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Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]
MessageSujet: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Mer 30 Déc - 1:31


    Ma main effleura la pierre froide. Je trouvais enfin le courage de venir rendre hommage à mon oncle. Cela aurait été me mentir à moi-même que d'arguer un manque de temps... Oh bien sûr, je n'avais que peu de temps pour moi, étourdie que j'étais dans l'effervescence de mon mariage avec Lyman. Il était imminent. Il se rapprochait à grands pas... Bientôt, je serais Lannister. Bientôt, je partirais. Je me devais de me recueillir sur la tombe de Brandon Snow avant de partir et de ne plus pouvoir le faire. J'étais venue seule. Je n'avais pas besoin que l'on m'accompagne, que l'on me surveille ; qu'on assiste à mon chagrin. J'avais déjà beaucoup pleuré pour lui. Je pensais que mes larmes s'étaient taries. J'avais tort. Je me retrouvais à genoux, à pleurer silencieusement. A parler à mon oncle défunt également. C'était stupide, il n'était plus, mais... j'avais besoin de lui parler, une dernière fois. Tant de choses que je n'avais pas eu l'occasion de lui dire. A lui, je confiais avec un léger sourire que Lyman me plaisait finalement. Incroyable non ? Sa petite sauvageonne de nièce, libre, qui pestait contre son mariage, qui s'était laisser amadouée et même... séduire. Je ris malgré moi, imaginant bien quelle serait la réaction de Bran, l'expression de son visage. Avant que la réalité ne me frappe de plein fouet. Il ne me répondrait jamais. Je passais une bonne demie heure en la compagnie de nos ancêtres. Ici reposaient bien des Stark. Et un Snow. Père était le dernier de sa portée. Comme il devait se sentir seul... Incompris par ses fils. Et moi, je partirais bientôt. Qui alors pour adoucir un peu son quotidien ? Même s'il ne demeurerait sans doute pas à Winterfell bien longtemps. Je séchais mes pleurs, tentant de retrouver une contenance. Même si cette... visite, était déprimante, au moins, je pouvais être seule. Me recueillir un peu avec moi même. Je sortis du caveau familial, droite et digne, ne voulant rien laisser paraître de mon trouble, du chaos dans mes pensées. J'étais une future mariée. J'aurais du être heureuse. Quelque part, je l'étais. Et terrifiée. Et excitée. Et terriblement gênée aussi. Gênée d'éprouver des sentiments positifs dans ce déchaînement de deuil et de chagrin. Cela me semblait... inconvenant. Père disait que c'était là l'espoir donné au peuple. Une projection dans l'avenir. Mais je n'arrivais pas à me départir de ce sentiment désagréable...Je retournais aux préparatifs, de nouveau étourdie par les questions, les choix à faire, les plans de table... Au point que je cessais soudainement tout, incapable de supporter cela une seconde de plus. Je fuyais. Malgré les protestations, malgré l'incompréhension, voire les regards outrés, je partis. On pourrait dire de moi que j'étais nerveuse ou encore accablée de chagrin. Je n'arrivais plus à faire semblant, à demeurer... digne. J'avais besoin d'air, de solitude, encore. Comme ce matin. Le crépuscule approchait. Tant pis. Le barral. Ce serait un refuge idéal. Encore. Moins déprimant que le caveau. Et dans ma fuite, je tombais sur Bowen Glover. La joie m'étreignit la cœur en le voyant. Je l'appréciais beaucoup et il avait passé nombre d'années avec nous. Il était parti avant que je ne devienne femme. Cela me faisait plaisir de le revoir. Un sourire éclaira mon visage, avant de disparaître. Il avait tout perdu dans cette guerre... Son foyer, sa famille. Il ne lui restait rien, sinon les honneurs d'un roi. Je pleurais un oncle. Il pleurait sa famille entière... Il avait changé. Il était un homme, endurci par la guerre, les épreuves, l'horreur et la perte... Comment me voyait-il ? Comme la gamine qui l'avait boudé en ayant peur qu'il remplace son frère auprès de son père ? Comme la petite fille qui s'était finalement attachée à lui au point de le considérer comme un frère, drôle d'ironie ? Comme une jeune femme, presqu'une inconnue désormais ? J'espérais que non...« Bowen ? »J'approchais, presque timidement. Très doucement en tous les cas. Je ne lui donnais pas du Lord Glover. Je ne voulais pas de distance entre nous. Et avant qu'il n'ai pu se fendre d'une révérence ou quelque chose de protocolaire, je m'emparais de ses mains, les serrant avec chaleur.« Mon ami, je suis heureuse de vous voir ! Je comptais échapper à toute cette effervescence pour me rendre au bois sacré. M'accompagnerez-vous ? »C'était une question, mais surtout une demande. Presque une prière alors que je le regardais avec un doux sourire. J'avais envie de le serrer dans mes bras, de lui dire combien j'étais désolée pour lui, que mon cœur saignait des pertes qu'il avait subies. Mais les mots demeuraient coincées dans ma gorge. Comme si... je devais d'abord l'apprivoiser de nouveau.



   
Lannistark
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MessageSujet: Re: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Sam 2 Jan - 22:52

Le corps tendu, prêt à l’action, Bowen attendait la faille dans la garde de son adversaire pour bondir sur sa proie et faire mordre la poussière au jeune freluquet qui avait eu l’audace de prétendre qu’il pourrait vaincre n’importe quel guerrier en duel. Pas de chance pour ce dernier, le nordien était passé par la cour à ce moment-là, et une vive envie de lui faire passer son orgueil l’avait saisi.

Quel avait-il donc ce gamin ? Seize, dix-sept ans ? Son duvet brun se transformait en poil d’homme, certes, mais il restait bien fat pour être un véritable guerrier du Nord. Sans doute avait-il combattu en tant qu’écuyer, restant en arrière, contemplant le carnage et se gorgeant d’un sang qu’il n’avait que modérément contribué à couler. Ou peut-être que lancé au cœur d’un carnage, il n’en avait rien retiré comme leçon, sinon la certitude de sa propre suffisance.

Ce genre de comportement avait toujours ulcéré Bowen, même plus jeune. Dans sa jeunesse, il avait connu son lot de défaites infamantes aux mains de duellistes plus avisés que lui, plus mûrs, et avait très tôt compris que la vantardise n’amenait que plus d’adversaires susceptibles de vous rosser. Maintenant que son tour était venu, il allait faire goûter ce grand échalas une médecine qu’il n’oublierait sûrement pas avant longtemps.

Sans un mot, il écarta sans effort les premières tentatives puériles de son vis-à-vis, et entreprit en retour une première contre-attaque féroce, son épée cognant contre la targe en bois du gamin avec la régularité du métronome. Le Poing s’abattait violemment, sans discontinuer, faisant pleuvoir un véritable déluge de coups de butoir qui contraignait son cadet à reculer au fur et à mesure, ses vaines tentatives pour riposter rencontrant sans faillir l’épée du Glover.

Peu à peu, le jeune homme sentait l’adrénaline l’envahir. Il se revoyait sur le champ de bataille, le visage casqué de son adversaire se superposant à ceux des sauvageons tombés sous sa lame acérée, et bientôt à ceux de sa propre famille, tués ignominieusement. Alors, la rage l’aveugla, dans un de ces accès qui lui était désormais familier, et il accentua un peu plus ses assauts, assénant de véritables charges furieuses sur le bouclier en face de lui, qui finit par se craqueler, puis émit un bruit sinistre, alors qu’il se fendait en deux.

Loin de s’arrêter là, Bowen se mit à balancer son arme dans de grands coups de taille, avançant de façon implacable sur le pauvre écuyer qui devait désormais tenir sa propre épée à deux mains pour le repousser. Et soudain, alors qu’il tentait une énième parade, le garçon trébucha, et tomba à terre. Un bref instant, tous retinrent leur souffle, conscients que la rage de l’un pouvait mener à une issue fâcheuse, et ce fut l’appel de son nom scandé de toutes parts qui tira Bowen de sa transe meurtrière.

Comme hagard, il fixa le pauvre homme tombé dans la poussière, et sans un mot, rengaina son épée, occasionnant par ce geste des soupirs discrets de la part des personnes présentes. Longtemps, il avait inspiré la sympathie, parfois des taquineries de par son naturel discret et austère. Aujourd’hui, il avait l’impression de ne plus savoir que produire de la peur. Et le pire, c’est que cela l’indifférait en partie.

Tel un véritable corbeau de malheur, il traversa la cour, rentra à l’intérieur de la forteresse et regagna la chambre qui lui était attribuée pour changer de vêtements, les siens étant trempés par la sueur à la suite de ce combat. Une fois habillé de frais, il sortit à nouveau, l’esprit toujours tourmenté et la mine lugubre. Sans cesse, il se demandait comment faire pour résoudre tel ou tel problème que son frère lui rapportait dans ses missives, s’inquiétait pour ce dernier et pour leur père… Bref, comme toujours ces derniers temps, sa compagnie aurait paru mortifère à un croque-mort.

C’est donc perdu dans ses pensées qu’il marchait, et à cause de cela qu’il mit quelques instants avant de se rendre compte qu’il venait de croiser le chemin de Jeyne Stark. Cette dernière ne lui laissa même pas le temps de la saluer convenablement, s’adressant directement à lui avec familiarité, tout en prenant ses mains dans les siennes, dans une image amusante, les paluches viriles du garçon étant largement plus larges que les fines menottes de la jeune femme.

Il nota la manière dont son sourire avait fondu en le voyant, et une expression difficilement déchiffrable passa sur son visage, pour s’effacer bien vite. Voilà ce qu’il était : l’incarnation vivante du malheur, prompt à effacer la joie chez ceux qu’il croisait, et en tirant presque une satisfaction morbide, inconvenante.
Chassant ces pensées guère amènes, il étira ses lèvres en un sourire douloureux, avant d’offrir galamment son bras à sa compagne, s’inclinant très légèrement au passage :

« Si tel est votre désir, Lady Jeyne, ce sera mon plaisir que d’y accéder. »

Malgré ses mauvais côtés, il parvenait pour le moment à faire passer son caractère attentionné envers ceux qu’il aimait avant son humeur morose. Cependant, il avait préféré s’en tenir à une expression courtoise, respectueuse, plutôt que rendre sa familiarité à la princesse. Après tout, elle pouvait se permettre cela, mais lui avait des devoirs de vassal à respecter, et il était impératif de montrer d’abord sa déférence avant tout autre chose.

Ils marchèrent donc à travers les couloirs, et Bowen finit par dire, plus pour faire la conversation qu’autre chose :

« N’a-t-on point besoin de vous pour les préparatifs ? Je pensais qu’une jeune mariée s’empresserait à cela, surtout après de telles épreuves. »


Il se tut un instant, avant de répéter ce qu’il avait dit au père de la jeune fille plus tôt :

« Je suis navré pour votre oncle. J’ai eu l’occasion de le côtoyer à plusieurs reprises, et lors de la bataille du Gué de Marnach, de chevaucher sous ses ordres.

Il manquera au Nord, ma Dame. »


Dernière édition par Bowen Glover le Lun 22 Fév - 20:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Dim 3 Jan - 18:17

    Je décidais de ne pas laisser la pitié dicter ma conduite. Sans doute que Bowen avait déjà eu bon nombre de condoléances et que tout le monde devait le regarder avec commisération ou se comporter autrement avec lui. Je n'avais pu m'empêcher de faire un peu de même, mais je me corrigeais alors que je notais le chagrin dans son sourire poli et que je glissais mon bras sous le sien tandis qu'il accédait à ma demande.

    « Oh, j'espère que c'est également un plaisir d'être en ma compagnie, Bowen. Cela fait bien longtemps. »

    Et j'espérais aussi qu'il ne se sentait pas obligé de venir avec moi. Je ne voulais pas être un... devoir pour lui. Pas après toutes ces années passées ensemble. Nous avions beaucoup échangé quand il était encore à Winterfell. Puis nous étions passés aux missives quand il était retourné auprès des siens. Père n'avait jamais tari d'éloges à son sujet. Parfois, je m'étais demandé s'il ne volait pas la place de Jon dans le cœur de notre père. Il semblait davantage correspondre à ce que le vieux loup attendait de son héritier. Mais la personnalité de Bowen avait su chasser ces appréhensions de mon cœur et j'avais apprit à l'apprécier. Et non plus à le voir comme un concurrent pour mon frère. Même si ce n'était sans doute pas un sentiment totalement inventé.

    Nous marchâmes un peu, avant qu'il ne rompt le silence en parlant des préparatifs de mon mariage. Je ralentis le pas, malgré moi, mais ne m'arrêtais pas. C'était une question légitime après tout. Comment aurait-il pu deviner que, justement, j'avais besoin d'y échapper, de me retrouver dans un lieu tranquille, afin de pouvoir réfléchir. Que je me sentais mal de préparer une fête quand tant pleuraient leurs morts. J'hésitais quelques secondes à me confier à lui... Il avait assez de ses tracas, autrement plus graves que les miens mais... Autrefois, je me confiais à lui. Je recevais ses conseils. Nous avions grandi, changé... Il portait le deuil, plus fortement que moi encore... Mais ne pas le faire serait déroger à ma ligne de conduite, à savoir, être naturelle avec lui. Finalement, je pris ma décision.

    « Je suppose que si. Mais ils peuvent se passer de moi durant quelques heures. J'ai besoin de calme, de sérénité, de respirer... Et c'est justement parce que cela se passe après de telles épreuves que j'ai des scrupules à me réjouir... Le contexte est trop... étrange. D'un côté, il nous faut pleurer nos morts, notre cœur est lourd de tristesse. Et de l'autre, cette union est un espoir pour l'avenir, un événement dont je dois me réjouir. Dont tous devraient se réjouir. Les festivités seront splendides, la reine Jordane et moi avons tout fait pour que mes noces soient somptueuses. Et pourtant, nous avons préparé cela, avec la peur au ventre, concernant les êtres qui nous étaient chers... Quel contexte lugubre. Pour être honnête, je suis plutôt heureuse de m'unir au prince Lyman, il a su me charmer. Mais dés que je me réjouis, je me rappelle que nous sortons d'une guerre qui a coûté la vie à des milliers de nordiens et cela me mortifie... Comprenez-vous ? »

    J'avais l'impression d'être embrouillée dans mes propos. Mais ils retranscrivaient pourtant assez fidèlement ce que je ressentais et ce qui me tourmentait. Bowen me présenta alors ses condoléances et cette fois, je cessais de marcher, le retenant par le bras pour lui faire face.

    « Il me manquera à moi. Le Nord le pleurera sans doute, mais jamais autant que moi. Il était comme un second père à mes yeux. »

    Bowen ne devait pas l'ignorer dans le sens où il avait été assez proche de Torrhen Stark pour savoir qu'il n'avait pas été très présent auprès de ses enfants alors que Brandon Snow, lui, assurait la protection de la petite meute laissée à Winterfell. Sans compter mes confidences quand j'étais encore une fillette à cet homme qui était presque comme un frère et devait connaître mon père davantage que moi-même. Il connaissait mon attachement à Bran.

    « Merci. Je n'ose imaginer quelle peine doit être la vôtre et ne sais trouver de formules adéquates. Je suis désolée Bowen. Les Glover ont payé un bien lourd tribu. »

    Je me hissais alors sur la pointe de pieds, pour embrasser sa joue avec tendresse et sincérité. Oui, j'étais désolée pour lui, pour les siens, pour ce que je lisais dans ses yeux, qui n'aurait pas du être là et qui m'inquiétait.

    « Nous étions amis autrefois. Et pour ma part, cette amitié existe toujours. Vous avez été une oreille attentive quand j'étais aux abois et j'espère être suffisamment digne de confiance pour l'être également pour vous. Pas de titres entre nous quand les convenances ne l'exigent pas Bowen. Je souhaite être Jeyne et seulement Jeyne pour vous. »

    Comme j'aurais voulu qu'il se confie à moi, qu'il dépose un peu de son fardeau, mais sans doute en exigeais-je trop de lui.



   
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MessageSujet: Re: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Lun 25 Jan - 21:32

« Bien sûr. C’est toujours un plaisir d’avoir une femme tel que vous à son bras, ma Dame. »

Dégageant doucement son bras de l’étreinte de Jeyne, Bowen se pencha et lui fit un baise-main léger, avant de lui offrir à nouveau son bras. Toute personne le connaissant aurait pu en rire, tant il était prévisible. Mais des années d’une éducation parfaitement galante lui avait donné un côté légèrement guindé et toujours impitoyablement respectueux. Oui, il aurait pu se flatter de cette familiarité que la fille de son roi lui offrait, certes, pour autant, il ne désirait pas s’arrêter là. Il appréciait la jeune femme, et quand elle était encore une petite fille, elle riait quand il faisait preuve d’un excès de maniérisme, quitte à la saluer comme une lady accomplie. Et évidemment, quand elle avait huit ans, il était bien le seul à le faire, ce qui ne manquait pas de faire pouffer certains. Bien entendu, à leurs âges respectifs, le jeu prenait une autre signification, et il était désormais question d’un homme fait rendant homme à la compagnie agréable qui se présentait à lui.

Tandis qu’ils marchaient, il sentit le ralentissement dans les pas de sa compagne, aussi il se cala sur ce nouveau rythme doucement, ne posant aucune question sur cette hésitation soudaine et attendant que la future princesse du Roc s’exprime. Une chose était sûre, il avait bien malgré lui touché une corde sensible, apparemment. Dommage, lui qui espérait simplement faire la conversation, voilà qu’il arrivait à faire des faux pas même sans le vouloir. A croire que le Glover était vraiment un oiseau de mauvais augure irrécupérable.

Ecoutant donc la princesse s’épancher sur ses scrupules, Bowen ne put que prendre une profonde inspiration, tant ses propos venaient de le heurter de plein fouet, sans qu’elle ne le veuille sans doute. Mais parler de la guerre qui venait de se dérouler lui faisait sans cesse penser à ce qu’il avait perdu. Lui-même n’avait finalement rien vu des préparatifs des femmes avant de partir, de cette atmosphère d’avant-bataille, parce qu’avant cette dernière, il avait déjà tout perdu. Il était parti sans un mot, laissant père et frère derrière lui à la première occasion pour se porter volontaire au sein des éclaireurs de Brandon Snow, incapable de rester plus longtemps à attendre de faire couler un sang dont il rêvait de maculer ses vêtements depuis des jours.

Cependant, les angoisses de Jeyne faisaient écho à celles que sa sœur avait eu, qu’elle lui avait écrit après avoir reçu la nouvelle et vu son mari partir à la guerre, comme ses deux petits frères survivants, qui n’étaient d’ailleurs plus si petit. Même les lettres de sa tante, Lady Karstark, avaient cette tonalité étrange, si incongrue chez l’honorable Dame de Karhold qui portait encore beau, malgré son âge avancé, et n’était pas connue comme étant une femme vulnérable.

Et en même temps… Il se souvenait d’un autre temps, d’un autre mariage, à la fin d’une autre guerre, quand il n’était encore qu’un adolescent suivant Torrhen Stark comme son ombre. A l’époque, il n’avait pas compris cet empressement des familles nordiennes à organiser ripailles et mariages. Mais maintenant… Il appréhendait mieux ce genre d’impératifs, avec une gravité qui ne lui seyait guère, mais dont il n’arrivait pas à se départir. Alors, quand Jeyne eut fini de parler, il souffla pensivement retrouvant l’espace d’un instant son caractère d’oreille de l’ombre d’antan :

« Je vois. »

Il fit quelques pas supplémentaires, avant d’ajouter d’une voix étonnamment douce pour un homme de sa taille et de son humeur :

« Dites-vous que ces hommes … et même ces femmes ont donné leur vie pour que d’autres puissent être heureux. Pour que le Nord continue à croître à travers les mariages de ses jeunes gens. Je sais que ces paroles semblent bien creuses… Quand mon père me les avaient dites lors du mariage de ma sœur, après la paix avec Harren le Noir, je n’avais pas compris.

Maintenant… Je ne sais pas si elles sont suffisantes. Je ne crois pas. Mais elles sont vraies. »


Rien ne serait jamais suffisant pour exprimer la peine profonde qu’il ressentait, la haine qui brûlait dans ses veines et ne semblait pas vouloir lui donner de repos. Rien. Cela étant, ce feu dans ses entrailles lui donnait aussi une lucidité qu’il n’avait pas dans ses jeunes années, celle forgée dans le feu de la guerre et des horreurs.

Sentant son visage se durcir sous l’effet de ses souvenirs qui refluaient, il s’éclaircit brusquement la gorge, avant de détourner la conversation sur un ton faussement enjoué qui paraissait bien trop forcé pour paraître naturel :

« Enfin, au moins, votre promis vous agrée, c’est toujours cela. Vous avez bien de la chance, cela augure d’un bon mariage.

Et je dois reconnaître pour l’avoir vu au cœur de la mêlée que ce lion avait quelque chose du loup. Tous les vassaux de votre père le savent et seront heureux pour vous, n’en doutez point.

Même si intérieurement, la moitié des hommes du royaume seront fous de jalousie. »


Il laissa échapper un mince éclat de rire, comme un jappement bien vite réprimé, mais qui n’était totalement feint. A force de botter en touche, à croire qu’on finissait par se prendre réellement au jeu du badinage.

Ses condoléances eurent un effet radical, puisque cette fois-ci, Jeyne cessa de marcher. Bowen était trop fin pour ne pas savoir, sans doute mieux que beaucoup d’autres, l’affection profonde qu’avaient les enfants Stark pour leur oncle bâtard. Souvent, il s’était demandé en silence si son roi n’en avait pas souffert, préférant s’éloigner pour permettre à son frère d’élever ses enfants bien mieux qu’il ne pensait pouvoir le faire. D’autres fois, il avait supputé quelque désaccord profond et muet entre les deux frères.

Sans doute que la réponse se situait au milieu de ces interrogations qui n’auraient évidemment jamais de réponses, le jeune homme sachant pertinemment que jamais il n’oserait se renseigner davantage sur le sujet. Et maintenant que Brandon Snow était mort… Mieux valait laisser les âmes des défunts en paix.

Posant une main qui se voulait réconfortante sur son épaule, agissant presque d’instinct, le Poing du Nord chuchota gentiment :

« Je sais, Jeyne, je sais. Souvenez-vous de votre oncle, plutôt que du fier commandant, alors. D’autres peuvent le faire pour vous mais… Aucune autre personne n’était sa nièce. »

Peut-être que partager peine et douleur aidait à apaiser son âme endeuillée, étrangement. Comme si ce trop-plein de douleur ne pouvait se tarir qu’au contact du malheur des autres, en s’assurant qu’il n’était pas seul à traverser des épreuves au combien difficiles. Après, évidemment, elle n’était pas forcément d’une teneur semblable. Et Jeyne s’en rendit bien compte, puisque vint le moment tant redouté et désormais si tristement familier des condoléances sur sa propre famille.

Au fond, elle ne faisait que répéter ce qu’il avait entendu des centaines de fois. Non, il n’y avait pas de mots. On pouvait en trouver pour un homme fait, mûr, qui était tombé en combattant vaillamment. Mais pour des enfants, des petits garçons ? Des femmes âgées sans aucune chance de survivre face à des hordes barbares ?

« Il n’y a rien à dire, Jeyne, même si je vous remercie pour votre sollicitude. Aucun mot n’est… En fait, il vaut mieux ne pas essayer. Pour écrire à ma propre sœur, à ma tante, je ne les ai pas trouvés. Je doute que quiconque puisse réussir à qualifier correctement le meurtre de femmes innocentes, de petits enfants. »

Une lueur farouche s’était allumée dans son regard, tellement différente de son attitude précédente, comme si sa diligence habituelle avait cédé la place à ses démons qu’il refoulait depuis tout à l’heure, et il dit avec une force qui l’étonna lui-même.

« Votre père a vengé ma famille. Ce sont les seuls mots dont j’ai besoin. De savoir qu’ils ont autant souffert que les miens en agonisant. »

Et la lueur se transforma en une torche brûlante de haine, son expression plus dure que le marbre à mesure qu’il parlait. Elle devait avoir entendu parler des mesures prises par Torrhen Stark. Tout le Nord en bruissait. Qu’elle ne se trompe pas : celui qu’elle avait connu doux et bon approuvait ce déchaînement de violence, s’en délectait même.

Pour autant, les muscles de son visage s’adoucirent brusquement quand Jeyne le surprit en déposant un baiser sur sa joue. Voilà bien longtemps qu’une femme n’avait point fait cela à son encontre, et il eut du mal à empêcher quelques rougeurs de poindre sous sa barbe finement taillée. Alors il la regarda avec une sincérité douloureuse, et murmura :

« Je suis honoré que vous me considériez encore comme tel, Jeyne. Mais… je crains de ne pas être la compagnie que vous avez connue auparavant, et je n’aimerais point que vous ayez une fausse opinion de moi basée sur ce que vous avez pu connaître.

Mes dernières paroles sont ce que je pense, n’en doutez pas. A vrai dire, elles sont sans doute en-dessous de ce que je voudrais dire.
Mais je doute que ce soit là conversation à avoir avec une dame, et encore moins une amie qui va se marier. Parce que je risque de vous noyez sous des choses que vous ne devriez pas entendre, et qui vous déplairont sûrement. A vrai dire, en d’autres temps, elles m’auraient déplu aussi.

Ces temps sont pourtant révolus, hélas. »


Dernière édition par Bowen Glover le Lun 22 Fév - 20:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Mar 2 Fév - 17:57

    J'offris un sourire lumineux à Bowen quand il me répondit galamment que c'était toujours un plaisir d'avoir une femme telle que moi à son bras. J'aurais pu penser qu'il me flattait simplement si je n'avais connu Bowen. Je rougis légèrement de plaisir quand il me fit un baise main. Bowen était un très bel homme. Il était déjà un adolescent charmant, mais les années le rendaient vraiment irrésistible. Du moins, à mes yeux. Je déplorais cette ombre dans son regard, qui le hantait. Je savais ce qu'il avait vécu, ce qu'il avait perdu et mon cœur pleurait pour lui. Il ne méritait pas cela. C'était quelqu'un de bien, que j'aurais aimé pouvoir protéger, comme je protégeais mes frères et ceux qui m'étaient chers.

    « Toujours aussi galant et irréprochable Bowen. »

    En cela, il n'avait pas changé. Ce n'était pas une critique, loin de là, des hommes bien élevés et galants, cela n'était pas forcément habituel dans la rude contrée du Nord. Je regrettais juste qu'il se montre si sérieux avec moi. Il savait que je n'accordais pas tellement d'importance aux simagrées. Que je n'étais pas à cheval sur les convenances. Qu'il y avait une part d'espièglerie, même si je devais me montrer sérieuse devant les autres, que j'avais du devenir adulte bien trop tôt pour m'occuper de ma famille, sans le modèle féminin de ma mère. Mais l'espièglerie ne faisait pas vraiment partie de la personnalité du Glover. Il m'avait toujours traité avec énormément de déférence. Même quand je n'étais qu'une petite fille. Il m'avait fait me sentir une Lady quand je n'étais encore qu'une enfant. C'était étrange. Et malgré son caractère respectueux, après avoir tempêté contre lui de prendre la place de Jon, je m'étais ingéniée à percer ses défenses, découvrant un jeune homme loyal et galant, avisé, capable d'une grande écoute et d'une bonne dose de perspicacité, à qui j'avais pu me confier. Pour qui j'avais sans doute eu un petit coup de cœur, alors que je devenais à peine femme. Je m'étais plu à essayer de lui arracher des sourires et surtout des rires. Il m'avait manqué quand il était rentré chez lui.

    Et sans que cette séparation ne vienne changer quoique ce soit dans ma façon de le considérer, je me confiais encore à lui, concernant mon mariage et les sentiments troubles que cela faisait naître en moi. Cette situation était familière, si le sujet était nouveau. Bowen avait une aura réconfortante pour moi, quand bien même était-il torturé par ce qu'il avait vécu et perdu ces derniers temps. Je tendis l'oreille quand il se décida à me donner son point de vue à ce sujet, me tenant un peu le même discours que mon père. Les périodes de malheur avaient besoin de répit, de petits bonheur... une façon de donner un sens au sacrifice. De la vie pour la mort. Je hochais la tête, non sans glisser avec un petit sourire :

    « J'ai l'impression d'entendre parler mon père. »

    C'était un compliment. Après tout, Bowen avait été son écuyer, avait été davantage avec lui que Jon, Walton ou moi, c'était sans doute normal qu'il ai adopté sa façon de voir les choses. Je sentis mes joues chauffer quand il enchaîna en parlant de Lyman et de notre union. Je me demandais ce qu'il en pensait... Et n'eus pas besoin de lui demander alors qu'il me confiait avoir vu Lyman à l’œuvre et avoir ainsi gagné son respect. Je soupirais, soulagée, avant de rire doucement quand il ajouta que la moitié des Nordiens devaient aussi le jalouser d'avoir gagné ma main.

    « Parce que je suis exceptionnelle, ou parce que je suis une princesse et donc un excellent parti ? »

    Je plaisantais bien sûr. On aurait pu penser que j'allais à la pêche aux compliments, mais ce n'était pas le cas. Je savais que j'étais plutôt belle et attirante. ET un bon parti. Beaucoup de seigneurs du Nord devaient être déçus de me voir filer dans l'Ouest et les forcer à revoir leurs ambitions. Je m'empêchais de demander à Bowen s'il faisait partie de cette moitié. Cela aurait pu le détendre, comme avoir tout l'effet inverse alors qu'il se demanderait ce que j'attendais comme réponse.

    Après le mariage, l'enterrement. Il me présenta ses condoléances, que j'acceptais, non sans préciser le lien fort qui m'unissait à mon oncle et combien son absence me pesait et me pèserait longtemps. Je sentis ma maîtrise de moi-même vaciller quelque peu quand Bowen posa sa main sur mon épaule, avec une réelle affection, essayant de me réconforter. Je sentis ma lèvre trembler, mais je tins bon, souriant et répliquant dans un murmure :

    « Merci. »

    Naturellement, je lui fis les miennes, même si son chagrin ne devait avoir aucune commune mesure avec le mien. Il avait bien davantage perdu que moi. Je me mordis la lèvre quand il me répondit qu'effectivement il n'y avait pas de mots et me remercia de ma sollicitude. Je hochais doucement la tête, en imaginant son mal être, la mort de ces innocents dont la vie commençait. Et je vis dans son regard une lueur que je ne connaissais pas. Née des batailles et des horreurs vécues. Oui, mon père l'avait vengé. En appliquant la même sentence. En tuant femmes et enfants sauvageons. Mais trouvait-il l'apaisement dans cette horrible vengeance ? Je n'en avais pas l'impression en voyant cette haine embraser son regard.

    « Alors j'espère que cette vengeance vous apportera la paix un jour. »

    Je n'en étais pas certaine. Mais je ne le condamnais pas. Je ne jugeais pas. Pas davantage que je n'avais jugé mon père en apprenant ce qu'il avait ordonné. Un massacre, tout simplement. Je lui baisais alors la joue avec douceur et tendresse, lui rappelant qu'il pouvait compter sur moi, comme autrefois et que j'espérais être toujours une amie pour lui. Il me mit en garde cependant, qu'il avait changé, que je ne devais pas m'attacher au souvenir de ce qu'il était, bien différent de ce qu'il était devenu.

    « Mon opinion ne peut être fausse. Les épreuves changent indubitablement les hommes, mais je ne pense pas que celui que vous avez été soit si différent de celui que vous êtes devenu. Je vous ai apprécié quand vous étiez un tout jeune homme. Pensez-vous que j'apprécie moins le guerrier, le survivant ? Que je ne sois pas capable de comprendre la haine, le désir de vengeance, la dureté ? Je n'ai pas été confrontée à tout cela, je n'ai pas perdu autant que vous... Pour autant, je pense être apte à comprendre ce qui brûle en vous ou, du moins, ne pas vous juger. Je sais ce que mon père a ordonné. Je sais que des femmes et des enfants ont été tués, massacrés, ont souffert et que leurs cris, leurs pleurs, leurs supplications ont accompagné vos journées et vos nuits. Que si certains ont été horrifiés, d'autres ont trouvé là une sombre satisfaction, un sentiment de justice... Je n'ai pas jugé mon père, mon roi, pour ce qu'il a fait. Je ne jugerais pas davantage mon ami pour ce qu'il ressent, pour les blessures dans son âme et son cœur. Je suis une louve Bowen. Je protège les miens. Même si cela peut prêter à rire de la part d'une toute jeune femme qui n'a jamais été confrontée à l'horreur. Faites-moi confiance et laissez-moi décider de ce que je peux entendre ou non, vous seriez surpris. »



   
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MessageSujet: Re: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Ven 5 Fév - 21:27

Grave, Bowen l’avait toujours été. Avoir grandi dans une famille différente de la sienne, à un rang à la fois glorieux et moins élevé que celui auquel sa naissance l’avait prédestiné l’avait fait adopter rapidement cette posture sérieuse qui ne le quittait que rarement, quand s’échappait de ses lèvres charnues une de ses rares plaisanteries. A vrai dire, la plupart étaient d’ailleurs pince-sans-rire, ou dites avec une retenue qui empêchait d’y voir une quelconque malice. Le jeune homme n’avait rien d’un amuseur de la galerie : en fait, il était même terriblement, atrocement, définitivement beaucoup trop empesé pour cela.

Cependant, cette sévérité ordinaire n’était rien face à l’attitude qu’il arborait maintenant. Quiconque l’aurait vu à cet instant lui aurait facilement donné dix à vingt ans de plus que son propre âge. A peine sorti de l’enfance, il avait combattu les fer-nés, perdant toute innocence à un âge tendre. Maintenant, il n’avait pas grandi, il avait mûri, et surtout vieilli trop vite, accentuant un peu plus son caractère guindé d’antan. Surtout, il était fondamentalement mal à l’aise face à ce regard qui ne jugeait pas, mais qui le connaissait d’avant. Que devait-il faire ? Repousse Jeyne ? Une partie de lui le désirait, il en était bien conscient. C’était sans doute mieux pour elle, et puis, elle partirait bientôt dans l’Ouest, peu importait qu’elle lui en voulût finalement. Ils n’auraient guère le temps d’être en mauvais termes.

Néanmoins, une petite voix faible lui soufflait de n’en rien faire, de ne pas s’aliéner l’une des rares personnes à vouloir l’écouter, à ne pas émettre d’avis sur ses opinions, ses actes… Enfin, pour le moment du moins. Sa conversation avec Torrhen Stark lui revint en mémoire. L’Hiver venait. Il ne pouvait se permettre de sacrifier une des dernières relations humaines normales qui lui restait, et qui partirait bientôt pour d’autres contrées. Que penserait-elle de ses projets ? Mieux valait sans doute en garder certains pour lui, tant que rien n’était officialisé. Mais… Peut-être que l’assurance qu’il n’avait pas totalement sombré dans la folie, qu’il demeurait un être appréciable était ce qu’il cherchait dans cette conversation.

Tandis qu’ils devisaient ainsi, les deux jeunes gens étaient arrivés dans le bois sacré de Winterfell, et Bowen s’arrêta un instant pour le contempler, posant ses yeux si clairs sur le barral et son visage taillé dans le bois qui le jaugeait de son regard inanimé, et pourtant si présent à travers ses orbites gravées rougeoyantes. Il resta ainsi en silence, laissant plusieurs minutes s’écouler paisiblement tandis qu’il fixait cet arbre si symbolique pour les croyants des Anciens Dieux, paraissant les questionner sur la conduite à tenir devant eux.

Puis finalement, il déclara d’une voix sourde, sans regarder Jeyne, son regard toujours perdu dans les branches qui pointaient vers le ciel, comme pour se rapprocher un peu plus des divinités qu’ils vénéraient tous deux, témoins de cet étrange discours :

« Quand j’ai tué mon premier homme, j’avais douze ans. Un fer-né, lors de la guerre contre le Noir. J’étais censé être en retrait, mais une percée a réussi, et sans que je m’en rende compte, j’avais soudain devant moi une hache pointée sur mon visage. Alors, j’ai frappé. Instinctivement. Jusqu’à ce qu’il ne bouge plus.

Ce jour-là, je me suis dit que j’avais défendu ma vie. Et les fois d’après, que je défendais le Nord. Je combattais pour une cause juste. Même un enfant pouvait le voir. »

Il s’arrêta, et se tourna vers Jeyne, la mine sombre. Prenant une profonde inspiration, le Poing du Nord se prépara à enchaîner sur ce qu’il voulait dire depuis le début, ce qui avait amené cette introduction en apparence détachée de leurs propos précédents, mais dont il avait besoin pour établir la comparaison qui se faisait dans sa tête :

« Mais à la Mort-aux-loups… Je n’avais rien d’un guerrier,
détrompez-vous. Je n’ai pas lutté pour ma vie, pour ma patrie. »


Voilà quelle était la vérité sinistre, celle qui le torturait, qui lui donnait l’impression d’avoir trahi ce en quoi il croyait, ce pour quoi il était censé lever l’épée et convoquer son ban. Mais là s’était joué autre chose, une conviction bien plus animale, primaire. Celle qui voulait voir le sang couler.

« Je voulais tuer. Et ne surtout pas m’arrêter. Voir s’amonceler les cadavres. M’en délecter. Les voir souffrir. Il n’y avait que ça. Ni honneur, ni … Rien. Je ne voulais pas que le carnage s’arrête.

Savez-vous à quel point l’odeur du sang est agréable ? Je ne savais pas. Je me refusais à le voir. Je voulais considérer tous ceux qui se comportaient comme des fous sur le champ de bataille comme indignes de leur rang.

Et j’ai appris à voir. »


Soudain envahi par une grande lassitude, Bowen s’interrompit, sa voix devenue beaucoup trop rauque se brisant presque. C’était sans doute le seul moment où il se laisserait un tant soit peu allé, et déjà il le regrettait à moitié. Mais enfin, il était lancé, et bientôt, comme mus par une volonté propre, les mots se déversèrent à nouveau de sa bouche, véritable torrent qui se refusait à s’arrêter.

« L’apaisement ne viendra qu’avec le dernier sauvageon qui continue d’empuantir mes terres pendu ou en croix et que leurs restes finiront de pourrir. »

Tant qu’un seul de ces chiens vivrait encore, il ne serait pas tranquille. Néanmoins, son éclat eut le mérite paradoxal de le calmer un peu, et il ajouta d’une voix contrastée, étonnamment douce après un tel fiel déversé :

« Et que les miens auront eu une cérémonie funéraire digne de ce nom, que leurs gisants reposeront dans la crypte de Motte-la-Forêt. Votre père a accepté de payer les artisans que je pourrais trouver pour cela. »

Il avait discuté de beaucoup d’autres choses avec le roi, mais peut-être finalement que cette promesse lui était plus précieuse que tout le reste. Ce n’était pas par hasard s’il avait formulé cette requête en premier. Dans un murmure, il ajouta :

« Je regrette un peu que vous ne puissiez pas être là. Enfin, je présume que vous partirez pour l’Ouest sitôt le mariage prononcé. »

Il aurait aimé voir toutes les figures qui l’avaient accompagné sa vie durant venir rendre un dernier hommage à sa famille. Mais cela resterait du domaine du vœu pieux, et un peu égoïste, il fallait bien se l’avouer. La bouche sèche d’avoir tant parlé, à moins que ce ne soit l’émotion qui perçait enfin sous son habituelle carapace, Bowen déglutit et se tut finalement, ses yeux se perdant à nouveaux dans les feuilles du barral, les minutes s’écoulant à nouveau paisiblement.


Dernière édition par Bowen Glover le Lun 22 Fév - 20:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Mer 17 Fév - 18:02


    Le Baral était un lieu de recueillement. Il régnait ici une solennité qu'il était difficile de ne pas ressentir et qui me poussait à baisser la voix et à chuchoter quand je devais m'y exprimer. Ici, plus que n'importe où, les dieux nous regardaient et nous entendaient. Nos prières montaient jusqu'à eux. J'étais venue ici souvent... Sans doute trop pour une si jeune fille. Mais j'avais prié pour l'âme de ma mère, souvent. Et maintenant, je priais également pour celle de mon oncle. Souvent, il était venu avec moi, témoin silencieux de mes larmes quand l'émotion était trop intense, quand Père était parti, risquant sa vie, quand Jon avait commencé à l'accompagner. Cet endroit allait me manquer. Il n'en existait pas de tel dans l'Ouest et je priais les Dieux pour ne pas détourner leurs regards de moi parce que je ne pourrais plus les prier qu'en mon cœur. J'osais espérer qu'ils n'étaient pas si cruels. Je fermais les yeux dans le silence, alors que la scène de mon père hurlant sa douleur à la face des Dieux après le décès de ma mère s'imposait dans ma mémoire. Cela arrivait souvent. Cette image s'était profondément imprimée dans mon esprit et m'avait marquée à tout jamais. Lui que j'avais toujours vu si fier, si droit, intouchable, je l'avais vu s'écrouler, enivré pour noyer la douleur de la perte de celle qu'il avait tant aimé, malgré leurs différences, malgré leurs disputes, malgré l'éloignement... Il avait tenu à elle, et il vivait toujours dans son souvenir. Le roi du Nord demeurait souvent mélancolique, l'esprit tourné vers le passé qui fut, laissant peu d'espoir dans l'avenir qui sera.

    Bowen gardait le silence. Au point que je me demandais s'il allait finalement se confier à moi ou décider que ce n'étaient pas là affaires de femmes et encore moins de fille de roi. Malheureusement, ce ne serait là qu'une réaction à laquelle j'étais désormais habituée. Tout le monde semblait penser que cela ne me regardait pas, qu'il fallait me protéger du cauchemar qu'ils avaient vécu... Comme si j'étais une petite chose fragile incapable de comprendre jusqu'où pouvait aller l'horreur ! Certains réprouvaient probablement ce qu'avait fait mon Père après sa victoire, cette façon de massacrer les Sauvageons survivants, même les... innocents. Oui, c'était horrible, oui, cela m'aurait probablement rendue malade d'assister à cela, les cris d'agonie m'auraient hantée, mais je comprenais la nécessité de cette petite démonstration. Je n'aimais pas les ombres qui se mouvaient dans le regard de Bowen. Il avait toujours été trop sérieux, écuyer appliqué, très apprécié de mon père. Il avait sans douté été le meilleur de ceux qui avaient suivi les pas de Torrhen Stark. Il l'avait considéré comme un fils, j'en étais persuadée. Et en plus d'avoir connu l'horreur comme les autres, il avait perdu son château, les siens, innocents... Tout était à reconstruire. C'était trop pour quelqu'un de si jeune.

    Je m'inquiétais pour lui, évidemment.

    Même si cela faisait longtemps que nous n'avions pas eu l'occasion de converser ainsi, je n'avais pas l'impression que nous soyons devenus des étrangers. Pas en ce qui me concernait en tous les cas. Il avait toujours mon affection. Et mon amitié.

    Et finalement, il se décida à rompre le silence. Je levais les yeux vers lui, mais il ne me regardait pas. Ses yeux étaient perdus vers un point fixe. Probablement qu'il ne regardait rien, mais se concentrait sur ses douloureux souvenirs. Il parla alors de son premier homme tombé. Un ennemi. Lui ou Bowen. Et le Nordien avait chèrement défendu sa vie, naturellement. Ensuite, il avait combattu pour son roi, tué pour le Nord... Toujours, il y avait un but. Son regard croisa alors le mien. Je demeurais silencieuse, n'osant interrompre ses confessions, mais je tremblais intérieurement à cause de ce regard sombre posé sur moi. Tourmenté, mais déterminé. Et sa petite introduction ne servait que de contraste à sa dernière expérience. Et là, je compris. Je compris quel sombre secret était logé dans son cœur. C'eut été mentir que de dire que je ne ressentais pas une pointe d'effroi devant cet aveu froid. Il avait aimé massacrer des gens, tout simplement. Voir leur sang couler... Sentir l'odeur du sang, du leur. Oui, il y avait quelque chose de terrifiant là dedans. Entrait-il dans une sorte de frénésie guerrière quand il se battait désormais ? Avait-il soif de sang ? Perdait-il ainsi tout ce qui faisait de lui un homme civilisé et honorable alors qu'il devenait une bête sauvage ? Non, je ne le croyais pas. Et avec l'effroi, il y avait la compassion. La reconnaissance également. Qu'il me fasse suffisamment confiance pour me parler de tout cela. Je n'étais pas à sa place, je ne pouvais totalement le comprendre, encore moins le juger. Il semblait prêt à atteindre le point de rupture. Il faisait montre d'une vulnérabilité à laquelle je n'étais pas habituée. Mais je recueillais cela avec révérence. J'avais conscience que ce qui se déroulait actuellement dans le bois sacré était précieux. Et unique. Bowen renfilerait son masque et nous n'en reparlerions plus.

    Mon cœur se serra pour lui quand il m'avoua que l'apaisement ne viendrait que quand le dernier sauvageon serait mort. D'une mort cruelle, pas douce, naturellement. Parce que je compris que s'il s'accrochait à cela, il souffrirait jusqu'à ses derniers jours. Tous les anéantir était là une objectif impossible à atteindre. Je ne pouvais que prier pour lui. Prier qu'il se détourner de ce but et que sa vie se teinte d'un peu de douceur. Je hochais la tête quand il ajouta, d’une voix bien plus douce, que le roi du Nord s'occupait de payer les artisans qui se chargeraient des gisants des braves et innocents de Motte-le-Forêt tombés. C'était le devoir du roi et le moins qu'il puisse faire pour honorer cette famille qui avait payé un bien lourd tribu. Je fus touchée qu'il regretta mon absence lors de ces cérémonies.

    Le silence s'installa de nouveau. Que dire ? Je n'avais pas les mots... Alors je me rapprochais de lui, posant simplement la main sur son avant bras pour attirer son attention. Mon regard était bienveillant, de même que le léger sourire que je lui adressais.

    « Merci de m'avoir fait confiance, Bowen. »

    J'attendis un instant, avant de reprendre, désolée :

    « Je crains en effet de ne pas pouvoir être présence lors de la cérémonie rendant hommage aux vôtres et je le déplore tout autant que vous... malheureusement, mon fiancé et les gens de l'Ouest sont restés absents de leurs terres bien trop longtemps et je gage qu'ils n'ont qu'une envie : quitter nos rudes contrées. »

    Mon sourire se fana un peu, mélancolique, résigné :

    « Je ne suis pas pressée de partir... Le Nord me manquera... Ceux qui le peuplent aussi. Même si je deviens Lionne, mon cœur restera à jamais celui d'une Louve. J'espère que vous continuerez à me donner de vos nouvelles, Bowen. Que nous pourrons toujours échanger quelques missives. Votre sort m'importe. »

    Son avenir. Ses velléités de vengeance qui empoisonnaient son cœur et son âme. L'avenir était sombre pour lui. Il risquait de se perdre de batailles en batailles. Sans répits. Et je ne lui souhaitais pas un tel destin, sans aucune douceur pour compenser.



   
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MessageSujet: Re: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Lun 29 Fév - 0:25

« Le Nord vous manquera… Mais je suis certain que vous manquerez encore plus au Nord, Ma Dame. Vous partie, notre royaume aura quelque chose d’un peu plus sombre, je le crains. Et comme Lady Lynara vous accompagnera sans doute, d’après ce que j’ai cru comprendre… La perte sera d’autant plus cruelle. »

Bowen avait usé du titre de noblesse malgré la demande de Jeyne non pas pour la mettre mal à l’aise, mais en raison de la solennité de ce qu’il venait de prononcer, et aussi pour lui faire comprendre qu’à cet instant, il s’exprimait comme vassal fidèle, comme Poing du Nord prêt à se lever pour faire une haie d’honneur à la Louve et pleurer une maîtresse qui s’en allait en des contrées lointaines, aux mœurs si différentes. Cependant, il ajouta, de façon nettement plus personnelle cette fois :

« Et en ce qui me concerne… Perdre deux amies ne me ravit point, je l’admets. C’est votre destin, et vous l’honorerez sans mal, j’en suis intimement convaincu. L’Ouest ne vous résistera pas. Déjà que le Nord n’y parvenait pas… »

Pour une fois, une pointe de malice vint teinter son discours ordinairement si policé, si factuel. Non il ne manquait décidément pas d’humour, quoique certains lui aient par le passé reproché une trop grande causticité. Il était simplement rarement suffisamment à l’aise pour l’utiliser, tant son attachement aux règles et aux protocoles était prépondérant chez lui. En même temps, passer autant de temps comme écuyer du roi vous donnait quelques mauvaises habitudes… Ou bonnes, c’était selon les avis, évidemment.

« Mais je vous écrirais, soyez-en sûre. D’abord parce que cela me rappellera des souvenirs de longues campagnes froides, et ensuite parce que je ne veux point perdre des liens qui me sont chers. Et puis… Si jamais l’Ouest vous pèse trop, vous aurez toujours une oreille attentive en moi. Je sais que Lynara sera là mais… Ne vous reposez pas entièrement sur elle, cela serait bien lourd à porter. Et… Je ne suis pas le meilleur conseiller au monde, je n’aime pas vraiment m’étendre longuement, cela dit… Je reste un homme. Peut-être que je pourrais vous aider. Une fois mariée. Non pas que… Mais… enfin… Parfois, hum, enfin, il est plus aisé d’apporter du réconfort sur des choses quand on peut…

Bref, oubliez ce que je viens de dire, c’est tout à fait inapproprié. »


Qu’est-ce qui avait bien pu lui passer par la tête à cet instant précis ? Il ne savait pas, mais le regrettait déjà. Diantre, que la situation était maintenant gênante… A vrai dire, il se sentait rougir sous sa barbe, et était content qu’elle lui mange une partie des joues pour couvrir cette coloration guère seyante. Essayant de reprendre contenance, il bafouilla tant bien que mal une explication :

« C’est juste que… Je n’aimerais point vous savoir sans soutien là-bas. Votre promis vous agrée, et j’en suis fort aise… Mais je suis trop au fait des faiblesses de mon propre sexe, fut-il réputé fort, pour ne pas savoir que ce genre d’engouement n’est pas forcément le même après quelques temps.

J’espère que ce sera le cas, bien entendu. Cependant, une part de moi redoute de vous voir déçue, Jeyne. Et malheureuse, une fois chez les Lions. »


Elle était inquiète pour lui, il le sentait. Mais la réciproque était vraie également, et tant qu’à vider son cœur, autant y aller complètement à présent, et ne plus redouter le ridicule. A vrai dire, elle aurait pu prendre ses jambes à son cou auparavant, et elle ne l’avait pas fait. Quoique finalement, en s’engageant sur ce terrain glissant, elle allait peut-être le faire.

« Ce n’est sans doute pas mal place, et je le comprends aisément. Mais, je vous ai vu grandir jusqu’à ce jour. Mettez sur le compte d’une vieille affection cet emportement protecteur. »

Il s’excusait à nouveau, presque honteux d’avoir été si honnête. Sauf qu’il ne reculerait pas, au fond, maintenant qu’il était lancé.

« Parce que pour répondre à votre question, vous êtes certes un excellent parti, mais vous avez de quoi rendre tout homme normalement constitué heureux. Et vous méritez un mari présent et aimant.

J’espère que les dieux feront que Lyman Lannister corresponde à cette description. »


Pour le bonheur de son amie, il était prêt à prier pour un ouestrien… Par moment, son sens de la loyauté lui faisait vraiment faire des choses bien étranges. Encore que le lieu finalement, était approprié à un tel vœu. Quoi de mieux que le barral pour penser à l’avenir, et tenter de croire qu’il ne serait pas sombre, pour au moins l’un d’entre eux.

Sur le sien, il ne se faisait guère d’illusions, de toute manière. A son plus grand regret.
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MessageSujet: Re: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Mar 1 Mar - 14:59


    Je souris doucement à Bowen alors qu'il m'affirmait que si le Nord me manquerait, je manquerais également au Nord. Je n'étais pas arrogante au point de me penser indispensable, loin de là, mais je savais que j'avais ma place au sein de la famille Stark, qui n'était maintenue à flots que par un fragile équilibre. Moi partie, cet équilibre ne serait plus et je craignais les conséquences sur ma famille, su sa cohésion. Bowen ne faisait que confirmer ce que je pressentais et qui rendait mon départ prochain si difficile. Je n'en avais pas parlé à Lyman. Parce que je ne voulais laisser voir à aucun étranger à quel point notre famille pouvait être fragile et connaître des tensions.

    « J'espère que mon père, mon frère, sauront trouver compagne qui tiendra ma place au sein de Winterfell et saura réchauffer leurs cœurs... »

    Oui je l'espérais tout en le redoutant. Ce n'était jamais agréable d'être remplacée, il fallait le reconnaître. En même temps, nous avions parlé mariage avec Père et évoqué bien des possibilités. Il fallait une Dame à Winterfell, que cela soit par mon père ou par Jon. Une dame qui saurait apporter un peu de douceur dans la froide forteresse, sans pour autant se montrer craintive. Je soupirais. Ce ne serait pas une mince affaire.

    « Merci Bowen. »

    J'étais touchée alors qu'il ajoutais que Lynara et moi allions lui manquer, mais aussi en assurant que je saurais conquérir l'Ouest, incapable de me résister. Puissent ses paroles être prophétiques ! Je concevais beaucoup d'appréhension concernant mon intégration au Roc. Je notais pourtant la pointe de malice dans sa voix alors qu'il disait cela et fus heureuse de lui arracher un léger trait d'humour en ces heures bien sombres. Bowen n'était déjà pas un bout-en-train en temps normal, mais avec ce qui était arrivé, il était devenu presque... lugubre. Comment lui en vouloir après tout ? Mais partir ne signifiait pas ne plus donner et recevoir de nouvelles. Les corbeaux étaient là pour ça. Bowen m'assura d'ailleurs qu'il serait heureux d'endosser le rôle de confident si jamais j'étouffais au Roc et ne trouvais personne à qui parler. Je hochais la tête quand il ajouta qu'il ne fallait pas trop accabler Lynara de mes propres fardeaux. Elle serait furieuse de l'entendre parler ainsi et de voir que j'étais on ne peut plus d'accord avec lui. Pourtant, c'était bien le cas. Nous en avions déjà discuté avec Lyna, mais cette conversation n'avait pas vraiment trouvé d'aboutissement... je gardais mes peines pour ne pas alourdir les siennes et elle faisait de même, chacune désirant préserver l'autre. Cependant je ne m'étais pas attendue à ce qu'il se propose comme conseiller... conjugal ? J'écarquillais les yeux de surprise en l'écoutant s'embourber lui même dans sa propre proposition. C'était tellement incongru ! Et je laissais échapper un rire léger et amusé en voyant ce fier guerrier soudain aussi embarrassé qu'un jouvenceau. Oh j'aurais du être choquée, mais... ce n'était pas le cas.

    « Ma foi, si d'aventure je doute à ce sujet, je sais désormais trouver une oreille attentive en votre personne et je l'espère, des conseils avisés. »

    J'avais répondu avec malice, le rire pétillant dans mes yeux, malgré le lieu solennel dans lequel nous nous trouvions. Bowen avait fait cette proposition tout à fait sérieusement, et je répondais de la même façon, même si j'en riais encore. Ce n'était pas le fond qui m'amusait, mais la forme. Mais j'étais touchée qu'il se soucie de moi, jusque dans ma vie privée... Je concevais quelques appréhensions concernant mon mariage, naturellement et tout ce qui faisait le ciment d'un couple. Je supporterais mal que Lyman se lasse de moi et prenne maîtresse, même si je n'avais aucun pouvoir à ce sujet. Il ne me restait qu'à faire en sorte qu'il ne cherche pas satisfaction ailleurs que dans mes bras. Mais allais-je aimer les devoirs conjugaux ? Je me voyais difficilement en parler à Bowen en étant si inexpérimentée.

    « C'est aussi une crainte pour moi. J'ignore comment satisfaire un homme et comment le retenir auprès de moi. Néanmoins, il me semble que le prince Lyman me... me trouve à son goût. Je sais les désirs des hommes éphémères et changeants. Mais je ne suis pas femme à me laisser oublier. Je n'oublierais pas votre proposition, même si j'appréhende déjà l'échange de nos lettres si d'aventures nous devions parler de ce genre de choses. »

    Même si je souriais, une légère rougeur colorait mes joues. Cette discussion était irréelles... Bowen n'était même pas un membre de ma famille et parler de ce genre de choses était tout à fait déplacé pour une princesse. Pourtant... je n'étais pas offensée qu'il me l'ai proposé. Et sans doute le savait-il pour l'avoir fait. Il me connaissait bien. Je le considérais réellement comme un frère. Et je le savais discret. J'avais toute confiance en lui. Il parla de nouveau à ce sujet, émettant comme une excuse, mais je souris gentiment et avec une réelle affection :

    « Il est rassurant de savoir que je compte pour vous au point que vous ayez envie de me protéger. Cela me touche sincèrement. »

    Et je rougis de plus belle quand il ajouta avec honnêteté qu'en plus d'être effectivement un bon parti, j'avais tout pour rendre un homme heureux. Ah... Bowen était déroutant. Il m'avait avoué avec la rage au cœur qu'il avait prit plaisir à tuer les Sauvageons, qu'ils souhaitait les voir tous morts, jusqu'au dernier, qu'il était un guerrier sanguinaire et voilà qu'il me confessait avec beaucoup de tendresse et une touchante maladresse avoir à cœur mon bonheur futur dans l'Ouest... Deux facettes bien opposées qui donnaient là un homme complexe. Mais pas totalement perdu. J'en fus rassurée.

    « Je peux vous faire une confidence ? Avant que vous ne partiez et bien que je ne sois encore qu'une enfant, je voyais en vous un homme qui aurait fait un mari présent et aimant. Je crois que j'étais un peu amoureuse de vous Bowen. »

    J'avais avoué cela avec beaucoup de douceur et une certaine complicité. Oui, sincèrement, Bowen Glover aurait fait un mari plus qu'acceptable et je n'aurais sans doute pas rechigné sur Père me l'avais désigné comme époux. Mais il avait des projets autrement plus ambitieux pour moi.

    « Je l'espère aussi. Malheureusement, je n'ai que cela pour le moment : l'espérance. Et les prières. »



   
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MessageSujet: Re: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Mer 2 Mar - 14:01

« Ils pourraient, oui. A vrai dire, pour votre frère, il le devra. Mais une épouse n’aura jamais le même lien qu’une sœur. Vous ne serez point remplacée, Jeyne. Une autre sera amenée à prendre une place différente, et à devenir notre souveraine… Mais vous resterez la Princesse du Nord. Pour les nordiens, du moins. »

Bien sûr, elle deviendrait avec son mariage Princesse de l’Ouest, protocolairement, mais dans les rudes contrées d’au-delà du Neck, les hommes avaient tendance à se souvenir longtemps de leurs liens du sang, fussent-ils lointains ou dans d’autres royaumes. Il savait d’avance que jamais Jon n’oublierait sa sœur, parce que lui-même avait toujours un lien fusionnel avec la sienne, même après son union à l’autre bout du pays. La relation qu’il entretiendrait avec son épouse n’aurait rien de comparable. Et heureusement, tout de même…

Le rouge atteignant ses oreilles tandis que Jeyne lui répondait, il se gratta la nuque de gêne, pas forcément le plus à l’aise avec sa propre proposition. Mais quelque part, il avait l’impression qu’il se devait tout de même de la faire, essentiellement parce que son amie n’avait pas de mère pour la conseiller en ces choses, et qu’il doutait fort que Lynara, malgré toute sa gentillesse, soit la mieux au fait de ce type de tourments, comme sa tante Théa. Restait donc à prier pour que sa grand-mère ou la mère de Lynara lui en ait touché quelques mots… Voir le roi en personne. Il savait que sa propre mère avait discuté longuement avec Alysanne du sujet des épousailles, et quand l’âge lui était venu, il s’était parfois enquis discrètement de ses rapports avec son mari, sans jamais se faire intrusif, simplement pour s’assurer qu’il la traitait bien. Le reste ne le regardait pas réellement, même si sa sœur pourrait toujours trouver en lui une oreille attentive.

Apparemment, il avait bien fait, et la Princesse ne lui en voulait pas, même si la tournure que prenait la conversation allait sans doute amener à des déroulés quelque peu délicats. Cela dit, elle avait aussi l’avantage de lui faire penser à tout autre chose que ses désirs de vengeance ou sa mélancolie, ce qui était un point positif. A cet instant, Bowen avait presque l’impression de revenir à ce qu’il était réellement, soit un jeune homme de vingt-et-un ans qui se retrouvait à discuter discrètement avec une très vieille amie de l’intimité existante entre les deux sexes. C’était un peu réconfortant, de savoir qu’il arrivait encore à s’intéresser à ce genre de choses. Quant au fait qu’il désire la protéger…

« Ne vous étonnez point. J’ai passé suffisamment de temps en votre compagnie, et en celle de votre famille quand nous étions suffisamment jeunes pour ne pas penser tout le temps aux affaires du royaume, pour vous connaître pour qui vous êtes, et non qui vous devez être.

Et puis… Votre mère était ma cousine. En quelque sorte, comme Lynara, je considère que nous sommes liés par le sang, et par conséquent, désire veiller sur votre bonheur. Vous m’importez, Jeyne. Quand je suis arrivé à Winterfell, Walton était trop jeune pour réellement comprendre, et Jon… n’avait pas forcément les mêmes marques de sympathie que celles que vous avez pu me témoigner.

C’était agréable, de se sentir apprécié juste après avoir quitté sa famille. »

Et il ajouta doucement :

« Du reste, j’ai trop fréquenté la troupe en accompagnant votre père pour ne point, parfois, regretter un peu certains comportements et ne pas vouloir que les dames que j’apprécie en subissent de semblables.

Je ne les condamne pas : en temps de guerre, ou éloignés longuement de chez soi, les hommes trouvent leur réconfort comme ils le peuvent. Et je ne suis pas parfait non plus, certes. Mais je sais aussi que la plupart de leurs épouses, bien qu’elles tolèrent ces écarts, en sont secrètement blessées. »


Que Jeyne ne se méprenne pas : lui aussi s’était adonné à ce genre de badinage, quoique de manière extrêmement modérée par rapport à la plupart des autres hommes. Simplement, il préférait éviter que cela se reproduise une fois marié, à l’image de son père. Il ne doutait pas que dans sa jeunesse, Lord Glover ait troussé son content de jolies filles. Mais une fois sa mère épousée, Galbart avait toujours mis un point d’honneur à ne point déshonorer son mariage.

« Je ne sais pas ce que les femmes de votre entourage, de nos familles, ont pu vous enseigner à ce sujet, et je me garderais bien de prétendre savoir ce que vous ressentez toutes à ce moment. »

L’avaient-elles seulement fait d’ailleurs ?

« Mais… Sachez simplement qu’il est possible d’arriver à s’attacher son époux, même le plus volage. Ma propre mère n’a jamais eu à souffrir d’accointances fortuites de la part de mon père. Encore qu’il l’a épousé davantage par inclination personnelle, peut-être que cela ne compte guère.

Cela dit, Dame ma sœur n’a pas à souffrir de nouvelles bâtardes de son époux, qui en avait pourtant semé quelques-unes entre ses murs du temps de son premier mariage. Peut-être devriez-vous vous entretenir avec elle, quand elle arrivera. Je gage que ses conseils seront plus avisés que les miens. »


Voilà qui était dit. Il conclut gentiment :

« Néanmoins, pour ce que cela vaut… Outre qu’une inclination personnelle au départ me semble prometteuse, si tel est le cas… Veillez à savoir ce que votre mari apprécie, en… ce genre de choses. J’ai souvent entendu certains hommes de votre père se plaindre que leurs épouses ne soient pas… disons… comment dire… inclinées à leur plaisir.

Pour autant… N’hésitez pas à en faire de même. Il est toujours flatteur d’entendre qu’une amante veut de vous, veut partager avec vous. A tout le moins, c’est mon avis. »


Pas partagé par tous, certes. Enfin, au moins, il avait essayé de dire quelque chose d’utile, sans s’étendre forcément. Il espérait ardemment ne pas avoir à le faire, sinon, il était bon pour finir aussi rouge que son blason. Cependant, il n’était pas au bout de ses surprises, puisque manifestement, Jeyne avait profité de ce moment pour lui avouer que fut un temps, elle avait approuvé des sentiments pour lui. Ce dont il ne s’était jamais douté. Aussi, sa bouche forma subitement un rond parfait, alors qu’il n’arrivait à lâcher qu’un simple :

« Oh… »

Voilà qui était vraiment le comble de l’éloquence. Fermant les yeux pour se concentrer, il les rouvrit pour dire finalement, une seconde fois :

« Oh… »

Le nordien souffla finalement après un petit moment de latence :

« Pardonnez-moi, c’est que je suis un peu surpris. Flatté de cette attention que vous avez pu avoir envers moi, certes, aussi.

C’est que j’ai souvent l’impression que les femmes ne s’intéressent guère à moi, et qu’elles préfèrent les hommes qui les font rire, et savent les complimenter avec aisance. Quand j’accompagnais votre père… Enfin, j’étais plutôt transparent. »


Il ajouta doucement :

« Je vous aurais épousé avec plaisir, si l’honneur m’avait été accordé. Je ne sais pas si vous auriez été heureuse avec moi… Mais nous nous serions bien entendus, certainement.

A vrai dire, je me suis parfois demandé si mon père n’avait pas caressé pendant quelque temps de tels espoirs en m’envoyant auprès de votre famille.

Qu’il ne se soit pas fourvoyé complètement est assez amusant finalement. Même si être Princesse du Roc convient infiniment mieux à votre rang, et à vos capacités qu’être l’épouse d’un simple vassal de votre père, quel qu’il soit.

Vous rayonnerez à votre juste place en régnant un jour. »


Se tournant vers le barral, il ne put s’empêcher de déclarer avec un sourire en coin :

« Après tout ce qu’ils viennent d’entendre, j’espère que les Dieux ne nous en voudront pas trop. »

Et outre les dieux…

« Comme votre futur mari. Je n’aimerais pas qu’il se mette en tête de me trancher la tête pour avoir tenu tant de propos inconvenants avec sa promise.

Croyez-le ou non, mais j’apprécie beaucoup ma tête sur mes épaules. »

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MessageSujet: Re: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Dim 6 Mar - 18:28


    Je souris. On aurait dit que Bowen lisait dans mes pensées alors qu'il me rassurait concernant mon remplacement. Etais-je si transparente ? Ou bien me connaissait-il simplement bien ? A moins qu'il ne parle d'expérience en ayant marié sa sœur déjà ? C'était possible. J'ignorais s'il détenait là une vérité ou si ce n'était qu'une façon de me rassurer, mais je lui en étais pourtant reconnaissante. Je souhaitais vraiment que mon père et mon frère puissent trouver une femme sur laquelle compter. Un roi avait suffisamment de responsabilités et d'ennemis sans en plus devoir se méfier au sein de son foyer. C'était d'ailleurs un point que Lyman avait abordé avec moi. Il préférait que nous vivions en bonne intelligence et soyons alliés, faisant bloc ensemble. J'étais d'accord avec lui à ce sujet.

    Mais comment en étions-nous arrivés à parler de ma future situation conjugale avec Bowen en partant de nos défunts que nous pleurions encore et de l'horreur de la guerre ? Je l'ignorais. Mais quelque part, c'était une bonne chose que l'héritier de la maison Glover ne s’apitoie pas sur son sort, ne se retranche pas dans sa douleur et sa vengeance, mais soit capable de faire preuve d'empathie à mon égard et de me tendre une main secourable alors que je demeurais pétrie de doute sur la façon de se comporter avec un époux... On ne pouvait pas vraiment dire que j'avais eu un bon exemple avec mes parents... Père était tout le temps absent et Mère était seule, se consolant auprès d'oncle Bran. Père avait-il été fidèle à Mère durant ces longues années de campagne ? Ou bien avait-il assouvi ses besoins mâles auprès des prostituées toutes disposées auprès du roi du Nord ? Après tout, j'avais découvert qu'il avait une préférence pour les filles de joie, au point de s'afficher avec elles.

    C'était attendrissant de voir Bowen embarrassé alors que c'était lui qui avait lancé la proposition de se faire une oreille attentive si j'avais besoin de m'épancher. J'espérais que les dieux n'écoutent pas trop notre conversation. Ce n'était guère convenable, mais personne n'en saurait jamais rien après tout. Cela resterait entre lui et moi et j'avais confiance en lui pour ne pas se méprendre sur mes paroles et me penser de mœurs légères. J'étais touchée par le soucis qu'il avait de moi. Comme un frère. Sauf que je n'avais même pas abordé ces sujets là avec Jon. Je lui confiais alors être touchée de son intérêt pour moi et il répondit qu'après tout, nous étions cousins, au même titre que Lynara et lui. Des liens de sang... mais même sans eux, je ne doutais pas qu'il aurait agi de même, parce que les liens du cœur pouvaient parfois être bien plus puissants encore. Bowen s'était senti plus proche de moi que de Walton bien trop petit et Jon, jaloux de l'attention de Père. Si cela avait été mon cas au départ, je m'étais ravisée ensuite. L'intérêt de Père n'était pas un concours après tout.

    « Moi aussi au départ, j'ai pensé que vous alliez nous voler l'affection de mon père. Il était déjà si peu présent pour nous et vous, vous marchiez dans ses pas et l'accompagniez partout, passant davantage de temps avec lui qu'aucun d'entre nous. C'était là pensée jalouse de petite fille. Mais vous avez su me conquérir. »

    Me faire oublier cette jalousie idiote. Bowen était jeune à l'époque également, déraciné. Ce n'était pas facile pour lui. Il ajouta alors avoir passé suffisamment de temps en campagne pour ne pas regretter sur les époux blessent leurs femmes en se montrant infidèles. C'était le lot de beaucoup d'entre nous après tout... rester au foyer et attendre. Savoir que le mari se perdait dans d'autres bras et ne rien pouvoir y faire. Celle qui épouserait Bowen serait chanceuse, car il était homme d'honneur. Il prendrait soin d'elle.

    « Cela signifie-t-il, qu'une fois marié, vous ne réservez vos attentions qu'à Lady Glover ? »

    C'était ce que je comprenais en tous les cas. Ce qui transparaissait de son discours. Je grimaçais quand il évoque ce qu'avaient pu me dire les femmes de ma famille.

    « Presque rien pour être honnête. »

    Et il me rassura en m'assurant qu'il était possible de s'attacher son époux. L'idéal serait même qu'il ressente de l'amour pour moi. Même si cela n'empêchait pas l'infidélité, le roi Loren en était un bon exemple.

    « On dirait que les femmes de votre famille savent se faire aimer de leurs hommes, Bowen. Je serais ravie de discuter avec votre sœur. Je gage que sans forcément être plus avisés, ses conseils seront... complémentaires ? »

    Elle, elle savait ce que ressentaient les femmes, j'aurais le point de vue de l'une d'entre nous. Bowen quant à lui, savait de quoi les hommes étaient capables et comment ils réfléchissaient. Et j'écarquillais les yeux en prononçant un oh surpris quand il me confia que l'une des façons de gagner le cœur de son époux était tout simplement d'être sur la même longueur d'onde que lui au lit. Ni plus ni moins. Et également lui dire qu'on avait envie d'accomplir le devoir conjugal... Non, pas exactement. Il n'était plus question de devoir, mais de... plaisir.

    « Oh... Je vois. »

    Je devais être écarlate. Mais je conservais ces conseils dans un coin de mon esprit. Ils pouvaient être précieux quand je saurais quel genre d'amant était Lyman. Et je profitais de ce moment d'échange et de confidences pour glisser à Bowen que j'avais eu un petit coup de cœur pour lui étant plus jeune et qu'il ne m'aurait pas déplu de l'épouser. Cela aurait été un honneur d'épouser un homme honorable. Sans compter qu'il avait un physique qui ne me laissait pas indifférente. Cette fois, ce fut lui qui ne sut plus quoi dire et je souris malicieusement de lui avoir coupé le sifflet de cette façon.

    « Et moi qui pensais que c'était plutôt visible. »

    Mon sourire se fana quand il ajouta qu'il avait l'impression d'être transparent.

    « Toutes les femmes n'aspirent pas à la même chose Bowen. Et l'homme qui vous complimente faussement ne se révèle pas toujours un mari digne de ce nom. Vous semblez inaccessible derrière votre air austère, il faut creuser un peu pour découvrir le joyau que vous dissimulez. Vous avez des zones d'ombre, des défauts, mais ce serait une erreur de penser que vous n'êtes pas digne de l'intérêt féminin et que vous ne méritez pas d'être heureux avec elle. »

    Je faisais référence à sa confidence d'un peu plus tôt sur la soif de sang qui s'était réveillée chez lui face aux sauvageons. Cela lui posait un cas de conscience, peut-être se pensait-il monstrueux. Il n'en était rien. Je tenais à ce qu'il le sache. A son aveu qu'une mariage entre nous ne lui aurait pas déplu, mais que j'étais davantage à ma place en épousant un prince, je soufflais :

    « Le prestige ne m'a jamais intéressé. Nous nous serions bien entendu, sans nul doute, et j'aurais œuvré à rendre votre vie plus légère et agréable. Cela aurait été une juste récompense pour le dévouement de votre famille. Mais qu'importe désormais. Ma place sera loin des miens. Cela ne retire rien à l'attachement que j'ai pour vous, mon ami. »

    Je souris malicieusement quand il parla des dieux et de notre échange.

    « J'en doute. Comment le pourraient-ils quand il n'est question que de loyauté, d'amitié ? »

    Et j'éclatais de rire quand il parla de Lyman.

    « Rassurez-vous Bowen, cette conversation restera entre nous ! J'aime aussi beaucoup votre tête sur vos épaules ! Et pour quoi passerais-je si cette discussion s'ébruitait ? »

    Je me hissais alors sur la pointe des pieds pour baiser sa joue avec douceur et reconnaissance.

    « Je suis réellement heureuse de vous avoir retrouvé. »



   
Lannistark
I'm scared and I'm brave, or somewhere between the two. I'm beautifully strong, and tragically confused. Yeah, I'm that girl, that's just like you. (by anaëlle)

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MessageSujet: Re: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Jeu 10 Mar - 20:10

« Je sais. Je mentirais en disant que ça … ne m’a pas un peu blessé. Puis, j’ai vu dans vos regards ce que je ressentais quand mon frère se faisait féliciter par notre père. Alors j’ai compris. Et je ne vous en ai pas voulu. »

Oui, quand même Jeyne s’était détournée de lui, le gamin qu’il était avait approuvé une intense déception, ne sachant ce qui avait causé un tel désamour soudain, persuadé qu’il avait fait une faute, et voyant ses tentatives de se rattraper se heurter à un mur d’indifférence. Il s’était consolé comme il le pouvait dans ses études et à travers une abondante correspondance avec sa famille. Mais dire que cette situation ne lui avait pas pesé était fausse. Il pouvait avoir été mature pour son âge, il n’en demeurait pas moins un tout jeune adolescent à l’époque.

« Cela dit… En un sens, peut-être que vous n’aviez pas totalement tort. Votre père m’a façonné infiniment plus que celui qui m’a donné la vie. Et je lui en suis reconnaissant. »

Oui, il considérait à titre personnel Torrhen Stark comme un mentor, un père. Il savait que le dire ne ferait que raviver de vieilles blessures, et il se contentait d’être terriblement discret à ce sujet, comme souvent avec lui, mais rares étaient les personnes à ignorer que l’écuyer ressemblait presque trop à son ancien maître… Et que sur certains points, ce n’était pas forcément pour le meilleur. Strict, pétri de considérations sur le devoir, Bowen était une reproduction un peu étrange, adoucie de ce qu’avait été le Vieux Loup. Jeyne elle-même l’avait souligné un peu avant.

« Je suis heureux de savoir que j’ai pu faire de telles conquêtes avant d’être capable de lever un estramaçon, ma Dame. »

Ses yeux avaient brillé un peu en disant cela, bien conscient du double sens de sa phrase. Non pas qu’il y mit une quelconque malice, cependant, il aimait bien de temps en temps lancer ce genre de compliments détournés, pour témoigner de son appréciation, honnête néanmoins. La question subite de Jeyne le prit néanmoins au dépourvu. Il n’était pas aisé de tenir pareilles promesses, et il le savait assez bien. Pour autant, tant qu’à être dans le registre des confidences…

« J’aimerais que ce soit le cas, oui. »

En cela il était honnête. Partager sa couche avec une foultitude de putains ou engrosser des servantes ne l’intéressait pas vraiment, il n’avait pas besoin de planter sa virilité partout pour se sentir mâle. Et surtout, il ne voulait pas de Snow sous son toit, car il saurait l’affront que cela causerait à son épouse, tout comme il se connaissait suffisamment pour être certain que si d’aventure une telle chose arriverait, il reconnaîtrait l’enfant, incapable d’imaginer condamner son fils ou sa fille, même illégitime, à une vie de misère pour le seul fait d’être né. Autant se prémunir de ce genre de désagrément. Hormis les secrets détenus par les femmes à ce sujet, il n’avait en tête qu’une seule méthode sûre…

« Bien sûr, je sais qu’il est parfois peu aisé de tenir ce genre d’engagement… Mais je ne tiens pas à exiger d’une épouse ce que je ne ferais pas moi-même. Ni lui infliger la vue de bâtards.

Evidemment, si d’aventures nous étions incapables de nous entendre et que ma présence lui était désagréable … Une fois le devoir accompli, je ne l’importunerais plus et saurait trouver contentement ailleurs.

Cela dit, dire que j’apprécierais une telle situation serait mentir. »


Il ne tenait pas à ce que Jeyne ait une image éloignée de ce qu’il était réellement. Il était humain, il savait que la solitude, le froid et l’alcool pouvaient mener beaucoup d’hommes à oublier leurs tourments dans des bras avenants et ne se considérait pas supérieur au point de se croire à l’abri de telles tentations. Il essayerait simplement de les éviter une fois marié, pour éviter de faire ombrage à son épouse.

Hochant la tête avec un sourire compatissant quand la jeune Stark lui confirma ses lacunes sur le sujet de l’intimité, Bowen soupira :

« Je m’en doutais quelque peu. »

Il savait que beaucoup de jeunes filles étaient livrées un peu trop innocentes à leur mari le jour des noces, et se disait qu’un tout petit peu d’enseignement juste avant ne serait pourtant pas de trop, parfois. Disons, le minimum, pour éviter des nuits de noce qui consistait à besogner une vierge priant pour que la douleur s’arrête. La perspective n’avait rien d’attrayante, surtout quand la plupart des jeunes mariés avaient eu connu des douceurs agréables aux mains de femmes expérimentées… Lui-même ne savait comment il réagirait dans ce genre de cas. Serait-il comme tous les autres, dépités d’avoir une femme qui verrait leurs rapports comme un fardeau ? Peut-être. Difficile de le savoir. Et encore plus de le dire.

Il laissa Jeyne digérer les maigres informations qu’il lui délivrait, acquiesçant à sa remarque sur les dames de sa maisonnée. Assurément, si toute son éducation consistait en ses maigres confidences, la Louve avait tout intérêt à questionner d’autres femmes qui sauraient se montrer discrètes. Après tout, elles savaient toutes garder leurs secrets d’alcôve, non ?

Souriant à la remarque de son amie sur la visibilité de son intérêt, Bowen se contenta de rire doucement, avant de retrouver tout de même son sérieux quand elle fit son éloge… D’une façon qui lui rappela étrangement ce que Talya lui avait dit des années auparavant, quand il était venu s’enquérir de sa santé à Blancport. Etre distingué de la même façon par une ancienne fille de joie et la Princesse du Nord… Il y avait là un certain paradoxe. Amusant tout de même, et peut-être un peu vrai.

« Merci. C’est… Je doute que beaucoup d’hommes aient entendu au cours de leur existence pareilles louanges. J’essayerais de m’en souvenir.

Quelqu’un … que j’ai connu dans le temps m’a un jour dit quelque chose de tout à fait similaire. Peut-être que j’aurais dû y croire immédiatement.

Et que je devrais m’atteler à y penser… Même maintenant. »


Il lui faudrait sans doute longtemps pour y arriver. Mais enfin, peut-être qu’il devait vraiment se mettre à croire un peu dans ses possibilités plutôt que de se contenter de naviguer discrètement parmi la foule nordienne. Il avait toujours aimé l’ombre, s’y glissant facilement, laissant la lumière et les attentions à ceux qui les désiraient. C’était ce qui en avait fait un très bon suivant d’ailleurs.

En voyant Jeyne rire, il ne put que sourire encore. Il était rare que l’on s’amuse en sa compagnie, surtout ces derniers temps. Il avait oublié la beauté d’un tel son. Dommage, car il était fort agréable.

« Nous avons donc intérêt à garder cela pour nous. Quoique, vous connaissant, je sais que vous allez finir par raconter à Lynara le bonheur que vous avez eu à me voir aussi peiné pour parler. »

Tandis qu’elle se hissait à sa hauteur pour l’embrasser sur la joue, il regarda le barral, puis se tourna pour prendre doucement les mains de la jeune fille dans les siennes, et lui répondit avec sincérité :

« Moi aussi Jeyne. J’ai eu plaisir à vous parler ainsi, à retrouver notre amitié… Quoique nos sujets de conversation ont fort évolué depuis toutes ces années.

Mais… Peut-être que vous m’avez permis un peu de me retrouver. Et je vous en suis reconnaissant.

Même si beaucoup de choses m'attendent encore... Je suis heureux de pouvoir compter sur votre soutien. Il est possible que j'en ai besoin, à l'avenir. Pour aider les Glover. Pour m'aider moi-même.»
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MessageSujet: Re: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Dim 3 Avr - 13:59


    Je n'étais qu'une enfant à l'époque de l'arrivée de Bowen. Une enfant qui cherchait désespérément à attirer l'attention de son père, comme Jon, et qui n'y parvenait pas. Alors que Bowen... Et bien, il se formait à ses côtés, il passait du temps avec lui... Ce n'était pas juste, mais je l'avais jalousé pour cela. Et j'avais craint qu'il ne prenne la place de Jon dans le cœur de notre père. Je m'étais cependant ravisée à son contact et compris ma méprise. Il avait du se sentir bien seul en arrivant à Winterfell, arraché aux siens pour venir servir un roi inconnu et dont on disait bien des choses. Il n'avait même pas pu compter sur le soutien de ses enfants à ses débuts. Il en avait été blessé. Avant de comprendre. Je souris quand il parla de son frère. Oui, c'était un peu le même cas de figure. Heureusement, Bowen et moi étions assez intelligents pour passer outre ces premiers temps puérils. Et je n'avais jamais regretté de lui avoir accordé sa chance finalement. Je soupirais quand il ajouta que Père l'avait façonné davantage que le Seigneur Glover.

    « Il vous a façonné bien davantage que Jon ou Walton. Ce n'est pas un reproche à votre endroit, loin de là. Juste une constatation qui m'attriste pour mes frères... »

    Quel dommage que le vieux loup ne se soit pas occupé davantage de sa descendance. Bien des problèmes auraient été évités. Et des catastrophes à venir. Parce que moi partie, je craignais réellement pour l'avenir des Stark de Winterfell. Père et Jon n'avaient pas fini de se heurter. Ils étaient trop semblables pour que tout se passe bien entre eux et il y avait trop de rancœur dans le cœur de Jon. Bowen ressemblait également beaucoup à Père, mais en ayant prit une autre partie de sa personnalité. Il était solennel. Alors que Père, au même âge, était bien plus ripailleur. Je souris, malicieuse, quand il avoua être heureux d'apprendre qu'il avait su faire ma conquête si jeune. Ce n'était pas difficile quand on était quelqu'un d'honnête et de droit comme lui. On pouvait lui reprocher son trop grand sérieux, mais c'était là un défaut bien dérisoire en comparaison de ses qualités qui ne manqueraient sans doute pas de combler la future Lady Glover. Et si en plus, il lui était fidèle... Mon regard se mit à briller, alors que cet aveu me faisait plaisir. La fidélité d'un époux était un cadeau précieux. J'espérais que son épouse saurait le mesurer à sa juste valeur et ne lui donner aucune raison de regretter cette droiture.

    « Je ne conçois pas que votre présence puisse être désagréable à qui que ce soit et encore moins votre épouse... Si c'est le cas, alors vous auriez épousé une bien triste mégère. »

    Ma foi, je ne pouvais jurer de rien. Certaines femmes étaient impossible à contenter après tout. Et j'ignorais ce que l'avenir réservait à Bowen dans ce domaine. Il était des femmes acariâtres qui n'appréciaient rien. Je ne lui souhaitais pas de devoir s'opposer à son épouse. Un foyer se devait d'être un refuge, pas un champ de bataille. Si fort que Père et Mère aient pu s'aimer, malheureusement, leurs rapports étaient davantage basés sur la force que sur le repos du guerrier et cela n'avait pas toujours du être facile pour Torrhen Stark... La passion n'était pas toujours synonyme de bonheur. Surtout avec deux caractères forts. Avait-il fui également son épouse pour ces raisons, lassé de se déchirer avec elle, malgré tout l'amour qu'il lui portait ? Je n'avais jamais osé poser la question. Elle ne s'était imposée à moi que récemment. Parce que je grandissais, parce que j'apprenais à voir les choses sous des angles différents, à l'aune de nouvelles connaissances.

    Et Bowen osa même aborder des sujets plus gênants, notamment l'intimité entre une femme et son époux, me faisant rougir, mais sans pour autant me détourner de la conversation. Tout conseil était bon à prendre dans cet exercice périlleux qu'était l'art marital. Et je n'y étais clairement pas préparée. Alors j'engrangeais les informations avec soin, écoutant l'avis d'un jeune mâle en pleine possession de ses moyens. Pour garder son époux, il fallait lui donner envie de revenir entre vos bras et pas seulement pour accomplir le devoir conjugal. Je supposais que certaines choses obscures m’apparaîtraient limpides quand je saurais en quoi consistait l'acte en lui même.

    Et dans un élan de confidences, j'avouais à Bowen avoir été un peu amoureuse de lui plus jeune. Je l'aurais bien imaginé en époux. Je n'aurais certainement pas été malheureuse avec lui. Je voulais qu'il sache qu'il était un homme de valeur, malgré les pulsions sanguinaires qui avaient pu l'agiter sur le champ de bataille, malgré le besoin de vengeance qui le tenaillait. Cela ne changeait rien à l'homme qu'il pouvait être. Il devait savoir toute la considération que j'avais pour lui.

    « Si deux personnes qui ne se connaissent pas vous disent sensiblement la même chose, à des années d'intervalle, alors oui, je pense qu'il est temps de les croire, Bowen. »

    La conversation avait prit un tournant inattendu, mais bienvenu dans tout ce deuil et cette tristesse et j'étais ravie de pouvoir contempler le sourire de Bowen et même la malice dans ses yeux alors qu'il semblait repousser les ombres qui l'accablaient durant quelques instants. Je pris un air faussement offusqué quand il parla de Lynara et du fait que j'allais tout lui raconter.

    « Quoi ? Comment ? Vous pensez vraiment que j'irais raconter à notre cousine combien vous étiez délicieusement rouge en me parlant de choses indécentes et peiniez à trouver vos mots ? Oh quelle triste opinion vous avez de moi ! »

    Et pourtant, comme il me connaissait bien ! Il savait aussi que Lynara ne raconterait rien de tout cela et que ce serait notre secret à tous les trois, un secret bien innocent mais amusant. Je le remerciais alors d'être venu avec moi, d'avoir discuté avec moi, heureuse de l'avoir retrouvé. Un sourire espiègle répondit à son allusion sur nos sujets de conversations qui avaient quelque peu changé. Je n'étais plus une petite fille, j'étais une femme, une femme qui allait se marier qui plus est. Nous avons grandi tous deux. Pas de la même manière cependant.

    « Et vous l'aurez Bowen. De façon indéfectible. »

    Je laissais le silence s'installer, afin que lui et moi puissions nous recueillir quelques instants. Nous avions pu renouer et j'en étais heureuse, même si cela se faisait tardivement et que j'allais devoir m'éloigner des miens dans peu de temps. Au moins avais-je un ami solide dans le Nord.

    « Nous pouvons rentrer, je crois avoir épuisé le peu de temps libre que je pouvais avoir. »

    Je devais retourner à mes obligations. Disparaître longtemps n'était plus un luxe que je pouvais m'offrir. Bowen me raccompagna donc au sein du château. Pendant le trajet de retour, silencieux, une idée germa dans mon esprit et avant de nous séparer, j'en fis part au Glover :

    « Avant de vous dire au revoir, mon ami, permettez-moi de vous offrir mon aide : si je ne serais présente dans ce qui vous attend, j'aimerais du moins apporter mon concours. Je serais bientôt une Lannister. Je parlerais de votre situation à mon futur époux. J'espère que l'Ouest pourra soutenir un peu votre famille, de quelle que manière que ce soit. »

    Je souris, pressais doucement son bras et le saluais, le quittant alors avec cette promesse. Restait désormais à en parler à Lyman et obtenir de lui un peu d'aide. Je saurais bien trouver les arguments pour y parvenir.



   
Lannistark
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MessageSujet: Re: Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]   Aujourd'hui à 19:16

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Les dieux prendront soin de nos défunts [Tour II - Terminé]
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