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"Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé]
MessageSujet: "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé]   "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé] EmptyJeu 28 Jan - 0:18


Je haïssais le Nord.
Ces contrées froides avaient bien failli avoir ma peau. Je me souvenais avec une sensation bien désagréable de ma traversée du Neck, où j'avais malencontreusement glissé sur la tête d'un lézard-lion... Oui, une situation tellement improbable qu'elle aurait bien fait rire le premier à qui j'aurais pu la raconter. Ces sales bestioles se dissimulaient incroyablement bien dans les marais, et si j'avais réussi à parcourir le Conflans sans incident notable, je m'étais retrouvé immédiatement à boiter dès mes premiers pas dans le Nord. Ca sonnait comme une mise en garde, comme si ces terres cherchaient à me signaler que je n'étais pas le bienvenu, et que je ferais mieux de faire demi-tour. J'en avais rapidement eu marre de ne manger que du serpent, et j'avais craint plus d'une fois de mettre perdu définitivement dans ces eaux troubles... Et que dire des difficultés pour contourner Moat Caillin ? Même un cavalier seul se cassait les dents sur pareille difficulté. C'aurait peut-être été plus malin de se risquer à franchir les montagnes du Val en quête du premier navire à destination de Blancport. Enfin... Il était trop tard pour regretter.

Le plus difficile ensuite ? Lutter contre le froid et la faim, tout comme échapper aux patrouilles du Nord, bien nombreuses à la frontière Sud. J'avais retiré tout insigne qui pouvait m'identifier comme appartenant aux rangs du Conflans, ou plus particulièrement des Bracken, mais certains signes me trahissaient encore. Impossible de me débarrasser de ma cape, de ce rouge sombre caractéristique de mon blason, sinon je risquais de mourir de froid. J'avais retiré quelques pièces d'armure pour voyager plus léger, mais globalement tout mon attirail était de cuir souple. Je ne ressemblais pas à un simple commerçant ou paysan... Je pouvais tout juste me faire passer pour un mercenaire, ou plus certainement pour un sauvageon. J'avais découvert bien malgré moi que certains hantaient encore les bois, mais surprise... Ils m'avaient pris pour un des leurs et j'avais pu confondre au moins ceux-là. J'avais tout d'abord cru que c'était mon côté roublard qui m'accordait une place de choix dans la lie de tous les royaumes... Mais les voir équipés de pied en cape avec de l'équipement typique en provenance du Conflans avait eu de quoi m'interpeller.
J'aurais voulu profiter de leur couvert encore un temps pour me déplacer en prenant le moins de danger, mais force était de constater que j'en prenais bien davantage en restant avec eux. Les patrouilles les traquaient comme des chiens, et évoluer seul restait encore le moins risqué. Mais quelle plaie de perdre autant de temps à contourner les routes principales, à chasser un gibier toujours aussi peu présent... Et la température, surtout. Impossible de m'y faire, et mes muscles étaient si tendus que je peinais parfois à bander correctement mon arc. Par les Sept et par le Dieu Noyé ! Pourquoi Mathie était allée se perdre au bout du monde connu ?

Je parvenais aux portes de Winterfell dans un pire état qu'au lendemain d'une bataille ardue contre l'Orage. J'étais fourbu, presque mal en point. J'avançai avec la tête basse, l'air hagard, le visage en partie dissimulé dans le renfort de ma capuche. Une de mes mains était renfermée sur les rênes de l'alezan, qui contrastait fortement avec la stature des autres chevaux. Un port bien plus haut, moins trapu, et cette couleur assez reconnaissable... J'aurais dû l'échanger contre un autre, typique du Nord, mais je ne pouvais pas me résoudre à laisser en arrière celui avec qui j'avais combattu et appris l'archerie montée. Tout comme mon épée, que je dissimulais comme je pouvais sous ma cape, si belle et ouvragée que j'aurais pu faire aisément croire que je l'avais dérobé sur un quelconque cadavre.
Fort heureusement, les étrangers étaient un peu plus nombreux à l'approche du repère des Loups. J'entendis rapidement qu'un mariage royal se préparait, si bien que tous affluaient des quatre coins du Nord pour y assister... Mais aussi des délégations du Val, de l'Ouest et même de Peyredragon. Je craignais de croiser ces derniers encore plus qu'une patrouille du Nord... Mais j'étais presque arrivé à destination, que pouvais-je craindre dans la masse ?

- Eh, toi là !

J'aperçus quelques marchands d'étoffes presser leur charrue sur ma droite. Je ne m'inquiétais pas outre-mesure, poursuivant ma route.

- Tu es sourd ? Je t'ai dit de t'arrêter !

Et... Bon sang. J'avais cru passer entre les mailles du filet, mais c'était bien à moi que l'on s'adressait. Difficile de continuer comme si de rien, alors je m'arrêtais sans oser me retourner. Je priais silencieusement, ceux qui oserait bien m'écouter, que ce soit les Sept ou Celui qui réside sous les vagues. Je risquais un coup d'œil sur le côté, avec un sourire affable et un air faussement détendu.

- Un problème ?

Un homme, armé. Je craignais que ce soit un garde qui contrôlait les entrées, certainement renforcée avec la toute récente guerre. J'apercevais les murs de Winterfell, mais encore loin devant... La poisse. Il n'existait pas d'autres chemins, et je n'avais pas eu d'autres choix que de rejoindre la route principale pour la fin de mon périple. Stoppé sur la dernière ligne droite, alors même que ma destination finale était visible à l'horizon... Ne restait plus qu'à faire bonne figure en espérant que ça passerait, et que personne ne vienne me rajouter des ennuis supplémentaires.
Avais-je déjà mentionné à quel point je haïssais le Nord ?
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MessageSujet: Re: "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé]   "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé] EmptySam 30 Jan - 18:06

« Pendez le cadavre. »

Sans un regard de plus pour la pitoyable dépouille aux côtes saillantes qui gisait décapitée à ses pieds, le sang gouttant sur ses chausses, teintant le sol d’un écrin carmin, Bowen rengaina son épée luisante dans son fourreau et remonta sur son cheval, laissant le reste du travail aux quatre hommes de main qui l’accompagnaient, soit trois rudes soldats ayant survécus à la Mort-aux-loups ainsi que le cadet de la maison Bosc, un gamin de quinze ans à peine qui avait eu la chance de servir d’écuyer à son père et d’avoir donc été épargné par l’avancée sauvageonne sur leurs terres.

L’adolescent fixa un long moment ses trois comparses prendre le macchabée par les épaules puis secoua sa tête comme pour en chasser les images qui s’y reflétaient et vint leur prêter main forte. Pauvre gosse, ne put s’empêcher de penser le Glover alors qu’il contemplait ses soldats en train de hisser le corps à un arbre proche pour faire passer la corde sous ses bras avant de le laisser pendre là, conformément à ses ordres. Pas question de donner une sépulture à ses chiens qu’ils continuaient d’abattre dans le Bois-aux-loups. Chaque sauvageon pris était tué, que ce soit suite à un combat ou après s’être rendu. Insensible aux suppliques, l’héritier de Motte-la-Forêt appliquait méthodiquement la sentence qu’il avait lui-même fixé, comme le voulait la tradition nordienne. Pourtant, à chaque fois qu’il abattait son épée sur le cou d’un de ces misérables condamnés, il y avait autre chose que le simple respect des coutumes de son peuple qui dansait dans ses yeux. Oui, on pouvait y lire la haine, et surtout une satisfaction brutale, farouche, quand la tête roulait à ses pieds et le fixait de ses yeux vitreux, morts. Jamais il ne serait rassasié du sang de ces brutes. Il avait trop perdu à cause d’eux pour ressentir la moindre once de pitié.

« Allons-y. »

Silencieusement, ses compagnons se remirent en selle, et ils se détournèrent du cadavre voué à pourrir là, tel un avertissement lugubre à ceux qui voudraient ignorer la justice promise par la famille Glover et le roi du Nord. Sauvageons, brigands, vagabonds, tous périraient. En ces temps d’incertitude, la pitié ne pouvait être de mise, et la sécurité était une priorité dans cette contrée qui avait tant saigné pour sa patrie.

Continuant leur patrouille, les cinq hommes chevauchèrent vers l’Est, suivant le petit Bosc qui n’avait pas son pareil pour trouver les pistes et traquer leurs ennemis, comme la plupart des maisons du Bois-aux-loups et de ses montagnes environnantes. Tous fournissaient des pisteurs doués aux armées Glover, et ordinairement, constituaient une piétaille particulièrement mobile et utilisable pour des embuscades ou autres tactiques de guérillas, tout en ayant aucun mal à se fondre dans la mêlée avec bravoure au moment opportun. Surtout, tous avaient perdu un membre de la famille suite à l’invasion sauvageonne, aussi chacun de ces hommes brûlait de s’abreuver encore une fois de la souffrance de ceux qui les avaient privés d’une mère, d’une sœur, d’un frère ou d’un père.

Du reste, avec la recrudescence des arrivées à Winterfell par la Voie Royale, ordre avait été donné à toutes les maisons bordant cette dernière de veiller tout particulièrement à ce qu’aucun brigandage n’ait lieu, afin de ne pas mettre à mal les alliances diplomatiques avec d’autres royaumes, ce qui expliquait les patrouilles fréquentes qu’organisait Bowen aux alentours de la capitale nordienne avec ses hommes afin de pourchasser notamment les bandes de fuyards qui sévissaient toujours et ne manquaient pas d’être attirées par cette affluence soudaine de victuailles.

« Arthos, va devant, on te rejoindra. »

L’adolescent acquiesça puis éperonna sa monture, petite mais rapide, avant de se détacher du groupe. Généralement, Bowen préférait envoyer le Bosc en avant histoire de ménager les montures des autres, faisant confiance à l’instinct du gamin pour dénicher ce qui valait la peine d’être vu. Et surtout, ainsi, il pouvait s’enquérir du moral de la troupe tranquillement.

« Ta femme, Hoarfrost ? Comment va-t-elle ? »

Le cavalier à sa droite, un colosse au visage parcouru par une imposante cicatrice et aux dents jaunies, répliqua d’un ton rude :

« Va bien. Le chiard la fatigue, mais c’t’une bonne garce. Elle m’en a sorti cinq d’là, c’ui-là f’ra pas exception. »

Les deux autres se mirent à rire. Partie dans les Rus auprès de sa famille quand son mari avait été mobilisé, elle faisait partie des rares survivantes de Motte-la-Forêt, contrairement à leurs cinq enfants, qui avaient péri avec leur tante lors de l’assaut. Autant dire que le brave bougre comptait beaucoup sur cette naissance, et suivait aveuglément son suzerain dans la chasse aux sauvageons, n’hésitant jamais à se porter volontaire. Certains murmuraient qu’à la Mort-aux-Loups, chaque fois qu’il avait tué cinq sauvageons, le géant avait murmuré une prière aux dieux pour ses enfants.

« Sauf vot’ respect, M’ssire, vous devriez v’s’en trouvez une aussi, d’femme. C’château a b’soin d’une dame. »

Bowen sourit face à cette sollicitude un peu bourrue, et s’apprêtait à répondre quand la voix du petit Bosc retentit devant eux. Sourcils froncés, tous se regardèrent avant de lancer leurs chevaux au galop pour rejoindre au plus vite la route. Deux minutes plus tard, ils virent ce qui avait alerté le pisteur. Au milieu des convois, un homme encrassé, enveloppé dans une cape rouge qui avait connu des jours meilleurs et monté sur un alezan qui n’avait rien de nordien se tenait devant l’éclaireur. Se portant à sa hauteur, l’ancien écuyer royal détailla rapidement le suspect, dont les cuirs rappelaient plus le mercenaire fauché que le soldat… Ou encore… Portant instinctivement la main à sa ceinture, le jeune homme referma sa paume sur le pommeau de son épée, avant de d’ordonner :

« Ecarte-toi du convoi, l’ami. C’est qu’on voit peu d’homme comme toi par ici. Hormis les déserteurs, ou les sauvageons. Et inutile de préciser qu’ils ne sont pas les bienvenus. »

Instinctivement, les civils autour avaient accéléré le pas, reconnaissant pour les nordiens les armes que le Glover portait sur sa lourde cape en peau. Quant aux autres, ils étaient suffisamment intelligents pour reconnaître la mise d’un noble, et se pressaient donc aussi, afin de ne pas être pris dans les ennuis qui s’annonçaient.
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MessageSujet: Re: "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé]   "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé] EmptyDim 14 Fév - 17:13


J'aurais pu aisément me dépêtrer de ce chiard, mais il ne fallut pas longtemps pour que toute la clique rameute. J'entendis distinctement plusieurs chevaux lancés au galop, et un coup d'œil par-dessus l'épaule de celui qui me faisait face me permit d'étudier la situation... Mauvaise, très mauvaise. Quatre, non... Cinq cavaliers, et je reconnus sans mal quelques armes et armures de bonne facture. Il ne manquerait plus que je ne sois tombé sur de jeunes nobles, avides de faire leurs preuves en égorgeant quelques sauvageons qui harcelaient les routes pour ne pas mourir de faim. J'en avais surpris plusieurs, pendus à des arbres comme guise d'avertissement si certains se prenaient l'envie d'attaquer un convoi de passage. Ce n'était nullement dans mes intentions de reproduire leurs erreurs... Même si l'idée m'avait bien traversé l'esprit à un moment donné. Mais les sauvageons évoluaient en petite meute, autant qu'ils le pouvaient. J'étais incroyablement seul d'un coup, ce n'était utile de l'être que lorsqu'on arrivait encore à être discret, et je venais de perdre ma couverture en même temps que cette caravane s'éloignait au plus vite du tumulte. J'aurais peut-être mieux fait de rester avec ceux d'au-delà du mur, le danger n'était jamais là où on s'attendait à le trouver. Enfin, qui sait... Peut-être avaient-ils tous été décimés en mon absence. Ils n'existaient pas de bons choix, même maintenant. Mon regard suivit le mouvement de l'un d'entre eux, portant sa main au pommeau de son épée. Je retins une grimace mauvaise. Fuir sans attendre ou tenter de trouver un mensonge crédible ?

Quand il prit la parole, je n'eus plus aucun doute sur son identité. J'avais bien affaire à un noble pour s'exprimer ainsi, et surtout pour ordonner plus que parler. Je lâchai un souffle ironique à l'entendre m'appeler en ami, alors même qu'il avait le poing fermé sur son arme. Je gardais mon calme, car il était encore le seul garant de ma survie. Je préférais éviter de me retrouver, à mon tour, pendu en haut d'un arbre... Alors je m'écartais du convoi, comme il me le réclamait, parce que ça m'arrangeait aussi de quitter la route. Je me positionnai ainsi assez loin d'eux pour m'assurer une longueur d'avance s'il était nécessaire de détaler, et que les paroles seraient devenues superflues.

- Restons calmes, messires. Je ne suis pas venu chercher querelle.

Je m'exprimais presque comme un gentilhomme, mais j'avais intérêt à limiter mes paroles. Même si j'avais pris l'habitude de ne pas jurer comme un charretier après ces quelques années passées aux côtés de mon père, j'avais bien davantage de doutes sur mon emploi approximatif de l'accent de l'Ouest. Je n'avais pas trouvé mieux dans l'immédiat pour leur faire comprendre que je n'avais rien de sauvageon, et encore moins du déserteur. C'était plus facile pour le premier cas que pour le second, car j'étais bel et bien un déserteur... Et je n'avais rencontré des gens de l'Ouest qu'épisodiquement à Salvemer, des années de cela, ou plus récemment sur la route du Nord... Définitivement pas assez pour gommer toute imperfection. Avec un peu de chance, ils verraient là le rouge des Lannister plutôt que celui des Bracken. C'était à peu près la seule certitude que j'avais en matière de blason de l'Ouest à vrai dire...

J'avais appris, à force d'expériences, qu'il valait mieux éviter de nier farouchement la vérité si on ne voulait pas qu'elle transparaisse, mieux valait abonder dans leur sens. Je leur rendis un sourire affable, dissimulant comme je le pouvais mon inquiétude. C'était sans compter sur ma monture qui n'arrêtait pas de renâcler et gratter le sol avec impatience, ressentant sans mal la tension qui émanait de mon être. Les animaux étaient bien trop empathiques pour mon propre bien...

- Vous recherchez quelqu'un ? Je peux peut-être vous aider.
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MessageSujet: Re: "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé]   "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé] EmptyJeu 18 Fév - 12:39

La main toujours sur son pommeau, Bowen regarda le maraud exécuter ses ordres sans broncher, ou plutôt, sans faire montre d’une envie de fuite immédiate ou de le défier. La colonne de marchands et petites gens lâcha une sorte de soupir de soulagement collectif en voyant l’homme obtempérer et éviter de les mettre en danger par une descente au milieu de leurs carrioles chargées comme pour un jour de fête… Ou une réinstallation en d’autres lieux.

En fait, tandis que son vis-à-vis s’approchait, tout en veillant, il ne nota rapidement, à garder une distance raisonnable entre lui et sa petite troupe, le Glover obliqua un regard vers ceux qui s’empressaient désormais d’accélérer le pas pour mettre le plus de distance entre eux et l’algarade qui se profilait. Ceux aux jolies mises et carrioles chargées abondamment étaient sans nul doute des fournisseurs ou marchands contactés pour les noces, tandis que les familles entassées dans des chariots aux côtés de ballots qui semblaient plus emplis d’objets du quotidien que de victuailles et aux mines sombres étaient sans doute des nordiens ayant connus quelques difficultés suite aux événements récents et ralliant Winterfell en quête d’un nouveau toit. A moins que ce ne soit l’édit du roi qui poussât des cadets à prendre femmes et enfants pour se construire une ferme ou une maison avec un enclos à bétail plutôt que de passer leur existence comme employés de leurs aînés. Que ce soit les fils de familles nobles ou de la plèbe, tous avaient en commun de se soumettre aux lois de la primogéniture, si simple pour gérer les héritages… Et si désagréables pour ceux n’ayant pas eu la chance de naître en premier. Parfois, Bowen se demandait quelle aurait été sa vie s’il avait été à la place d’Edwyle… Enfin, il n’était point temps de s’appesantir sur de telles questionnements. Il avait un maroufle inconnu à interroger.

Ledit vilain s’exprimait d’ailleurs avec une certaine… Comment dire… Prudence certes, mais surtout tel un homme ne frayant pas forcément avec le commun. Chose étrange, d’ailleurs, aux yeux du Poing du Nord, qui ne manqua pas de tiquer, comme ses frustes comparses : le soldat de base n’avait pas vraiment la distinction d’un tel langage, et mâchait souvent les syllabes par habitude, pour aller plus vite. Plus les accents étaient forts, plus ce tic s’accentuait évidemment. Alors certes, Bowen n’était pas un spécialiste de la prononciation des autres régions… A l’exception d’une, celle du Conflans, essentiellement parce que sa mère ne s’était jamais départie d’un très léger accent typique de son royaume de naissance. Pour le reste, il avait entendu les ouestriens parler entre eux quelque fois à la Mort-aux-Loups, mais c’était tout. Cela dit, au fond, il n’avait pas réellement besoin de le savoir, puisqu’à cet instant, ses oreilles percevaient une intonation qui ne lui était pas inconnue sous la tentative apparente de se faire passer pour… Au moins autre chose qu’un nordien.

Plissant les yeux, l’héritier de Motte-la-Forêt l’entendit proposer son aide, et vit le massif Hoarfrost rouler ses yeux de façon de comique. Au moins, il ne manquait pas d’audace : proposer son aide pour chercher une personne quand on était interrogé… Malheureusement, ce n’était pas vraiment le genre de mouvement qui rehausserait la confiance d’une troupe nordienne particulièrement méfiante, et ressortant tout juste d’une exécution. C’était injuste mais… L’atmosphère ne se prêtait guère à croire tout le monde sur parole. Surtout quand, finalement, ledit monde à cet instant n’avait encore rien dit de particulier d’engageant, hormis un don pour les jolis mots.

Alors qu’il s’apprêtait à répondre, enfin, son attention dériva sur le petit Bosc auprès de lui, qui fixait de ses yeux de fouine le canasson un peu fatigué sous leur inconnu. Puis, le regard du gamin dériva vers la cape mitée, et son visage se creusa d’une ride soucieuse que son seigneur ne manqua pas de reconnaître. Le silencieux adolescent savait repérer les plus infimes détails, que ce soit pour traquer une proie… Ou autre chose. Tels étaient les éclaireurs des clans, furtifs comme des ombres et rusés comme des renards. Arthos ne dérogeait pas à cette règle, et c’était précisément pour cela que malgré son jeune âge, Bowen lui accordait sa confiance et une place régulièrement à ses côtés.

« Dis-nous d’abord qui tu es, et d’où tu viens, et après… Nous verrons s’il y a motif à chercher querelle.

Crois-le ou non, je serais curieux de savoir d’où te vient ce joli accent chantant. Et ce que tu fais en si piètre état sur nos terres nordiennes. »


Pas d’animosité particulière dans son ton, pas plus que dans son regard d’acier rivé sur celui qu’il questionnait ainsi. Cependant, il ne fallait pas se leurrer : Bowen aussi savait jouer.
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MessageSujet: Re: "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé]   "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé] EmptyDim 6 Mar - 18:20


Je m'exprimais clairement, avec calme et lenteur. J'évitais ainsi de mâcher mes mots et de risquer que mon accent ne se fasse sentir. Je devais parler peu mais parler bien. C'était infiniment plus simple de me faire passer pour un étranger quand j'en étais effectivement un, et ce mariage royal m'avait permis jusqu'à maintenant de me fondre dans la masse avec une rare aisance... Bien dommage que ce gamin de nobliau avec l'œil acéré d'un faucon pour détecter le moindre intrus. C'était bien ma veine, moi qui espérait passer entre les mailles du filet sur cette ultime journée de cavalcade... Je devais être maudit. J'avais traversé tout le Conflans avec le statut de traître et déserteur sans rencontrer le moindre incident, mais dans le Nord, c'était différent. Oui, là était bien le problème. Je connaissais bien le Conflans. Et combien de fois avais-je franchi ses frontières ? Que je réfléchisse un peu... Oui, jamais ! J'aurais dû m'attendre à les berner efficacement, avec un accent bien plus prononcé que je ne me l'imaginais ?

Je continuais de sourire avec un air affable, comme si je n'avais strictement rien à me reprocher. Les apparences étaient toujours importantes pour tromper l'ennemi, mais je savais pertinemment que chaque mensonge proféré effritait un peu plus le masque que je m'étais érigé. J'allais me faire prendre à mon propre jeu, à ce rythme-là. Je sentais le regard inquisiteur du petit qui m'avait interpellé sur moi, à détailler ma mise d'un air circonspect. Et l'autre, certainement leur chef, ne me ratait pas dès que j'ouvrais la bouche. Ces deux-là étaient les plus dangereux, et non les montagnes de muscles qui les accompagnaient. C'était plus facile de faire croire à quelques rustres que vous étiez ce que vous n'étiez pas, mais bien plus délicat devant quelques esprits aiguisés. Enfin, que ce soit les premiers ou les derniers, ils étaient tous d'une nature extrêmement méfiante... De quoi ne pas m'accorder le bénéfice du doute ! Tous les Nordiens étaient-ils aussi austères ?

- De l'Ouest, l'ami. Evidemment. Je m'appelle Erwann, et vous ?

Il allait vouloir que je développe, et ne se contenterait pas de si peu. Au moins, il n'avait pas encore dégainé cette épée qui battait à son côté, ni refermé l'étau en demandant à ses chiens de m'encercler. S'il agissait ainsi, je ne répondrais plus de rien. Etant donné les circonstances, je préférais m'en remettre aux capacités de ma monture à cavaler plus vite que les leurs plutôt qu'à de belles paroles qui ne sauraient me sauver, même si dans les deux cas, je me sentais bien trop rouillé et éreinté pour faire le poids.

Je fronçais les sourcils, un air vaguement interrogateur au visage, comme si je réfléchissais à ce qu'il sous-entendait... Alors que je savais pertinemment à quoi il faisait référence.

- Mon accent chantant ? Ah... Il me vient de ma mère. Elle était très belle, vous savez.

Mon sourire était teinté d'une tristesse et d'une brève hésitation. Il devait lire sans mal sur mon visage une certaine gêne, parce qu'elle était de basse extraction et que je ne voulais pas forcément le mentionner. Oui, ma mère était une catin, et sur ce point-là, je ne mentais pas vraiment. Ca me changeait de simuler la gêne à cette mention, plutôt que d'en rire et de le cracher avec hargne. FIls de putain.

- Les routes sont moins sûres que celles de l'Ouest, messire. J'ai perdu les miens de vue quand notre convoi s'est fait attaquer par des sauvageons. La faim a dû les faire sortir du bois pour qu'ils se montrent aussi audacieux. Nous avons dû fuir en hâte, et c'est que je ne connais pas bien le Nord, alors le plus simple était encore de suivre la route... J'espère retrouver mes compagnons à Winterfell, sains et saufs.

Je désignais une direction, prenant le temps de me remémorer les événements... Imaginaires. J'aimais bien raconter des histoires pour brouiller les pistes, mais il me fallait toujours un fond de vérité. Je savais pertinemment où se trouvait les sauvageons avec qui j'avais séjourné un temps. J'étais vraiment navré pour eux, mais ça ne me gênait pas outre-mesure de sacrifier les quelques survivants sous les crocs des loups de Winterfell pour sauver ma propre peau. Ils auraient certainement fait pareil, et j'avais besoin d'une bonne diversion pour qu'ils arrêtent de me chercher des noises.

- Je les ai vu partir dans cette direction, vers ces sous-bois.
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MessageSujet: Re: "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé]   "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé] EmptyMar 15 Mar - 19:59

« Bowen, de la maison Glover. »

Désignant l’adolescent à la tête de fouine à ses côtés, le Poing du Nord ajouta, histoire de finir les présentations nobiliaires :

« Et voici Arthos, de la maison Bosc. »

Les autres ne pipèrent mot, peu soucieux d’égrener leurs noms, ce que leur maître comprenait aisément. A vrai dire, il n’avait décliné son identité et celle du gamin que pour instaurer un semblant de rapport de force en termes de symboles : qui qu’il soit réellement, cet Erwann avait en face de lui au moins deux membres de la noblesse nordienne, qui avait donc théoriquement droit de vie ou de mort sur les marauds dans son genre. Alors autant annoncer la couleur d’emblée.

Ainsi, l’inconnu se présentait comme ouestrien. Un coup d’œil rapide à sa cape rouge parut confirmer ses dires, du moins accréditer un minimum sa version, même s’il aurait aimé y distinguer l’or Lannister. D’ailleurs, Arthos plissait déjà ses yeux en direction des vêtements, nez en avant comme pour décider s’il sentait l’odeur du mensonge ou de la vérité. En soi, en effet, il y avait des natifs de l’Ouest au Nord… Mais à Winterfell, comme escorte de la reine Jordane et de son fils, et il n’avait pas connaissance d’une sortie de ses troupes, qui n’étaient pas extrêmement nombreuses puisque devant être transportées par bateau depuis Goeville, autant dire que la reine n’avait pris que le minimum, ce qui était aisément compréhensible.

En fait, Bowen se retrouvait au point de départ. L’homme parlait bien, très bien… Trop bien même. Il s’exprimait avec calme, sans paraître angoissé ou désarçonné par leur comportement revêche, avec une pointe d’humour même comme venait de le prouver son commentaire sur sa mère. Ce dernier arracha un sourire à moitié édenté au massif Hoarfrost, qui siffla avec la délicatesse d’un morse d’Ibben :

« Ah ben, y d’vait pas y avoir que sa voix qui chantait… »

Le regard noir qu’il reçut de la part de Bowen fut suffisant pour lui faire ravaler presque instantanément ses paroles, aussi il grommela un petit :

« D’solé, M’ssire. »

La galéjade, c’était bon une fois au repos, pendant qu’ils officiaient, le Glover tolérait très peu les plaisanteries grivoises, surtout au beau milieu de l’interrogatoire d’un type qu’il trouvait louche depuis le départ. C’était une bonne tactique, de détourner l’attention en parlant d’une chose qui ferait naturellement causer ces hommes rudes. A défaut de lui accorder sa confiance, il lui reconnaissait une certaine présence d’esprit. Après est-ce que c’était un bon point… Pas forcément, cela signifiait qu’il était intelligent, et donc à même de réfléchir à quoi dire pour se sortir du pétrin. C’était tout l’avantage de tomber sur des imbéciles. On était sûr de savoir rapidement la vérité.

Pour autant, la suite de l’explication fit brièvement tomber toutes ses envies d’en savoir, comme si un seul mot dans tout ce baratin avait de l’importance. Sauvageon, voilà tout ce sur quoi son esprit vengeur désirait se focaliser. Si ces pendards avaient attaqué un convoi allié, s’ils avaient couvert le Nord d’opprobre en détroussant des invités, en plus de souiller son sol de leur présence immonde, ils en répondraient par le fer et le sang. Aveuglé par sa haine, Bowen avait déjà la main qui faisait coulisser son épée hors de son fourreau, prêt à dire à ses hommes de laisser ce quidam pour aller étriper quelques-uns de ces charognards… Quand son regard se posa malgré lui sur Arthos qui, au lieu de réagir à cette annonce, continuait toujours de fixer Erwann avec une insistance qui aurait mis n’importe qui mal à l’aise. Ses narines presque dilatées, sans doute sous l’effet du froid, il donnait l’impression de flairer littéralement quelque chose dans l’air. Quelque chose que, tout à sa rage, son seigneur n’avait pas remarqué.

Alors, ça le frappa comme un roc en pleine figure. Depuis quand il y avait des soldats ouestriens qui venaient maintenant, puisqu’ils étaient déjà tous arrivés ? Et il voyait mal la reine Jordane envoyer ses maigres troupes faire le tour du Nord… ça ne collait pas. Quelque chose n’allait pas. Et pourtant s’il disait en partie vrai ? Est-ce que Bowen était prêt à laisser passer l’occasion de tremper sa lame dans le sang de sauvageon ? Pas vraiment, même si son devoir lui demandait de se recentrer sur l’important à savoir la sécurité du royaume. Qui indiquait d’enquêter sur ses dires. Tous ses dires. Alors d’un signe de tête, il fit comprendre à Arthos ce qu’il attendait de lui, et sans mot dire, le gamin éperonna son cheval et s’en fut dans la direction indiquée. Le jeune homme savait que le pisteur suivrait des traces éventuelles à bonne distance puis, une fois la présence vérifiée, repartirait prévenir du monde. Pendant ce temps, lui-même pourrait tranquillement escorter ce Erwann jusqu’à Winterfell, et là demander à l’officier en charge des hommes de l’Ouest de venir confirmer ses dires. Comprenant ce qu’il se passaient, ses hommes flanquèrent immédiatement leur maraud, et Bowen lui dit :

« On va t’amener à tes supérieurs à Winterfell, homme de l’Ouest. Tu pourras leur expliquer en détail ce qu’il t’es arrivé. »

Et pourquoi une troupe se baladait au milieu de la Voie Royale, accessoirement.
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MessageSujet: Re: "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé]   "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé] EmptyVen 25 Mar - 0:46


Glover... Bosc...
Comment dire ? Ces noms de Maison ne me disaient strictement rien. Le contraire aurait été étonnant, n'est-ce pas ? Du Nord, je ne devais connaître que les Stark. Ah, et les Karstark. Simple, il suffisait de rajouter une syllabe en plus, mais j'aurais bien été incapable de dire la différence entre les deux. Et les Flint, vaguement. Peut-être parce qu'on avait pillé leurs terres un jour, à l'époque où je naviguais sur les eaux occidentales. Le bon vieux temps...

Je me contentai d'un sourire emprunté en réponse, comme s'il me plaisait de savoir à qui je m'adressais. Qu'on ne me dise pas qu'ils attendaient une autre réaction de ma part que cet air benêt que je leur renvoyais... J'aurais bien été incapable de comprendre toutes les subtilités du protocole auxquelles se livraient les nobles. Mon père avait vite abandonné l'idée de me les apprendre, se contentant du strict minimum avant de me donner un destrier et une lance pour partir en guerre. Les mauvaises habitudes avaient la vie dure, mais vu ma dégaine, j'espérais bien qu'ils ne s'attendraient pas non plus à des miracles de ma part.
J'étais peut-être peu cultivé, mais j'étais bien moins ingénu que ne le laissait penser mon expression du moment. Il s'était contenté de présenter les deux de sang noble parmi leur petite assemblée, comme pour renforcer le poids de leur interpellation. Si j'étais incapable de me rendre compte par moi-même de l'importance et de l'influence de ces deux Maisons dans la politique du Nord, de manière bien plus terre-à-terre, je devinais sans mal que Bowen Glover était celui aux commandes, et capable de décider de mon sort sans en référer à ses pairs... Ce qui signifiait que cet homme avait certainement le droit de vie ou de mort sur moi. Devais-je m'en inquiéter ? Pas tellement. J'avais vécu bien trop longtemps dans des sphères où la Loi n'avait pas cours, et où chacun tuait son prochain pour assurer sa propre survie, moi compris. Alors m'opposer à des personnes qui pouvaient en faire autant sous couvert de principes et d'une couche de civilité... Ce n'était pas assez pour m'intimider. Les capacités de son roquet a détecté le moindre détail qui pouvait clocher était bien davantage préoccupant pour moi. Je discernais comme un chien de chasse, le museau en avant, à guetter sa proie. Que Bowen Glover sonne les cors et toute la meute serait bientôt sur mes talons. Je tentais de l'ignorer, avec plus ou moins de conviction, pour me centrer sur le principal concerné.

Je ne m'attendais pas à ce que mon trait d'humour sur ma mère arrache des aboiements à la horde restée dans l'expectative, même si je l'espérais quelque peu. Je lâchai un rire bref entre mes dents, à la remarque de cette montagne massive qui venait de prendre la parole. L'intermède fut de courte durée, car déjà leur chef lui clouait proprement le bec sans me laisser l'occasion d'en placer une pour dévier davantage la conversation. Dommage... Il les tenait bien en laisse, décidément. Mais lui ne s'astreignait pas à la même discipline... Et un mot, un seul, suffisait à provoquer sa colère. J'avais touché dans le mille en parlant de ces chers sauvageons, et je tenais là ma victoire quand son épée coulissa hors du fourreau. Je me détournais déjà, peu désireux de me faire remarquer alors que l'attention était reportée sur d'autres. Il me suffisait de partir en toute discrétion et... Je n'entendais pas le claquement familier des sabots contre le sol. Ils étaient encore là, et je devinais sans mal que le petit Bosc devait conserver son regard rivé dans mon dos. Je retins un juron, mauvais. Cela faisait déjà deux fois que le marmot me mettait en difficulté avec ses pairs...

Un mince espoir me restait en le voyant détaler, sous les ordres de Bowen. Sauf que... Le noble restait planté là. J'entendis le verdict tomber et pris une longue inspiration. Ca se corsait pour moi. Je pouvais les suivre gentiment jusqu'à Winterfell qui était, après tout, ma destination initiale... Mais franchir ses murs sous bonne garde pour être mené devant l'Ouest... Mauvaise idée. Je n'arriverais pas à m'en dépêtrer durant le trajet, vu comment ils me flanquaient et ne me lâchaient pas. L'étau se refermait déjà lentement, alors que les cavaliers se positionnaient autour de moi. Je devais fuir, maintenant, et retenter ma chance plus tard sous couvert.

Je fis mine de me tenir tranquille, prêt à coopérer... Mais en vérité, je n'attendis pas que le cercle se referme avant d'éperonner ma monture pour m'en extirper. Je brandis la lame des Bracken, dont je m'étais évertué à dissimuler la garde jusqu'à présent, et tranchait au niveau de la selle du plus proche pour le faire tomber à la renverse. Sa monture se cabra pendant que l'homme jurait, et je profitais de l'ouverture pour presser les flancs de la mienne et mettre le plus de distance possible entre nous.

- Vous auriez pu m'accorder le bénéfice du doute, messire. C'est certainement la seule vérité que je vous ai révélé depuis le début de notre conversation !

C'était plus fort que moi, ce besoin irrépressible de les narguer alors que je les observai tous s'activer pour me prendre en chasse. C'était moi qui avait mis la meute aux abois, finalement, et non un ordre proféré par leur maître. J'espérais que l'hongre rouge avait bien du potentiel à vendre, comme on me l'avait vanté, sinon je finirais bientôt pendu haut et court sans avoir eu l'occasion de me défendre. Je n'étais pas dupe... Une troupe pareille, même si je m'emparai de mon arc pour couvrir mes arrières, ils auraient tôt fait de me mettre en pièces. Je comptais plutôt sur la vitesse de mon destrier pour les semer et... Un autre atout, de taille. Je comptais bien leur prouver que je n'avais pas menti sur toute la ligne.

Je fus bientôt en vue du bois que j'avais désigné à la troupe, et donc du Bosc qui s'en approchait. Il se retourna un peu trop tard pour m'intercepter, et eut de la chance de sortir son épée à temps pour que le fer teinte l'un contre l'autre. Il n'avait pas une force suffisante à m'opposer pour ne pas manquer de se faire désarçonner, mais le gamin tint bon et prit uniquement du retard. Je lui aurais bien tranché la tête pour lui faire payer... Je m'étais donné bien du mal et il avait ruiné tous mes efforts. Néanmoins, ma priorité était ma survie et non une vengeance sur un noble qui avait du flair.

Je m'enfonçai dans les bois, me prémunissant d'archers. Je ne ralentis pas la cadence, même si c'était particulièrement dangereux d'agir ainsi. Collé à l'encolure de mon destrier, je priais autant le Dieu Noyé que les Sept de ne pas me prendre une branche ou d'accuser une mauvaise chute. Ce serait vraiment idiot de se faire assommer sans la participation de mes poursuivants, n'est-ce pas ? J'avais au moins l'avantage de connaître les lieux, qui étaient quasiment les seuls que j'avais eu l'occasion de mémoriser dans ce Nord où tout se ressemblait.
J'entendis des jurons proférés, mais ils n'étaient pas derrière moi... Mais bien devant. Comme je l'escomptais, les sauvageons étaient encore là. Avaient-ils des morts à venger, cueillis par le Sire Bowen Glover ? J'étais à l'espérer, afin qu'ils aient suffisamment de hargne pour les cueillir et me laisser l'opportunité de fuir. Le noble n'allait pas être déçu du voyage... Je l'avais amené exactement là où je le voulais, et où lui le voulait aussi.

Note HRP:
 


Dernière édition par Erwann Rivers le Dim 1 Mai - 21:42, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé]   "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé] EmptyMar 5 Avr - 17:23

Qu’est-ce qui faisait avancer les hommes à coup sûr ? A cette question qui préoccupait tous les rois depuis des siècles, certains auraient répondu avec emphase le devoir, la loyauté due. D’autres, moins prosaïques ou plus romantiques, auraient préféré évoquer l’amour, que ce soit d’une belle femme ou de la famille. Fut un temps où Bowen Glover aurait eu des réactions similaires, sans parvenir à trancher entre ces deux aspects. Mais depuis l’invasion sauvageonne, il avait une autre vision. C’était la haine qui soulevait les peuples, armait les gens et faisait lever les bras. La haine était un feu puissant alimentant la rage et la rancune. Il n’y avait aucun ferment plus fort dans le cœur d’un homme pour le préparer à se battre.

Ainsi, à l’instant où ce chien avait reconnu s’être joué d’eux, comme il le supputait depuis le début, le Poing du Nord avait su qu’il n’aurait pas de repos avant d’avoir rapporté sa tête au bout d’une pique à Winterfell. On ne se jouait pas impunément de lui. Surtout pas devant les marauds qui regardaient la scène avec des airs ébahis. Encore moins après avoir parlé de sauvageons. Que ce faquin soit leur allié le mettait dans une colère meurtrière, et déjà son épée se trouvait brandie dans sa main droite tandis qu’un rictus cruel déformait ses traits. Il allait le traquer, le chasser et l’abattre.

« Toi, donne ta monture. Réquisition du roi. »

Sans prendre garde aux protestations du marchand qui se trouvait devant lui, Bowen abattit sa lame sur les liens rattachant la carne qui se trouvait la plus proche de lui à son propriétaire, avant d’aboyer à ses hommes :

« Prends ce cheval et pars prévenir la garde. Les autres avec moi ! »

Dans une cavalcade effrénée, ils se mirent en branle, arme au poing, le massif Hoarfrost ayant sorti sa masse de sa ceinture ce qui lui donnait des allures de géant Omble furieux. Au fond, la seule chose qu’il avait retenu, c’était le mot sauvageon, et son maître pouvait presque sentir la hargne faire bouillir son sang dans ses veines saillantes. Leur fureur serait implacable, et tant pis s’ils amoncelaient à nouveau des cadavres sur leur passage. La haine ne connaissait pas de limite, et encore moins de pitié.

Les sabots de leurs chevaux martelant le sol comme rarement, ils s’enfoncèrent dans le bois qui bordait l’autre bout de la Voie Royale, le sang leur battant aux temps à mesure que l’excitation montait. Bien malgré lui, Bowen se sentait également envahit par l’envie d’en découdre, de voir les têtes rouler sur son passage. Il était loin le temps où il répugnait à plonger son épée dans un corps encore chaud. Dorénavant, sa rancune le guidait, le brûlait, et tuer ceux responsables à ses yeux du massacre de sa parentèle lui procurait une satisfaction aussi morbide que honteuse. Mais c’était là un aspect sombre de sa personnalité que peu connaissaient, hormis ses hommes. Il était loin, en effet, l’écuyer silencieux et honorable de Torrhen Stark quand on voyait ses yeux déformés par la soif de vengeance. Tel avait été le prix de sa survie, de la conservation de sa santé mentale. Pour son frère, ça avait été les putes et la vinasse. Pour lui, le fer et le sang. Et pour son père, incapable de trouver satisfaction dans l’un ou l’autre, la folie lente.

Bientôt, ils rattrapèrent Arthos, qui souffla en quelques mots ne pas avoir pu arrêter le fugitif. Et la cavalcade recommença, avant de voir leur cible… Et d’autres qui appelaient la mort. Presque comme fou, Hoarfrost poussa un hurlement guttural et se précipita sur le premier sauvageon à sa portée, sa masse émettant un craquement sinistre alors qu’elle rencontrait la tête de sa victime qui tomba à terre, le crâne fracassé. Et dans un grognement sauvage, le nordien souffla, crachant sur le macchabée :

« Un ».

En effet, Hoarfrost comptait. Et son décompte macabre ne s’arrêterait pas de sitôt ce jour-là. Les sauvageons, reprenant leurs esprits, venaient se ruer sur leurs agresseurs, sachant bien qu’ils jouaient leur vie, et l’endroit résonna enfin du fracas des lames se rencontrant. Cependant, Bowen gardait en tête sa cible principale, aussi il continua sur sa lancée, écartant les ennemis désireux de le faire tomber à grands moulinets de son épée, tandis qu’il grinça à l’encontre du traître :

« Qu’est-ce que ça te fait d’avoir vendu tes comparses ? De bientôt partager leur sang ? Eux, je pendrais leurs corps, mais toi, ta tête ornera une pique que les remparts de Winterfell.

Je tiens parole. Je vais t’y emmener. »


Juste, pas vivant. Et comme pour appuyer ses dires, le petit Bosc venait de décocher une flèche vers le fuyard qui passa juste à côté de sa propre oreille.
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MessageSujet: Re: "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé]   "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé] EmptyDim 1 Mai - 23:00


Un cri bestial retentit derrière moi, incitant mon destrier à se presser en avant. Je sentais presque mes oreilles bourdonner suite à cet appel à la bataille, que j'imaginais sans peine venir du massif accompagnant le Glover. J'avais le sang qui battait à mes tempes, le souffle court, comme sur un champ de bataille. C'en était un, à plus faible échelle. Je les avais fui avec l'énergie du désespoir, pour me retrouver à nouveau heurté à cette violence, cette rage... L'envie d'en découdre était omniprésente. Ce langage-là, je pouvais le comprendre sans peine, et malgré la haine que me vouait mon ennemi, je savais qu'il partageait ce même goût du sang que moi. Peut-être même plus encore, car il me poursuivait avec une hargne sans cesse renouvelée, faisant fi du danger qui nous entourait. J'espérais ardemment qu'une flèche de ces sauvageons le cueillerait avant qu'il ne puisse me rattraper, mais il allait falloir que je force un peu la chance...

J'entendais les cris des sauvageons qui faisaient écho aux leurs. Ils se précipitaient comme des chiens fous à la bataille, se souciant moins de leur survie que de faire couler le sang des Nordiens. La haine était réciproque, et je ne faisais que l'attiser en cet instant. L'un d'eux tomba à terre, le crâne fracassé par l'un des compagnons d'armes du Glover. Les autres se précipitèrent à sa suite, comme une meute enragée, pour s'acharner sur une même cible. Ils pensaient avoir la supériorité numérique, mais les sauvageons étaient bien trop affaiblis pour opposer une résistance respectable à la troupe.

Je grimaçai, l'air mauvais. Je ferais mieux de ne plus me retourner et cavaler tout droit... D'ailleurs, grand bien me prit de vérifier ce qu'il se passait à l'avant de mon cheval. Je manquai de percuter un sauvageon dans ma cavalcade effréné, et ce dernier tira une flèche au dernier moment... Dans ma direction. Je me renversai sur le côté pour me dissimuler derrière ma monture, esquivant de justesse un tir ennemi, qui s'ensuivit d'autres. Je jurai tout bas, peinant à me rétablir à cette allure... Je me débrouillais sacrément bien à cheval, mais il n'aurait pas manqué de grand-chose pour que je bascule par-dessus bord. Toutes les conditions étaient réunies pour me complexifier la tâche, entre les bois environnants et les tirs qui pleuvaient des deux côtés. S'il était encore besoin de préciser que je n'étais pas dans le camp des sauvageons... On a beau être paria, cela ne fait pas de nous des hommes dignes et respectables quand nous nous retrouvons sous cette même bannière, bien au contraire.

Je lâchai un rire amer, alors que je m'emparai de mon arc à mon tour. J'étais bien obligé de ralentir le rythme effréné de ma monture pour me retourner sur ma selle, mais mes choix se restreignaient drastiquement. Ce petit Bosc commençait vraiment à m'agacer... Je pris le temps de viser, et décochais un trait dans sa direction, un léger sourire aux lèvres. Sa monture émit une plainte aigüe avant de s'effondrer dans sa course, sa blessure au poitrail lui faisait souffrir le martyr. Je le laissais en proie aux sauvageons. Le tuer ne m'importait pas, viser sa monture était infiniment plus simple.

Il restait encore leur chef, ce Glover, qui décidément ne lâchait pas le morceau malgré ces êtres qu'il exécrait en nombre autour de lui. Je craignais qu'il apprécie encore moins être trompé pour les ignorer autant, afin de se concentrer sur mon unique personne.

- Ma tête sur une pique ? Messire, c'est trop d'honneur ! Vous devriez aider vos compagnons à se sortir de ce bourbier plutôt que de vous attarder après moi... C'est une perte de temps sèche. Je suis aussi peu dans le camp de vos ennemis séculaires que dans le vôtre !

J'activai ma monture, pressant ses flancs pour l'inciter à accélérer la cadence. Elle était hors d'haleine, de l'écume plein la bouche. Celle de mon adversaire, elle, faisait preuve de l'endurance légendaire que l'on vantait aux montures du Nord. C'était bien ma veine... Je n'allais pas réussir à tenir la distance. Je rangeai mon arc pour empoigner à nouveau l'épée des Bracken, me préparant au choc à venir. Je tuais l'hongre à la tâche pour tenter de le distancer, il n'était pas question que le noble me rattrape, car je n'étais pas sûr de faire le poids face à un assaut frontal. Et surtout, je n'avais aucun doute qu'il mettrait à exécution ses promesses, devant ce regard froid qu'il me renvoyait.
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MessageSujet: Re: "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé]   "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé] EmptyDim 19 Juin - 22:13

Sourd au cri du gamin derrière lui qui venait de se jeter à bas de sa monture dans un élan désespéré pour éviter d’être pris dans l’enchevêtrement chevalin qui hennissait sa douleur, comptant sur son agilité naturelle pour s’en sortir, Bowen continuait sur sa lancée, épée brandie, un rictus de haine déformant ses traits ordinairement harmonieux, tandis que ses yeux paraissait presque rétrécis sous l’assaut de colère qui venait les injecter de sang. A cet instant, il était un démon du carnage et non un fier guerrier nordien.

Une part de lui désirait tourner bride, venir au secours de ses hommes et massacrer les sauvageons, se gorger de leur sang versé, de leurs râles de désespoir quand ils comprendraient qu’ils étaient perdus, que leurs assassins leur faisaient face, et que nul ne serait épargné. Le Glover l’avait déjà professé : il ne ferait preuve d’aucune pitié. Les siens n’avaient bénéficié d’aucun traitement de faveur de la part de leurs ennemis, aussi il leur rendrait la pareille. Non, même pas : il leur ferait payer au centuple en passant ses terres au peigne fin, en les pourchassant jusqu’au dernier. Homme, femme, enfant : ils mourraient tous. Et alors seulement Motte-la-forêt serait vengée. Alors seulement, ses frères, sa mère, son oncle et sa tante, ainsi que tous ses gens pourraient reposer en paix. Il les aurait vengés, comme il s’en était fait la promesse au lendemain de la Mort-aux-loups, en contemplant les suppliciés mis en croix avec une délectation non feinte. Il avait réellement adoré les voir souffrir, se débattre pendant que les clous s’enfonçaient dans les chairs, les entendre pleurer, jurer ou appeler les dieux en aide, écouter leurs malédictions jusqu’à plus soif.

Ce n’était pas réellement quelque chose dont il était fier … Et pourtant. Il ne servait à rien de nier la joie malsaine qui l’avait envahie à la vue de ces pauvres corps décharnés voués à périr par asphyxie, quand le froid ou les blessures reçues ne finiraient pas le travail avant l’instant fatal où les poumons commenceraient à hurler eux-aussi leurs souffrances en ne recevant plus assez d’oxygène, et que les gorges seraient peu à peu écrasées par le poids de l’attraction terrestre. Le jeune homme avait été l’un des plus fervents partisans de cette mise à mort atroce, et là où certains avaient détourné le regard, le cœur au bord des lèvres, ou condamnés silencieusement cette barbarie, lui avait regretté un châtiment qu’il jugeait encore trop doux. Si cela n’avait tenu qu’à lui, il aurait préféré l’écartèlement, la torture avant la mise à mort … Rien ne serait suffisant à ses yeux. Néanmoins, cet acte violent avait recueilli ses vœux.

Sauf qu’il éprouvait, comme bien des nordiens, une détestation profonde pour le mensonge, pour les déserteurs et autres espions, encore plus s’ils venaient d’un autre royaume haï comme celui des Hoare. Peut-être qu’avec d’autres hommes que les siens, il s’en serait détourné. Manque de chance, il avait pleinement confiance dans ces derniers pour s’occuper de leurs adversaires inopinés. Eux aussi avaient soif de sang, et étaient, mis à part Artos, des soldats d’expérience, rompus aux combats, dont le bras n’était armé que d’une haine pure, cristalline, tangible, qui se matérialisait dans les cris rauques du décompte qui tombait de façon presque mécanique. Difficile d’arrêter un géant balançant sa masse comme un forcené que la colère rendait sourd à toute blessure, l’adrénaline l’empêchant de ressentir autre chose que sa détestation et son envie dévorante de vengeance. Cet homme l’avait bafoué devant les gueux du royaume, avait pactisé avec les sauvageons, était sans doute un chien du Conflans, ou d’ailleurs même, peu importait finalement à cette heure.

En le voyant dégainer son épée, le sourire de Bowen s’agrandit, illuminant son visage d’une lueur carnassière, comme le faucon qui voit sa proie se débattre entre ses serres et respire sa peur dans l’air, qu’il hume avec gourmandise. De sa main gauche, il guida sa monture, n’ayant guère de mal à se dépêtrer du sous-bois. Après tout, il avait arpenté ce dernier plus d’une fois avec la troupe Stark, que ce soit pour la chasse ou pour rallier les fiefs de l’est comme Corbois quand l’envie prenait aux Loups de se dégourdir un peu l’esprit … et les muscles avec un travail en selle qui les laissaient fourbus à l’arrivée. Il était sur son terrain, comme le prédateur flairant son gibier.

Poussant sa bête dans ses retranchements, le Glover gagnait insensiblement du terrain, mètre par mètre, profitant de la fatigue de la malheureuse carne devant lui qui souffrait sur un sol inconnu et traître. Rabattant la bride sur le côté, il mena le destrier sur la gauche pour enfin revenir à la hauteur du fuyard. Les lames se rencontrèrent, et tandis que l’acier rencontrait un frère forgé dans une autre contrée, le jeune noble siffla entre ces dents :

« Tu sais pourquoi cet homme compte ? »

Curieuse question en pleine action guerrière, certes. Mais elle avait un but évident. Le déstabiliser par son caractère totalement déplacé, hors de propos. Et, dévoilant ses dents tel le loup voulant les refermer sur le coup d’un orignac, Bowen ajouta :

« Parce que ses cinq enfants ont été tués par les sauvageons. »

Nouveau coup d’épée.

« Ne te demande pas pourquoi je n’interviens pas. Ils n’ont pas besoin de moi. »

Au loin, un « QUATRE » sonore résonna, beuglement guttural annonciateur d’une mort imminente. Dans un écho sauvage, Bowen abaissa son bras brusquement, transperçant le flanc du cheval en face de lui, dans un mouvement traître, mais tellement efficace. Il se moquait bien des conventions : pour une raclûre de ce type pas besoin de faire dans la dentelle. Son honneur n’en souffrirait guère. L’essentiel était de le mettre à bas de sa monture… Ou de mettre la monture à bas. Pressé d’en découdre, il avait opté pour l’option la plus simple.

D’un bon souple, il démonta avant de se jeter sur son ennemi à terre. La lutte fut âpre, Bowen récoltant un bon coup au bras amorti par ses protections, tout en tentant fermement de maintenir l’homme au sol. Ahanant, il donnait toute sa hargne dans cet instant, mettant enfin à profit les luttes entre jeunes gens de la garde royale de sa jeunesse pour parvenir à ses fins. Et enfin, il trouva l’ouverture, tandis que ses doigts se refermait sur la gorge de sa victime pour se resserrer peu à peu.

Aveuglé par la rage, il ne voyait rien, incapable de sentir la respiration de son semblable se faire plus heurtée. Seul comptait l’ivresse du sang, de sentir cette tempe se faire de plus en plus pressurée, erratique. Il voulait tuer, il l’avait promis, il allait le faire de ses mains, l’étrangler, le …

« Messire ! »


Cette voix semblait lointaine… Si lointaine… Désincarnée. Il devait rêver… Alors qu’il devait se concentrer. Encore un instant … Un tout petit instant… Juste une ultime poussée…

« Messire Glover ! Il a peut-être des informations ! »

Soudain, presque violemment, Bowen fut tirée de sa transe meurtrière par le ton appuyé derrière lui et la main sur son épaule. Arthos Bosc venait, sans peut-être s’en apercevoir, de sauver la vie du Rivers. Et en un instant, le presque assassin lâcha sa prise, comme horrifié, tandis que la raison lui revenait. Avec lourdeur, le nordien se releva, avant de lâcher :

« Peut-être que le Lord Sénéchal en tirera quelque chose, oui. »


Laissant l’étranglé reprendre tant bien que mal son souffle, il en profita pour demander :

« Les sauvageons ? »

« Dominés. Il y en a encore deux en vie. On ne savait pas quoi en faire, ils se sont rendus. »

« Bien. »

Prenant dans les sacoches au bas de sa selle la corde normalement utilisée pour les pendus, Bowen se pencha vers le riverain et lui souffla au visage :

« Tu as de la chance. Debout. »

Lui liant les mains, il le laissa se dresser sur ses deux jambes avant de tirer sur la corde d’un coup sec pour le faire avancer avant de l’attacher à son cheval, non sans remarquer avec une grimace que le petit Bosc paraissait blessé, puisque le garçon se tenait le flanc, même s’il continuait à avancer bravement.

Bientôt, ils furent en vue de la clairière du massacre, où les nordiens pansaient leurs plaies avec leurs deux captifs. Bowen les jaugea avant de démonter et de siffler :

« Mes ordres sont clairs. Pas de prisonniers. Maintenez-les. »

Et, aveugle aux supplications, sourds aux lamentations, aux cris de haine, il dégaina encore une fois son arme, adressa la prière rituelle aux anciens dieux avant de l’abattre dans un craquement sinistre sur les cous offerts. Les têtes roulèrent à ses pieds sans qu’il n’y accorde un regard. Justice était faite. Vengeance était accomplie.
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MessageSujet: Re: "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé]   "Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé] EmptyDim 31 Juil - 20:38


Le Glover ne reculait pas. Il me rendait ce regard, fou de rage, sans même vérifier que son protégé allait bien. Je n'avais plus aucun doute quant à ma mort prochaine s'il venait à me rattraper, ce qui me décida à asséner violemment le pommeau de ma lame sur la croupe de ma monture pour la pousser dans ses derniers retranchements. Peut-être était-ce bien une peur sourde qui me forçait à agir ainsi, alors qu'un sourire mauvais et carnassier déformait subitement le visage de mon adversaire à la vue du fer brandi. Je n'aurais lâché mon arc sous aucun prétexte, si je n'avais pas su l'affrontement inévitable. Il le savait aussi bien que moi, même si son esprit était ailleurs. Il s'était abandonné au souffle de la bataille, de la haine, comme bien d'autres auparavant. Dans un camp comme dans l'autre, c'était immuable. Il n'était pas le premier esprit vengeur que je croisais, et je préférais toujours les avoir du bon côté de ma lame. Ils avaient bien souvent une espérance de vie très courte, mais parvenait toujours à en entraîner plus d'un dans leur sillage. Toujours.

Je n'avais pas l'avantage du terrain, ni même d'une monture habituée à ces rudes conditions. Je me rendis rapidement compte que je ne faisais que retarder l'inévitable à chaque bifurcation, et que les bois n'étaient pas une aubaine comme je l'avais espéré. On pouvait être bon cavalier, mais si on ne savait pas où mener son destrier, cela ne rimait à rien. J'avais l'impression d'être subitement le gibier que j'avais traqué pendant de longues semaines pour me sustenter... Avec un prédateur pour le moins coriace sur mes talons. A chaque bifurcation, le guerrier réduisait drastiquement la distance qui nous séparait jusqu'au choc, inévitable.

Je laissais ma monture cavaler à son rythme pour me saisir de ma lame à deux mains, afin d'augmenter mes chances de m'opposer à la force redoutable du Glover. Je serrai les dents, quand le fer rencontra le fer, dans un tintement si familier. J'avais une bonne lame, que je connaissais bien, mais ma monture peinait à répondre à mes sollicitations et je ne faisais clairement pas le poids. Je n'avais pas sa maîtrise de l'épée. Lui, il jouait, comme un chat avec sa proie. Je l'écoutai, sans mot dire, me poser une question à laquelle il ne tarderait pas à répondre de lui-même. Pourquoi ce géant comptait ? Je n'en savais strictement rien, mais je me doutais bien que l'explication serait macabre... Je m'en fichais pas mal. S'il se sentait le besoin de me parler, il risquait de perdre en concentration et de me livrer quelques failles. J'étais désespéré, contrairement à lui, et livrait une opposition plus farouche que jamais.

- Tu crois me faire peur ? Je ne connais que trop les horreurs de la guerre.

J'avais passé ces dernières années dans la Baie de la Néra. Dévastée, meurtrie. On se contentait de se battre sur les cendres d'autres, pour des causes qui se voulaient toujours différentes mais pourtant étrangement similaires. Nous n'étions que des pions dans ce jeu de pouvoir. Je n'avais aucune honte à avoir déserté. Chaque jour écoulé m'avait fourni une nouvelle preuve que ma couardise n'était que du bon sens. Pourquoi faire la guerre ? Pour se venger de la guerre ? Je n'avais pas encore tout perdu. J'étais si près de réussir...

Je lançai, avec rage :

- J'ai fait le bon choix en la quittant !

Encore ce sourire dérangeant. J'affichais une mine contrite alors qu'un nouveau chiffre était hurlé à l'horizon. Ni compassion, ni pitié. S'arrêtait-il à cinq pour reprendre ensuite ? Je n'eus pas l'occasion de le savoir. Ma monture se cabra, dans un hennissement d'agonie, quand le Glover lui transperça le flanc. Voilà que le noble chevalier parlait finalement le même langage que moi... Si j'avais espéré que son honneur me sauve la mise, je me serais entièrement fourvoyé.

Je n'eus pas le temps de me rétablir aussi vite qu'escompté. Il était déjà sur moi, et ne me laissa pas le loisir de me redresser. Comme un animal acculé, je frappai avec la force du désespoir. Je ne parvins pas à briser l'étau qu'il m'imposait, malgré les coups. Je ruai pour tenter de me dégager, à bout de souffle, jusqu'à ce qu'il fut totalement inexistant alors qu'il m'attrapait à la gorge pour l'enserrer dans sa poigne de fer.

Mes dernières forces me quittaient à mesure que le temps s'écoulait. Mes coups ne furent bientôt plus que de simples poussées, qu'il ignorait sans mal. Je me sentais partir... Mourir, alors que je quêtais désespérément cet air qui me faisait défaut.

- Mathie ...

Je ne me souvenais pas l'avoir prononcé. Mes poumons étaient en feu, ma gorge broyée. Je n'arrivais même plus à réfléchir, seulement à concevoir que ma fin était proche. Il allait me tuer. Il allait le faire. Il...

« Messire Glover ! Il a peut-être des informations ! »

Sa prise se relâcha avec violence. Je pris une goulée d'air salvatrice avant de me rejeter sur le côté, toussant entre chaque respiration sifflante. J'entendis à peine l'échange entre le jeune Bosc et celui qui avait manqué de me tuer l'instant d'avant. Ils discutaient de mon sort, assurément. Je parvenais avec peine à me redresser sur un coude quand mon tortionnaire se pencha à nouveau sur moi pour me commander de me mettre debout.

Je grimaçai. Je n'étais pas certain d'avoir joué de chance mais... Mieux valait ne pas faire le moindre commentaire qui risquerait de l'énerver à nouveau. Ce n'était pas vraiment une amélioration par rapport à sa première proposition de m'accompagner sous escorte jusqu'à Winterfell. J'avais écopé de la marche à pied et de la corde en plus, de quoi me faire regretter d'avoir tenté ma fuite éperdue à travers bois. Mais mon sort fut certainement préférable à celui qu'il réserva aux deux survivants sauvageons. Je les fixai sans ciller, alors qu'ils imploraient pitié ou lui crachaient leur haine au visage. L'un comme l'autre ne furent bientôt plus que des corps sans vie, décapités proprement. Rien ne m'assurait alors que mon sort serait différent une fois à Winterfell...
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"Tel est pris qui croyait prendre !" [Tour II - Terminé]
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