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[Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]
MessageSujet: [Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]   Mer 2 Déc - 14:34

Il faisait déjà nuit depuis un bon moment quand nous avions passé les portes du château où nous étions tous logés pendant le festivités. Ronnel m'avait raccompagnée au plus près possible des appartements réservés à ma famille, nos mains se séparant avec difficultés. C'est le coeur serré que je lui avais adressé un de ces sourires que je lui réservais avant de faire volte-face et de partir d'un pas digne et calme ; en réalité j'aurais préféré partir en courant et en laissant mes larmes couler. J'ignorais quand je le reverrai, mais il ne méritait pas que je lui laisse un souvenir défait et larmoyant pour tenir le temps que durerait notre prochaine séparation.

C'est dans cet état d'esprit que je pénétrais dans le couloir qui menait à nos appartements. Je mis tous mes efforts à faire le moins de bruit possible, marchant sur la pointe des pieds, me retenant de jurer à chaque fois que ma stupide robe bruissait un peu trop fort ou frottait le sol. Les gardes me laissèrent passer sans faire d'histoire. J'y étais presque. Debout devant ma porte, la main posée sur la clenche, je m'arrêtais un instant, envahie par les souvenirs de cette soirée riche en émotions, le regard perdu dans la flamme de ma bougie. J'appuyais enfin pour ouvrir le battant de la porte, tout doucement, le plus silencieusement possible. Et je marquais un temps d'arrêt.

Avant même de me retourner, je savais qui était présent là, dans ce couloir, à m'observer. J'étais acculée. Je sentais son regard sévère et scrutateur sur ma nuque. Avec un bref soupir, je lâchais la clenche, me redressai et me retournais gracieusement, affichant un sourire poli sur mon visage. Il n'y avait pas de raison que mes cours de bonnes manières ne puisse pas également me servir en cet instant.

« Bonsoir, Mère. Je m'apprêtais à aller me coucher. »

Elle était debout au milieu du couloir, en tenue de nuit, un bougeoir à la main. Sa longue chevelure d'or ondulait autour d'elle, faisant comme un halo encadrant son visage aux traits fins et délicats. Elle se tenait droite, drapées dans une couverture de laine, digne et royale même en cet instant. Et même si elle avait les lèvres pincées de mécontentement, elle était indéniablement belle. Nymeria se sentit soudainement écrasée par cette présence, cette prestance, cette impressionnante aura. Elle ne parvenait pas toujours à comprendre comment il était possible que quelqu'un comme elle soit issu de quelqu'un comme la Reine. Il n'y avait qu'à la regarder. Une tenue négligée, une coiffure en partie défaite, une attitude fluide et confiante mais loin de l'assurance féline et du charme de sa mère, un refus de comprendre le monde dans lequel elle vivait.
Sans laisser le temps à Jordane de l'arrêter, elle enchaîna :

« Si vous voulez bien m'excuser ... je vous souhaite une bonne nuit. »

Elle fit une rapide révérence, pivota sur ses talons et ouvrit de nouveau la porte comme pour entrer dans sa chambre.
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MessageSujet: Re: [Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]   Sam 5 Déc - 17:26


« Je veux être informée à la minute de son retour. Est-ce bien clair ? » La voix était calme, mais sèche. De ces tons impérieux qui ne souffraient qu'une et une seule chose : l'exécution. « Oui, Votre Grâce » répondit le garde sombrement, inclinant son buste couvert de lourde ferraille sertie d'or à l'encontre de la silhouette qui se dessinait contre la fenêtre ouverte, à l'éclat de la lune. L'astre de la nuit jouait de ses reflets laiteux dans la longue chevelure dénouée, cascadant contre son dos drapé de laines valoises. Bien que le climat de la Montagne soit plus clément que celui des autres pays du Nord, elle avait froid. Et ce plus encore à la minute où elle avait réalisé que Nymeria n'était pas dans sa chambre. On aurait pu parier qu'elle était encore prise dans le tumulte du Bal Masqué, qui touchait ses dernières heures de bienséance avant de tomber dans les bassesses galantes et autres coquines farces qui se faisaient d'accoutumée l'apanage de ce genre de mondanités. Mais elle connaissait suffisamment sa benjamine pour savoir qu'à la différence de Lyman et Megara, elle n'était pas friande de ce genre de réception. Du reste, elle ne l'y avait pas vue. Resserrant ses mantes atour de ses épaules, elle passa un doigt effilé sur la maille du lit. Sur la table de chevet gisait intouchée la tisane de plantes que sa septa avait pour coutume de lui apporter pour la nuit. Touchant le gobelet, il était gelé. Pour un peu, elle aurait pu soupirer d'inquiétude. Où pouvait-elle donc bien être ?

Dans le fond, c'était de sa faute. Intérieurement, elle se traitait de sotte et maudissait la baisse de sa garde. Pour un instant, elle avait faibli et on pouvait en constater le brillant résultat. Comment avait-elle pu se laisser berner de la sorte ? Sans doute que comme toute mère, elle s'était laissée tentée à l'indulgence et qu'en souveraine, elle s'était laissée attendrir par un enveloppe policée. D'une certaine façon, Nymeria à cette heure ressemblait plus que jamais à son père. Tout comme lui, sa benjamine avait ces derniers mois été un modèle d'exemplarité. Elle d'ordinaire sauvage, peu encline à suivre les directives maternelles et toujours sujette à questionner l'ordre que sa mère imposer, s'était pliée à la moindre instruction, avait troqué ses cheveux emmêlés et ses dégaines quelque peu garçonnes pour de jolies boucles et des toilettes résolument féminines. Elle s'était appliquée dans ses leçons, assisté aux audiences avec intérêt et occasionnellement dansé sur quelque air de musique en prévision des festivités de Goëville. Jordane avait voulu y voir une poussée de maturité, une prise de conscience de son rang. Mais il fallait se rendre à l'évidence : Nymeria avait eu d'autres projets et comme à son habitude, l'en avait résolument tenu à l'écart.
« Votre Grâce, on nous a signalé le retour de la princesse. » Refermant la fenêtre, Jordane quitta aussitôt la chambre de sa fille pour ses propres appartements, et y attendit patiemment.

L'attente fut brève. Le pas, aussi précautionneux était-il, ne pouvait faire l'économie du bruissement de soie sur les dalles rugueuses du château qui les accueillait. Bien sûr, si Nymeria n'avait pas fait l'économie de certains de ses enseignements, elle aurait depuis longtemps appris à marcher avec des attributs féminins sans faire le moindre bruit. Aidée d'une veilleuse, Jordane se glissa hors de ses appartements, et la lueur de sa veilleuse éclairait déjà la silhouette féline qui tentait vainement de se faufiler jusqu'au repos mérité. Très droite, les yeux plissés en fentes si fines qu'on en distinguait à peine le saphir de ses yeux, Jordane contenait sa colère. Mais l'insolence dont elle faisait preuve n'était pas sans pousser ses nerfs à vif.
« Bonsoir, Mère. Je m'apprêtais à aller me coucher. » Le mensonge était revendiqué avec une telle force que pour un peu, Jordane aurait applaudit. On pouvait faire beaucoup de reproches à la jeune fille, depuis son comportement jusqu'à son dédain le plus totale pour tout ce qui faisait la réputation de sa famille royale. Mais l’aplomb dont elle faisait preuve, même dans une situation de tort absolu était à saluer. « Si vous voulez bien m'excuser ... je vous souhaite une bonne nuit. » « Étant considérée l'heure à laquelle vous daignez honorer votre lit, mon Enfant, il serait presque plus convenu de me souhaiter le bon jour. » Lui refusant ce qu'elle tentait de lui extorquer, Jordane s'avança vers elle et la força à entrer dans sa chambre. Crochetant les verrous derrière elle, elle posa la veilleuse sur la table la plus proche. Son regard perçant de fureur la dévisageait, bouillante de colère. « Je sais que la jeunesse donne des ailes à l'insolence ; mais au risque de me prendre pour une imbécile, la prochaine pirouette de ce genre te vaudra une punition publique. » Croisant les bras, elle détacha chaque mot de la phrase suivante. « Peux-tu m'expliquer d'où tu sors, mise comme tu es et en cheveux ? »

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MessageSujet: Re: [Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]   Mar 8 Déc - 11:52

Elle luttait pour ne pas perdre tous ses moyens. La fureur qui pouvait se lire dans les yeux saphir de la Reine n'auguraient rien de bon. Mais ce n'était pas non plus comme si la jeune femme n'était pas coutumière de ce regard particulier. Alors qu'elle faisait mine de rentrer dans sa chambre, une main ferme vint s'emparer de son épaule et la poussa sans ménagement à l'intérieur de la chambre. Dans le mouvement brusque, Nymeria se renversa de la cire chaude provenant de sa propre veilleuse sur les doigts, lâchant un "tsss" de douleur. Elle se débarrassa rapidement de ladite veilleuse sur la commode, et essuya la cire chaude avec la première chose qui lui vint sous la main, tandis que le bruit des verrous que l'on enclenche se faisait entendre. La jeune fille se retourna à temps pour voir sa mère poser la veilleuse sur la table la plus proche puis la dévisager avec un regard perçant de fureur, bouillant de colère.

« Je sais que la jeunesse donne des ailes à l'insolence ; mais au risque de me prendre pour une imbécile, la prochaine pirouette de ce genre te vaudra une punition publique. »

Se frottant toujours les doigts pour atténuer la douleur, qui était en train de s'estomper, Nymeria rendit un regard courroucé à sa mère. Il n'était pas prévu qu'elle se fasse attraper en train de rentrer dans ses appartements. Si tout s'était déroulé comme prévu, elle aurait demandé à sa mère une discussion avant leur départ, peut-être même sur la route, et tout aurait pu se passer autrement. Mais elle était bien consciente qu'il lui faudrait rapidement faire le deuil de ce plan parfait, si elle voulait que cette entrevue ait un dénouement positif. Elle n'était pas idiote. Peut-être même commençait-elle enfin à grandir un peu. Contrairement à son habitude, elle ne répondit rien, laissant sa mère enchaîner.

« Peux-tu m'expliquer d'où tu sors, mise comme tu es et en cheveux ? »

Nymeria baissa les yeux sur sa tenue. Sa robe de brocarde crème et or était assombrie par endroit de poussière, et semblait également briller sous l'effet de la lumière de la bougie non loin de sa hanche droite ; probablement la sève de l'olivier dans lequel elle était montée. Au vu des mèches rebelles qui parsemaient son champ de vision, la jeune fille ne pouvait que constater que l'aspect bien net  de son chignon d'obéissante princesse du Roc ne devait être qu'un lointain souvenir. elle avait fait bien pire, mais cela n'enlèverait rien à la fureur de la Reine de le lui rappeler.
Relevant la tête, elle pinça un instant ses lèvres en une moue ennuyée. Était-il besoin de gamberger mille ans en provocations et en réponses acerbes ? Ou valait-il mieux dire directement la vérité, pour une fois, même si celle-ci pouvait également amener des problèmes ? Elle n'avait pas le temps de réfléchir. Il lui fallait répondre maintenant.
Abandonnant son attitude provocatrice et insolente, elle se décida à l'honnêteté et au sérieux. Peut-être que sa mère comprendrait ainsi que le sujet était important pour elle — si elle n'y lisait pas une provocation de plus. Elle y ajouta même un peu de contrition, en réalité loin d'être feinte.

« J'étais avec le Roi du Val. Nous devions absolument nous voir avant de quitter ces lieux. »

Ne pouvant réprimer un geste de nervosité, elle agrippa le tissus épais de sa robe, comme pour se donner du courage. Si elle n'en parlait pas maintenant, si elle s'obstinait, tout serait peut-être perdu. Elle baissa les yeux un instant, avant de se reprendre et de relever les yeux vers sa mère.

« Je suis très sérieuse mère, ce n'est pas une de mes fantaisies habituelles, comme vous les appelez. Et je pressens bien que ça ne rentre pas dans vos prévisions, mais Ronnel est une personne importante pour moi. »

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MessageSujet: Re: [Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]   Mar 8 Déc - 13:17


Dans sa fureur encore contenue, Jordane remerciait les Dieux que les circonstances se déroulaient dans une relative discrétion. Étant donné la lumière jetée sur l'Ouest depuis sa récente alliance financière avec le Noir, ainsi que les tractations de mariage avec Nord, le scandale était la dernière chose dont elle avait besoin. Et à cet instant précis, le comportement de Nymeria compromettait ce besoin. Quiconque aurait surpris la jeune fille dehors à cette heure se serait fait un plaisir de souiller leur blason. Une chose contre laquelle la Reine du Roc bataillait depuis son couronnement, et plus encore depuis que sa cadette Megara lui avait avouer son terrible secret. Réprimant un soupir d'exaspération, la Reine du Roc se demandaient pourquoi, dans leur clémence de lui avoir donné trois sains et beaux enfants, ils semblaient prendre un malin plaisir à semer leur parcours d'embuches. Elle espérait que le mariage de Lyman le ferait grandir, de même que les prochaines fiançailles de Megara avec Ronnel Arryn seraient susceptibles de la mettre à l'abri du danger qu'elle se représentait pour elle-même. Fallait-il à présent que Nymeria en fasse à nouveau des siennes ? Pour un court et fulgurant instant, elle craignit que sa benjamine était atteinte du même mal que sa sœur et une glaçante sueur froide parcouru sa fine échine. La malédiction devait-elle frappé toutes ses nées filles ? Avait-elle fait quelque chose de divinement répréhensible dans une vie passée pour être punie de la sorte ?

« J'étais avec le Roi du Val. Nous devions absolument nous voir avant de quitter ces lieux. » « Pardon ? » Elle était tellement surprise qu'elle ne trouvait pas d'autre mot pour le moment. Sa vue se brouillait, et elle peinait soudain à attraper l'air nécessaire à ses poumons. Durant de longues minutes, chacune gardait un silence résolu, rien de plus ne pouvait être dit. Pourtant, il le faudrait. La vérité était surprenante, mais elle était véridique. Nymeria et Ronnel s'étaient retrouvés en pleine nuit, à l'abri des festivités organisées par la Reine Régente du Val. Doucement, Jordane releva la tête vers sa fille. Elle remarquait alors la robe, les cheveux qu'on devinaient coiffés malgré l'heure tardive et le vent du dehors qui s'étaient infiltré dans les jolies mèches blondes. Les tâches brunâtre sur la crème soyeuse désignaient la forêt comme lieu de rendez-vous secret. Secret. Encore un. Devait-elle se rendre compte que malgré la poigne qu'elle cherchait à maintenir sur eux, ses enfants lui échappaient ? Les non-dits s'accumulaient, au risque de faire exploser une famille toute entière. Était-elle à blâmer pour vouloir leur bonheur réel, dans un monde où hélas, la liberté avait un prix que même la Banque Lannister ne pouvait leur acheter ? « Vous deviez absolument vous voir ? » Elle était entre la colère, l'incrédulité et l'amusement. Sonnée, elle était complètement sonnée.

Très droite dans son silence, Nymeria s'agrippait cependant aux pendants de sa robe pour garder contenance. Elle baissait les yeux, de peur de croiser les éclairs dans ceux de sa mère. Jordane quant à elle tentait de rester sur pieds malgré le violent tremblement qui crochetait ses chevilles. Il fallait qu'elle sache. Si Nymeria était maudite, il fallait qu'elle le sache et vite. « Je suis très sérieuse, Mère, ce n'est pas une de mes fantaisies habituelles, comme vous les appelez. Et je pressens bien que ça ne rentre pas dans vos prévisions, mais Ronnel est une personne importante pour moi. » « Mes prévisions ? » Croisant ses mains devant elle, Jordane reprenait peu à peu ses esprits. Peut-être dramatisait-elle. Peut-être s'agissait-il simplement d'une rencontre entre deux amis. Elle savait que Nymeria et Ronnel entretenaient une amitié certaine depuis les rapprochements entre les Eyriés et Castral-Roc du temps du feu Roi du Val. Pourtant, une petite voix lui soufflait qu'il s'agissait de bien plus qu'une connivence entre deux jeunes gens du même âge. Ronnel est une personne importante pour moi. Qu'est-ce que cela voulait donc dire ? Tachant de retrouver ses moyens, Jordane vrilla son regard encore incandescent dans ceux de sa benjamine. « Bien. Avant tout, une règle : tu ressens le quelconque besoin de voir qui que ce soit, fantaisie ou non, tu m'en informes. Et quand bien même ce besoin serait si grand, cette visite ne saurait se faire au beau milieu de la nuit et seule ! Et je me fiche de savoir que le Roi du Val ait été avec toi ! Vous rendez-vous compte de la position dans laquelle vous vous êtes mis tous les deux ? »

Sa voix se coupa, et elle prit appui sur la table la plus proche. Son autre main vint masser ses tempes endoloris par le souci et l'anxiété à l'idée de la savoir au dehors sans protection. Dans son inconscience, elle ne s'était même pas rendu compte dans l'état dans lequel elle était susceptible de mettre sa mère. Fort heureusement pour Nymeria, Jordane récupérait vite. Et aussi rapidement que sa colère avait éclaté, elle revint au sujet brûlant. « Et pourrait-on connaitre la raison sous-jacente à cette prétendue importance, jeune fille ? »
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MessageSujet: Re: [Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]   Mer 9 Déc - 10:28

« Pardon ? Vous deviez absolument vous voir ? »

La Reine semblait avoir du mal à appréhender ce qu'elle était en train de lui dire. Et cela se comprenait. Ronnel comme elle avaient fait des efforts pour cacher leur relation, ou du moins la réelle profondeur de celle-ci. Depuis ce moment il y avait plusieurs années où ils s'étaient rencontré au Val, ils avaient continué à communiquer, à se confier l'un à l'autre, à grandir l'un avec l'autre malgré la distance. Et Nymeria avait petit à petit lâché du lest à sa mère au fur et à mesure de ces échanges, au fur et à mesure de sa maturation.
La jeune fille tenta d'expliquer à quel point leur relation était profonde, le plus calmement possible dans la situation actuelle, continuant cependant à parfois jouer nerveusement avec le tissu de sa robe.

« Cela fait plusieurs années que nous sommes en contact, Mère, depuis notre première visite au Val. Les lettres ne peuvent suffire éternellement. Et l'occasion de nous parler librement ne s'était toujours pas présentée d'elle même, pendant ce nouveau séjour. »

Au fur et à mesure que la discussion avançait, la jeune fille sentait tour à tour la tension monter puis redescendre. Était-il humainement possible de supporter longtemps de telles vagues émotionnelles ? Elle en doutait. Et dans les yeux de sa mère semblait se produire le même manège. Inquiétude et colère se succédaient dans les prunelles glacées.

« Mes prévisions ? »

La jeune fille prit discrètement une inspiration pour se calmer avant de poursuivre :

« Oui, vos prévisions de marier Megara à Ronnel. »

Elle n'ajouta rien. Mieux valait ne pas attiser encore la colère de la Reine, et elle se savait plus que capable de le faire avec la plus petite réponse. Se taire était la meilleure solution autrement que pour répondre aux questions de son interlocutrice. Et il fallait laisser le temps à sa mère pour réfléchir, pour mettre les pièces du puzzle ensemble, pour comprendre ce qu'il se passait réellement.

« Bien. Avant tout, une règle : tu ressens le quelconque besoin de voir qui que ce soit, fantaisie ou non, tu m'en informes. Et quand bien même ce besoin serait si grand, cette visite ne saurait se faire au beau milieu de la nuit et seule ! Et je me fiche de savoir que le Roi du Val ait été avec toi ! Vous rendez-vous compte de la position dans laquelle vous vous êtes mis tous les deux ? »

La jeune fille pinça les lèvres pour s'empêcher de dire une bêtise puis répondit d'une voix un peu vacillante sur la fin :

« Nous avions des gardes avec nous, même s'ils sont restés à quelques pas pour nous laisser discuter en paix. Si cela devait se reproduire, vous seriez informée de notre rencontre. Nous avons décidé de ne plus nous cacher. »

Après une courte pause, la jeune fille lâcha enfin le morceau, tendue comme un arc, mais parvenant tout de même à regarder sa mère dans les yeux sans flancher. Elle lâcha sa robe, joignant ses mains sur ses cuisses pour les empêcher de trembler.

« J'aime Ronnel, Mère. Et il m'aime également. Depuis longtemps. Nous voulons nous marier. »
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MessageSujet: Re: [Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]   Mar 15 Déc - 16:07


La Reine du Roc avait la même réputation à la ville qu'en privé. Elle inspirait plusieurs dictons, et nombreuses étaient les mères qui, pour se faire obéir, menaçaient de lui ressembler. Pourtant, personne ne savait véritablement ce qui se passait entre les quatre murs de la forteresse de Castral-Roc, lors des repas que la famille royale prenait sur le renommé balcon que tous appelaient "Les Léonides". Certains juraient que la balustrade garnies d'effigies félines rugissait des colères de La Lannister, cependant qu'elle resserrait ses rangs et la poigne qu'elle avait sur ses enfants. Ces enfants qui, sous leur enveloppe dorée et prestigieuse, cachaient des personnalités dont on disait que la Reine ne tolérait pas les débordements. Intransigeante. Elle ne laissait rien passer. On la trouvait dure et cruelle, à vouloir éradiquer par la force et l'autorité toue lueur de fantaisie qui fleurissait pourtant naturellement le temps d'une jeunesse. Mais Jordane savait mieux que personne ce que les rêves pouvaient entrainer comme conséquences et comme déception. Elle ne voulait pas que ses enfants se heurtent à la même douleur que celle qu'elle avait subie ; elle voulait les préserver, en les élevant à la hauteur de la réalité. Elle ne se considérait pas comme mère indigne en faisant cela. Au contraire, elle se targuait d'être meilleure mère que les autres. Aussi, alors que Nymeria lui ouvrait son cœur, Jordane restait stoïque. Espérait-elle réellement qu'elle se consumerait à l'écoute de cette histoire d'amour née entre sa fille et Ronnel Arryn ? Elle ne laisserait pas sa plus jeune fille se noyer dans un flot de sentiments tels qu'ils lui étaient déjà impossibles de se contrôler, au point d'aller rejoindre son jeune amoureux au fin fond d'une forêt et à une heure où d'autres pensaient à bien d'autres choses qu'à simplement discuter.

« Cela fait plusieurs années que nous sommes en contact, Mère, depuis notre première visite au Val. Les lettres ne peuvent suffire éternellement. » Elle restait calme, malgré son évidente nervosité. Il lui semblait qu'elle cherchait ses mots, mais qu'une fois choisis avec prudente, ils s'échappaient de sa bouche avec un aplomb déconcertant. Cela avait toujours été sa force, et plus que jamais, Jordane voyait à travers sa benjamine sa propre image, alors qu'elle n'avait elle-même que quinze ans. Elle aussi avait été rebelle parfois, surtout s'agissant de ses heures de liberté bien trop peu nombreuses, et qu'elle choisissait alors de passer au chevet de sa petite sœur si souffrante et si esseulée. Tout comme elle alors, Kathryn Crakehall s'était montrée ferme et sans concessions, faisant avant tout passer l'intérêt supérieur de sa maison avant les désirs de sa fille. Et bien qu'à plusieurs reprises, Jordane avait maudit l'injustice dont elle estimait être victime, elle comprenait aujourd'hui les motivations de sa mère. Aussi, elle se tenait droite face à sa mère, le visage nullement ému, les mains croisées en signe de mécontentement. Quand bien même ces deux enfants maintenaient une correspondance accrue depuis deux ans, cela ne leur donnait pas encore le droit de décider de leur avenir sans consultation. « Et l'occasion de nous parler librement ne s'était toujours pas présentée d'elle même, pendant ce nouveau séjour. » Jordane secoua la tête, une petite rire mauvais au coin de la bouche. « Mes pauvres enfants. Vous ne serez jamais tels que vous pourrez vous parler librement. Vous avez été enfantés dans le privilège, et cela comporte de nombreuses obligations. »

Obligations. Le mot terrible qui sonne le glas des existences paisibles de toutes les princesses et les princes de Westeros. Nymeria ne pouvait y échapper, bien qu'elle se donnait toutes les peines du monde à avoir prise sur son destin. Un destin dont Jordane n'avait pas encore dessiné les contours. Bien sûr, elle envisageait depuis longtemps une alliance matrimoniale avec le Val d'Arryn. Elle avait besoin de Sharra, et plus généralement des Montagnes pour maintenir un statu quo au Nord et autour de la puissance du Conflans et des Iles de Fer. Elle savait depuis longtemps que la clé d'un tel statut résidait en l'une de ses filles. Tout désignait Megara pour sceller cette alliance. Elle était belle, elle était gracieuse, parfaitement éduquée pour suivre les traces de la Reine Régente et coiffer la Couronne du Val. Et elle était l'aînée. « Oui, vos prévisions de marier Megara à Ronnel. » Le léger reproche qui teintait le discours de Nymeria faisait écho à ses pensées. Pour toute réponse, Jordane toisa sa benjamine. Si seulement il n'y avait que le privilège de l'âge qui faisait passer Megara avant Nymeria. Hélas, la Malédiction de sa cadette la pressait plus que jamais à lui trouver un époux, à la mettre à l'abri des dangers extérieurs, mais aussi de celui qu'elle était pour elle-même. Sans compter qu'avec une Reine plus âgé, Ronnel, du haut de ses 14 ans, serait épaulé d'une certaine expérience. « J'y songe, en effet. Et la seule façon de t'opposer à ce mariage, c'est de compromettre ta vertu avec le futur marié ? Décidément, Nymeria Lannister, je suis déçue : je pensais avoir élevé une dame, et non une fille. »

Elle était glaçante de mépris. L'insolence infantile ne faisait jamais bon ménage avec la Reine du Roc. Si Nymeria faisait preuve d'un certain courage en avouant à sa mère ses sentiments et ses intentions, il y a avait quelque chose dans son ton qui défiait tout ce que sa mère s'était acharnée à construire durant dix ans. Pour elle, il était hors de questions que les élans du cœur de sa fille ne mettent à mal la position de force qui était la sienne, et qui dépendait entièrement du fait que le Roc parlait d'une seule et claire voix. Elle ne pouvait pas risque que sa benjamine compromette cette voix. « Nous avions des gardes avec nous, même s'ils sont restés à quelques pas pour nous laisser discuter en paix. Si cela devait se reproduire, vous seriez informée de notre rencontre. Nous avons décidé de ne plus nous cacher. » « Que vous êtes bons ! Pensez à nous envoyer un corbeau à la naissance de votre premier né mâle ! » Sa colère avait eu définitivement raison de sa patience. Elle ne pouvait plus se contenter de railler les paroles de sa fille, qui du reste ne se laissait pas couper. Après une profonde inspiration, la jeune fille éructa alors : « J'aime Ronnel, Mère. Et il m'aime également. Depuis longtemps. Nous voulons nous marier. » Pauvre enfant. Jordane pouvait lire le tourment dans ses yeux, sa façon de se raccrocher à ses cuisses pour ne pas tomber sous son poids. L'amour l'avait indéniablement atteinte en plein cœur, une maladie suffisamment grave pour que Jordane la prenne au moins autant au sérieux que les maux qui rongeaient Megara. Une fois de plus, les Dieux lui envoyaient une lourde épreuve. Elle poussa un soupir long de signification. Rien de tout ceci n'était facile.

« Nymeria... » dit-elle alors, plus douce. « Tu penses bien que si les mariages se faisaient selon les simples volontés parentales, et en accord avec le bonheur primaire de leurs enfants, toi et Ronnel seriez déjà fiancés depuis au moins deux ans. » Avançant quelques pas vers la jeune fille, la Reine du Roc retrouva cependant vite son attitude royale. Si cette union n'était pas totalement impossible, il y avait trop d'enjeux pour que seul l'amour naissant des deux protagonistes soit pris en compte. « Quand bien même votre amour serait sincère et persistant, la décision ne vous revient pas. Vous représentez à vous seuls des enjeux qui vou dépassent, et dont vous ne pouvez vous faire un commerce facile. » Elle se tue, secouant la tête. Si seulement elle avait su avant. Elle aurait pu prendre certaines dispositions. « Pourquoi ne pas m'en avoir parlé plus tôt ? »
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MessageSujet: Re: [Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]   Ven 22 Jan - 22:03

« J'y songe, en effet. Et la seule façon de t'opposer à ce mariage, c'est de compromettre ta vertu avec le futur marié ? Décidément, Nymeria Lannister, je suis déçue : je pensais avoir élevé une dame, et non une fille.
- Mère, si j'étais vraiment encore une simple enfant rebelle, je vous aurai répondu que je ferais n'importe quoi tant que cela m'assure d'épouser Ronnel. Mais depuis peu je sais que ce n'est pas la solution. Baissant les yeux après sa tirade, la jeune fille fit une courte pause, et planta de nouveau son regard dans celui de la Reine. Je suis désolée que nous nous soyons laissés emporter par nos sentiments ce soir. Je m'efforce d'apprendre, et j'ai encore du retard à rattraper. »

Le teint de la jeune fille vira au livide une fois sa dernière phrase prononcée, son sursaut de courage la quittant ; elle avait réussi à énerver sa mère. Elle avait mal dû doser son aplomb précédemment, en voulant paraître plus sûre d'elle qu'elle n'était. Et pourtant, sa mère parut se radoucir un peu, comme si elle était ... désemparée. Non, ça ne pouvait être cela.
Elle retint de justesse un commentaire sur le fait que si elle épousait Ronnel, l'alliance avec le Val était assurée, puisqu'ils ne s'offusqueraient pas de n'avoir "que" la benjamine et non l'ainée ; et donc que les Lannister pouvaient chercher un autre parti avantageux pour Megara et les leurs. Ca ne ferait qu'énerver un peu plus sa mère. Et puis ces deux-là semblaient si proches ces derniers temps ...


« Nymeria... Tu penses bien que si les mariages se faisaient selon les simples volontés parentales, et en accord avec le bonheur primaire de leurs enfants, toi et Ronnel seriez déjà fiancés depuis au moins deux ans. »

Un bref sourire illumina le visage de la benjamine, avant qu'elle ne comprenne qu'un "mais" suivait cette déclaration. Nymeria afficha de nouveau un visage sérieux, presque inquiet.

« Quand bien même votre amour serait sincère et persistant, la décision ne vous revient pas. Vous représentez à vous seuls des enjeux qui vous dépassent, et dont vous ne pouvez vous faire un commerce facile.
- C'est pour cela que nous avons pris la décision ce soir de briser le silence. »

La Reine secoua la tête. Nymeria eut l'impression qu'elle était désolée. Mais elle devait mal interpréter la réaction de sa mère. La jeune fille sentait la situation lui échapper. Elle espéra que Ronnel aurait plus facile qu'elle à dévoiler le pot aux roses à sa propre mère. Elle se mit à prier, ce qu'elle faisait pourtant rarement. En cet instant, elle souhaita pouvoir se rapprocher de sa mère et de son apparente perfection, sans pour autant devoir se renier entièrement.

« Pourquoi ne pas m'en avoir parlé plus tôt ? »

Le regard de la benjamine se perdit un instant, troublé. Elle répondit d'une voix mal assurée, comme si elle réalisait enfin que son plan tout tracé ne verrait peut-être jamais le jour.

« Nous voulions nous éviter les questions, les reproches et l'embarras à nos familles, tant que nous n'étions pas sûr de ce que nous ressentions, de ce que nous voulions pour le futur ... je crois. »

Nymeria se sentait horriblement seule en cet instant. Elle ne parvenait pas à se faire comprendre. Comme toujours elle ne rencontrait qu'opposition, et non soutien. Un éclair de jalousie envers Megara passa dans son coeur.
Inconsciemment, elle dut se replier sur elle-même. Elle n'était qu'une enfant. Pleine de rêves. Impuissante. Mal-adaptée. Voulant rester honnête avec elle-même et les siens. Mais réalisant que la vie lui imposait de changer, si elle voulait parvenir à ses objectifs, quitte à se perdre elle-même. Révoltée. Ne sachant que faire de cette colère. Réalisant que même ce qui lui donnait un but dans la vie lui serait peut-être refusé.

L'air lui manqua soudainement, alors que ses yeux s'humidifiaient malgré elle. Les cartes étaient désormais dans les mains des deux Reines, puisqu'en ce monde, le destin d'une personne ne lui appartenait pas.

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MessageSujet: Re: [Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]   Mer 24 Fév - 23:29


« Mère, si j'étais vraiment encore une simple enfant rebelle, je vous aurais répondu que je ferais n'importe quoi tant que cela m'assure d'épouser Ronnel. Mais depuis peu je sais que ce n'est pas la solution. » L'aplomb, toujours. Du haut de sa quinzième année, il était le meilleur allié de la jeune fille, et plus encore dans un face à face avec sa mère. A la lueur de la veilleuse, la silhouette mutine de Nymeria s'était dressée de tout sa maigre longueur, et ressemblait à ces insolites rochers qui peuplaient les côtes depuis Port-Lannis jusqu'à falaise, premiers remparts timides avant les imposants murs naturels que la pierre rougie par le soleil et salée par la mer taillait dans le relief de leurs terres natales. Avec sa voix assurée et son regard vibrant, elle illustrait les deux devises qui l'avaient enfantées : Je Rugis, Nul N'est Si Féroce.

Et puis, aussi soudainement apparu, il se cachait derrière des yeux soudain baissés au sol, comme pour y puiser la force nécessaire pour éructer, une fois de plus face à l'intransigeance maternelle :
« Je suis désolée que nous nous soyons laissés emporter par nos sentiments ce soir. Je m'efforce d'apprendre, et j'ai encore du retard à rattraper. » A la fois émue et surprise, Jordane, pour toute réponse, secouait la tête. Elle ne cherchait plus à balayer d'un revers de main ou d'une sèche injonction les passions de sa benjamine. Elle avait lu dans ses yeux la même détermination qui jadis la prenait au corps lorsque la tâche à accomplir lui semblait lointaine et périlleuse. Pourtant, la jeune fille qu'elle était alors avait mis un point d'honneur à suivre ce que précisément, Nymeria contournait. Les règles posées par Jordane, si elles en avaient l'effet pervers, ne cherchaient pas avant tout à placer des barreaux de cages dorées autour de ses enfants. « Ce n'est pas faute de le t'avoir rappelé. Mais j'ai souvenir d'une petite fille qui préférait le cheval à ses leçons, et le maniement des armes à celui des mots... »

Son ton s'était adoucit. Visiblement, la colère de la Lionne du Roc s'apaisait mieux à l'évocation d'images enfantines, à une époque où il ne comptait que l'éducation et le rang des trois tornades qui lui servaient de progénitures. Pour autant, Jordane restait parfaitement lucide. La situation était délicate, en ce que tout sentiment qu'elle n'imaginait pas autre que sincère entre les deux jeunes gens, ils étaient issus de lignées qui ne pouvaient pas souffrir de s'allier sur le seul prémisse d'amours naissantes. « C'est pour cela que nous avons pris la décision ce soir de briser le silence » Jordane esquissa un malheureux sourire. Décidément, elle avait réponse à tout. Encore fallait-il que la réponse soit à propos. En l’occurrence, bien qu'il fut chanceux qu'enfin la jeune fille se confie, il eut peut-être fallu annoncer les choses bien avant leur dernière nuitée passée dans le Val avant un long moment. « Nous voulions nous éviter les questions, les reproches et l'embarras à nos familles, tant que nous n'étions pas sûr de ce que nous ressentions, de ce que nous voulions pour le futur ... je crois. » « Et à présent ? Vous savez ce que vous voulez ? » La question n'était ni ironique, ni cynique. Si ce soir, Nymeria lui apportait la confirmation que tout ceci n'était pas simple jeu entre deux enfants bien nés, elle était prête à envisager de braver la bienveillance des Dieux qui, au vue des temps qui courraient, n'était pas mince affaire à froisser.

« Je vais te parler franchement. Nous tâcherons ainsi de... comment disais-tu, déjà ? Ah ! Oui. Rattraper le retard...» fit-elle, une pointe de sourire dans la voix. Cependant, il n'était pas bon de parler en plein couloir. « Allons dans ta chambre. Je ne suis pas friande des couloirs et de leurs courants d'airs. » L'allusion était à double sens ; d'une part elle n'avait aucune envie d'attraper la mort, et d'autre part elles n'étaient jamais à l'abri d'être surprises par des oreilles indiscrètes. Aussi, d'un geste de la veilleuse, elle intima à Nymeria de pénétrer dans l'alcôve rassurante de ses appartements. Verrouillant la porte derrière elle, elle posa la veilleuse sur la table qui trônait près de la fenêtre, de laquelle filtrait un rayon de lune qui achevait d'éclairer la pièce. D'un geste impérieux, elle entreprit de défaire le fin corsage de sa fille. Elle irait se coucher. Cependant, une femme se devait de se préparer pour la nuit. Un temps que Jordane comptait mettre à profit pour commencer une petite leçon improvisée. « Comme tu as dû le remarquer lors de notre entrevue familiale avec les Stark, le Conclave a fait l'effet d'une bombe sur la scène politique actuelle. Oui, » ajouta-t-elle, en percevant la visible surprise de sa fille « Puisque tu souhaites que je prenne au sérieux vos intentions, à toi et à Ronnel, je te parle franchement. »

Terminant de dénouer le corsage, Jordane acheva de dévêtir Nymeria qui se retrouvait, sans le moindre vêtement, au centre de la pièce tandis que sa mère allait quérir une chemise de nuit qu'elle passa sur le corps nu de sa fille. L'installant face à la coiffeuse, elle entrepris alors de peigner soigneusement les boucles rebelles qu'elle avait au préalable dénouées de son chignon. « Si j'avais eu connaissance de ces intentions, nous aurions, ton père et moi, joué une partie bien différente que celle que nous avons jouée. La situation étant ce qu'elle est, je tâcherai d'abattre une nouvelle carte lors de mon séjour à Winterfell. Le mariage de Lyman est l'occasion d'inviter nombreuses têtes couronnées. Et Sharra Arryn ne refusera pas mon invitation. Je lui parlerai. »
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MessageSujet: Re: [Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]   Mer 2 Mar - 9:45

« Et à présent ? Vous savez ce que vous voulez ? »
« Oui. »

La réponse avait été donnée sans une once d'hésitation, formée d'un simple mot. Nymeria savait bien que si sa mère avait besoin de détails elle n'hésiterait pas à en demander, voire en exiger. Mais il semblait à l'esprit fatigué de la jeune fille que tout avait déjà été dit, même si pendant un instant cela n'avait pas été pris au sérieux.
Il lui sembla qu'enfin, ses membres pouvaient relâcher toute la tension accumulée depuis le début de l'après-midi. Cette journée avait été folle, intense, émotionnellement difficile. Et ce n'était pas encore tout à fait fini.


« Je vais te parler franchement. Nous tâcherons ainsi de... comment disais-tu, déjà ? Ah ! Oui. Rattraper le retard...»[/b]

La jeune fille n'en revenait pas. Ainsi il y avait une façon de parler à sa mère qui ne se finissait pas en dispute et en punition puérile. Elle dégagea d'un geste lent son visage des mèches rebelles qui lui tombaient devant les yeux. Relevant les yeux, elle vit sa mère se rapprocher d'elle, sans toutefois la sentir menaçante. Avec des gestes secs, la reine tirait sur les liens qui retenaient son corsage, pour le dénouer. Nymeria se laissa faire, pour une fois sans rouspéter. Elle semblait avoir enfin compris qu'il y avait des moments pour se rebeller, ainsi que des façons, et que dans d'autres moments il fallait savoir se taire. Et puis elle aurait été sotte de gâcher un de ces rares moments qu'elle lui consacrait, ces derniers temps.
Le miroir posé sur la coiffeuse en face d'elles lui renvoya l'image de la reine, concentrée et sérieuse, qui reprenait la parole tout en continuant de la déshabiller.


« Comme tu as dû le remarquer lors de notre entrevue familiale avec les Stark, le Conclave a fait l'effet d'une bombe sur la scène politique actuelle. Oui, » ajouta-t-elle, en percevant la visible surprise de sa fille « Puisque tu souhaites que je prenne au sérieux vos intentions, à toi et à Ronnel, je te parle franchement. »

Après une courte hésitation, Nymeria répondit d'une voix mesurée.

« Mère, je ne demande qu'à apprendre la politique, les rouages d'un royaume, comment gérer les gens, les ressources. S'il vous plait, épargnez-moi juste le genre de leçons qui ... »Une courte pause, comme si elle cherchait ses mots.« Je deviendrai folle si je ne deviens qu'un objet à exposer, sans autre utilité que son apparence. »

La jeune fille ne put réprimer un frisson lorsque l'air frais de la pièce lui mordit les chairs. Refermant les bras sur ses formes - bien présentes mais encore en construction, parvenant à peine à masquer sa peau de lait qui était loin d'être aussi immaculée que ce que celle d'une princesse de son rang devrait être, elle espéra que la pénombre cacherait à sa mère les tâches plus sombres qui marquaient ses jambes et ses bras. Les hématomes avaient eu un peu de temps pour se résorber, mais il en restait encore de faibles traces.
Soudain, une chemise passa au dessus de sa tête, et elle entreprit de passer les bras dans les manches, avant de se faire diriger vers la coiffeuse. Malgré ses gestes toujours un peu secs, Nymeria laissa sa mère défaire sa coiffure puis démêler les longues boucles blondes tout en reprenant la parole.


« Si j'avais eu connaissance de ces intentions, nous aurions, ton père et moi, joué une partie bien différente que celle que nous avons jouée. La situation étant ce qu'elle est, je tâcherai d'abattre une nouvelle carte lors de mon séjour à Winterfell. Le mariage de Lyman est l'occasion d'inviter nombreuses têtes couronnées. Et Sharra Arryn ne refusera pas mon invitation. Je lui parlerai. »

Nymeria ne put retenir un air surpris, et se retourna d'un coup vers sa mère, les yeux brillants. Il lui était difficile de croire ce qu'elle venait d'entendre. Sa mère la soutenait. Un sourire timide mais rayonnant vient ourler ses lèvres, lui donnant l'air de l'enfant émerveillée et énergique qu'elle était encore il y a peu de temps.

« Mère ... merci. »
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MessageSujet: Re: [Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]   Mer 2 Mar - 13:56


Le « Oui » qu'elle avait éructé sans l'ombre d'un doute avait été happé par la volonté maternelle. Mais elle avait entendu suffisamment pour savoir que Nymeria, du haut de sa petite taille, ne démordrait pas de son projet. Aussi, plutôt que de perdre du temps à lui imposer une volonté différente, et risquer de s'aliéner plus encore sa benjamine, Jordane tentait une approche différente. Derrière le masque impassible de la souveraine régie par la raison d’État se cachait une mère. Une mère qui supportait de moins en moins devoir se battre contre ses enfants qui ne s'élevaient pas à la hauteur de ses ambitions, plutôt que de leur apporter une quelconque forme d'amour. La seule avec laquelle elle avait réussi à créer une complicité, c'était avec Megara. Mais à quel prix ? Si la jeune fille n'avait pas été dans sa délicate situation, il y avait fort à parier que jamais elle n'aurait noué les liens d'aujourd'hui avec sa mère. Quant à Lyman, il était déjà un homme. Un jeune prince qui avait bien d'autres choses à faire que de se laisser attendrir par quelque effusion sentimentale. Au moins, avec ses filles, elle souhaitait préserver quelques temps encore, ne fusse que quelques semaines seulement, le mince fil invisible reliant un giron à la vie.

Tandis qu'elle brossait les longs cheveux blonds, Jordane réfléchissait. La présence de Sharra Arryn à Winterfell devait de toute façon servir de prétexte à une nouvelle entrevue entre les deux femmes. La Reine du Roc, forte de son alliance avec le Nord, ne comptait pas s'arrêter en si bon chemin, et ouvrir des négociations avec le Val s'inscrirait dans le prolongements de liens noués voilà deux ans. Si les Eyriés avaient été le théâtre des amours naissants entre Nymeria et Ronnel, peut-être y avait-il là une carte à jouer. En aucun cas était-il question de prendre la Reine Arryn en traitre, et de l'embuscader par une proposition de mariage sortie de nulle part. Aussi, Jordane décida qu'avant même le mariage de Lyman, elle organiserait le lendemain une entrevue avec Sharra. Elle se devait de la mettre au courant, au risque de compromettre les aspirations de sa benjamine. Si elle disposait d'un délai de réflexion suffisant, la Reine du Val serait certainement plus encline à discuter lors d'une seconde entrevue, cette fois-ci à Winterfell.

« Mère, je ne demande qu'à apprendre la politique, les rouages d'un royaume, comment gérer les gens, les ressources. S'il vous plait, épargnez-moi juste le genre de leçons qui ... » La brosse resta en suspend. Réalisant peut-être qu'elle avait commis une erreur en discutant de nouveau, Nymeria se tut. Elle semblait chercher ses mots, choisissant scrupuleusement pour ne pas froisser sa mère. « Je deviendrai folle si je ne deviens qu'un objet à exposer, sans autre utilité que son apparence. » Avec un petit rire, Jordane reposa la brosse. Contournant la chaise sur laquelle était assise sa fille, elle s'adossa à la coiffeuse, croisant ses bras sur sa poitrine et observait d'un regard perçant la jeune fille. « T'ais-je déjà dit que tu ressembles de plus en plus à ton père ? Lui aussi adore me contredire, en tentant de m'attendrir. A vous entendre tous les deux, on dirait que je suis un monstre ! » Reprenant l’ustensile de beauté, elle reprit son travail, lustrant avec application la douce chevelure à l'instant encore emmêlée. Tout à sa besogne, la Reine du Roc tentait de se montrer aussi pédagogue que possible.

« J'ai l’impression que tu ne comprends pas encore quelque chose d'essentiel, ma fille » commença-t-elle doucement, s'efforçant de ne pas se montrer trop sévère. Après tout, plus elle se montrer compréhensive, moins Nymeria ne serait tentée de se rebeller. « Tu es une fille, c'est un fait. Je suis Reine, mais je n'ai pas le pouvoir de changer cela. Dans notre monde, une femme ne décide pas. Elle obéit. On attend d'elle d'être belle, aimable et vertueuse, et d'être accomplie. » Comme elle avait détesté les sermons de sa mère jadis, et comme il était curieux que cette nuit, elle employait les mêmes pour calmer les ardeurs de la rebelle qu'elle était autrefois. « Le monde est un grand bal, où chacun avance masqué. Ce n'est pas parce que tu apprends à broder ou à danser que cela t’empêche de réfléchir et de t'affirmer. Les convenances sont le plus beau travestissement, comprends-tu ? C'est une façade, une protection. Plus on te croira sage, plus tu seras dangereuse. »

Elle semblait surprise qu'elle veuille l'aider, e une fois de plus, Jordane sentait une douleur aigüe lui transpercer le cœur. Il n'y avait rien de pire pour une mère de se sentir incomprise. « Mère ... merci. » « Tu n'as pas à me remercier. Rien n'est encore fait ! Et puis après tout, je suis ta mère... »
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MessageSujet: Re: [Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]   Lun 25 Avr - 13:09

« Le monde est un grand bal, où chacun avance masqué. Ce n'est pas parce que tu apprends à broder ou à danser que cela t’empêche de réfléchir et de t'affirmer. Les convenances sont le plus beau travestissement, comprends-tu ? C'est une façade, une protection. Plus on te croira sage, plus tu seras dangereuse. »
« Je crois que je comprends, mère. »

La jeune fille retomba dans le silence, emportée dans le tourbillon des émotions intenses de la soirée, des paroles ô combien importantes qui avaient été proférées par tous, par ce que cela pouvait signifier pour sa vie future, pour ses projets, mais surtout pour son présent.
Ses mains posées à plat sur ses genoux recouvert du fin tissus de la chemise de nuit, Nymeria se laissa faire par sa mère, appréciant le moment partagé, trop rare ces derniers temps.

« Mère, je vous assure que je comprends. A notre retour dans l'Ouest, je ne fuirai plus. Je ferait tout ce qu'il faut, tout, pour devenir celle que Ronnel et le Val méritent. »

Relevant les yeux pour chercher ceux de sa mère, elle espéra que celle-ci constaterait sa détermination, et sa volonté d'aller jusqu'au bout. Après tout, si elle voulait pouvoir choisir le chemin qu'elle emprunterai à l'avenir, Nymeria devait être prête à sacrifier l'enfance, et accepter les responsabilités et les poids de la vie d'adulte. Et ce soir, elle pensait être prête. Enfin.

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MessageSujet: Re: [Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]   Mar 26 Avr - 10:41


Un long silence avait suivi les dernières paroles de la Reine. Dans la nuit qui pointait déjà sensiblement vers l'aube, il amplifiant la rareté de l'instant, alors que celle qui s'était construite souveraine, s'était accordé le luxe de n'être à nouveau qu'une mère. Une lionne protégeant son lionceau, le mettant en garde contre les dangers du monde et le formant à son image. Tout cela guidée, moins par un instinct de survie de leur race, que par l'amour viscérale, incommensurable et exclusif que seules celles qui donnent la vie peuvent estimer. Une maternité que Jordane n'exposait pas, ou alors sous une forme plus froide que celle démontrée ce soir-là. Ô comme parfois, elle était lasse ! Lasse de porter le masque impassible et intransigeant que la Couronne de l'Ouest exigeait d'elle, lasse d'être toute puissante mais prisonnière de sa charge. Et puis, la soif de pouvoir la rattrapait. Elle pouvait essayer de se mentir autant qu'elle le souhaitait, Jordane aimait le pouvoir. Elle s'en était rendue compte peu de temps après avoir épousé Loren. Cela dépassait les richesses, la suprématie nobiliaire. Le Pouvoir... « Je crois que je comprends, Mère. » La voix de sa fille la tira de sa méditation. Vraiment ? Comprenait-elle vraiment ? Elle aussi serait Reine, elle aussi s'apprêtait à connaitre le Pouvoir, ce qu'il pouvait produire au fond d'un être. Le regard dubitatif de Jordane se reflétait dans le miroir de la coiffeuse, cependant qu'elle reposait la brosse. « Allons, cela suffit. Il est grand temps que tu ailles te coucher ! »

Revêtir le masque. Avant que le flot de sentiments ne prenne le dessus et alors, elle serait perdue. Elle ne pouvait pas flancher maintenant ! Trop de choses étaient en jeu, trop de combats étaient encore à mener pour qu'elle ne perde son énergie dans l’inquiétude. D'un pas rapide, elle alla jusqu'au lit pour en défaire les couvertures, glissant entre les draps la bouillotte qu'elle avait au préalable réchauffée dans le feu de la cheminée. « Nymeria ! J'ai dit au lit ! » La jeune fille restait cependant assise, les yeux rivés sur ses mains blanches toujours posées sur ses genoux. Et puis, doucement, elle les levait en sa direction. « Mère, je vous assure que je comprends !  » La détermination brulait le bleu vibrant de ses prunelles, d'ordinaires plus défiante à l'égard des conseils maternels. Mais d'ordinaire, Nymeria ne répondait pas. Elle courbait l'échine, la mine fermée et boudeuse. Ce soir, il y avait quelque chose de différent. « A notre retour dans l'Ouest, je ne fuirai plus.  » Jordane se fit alors plus droite, délaissant les draps et le lit. Elle fouilla du regard celui de sa fille, cherchant à déceler qui de l'enfant ou de la femme parlait à cet instant. Se pouvait-il qu'en cette nuit noire de Goëville, enfin, la seconde Princesse du Roc se montrait ? « Je t'écoute. » dit-elle simplement.

En face d'elle, elle voyait une Nymeria solennelle. « Je ferai tout ce qu'il faut, tout, pour devenir celle que Ronnel et le Val méritent. » Avec un sourire, Jordane s'approcha de sa fille et posa sa man droite, puis ses lèvres sur sa couronne de cheveux blonds soigneusement peignée. « Je n'en ai jamais douté. Alors, n'en doute pas non plus. » Et dans un geste gracieux, Jordane quittait les appartements de sa fille, le cœur gonflé de fierté.
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MessageSujet: Re: [Flashback] “C'est la confrontation avec les autres qui vous permet de dévoiler toutes vos facettes.” [Tour II - Terminé]   

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