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Victory in the North [Tour II - Terminé]
MessageSujet: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Lun 30 Nov - 18:59

Revoir Winterfell nous avait tous fait quelque chose. La joie d'avoir survécu au combat avait vite été teintée de colère et de remords, à cause de toutes les choses par lesquelles nous étions passés. Beaucoup s'étaient enivrés après le carnage, et on m'avait conté les pâles visages de ceux qui étaient chargés de crucifier vivants les sauvageons qui avaient été pris vivants, des milliers d'entre eux. Nous avions mis plusieurs jours à nous rassembler, à nous réorganiser. Je me surpris, entre deux périodes d'inconscience, de penser à ce que nous traînerions derrière nous, devant l'Histoire et devant les Dieux. Qu'importe. Nous avions fait ce qu'il fallait. Je passais ainsi plusieurs jours, pris de fièvres violentes, alors que les quelques praticiens et mestres suivant l'armée faisaient tout pour me sauver. La flèche n'avait pas percé le poumon, mais avait brisé plusieurs côtes en enfonçant mon armure, et les côtes s'étaient très mal fracturées, frottant contre mes poumons. Ils craignèrent plusieurs jours que mes os ne finissent par percer mes organes, mais ce ne fut pas le cas. J'entendais leurs hurlements, la nuit, leurs appels à l'aide, alors que je restais, tremblant, en sueur, dans mon lit, mordant ma propre langue pour m'empêcher de hurler. Puis, sitôt les premières craintes passées, l'infection. J'étais un homme vigoureux, grand et robuste. Et pourtant, je m'affaiblissais du fait des terribles fièvres. Mes songes étaient peuplés d'hallucinations. De ma femme. De mes frères, tous. Parfois en me réveillant, j'avais la visite de mes fils ou de mes généraux, parfois je me trouvais à parler seul, me rendant compte après coup que mes interlocuteurs étaient déjà morts et n'étaient plus que les fruits d'illusions. Je me stabilisais très vite.


Pendant les derniers jours de notre présence ici, je veillais comme je le pouvais aux soins apportés à nos blessés. Je signais des documents pour réquisitionner de nouvelles montures pour nos cavaliers ayant perdu les leurs. Je faisais acheminer des fournitures, veillais à l'approvisionnement des dépôts sur le chemin du retour. Et surtout, je passais mon temps avec mes hommes de troupe, partageant leur bouillon, leur bière. Nous discutions de la bataille. Ils avaient tous eu connaissance de ma blessure, et cela avait contribué à un morne moral, entre ça, leurs amis tués et le carnage dont nous étions responsables. Mais je leur montrais que même plus faible, les joues creusés et l'esprit endeuillé, je restais là, avec eux. Jusqu'au bout. Je ne suis Roi que parce qu'ils me suivent et ne me combattent pas. En quittant la plaine, je ne marchais toujours pas sans ma canne. La hampe de la bannière d'une de nos unités d'hallebardiers, anéantie par les sauvageons car isolée des autres troupes nordiennes. Le geste m'avait fait acclamer, et ainsi je n'oublierais pas. Les mestres disaient que la fièvre était passée, mais qu'elle m'avait rongée de l'intérieur alors que mon corps luttait contre l'infection et les esprits malins ayant pénétré la plaie. La flèche devait être imprégnée de quelques saletés, disaient-ils comme pour se justifier. J'avais perdu du poids. Mes muscles ne répondaient plus comme avant et je toussais souvent, la poitrine particulièrement endolorie, encore marquée de gros hématomes. Je devais me refaire une santé, mais je n'avais pas encore le temps de ça.


Nous rentrions à la maison.


Il fallut une dizaine de jours pour couvrir la route. Une dizaine de jours de supplices, sanglé à mon propre destrier. Dix jours à ressasser nos pertes, dont chaque visage connu raffermissait ma résolution à me battre encore et toujours. Je subissais la chevauchée le jour. Je rêvais la nuit, rêves particulièrement agités. Une seule chose m'obsédait en toile de fonds de toutes les horreurs que je voyais et entendais. Harren Hoare. Je ressassais ma rancoeur et fomentais ma vengeance. Pas une fois je n'allais m'enquérir du sort de Mathie. Conrad m'informa qu'elle était en vie, avec le cortège des suivants civils. Je n'allais pas la voir. Je pensais à Brandon, dont je ramenais le corps embaumé pour reposer, exception nouvelle pour un bâtard, dans la crypte de Winterfell, dans le caveau de nos frères.


Nous arrivions donc en vue de la capitale. L'armée poussa une exclamation et de part et d'autres de la porte principale, de grandes bannières frappées du Loup-Garou encadraient l'entrée. Les sangles m'attachant à mon cheval étaient déjà masquées par mon ample cape de peaux de loups et j'étais déjà habillé de frais, en mailles, cuirs noirs et cape ornée de mon blason, j'avais pris les devants. La troupe avait déjà été préparée par mes sergents et prévôts; les casques et les mailles polies, chevaux brossés la veille, tous se mirent un peu d'eau sur le visage et les conversations se firent plus légères et rieuses dans les rangs. Puis, le faste de l'accueil. Des pétales de fleurs blanches jetées sur notre passage, les acclamations de la foule, qui salue l'armée qui défile en colonne dans les rues jusqu'au fortin, tambours et trompettes ouvrant la marche de chaque division de l'armée. Je souffrais de mon maintien forcé pendant des heures, et je restais d'humeur assez fermée alors que tous se réjouissaient, que ma noblesse venait renouveler ses serments. Je disparaissais un moment avec Jeyne, pour lui conter la situation, puis avec mes fils, pour leur rendre les honneurs devant la troupe. J'assistais à l'enterrement de Bran. Visage toujours fermé, uniquement accompagné des compagnons d'armes de mon frère.


Le banquet qui suivit fut particulièrement festif. Il y eut des moments d'émotion, quand un de mes hérauts conta la bataille et le sacrifice de tant de nordiens. Puis, la musique et la fête prirent le pas. Les guerriers et nobles revenus de guerre s'abandonnaient devant le sourire et les pas de danse des femmes, mais j'étais las, n'échangeant que quelques mots avec mes proches. En vérité, je n'en pouvais plus. La journée avait été éprouvante, des heures de chevauchée, puis des heures debout, j'avais du mal à respirer. Je me sentais vieux, dépassé. Mais ma volonté était forte. Quelques semaines d'ici au mariage, et à force de travail et d'entraînement, je me jurais de retrouver ma santé, ma forme, ce que j'estimais ressortir de mon prestige. D'une partie en tous cas. Je prenais congé de la tablée royale en m'excusant, indiquant que cette nuit appartenait aux jeunes héros.


J'avais prévenu la Reine du Roc quelques heures plus tôt, lors de nos retrouvailles toutes protocolaires, que je souhaitais m'entretenir avec elle le soir-même, dans mes appartements privés.


Y arrivant, j'inspirais à pleins poumons, et la douleur n'effaça en rien le plaisir de retrouver mon foyer. J'avais envie de m'écrouler sur mon vaste lit couvert de lourdes couettes et de fourrures cousues, et d'y dormir jusqu'à ce que les Anciens Dieux viennent me chercher. l'endroit sentait le frais. J'étais à la maison. Pour combien de temps? Un garde toqua et m'annonça la Reine du Roc. Je me retournais avec difficulté, m'appuyant sur ma canne improvisée.



| Bonsoir, Majesté. Je suis désolé si cette invitation peut vous paraître précipitée, voire cavalière. Mais je suis de retour et nous avons quantité d'affaires à gérer et certaines ne peuvent souffrir aucun délai. Je suis sûr que vous devez avoir quantité de questions, même si je gage que votre fils a déjà dû vous abreuver de détails dès notre retour, sur le déroulement des opérations. |





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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Lun 30 Nov - 23:47

« J'espère que Votre Grâce se plait dans le Nord. » La bise grelotante incrustait de fins grêlons dans sa peau de nacre, tandis qu'au dehors, rien ne distinguait la terre du ciel, tant le camaïeu de blanc et de gris brouillait sa vue. D'un geste gracieux, quoique dégoûté, la main chaudement gantée resserrait fermement les fourrures délicates autour de sa nuque fragile. Le froid commençait à percer ses os, et elle craignait de se figer sous son mordant. Malgré le crépitement des braises revigorées dans l'imposante cheminée, il lui semblait que la chaleur ne venait que doucement à elle, ce qui eut raison de ses égards royaux auxquels elle accoutumait ses interlocuteurs. Un rictus gercé accentua alors la pâleur de ses traits. Se plaire dans le Nord ? Cette vieille femme avait une singulière image du séjour d'une sudiste loin, bien trop loin de ses côtes natales. Entre les lèvres légèrement bleues, la voix de miel raclait péniblement contre les parois de sa gorge qu'elle devinait légèrement enrouée. « Oui. Un pays charmant, en vérité.  » Le ton sec et ironique eut raison des derniers efforts de la femme de chambre, qui depuis plus de trois semaines, tentait de rendre ses couleurs au teint d'ordinaire si éclatant de la Reine du Roc. Mais malgré le peu de sollicitude dont cette femme, connue pourtant pour son sens légendaire de la diplomatie, faisait preuve, il était difficile de lui en vouloir pour autant. Après tout, elle n'était pas née ici, et elle se demandait intérieurement si elle-même n'aurait pas eu la même réaction sous le soleil de Castral-Roc. Comprenant non sans mal que La Lannister lui signifiait congé sans grande cérémonie, elle déposa près d'elle l'infusion qu'elle lui avait fait chercher, et quitta dans un dernier grincement de chêne ses appartements privés. Ce ne fut que lorsqu'elle s'était assurée que le pas trainant quittait définitivement le couloir qu'elle éructa un brin de reniflement.

Indéniablement, Jordane était tombée malade. Rien de grave, et rien qui n'empêchait la Souveraine de l'Ouest de s'acquitter de ses devoirs de future belle-mère comme elle l'entendait, c'est à dire en grande pompe et non sans étaler autour d'elle la richesse de son pays. Dès le premier pied posé en terres des loups, elle s'y était jurée. Mais il n'y avait qu'à observer de plus près la démarche un rien plus traînante que d'habitude de la Lionne de Castral-Roc, ou encore sa taille plus mince que jamais pour comprendre qu'elle n'était pas femme à résister bien longtemps au climat du Royaume des Stark. Certains natifs s'amusaient de cette grande dame enveloppée sous des montagnes de drapés chauds, fleurant bon la cannelle et autres épices qui venaient chatouiller son odorat obstrué. Elle s'imposait elle-même les promenades le long du Bois Sacré, de peur qu'une posture trop statique ne la confonde aux glaces gisant tout en haut des tours du château. Un petit cortège personnel ne la quittait jamais, consciente que la chaleur d'un groupe valait mieux que tous les autodafés. Ou bien n'était-ce qu'un énième stratagèmes pour lui rappeler ses roches dorées, tant la simplicité un rien rustique de Winterfell lui renvoyait l'image de tout ce qu'elle détestait ? Ou bien était-ce encore parce que ce pays l'avait pour la première fois depuis sa naissance arraché de sa chair, son sang, son fils ? Les termes du contrat passé avec Torrhen Stark, elle les avait elle-même proposés. Et pourtant, dans le recul enneigé des derniers jours qui lui semblaient éternité, elle s'était prise quelque fois à regretter. Regretter d'avoir donné en gage de sa bonne foi son fils comme chair à bataille dans une guerre des plus nordiennes, où les Lannister n'avaient ni intérêt ni vengeance à restaurer. Dans ces conditions, et ce plus que jamais, malgré le froid et l'air rude qui lui tranchaient les poumons, Jordane était bien résolue à demeurer droite et fière, dans l'attente du retour de Lyman et des quelques centaines de ouestriens partis avec lui. Eux aussi, à n'en pas douter, devaient trouver le Nord hostile et peu en adéquation avec les plages de sable blanc de Port-Lannis.

Cependant, Winterfell s'était démontrée hôte parfaite. On avait quelque peu redouté les excentricités d'une souveraine habituée au grand luxe, aux fastes déployés, aux grands ballets d'étiquette dont Jordane mettait tant d'honneur à ce qu'elle soit respectée. On avait craint les exaspérations félines de leur invitée, qui à peine arrivée, s'était montrée bien réservée, aussi bien à l'égard de ceux qui faisaient vivre la forteresse ancestrale des premiers souverains de Westeros, que de celle qui en l'absence du Roi du Nord, officiait pour respecter la tradition qui exigeait qu'il devait toujours demeurer un Stark à Winterfell, et ce même en tant de guerre. Pourtant, sa retenue n'était que feinte. Bien décidée à profiter de cet exile pénitent, elle s'était adonné au passe-temps singulier d'observer les moindres faits et gestes de Jeyne, qui d'une main affirmée bien qu'un peu tremblante, gérait le domaine avec un talent certain. Jordane riait elle-même de sa surprise. Était-elle devenue si exigeante qu'elle estimait que la valeur se devait nécessairement d'attendre le nombre des années ? Sa vanité, sans doute, avait achevé de la persuader que dans tout Westeros, aucune femme n'était capable de supporter le poids de tout un pays entier pendant que le suzerain courrait l'aventure à la recherche d'une gloire militaire aussi dangereuse qu'incertaine. Mais il fallait croire que cette union singulière des Lions et des Loups était prédestinée, à voir avec quel froide intelligence, la jeune princesse s'acquittait de ses devoirs de châtelaine. Et si elle ne le lui en avait pas parlé, c'est que le respect de La Lannister se gagne dans le silence, naturellement.

Et puis enfin, le retour. Elle avait appris non sans terreur les blessures de Lyman, et se languissait des secondes qui la séparaient de son fils. Son orgueil royal de le savoir victorieux avait quelque peu flanché devant l'inquiétude maternelle quasi maladive, qui l'avait poussée toute une nuit à prier les Dieux. Et lorsqu'enfin dans l'intimité, elle avait pu serrer son enfant contre son sein, le mécanisme de son monde s'était remis à tourner sur le même rythme d'autrefois. Pour l'heure, il s'agissait d'être présentable, et c'est non sans un haut le cœur qu'elle termina l'infâme breuvage fumant sensé la remettre sur pieds pour se rendre chez le Roi. Torrhen, qui l'avait priée de le rejoindre dans son particulier. Rentré non sans quelques cicatrices, les unes plus profondes que d'autres, il avait lourdement insisté. Ainsi, enveloppée dans une robe du même pourpre que son blason, aux col et manches serties d'hermine, la longue chevelure d'or savamment tressée sur le côté, Jordane s'était faite annoncée en toute discrétion. Et il n'y avait qu'à voir sa face encore sombre des affrontements sanguinaires pour se rendre compte qu'un homme au moins aussi achevé qu'elle s'inclinait respectueusement.
« Bonsoir, Majesté. Je suis désolé si cette invitation peut vous paraître précipitée, voire cavalière. Mais je suis de retour et nous avons quantité d'affaires à gérer et certaines ne peuvent souffrir aucun délai.» Avec un sourire, Jordane lui retourna sa politesse. « Je vous en prie, Sire. A l'heure où nous parlons, les horreurs qui se sont produites valent bien quelques familiarités. Et compte tenu de ce que vous avez enduré, je ne me vois aucunement en position de critiquer un manquement au protocole. » D'un geste assuré, elle s'avança vers lui et d'un geste doux mais impérieux, lui retira la canne qui lui servait d'appui afin qu'il s'assied. « Je suis sûr que vous devez avoir quantité de questions, même si je gage que votre fils a déjà dû vous abreuver de détails dès notre retour, sur le déroulement des opérations. » Trouvant place en face de lui dans un fauteuil, Jordane croisa les mains sur ses genoux. « Je vous avouerai que toute Lannister que je suis, ma première réaction fut celle d'une mère voyant son enfant revenir sain et sauf. Mais bien entendu, nous avons parlé. Je tenais personnellement à vous présenter mes condoléances. J'ai moi-même perdu ma petite sœur Ilithia voici quelques années, et je mesure votre perte. »
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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Mar 1 Déc - 12:57

Je ne savais toujours pas à quoi m'en tenir avec la Lannister. Nous avions pu échanger à d'assez nombreuses reprises, depuis notre rencontre à Goëville, mais cette femme restait pour moi un mystèrre, une inconnue, que ni nos échanges sur le navire qui nous amenait à Blancport, ni nos entrevues privées au château n'avaient pu jeter d'éclairage sur la personne qu'elle était vraiment. Oh bien sûr, je n'étais pas stupide. Barbare, peut-être, mais pas abruti. Je savais fort bien qu'elle avait l'intérêt de ses enfants et de sa famille particulièrement à coeur, en cela la rencontrer n'était pas une déception. Nous parlions un langage que l'un comme l'autre, malgré nos différences, nous étions susceptibles de comprendre. En sus, je comprenais bien sa manoeuvre vis à vis d'Harrenhal et du reste de Westeros. J'étais persuadé que je ne saisissais pas tous les tenants et aboutissants d'une telle manoeuvre, mais j'en comprenais tout du moins l'esprit, à ce qu'il me semblait. Toujours propre sur elle, magnifique mais je ne l'estimais pas apprêtée pour la séduction, mais pour la magnificence incarnée. Elle représentait le pouvoir à l'état brut. Je vis la lionne s'avancer dans la pièce, parée de soiries pourpres et d'atours particulièrement élégants. Elle avait de quoi faire passer n'importe quelle aristocrate nordienne pour une gueuse, car tout chez cette femme semblait savamment calculé pour reflétait sa personne et son prestige, dans toute leur grandeur. Je n'étais pourtant pas intimidé; le faste ne m'avait jamais fait le moindre effet et je savais que mes rudes manières devaient également la prendre de biais. Nous étions semblables, mais tellement différents, que nous nous abordions bien souvent dans un espèce de statu quo social. Je notais, non sans un rien d'amusement, que la Reine ne niait pas mes manières cavalières. Son geste de "m'aider" me parait étrange, inhabituel. Nous n'avons d'ordinaire aucune proximité d'aucune sorte, bien qu'une certaine compréhension mutuelle se soit installée entre nous.


| Je vous remercie, ma Dame, pour votre sollicitude et pour votre aide. J'ai bien peur de n'être plus de première jeunesse et d'avoir sacrifié un peu de ma santé pour notre sécurité à tous, mais j'ai bien peur que ce genre de don de soi vous est plus que familier. Je suis également ravi que vous commenciez à vous accoutumer à nos manières, sans doute plus souples qu'au sud du Neck. |


Un observateur extérieur n'y aurait vu que de la politesse, mais la belle souveraine comprendrait aisément que je la taquinais, dans un verbe moins rigide et moins officiel que d'ordinaire. La Reine du Roc s'installe dans le siège en face du mien, à proximité de l'âtre qui diffuse lumière et chaleur dans toute la pièce. Qu'il était étrange d'y revoir une reine assise; plus aucun sang aussi noble ne s'était assis là depuis huit ans. Cette seule constatation me rappela à mes fantômes, mais je chassais ce trouble fugace en entendant les paroles de ma vis-à-vis. Qui me replongent face à mes fantômes. Décidément.


| Je vous remercie donc et pour votre sollicitude et pour votre compassion, ma Dame. J'ignorais que vous aviez une soeur et suis désolé d'apprendre sa perte. L'Ouest devait plus encore mériter sa réputation deux richesses, avec deux joyaux tels que vous. |


Je tenais à rendre cette discussion infiniment moins formelle que les précédentes. La guerre devait rapprocher les peuples ou les détruire, et il était temps de faire les efforts que l'Histoire attendait de moi. Tendant le bras, je saisis une vieille bouteille poussiéreuse de derrière l'un des deux loups sculpté de chaque côté de ma cheminée. Je la débouchonnais et en humais le parfum, une vieille liqueur du mestre de feu mon père, gardée pour quelques rares occasions particulières. J'en tirais, du côté, deux godets d'or finement ouvragés.


| J'ai bien peur que pour fêter pareille victoire, nos habitudes un peu frustres ne risquent d'égratigner un peu plus les vôtres, mais après la bataille, aucun raffinement n'égale celui d'un peu de paix et de simplicité. Vous êtes libre de refuser; je n'en prendrais pas ombrage, mais je ne peux moi-même déroger à de vieux serments de jeunes loups impétueux. |


Je proposais l'un des deux contenants à mon égale. Voyons sa réaction. Toutefois, je ne mentais sur quoi que ce soit. Après notre première guerre, Rickard, Weyton, Ryman, Brandon et moi avions trinqué aux disparus et ayant pris conscience de notre propre vulnérabilité, avions décidé de rendre honneur aux trépas de nos frères en trinquant à leur mémoire. La bouteille était bien entamée, depuis le temps, malgré sa large contenance. De toute la portée de Loups dont j'étais issu, j'étais aujourd'hui le dernier.


| J'ai quoiqu'il en soit l'honneur et le plaisir de vous informer de l'excellent comportement en campagne et à la bataille de votre fils et de sa suite. Ils se sont battus avec honneur et bravoure, et ont compté dans la victoire finale qui fut la nôtre. Je crois cependant, que la conclusion de la campagne, l'exemple que j'ai envoyé à tout Westeros et aux tribus d'Au-Delà du Mur, l'a quelque peu affecté. Je suis assez fier, moi-même, de sa conduite et de celle de mes fils. J'espère qu'avec cette sanglante expérience, ils en retireront beaucoup de sagesse pour leur vie future. J'imagine que la raison pour laquelle j'ai tenu à la présence de Lyman à nos côtés n'a pas échappé à une souveraine aussi vive d'esprit que vous l'êtes, ma Reine? D'ailleurs, puisque nos petits-enfants partageront le meme sens, puis-je vous appeler Jordane? |





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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Mar 1 Déc - 15:49


Ce ne fut qu'une fois assise qu'elle pouvait mesurer à quel point la campagne l'avait éreinté. S'il gardait intacte la carrure imposante, le visage impassible auréolé de ces crinières de jet dont seuls les Stark de Winterfell avaient le gène, il était indéniable que le Roi du Nord était cruellement affaibli. Et si elle avait pris soin de passer sous ellipse les récits des dernières bataille, leur simple évocation étaient de ceux qui la faisaient déglutir péniblement. Bien que nécessaires, les guerres n'étaient pas les moyens de prédilections de la Reine du Roc. Elle s'était employée autant que possible à faire de l'Ouest autre chose qu'une nation belliqueuse, tablant sur ses richesses et ses atouts maritimes bien plus que sur les centaines de garnisons postées le long des côtes. Pourtant, la haine ancestrale qui déchirait le Roc et le Bief ne pouvait faire l'économie de troupes entrainées chaque jour, prêtes à frapper s'il venait à l'idée d'un bieffois ou pire, d'un mercenaire payé par Gardener de s'en prendre gratuitement aux derniers remparts séparant les plaines verdoyantes de ses pourpres reliefs. Au même titre que Loren se lancerait avec toute sa vigueur et sa bravoure dans les combats qui ne pourraient sans doute pas être évités, Torrhen avait dû rendre gorge aux Sauvageons qui, trop souvent, se prenaient la fantaisie d'aller lorgner un peu trop près du côté du Mur. Mais à quel lourd tribut avait-il dû payer ? Quels sacrifices devrait-elle à son tour endurer pour le bien être des siens, de ses sujets, et de son Royaume ? A cette seule pensée, Jordane frissonna. Feignant son incompatibilité avec le climat local, elle porta une main blanche de bijoux à son cou, comme pour retenir les glaires qui manquaient de l'étouffer certaines nuits où les tisanes n'avaient su l’apaiser.

« Je vous remercie, ma Dame, pour votre sollicitude et pour votre aide. J'ai bien peur de n'être plus de première jeunesse et d'avoir sacrifié un peu de ma santé pour notre sécurité à tous, mais j'ai bien peur que ce genre de don de soi vous est plus que familier. » Un sourire franc se dessina alors sur ses lèvres charnues. Sa légende avait-elle voyagé jusqu'au Nord pour que même son souverain s'étonne de ce qu'elle puisse éprouver compassion pour un guerrier blessé de retour chez lui ? A en juger par l'étonnement de son hôte, elle songerait presque à adoucir quelque peu son image. Après tout, elle gardait encore suffisamment de cœur pour s'émouvoir. « Je suis également ravi que vous commenciez à vous accoutumer à nos manières, sans doute plus souples qu'au sud du Neck. » ajouta-t-il du plus poli du monde. Ce qui lui fallut un regard pétillant de malice en retour. Soit, ils étaient deux éclopés au lendemain d'une tempête, cherchant à maintenir stable le gouvernail de leurs intérêts respectifs. Au moins, sur ce point, il n'y aurait aucun malentendu. « Souple, très certainement. Et votre Majesté pourra juger d'elle-même, de part ma voix mélodieuse et mon teint resplendissant, à quel point je suis merveilleusement acclimatée. » fit-elle le plus sérieusement du monde, avant d'éclater de rire. Pour un peu, elle le trouverait presque drôle. Une facette du Roi du Nord à laquelle elle ne s'attendait pas, lui qui lors du Conclave, s'était montré aussi bourru qu'un ours trop vite tiré de son hibernation. Finalement, cette discussion toute en intimité était rafraichissante.

« J'ignorais que vous aviez une sœur, et suis désolé d'apprendre sa perte. L'Ouest devait plus encore mériter sa réputation de richesses, avec deux joyaux tels que vous.  » Il voulait se montrer galant, et détourner l'attention de son deuil. Elle ne pouvait pas le lui en tenir rigueur. Mais la simple mention de la disparition de sa benjamine atteignit Jordane en pleine poitrine, et une violente quinte de toux la prit soudainement. Elle avait elle-même amené le sujet, il était naturel qu'il prenne la balle au bond. Mais même après le temps passé, la douleur restait intacte. De même que le cruel sentiment de culpabilité. Maintes fois, la pauvre petite l'avait suppliée de renoncer à ses inquiétudes constantes. Trop de fois même, elle avait chassé son aîné de sa chambre plongée dans une obscurité quasi totale, les mestres de Castral-Roc jurant que le soleil éclatant de l'Ouest nuisait à la condition de naissance fragile de la jeune fille. Mais déjà, Jordane se montrait têtue. C'était le seul chapitre sur lequel elle avait osé tenir tête à ses parents, à ses frères et à l'image de la parfaite future épousée qu'elle se devait être avant ses noces royales. Combien de fois avait-elle en secret maudit les Dieux pour leur injustice, qui promettait leur plus bel avenir à l'aîné tout en laissant dépérir la plus jeune ? Trop de fois pour que l'évocation de sa mort qui s'était inévitablement profilée au fil du temps, ne fasse saigner un cœur que tous croyaient rétrécit au profit des jeux de pouvoir et des fastes dont la Reine du Roc aimait à s'entourer. Reprenant ses esprits, Jordane racla son fond de gorge et offrit un mince sourire à son hôte. « Comme je vous le disais, je suis merveilleusement acclimatée. Ilithia était condamnée depuis sa mise en monde difficile. Je crains cependant que l'amour fraternel ne m'ait voilé la face au regard de son destin scellé, et que jusqu'à son dernier soupir, j'ai voulu croire en la pitié divine. Mais vous connaissez le dicton » ajouta-t-elle, plus amer peut-être qu'elle ne l'aurait voulu « les Dieux n'ont aucune pitié, et c'est pour cela que ce sont des Dieux. »

Un léger silence s'installa entre eux. D'un air distrait, Jordane tournait son port altier vers la fenêtre. Au dehors, le paysage tout en grisaille laissait peu à peu place à une pleine obscurité. Le Nord avait cela de particulier que la nuit y tombait plus vite, et qu'elle se faisait très sombre. Imaginer les fêtes nocturnes comme on pouvait en donner à Port-Lannis, des rues jusqu'à la plage, était impensable ici tant on y voyait pas plus loin qu'au bout de ses pieds. Elle ne fut tirée de son absence passagère que par le son d'une bouteille tintant contre deux verres, et que Torrhen venait de faire apparaitre presque par magie. Portant un doigt fin contre son menton, elle le regardait faire sans rien dire. Son regard devait sans doute poser toutes les questions, et marquer tous les étonnements du monde, car tut à son affaire, le Roi du Nord ne la perdait pas de vue. « J'ai bien peur que pour fêter pareille victoire, nos habitudes un peu frustres ne risquent d'égratigner un peu plus les vôtres, mais après la bataille, aucun raffinement n'égale celui d'un peu de paix et de simplicité. Vous êtes libre de refuser; je n'en prendrais pas ombrage, mais je ne peux moi-même déroger à de vieux serments de jeunes loups impétueux. » Leva un sourcil mi moqueur, mi provoquant, Jordane se saisit du gobelet scintillant. Humant l'odeur forte, elle pouvait d'emblée constater la perpétuité du millésime. Leva son verre, elle le but d'un trait, sans ciller. La chaleur de l'alcool eut don de revigorer ses membres, sa gorge et son nez. « Mon père a toujours gardé jalousement ses vins rapportés de la Treilles pour honorer nos morts. A moins bien sûr qu'il ne voulait pas gâcher un trésor extorquer à nos voisins par des moyens souvent peu recommandables, pensant tristement que la mort ne le toucherait pas de trop près. Soyez donc sans crainte, je ne suis ni égratignée, et vous doublement non ombragé. »

Reposant son verre, elle croisa à nouveau les mains sur ses genoux. Plus les minutes passaient, plus ils en découvraient d'avantage l'un sur l'autre. Et s'était parfois presque amusant ! « J'ai quoiqu'il en soit l'honneur et le plaisir de vous informer de l'excellent comportement en campagne et à la bataille de votre fils et de sa suite. Ils se sont battus avec honneur et bravoure, et ont compté dans la victoire finale qui fut la nôtre. » Tout naturellement, sa poitrine se gonfla de fierté. Bien sûr que Lyman avait fait ses preuves, et bien sûr qu'il s'était illustré. Il y avait quelque chose de satisfaisant à voir qu'un guerrier de sa trempe reconnaisse la bravoure d'un ouestrien, et qui plus est de sang royal doublé de sa position de futur gendre. Mais Jordane l'avait su dès qu'elle avait entamé les pourparlers avec la maison Stark : pour parapher le consentement d'un homme tel que Torrhen, il lui faudrait prouver la valeur de son fils par la force. Elle avait parié risqué, et l'attente de nouvelles du front lui avait à de nombreuses reprises arraché le sommeil et la saine raison. Heureusement, pour l'un comme pour l'autre, le pari avait été gagnant.« Je crois cependant, que la conclusion de la campagne, l'exemple que j'ai envoyé à tout Westeros et aux tribus d'Au-Delà du Mur, l'a quelque peu affecté. Je suis assez fier, moi-même, de sa conduite et de celle de mes fils. J'espère qu'avec cette sanglante expérience, ils en retireront beaucoup de sagesse pour leur vie future. » « Je le crois également, » admit-elle avec un sourire. « Il est des choses qu'une mère ne peut apprendre à son fils, et des choses qu'une reine ne saurait démontrer à un prince. Je gage de plus que par les temps que nous traversons, l'horreur connue Au-Delà du Mur lui a montré ce à quoi les hommes sont capables. » Comme pour acquiescer, Torrhen fit écho à ses pensées. « J'imagine que la raison pour laquelle j'ai tenu à la présence de Lyman à nos côtés n'a pas échappé à une souveraine aussi vive d'esprit que vous l'êtes, ma Reine? D'ailleurs, puisque nos petits-enfants partageront le meme sang, puis-je vous appeler Jordane? »  

C'était posé si directement, sans avertissement que pour toute réponse, Jordane ouvrit les yeux en grand. Raclant sa gorge à nouveau rapeuse, elle pencha la tête sur le côté. « Ce sera toujours mieux que "La Lannister" » fit-elle espiègle, bien consciente du surnom dont tous l'affublaient, y compris lui. « Sachez cependant une chose : je déteste mon prénom ! » Souriante, elle planta son regard dans le sien. « Je me targue souvent de la valeur de mes enfants, de leur éducation et des ambitions que j'ai pour eux. Nous parlons en ce sens la même langue, alors autant être directs l'un envers l'autre. J'ai plaisir à voir que vous ayez appris à connaitre mon fils. Et j'ai quant à mois découvert en Jeyne une jeune femme digne et responsable. Vous pouvez en être fière. Elle a la carrure d'une Reine. »  
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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Mer 2 Déc - 12:12

Je n'y allais pas par quatre chemins. En règle ordinaire, je parvenais assez aisément à cerner mes interlocuteurs. Mon père disait jadis qu'un Roi n'était bon que lorsqu'il savait juger du coeur des hommes, de ses qualités et de ses défauts intrinsèques. Je savais souvent isoler dans mon discours ce qui pourrait blesser, insulter, ce qui pourrait meurtrir. Parfois, j'utilisais cela par dessein. Ce soir, je sentais que je pouvais aller plus loin que d'ordinaire avec Jordane Lannister. Il y avait quelque chose; nous n'étions plus de simples souverains étrangers qui manoeuvraient en bougeant leurs pions. J'avais provoqué ce rapprochement, sans pour autant en attendre des merveilles. J'avais agi par dessein depuis le tout début. Je connaissais les ambitions Lannister, pas parce qu'ils me les avaient expliquées de manière expresse, mais parce que cela se sentait dans la moindre action du Roc, diplomatique, économique et militaire. Les atermoiements de Loren Lannister à mobiliser ses troupes, sa flotte, à renforcer son royaume... Pour ensuite revenir en arrière, cela signifiait surtout qu'ils attendaient les opportunités de s'élever plus haut, de tirer parti de ce qu'il se passait en Westeros. J'avais donc volontairement adopté la posture du Roi hirsute et opiniâtre que l'on attendait que je sois; la rumeur étant parfois fondée, mais toujours utile. J'avais imposé des conditions, sachant très bien le poids de ce que j'imposais avec l'union entre nos maisons; eux y gagnaient de nouveaux moyens pour leurs ambitions et moi, j'élevais très haut le niveau de sécurité de ce rapprochement. Plus encore, je m'étais montré quelque peu... Manipulateur. Oui, c'était le mot. Je n'avais pas voulu que Lyman Lannister ne "fasse ses preuves"; je savais fort bien que Jeyne, si elle épouserait un lâche ou un incompétent, s'imposerait très vite. Bien sûr, cela me contentait bien plus fortement que le lionceau ne soit un pleutre et qu'il sache faire preuve d'intelligence, de stratégie. Mais le but premier était de le faire saigner pour le Nord. Quand on croit aux Anciens Dieux et à ce qu'ils nous apprennent de l'honneur, de l'âme humaine, certains symboles sont importants. Dorénavant, Lyman Lannister connaissait intimement le Nord; il ne pourra plus jamais se comporter en étranger avec cette terre et ces habitants.


J'avais donc tiré sur la corde pour remplir un certain nombre d'objectifs. Je ne nourrissais aucun remord à cela. Je faisais depuis toujours ce qui était nécessaire, quoiqu'il en coûte. Comme avec Brandon. Il était mort, mais son sacrifice avait servi un but plus grand que lui, plus grand que moi. La Lannister semblait frigorifiée. De mon côté, malgré mes blessures et le reste, je n'étais pas gelé. J'avais l'impression qu'il faisait chaud et doux dans mes appartements. Donnez un simple feu à un Nordien et il aura l'impression d'être riche et en sécurité. Je souris largement, amusé par la répartie de la souveraine sur son acclimatation.



| Bel endroit pour partir en villégiature que mon château, vous en conviendrez. |


Je ne me faisais pas d'illusions non plus sur les attraits du Nord. De gigantesques forêts de pins, des torrents glacés, des bêtes sauvages et des landes d'apparence déserte; cet environnement n'avait pas la magnificence d'un Castral Roc ou d'un Accalmie, encore moins des Eyrié. Mais c'était chez moi. Nous sommes la Terre, ici. Je percutais autrement la souffrance qui était encore aujourd'hui celle de la Reine du Roc, quand j'évoquais sa soeur. Ma vie avait été brisée à chaque fois un peu plus à chaque fois que je perdais un de mes frères, un de ces canailles avec qui j'avais partagé chaque moment de mon existence, jusqu'à leur fin. Nous avions couru les mêmes gueuses, combattu les mêmes ennemis, subi les mêmes punitions. Je souriais doucement en regardant le feu.


| Mes frères ont toujours brûlé leur chandelle par les deux bouts. Il était malheureusement inévitable pour tous les Stark de mourir bien avant de finir grabataire... La mort est notre lot, c'est ainsi. |


C'était d'un fatalisme... Mais d'un autre côté, d'une vérité sans faille. TOut le monde mourrait autour de moi, depuis des années. Mon père, alors que j'étais encore jeune. Ma mère, de chagrin, peu de temps après. Je n'avais jamais compris son attachement pour cet homme véritablement brutal, mais qui nous avait inculqué à tous des leçons aussi violentes que nécessaires, nous montant constamment les uns contre les autres mais nous soudant malgré tout dans les privations et ses exigences martiales. Jordane Lannister me jeta un regard où j'y lisais une certaine complicité, lorsqu'elle accepta de trinquer avec moi, de manière quelque peu intime, bien loin du protocole et des affres de l'étiquette de la cour, même de la mienne. La belle trinque et boit d'une traite l'alcool fort que je viens de nous servir. Sans hésitation. Sans aucun moment d'arrêt ou de pause. Je levais à mon tour mon godet et m'enfilais la vieille Goutte du vieux mestre, savourant ses arômes d'épices et sa chaleur, trompeuse mais réconfortante malgré tout. Je suis de plus en plus amusé par les réactions de la Reine.


| Il me plaît de boire en compagnie si cultivée et qui sait apprécier les bonnes choses, même si je l'avoue sans honte, les vieux alcools de Winterfell n'ont pas le lustre des vins sudiens. J'ai bien peur qu'il ne s'agisse que de fruits locaux fermentés avec des cocktails d'épices qui parfois, réveilleraient les morts... |


Combien de pareilles bouteilles avais-je sifflé avec mes frères? Sigyn avait souvent désapprouvé, surtout quand j'étais ivre avec mes compagnons et que de jeunes femmes se pressaient autour de ma royale personne. Comme si j'étais intéressé. Je repensais à Mathie, maintenant. Combien de fois avais-je bu, avec elle, avant de lui faire l'amour? Je m'étais fait prendre à mon propre piège, car j'avais baissé ma garde. Ce n'était pas tant les conséquences passées et actuelles de sa traîtrise qui me hantaient, mais le fait que si j'avais laissé passer cela, j'aurais pu entrer dans plus grand danger encore et j'encourais peut-être d'autres risques sans le savoir. J'avais été faible et vulnérable. Cela n'arriverait plus, plus jamais. Je ne me remarierais pas par amour; je n'en avais eu qu'un véritable dans ma vie, et un autre, basé sur des mensonges. Il ne restait que cette bonne vieille haine qui flambait dans mon coeur, réchauffant ma vieille carcasse. Je notais la fierté toute maternelle que semblait maintenant nourrir Jordane pour son aîné, qui s'était illustré au combat. Il n'avait pas suivi ses ordres à la lettre, mais j'attendais de mes exécutants une certaine souplesse tactique.


| C'est aussi mon avis. C'était celui de mon père avant le mien. Je l'ai détesté pour les expériences vécues dans mon enfance et ma prime jeunesse, mais je reconnais volontiers qu'aujourd'hui, je serais mort depuis longtemps, ma maisonnée également et mon château en ruines. Je ne sais pas s'il le pressentait, mais mon prédecesseur a fait tout ce qu'il fallait pour me préparer à affronter Harren Hoare et ses ambitions. |


Je commençais à faire glisser la conversation vers des sujets autrement plus sérieux, bien plus tournés vers l'avenir que précédemment. Je ris malgré tout à la réaction de la souveraine, amusée de mon outrecuidance. Je tenais son regard dans le mien, jaugeant de son amusement et lui communiquant le mien. Ce qu'elle me dit sur Jeyne me serra le coeur, pourtant.


| Vous avez pourtant un très joli prénom, qui convient à une Reine telle que vous. Mais ce n'est que l'avis d'un vieux guerrier hirsute. Je vous remercie pour les compliments adressés à ma fille. Plus les années passent et plus elle ressemble à sa Mère, que les Anciens Dieux l'aient prise en pitié. Ma fille a, je le crains, hérité du pire du caractère de ses deux parents mais a réussi à en combiner le meilleur. Surtout du côté de feue la Reine, sa mère. Elle devrait briller à Castral Roc. |


je me repositionnais en grimaçant dans le fauteuil, adoptant une posture plus confortable.


| J'ai jusque-là beaucoup exigé de l'Ouest, vous sanctionnant publiquement pour votre parti pris envers Harren le Noir. Pourtant, vous avez cédé à la moindre de mes exigences, y compris les plus difficiles à concéder. Je vous en remercie et vous retourne la faveur, Jordane. Que désirez-vous du Nord et de moi, maintenant? |


Je nous resservais. Quoiqu'il arrive, nous aurons sans doute besoin de boire.





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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Lun 7 Déc - 13:36


Si on lui avait dit un jour qu'un soir d'été, elle se retrouverait à Winterfell en compagnie de Torrhen Stark, dans une intimité totale et autour d'un alcool du pays, elle aurait sans doute rit aux éclats. Et il y avait fort à parier que d'autres en aurait fait autant. Il était vrai que le tableau avait de quoi surprendre. Deux modèles de souveraineté, et deux modèles aux antipodes l'un de l'autre. Deux personnalités différentes. Mais l'image qu'ils pouvaient offrir à présent était celle de deux êtres entendus, liés par quelque chose qui peut-être, pouvait ressembler à de l'amitié. Une forme d'intelligence l'un envers l'autre, forgée par la force des circonstances. Car enfin, il était du propre de deux famille sur le point de s'unir que patriarche et matriarche devait faire preuve de moins de protocole. Et ce n'était pas pour lui déplaire. Une partie de sa légende présumait de son ignorance d'une quelconque forme de sobriété ; or, dans son particulier, Jordane tronquait volontiers ses bijoux contre la nudité de sa peau, et sa couronne souvent lourde à porter contre la splendeur naturelle de ses longs cheveux blonds. « Bel endroit pour partir en villégiature que mon château, vous en conviendrez. » « Charmant. » fit-elle, avant d'être prise par une nouvelle crise de frissonnements. « J'ai cependant bien peur que si je prolonge encore cette... villégiature, mon époux ne fasse sonner l'alerte au son d'un écrasant "Reviens, Veux-tu" ! » ajouta-t-elle avec un sourire entendu. Non pas qu'elle accouerait comme une vulgaire éprise au son de la sommation maritale. Mais le Roi du Nord venait de pointer du doigt un aspect capital : maintenant que l'Ouest avait payé son dû au Nord, c'était aux Lannister d'être honorés en retour.

Tandis que Torrhen Stark se remémorait, non sans un certain fatalisme, la succession de tragédies qui avait frappé de plein fouet sa maison par un sombre : « Mes frères ont toujours brûlé leur chandelle par les deux bouts. Il était malheureusement inévitable pour tous les Stark de mourir bien avant de finir grabataire... La mort est notre lot, c'est ainsi. » Jordane observait le vieux loup. S'il pensait lui faire peur ou éprouver sa nature féminine en lui contant d'horribles histoires de famille, en lui dépeignant une sorte de malédiction qui s'abattait sur tous ceux qui prenait le risque d'un peu trop s'enchaîner à lui, le Roi du Nord partait du mauvais pieds. Au lendemain des accords prénuptiaux à Goëville, il avait fallu penser vite et bien. Jordane savait pertinemment qu'une alliance avec les Stark n'aurait rien en commun avec celles qu'elle envisageait avec d'autres maisons de Westeros. Il y avait une part de mythe à accepter. Le fait que Lyman ait versé son sang pour une terre étrangère y était pour beaucoup. Le simple fait qu'elle accepte cette condition, pire encore qu'elle la suggère, devait suffire à son interlocuteur pour lui faire comprendre qu'elle était pleinement consciente qu'une union du Loup et du Lion serait unique en son genre. Son étonnement quant à sa capacité de boire était autant de petits signes qu'elle lui envoyait. « Il me plaît de boire en compagnie si cultivée et qui sait apprécier les bonnes choses, même si je l'avoue sans honte, les vieux alcools de Winterfell n'ont pas le lustre des vins sudiens. J'ai bien peur qu'il ne s'agisse que de fruits locaux fermentés avec des cocktails d'épices qui parfois, réveilleraient les morts... » « Par tous les Dieux, mon cher » le coupa-t-elle dans un demi rire  « Je vais finir par croire que vous me prenez pour une incorrigible snobe. Lorsque l'invitation de trinquer est sincère, nul besoin est d'une nécessaire noblesse du breuvage ! »

Il y avait quelque chose de profondément sous-jacent dans cette conversation. Comme si, au fin fond de son être, Torrhen Stark revivait à travers elle les moments forts de sa vie passée. Il était vrai qu'à l'aube de construire un avenir, la rétrospective avait quelque vertu. Mais en ce qui concernait Jordane, les éléments de sa jeunesse ne pouvaient que la conforter. Le couple qu'elle formait avec Loren avait cela de solide qu'il n'était pas romanesque. Bien sûr, la déception des premières années avait été douloureuse, et si elle n'était pas devenue rapidement mère, Jordane aurait peut-être souffert des élans libertins de son époux. Mais si ce dernier avait un sens libéral du devoir politique, l'évidence de la réussite de leur devoir conjugal parlait pour elle. Aussi, elle ne se faisait aucune illusion sur le bonheur de Lyman et de Jeyne. D'ailleurs, son œil rompu aux exercices d'observation sentait monter chez les deux jeunes gens une attirance indéniable, qui ne laissait présager que de beaux fruits. Pour le reste, elle avait appris à son fils tout ce dont il pouvait avoir besoin pour mener son peuple d'une main aussi élégante que forte. Son expérience dans le Nord l'en grandirait, c'était certain. « C'est aussi mon avis. C'était celui de mon père avant le mien. Je l'ai détesté pour les expériences vécues dans mon enfance et ma prime jeunesse, mais je reconnais volontiers qu'aujourd'hui, je serais mort depuis longtemps, ma maisonnée également et mon château en ruines. Je ne sais pas s'il le pressentait, mais mon prédecesseur a fait tout ce qu'il fallait pour me préparer à affronter Harren Hoare et ses ambitions. » Torrhen semblait répondre à ses pensées, non sans faire allusion à ce qui s'était passé avant la campagne. Le sourire résolument poli et silencieux de Jordane ne se faisait que plus grand.

« Vous avez pourtant un très joli prénom, qui convient à une Reine telle que vous. Mais ce n'est que l'avis d'un vieux guerrier hirsute. » « Une Reine telle que moi ? Allons, brisons-là les flatteries. Je maintiens que j'ai été nommée sous l'influence du goût désastreux de mon père, qui n'avait de parenté avec l'élégance que le mariage contracté avec ma mère. » Le ton était à l'humour, mais il était néanmoins vrai qu'elle n'avait jamais eu grande affinité avec son patronyme. Il avait quelque chose de rude, d'impérieux et de froid auquel elle répondait certes à merveille en tant que souveraine. Mais sa vanité toute féminine aurait préféré une consonance plus douce et sensuelle. « Je vous remercie pour les compliments adressés à ma fille. Plus les années passent et plus elle ressemble à sa Mère, que les Anciens Dieux l'aient prise en pitié. Ma fille a, je le crains, hérité du pire du caractère de ses deux parents mais a réussi à en combiner le meilleur. Surtout du côté de feue la Reine, sa mère. Elle devrait briller à Castral Roc. » Franchement surprise, Jordanne haussa un sourcil. Briller ? La petite recelait de qualités, c'était indéniable. Mais pouvait-il sans pudeur se vanter du potentiel filial sur des terres dont son interlocutrice était maitresse ? « Votre enthousiasme est touchant, mon cher. Son Altesse votre fille est tout ce qu'une belle-mère peut espérer. Permettez-moi cependant de confronter sa belle image à la pratique. »

Ils entraient dans le vif du sujet. Le tribut de l'Ouest était payé, au Nord de lui rendre la pareille. D'ailleurs, Torrhen en était conscient. Elle pouvait lire dans son regard qui tenait le sien depuis le début qu'il ne doutait pas qu'elle passerait un temps infini à l'écouter sur ses coutumes, les histoires de bataille ou encore le souvenir enchanteur d'une épouse lointaine. Et il savait aussi qu'il ne fallait pas trop s'amuser de sa patience. « J'ai jusque-là beaucoup exigé de l'Ouest, vous sanctionnant publiquement pour votre parti pris envers Harren le Noir. Pourtant, vous avez cédé à la moindre de mes exigences, y compris les plus difficiles à concéder. Je vous en remercie et vous retourne la faveur, Jordane. Que désirez-vous du Nord et de moi, maintenant? » Il venait de la resservir en liqueur. Cette fois-ci cependant, elle décida de lui faire honneur en prenant soin de boire lentement et de laisser le feu de l'alcool descendre le long de sa gorge pour réchauffer ses plus timides entrailles. « Vous m'étonnez, Torrhen. » commença-t-elle, en laissant pour la première fois les syllabes du prénom de son hôte danser sur ses lèvres charnues. « Vous nous estimez sanctionnés, moi qui pensais naïvement que vous jouiez votre partie dans un jeu dont les Lannister ont pris les rennes. Vos exigences étaient légitimes, et souvenez-vous que c'est moi-même qui vous ai proposé cet échange. » Echange. Lyman contre Jeyne. Seulement, si le fils du Roc ne devait l'être que le temps d'une campagne, la petite princesse des neiges serait à jamais aux roches et aux plages scintillantes de Castral-Roc.

« Vous n'êtes pas sans ignoré que durant votre absence, les préparatifs des noces se sont déroulées sous mon administration, et bien entendu sous celle de votre fille. Je ne désire au fond que l'achèvement naturel qui en découle. Je désire que ce mariage soit célébré avant mon départ pour le Roc. Et je désire qu'en tant que Dauphine, la princesse Jeyne reparte avec nous. »
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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Mar 8 Déc - 22:11

Ce moment était unique en son genre. Les souverains de Westeros avaient tendance à ne toujours montrer qu'une façade pleine de morgue et de distance, se hissant au dessus des hommes à la moindre occasion par une attitude qui tranchait. Nous n'étions jamais que des caricatures, j'en avais bien conscience. Je l'étais, bien sûr. Qui n'avait pas cru au belliqueux et gueulard Roi du Nord, lorsqu'il tapait du poing sur la table en menaçant Harrenhal, trois fois la puissance de son propre royaume, de sanglantes représailles ? Tout le monde l'avait gobé, avec facilité. Enrober nos mensonges de vérité était bien plus efficace que de trouver les meilleures contre-vérités au monde. Jordane Lannister n'était pas très différente, finalement. Elle incarnait tout ce que la royauté avait de différent du commun des mortels. De ma vie, je n'avais connu de monarque aussi auguste et souverain qu'elle. Calme, imperturbable. D'un regard qui dénotait uniquement d'une froide intelligence. D'un esprit sans faille. Et là voilà ici, dans ma chambre. Enrhumée et malade, trinquant avec moi d'un alcool fort, loin de la rigueur de nos cours respectives. Sa conduite et son intelligence m'avaient depuis longtemps incliné au plus profond respect à son endroit. Cette proximité nouvelle me faisait relativiser ce que nous étions vraiment. J'échange un coup d'oeil amusé avec la souveraine, m'ouvrant un peu plus.


| Je suis profondément étonné que vous ayez accepté ces conditions ; j'aurais eu toutes les peines du monde à convaincre Sigyn de partir si loin, commandée par un rustre étranger dans un endroit oublié de nos dieux. Et elle aurait volontiers donné de la voix si c'eut été moi qui avait été chargé d'une telle mission. Quoiqu'il en soit, cela ne m'étonnerait guère, vous devez cruellement manquer au Roi votre époux. |


Encore qu'on le disait libertin. Ce qui m'avait fait craindre pour Lyman, mais le garçon semblait sensible et ma fille saurait le noyauter, vous pouvez compter là dessus. La souveraine rit doucement à mes paroles alors qu'elle se défendait d'être snobe. Je souriais, agréablement surpris par cet échange que nous avions, et cette franchise.


| Non, vous n'êtes pas snobe, Jordane, loin de moi cette idée. Une snobe ne serait pas ici à discuter avec moi, d'égal à égal. |


Encore que je n'étais pas crédule ; il pouvait y avoir de la fausseté dans tout, du moindre sourire aux paroles qui semblaient les plus sincères. Cela ne changeait rien au fait que je ne la déconsidérais pas parce qu'elle était une femme, et elle ne me regardait pas de haut parce que je n'étais pas un des grands souverains de ce monde, à la tête d'un palais somptueux et d'un peuple éclairé. La nature de ce que nous étions était acceptée par l'autre, et c'était tout ce qui comptait pour que nous collaborions efficacement. Jordane Lannister a cependant l'intelligence de ne pas initier la conversation sur Westeros et sur Harren le Noir, elle attend que j'avance moi-même, que je dévoile mes cartes. Intelligente comme toujours, qu'elle semble décontractée n'y changeait rien. Je ris plus franchement à son commentaire sur son paternel, qu'elle ne semblait décidément pas porter dans son cœur. Je reste souriant quand ma vis-à-vis conserve toute sa retenue par rapport à Jeyne. Je levais mon verre à sa santé.


| Comme j'ai éprouvé le Prince Lyman à la bataille, je serais bien mauvais joueur que de vous refuser de vous faire à votre tour votre idée sur ma fille. Mais si j'aime les miens je reste pragmatique en toutes choses. C'est pourquoi je vous l'envoie elle, plutôt que Jon ou Walton à l'une de vos filles. J'ai bien peur que mes fils, si braves soient-ils, n'aient encore beaucoup à apprendre. C'est ma faute, sans aucun doute. Mais nulle erreur n'en est véritablement une si on décide d'en combattre les causes, n'est ce pas? |


Nous voilà enfin au cœur de notre rencontre. Nos enfants étaient un sujet important, primordial, car ils étaient la seule chose qui actuellement nous reliait. Pour autant, il y avait d'autres sujets brûlants qu'il nous fallait aborder. Je note sa manière de prononcer mon nom, qui me flatte. On ne m'a plus appelé par mon prénom depuis bien longtemps. Même mon frère et Conrad, s'ils me tutoyaient, m'avaient donné du « Sire » et du « Majesté » depuis longtemps, sans parler des autres. En fait, plus personne ne m'appelait Torrhen, aujourd'hui. Le Roi du Nord, jusqu'au bout. Comme à son habitude, Jordane Lannister louvoie. Elle m'énonce une vérité. Mais elle ne me dit pas tout. Je ne suis pas dupe.


| Soit. Vous faites preuve d'une bonne volonté qui vous honore. Et il est entendu que sitôt le mariage contracté sous le saint patronage des Anciens Dieux, ma fille partira avec vous. Mais que souhaitez-vous au fond, qu'attendez-vous de cette union... Qu'attendez-vous du Nord, et de moi? |





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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Lun 14 Déc - 20:59


A présent, les prunes fermentées tournoyaient dans leur gobelet au rythme lent et installé de son poignet. Du bout des doigts effilés, le fort breuvage menaçait de se renverser, menace évitée avec talent car bien que fine, sa poigne autour du métal précieux restait intacte. A la lueur du feu ronflant à présent installé dans la cheminée, sa peau de nacre brillait de sa nudité, cependant que dans son regard, là où une légère fièvre s'était installée quelques jours durant, brillait à présent une étincelle nouvelle. Et le sourire qui ne quittait plus ses lèvres charnues esquissait l'image d'une femme comblée. On pouvait croire à un corps repu de plaisir, mais l'idée même était aussi saugrenue qu'insultante. Elle n’avait ni plus ni moins trouvé un Torrhen Stark, sinon un allié par un prochain mariage, un souverain à son égale. Un plaisir bien trop rare pour qu'elle ne s'en réjouisse pas intérieurement. « Je suis profondément étonné que vous ayez accepté ces conditions ; j'aurais eu toutes les peines du monde à convaincre Sigyn de partir si loin, commandée par un rustre étranger dans un endroit oublié de nos Dieux. Et elle aurait volontiers donné de la voix si c'eut été moi qui avais été chargé d'une telle mission. » Ce fut un rire chantant qui s'échappa alors des lèvres de Jordane, cependant qu'elle leur portait une nouvelle foi la liqueur pour une simple gorgée. « Nous feriez-vous l'affront, à moi et à mon sexe dit faible, de dire que chaque femme se vaut ? Votre épouse, que les Dieux lui accordent Leur paix, me semble être le parfait exemple du contraire. Du reste, j'ai toujours pensé que la subtilité de la condition féminine résidait dans sa capacité à être imprévisible ! » Reprenant le geste joueur de sa main, Jordane leva un sourcil interrogateur à la suite. « Quoiqu'il en soit, cela ne m'étonnerait guère, vous devez cruellement manquer au Roi votre époux. » « Loren a ses raisons que ses pulsions ignorent... Il me verrait dans cet état que cela lui semblerait fort peu désirable ! »

A dire vrai, elle ne savait guère si son royal époux se faisait le sang que le Roi du Nord lui prêtait. Leur dernière étreinte à Goëville avait quelque peu réchauffé son cœur, mais elle avait appris à ne pas s’accrocher à ce genre d’éffusions. Si les premiers temps de leur mariage avaient été ceux d'une passion brûlante dans laquelle elle s'était volontiers laissée consumée, et qui avait donné naissance à leurs enfants, la déception ambitieuse de la Reine du Roc avait quelque peu refroidit chacune de leurs ardeurs. A présent, lorsqu'ils partageaient une couche, la passion était dévorante, presque acharnée ; soif l’un de l’autre, une forme plus brute d’amour. Il lui semblait que les années rongeait leur lien d'une colère, d’une envie l'un de l'autre sans jamais être totalement rassasiés. Et puis, il y avait les nombreuses aventures. Longtemps, Jordane s'était demandée si la solution la plus simple n'était pas de faire de même : prendre un amant. Mais à où la vengeance était certaine, l'envie restait absente. En effet, il semblait qu'à la différence de son époux, qui savait volontiers apprécier les charmes d'une femme tels qu'ils étaient, Jordane avait besoin d'une connexion. Il lui était impossible de se donner au premier venu, sans avoir préalablement appris à en connaitre la personnalité, le fond. Mais peut-être était-elle tout simplement plus prudente, alors qu’elle avait elle-même tant idéalisé son époux sur les seuls critères physiques, et sur les belles ballades que l’on chantait à sa gloire. Un goût amer s’était formé dans sa bouche, et elle déglutit péniblement. Elle avala alors une nouvelle gorgée, tentant d’afficher un sourire convainquant. Elle aurait tout le temps du monde à réfléchir plus longuement sur ce couple dont elle savait pertinemment qu'il suscitait interrogations, et peut-être même quelques rires.

« Comme j'ai éprouvé le Prince Lyman à la bataille, je serais bien mauvais joueur que de vous refuser de vous faire à votre tour votre idée sur ma fille. » Cette fois-ci, elle arqua un sourcil surpris. Il ne s'agissait pas d'un jeu, et il ne s’agissait plus de se faire une idée de la Princesse du Nord. Les semaines passées à ses côtés à Winterfell lui avaient permis de se faire une image surprenante de la jeune fille.  Peut-être Torrhen Stark ne comprenait l'enjeu de cette si simple demande. Si Jeyne Stark devenait l'épouse de Lyman, et de ce fait la souveraine du Roc, il était hors de question qu'elle le fasse en nordiste. Elle avait devant elle toute une éducation à refaire, et elle pouvait déjà deviner que cela ne serait pas facile. Au même titre qu’il eut été difficile pour elle de s’accoutumer aux meurs de Winterfell, Jeyne devrait apprivoiser sa nouvelle vie à Castral-Roc. Jordane entendait bien faire d'elle son digne successeur. « Mais si j'aime les miens je reste pragmatique en toutes choses. C'est pourquoi je vous l'envoie elle, plutôt que Jon ou Walton à l'une de vos filles. J'ai bien peur que mes fils, si braves soient-ils, n'aient encore beaucoup à apprendre. C'est ma faute, sans aucun doute. Mais nulle erreur n'en est véritablement une si on décide d'en combattre les causes, n'est ce pas? » De nouveau, Jordane esquissa un sourire amusé. Dans la cheminée, le feu ronflait de plus belle ; aussi, elle s'autorisa à déboutonner le col de sa robe et de laisser la chaleur des flammes caresser sa nuque fragile. « Comme vous êtes bon ! Je vous répondrai qu'habitée de ce même pragmatisme, vos fils ne nous eurent été d'aucune utilité. Nous cherchions une souveraine au Roc, et non à donner une Reine au Nord. Quant à mes filles, j'ai d'autres projets. » ajouta-t-elle, malicieuse.

« Soit. Vous faites preuve d'une bonne volonté qui vous honore. Et il est entendu que sitôt le mariage contracté sous le saint patronage des Anciens Dieux, ma fille partira avec vous. Mais que souhaitez-vous au fond, qu'attendez-vous de cette union... Qu'attendez-vous du Nord, et de moi ? » Cette fois-ci, il n'était plus question de faire marche arrière. La nuit était à présent tombée sur Winterfell et avec elle, le rideau sur les faux-semblants. Jordane était en train de redistribuer les pièces sur le grand échiquier, et l'alliance matrimoniale avec le Nord n'en était que la première partie. Une partie qui s'achevait, puisque le mariage entre leurs deux enfants n'était plus qu'une question de jours. Aussi, il fallait regarder plus loin, et à long terme. « Je ne suis pas de bonne volonté, je m'assure de l'honnêteté des mots qui seront prononcés devant les Anciens et les Nouveaux Dieux. » dit-elle alors, en reposant le gobelet d'alcool sur la table. « Je veux m'assurer de la véracité des liens qui unissent le Nord et l'Ouest. Ce mariage représente à mes yeux bien plus qu'une perspective diplomatique, nous serons liés par le sang. Je ne veux pas que, sous prétexte que la Banque Lannister a fait le choix stratégique de financer les guerres du Noir, le Nord ne se sente agressé par l'Ouest. Je considère le sang plus important que l'argent. »
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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Mar 15 Déc - 22:28

J'essayais d'être le plus direct possible sans pour autant aller jusqu'à me montrer frontal. Je savais très bien jusqu'où je ne devais pas aller avec les Lannister en général et avec la Reine en personne. Pour autant, j'étais un adepte de l'audace. J'avais beau préparer mon pays depuis des années, j'avais beau avoir combattu les sauvageons dans une guerre sans merci, je n'étais pas prêt à mettre mes ambitions entre parenthèses, ni maintenant, ni jamais. La situation évoluait partout en Westeros, et bien trop vite pour qu'il soit utile d'en saisir toutes les opportunités. C'était même dangereux pour certaines d'entre elles, j'en étais certain. Pourtant, je devais bien tenir compte de tous ces bouleversements. Peut-être devais-je être frontal, maintenant. Pendant un instant, je me dis que mon père aurait désapprouvé. Brandon aussi, sans aucun doute. L'un aurait accompli seul ce que j'aurais voulu faire. L'autre ne désirait plus rien d'autre que couler des jours tranquille à Winterfell, même s'il répondait avec la même ardeur qu'autrefois aux hurlements du Loup. Quoiqu'il en soit, la partie qui se jouait en Westeros prenait une tournure infiniment plus dangereuse, mais aussi plus agréable, maintenant que je me confrontais à une personnalité telle que celle de la Lionne. Je méditais un instant ses paroles, amusé par leur tournure. Devais-je comprendre quelque confidence sur sa relation avec son époux ? Cela me ramenait à mes propres souvenirs, ma propre histoire, et cela me faisait toujours aussi mal aujourd'hui qu'alors.


| Non, en effet, loin de moi cette idée. L'imprévisibilité des femmes est précisément ce qui les rend dangereuses. Et intéressantes, aussi. Si on comprenait tout à tout le monde, je gage que régner serait profondément ennuyeux. |


Je ne soufflais mot à propos de Loren Lannister. Je ne le connaissais pas assez et Jordane Lannister n'était pas femme à apprécier la compassion gratuite et désintéressée, quand bien même ce que je comprenais des rumeurs et de ses attitudes me rapprochait d'elle de la plus glaçante des manières. Ne pas savoir risquait de me faire dire des âneries et si je n'avais rien contre quelques belles saloperies volontaires, avoir l'air bête sans le vouloir serait de trop. Il y avait des choses que l'on ne pouvait oublier, jamais. Et comme on dit, le Nord se souvient. Je ne disais rien, donc, convaincu que je n'avais pas passé ce stade de confiance avec la souveraine du Roc. Je pouvais partager beaucoup de choses avec les gens qui m'entouraient, mais certains secrets restaient connus de moi seul. Je remue un instant les braises, courbaturé et le dos voûté, mais ravivant les flammes en déplaçant le bois pour répartir la combustion. Je saisissais la balle au rebond.


| J'en conviens. Revoir une Reine dans le Nord... C'est indispensable, mais cela ne me laissera pas insensible. Quand je vais devoir m'occuper du mariage de mon aîné, qui ne devra plus tarder non plus vue la situation, je crains de prendre quelques années de plus d'un seul coup. Jeyne a toujours été... Je ne sais pas... Souveraine. Elle a ça dans le sang, depuis toute petite. Jon n'est qu'un jeune fol plein d'idées et de courage. Un peu comme je l'étais autrefois. La guerre l'a changé mais le pousser pour de bon en avant... |


Je soupirais, vaguement amusé par la tête que je devais tirer, me rendant bien compte que je me considérais comme vieux avant l'heure. Marier Jon ne sera pas aisé. L'Ouest n'en voudrait pas, le Val n'en voulait déjà pas et je n'étais pas assez proche de Peyredragon ou de l'Orage pour entamer des négociations avec eux. Hors de question, bien sûr, de lui donner pour femme l'une des catins d'Harrenhal. Si mon fils devait se faire baiser par une pute, autant garder le contrôle de la chose et lui laisser ce loisir ici. Les chiens ne font pas des chats. Je médite un instant, deux doigts posés contre mon menton. Je sirote mon verre en écoutant la souveraine.


[Je passe en hide]







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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Jeu 11 Fév - 15:51


« Loin de moi cette idée ! L'imprévisibilité des femmes est précisément ce qui les rend dangereuses. Et intéressantes, aussi. Si on comprenait tout à tout le monde, je gage que régner serait profondément ennuyeux » Jordane porta à nouveau un gobelet plein à ses lèvres. A ses yeux, il n'y avait rien de moins ennuyeux que le pouvoir ; asphyxiant, résolument solitaire, il était sa raison de vivre. Même l'amour qu'elle portait à ses enfants n'arrivait pas à lui faire de l'ombre. Il était de ce fait curieux que Torrhen Stark lui dénie son charme, lorsque la compréhension de ses homologues lui faisait défaut. Mais il était de ces tournures résolument sages qui donnaient tout son charme au Roi du Roc. « Je vous avoue que je ne vous imaginais pas aussi philosophe. Et c'est un plaisir bien trop rare parmi les têtes couronnées pour le bouder. Je bois donc à votre pleine conscience de ce que le sexe dit faible vous est aussi menaçant que grisant ! » fit-elle, faisant mine de lever son verre à sa santé. Le sourire ne quittait pas ses lèvres, et elle sentait ses muscles jusqu'alors refroidis se détendre sous l'effet de la chaleur ambiante, qui émanait tant du feu que de son hôte. Au fur et à mesure que les heures passaient, elle se prenait au jeu de la conversation. Les effluves d'alcool aidant, elle l'observait presque pâmée tandis qu'il ravivait les braises incandescentes, perdu dans une sorte de contemplation sans fond dans le mélange de flammes et de bois consumé. Elle s'était toujours dit que le rapport des nordistes au feu était paradoxale. Nécessaire, mais contre nature. A voir le loup contre la pierre fumante, elle se demandait s'il n'y avait pas là le symbole parfait de leur relation. Elle s'était faite violence avant de contracter avec le Nord ; mais si elle ne l'avait pas fait, ne risquait-elle pas tout comme lui de disparaitre ?

« Revoir une Reine dans le Nord... C'est indispensable, mais cela ne me laissera pas insensible. » Comme elle le comprenait ! Le statut de Dauphine de Jeyne ne serait certainement pas facile à appréhender ; ni par elle, ni par ses filles.« Quand je vais devoir m'occuper du mariage de mon aîné, qui ne devra plus tarder non plus vue la situation, je crains de prendre quelques années de plus d'un seul coup. » « Etes vous en train de me dire que vous me trouvez vieillie, mon cher ? » susurra la voix de velours du fond de son fauteuil. Elle jouait visiblement sur l'espièglerie, afin que son allié ne tombe pas dans le piège de la nostalgie. Elle avait besoin d'un Nord fort et tonitruant, et non d'un père plongé dans ses souvenirs, à remuer le passé sur fond de romance tragiquement terminée. « Jeyne a toujours été... Je ne sais pas... Souveraine. Elle a ça dans le sang, depuis toute petite. Jon n'est qu'un jeune fol plein d'idées et de courage. Un peu comme je l'étais autrefois. La guerre l'a changé mais le pousser pour de bon en avant... » Elle se retint de commenter. Le soupire qu'il lâchait en disait long sur la fragilité du sujet. Il était loin de se douter qu'en ce qui concernait sa cadette Megara, la Reine du Roc était dans une position d'une délicatesse autrement plus sensible. La maladie de sa fille, si ce n'était une énième épreuve que les Dieux lançaient à l'assaut de son succès, ne quittait jamais ses pensées. Elle ne pouvait prendre le risque de la marier à une grande puissance sans craindre que ses alliés, aussi respectables soient-ils, n'usent de la faiblesse de la jeune épousée pour nuire à sa famille d'origine. Et ils étaient nombreux, sinon unanimes, ceux qui souhaitaient la chute des Lannister.

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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Jeu 11 Fév - 18:33

La Souveraine porte à nouveau son gobelet aux lèvres alors que nous parlons des femmes et de leur caractère intrinsèque. Que m'étais-je perdu avec elles, en elles, au cours de mon existence. Elles avaient à l'origine de mes plus grands plaisirs, de mes plus grands bonheurs, mais aussi des tragédies les plus cruelles de mon histoire. Je ne leur faisais plus confiance. Cela dit, avec le décès de Brandon durant la bataille, je ne faisais plus confiance à cent pour cent à quiconque. Et si je voulais être honnête, je n'étais plus tout à fait certain de lui faire confiance à lui aussi, depuis bien longtemps. Il n'en restait pas moins qu'il était celui envers qui je nourrissais le plus de confiance. Et maintenant qu'il était mort... J'étais plus seul que jamais auparavant. Plus un frère. Plus de Mathie. Je n'avais plus que Conrad mais quand bien même il s'agissait d'un de mes amis les plus proches, il n'en restait pas moins qu'il n'était pas un Weyton ni un Rickard. Mes bannerets, je les appréciais, oui, mais sans pour autant que leur compagnie n'ait le lustre de ceux qui, jadis, avaient partagé mes aventures de jeune fol. La Reine du Roc m'avoue qu'elle ne m'imaginait pas philosophe. Je fais une petite moue pour tempérer ses paroles.


| J'imagine que quiconque a souffert de pertes ou a connu les champs de bataille se complait, dans l'oubli de quelques verres un peu corsés, à livrer son point de vue sur le monde... Pour ce qu'il vaut. Je préfère encore boire à votre majesté. |


Je concluais ainsi avant de porter moi-même ma coupe à mes lèvres. La souveraine en tous cas, semble fort bien s'accommoder de mon hospitalité et je lui sais gré ses confidences et sa bonne humeur, elle m'aide, même sans le vouloir, à compenser les pertes reçues ces dernières semaines. C'est toujours une bonne chose que d'avoir quelqu'un pour vous changer un peu les idées, vous pouvez me croire. Je me confie à mon tour. Sur rien de très important, mais malgré tout éminemment personnel. Je ne parle que rarement de ma famille aux gens qui m'entourent. Sharra Arryn, reine dont je suis sans doute le plus proche en Westeros, ne sait pas grand chose de ma relation avec mes enfants. Pas plus que Mathie ne le savait concrètement. J'offre un sourire entendu à la souveraine du Roc.


| Si ce serait le cas, ma Dame, souffrez que je n'ai alors vu femme aussi belle qu'intelligente à cet âge. |


Oui, je la taquinais. Mais avec les formes, inutile de provoquer un incident diplomatique. Elle ne rebondit pas plus concernant Jeyne et je lui en sais gré ; son avis maintenant m'importe peu tant que ma fille n'aura pas eu sa chance pour la convaincre de ses capacités.[/oi]







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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Sam 13 Fév - 13:04


Confiance. Un mot qui pour Jordane n'avait aucune signification. D'expérience, on ne pouvait se fier qu'à soi-même, et plus encore lorsque l'on portait non seulement la responsabilité de ses actes, mais la responsabilité des conséquences pour tout un Royaume. Et bien avant qu'elle ne coiffe la Couronne du Roc, Jordane avait quasi religieusement été élevée selon le principe de ne jamais se fier à quiconque. La solitude était le prix à payer pour accéder au pouvoir, mais surtout pour le garder. Elle avait su le comprendre vite, et ce malgré les obstacles que les Dieux et le Destin aimaient à semer sur sa route. Petite fille, elle n'avait jamais eu de confidente, alors que les autres damoiselles jouaient à "Viens dans mon Château" en se pourchassant sur les plages de sable fin. Jeune adolescente, elle avait refusé les étreintes furtives dans les grottes encore humide de la marée montante, alors que les autres jouvencelles laissaient volontiers échapper quelque soupir de bien-être entre deux pairs de bras vigoureux et cajoleurs. Même épouse, elle ne se confiait qu'avec réticence à Loren. Il lui fallait développer des trésors de persuasion pour gratter l'épaisse pélicule de méfiance et de calcul qui enveloppait sa femme. Et la perte tragique d'Ilithia n'avait fait qu'accroitre sa tendance naturelle à se retirer, isolée de tous pour mieux survivre. « J'imagine que quiconque a souffert de pertes ou a connu les champs de bataille se complait, dans l'oubli de quelques verres un peu corsés, à livrer son point de vue sur le monde... Pour ce qu'il vaut. Je préfère encore boire à Votre Majesté. » Levant à nouveau son verre, cette fois-ci pour trinquer avec lui, Jordane ne pouvait qu'acquiescer. « Et moi à la vôtre, ainsi qu'à votre sagesse. »

La pique concernant son âge avait vocation à détendre l'atmosphère. Un peu parce qu'elle ne voulait pas que leur conversation tourne aux chimères maussades, un peut-être aussi parce qu'elle avait envie de lui entendre dire qu'elle n'avait rien perdu de sa beauté. Non qu'elle n'en ait conscience, mais il n'y avait rien de plus agréable que de se faire chanter. De plus, quelle femme ne mourrait pas d'envie de voir si Torrhen Stark savait manier la galanterie et le compliment aussi aisément que les armes ? Dans le fond, elle lui avait lancé comme une sorte de défi. Pour s'amuser, mais peut-être aussi pour cette sympathie qu'il commençait à faire naitre en elle. Voilà un homme qui avait renoncé à toute forme d'amour à la mort de son épouse, et qui, si elle ne doutait pas qu'il satisfasse ses désirs de mâle dans quelque couche réchauffée d'une impatience noble ou gueuse, semblait avoir tiré un trait sur la vie à deux. « Si c'était le cas, ma Dame, souffrez que je n'ai alors vu femme aussi belle qu'intelligente à cet âge. » Faisant mine de retoucher quelque peu ses boucles, Jordane sourit. Elle pouvait difficilement bouder son plaisir. Les mots d'amour échangés avec Loren portait la marque ambiguë de leur mariage. Avec elle, elle ne savait jamais véritablement si la passion d'antan était restée intacte ou si l'usage plus que le sentiment, dictait au Roi du Roc de caresser sa femme de mots doux alors qu'il rentrait d'une chasse dont le gibier n'était pas de nature animale. « Je souffre, mon ami, je souffre. Et cela bien volontiers. »


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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Sam 13 Fév - 15:30

La sagesse. Je ne connaissais pas beaucoup de Stark qui en avaient eu ne serait-ce qu'une once. On le disait de mon grand-père. Pas vraiment de mon propre géniteur, vous pouvez en être sûr. C'était une brute. On me disait souvent butor insensible, ripailleur invétéré, soiffard et coureur de jupons, un vrai nordien, qui aimait plus foncer que réfléchir. Ce n'était pas totalement faux, mais j'avais accompli sur moi-même un travail de chaque instant depuis que j'étais devenu Roi. Si j'aimais prendre plaisir à quantité de choses, ça passait toujours après les intérêts du Nord. Même encore aujourd'hui. J'avais beaucoup repensé aux perspectives de remariage, pendant la campagne contre les sauvageons. J'en avais déduit que ça serait compliqué pour moi à affronter, comme situation. Et surtout, quel choix valide pour le Nord, pour moi ? Jon, c'était plus facile. Le futur Roi du Nord devait prendre une nordienne pour épouse, comme la tradition le voulait, comme je l'avais fait moi même. Mais il serait bien mal de ne pas profiter de mon veuvage pour ne pas formuler de nouvelles alliances. Sans doute aurais je dû proposer Jeyne au Val et moi pour l'aînée des Lannister, j'aurais fait d'une pierre deux coups. Et si la Durrandon ne s'était pas rétractée, j'aurais pu obtenir l'Orage et son soutien à des conditions qui me semblaient somme toute assez avantageuses. Je souris donc aux paroles de la Reine du Roc, qui me renvoyait une certaine image de ma propre personne, acquiesçant à son toast d'un signe de tête.


Mine de rien, je commençais petit à petit à devenir ivre. J'en avais conscience. Mes épaules se faisaient moins nouées. Mes paupières un peu plus lourdes. Mon corps, à ce point rompu par ma convalescence, me semblait lui aussi plus gourd, comme si je prenais racine dans ce fauteuil pour ne plus jamais en bouger. Quoiqu'il en soit, la Lannister semble ravie des compliments que je lui fais. Ils sont sincères ; je ne caresse jamais personne dans le sens du poil pour rien. Ce que je dis, je le pense toujours. Pour éviter le mensonge quand il y a besoin, rien ne vaut de toute manière les demies-vérités. Je souris donc, peu à l'aise de mon côté à aller plus loin dans les compliments sans paraître outrecuidant par la suite, continuer sur ma lancée ne contribuerait qu'à me faire paraître faible devant les attraits féminins et si elle avait senti ma sincérité dans mon ton, alors je n'avais rien à ajouter. Mais je ne pouvais m'empêcher de continuer de plaisanter.



| Cessez au plus vite de vous sentir flattée de mes flagorneries, il est de notoriété commune que les nordiens n'abusent de leur langue que pour se complaire d'avantages vilement acquis et vos sourires me pousseraient à continuer. |


Je plaisantais, en nous dévalorisant quelque peu, mais pas de manière méchante. J'étais toujours adepte d'un humour basé sur la dérision.








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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Lun 15 Fév - 14:33


Quelque part dans la nuit, un hululement se fit entendre. En jetant un bref coup d’œil par la fenêtre, Jordane se rendit compte qu'elle ne distinguait plus les formes du château. Sa vue se brouillait doucement, et la sensation cotonneuse du début de soirée, plaisant effet secondaire, était à présent omniprésente. Mais ce n'était pas pour lui déplaire. Quelque part, il y avait quelque chose de rassurant d'être moins dans le contrôle. Elle se ferait ainsi plus rassurante. Mais à n'en pas douter, plus sensible aussi. Et les mots du Roi du Nord n'y étaient pas étrangers. « Cessez au plus vite de vous sentir flattée de mes flagorneries, il est de notoriété commune que les nordiens n'abusent de leur langue que pour se complaire d'avantages vilement acquis et vos sourires me pousseraient à continuer. » Jordane leva un sourcil aussi ironique qu'amusé. Il y avait dans cette tournure de phrase quelque chose qu'elle avait envie d'explorer. Et ce n'était pas parce que son souffle était visiblement alcoolisé. D'ailleurs, elle savait qu'elle-même sortirait bien moins fière qu'elle ne l'était de la comparaison. Mais la tentation était trop forte. Il était là, à moitié titubant, l'articulation syllabique virant dangereusement en direction du pâteux, à l'exhorter à ne pas prendre la balle au bond lorsqu'il s'aventurait sur le terrain sinueux de lui faire des compliments. « Vous voici bien sévère avec votre langue, mon ami. » lâcha-t-elle, le sourire visible dans sa voix. Elle ne résistait pas au plaisir de le taquiner, de pousser l'ambiguïté à son maximum.

Se calant confortablement dans son fauteuil, tel un chat qui se pelotonne contre sa laine, Jordane continuait de boire lascivement, son regard brillant vrillé dans celui de Torrhen. Elle adorait ce genre de situation. Elle avait conscience de son arrogance, et de ce que potentiellement, elle flirtait trop avec la limite entre respect et insolence. Elle ne pouvait pas prendre le risque de s'aliéner un homme comme Torrhen, surtout maintenant que leur alliance était complète. Mais était-ce être totalement franche que de n'être pas elle-même avec quelqu'un dont elle tentait avec toutes les peines du monde de sceller un lien de confiance ? Elle était convaincue du contraire. Sa bonne foi résidait justement dans le fait qu'elle avait décidé de se montrer telle qu'elle était. Tant pis s'il la trouvait insupportable, et quelque part, c'est ce qu'elle était. Mais s'il était sérieux, il fallait qu'il comprenne qu'elle ne jouerait pas un rôle. Elle n'était pas une femme facile, elle n'était même pas ce que le commun des hommes appelaient femme. Le pouvoir, les responsabilités et même la maternité l'avaient transformée. La jeune fille en fleurs qui s'était présentée devant le Sept le jour de son mariage avait laissé place à une figure diplomatique qui ne reculait devant rien et qui savait la valeur du sacrifice. Elle ne se jetait jamais dans quelque chose si elle ne le faisait pas corps et âme. « Je la trouve fort habile pour le moment. Mais si mes réponses vous mettent mal à l'aise... Je tâcherai de faire un effort et d'être plus sage. »

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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Mar 16 Fév - 15:07

Je vais bien dormir, ce soir. Je n'ai pris les potions de Mestre Rorshar qu'en cas d'extrême urgence, quand je n'avais plus trop le choix et que je ne comprenais pas beaucoup, d'ailleurs, ce qu'il pouvait me dire. Avec la fièvre qui m'avait tenaillé des jours sinon des semaines, j'avais été dans un brouillard si opaque que j'avais dû dire amen à beaucoup de choses, sans avoir le souci de ce qu'on me racontait réellement. Il avait déjà fallu un moment pour que je comprenne que je n'avais pas encore rejoint les Anciens Dieux... Je sentais quoiqu'il en soit que j'avais assez bu pour dormir d'un sommeil sans rêves, encore que la discussion toute aiguisée que j'avais avec la Lannister contribuait fortement à me réveiller. Je la sentais elle aussi concentrée, amusée même de la situation, de la teneur parfois tantôt légère, parfois atrocement sérieuse de notre conversation. Je notais qu'un drôle de jeu commençait à s'installer. J'étais de nature franche et honnête ; je disais ce que j'avais à dire, que ce soit positif ou négatif, dans presque toutes les circonstances. Je souris à la souveraine, d'un air quelque peu goguenard.


| Auriez-vous rencontré feue mon épouse, qu'elle eut été sans nul doute plus sévère encore sur les royales compétences du dit appendice. |


Dérision, encore et toujours. Alors d'où vient ce cœur qui gonfle à Son évocation, qui saigne en même temps, dégoulinant dès à présent de fiel. Je n'avais pas montré tout ceci à Jordane, car cela ne la regardait pas. Pour le meilleur comme pour le pire, Sigyn était à moi, rien qu'à moi. Le visage d'un brandon jeune et rieur s'imposa dans mon esprit, et je noyais son souvenir dans de nouvelles gorgées de spiritueux. Je laisse la donzelle s'amuser de la situation ; je me trompe peut être mais elle ne semble pas être femme à accepter facilement de se délasser. Nous nous étions ouverts l'un à l'autre et maintenant, nous étions rentrés dans une forme d'intimité somme toute formelle mais bien existante ; je savais ce qu'elle attendait de moi, des siens, du monde, et l'inverse était vrai également. Ce genre de discussion à cœur ouvert avec une souveraine comme Jordane Lannister était bien trop rare pour tergiverser. Je lui jette un coup d'oeil amusé.


| Rien ne peut mettre mal à l'aise le Roi des Glaces de Winterfell, vous n'avez donc pas écouté les rumeurs? |







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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Mer 24 Fév - 16:45


« Auriez-vous rencontré feue mon épouse, qu'elle eut été sans nul doute plus sévère encore sur les royales compétences du dit appendice. » Ravie de constater qu'il se prêtait au jeu malgré l'heure avancée de la nuit, Jordane vida son verre d'un trait. Elle ne comptait plus le nombre de gorgées qu'elle avait prises, ni même s'il était bien prudent de se resservir. Mais elle se serait bien vite trouvée mal si elle s'était obstinée à rester résolument sobre, tandis que Torrhen commençait sérieusement à perdre pieds. Elle gardait encore suffisamment de contenance pour trouver le chemin du retour jusqu'à ses appartements, sans craindre le discrédit auprès de ses gens. De plus, elle arrivait à trouver un réel plaisir dans la dégustation des vieilles prunes, lesquelles relevaient par leur signature amère, le moelleux de la liqueur qui autrement, eut été parfaitement écœurante. « Voici que vous en appelez au souvenir des défunts à présent ? Allons, Torrhen, puisque vous vous en remettez aux ressentis de votre regrettée épouse, vous n'allez pas me faire croire que l'appendice en question est si fort embarrassé ? »

Son palais savait apprécier les saveurs quelque peu plus rustiques, et à en gager par le sous-entendu lâché par son hôte, Jordane ne doutait un seul instant que malgré l'apparente sévérité prêtée à la Reine Sygin, feue Lady Karstark n'avait eu aucun mal à s'accommoder des faveurs linguistiques de son royal époux. Une lueur féline s'alluma alors dans les prunelles saphir de la Reine du Roc, cependant qu'elle choisit avec habilité la prochaine pique. « Mais soit, brisons-là. Je maintiens néanmoins que le ballet que nous nous livrons depuis plusieurs heures est l'exemple de ce que, en art des armes comme des mots, vous faites jeu égal. » Joignant ses mains à présent réchauffées sur ses genoux, elle lui renvoyait par un sourire en coin l'amusement visible qu'elle pouvait lire entre les ramures de sa lourde barbe. Ils trouvaient le bon équilibre dans leur relation, entre sérieux et légèreté. Cela lui convenait pleinement. C'était déjà bien au delà de ce qu'elle s'était espéré, et pour rien au monde elle ne refuserait une telle autre.

« Rien ne peut mettre mal à l'aise le Roi des Glaces de Winterfell, vous n'avez donc pas écouté les rumeurs ? » Cette fois-ci, elle était sincèrement surprise. D'ailleurs, le sourcil qu'elle leva en arc droit au dessus de ses paupières la trahissait grandement. « Ne me dites pas que vous me croyez femme suffisamment imprudente pour me fonder sur des rumeurs ? » finit-elle par articuler d'une voix douce, mais ferme. Puis, les muscles de ses lèvres se détendaient à nouveau dans un sourire. « Cela dit, vous piquez ma curiosité... Me direz-vous plus ? »

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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Dim 28 Fév - 19:21

La discussion s'échauffe, dans tous les sens du terme. Il n'y a pas beaucoup de secret à voir là derrière. Deux personnalités comme la mienne et celle de Jordane Lannister ne sont pas forcément incompatibles, mais difficiles, de toute évidence, à ne pas se côtoyer sans que la relation ne prenne de la chaleur, tant dans notre discours que nos idées. Je hausse les sourcils en constatant que la Reine vide son verre d'un trait, et ce n'est pas le premier. Elle boit presque comme une nordienne, ce qui était honnêtement assez difficile à imaginer alors que ces sudiennes étaient souvent si guindées... Mais pas Jordane. Pas dans l'intimité de ma chambre. Pas ce soir. Je haussais les épaules, amusé par mon propre sens de la dérision.


| Oh, je ne sais, ma dame. Laissons ces impressions là où elles se trouvent. |


Dans le domaine de l'impression, du ressenti, de l'imaginaire quelque part, même s'il y avait quelque chose de plus prégnant que simplement le hasard. Je suis assez surpris de la pique suivante que la Reine du Roc me réserve. Elle est parfois étrange. Me considère comme son égal, ce que je n'aurais pas cru possible en toute honnêteté. Non pas qu'elle soit vile au point de ne pas reconnaître aux gens leurs qualités, mais simplement que les miennes se limitaient à la bataille et à la nécessaire harangue, à rien de plus. Elle en revanche, était née pour gouverner, pour faire bouger les choses. Que ma langue soit aussi leste et acérée que la sienne ne manquerait pas de surprendre, vous pouvez me croire. J'étais convaincu en mon for intérieur que pour diverses raisons nous ne ferions jamais jeu égal, mais soit, j'opinais lentement du chef en signe d'acquiescement. Je ne pus m'empêcher cependant à rebondir à nouveau, l'alcool aidant.


| Serait-il pertinent de se demander si en toutes choses pour de bon, nous faisons réellement jeu égal? |


Pique impertinente, plaisanterie taquine. Je ne compte pas m'envoyer la Reine du Roc. Pareille femme ne condescendrait jamais à coucher avec un autre homme que le sien, même si le dit époux n'était que vilénie, trahison et irrespect vis à vis d'une épouse de son acabit à elle. J'étais simplement, pour ce soir et seulement à ce stade d'ivresse, le jeune homme que je fus jadis, au sang chaud, à la langue vive et aux pensées bien trop muselées pour me restreindre en quelques choses que ce soit. Comme Sharra Arryn, Jordane Lannister était d'une trempe inédite. Ma propre femme était toute nordienne dans l'âme. Jadis, j'aurais sans aucun doute pu décrocher la Lune, l'une pour sa beauté, l'autre pour son esprit empli de calculs et de perspectives riches et diverses. J'aurais sans doute pu tomber amoureux de l'une comme de l'autre, fou pour ces femmes qui me passionnaient. Mais je n'étais plus un jeune loup. Le Sire de Winterfell vieillissait, traînait de la patte et se montrait plus assoiffé de sang que de jupons. Je respectais l'amour que je sentais, de la souveraine envers sa famille, comme je savais qu'elle respectait le mien. Je coulais un regard entendu dans la direction de la Reine du Roc.


| Me feriez-vous croire que sans les prendre pour argent comptant, vous négligeriez les rumeurs ? Elles recèlent toujours un fond de vérité, ma Dame.... |







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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Mar 1 Mar - 9:43


La conversation glissait de plus en plus vers un terrain sinueux, et elle se demandait si tout compte fait, elle avait véritablement envie de s'y engager. Bien sûr, titiller un homme était un plaisir qu'elle ne boudait pas, et l'occasion de titiller le Roi du Nord de cette façon ne se représenterait pas de sitôt. Pourtant, elle ne voulait pas d'une relation exclusivement basée sur ce genre d'échanges. Trop de fois, elle avait vu des alliances se briser pour cause de trop grandes familiarités, de sous-entendus et autres gangrènes personnelles qui, à leur niveau de responsabilité n'avaient pas lieu d'être. Fort heureusement, il semblait lui aussi le comprendre. Sur le même ton rieur, il coupa court la corde qui, s'ils la tendaient encore, finirait pas casser d'elle-même. « Oh, je ne sais, ma dame. Laissons ces impressions là où elles se trouvent. » Pour un peu, elle aurait levé son verre et trinqué à sa santé. Mais une petite voix sage, jusqu'ici restée silencieuse au profit du plaisir et de l'audace, lui intimait que point trop n'en fallait. Et malgré son maintien impeccable, elle sentait qu'elle caressait de trop près la limite du raisonnable. « Laissons alors, Torrhen. Laissons. » Ou bien était-ce le souvenir tristement évoqué de sa défunte épouse qui lui intimait plus de retenue ? Jordane pouvait sentir que malgré le temps passé, la Reine Sygin empreignait de sa présence autant la forteresse que son maître. Sa beauté délicate et sa douceur maternelle semblaient hanter Winterfell et ses habitants comme une chaperonne bienveillante, et si elle ne doutait pas un seul instant qu'en tant qu'homme, Torrhen Stark s'autorisait sans scrupule à réchauffer sa couche d'une présence féminine, son épouse resterait à jamais détentrice de son cœur.

« Serait-il pertinent de se demander si en toutes choses pour de bon, nous faisons réellement jeu égal? » Cacher sa surprise n'aurait servi à rien. Du reste, l'alcool jouait de ses cordes traitres dans ses yeux et dans ces conditions, même à grand renforts de retenue, Jordane n'aurait pas pu réagir autrement. « J'ai peur de mal comprendre... » commenca-t-elle. Bien que le doute fut permis, elle ne pensait pas qu'il fasse référence à leur différence de sexe, qui suggèrerait une suprématie du sexe dit fort sur celui dit faible, se plaçant lui-même au dessus d'elle. La discussion qu'ils avaient achevait de convaincre quiconque que Torrhen Stark, sous ses airs hirsutes, n'était ni despote, ni misogyne. Mais elle n'imaginait pas non plus qu'il puisse se considérer inférieur à elle. Ils avaient chacun leurs points forts, et c'était bien la réunion de ces points, dans une alliance forte, qui rendrait leur duo si redoutable au yeux des autres Royaumes. Que cherchait-il donc à lui dire ? Elle était sincère lorsqu'elle reconnaissait qu'il y avait dans ses manières de converser une singulière subtilité qu'elle ne lui aurait pas prêtée encore quelques mois auparavant. Elle était sûre d'elle, et forte de ses expériences passées. Elle n'avait plus de preuves à faire, et elle était plus que consciente d'avoir marqué les esprits en dix années de règne aussi productives que glorieuses. Faute d'être née d'une culture où les femmes étaient amenées à manier l'épe, à l'instar des Iles de Fer ou de Dorne, elle avait fait des mots ses armes de prédilection. En ce domaine, le Roi du Nord n'avait pas à rougir de ses capacités. « Mais quand bien même nous ne serions pas égaux dans tous domaines... C'est l'union de deux êtres imparfaits qui les rend plus fort, ne conviendriez-vous pas ? »

Sa question lui arracha alors un sourire, et elle détourna un instant la tête d'un geste entendu. « Me feriez-vous croire que sans les prendre pour argent comptant, vous négligeriez les rumeurs ? Elles recèlent toujours un fond de vérité, ma Dame.... » Même si elle avait été un modèle de vertu à ne jamais prêter attention aux ragots, elle était née femme curieuse, et prenait un malin plaisir à distiller le faux du vrai dans les bruits de couloirs. D'autant que dans son discours, Jordane décelait comme une menace. La mettait-il en garde, comme un ami avant un jeu ? Si tel était le cas, elle s'y prêtait volontiers. « Les Dieux et les circonstances me gardent d'une telle imprudence... Et je me permettrai de vous retourner la mise en garde. On ne m'a pas affublée de tant de surnoms pour le simple plaisir populaire ! »



Le jour commençait doucement à pointer du bout des nuages de la nuit. Réprimant un bâillement, Jordane étira d'un mouvement félins ses membres endormis par l'alcool et la position assise. « Souffrez à présent que je me retire pour prendre quelques heures de repos, Torrhen. Je ne suis pas un oiseau de nuit, et les évènements à venir me demanderont toutes mes forces. » Elle se leva gracieusement et, après les formules de politesse de mise, quitta les appartements du Roi du Nord.
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MessageSujet: Re: Victory in the North [Tour II - Terminé]   Mer 9 Mar - 18:54

Je sentais la Lionne particulièrement intéressée par nos échanges des plus vifs, où fourmillaient doubles-sens et secrets, mises en garde, confidences et plus encore. Je la sentais assez bien disposée pour ce petit jeu, non sans me demander pourquoi. Moi c'était simple, c'était l'alcool. Mais elle? Je la sentais assez peu du genre à se laisser aller à l'alcool si cela pouvait la laisser assez peu capable de se contrôler. Je ne savais pas réellement sur quoi je me basais d'autre que mes impressions, mais je le sentais jusque dans mes tripes. Le contrôle était important, sinon primordial, pour une femme comme elle. Si habituée à son rôle de souveraine qu'elle en oubliait d'être une simple personne, parfois. A moins que ma seule présence, mon charisme ou ma rudesse, avaient pu la pousser à s'abandonner un peu. Je n'en savais rien. Il n'en restait pas moins que j'imaginais assez aisément que tout ça ne fasse que répondre à ses desseins. Mieux valait partir de ce principe-là plutôt que de subir une déconvenue en m'imaginant être capable de frayer avec la Lionne par la seule force de ma prestance. Inutile de se leurrer. Pour autant, la belle ne va pas si loin que cela, dans cette petite partie en tête-à-tête. Je gage qu'autrement, Jordane a bien compris, et ce depuis un moment, que tout ce château sent encore la présence de ma défunte épouse. Cette chambre même, est toujours décorée et agrémentée comme de son vivant. La grande salle également. Tout est à l'identique, jusqu'à nos serviteurs. Et ses serviteurs à elle, devenus ceux de ma fille. Tout était Sigyn ici et je ne comptais pas faire changer cet ordre des choses. Je restais quoiqu'il en soit infiniment plus fidèle à son souvenir qu'à sa couche.


Je vais trop loin sur la pente savonneuse que nous empruntons sémantiquement parlant avec la Lannister. Jordane est étonnée. Je ne sais pas si elle est blessée alors que je suis allé plus loin que la morale et l'étiquette ne l'auraient permis, plus encore même que ce que l'intimité de ma chambre m'aurait permis. Elle me fait part de son incompréhension, circonspecte, en proie au doute. La souveraine me répond finalement avec beaucoup d'esprit. Je souris à mon tour et lui offre un léger sourire d'excuse, poli mais néanmoins amusé. Elle m'a pris en défaut, mais je dois reconnaître que je suis assez satisfait de ce que j'ai réussi à créer comme atmosphère.



| Certes, Ma dame, je ne peux qu'en convenir. Ce qui donne sans aucun doute un peu plus de miel à cette conversation... |


Je ris de bon coeur à la saillie de la Reine du Roc, quand elle me parle des propres rumeurs qui l'accablaient depuis de nombreuses années. Quand avais-je d'ailleurs reçu pour la première fois la mention d'une Lionne de l'Ouest à nulle autre pareille, capable de dévorer tout nobliau qui passait à sa portée? Je ne savais pas, mais dans mon esprit il y avait toujours eu la Lannister à Castral Roc. Difficile d'imaginer un jour que ce trône ne soit plus marqué par cette volonté de fer... A moins que ma fille ne se forge le même genre de réputation. Ce dont je doutais. Jeyne avait d'immenses qualités et elle avait une poigne d'acier elle aussi. Mais elle aimait trop les gens, trop le monde, trop la vie, pour être un jour réduite à sa force de métal. A moins que Jordane n'eut jadis partagé la même vie, et que l'exercice du pouvoir ou ses tourments l'avaient, comme moi, jetée dans une personnalité altérée.


| Et je serais pour le coup incliné d'y croire. De bout en bout de nos négociations, vous êtes une véritable lionne. La Lannister de Castral Roc. Voyez-y un compliment de force et d'unicité. On ne vous reconnaît pas d'égal, dans la rue, d'où le déterminant devant votre surnom. |







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