc pas fait fuir quand vous lui parliez ? Je vous ai vues toutes les deux pendant que je dansais avec la Princesse. »

Bowen n’était pas idiot. Il se doutait bien d’où venait cette intervention, et remercia silencieusement sa lointaine cousine pour son concours dans cette entreprise d’une vie qu’était le mariage. Peut-être que dans quelques années, il pourrait en dire de même à l’homme que son grand-père aurait choisi pour elle, si bien sûr elle revenait sur les terres de son enfance pour se lier à un nordien ? La perspective avait de quoi lui arracher un sourire, ce qu’elle fit d’ailleurs. Pour le reste, il ne pouvait décemment pas en vouloir à sa promise de ne pas croire sur parole les dires d’une dame qui lui était liée. Surtout que Lady Lynara n’avait jamais eu que son côté galant et doux, pas le guerrier avide de sang… Sans doute était-ce pour le mieux.

« Bien entendu. Je n’attends point que vous suiviez aveuglément les assurances de mes cousines. En tout cas, il va falloir que je sois à la hauteur de leurs compliments… Histoire que leur portrait soit véridique, non ? »

Il avait ajouté cela avec un brin de malice, même s’il voulait sincèrement se montrer à la hauteur de l’estime qu’on lui portait. Silencieux, il écouta sa fiancée lui réciter un poème, le trouvant agréable à l’oreille, et sa signification plaisante. Plus encore quand il la vit lui tendre une de ses roses et lui expliquer pourquoi elle la lui rendait. Un léger sourire emplit son visage, et le jeune homme referma ses doigts sur la plante, effleurant ceux de Lady Maedalyn au passage. Loin de rétracter sa main immédiatement, il se contenta d’enrouler enfin sa dextre autour de son présent, et de lui souffler :

« J’en suis honoré. »

Avant de s’écarter pour ajouter, conscient de l’atmosphère presque… intime de cet échange et désireux de détourner l’attention de son interlocutrice :

« Cela me fait donc six roses supplémentaires à gagner ? Je prends note de me mettre à la tâche tout de suite. »

Et en disant cela, il glissa la fleur à sa ceinture, avant de lui offrir à nouveau son bras pour qu’ils continuent leur promenade, leurs pas se rapprochant du port en lui-même, l’odeur de la jetée se faisant plus forte.
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MessageSujet: Re: Pour gagner un cœur, encore faut-il l'atteindre [Tour II - Terminé]   Mar 26 Avr - 0:16

La compagnie de Lord Glover était plus agréable que lors de nos premiers échanges.  Je ressentais moins de tensions – bien qu’elle était naît exclusivement de ma personne, j’en convenais. Nous dirons donc que je m’étais fait à l’idée de ce mariage. Il ne me réjouissait toujours pas mais je faisais avec – et ce, avec plus de sérénité. Mon futur époux semblait être un homme agréable, tant moralement que physiquement, et bien loin des clichés des hommes du Nord. Ces derniers avaient l’image d’hommes portés sur la boisson et bien loin des considérations féminines ; Au contraire de ces personnages répugnants, Lord Bowen Glover contrastait et semblait être aux antipodes de cette description.

Étais-je tombé sur une perle rare ? Un de ces hommes qu’il était rare de connaître ? C’est ce que semblait avoir tenté de m’expliquer lady Lynara lors du mariage princier. Je n’y avais porté que peu d’importance ce soir-là mais avais bien retenu les mots qu’elle avait employés. Lady Jeyne semblait, elle aussi reconnaître les vertus indéniables de mon futur époux, si bien qu’elle me l’avait volé le temps d’une danse.

« Lady Lynara se hasardait à m’expliquer quelle fortune j’avais de vous épouser. » j’eus un doux sourire accusateur.  « Les dames semblent incontestablement fléchir face à vos atouts, Lord Glover » je plissais légèrement les paupières le soupçonnant de quelques manigances afin d’obtenir la sympathie de la gente féminine.

Le rouge semblait m’aller à ravir, c’est ce qu’affirmait Lord Glover. Il est vrai que cette couleur profonde et chaude avait l’avantage de mettre en avant mon teint douçâtre de porcelaine. Je n’avais pas oublié que cette couleur était celle de la maison Glover. Etait-ce un compliment à double sens ? Je le pensais.

« Je ne suis personne aveuglément, Lord Glover, sachez-le. Je me ferai ma propre idée sur votre personne, sans qu’aucun commentaire, de n’importe quelle dame, ne puisse l’altérer. Effectivement, je m’attends à un homme qui soit à la hauteur de l’illustre description qui m’a été faite. »

« J’espère que le récit est aussi véritable qu’on le raconte »

Nos mains s’effleurèrent. Un instant. Un très court instant. Le temps que je m’en rende réellement compte, Sire Glover avait déjà récupéré la rose que je lui avais tendue. Il comprit aussitôt le poème et la signification de celui-ci. Il saisit ainsi qu’il avait mon respect mais qu’il lui restait d’autres roses à gagner.  

« Exactement » me contentais-je d’ajouter alors que je remarquai qu’il glissa la rose sous sa ceinture. Il la garda contre lui. J’appréciais la vision de cette scène. Lord Glover semblait apaiser mes craintes, mes peurs et mes colères qui m’étaient toutes personnelles. Bien que j’en aie abusé à l’annonce de nos épousailles, il avait toujours été d’une patience extrême avec moi. D’autre n’aurait eu la persévérance d’attendre que je m’apaise. Ou alors était-ce sa constance qui m’apaisait ? Il me tendit son bras à nouveau. J’y apposai de nouveau ma main avec plus de naturel et de spontanéité.

« Que cette rose pour porte chance, au-delà de nos frontières, qu’elle vous protège et vous ramène au plus vite auprès des vôtres »

Je savais qu’en prononçant les mots « auprès des vôtres » : je m’incluais. Je faisais maintenant partie de sa vie comme il ferait dorénavant partie de la mienne. Et j’ignore par quelle frénésie j’apposai ma main de libre sur la sienne en prononçant ces mots. Une main que je ne pris pourtant pas le temps de retirer de la sienne.
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MessageSujet: Re: Pour gagner un cœur, encore faut-il l'atteindre [Tour II - Terminé]   Mer 4 Mai - 13:03

« En effet, apparemment, à mes treize ans, j’étais un brillant séducteur… »

L’espace d’un instant, le visage de Bowen se fendit d’un sourire malicieux, tant il trouvait amusant qu’on lui rappelle souvent sa proximité avec des cousines qu’il n’avait jamais envisagées comme autre chose que des amies, en tout sincérité. Sans doute que sa timidité l’avait empêché de les voir autrement, à vrai dire, tant il était persuadé qu’elles préféreraient toutes deux un beau jeune homme prompt à les cajoler de mots doux, ce dont il avait toujours été parfaitement incapable. Certes, avec le temps, il s’était tout de même amélioré sur le sujet, mais sa galanterie restait toute courtoise, un peu guindée parfois, et il était aisé de deviner qu’il n’y avait rien d’autre chez lui qu’un intérêt sincère pour le bien-être des damoiselles qu’il croisait et non une envie mâle de leur plaire plus charnellement. Aveugle aux attentions féminines, le Glover s’était longtemps réfugié derrière son masque de gentilhomme pour ne pas avoir à se tracasser de sentimentalité. Et il ne le regrettait pas.

Bien sûr, eut-il su que Jeyne avait eu des sentiments pour lui que leur relation aurait été différente… Et il valait mieux que ce ne soit pas le cas. Aurait-il été tels tous les jeunes fols qui se targuent d’être aimés et en abusent ? Impossible de le savoir, et finalement, la perspective qu’il eut pu manquer de respect, tâcher son honneur et celui de son mentor d’une quelconque façon l’horrifiait. Quant à Lynara… Oui, en toute vérité, il avait songé à quelques reprises, à mesure que tous deux prenaient de l’âge, à demander sa main quand le temps des épousailles serait venu. Ils se connaissaient bien, s’entendaient tout à fait correctement, leurs familles également… Ils ne s’aimaient pas, mais n’auraient pas été malheureux ensemble. Du moins il se plaisait à le croire.

Etait-ce triste de penser ainsi le mariage ? Vouloir une dame avec qui il s’entendait à défaut de l’aimer ? Peut-être. Mais c’était réaliste, et à défaut d’être follement romantique, Bowen était impitoyablement pragmatique. Il avait rapidement compris que ses épousailles ne seraient le fait que d’alliances et de convenances, à moins de tomber en pamoison devant une pucelle libre de tout engagement et de bonne naissance, tant il pensait qu’eu égard à leur histoire personnelle, ses parents n’auraient pas posé leur veto à une telle union. Mais ce ne serait jamais le cas, la passion ne serait pas son lot. Quoique quand on le connaissait bien… Au fond, le nordien n’était guère un homme prêt à se damner pour les faveurs d’une dame. Il avait trop de considération pour leur vertu et se trouvait incapable d’aller au bout de ses ambitions. Sans compter que la plupart du temps, il appréciait davantage leur conversation que leur décolleté. Non pas qu’il ne lui arrivât jamais de loucher dessus discrètement : il restait un homme dans la force de l’âge et de sa virilité prompte à se soulever pour les yeux d’une beauté féminine. La différence entre lui et la plupart de ses comparses résidait simplement dans le fait qu’il savait ne pas se faire remarquer, d’une part, et qu’il n’agissait pas sur les impulsions de son mât à tout bout de champ.

« Ne vous méprenez point. Je connais Son Altesse et Lady Lynara depuis qu’elles ont sept et neuf ans, et moi douze, presque treize… A cet âge, pour peu que vous aimiez leur compagnie, il n’est pas malaisé de se faire apprécier.

J’aime ma parentèle, féminine ou masculine. Il est normal, je crois que de savoir se faire apprécier des gens que l’on aime, vous ne croyez pas ? »


A croire qu’il aimait les double-sens, dans cette conversation. Parce que oui, ce qu’il disait là, c’était ni plus ni moins que l’évocation de leur entente future, la possibilité qu’il puisse plaire à son épouse, comme il avait réussi à se faire accepter de ceux qui l’entouraient. Suivant les caractères et les circonstances, une telle entreprise avait pu mettre plus ou moins de temps, connaître des hauts et des bas… Mais quand son destin était lié par des accords sous le regard des dieux, quand le sang se trouvait partagé, quand le devoir lui intimait de se faire agréable, Bowen le tentait autant que faire se peut. Voilà pourquoi il avait subi sans mot dire les petites avanies des aînés Stark quand ces derniers avaient cru devoir défendre la place de Jon auprès du roi, malgré le fait qu’il en avait été secrètement blessé. Ils étaient ses seigneurs, et ses parents : l’orage passerait, et ils finiraient par le voir pour ce qu’il était. Maedalyn Cerwyn pourrait en faire autant, avec de la patience. Finalement, en toute honnêteté, Bowen avait simplement l’amour de se faire aimer.

Hochant la tête au reste de ses paroles, le jeune homme se contenta d’écouter sa fiancée lui faire part de son désir qu’il corresponde au portrait dressé, se jurant intérieurement de ne point décevoir ses attentes qu’il savait haute, comme c’était souvent le cas chez les jeunes damoiselles qu’on promettait en mariage au premier venu. Toutes avaient l’espoir de tomber entre les bras d’un preux chevalier aussi beau que galant, et la majorité se trouvait cruellement déçues quand confrontées à une réalité moins avenante. Etait-il fait de ce bois des rêves ? Assurément non. Mais au moins, il en avait conscience et essayerait tout de même d’y remédier. C’était toujours cela, non ?

Pourtant, il fut quelque peu surpris en voyant la main de sa promise se poser sur la sienne, manquant presque trébucher sous le contact impromptu, tandis que ses paroles lui réchauffaient tout de même un peu le cœur. Oh oui, il était égoïste de vouloir que ses proches, que sa femme se morfonde sur son absence… mais il n’y pouvait rien. Tout homme voulait être pleuré ainsi, voir sa présence désirée.

« Je ne voudrais point retarder le moment où je serais à nouveau proche de vous, ma Dame. »


Et à ces mots, il serra très légèrement sa main dans la sienne avant d’y apposer un délicat baisemain.

« Cette pensée saura guider mon bras. »

Bras qui préférait la connivence de celui d’une belle promise au maniement de la lance à cet instant, à n’en point douter, tandis qu’ils arrivaient sur le port proprement dit de la ville, les effluves de la mer de plus en plus fortes à leurs narines tandis que des navires battant tous les pavillons de la côte est de Westeros se pressaient à leurs mouillages et qu’un ciel radieux se reflétait sur les ondes maritimes les saluant de leurs vagues nacrées.

Le spectacle était beau… La fiancée aussi.
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